{"id":65984,"date":"2004-05-27T00:00:00","date_gmt":"2004-05-27T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/05\/27\/technologies-de-souverainete\/"},"modified":"2004-05-27T00:00:00","modified_gmt":"2004-05-27T00:00:00","slug":"technologies-de-souverainete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/05\/27\/technologies-de-souverainete\/","title":{"rendered":"Technologies de souverainet\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Technologies de souverainet\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ci-dessous, nous pr\u00e9sentons le texte de la rubrique <em>Analyse<\/em> de notre publication <em>de defensa<\/em>. Il nous a paru int\u00e9ressant de publier ce texte, sans doute pour lui-m\u00eame certes, \u00e9galement comme outil de comparaison.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce texte est en effet le d\u00e9veloppement d&rsquo;une communication de Philippe Grasset au s\u00e9minaire \u00ab\u00a0<em>Ind\u00e9pendance de l&rsquo;Europe et souverainet\u00e9 technologique\u00a0\u00bb<\/em>, organis\u00e9 par PanEurope France, \u00e0 Paris, les 28 et 29 avril 2004. (On trouve le texte de cette intervention dans notre rubrique <em>Analyse<\/em>, en date du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-les_technologies_de_souverainete_usage_et_utilite_en_temps_de_crise_par_philippe_grasset_29_04_2004.html\">29 avril 2004<\/a>) Il s&rsquo;agit d&rsquo;un d\u00e9veloppement substantiel du texte initial, permettant non pas d&rsquo;\u00e9tayer les id\u00e9es d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9es, mais de les faire notablement \u00e9voluer, sinon progresser.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2>Technologies de souverainet\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Ce texte est le d\u00e9veloppement d&rsquo;une communication de Philippe Grasset au s\u00e9minaire \u00ab\u00a0<em>Ind\u00e9pendance de l&rsquo;Europe et souverainet\u00e9 technologique<\/em>\u00ab\u00a0, organis\u00e9 par PanEurope France, \u00e0 Paris, les 28 et 29 avril 2004. (On trouve le texte de cette intervention sur notre site <em>dedefensa.org<\/em>, rubrique <em>Analyse<\/em>.) Il s&rsquo;agit d&rsquo;un d\u00e9veloppement substantiel du texte initial, permettant non pas d&rsquo;\u00e9tayer les id\u00e9es d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9es, mais de les faire notablement \u00e9voluer, sinon progresser.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Un nouveau concept g\u00e9n\u00e9ral est apparu ces derni\u00e8res ann\u00e9es, essentiellement dans la sph\u00e8re des armements avanc\u00e9s mais s&rsquo;\u00e9tendant manifestement \u00e0 d&rsquo;autres domaines o&ugrave; l&#8217;emploi de la haute technologie est essentiel. Il s&rsquo;agit du concept de \u00ab\u00a0technologies de souverainet\u00e9\u00a0\u00bb, o&ugrave; le terme de technologies est \u00e0 entendre \u00e9videmment dans le sens de \u00ab\u00a0technologies avanc\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est ce concept que nous nous proposons de d\u00e9finir, dans le sens le plus large possible, comme il convient lorsqu&rsquo;un concept est form\u00e9 de deux termes si puissants et, comme on le verra, deux termes \u00e0 l&rsquo;origine contradictoires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On verra \u00e9galement que ce concept, qui semblerait \u00e9vident \u00e0 premi\u00e8re vue, prend tout son int\u00e9r\u00eat \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb \u00e0 la lumi\u00e8re de la situation pr\u00e9sente. L&rsquo;on sait, en effet, que les deux termes du concept traversent, chacun de leur c\u00f4t\u00e9, des situations agit\u00e9es de mise en question ou de re-d\u00e9finition. On verra \u00e9galement que nous voulons fixer r\u00e9solument cette analyse dans un contexte qui nous est cher, qui, selon nous, d\u00e9finit la crise actuelle : le contexte de l&rsquo;affrontement entre forces d\u00e9structurantes et forces structurantes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, dans ce concept de \u00ab\u00a0technologies de souverainet\u00e9\u00a0\u00bb, propos\u00e9 plus par les sp\u00e9cialistes des technologies que par d&rsquo;\u00e9ventuels \u00ab\u00a0souverainistes\u00a0\u00bb, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment \u00ab\u00a0technologies\u00a0\u00bb qui est en g\u00e9n\u00e9ral privil\u00e9gi\u00e9. On pense que le concept est une fa\u00e7on de hausser, d&rsquo;ennoblir les technologies, plus qu&rsquo;autre chose. Nous pensons au contraire que c&rsquo;est le terme \u00ab\u00a0souverainet\u00e9\u00a0\u00bb qui importe, et que c&rsquo;est lui qui doit mener la r\u00e9flexion. Dans tous les cas, on notera d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;originalit\u00e9 du concept : il est extr\u00eamement rare, si ce n&rsquo;est compl\u00e8tement in\u00e9dit, de voir un produit de la machine et du machinisme per\u00e7u comme un outil d&rsquo;affirmation de souverainet\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous suivons le sch\u00e9ma de l&rsquo;intervention initiale, soit avec trois parties (et une conclusion): la premi\u00e8re \u00e9voque la situation des technologies avanc\u00e9es au travers de l&rsquo;exemple du programme d&rsquo;avion de combat F\/A-22 Raptor. La seconde cherche une meilleure compr\u00e9hension du ph\u00e9nom\u00e8ne consid\u00e9r\u00e9 par un exercice de d\u00e9finition. La troisi\u00e8me s&rsquo;attache \u00e0 la situation fran\u00e7aise dans le cadre europ\u00e9en et par rapport \u00e0 ce cadre.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Le cas exemplaire du F\/A-22 Raptor<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Les technologies de souverainet\u00e9 apparaissent comme un concept plein de paradoxes, \u00e0 un point o&ugrave; l&rsquo;on peut le qualifier de \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0\u00bb. Le premier de ces paradoxes que nous envisageons concerne les technologies avanc\u00e9es, formant essentiellement le premier terme des technologies de souverainet\u00e9. Ces technologies avanc\u00e9es sont, selon une d\u00e9finition unanimement admise et g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9montr\u00e9e dans les relations internationales, fondatrices d&rsquo;une part essentielle de ce qui est aujourd&rsquo;hui la puissance. Parall\u00e8lement, ces technologies avanc\u00e9es sont en train d&rsquo;entrer dans une situation de crise tr\u00e8s inattendue, qui a la particularit\u00e9 particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice, &mdash; c&rsquo;est l\u00e0 un premier signe de ce qui est le fond de notre d\u00e9bat, &mdash; de reproduire l&rsquo;un des aspects de la crise de civilisation qui nous affecte aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous d\u00e9crivons cette crise des technologies avanc\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 un exemple fameux, ou disons d\u00e9sormais fameux, dans tous les cas un exemple connu de nos lecteurs : le programme am\u00e9ricain d&rsquo;avion de combat Lockheed Martin\/USAF F\/A-22 Raptor. (Voir la derni\u00e8re analyse en date pour nos colonnes, sur ce programme: <em>La mystique Raptor<\/em>, Volume 19, n&deg;14, du 25 avril 2004.) Pourquoi le F\/A-22 ? Pour la raison \u00e9vidente que, dans l&rsquo;un des domaines les plus avanc\u00e9s de l&rsquo;armement, il s&rsquo;agit de l&rsquo;un des plus puissants programmes en d\u00e9veloppement, destin\u00e9 en principe \u00e0 \u00eatre confront\u00e9 au monde r\u00e9el dans des conditions de grande tension (les caract\u00e9ristiques du vol et du combat a\u00e9rien). Nous le tenons pour l&rsquo;exemple le plus avanc\u00e9 de la confrontation des technologies avanc\u00e9es avec la r\u00e9alit\u00e9 du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parmi toutes les caract\u00e9ristiques vertigineuses du F\/A-22 (les co&ucirc;ts, les d\u00e9lais, les pressions bureaucratiques, la bataille politique, etc), nous n&rsquo;en retiendrons qu&rsquo;une pour mieux introduire notre r\u00e9flexion. Si le F\/A-22 devient op\u00e9rationnel en 2007-2008 (ce qui est possible mais tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00eatre assur\u00e9), sa dur\u00e9e de d\u00e9veloppement aura pris 26-27 ans. (Le bureau de d\u00e9veloppement de l&rsquo;Advanced Technological\/Tactical Fighter, ou ATF, est ouvert par l&rsquo;USAF en 1981. Ce programme d\u00e9bouche sur la s\u00e9lection du programme Lockheed Martin F-22 en 1991.) Ses deux pr\u00e9d\u00e9cesseurs, &mdash; le F-4 Phantom et le F-15 Eagle, &mdash; dans la mission de \u00ab\u00a0domination a\u00e9rienne\u00a0\u00bb, la plus puissante du combat a\u00e9rien, int\u00e9grant les technologies les plus avanc\u00e9es et les plus puissantes, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s jusqu&rsquo;au statut op\u00e9rationnel au combat, en 5 ans et 7 ans respectivement. Cette extraordinaire disparit\u00e9 pour un programme qui n&rsquo;a \u00e0 aucun moment \u00e9t\u00e9 frein\u00e9 par des interventions ext\u00e9rieures (r\u00e9ductions budg\u00e9taires) sugg\u00e8re autre chose qu&rsquo;une d\u00e9rive bureaucratique. C&rsquo;est notre hypoth\u00e8se.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le principal probl\u00e8me du programme F\/A-22 est qu&rsquo;il est \u00e0 la fois incapable d&rsquo;int\u00e9grer toutes les technologies qui lui sont offertes et qui lui sont impos\u00e9es par la bureaucratie de l&rsquo;USAF (c&rsquo;est l\u00e0 que se tient le r\u00f4le pernicieux central de la bureaucratie), et qu&rsquo;en m\u00eame temps, \u00e0 cause de ces pressions et de sa conception, il est prisonnier de ces technologies. L&rsquo;incapacit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9gration des technologies par le F\/A-22 est renforc\u00e9e d\u00e9cisivement par le rythme d&rsquo;arriv\u00e9e des innovations technologiques, qui n\u00e9cessitent des modernisations en cours de d\u00e9veloppement et \u00e9loignent encore plus la possibilit\u00e9 de r\u00e9soudre cette hypoth\u00e8que de l&rsquo;int\u00e9gration. Le General Accounting Office a calcul\u00e9 que les changements de conception en cours de d\u00e9veloppement ont compt\u00e9 pour 37% des pannes du syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral de gestion \u00e9lectronique de l&rsquo;avion, qui est son principal probl\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si l&rsquo;on veut conceptualiser le probl\u00e8me, on dit qu&rsquo;on assiste \u00e0 un d\u00e9veloppement exponentiel des parties aux d\u00e9pens du tout. C&rsquo;est l\u00e0 un premier \u00e9l\u00e9ment essentiel de notre r\u00e9flexion. Cette explication de la crise des technologies avanc\u00e9es renvoie \u00e0 un aspect essentiel de notre crise g\u00e9n\u00e9rale : avec notre hyper-sp\u00e9cialisation, il s&rsquo;agit du d\u00e9veloppement exponentiel des sp\u00e9cialisations aux d\u00e9pens des visions globales du monde, jusqu&rsquo;\u00e0 notre aveuglement complet. La particularit\u00e9 de la crise des technologies avanc\u00e9es est bien qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00ab\u00a0crise de civilisation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">D\u00e9finition du concept de \u00ab\u00a0technologies de souverainet\u00e9\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Pour comprendre un concept si complexe qu&rsquo;on peut le d\u00e9finir comme un ph\u00e9nom\u00e8ne, il est utile de d\u00e9velopper un exercice de d\u00e9finition des termes qui le composent. Nous allons d\u00e9finir les technologies avanc\u00e9es dans le contexte de ce concept des technologies de souverainet\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire en identifiant les caract\u00e8res qui nous importent. Nous d\u00e9finirons ensuite la notion de souverainet\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A c\u00f4t\u00e9 des troubles nouveaux que nous avons rapidement d\u00e9crits, ces technologies avanc\u00e9es restent compl\u00e8tement g\u00e9n\u00e9ratrices de la puissance, selon les appr\u00e9ciations modernistes de ce terme de \u00ab\u00a0puissance\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9finition fortement influenc\u00e9e par l&rsquo;am\u00e9ricanisme : un m\u00e9lange d&rsquo;effets m\u00e9caniques, d&rsquo;image, de perception, etc. Cette d\u00e9finition de la puissance est devenue universelle, pour le meilleur et pour le pire, \u00e0 mesure de l&rsquo;influence de l&rsquo;am\u00e9ricanisme ; ce faisant, elle qualifie la puissance des technologies avanc\u00e9es comme \u00e9tant supr\u00eame. Le ma&icirc;tre de la puissance supr\u00eame reste pour l&rsquo;instant l&rsquo;&Eacute;tat, qui contr\u00f4le effectivement, en g\u00e9n\u00e9ral, ces technologies avanc\u00e9es de l&rsquo;armement. Ces technologies sont donc comptables de la puissance de la nation et sont par cons\u00e9quent justement identifi\u00e9es comme \u00ab\u00a0technologies de souverainet\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On l&rsquo;a vu avec le cas du F\/A-22, en parlant des technologies avanc\u00e9es on parle autant des technologies elles-m\u00eames que du processus de leur int\u00e9gration. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un rassemblement de techniques qui doivent, pour atteindre \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9, fonctionner comme un ensemble. Si cette efficacit\u00e9 est atteinte, les effets sont d\u00e9multipli\u00e9s, g\u00e9om\u00e9triques, exponentiels. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un processus d&rsquo;\u00e9volution mais d&rsquo;un processus de rupture. Selon cette nouvelle d\u00e9finition, on proposera l&rsquo;id\u00e9e que les technologies avanc\u00e9es, si elles sont mouvement comme toute m\u00e9canique anim\u00e9e, sont mouvement r\u00e9volutionnaire. Elles brisent l&rsquo;ordre dans lequel elles font irruption : elles sont, selon notre terminologie, profond\u00e9ment d\u00e9structurantes. C&rsquo;est un premier point capital de notre tentative de d\u00e9finition.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Passant \u00e0 la souverainet\u00e9, deuxi\u00e8me terme du ph\u00e9nom\u00e8ne qui nous occupe, nous entrons dans un concept compl\u00e8tement diff\u00e9rent. La souverainet\u00e9 est une affirmation collective et identitaire. La souverainet\u00e9 d\u00e9signe une valeur d&rsquo;enracinement, un lien entre le pass\u00e9 et l&rsquo;avenir. La souverainet\u00e9 est une valeur p\u00e9renne par essence, elle tend \u00e0 fixer l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re en devenant la m\u00e8re historique des orphelins que nous sommes. Elle constitue le lien fondamental entre l&rsquo;individu et la collectivit\u00e9. Au lieu de voir la souverainet\u00e9 comme un \u00e9ventuel moyen d&rsquo;oppression, comme le font sottement les esprits courts qui s&rsquo;en tiennent \u00e0 la binarit\u00e9 du manich\u00e9isme et ne retiennent de l&rsquo;Histoire que les accidents, on doit la voir de fa\u00e7on substantielle comme le lien immanent entre l&rsquo;individu et sa collectivit\u00e9. Sans la souverainet\u00e9, la communaut\u00e9 n&rsquo;est, pour l&rsquo;individu, qu&rsquo;un \u00ab\u00a0service\u00a0\u00bb, en termes d&rsquo;\u00e9conomiste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Restons bien sur ce plan historique : la souverainet\u00e9 est un ph\u00e9nom\u00e8ne souple par excellence, \u00e0 l&rsquo;image des situations vitales auxquelles elle renvoie (individu, communaut\u00e9, etc). La souverainet\u00e9 \u00e9volue selon les situations, les comportements, les accidents historiques. Son r\u00f4le est de tenter, dans chaque situation sp\u00e9cifique, d&rsquo;imposer cette stabilit\u00e9 qui transforme une convergence momentan\u00e9e d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements et d&rsquo;attitudes en une immanence. La souverainet\u00e9 apaise l&rsquo;esprit individualiste en lui signifiant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas seul. La souverainet\u00e9 fixe ce qui peut l&rsquo;\u00eatre dans un temps historique n\u00e9cessairement agit\u00e9 et chaotique. Elle le fait, avec r\u00e9alisme, avec opportunisme m\u00eame, en changeant d&rsquo;objets (d&rsquo;outils) selon les besoins. Hier, la monnaie \u00e9tait objet de souverainet\u00e9, elle ne l&rsquo;est plus aujourd&rsquo;hui (les monnaies europ\u00e9ennes sont devenues \u00ab\u00a0euro\u00a0\u00bb, outil n\u00e9cessairement sans souverainet\u00e9 : les technologies avanc\u00e9es, qui ne l&rsquo;\u00e9taient pas hier, sont aujourd&rsquo;hui devenues souveraines ; et ainsi de suite). Il est absurde de verser dans le f\u00e9tichisme de l&rsquo;objet, de l&rsquo;outil. L&rsquo;outil (la monnaie, les technologies) ne peut \u00eatre cr\u00e9ateur d&rsquo;une substance et d&rsquo;une immanence. Il les sert, et il les sert \u00e0 son tour, rien d&rsquo;autre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La souverainet\u00e9 est une tentative constante, \u00e0 la fois volontaire et instinctive, d&rsquo;une communaut\u00e9, d&rsquo;une culture, d&rsquo;une entit\u00e9 politique, de marquer sa dur\u00e9e dans le chaos de l&rsquo;histoire, &mdash; d&rsquo;imposer l&rsquo;ordre au d\u00e9sordre, de sauver ses composants (les individus) en leur donnant l&rsquo;unit\u00e9 p\u00e9renne d&rsquo;une communaut\u00e9 immanente. La souverainet\u00e9, c&rsquo;est donc la stabilit\u00e9 contre le d\u00e9sordre, la fermet\u00e9 de l&rsquo;enracinement contre l&rsquo;entropie, la tradition qui fixe les choses contre le d\u00e9sordre du mouvement qui les d\u00e9fait. Shakespeare d\u00e9non\u00e7ait justement le crime contre le souverain (la souverainet\u00e9), parce qu&rsquo;il cr\u00e9e &laquo; <em>un gouffre<\/em> &raquo; o&ugrave; tout est attir\u00e9, une sorte de \u00ab\u00a0trou noir\u00a0\u00bb si vous voulez. Joseph de Maistre, lui, observe que la souverainet\u00e9 est quelque chose qui fait passer le singulier au pluriel. Ces grands esprits nous confortent dans cette d\u00e9finition de la souverainet\u00e9, qui doit \u00eatre n\u00e9cessairement, sous peine d&rsquo;abaisser irr\u00e9m\u00e9diablement l&rsquo;homme et sa spiritualit\u00e9, &mdash; qui doit \u00eatre hauteur, noblesse, perception collective d&rsquo;un destin commun. On voit combien la souverainet\u00e9 est le contraire de notre \u00ab\u00a0crise de civilisation\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous en venons naturellement \u00e0 la conclusion de cet aspect de notre exercice de d\u00e9finition, en observant que la souverainet\u00e9 est fondamentalement une valeur structurante, peut-\u00eatre la plus structurante de toutes les valeurs structurantes puisqu&rsquo;elle est un processus souple qui est g\u00e9n\u00e9rateur de structures. Par rapport aux grandes tendances de notre temps historique, la souverainet\u00e9 est l&rsquo;antith\u00e8se sans compromis du processus d\u00e9structurant de la globalisation : celle-ci nourrit m\u00eame naturellement la r\u00e9sistance de celle-l\u00e0. De ce point de vue, la souverainet\u00e9 est, historiquement, \u00e9galement d\u00e9finissable de fa\u00e7on tout \u00e0 fait satisfaisante comme une r\u00e9sistance. (Par exemple, nous pensons qu&rsquo;il faudrait d\u00e9finir la R\u00e9sistance, en France, en 1940-45, comme un mouvement dont la r\u00e9f\u00e9rence est naturellement la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de la souverainet\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Ce qui nous conduit, on le devine aussit\u00f4t, \u00e0 un extraordinaire paradoxe.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">L&rsquo;extraordinaire paradoxe du concept <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Il y a, dans le concept \u00ab\u00a0technologies de souverainet\u00e9\u00a0\u00bb, un formidable paradoxe qui est peut-\u00eatre ou qui n&rsquo;est peut-\u00eatre pas une contradiction. Il s&rsquo;\u00e9nonce de cette fa\u00e7on : aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;un des principaux objets de la souverainet\u00e9, valeur structurante par essence, est la technologie avanc\u00e9e, valeur d\u00e9structurante par d\u00e9finition.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;une part, il appara&icirc;t \u00e9vident que ce paradoxe est une contradiction, mais essentiellement dans la mesure o&ugrave; il est une illustration de notre crise g\u00e9n\u00e9rale, notre \u00ab\u00a0crise de civilisation\u00a0\u00bb, puisque cette crise se r\u00e9alise le plus puissamment et presque exclusivement dans un affrontement entre forces d\u00e9structurantes et forces structurantes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais cette contradiction est peut-\u00eatre \u00e9quilibr\u00e9e par le caract\u00e8re extraordinaire suivant : s&rsquo;il y a crise de technologies avanc\u00e9es (s&rsquo;accordant effectivement \u00e0 un des caract\u00e8res les plus notables et les plus importants de notre \u00ab\u00a0crise de civilisation\u00a0\u00bb : la sp\u00e9cialisation au d\u00e9triment de la vision globale), il n&rsquo;y a pas crise de la souverainet\u00e9. Avancer que la souverainet\u00e9 est en crise est une absurdit\u00e9, parce que la souverainet\u00e9 est quelque chose qui dispara&icirc;t et rena&icirc;t selon les besoins de crise des communaut\u00e9s humaines : la souverainet\u00e9 ne peut \u00eatre en crise puisqu&rsquo;elle est l&rsquo;enfant des crises successives qui affectent l&rsquo;histoire de l&rsquo;homme, puisqu&rsquo;elle est le rem\u00e8de que chaque crise qui \u00e9clate doit consid\u00e9rer pour envisager de se r\u00e9soudre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui nous conduit \u00e0 ce constat du contraire de ce que nous avions vu : l&rsquo;extraordinaire paradoxe entre technologies avanc\u00e9es et souverainet\u00e9 peut aussi n&rsquo;\u00eatre pas une contradiction. S&rsquo;il est bien compris, bien mesur\u00e9, justement appr\u00e9ci\u00e9 au travers des d\u00e9finitions pr\u00e9cises des deux termes, ce paradoxe peut \u00eatre, au contraire, un moyen, une \u00ab\u00a0arme\u00a0\u00bb d&rsquo;une singuli\u00e8re souplesse et \u00e0 la vertu civilisatrice. C&rsquo;est l\u00e0 que nous sommes conduits \u00e0 aborder la situation de la France, situation inscrite dans le cadre europ\u00e9en et inspirant ce cadre europ\u00e9en.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Le cas fran\u00e7ais dans le contexte europ\u00e9en<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Revenons rapidement (furtivement!) au cas du F\/A-22. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un cas d&rsquo;application, d&#8217;emploi et d&rsquo;usage maximalistes de toutes les technologies avanc\u00e9es, cas choisi justement pour ce caract\u00e8re maximaliste. Ce caract\u00e8re est sp\u00e9cifiquement am\u00e9ricaniste, c&rsquo;est m\u00eame une caract\u00e9ristique tr\u00e8s remarquable de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Cette m\u00e9thode et cette philosophie ne sont pas celles des Europ\u00e9ens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La temp\u00e9rance europ\u00e9enne \u00e0 cet \u00e9gard, prudence dans l&#8217;emploi des technologies avanc\u00e9es comme composantes d&rsquo;un syst\u00e8me, voire parfois choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de n&rsquo;y pas faire appel dans un cas ou l&rsquo;autre, est le r\u00e9sultat exclusif d&rsquo;un choix, justement, et en aucune fa\u00e7on une obligation (capacit\u00e9s non disponibles). Cela explique des diff\u00e9rences importantes, \u00e0 l&rsquo;avantage des Europ\u00e9ens, en d\u00e9pit de la fable du <em>technological gap<\/em>. Enfin, nul ne doit ignorer qu&rsquo;en parlant des Europ\u00e9ens, nous parlons avant tout des Fran\u00e7ais, et des Fran\u00e7ais dans une part consid\u00e9rable tant ce pays domine le continent en mati\u00e8re de technologies avanc\u00e9es, autant dans la disposition de ces technologies que dans leur utilisation. (Cela est encore plus vrai depuis la d\u00e9cadence des capacit\u00e9s britanniques, par abdication, &mdash; justement nous y venons, &mdash; de leur souverainet\u00e9 au profit des Am\u00e9ricains.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourquoi la France ? Un premier fait, aussi ind\u00e9niable qu&rsquo;il est peu affirm\u00e9 et r\u00e9percut\u00e9, est que ce pays est, par rapport aux normes quantitatives d&rsquo;appr\u00e9ciation de la puissance (d\u00e9mographie, \u00e9conomie, volume financier, etc), exceptionnellement avanc\u00e9 du point de vue des technologies avanc\u00e9es. Apr\u00e8s l&rsquo;effondrement sovi\u00e9tique et avec le d\u00e9clin britannique, sa position de n&deg;2 ne cesse de se renforcer, en distan\u00e7ant ses concurrents \u00e0 ce niveau, mais aussi en tenant une place beaucoup plus proche du n&deg;1 qu&rsquo;il n&rsquo;est universellement affirm\u00e9. La France est, dans le domaine de l&rsquo;armement, bien souvent au niveau du meilleur, et parfois en avant du meilleur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La France dispose d&rsquo;un avantage qui lui est propre, qui tient \u00e0 sa psychologie nationale (ce qui renvoie aux hypoth\u00e8ses sur l&rsquo;importance et la r\u00e9alit\u00e9 des caract\u00e8res nationaux, psychologies form\u00e9es par la tradition et la culture). Il s&rsquo;agit d&rsquo;une exceptionnelle capacit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9gration que la France semble partager essentiellement avec la psychologie indienne, le caract\u00e8re national indien (d&rsquo;o&ugrave; le succ\u00e8s de l&rsquo;Inde dans la fourniture de programmateur des technologies avanc\u00e9es). Cette sp\u00e9cificit\u00e9 permet \u00e0 la France de r\u00e9soudre d&rsquo;autant mieux les probl\u00e8mes d&rsquo;int\u00e9gration des technologies avanc\u00e9es, souvent de fa\u00e7on mesur\u00e9e et utile, o&ugrave; l&rsquo;adage selon lequel \u00ab\u00a0le mieux est souvent l&rsquo;ennemi du bien\u00a0\u00bb a toute sa place.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette appr\u00e9ciation de la position de la France renvoie certainement \u00e0 deux types d&rsquo;explication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le premier type, irrationnel, est laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 bien qu&rsquo;il ne manque \u00e9videmment pas d&rsquo;int\u00e9r\u00eat jusqu&rsquo;\u00e0 pouvoir \u00eatre tenu dans certains cas pour essentiel. Le deuxi\u00e8me, le rationnel, comprend la capacit\u00e9 fran\u00e7aise n\u00e9e des imp\u00e9ratifs et des n\u00e9cessit\u00e9s d&rsquo;une politique d&rsquo;ind\u00e9pendance nationale que la France a su poursuivre avec une constance incomparable et qui ne laisse pas d&rsquo;\u00e9tonner, malgr\u00e9 des avatars politiques et une d\u00e9cadence extraordinaire du niveau de son personnel politique. C&rsquo;est l\u00e0, avec la gr\u00e2ce de l&rsquo;\u00e9vidence logique, que nous retrouvons la question de la souverainet\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En continuation de sa politique traditionnelle remontant \u00e0 la dynastie des Cap\u00e9tiens, la France moderne, sous l&rsquo;impulsion inspir\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, poursuit une politique d&rsquo;ind\u00e9pendance n\u00e9cessairement bas\u00e9e sur la souverainet\u00e9. Pour cette raison, et pour \u00e9carter la connotation g\u00e9ographique qu&rsquo;on pourrait (faussement) croire antagoniste du cadre europ\u00e9en, on parlera d&rsquo;une politique d&rsquo;ind\u00e9pendance souveraine (plut\u00f4t qu&rsquo;ind\u00e9pendance nationale). Cette politique se conforme \u00e0 la tradition fran\u00e7aise comme \u00e0 une valeur compl\u00e8tement structurante, en offrant l&rsquo;id\u00e9e que la souverainet\u00e9 est le principe \u00e9vident et la position naturelle de la politique fran\u00e7aise, sa r\u00e9f\u00e9rence fondamentale, son inspiration. La politique fran\u00e7aise revient alors \u00e0 favoriser partout o&ugrave; cela est possible le principe de souverainet\u00e9 puisque, en renfor\u00e7ant ce principe, la France se renforce elle-m\u00eame. (On mesure, avec ce constat, combien la politique favorisant la souverainet\u00e9 est loin d&rsquo;\u00eatre une politique utopique, politique de soutien \u00e0 un principe abstrait, mais au contraire une politique \u00e9galement tr\u00e8s r\u00e9aliste.) Cette r\u00e9f\u00e9rence de la politique fran\u00e7aise \u00e0 la souverainet\u00e9 explique les positions et politiques de la France aujourd&rsquo;hui, bien mieux que les soup\u00e7ons \u00e9mis contre elle et les proc\u00e8s qui lui sont faits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend alors ais\u00e9ment combien la France devrait \u00eatre \u00e0 l&rsquo;aise avec l&rsquo;actuelle situation des technologies de souverainet\u00e9, &mdash; \u00e0 la fois tenant une position dans le domaine des technologies en attendant de voir comment \u00e9volue la crise actuelle ; \u00e0 la fois, profitant mieux qu&rsquo;aucun autre de l&rsquo;aspect de souverainet\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne. Cette position satisfaite peut \u00eatre activ\u00e9e de mani\u00e8re tr\u00e8s enrichissante dans le cadre europ\u00e9en, la France \u00ab\u00a0europ\u00e9anisant\u00a0\u00bb ses technologies avanc\u00e9es en affirmant le principe de souverainet\u00e9 qui les habite, pour que ce principe serve \u00e0 l&rsquo;Europe en tant que telle lorsque l&rsquo;Europe affirme sa puissance par rapport \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Le programme UCAV, lanc\u00e9 par les Fran\u00e7ais, propos\u00e9 en coop\u00e9ration europ\u00e9enne et accueilli avec une tr\u00e8s grande faveur par nombre de pays europ\u00e9ens (Su\u00e8de, Gr\u00e8ce, Italie, etc), est l&rsquo;exemple parfait de cette situation. (L&rsquo;UCAV est un \u00ab\u00a0d\u00e9monstrateur de technologies\u00a0\u00bb, ce qui rencontre encore mieux la position qu&rsquo;on d\u00e9crit.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce contexte \u00e9galement, une vente d&rsquo;armes \u00e0 l&rsquo;exportation devient la fourniture d&rsquo;un moyen d&rsquo;expression de la puissance de la souverainet\u00e9 en m\u00eame temps qu&rsquo;un moyen d&rsquo;\u00e9change aux niveaux psychologique et culturel. Le but est alors de faire affirmer aux autres la puissance technologique pour soutenir leur souverainet\u00e9, ce qui renforce \u00e9videmment le principe structurant de souverainet\u00e9 contre les pouss\u00e9es d\u00e9structurantes, essentiellement d&rsquo;origine am\u00e9ricaniste. L&rsquo;exportation d&rsquo;un syst\u00e8me comme le Rafale, selon la tradition fran\u00e7aise de coop\u00e9ration et de respect de la souverainet\u00e9, s&rsquo;oppose \u00e0 la philosophie d&rsquo;un programme comme le JSF am\u00e9ricain, marqu\u00e9e par une non-coop\u00e9ration et une agression d\u00e9structurante contre la souverainet\u00e9 des acheteurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Un concept exemplaire de notre crise<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On l&rsquo;a dit et on le redit, cette puissante affirmation de souverainet\u00e9 par le biais d&rsquo;un outil (les technologies de pointe) par ailleurs lui-m\u00eame en crise, est une indication de la crise fondamentale qui affecte notre civilisation. Il faut le savoir pour en tirer les le\u00e7ons, tout en en usant du point de vue technologique comme du point de vue politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En user \u00ab\u00a0du point de vue technologique\u00a0\u00bb signifie \u00e9videmment faire un usage mesur\u00e9 de la technologie, selon l&rsquo;\u00e9volution de la crise de cet outil ; en user \u00ab\u00a0du point de vue politique\u00a0\u00bb revient \u00e0 comprendre que ces technologies sont d\u00e9sormais, en premier lieu, des outils d&rsquo;influence politique (ainsi l&rsquo;UCAV europ\u00e9en d\u00e9j\u00e0 vu devrait-il \u00eatre qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0d\u00e9monstrateur d&rsquo;influence\u00a0\u00bb plus encore que \u00ab\u00a0d\u00e9monstrateur technologique\u00a0\u00bb). Seule cette approche permet de se lib\u00e9rer des pesanteurs du maximalisme technologique o&ugrave; les Am\u00e9ricains se sont enferm\u00e9s, avec un Pentagone impuissant \u00e0 contenir les co&ucirc;ts (le F\/A-22 apr\u00e8s tant d&rsquo;autres) et impuissant \u00e0 s&rsquo;adapter aux r\u00e9alit\u00e9s du monde (voir l&rsquo;Irak). Parler \u00e0 ce propos de \u00ab\u00a0technological gap\u00a0\u00bb en faveur des USA rel\u00e8ve d&rsquo;une pens\u00e9e automatique totalement inf\u00e9od\u00e9e au courant virtualiste de la propagande d&rsquo;entreprise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette lib\u00e9ration de la pens\u00e9e \u00e0 propos des technologies de souverainet\u00e9 implique \u00e9galement, du c\u00f4t\u00e9 des non-sp\u00e9cialistes, des politiques, voire des intellectuels, le devoir de comprendre le paradoxe final des technologies de souverainet\u00e9. Celles-ci portent une part importante de la crise g\u00e9n\u00e9rale que nous connaissons mais pr\u00e9sentent \u00e9galement ce qui pourrait \u00eatre un des rem\u00e8des \u00e0 cette crise, la notion identitaire et structurante de la souverainet\u00e9. Il n&rsquo;est plus acceptable, aujourd&rsquo;hui, de condamner en bloc une activit\u00e9 (l&rsquo;armement, les technologies avanc\u00e9es qui lui sont li\u00e9es) au nom d&rsquo;une id\u00e9ologie quelconque, par exemple de type pacifiste. Au contraire, les technologies de souverainet\u00e9 d\u00e9tiennent des cl\u00e9s pour notre lib\u00e9ration d&#8217;emprises insupportables, qu&rsquo;aucun autre domaine ne peut procurer.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Technologies de souverainet\u00e9 Ci-dessous, nous pr\u00e9sentons le texte de la rubrique Analyse de notre publication de defensa. 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