{"id":66022,"date":"2004-07-08T00:00:00","date_gmt":"2004-07-08T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/07\/08\/les-dinosaures-sont-menaces\/"},"modified":"2004-07-08T00:00:00","modified_gmt":"2004-07-08T00:00:00","slug":"les-dinosaures-sont-menaces","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/07\/08\/les-dinosaures-sont-menaces\/","title":{"rendered":"Les dinosaures sont menac\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p><h4>Rubrique <em>Analyse<\/em>, <em>dd&#038;e<\/em>, Volume 19, num\u00e9ro 19 du 25 juin 2004<\/h4>\n<p>Il y a dix ans, Lockheed Aircraft et Martin-Marietta fusionnaient pour donner le groupe Lockheed Martin, aujourd&rsquo;hui un des g\u00e9ants de l&rsquo;armement et de l&rsquo;a\u00e9ronautique. Ce Big Bang annon\u00e7ait, nous disait-on, une nouvelle \u00e8re de l&rsquo;industrie d&rsquo;armement et de l&rsquo;a\u00e9ronautique, qui serait dessin\u00e9e du triomphe incontestable,  devinez o\u00f9 et par qui ? Certes, aux Etats-Unis et par les Etats-Unis. Le mod\u00e8le Lockheed Martin devint la r\u00e9f\u00e9rence universelle de nos commentateurs, chroniqueurs, etc. La formule magique \u00e9tait trouv\u00e9e. Il ne restait qu&rsquo;\u00e0 suivre, comme d&rsquo;habitude.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRien de tout cela ne s&rsquo;est fait. Le Big Bang a \u00e9t\u00e9 comme la guerre en Irak : une attaque, une envol\u00e9e offensive irr\u00e9sistibles ; puis une exploitation, un apr\u00e8s-guerre d\u00e9couvrant les difficult\u00e9s, les accumulant, nourrissant les erreurs, etc. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique US et ses dinosaures sont en crise, tout simplement.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Les dinosaures sont menac\u00e9s<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tTout se passe aux USA et c&rsquo;est bien mieux pour notre d\u00e9monstration. Il nous importe ici de tenter de montrer, une fois de plus, que globalisation n&rsquo;est pas mondialisation, que la dimension globale dans le concept de globalisation n&rsquo;est qu&rsquo;une commodit\u00e9 du chiffre d&rsquo;affaires, un leurre de relations publiques, un clin d&rsquo;oeil \u00e0 notre penchant de midinette pour tout ce qui peut ressembler \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;unit\u00e9 mondiale, globale, plan\u00e9taire. Lorsque nous touchons \u00e0 une industrie qui, pour \u00eatre globale et globalis\u00e9e, n&rsquo;en est pas moins jalousement nationale, nous touchons au coeur de la globalisation. C&rsquo;est le cas avec les USA et avec l&rsquo;industrie de l&rsquo;armement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout se passe aux USA et tout se passe dans l&rsquo;industrie d&rsquo;armement. En fait, c&rsquo;est l\u00e0 que tout a commenc\u00e9, notamment pour la globalisation dans sa phase finale, visible, spectaculaire, sa phase de rupture apr\u00e8s laquelle, comme on dit, plus rien ne sera comme avant. De 1991 \u00e0 1997, en vagues successives passant par la date-pivot du 4 septembre 1994 (constitution du g\u00e9ant Lockheed Martin par fusion de Lockheed Aircraft et de Martin Marietta) jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;absorption g\u00e9ante de McDonnell Douglas par Boeing (1997), l&rsquo;industrie am\u00e9ricaine d&rsquo;armement (y compris l&rsquo;a\u00e9rospatiale et l&rsquo;\u00e9lectronique) s&rsquo;est transform\u00e9e radicalement. On a l&rsquo;habitude d&rsquo;entendre une connotation optimiste et pleine d&rsquo;allant dans ce mot de transformation. On oublie parce qu&rsquo;on a l&rsquo;esprit l\u00e9ger que Frankenstein est, par d\u00e9finition, la cr\u00e9ature n\u00e9e d&rsquo;une transformation de cette sorte. Est-ce \u00e0 dire que la globalisation, c&rsquo;est Frankenstein ? Pas si b\u00eate.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous allons nous appuyer sur deux \u00e9v\u00e9nements en cours, non r\u00e9solus et extr\u00eamement illustratifs de notre propos. A partir de ces deux \u00e9v\u00e9nements, nous ratisserons large. Ils le permettent. Voici ces deux \u00e9v\u00e9nements :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0La commande en leasing (10 ans) de cent Boeing 767 transform\u00e9s en ravitailleurs en vol (KC-767), pour l&rsquo;U.S. Air Force, et pour $23 milliards. La commande, f\u00e9rocement d\u00e9battue depuis deux ans, est totalement remise en cause.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe deuxi\u00e8me \u00e9v\u00e9nement est notre favori, bien connu de nos lecteurs : le JSF, pris sous un angle inhabituel et instructif.<\/p>\n<h3>Le mirifique march\u00e9 du Boeing KC-767<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;offre de Boeing pour cent KC-767 en leasing \u00e0 $230 millions l&rsquo;exemplaire repr\u00e9sente un cas nouveau dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;armement, du Pentagone, du complexe militaro-industriel am\u00e9ricain, et dans l&rsquo;histoire postmoderne du lib\u00e9ralisme (de la globalisation). La proposition Boeing\/USAF est apparue fin 2001, dans la confusion g\u00e9n\u00e9rale et la ferveur patriotique (patriotarde) qui suivirent le 11 septembre 2001. L&rsquo;affaire ne semblait alors ne soulever aucune difficult\u00e9 ni permettre la moindre h\u00e9sitation. Il \u00e9tait impensable et incongru de songer \u00e0 discuter une seconde une demande budg\u00e9taire et d&rsquo;\u00e9quipement du Pentagone. Pourtant, il y eut, ici ou l\u00e0, quelques demandes d&rsquo;explication, le Congr\u00e8s sentant qu&rsquo;il pourrait tout de m\u00eame, sur cette question sp\u00e9cifique alors qu&rsquo;il abdiquait tous ses pouvoirs sur le reste, jouer son r\u00f4le traditionnel d&rsquo;enqu\u00eateur et de contr\u00f4leur des d\u00e9penses de l&rsquo;administration. (Le s\u00e9nateur John McCain joua et joue un r\u00f4le d\u00e9terminant de contestation dans cette affaire des 767 ravitailleurs.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y eut ce combat d&rsquo;abord pris comme un baroud d&rsquo;honneur. Les circonstances aggrav\u00e8rent bient\u00f4t le cas, lorsque Boeing se trouva entra\u00een\u00e9 dans plusieurs vilaines affaires qui mettaient en cause son comportement \u00e9thique, avec corruption de fonctionnaires et le reste. (Cette crise de Boeing connut un prolongement dramatique avec la d\u00e9mission, en d\u00e9cembre 2003, de son patron Phil Condit, remplac\u00e9 par Harry Stonecipher.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe climat devint d\u00e9testable autour de l&rsquo;offre des cent 767,  avec des rumeurs selon lesquelles la comp\u00e9tition avait \u00e9t\u00e9 biais\u00e9e en faveur de Boeing, aux d\u00e9pens d&rsquo;Airbus (qui avait \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 faire une offre \u00e0 l&rsquo;USAF de son c\u00f4t\u00e9). En temps normal, on se pr\u00e9occupe peu, au Congr\u00e8s, de ces r\u00e9criminations \u00e9trang\u00e8res ; cette fois, elles tomb\u00e8rent \u00e0 point pour renforcer la pol\u00e9mique et, partant, l&rsquo;opposition \u00e0 la commande. D&rsquo;autres pr\u00e9cisions ont \u00e9t\u00e9 chuchot\u00e9es, ici et l\u00e0, notamment sur les intentions de Boeing qui seraient de vendre les KC-767 \u00e0 l&rsquo;USAF \u00e0 la fin du leasing, comme dans un leasing normal, \u00e0 un prix d\u00e9j\u00e0 en cours de n\u00e9gociation, qui am\u00e8nerait l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du march\u00e9 vers des sommets extraordinaires (les estimations sont de $50-$60 milliards),  sans parler des pressions pour des rallonges \u00e0 des co\u00fbts similaires, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit apr\u00e8s tout de renouveler une flotte de plus de 600 KC-135.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;affaire est devenue une controverse majeure \u00e0 Washington, une controverse extr\u00eamement importante, beaucoup plus que ne le laisseraient croire le contrat, la forme et la mission du mat\u00e9riel concern\u00e9, l&rsquo;absence d&rsquo;enjeu strat\u00e9gique de ce nouveau mat\u00e9riel, etc. L&rsquo;atmosph\u00e8re n&rsquo;est plus aussi patriotique qu&rsquo;en 2001. On ose d\u00e9sormais des critiques. Les langues se d\u00e9lient. Voici celle, particuli\u00e8rement inform\u00e9e, de James Roche, le secr\u00e9taire \u00e0 l&rsquo;Air Force, qui r\u00e9sume la le\u00e7on fondamentale de cette affaire (et l&rsquo;on notera au passage combien la position de Roche manifeste qu&rsquo;il fut adversaire de cette commande, que celle-ci consiste donc en une manigance directement trait\u00e9e entre l&rsquo;USAF et Boeing). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA la mi-avril, James Roche explique dans quelle mesure il tient ce contrat des cent KC-767 comme une catastrophe consid\u00e9rable, assortie de faits de corruption gravissimes de Boeing vers les g\u00e9n\u00e9raux de l&rsquo;USAF. Il explique : \u00ab <em>The debacle could have been avoided if there had been a legitimate competition.<\/em> \u00bb (Il parle d&rsquo;Airbus, certes, avalisant par cons\u00e9quent la version selon laquelle il n&rsquo;y a pas eu de r\u00e9elle comp\u00e9tition. Il constate tout de m\u00eame : \u00ab <em>&#8230;but a contract of that magnitude-worth about $23 billion-would not likely have been awarded to a non-U.S. supplier.<\/em> \u00bb) ll annonce que l&rsquo;affaire n&rsquo;est pas finie et que le march\u00e9 devrait \u00eatre rouvert apr\u00e8s les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, cette fois avec une vraie comp\u00e9tition Airbus-Boeing. Enfin, James Roche en vient \u00e0 ce qui est, selon nous, le plus int\u00e9ressant dans ses d\u00e9clarations (citation que nous avons d\u00e9j\u00e0 faite mais qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre redite) : \u00ab <em>Part of the problem is the collapse of the defense industry. We are increasingly dealing with monopolies. When I was in the industry, I said it was wrong to over-consolidate, and that we would come to regret it.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h3>Le mirifique programme JSF<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tVenons-en au JSF. Nos lecteurs connaissent bien le destin de ce programme, qui est un de nos sujets favoris. Pourtant, tout n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 dit. Un article d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s grand, publi\u00e9 dans Defense News le 10 mai, ouvre \u00e0 propos du JSF une perspective compl\u00e8tement nouvelle. A cette lumi\u00e8re, ce programme appara\u00eet comme un acteur essentiel de la globalisation et une r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9sormais in\u00e9vitable pour tous ceux qui veulent confronter la th\u00e9orie enivrante de la globalisation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique, technologique, humaine que cette th\u00e9orie engendre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;article est de proposer in fine la th\u00e8se suivante : m\u00eame si le JSF \u00e9tait le succ\u00e8s colossal qu&rsquo;on a annonc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine, ce serait sans doute une catastrophe sans pr\u00e9c\u00e9dent. L&rsquo;article s&rsquo;appuie principalement, pour poser le d\u00e9bat, sur des d\u00e9clarations de Art Cebrowski, chef au Pentagone du service dit de la transformation. (Service install\u00e9 par Rumsfeld pour conduire des initiatives fondamentales visant \u00e0 transformer le syst\u00e8me militaro-industriel US. On sait, aujourd&rsquo;hui, la magie du mot transformation impos\u00e9 par la bureaucratie US,  comme tous les mots de cette sorte, un mot d&rsquo;ordre recouvrant on ne sait quoi, provoquant beaucoup d&rsquo;agitation, servant surtout \u00e0 prendre conscience de l&rsquo;existence d&rsquo;une crise g\u00e9n\u00e9rale. C&rsquo;est le cas, essentiellement aux USA, m\u00eame si le mot transformation agite les autres establishments militaro-industriels occidentaux.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCebrowski consid\u00e8re que le fait d&rsquo;avoir install\u00e9 un programme unique, n\u00e9cessairement de dimensions et d&rsquo;ambitions globales jusqu&rsquo;\u00e0 consid\u00e9rer comme acquis d&rsquo;avance que la plupart des pays \u00e9trangers ach\u00e8teront l&rsquo;avion, rec\u00e8le de tr\u00e8s graves menaces. Cebrowski : \u00ab <em>Without programs that force you to stretch your horizons, this industry is doomed. <\/em>[Companies] <em>need lots of programs, enough to make sure that if you lose this one, there will be another one out there. Integral to that is competition as robust and vibrant as you can make it, to keep people excited. The answer is not to build JSF and nothing else for the next 40 years. In fact, that may be exactly what pushes us into the abyss.<\/em> \u00bb Dans la logique de cette critique, Cebrowski met en cause le processus de s\u00e9lection d&rsquo;un programme, consistant \u00e0 r\u00e9duire la concurrence \u00e0 deux \u00e9quipes, \u00e0 \u00e9liminer l&rsquo;une d&rsquo;entre elles d&rsquo;une fa\u00e7on et dans des circonstances (dur\u00e9e, universalit\u00e9 du programme choisi, exclusivit\u00e9 des fonds de R&#038;D pour ce programme, etc) qui tuent effectivement l&rsquo;\u00e9quipe \u00e9limin\u00e9e. \u00ab <D>As soon as you downselect, you shoot the other design team, which is a real national asset, in the head. This is not downselecting, this is homicide.<D> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;essentiel du reste de la r\u00e9flexion ne nous importe pas. Il s&rsquo;agit alors d&rsquo;un d\u00e9veloppement pratique (comment emp\u00eacher cette \u00e9volution, comment envisager de sauver les \u00e9quipes \u00e9limin\u00e9es, etc). Le seul \u00e9l\u00e9ment qui nous int\u00e9resse, et qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre ajout\u00e9 au dossier JSF dans ce d\u00e9bat, c&rsquo;est le rappel que le JSF est un legs de l&rsquo;\u00e9poque Clinton. Effectivement, ce programme a toujours \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme un programme d\u00e9mocrate, au point o\u00f9 l&rsquo;on put croire, \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;administration GW Bush, qui est r\u00e9publicaine, qu&rsquo;il pourrait \u00eatre abandonn\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais, certes, le programme JSF se place dans un contexte plus large qu&rsquo;un simple affrontement politicien. Programme d\u00e9mocrate certes, mais dans le contexte militaire, \u00e9conomique et politique tr\u00e8s particulier des ann\u00e9es 1990. <em>Defense News<\/em> le r\u00e9sume de cette fa\u00e7on, pour ce qui est de la question des armaments : \u00ab <em>To cope with budget cutbacks, the Clinton administration: purred a dramatic consolidation of the industry; consolidated weapon programs from multiple individual systems to multifunction ones like JSF; sought acquisition reforms to make it easier for commercial companies to do business with and compete against traditional defense contractors; and fostered globalization to yield truly trans-Atlantic contractors able to win business in home and overseas markets.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h3>La conception clintonienne du monde<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsqu&rsquo;en 1994, Norman Augustine, PDG de Martin-Marietta et du nouveau g\u00e9ant Lockheed Martin, pr\u00e9senta la m\u00e9ga-fusion qui transportait d&rsquo;extase les milieux financiers et boursiers, et tous les commentateurs \u00e9clair\u00e9s de la presse am\u00e9ricaine et europ\u00e9enne, il se montra extr\u00eamement prudent, avec une nuance de pessimisme cr\u00e9pusculaire. Pour Augustine, ces concentrations \u00e9taient la cons\u00e9quence de la n\u00e9cessit\u00e9 : c&rsquo;\u00e9tait cela ou mourir. Plus tard, en juillet 1997 (un mois avant sa retraite), lors d&rsquo;un symposium de l&rsquo;Air Force Association, il renouvela ses doutes nombreux, les \u00e9tendant de fa\u00e7on d\u00e9cisive au processus de globalisation de l&rsquo;industrie. (Voir <em>dd&#038;e<\/em>, Volume 13, n\u00b005, rubrique <em>Contexte<\/em> : <em>Les doutes de Norman Augustine<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAugustine posait notamment des questions essentielles, dont il estimait qu&rsquo;elles n&rsquo;avaient aucune r\u00e9ponse dans le cadre de l&rsquo;\u00e9volution vers une globalisation. Ces questions \u00e9taient les suivantes : \u00ab <em>Si l&rsquo;industrie se globalise, qui d\u00e9cidera ce qui sera vendu, et \u00e0 qui? Les USA devraient-ils permettre \u00e0 des gouvernements \u00e9trangers de poss\u00e9der indirectement des \u00e9l\u00e9ments essentiels des capacit\u00e9s am\u00e9ricaines de R&#038;D et de production? Les USA devraient-ils accepter de devenir technologiquement d\u00e9pendants d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00e9lectroniques et de logiciels d\u00e9tenus par l&rsquo;\u00e9tranger? Qui doit avoir la responsabilit\u00e9 de maintenir une forte base industrielle nationale de d\u00e9fense?<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAugustine consid\u00e9rait le seul domaine classique de l&rsquo;industrie d&rsquo;armement, en appuyant fortement sur la dimension nationale. La formulation de ses questions impliquait que, si l&rsquo;on restait au niveau national (am\u00e9ricain, pour son cas), ses inqui\u00e9tudes \u00e9taient peu justifi\u00e9es. Ses remarques g\u00e9n\u00e9rales impliquaient \u00e9galement, ce qui est une d\u00e9marche plus rare dans le contexte am\u00e9ricain, que l&rsquo;industrie de d\u00e9fense n&rsquo;est pas une industrie comme les autres ; industrie strat\u00e9gique par excellence, pivot de la s\u00e9curit\u00e9 nationale, elle doit d\u00e9pendre pour l&rsquo;essentiel du pouvoir politique. Cette situation, du point de vue d&rsquo;un industriel am\u00e9ricain aussi concern\u00e9 que l&rsquo;\u00e9tait Augustine, \u00e9tait satisfaisante tant que le Pentagone contr\u00f4lait la situation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJustement, le Pentagone contr\u00f4le-t-il la situation? Au moment o\u00f9 Augustine exprimait ses doutes pour plus tard, une chercheuse sp\u00e9cialis\u00e9e dans les questions \u00e9conomiques, Ann Markusen, montrait dans une \u00e9tude d\u00e9taill\u00e9e que la consolidation de l&rsquo;industrie US ne se limitait pas aux m\u00e9ga-fusions spectaculaires. En m\u00eame temps, les structures financi\u00e8res changeaient, ce qui \u00e9tait compr\u00e9hensible en raison des sommes n\u00e9cessaires pour ces op\u00e9rations. La cons\u00e9quence de ce ph\u00e9nom\u00e8ne fut l&rsquo;entr\u00e9e massive de Wall Street, du monde financier, dans les capitaux de l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale et de l&rsquo;armement. L&rsquo;op\u00e9ration \u00e9tait d&rsquo;ailleurs favoris\u00e9e par l&rsquo;administration Clinton, proche, comme c&rsquo;est le cas selon la tradition d\u00e9mocrate depuis Franklin Roosevelt, des milieux financiers et de Wall Street. Dans ce cas, le raisonnement de Norman Augustine valait-il encore? Si Wall Street \u00e9tait ma\u00eetre du jeu, et non plus les industriels, il n&rsquo;existait plus cette entente objective entre l&rsquo;industrie et le Pentagone. Les notions d&rsquo;int\u00e9r\u00eat comptable, de dividendes et, d&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, la notion de globalisation selon laquelle l&rsquo;\u00e9conomique prime tout et doit \u00e9carter toutes les r\u00e9gulations, s&rsquo;imposaient dans cette nouvelle situation. Augustine \u00e9tait battu : la plus forte r\u00e9gulation, celle qui dit que l&rsquo;industrie de d\u00e9fense n&rsquo;est pas une industrie comme les autres, disparaissait \u00e9galement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette \u00e9volution, favoris\u00e9e par l&rsquo;administration Clinton, se retrouve effectivement dans le programme JSF tel qu&rsquo;il est d\u00e9crit par Cebrowski. Il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une conception \u00e9conomiste accord\u00e9e \u00e0 la globalisation. Id\u00e9alement, le JSF, dans sa conception initiale, est d\u00e9fini comme le produit globalis\u00e9-type, install\u00e9 dans les march\u00e9s ext\u00e9rieurs plus qu&rsquo;export\u00e9 vers eux. Dans un univers globalis\u00e9, il n&rsquo;\u00e9tait plus vraiment question d&rsquo;exportations. Le JSF devenait le chasseur universel, correspondant parfaitement \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricanisation du monde, autre terme utilisable pour d\u00e9signer la globalisation. D&rsquo;o\u00f9 la d\u00e9marche inhabituelle pour les Am\u00e9ricains de faire entrer dans le programme, d\u00e8s sa phase de conception, le maximum de partenaires non-Am\u00e9ricains (cette expression est pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 celle de pays \u00e9trangers, impliquant qu&rsquo;il puisse y avoir encore des sp\u00e9cificit\u00e9s nationales).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous sommes rapidement arriv\u00e9s aux limites de l&rsquo;exercice, l\u00e0 o\u00f9 le cas JSF (le produit globalis\u00e9) rencontre le cas de la commande des ravitailleurs Boeing (industrie globalis\u00e9e). Ces limites s&rsquo;appellent : monopole et s\u00e9curit\u00e9 nationale. Les deux cas, JSF et Boeing, font appara\u00eetre combien le processus de globalisation n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la question de la sp\u00e9cificit\u00e9 nationale, comme le pensait Augustine. Le v\u00e9ritable probl\u00e8me pos\u00e9 est celui d&rsquo;un monde r\u00e9pondant aux seuls int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et priv\u00e9s contre un monde o\u00f9 existe une transcendance nationale impliquant qu&rsquo;il existe un int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur r\u00e9pondant \u00e0 la protection des communaut\u00e9s et des peuples. Le monopole qu&rsquo;\u00e9tablirait en th\u00e9orie le JSF conduit \u00e0 la destruction de la future base technologique de la puissance am\u00e9ricaine ; le monopole de Boeing met en p\u00e9ril la puissance publique du point de vue de sa capacit\u00e9 budg\u00e9taire et de sa libert\u00e9 de choix. Dans le cas du JSF s&rsquo;ajoute la contradiction qui devient de plus en plus insupportable entre la pr\u00e9tention globalisante du programme et les exigences d&rsquo;autant plus fortes de protection de la base technologique du syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 nationale. (Les coop\u00e9rants non-US n&rsquo;ont pas fini d&rsquo;en voir \u00e0 cet \u00e9gard et ils commencent \u00e0 le d\u00e9couvrir.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvec ces deux cas sont expos\u00e9s de fa\u00e7on spectaculaire les vices et les travers fondamentaux de la globalisation : le monopole, le rejet de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat collectif, la manipulation du consommateur. L&rsquo;exp\u00e9rience Clinton de globalisation de l&rsquo;industrie de d\u00e9fense est compl\u00e8tement en cause, et, au-del\u00e0, tout le processus de globalisation, \u00e9galement r\u00e9alis\u00e9 sous Clinton. On a la confirmation que le principal effet du processus est la rupture de toutes les r\u00e8gles et de toutes les structures (d\u00e9structuration) et le refus des mesures \u00e0 long terme au profit du court terme. La situation de l&rsquo;industrie de d\u00e9fense US est une illustration avanc\u00e9e de ce qui nous attend globalement : les travers qu&rsquo;elle montre et la crise o\u00f9 elle s&rsquo;ab\u00eeme menacent le reste du monde.<\/p>\n<h3>Globalisation : la fascination absolue pour un mot<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe plus extraordinaire dans ce que nous venons de relever plus haut est sans aucun doute qu&rsquo;on n&rsquo;y trouve aucun motif de surprise. Tout \u00e9tait pr\u00e9visible \u00e0 cet \u00e9gard. Le simple bon sens nous en avertissait. Le plus extraordinaire (bis) est que, officiellement, la globalisation, louang\u00e9e et vertueuse dans les discours officiels, se poursuit comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelle explication donner alors au processus de globalisation ? D&rsquo;abord qu&rsquo;il est conduit, comme une marche in\u00e9luctable, par l&rsquo;aveuglement, la vanit\u00e9, la sottise sans le moindre compromis, la scl\u00e9rose et l&rsquo;incapacit\u00e9 de changer d&rsquo;analyse des bureaucraties. Surtout, c&rsquo;est notre hypoth\u00e8se fondamentale, il est guid\u00e9 par la fascination pour un mot,  globalisation. (Ou mondialisation pour les Fran\u00e7ais, qui emploient faussement ce mot alors qu&rsquo;ils devraient utiliser l&rsquo;autre, alors qu&rsquo;ils ont cette chance unique de disposer d&rsquo;une langue proposant les deux termes,  au contraire de l&rsquo;anglais,  avec les nuances d\u00e9cisives qu&rsquo;on sait.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans la situation de paralysie de l&rsquo;esprit, et de l&rsquo;esprit critique essentiellement, que nous connaissons, les techniques de relations publiques et de communication ont le champ absolument libre. Le virtualisme ne rencontre aucun obstacle s\u00e9rieux. Des situations simplistes, des conceptions compl\u00e8tement primaires, sont l&rsquo;objet d&rsquo;une telle puissance de r\u00e9percussion qu&rsquo;elles acqui\u00e8rent une dimension qui force \u00e0 croire \u00e0 une v\u00e9ritable substance. Ce processus terroriste de l&rsquo;esprit, bien plus grave que l&rsquo;autre terrorisme, est central \u00e0 notre soumission au terme de globalisation. Le point int\u00e9ressant de notre crise est que, si le probl\u00e8me para\u00eet d&rsquo;abord \u00e9conomique en g\u00e9n\u00e9ral, il est en fait bien plus large. A notre sens, il est fondamentalement psychologique (la globalisation est une maladie de l&rsquo;esprit, \u00e9crivions-nous dans notre derni\u00e8re parution) et r\u00e9pond \u00e0 la crise de l&rsquo;esprit. La globalisation devenue concept global identifie le modernisme \u00e0 notre Dieu. Elle exprime l&rsquo;esp\u00e9rance de la transformation de la substance dans l&rsquo;op\u00e9ration de globalisation ; la globalisation \u00e9conomique, c&rsquo;est la transformation industrielle vers un plus grand autre (les m\u00e9ga-fusions), c&rsquo;est l&rsquo;ouverture psychologique aux autres, c&rsquo;est le m\u00e9tissage culturel avec les autres,  c&rsquo;est la fusion de tous avec tous les autres en un Un ultime et unique. Cela n&#8217;emp\u00eache pas ce que le bon sens nomme : sottise, autre mot pour cette ferveur universelle des esprits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl en est question lorsque Salman Rushdie, intellectuel arch\u00e9typique de cette orientation, nous dit (<em>Le Monde 2<\/em>, n\u00b016, 2-8 mai) : \u00ab <em>Rejeter le brassage, se refermer, ce serait comme \u00eatre contre le vent. La v\u00e9ritable inqui\u00e9tude ne provient pas de la mondialisation, difficile, irr\u00e9versible, b\u00e9n\u00e9fique, stimulante, mais du d\u00e9s\u00e9quilibre dans la redistribution des richesses. Un de mes compatriotes, Amartya Sen, un Bengali, Prix Nobel d&rsquo;\u00e9conomie en 1998, l&rsquo;a bien montr\u00e9. S&rsquo;opposer au mouvement du vent, qui nous pousse les uns vers les autres, voil\u00e0 presque une d\u00e9finition de l&rsquo;int\u00e9grisme, o\u00f9 qu&rsquo;il soit.<\/em> \u00bb Rushdie nous dit que la mondialisation (la globalisation) est belle, que le probl\u00e8me c&rsquo;est la redistribution in\u00e9gale des richesses ; c&rsquo;est comme s&rsquo;il nous disait que la pluie est belle, que le seul probl\u00e8me c&rsquo;est qu&rsquo;elle mouille. Sa m\u00e9taphore sur le vent qu&rsquo;il faut accepter parce qu&rsquo;il nous rassemblera tous (ce serait plut\u00f4t un tourbillon, non?) nous montre que Rushdie ne fut jamais un marin. L&rsquo;art de l&rsquo;homme face \u00e0 la nature est de coop\u00e9rer, jouer avec le vent et non s&rsquo;y soumettre ; aller vent debout, vent de trois quarts, vent de c\u00f4t\u00e9, mais certes pas au gr\u00e9 du vent&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans un rapport publi\u00e9 en mai, la Rand Corporation pr\u00e9voit que l&rsquo;industrie europ\u00e9enne est condamn\u00e9e si elle ne r\u00e9alise pas des concentrations-fusions suppl\u00e9mentaires. Rand se r\u00e9f\u00e8re sans doute au succ\u00e8s de Boeing et du JSF tels que nous les avons d\u00e9taill\u00e9s \u00e0 l&rsquo;invitation de James Roche ? Si ce n&rsquo;est l\u00e0 une maladie de l&rsquo;esprit, lequel, en plus, s&rsquo;intitule <em>authoritative source<\/em> (d\u00e9finition de la Rand)&#8230; Si ce n&rsquo;est, enfin, l&rsquo;effet d&rsquo;une fascination perverse&#8230;<\/p>\n<h3>Un mouvement de d\u00e9structuration<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;industrie de l&rsquo;armement am\u00e9ricaine n&rsquo;a rien eu pour surprendre, on l&rsquo;a dit. Il n&rsquo;y a rien pour surprendre, \u00e9galement, dans le fait que son mouvement rencontre \u00e9videmment les grands traits de la globalisation, qui est principalement la d\u00e9structuration. Le r\u00e9sultat est une menace formidable port\u00e9e contre la structure centrale de la nation am\u00e9ricaine, au niveau fondamental de la s\u00e9curit\u00e9 : l&rsquo;\u00e9volution vers l&rsquo;impossibilit\u00e9 de choix par installation du monopole, l&rsquo;\u00e9volution vers un ass\u00e8chement des d\u00e9veloppements des technologies avanc\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;est pas surprenant non plus que tout cela se produise alors qu&rsquo;on observe aux USA un amoindrissement d\u00e9cisif des pouvoirs et des moyens d&rsquo;action du gouvernement, du repr\u00e9sentant de la puissance publique, que ce soit sous les administrations r\u00e9publicaines (Reagan-Bush) ou sous l&rsquo;administration d\u00e9mocrate de Clinton. Du coup, l&rsquo;industrie strat\u00e9gique de l&rsquo;armement, fondatrice de la puissance et gardienne de la souverainet\u00e9 nationale (notamment avec ses technologies avanc\u00e9es), perd ses mentors n\u00e9cessaires, ses interlocuteurs \u00e9vidents, sans lesquels elle devient un monstre promis \u00e0 dispara\u00eetre comme les dinosaures. Effectivement, lorsque Lockheed Martin sera enfin parvenu \u00e0 faire son JSF et qu&rsquo;il sera au moins vendu aux forces arm\u00e9es am\u00e9ricaines, l&rsquo;industrie d&rsquo;armement aura tendance \u00e0 devenir, dans le domaine des avions de combat, une simple cha\u00eene de production garantissant leurs dividendes aux actionnaires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe monde a donc sous les yeux les effets de la globalisation \u00e9conomique, comme il a sous les yeux, en Irak, les effets de la globalisation militaro-politique. La question reste donc de savoir : ces yeux-l\u00e0, ceux du monde, ont-ils v\u00e9ritablement la capacit\u00e9 de voir ou bien ne sont-ils l\u00e0 que comme ornement ?<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rubrique Analyse, dd&#038;e, Volume 19, num\u00e9ro 19 du 25 juin 2004 Il y a dix ans, Lockheed Aircraft et Martin-Marietta fusionnaient pour donner le groupe Lockheed Martin, aujourd&rsquo;hui un des g\u00e9ants de l&rsquo;armement et de l&rsquo;a\u00e9ronautique. Ce Big Bang annon\u00e7ait, nous disait-on, une nouvelle \u00e8re de l&rsquo;industrie d&rsquo;armement et de l&rsquo;a\u00e9ronautique, qui serait dessin\u00e9e du&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[3500,3192,2632,250,3501,3502,4313],"class_list":["post-66022","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-defensa","tag-augustine","tag-boeing","tag-globalisation","tag-jsf","tag-lockheed","tag-martin","tag-rushdie"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66022","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66022"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66022\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66022"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66022"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66022"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}