{"id":66033,"date":"2004-07-21T00:00:00","date_gmt":"2004-07-21T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/07\/21\/un-debat-souverain-lenigme-francaise-rubrique-de-defensa-de-defensa-volume-19-n19-du-25-juin-2004\/"},"modified":"2004-07-21T00:00:00","modified_gmt":"2004-07-21T00:00:00","slug":"un-debat-souverain-lenigme-francaise-rubrique-de-defensa-de-defensa-volume-19-n19-du-25-juin-2004","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/07\/21\/un-debat-souverain-lenigme-francaise-rubrique-de-defensa-de-defensa-volume-19-n19-du-25-juin-2004\/","title":{"rendered":"<strong><em>\u201cUn d\u00e9bat souverain\u201d &amp; \u201cl&rsquo;\u2018\u00e9nigme fran\u00e7aise&rsquo;\u201d<\/em><\/strong> \u2014 Rubrique de defensa, \u201cde defensa\u201d, Volume 19, n\u00b019 du 25 juin 2004"},"content":{"rendered":"<p><h3>Un d\u00e9bat souverain &#038; l&rsquo;\u00e9nigme fran\u00e7aise&rsquo;  Rubrique de defensa, de defensa, Volume 19, n\u00b019 du 25 juin 2004<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tLa souverainet\u00e9 est une id\u00e9e que les partisans de la globalisation estiment comme une chose du pass\u00e9 qu&rsquo;il ne faut surtout pas regretter et que les souverainistes d\u00e9fendent souvent, trop souvent, comme une chose du pass\u00e9 qu&rsquo;il faut regretter. Notre point de vue est que c&rsquo;est une chose qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 si vivante, si n\u00e9cessaire, si imp\u00e9rative, dans une construction g\u00e9n\u00e9rale faite d&rsquo;\u00e9conomisme et de supranationalisme qui s&rsquo;\u00e9croule de toutes parts.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous pr\u00e9sentons ci-dessous une interpr\u00e9tation souverainiste, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui prend en compte le facteur de la souverainet\u00e9 nationale, des \u00e9v\u00e9nements du mois de juin jusqu&rsquo;\u00e0 la veille du transfert de souverainet\u00e9 vers le nouvel ex\u00e9cutif irakien. Il s&rsquo;agit d&rsquo;extraits du num\u00e9ro du 25 juin 2004 de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa<\/em>. On verra que nous faisons jouer \u00e0 la souverainet\u00e9 un r\u00f4le absolument essentiel, au contraire des th\u00e8ses en vogue.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t@SURTITRE = Un d\u00e9bat souverain<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = Une question de principe<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Brusquement, au d\u00e9but de ce mois, le centre des choses est revenu \u00e0 l&rsquo;ONU. Avec la question du principe de la souverainet\u00e9 (nationale).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA l&rsquo;automne 2002, en marge du sommet de Prague, Richard Perle fit une intervention dans un s\u00e9minaire et proposa, comme la chose la plus \u00e9vidente et la plus naturelle du monde, qu&rsquo;on tu\u00e2t l&rsquo;ONU et qu&rsquo;on la rempla\u00e7\u00e2t par l&rsquo;OTAN. Le 16 avril 2003, quelques amis n\u00e9o-conservateurs r\u00e9unis chez Dick Cheney pour f\u00eater la victoire am\u00e9ricaine et la chute de Bagdad, port\u00e8rent un toast, lors du d\u00eener, pour c\u00e9l\u00e9brer la mort de l&rsquo;ONU dans les sables de l&rsquo;Irak. La question n&rsquo;\u00e9tait m\u00eame plus pos\u00e9e puisque c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9ponse, rien de moins. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;ONU est redevenue un acteur majeur de la crise et les USA n&rsquo;ont eu de cesse, ces derni\u00e8res semaines, d&rsquo;obtenir le vote de la r\u00e9solution du 8 juin qui sanctifie l&rsquo;installation d&rsquo;un nouveau gouvernement, \u00e9videmment qualifi\u00e9 de souverain, \u00e0 Bagdad.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes pressions ont engendr\u00e9 un d\u00e9bat o\u00f9 il est apparu que les Am\u00e9ricains \u00e9taient loin de d\u00e9tenir la position de force que la propagande virtualiste leur pr\u00eate en g\u00e9n\u00e9ral. Le 28 mai, <em>Le Monde<\/em> pouvait \u00e9crire en manchette de sa une, r\u00e9sumant ainsi le destin, \u00e9trange selon notre cat\u00e9chisme conformiste, de cet apr\u00e8s-guerre irakien : \u00ab <em>Chirac pose ses conditions \u00e0 George Bush.<\/em> \u00bb On sait qu&rsquo;on peut se reposer sur <em>Le Monde<\/em> pour l&rsquo;objectivit\u00e9 dans ce domaine, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;attention constante port\u00e9e \u00e0 l&rsquo;entretien religieux de l&rsquo;image de la puissance am\u00e9ricaine. C&rsquo;\u00e9tait donc une situation criante de v\u00e9rit\u00e9 qui \u00e9tait ainsi d\u00e9crite, que m\u00eame Le Monde ne pouvait escamoter. Le retour de l&rsquo;ONU manifeste en v\u00e9rit\u00e9, in fine mais de fa\u00e7on appuy\u00e9e et ent\u00eatante, la victoire du parti anti-guerre, et c&rsquo;est la France qui le conduit apr\u00e8s l&rsquo;avoir suscit\u00e9 et anim\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a un rapport indirect mais puissant entre ceci et cela,  entre le retour de l&rsquo;ONU et ces affirmations nationales, dont celle de la France principalement. Le paradoxe de ce retour en force de cette ONU dont l&rsquo;enterrement avait \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 avec des fastes hollywoodiens il y a un peu plus d&rsquo;un an, c&rsquo;est qu&rsquo;il s&rsquo;effectue, notamment mais principalement, au nom de la d\u00e9fense du principe de la souverainet\u00e9 nationale. Le retour de l&rsquo;ONU n&rsquo;\u00e9touffe pas les entit\u00e9s nationales mais les met en \u00e9vidence au contraire, comme avec le cas fran\u00e7ais. L&rsquo;ONU, arch\u00e9type de l&rsquo;organisation d\u00e9nonc\u00e9e comme supranationale, est devenue de facto la d\u00e9fenderesse principale et acharn\u00e9e du principe de souverainet\u00e9 nationale. Ce principe est devenu le coeur de la crise, son enjeu sans nul doute ; par cons\u00e9quent, l&rsquo;ONU, l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;ONU, le r\u00f4le de l&rsquo;ONU sont \u00e9galement au centre de la crise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM\u00eame si l&rsquo;affaire du transfert de la souverainet\u00e9 nationale de l&rsquo;Irak est une farce et fait ricaner les cyniques qui se complaisent \u00e0 juger que la force de l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e9tant ce qu&rsquo;elle est il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;incliner, il se trouve que c&rsquo;est une farce \u00e0 nuancer parce que la force de l&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;est plus du tout ce que nous croyions qu&rsquo;elle \u00e9tait. D&rsquo;o\u00f9 ceci que les cyniques deviennent grin\u00e7ants et retardent d&rsquo;une guerre virtuelle. L&rsquo;affaire de la souverainet\u00e9 nationale irakienne est plus s\u00e9rieuse qu&rsquo;on croit et, demain, l&rsquo;Irak devenant d\u00e9mocratique r\u00e9clamera sa souverainet\u00e9, et l&rsquo;obtiendra aux d\u00e9pens des ambitions am\u00e9ricaines et contre l&rsquo;Am\u00e9rique. Cela est \u00e9crit.<\/p>\n<h3>Le retour de l&rsquo;ONU est un \u00e9v\u00e9nement essentiel indirectement, parce qu&rsquo;il remet en selle, dans nos pr\u00e9occupations, la question de la souverainet\u00e9.<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEn effet, l&rsquo;affaire irakienne est assur\u00e9e de provoquer des retomb\u00e9es, des effets, des bouleversements bien au-del\u00e0 de ce que quiconque pouvait imaginer,  bien plus, \u00e9videmment, que ne peut envisager la pens\u00e9e chichement id\u00e9ologique des n\u00e9o-conservateurs US. C&rsquo;est dans ce cadre \u00e9largi du drame qu&rsquo;il faut consid\u00e9rer combien cette affaire du retour de l&rsquo;ONU est sp\u00e9ciale, essentiellement avec ce paradoxe fondamental qu&rsquo;elle ressort la question de la souverainet\u00e9 (\u00f4tons le qualificatif national, trop restrictif) alors que l&rsquo;Organisation devrait en \u00eatre l&rsquo;ennemie jur\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est avec la mise en \u00e9vidence de ce domaine que nous atteignons peut-\u00eatre, sans doute m\u00eame, le coeur de la crise ouverte avec la guerre irakienne ; que nous pouvons commencer \u00e0 consid\u00e9rer que cette guerre irakienne forme une seconde partie de la crise ouverte le 11 septembre 2001, qu&rsquo;elle est intrins\u00e8quement diff\u00e9rente de l&rsquo;\u00e9pisode Al Qa\u00efda\/Afghanistan ; que nous pouvons m\u00eame envisager, certainement peut-\u00eatre, que la crise irakienne d\u00e9passe la crise 9\/11, qu&rsquo;elle doit en \u00eatre extraite pour appara\u00eetre comme une autre crise. C&rsquo;est alors qu&rsquo;on comprend combien l&rsquo;interf\u00e9rence onusienne, avec les caract\u00e8res paradoxaux que nous avons signal\u00e9s, nous permet de mieux identifier les \u00e9v\u00e9nements. Plus encore : d\u00e9passant 9\/11 et le reste, les surmontant en fait, la crise irakienne pourrait appara\u00eetre comme une crise qui se relie aux relations internes \u00e0 l&rsquo;Occident, c&rsquo;est-\u00e0-dire en v\u00e9rit\u00e9 aux relations transatlantiques, de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre depuis 1945, au long de la Guerre froide, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide. Il s&rsquo;explique alors combien la question de la souverainet\u00e9 devient centrale au d\u00e9bat, compl\u00e9tant son aspect fondamental en servant d&rsquo;instrument de mise en question de la politique am\u00e9ricaine de globalisation qui s&rsquo;est effectivement d\u00e9ploy\u00e9e depuis 1945-48 et qui, depuis cette \u00e9poque, a mis en avant la question de la souverainet\u00e9, \u00e9videmment pour mettre ce principe syst\u00e9matiquement en cause. (L&rsquo;affrontement de Gaulle-USA ne portait certes pas sur les questions strat\u00e9giques o\u00f9 l&rsquo;accord entre USA et France \u00e9tait grand, mais sur cette essentielle question du principe de souverainet\u00e9). Avec la question pos\u00e9e du transfert de souverainet\u00e9, son aspect d\u00e9risoire par la faute des Am\u00e9ricains (grave erreur de leur part de continuer \u00e0 manipuler leurs pions alors qu&rsquo;un tel principe est en jeu), avec \u00e9galement l&rsquo;aspect essentiel que cette question va prendre pour faire pi\u00e8ce aux manigances d&rsquo;une puissance am\u00e9ricaine s\u00e9rieusement bless\u00e9e, l&rsquo;Irak est d\u00e9sormais le centre de la crise du monde occidental. Personne n&rsquo;aurait cru cela possible au printemps 2002, o\u00f9 la fable de la guerre contre la Terreur \u00e9tait encore accept\u00e9e unanimement, et o\u00f9 l&rsquo;Irak n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une \u00e9tape dans cette fable-guerre qui nous racontait essentiellement, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un conte, la transformation de l&rsquo;Am\u00e9rique en un empire sans aucun \u00e9quivalent dans l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi la fin de cette premi\u00e8re p\u00e9riode de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, avec le retour de l&rsquo;ONU et l&rsquo;ach\u00e8vement de la phase diplomatique commenc\u00e9e en octobre-2002\/f\u00e9vrier-2003, ach\u00e8ve de changer les termes de la crise : des convulsions du but proclam\u00e9 comme un dessein historique d&rsquo;une transformation de l&rsquo;Am\u00e9rique en soi-disant empire (et de la transformation de l&rsquo;Histoire en n\u00e9o-Histoire am\u00e9ricanis\u00e9e) au d\u00e9bat sur la question du principe fondamental de la civilisation (la souverainet\u00e9, l&rsquo;identit\u00e9, bref l&rsquo;\u00eatre collectif m\u00eame).<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t@SURTITRE = L&rsquo;\u00e9nigme fran\u00e7aise<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = La paradoxale faiblesse<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Plus qu&rsquo;un ph\u00e9nix renaissant de ses cendres, la France est ce pays avec un rangement exemplaire entre accessoire et essentiel<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est int\u00e9ressant d&rsquo;observer combien, en un tournemain, la France est revenue sur le devant de la sc\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;occasion du d\u00e9bat onusien, \u00e0 un point o\u00f9 les Am\u00e9ricains, arch\u00e9types de cette nouvelle cat\u00e9gorie postmoderne des vainqueurs aux abois, en ont fait leur interlocuteur principal durant les tractations aboutissant \u00e0 la r\u00e9solution du 8 juin. Chirac et GW ont enterr\u00e9 temporairement une hache de guerre qui n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 vraiment brandie mais qui pourrait l&rsquo;\u00eatre d\u00e9sormais (voir plus loin) pour parler de cette affaire comme s&rsquo;ils \u00e9taient les ma\u00eetres du monde. Ils ne sont pas les ma\u00eetres du monde et il n&rsquo;est pas question, ni de domination ni d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie. Tout cela importe peu sinon pour les vanit\u00e9s diverses et l&rsquo;ameublement du raisonnement des \u00e9ditoriaux ordinaires. L&rsquo;important est que, lors des p\u00e9riodes fondamentales (automne-hiver 2002-2003, printemps 2004), la France redevient l&rsquo;interlocuteur et le concurrent fondamental des USA, que c&rsquo;est m\u00eame elle qui est l&rsquo;instigatrice de ces p\u00e9riodes fondamentales. C&rsquo;est, r\u00e9p\u00e9tons-le, une question de principe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est bon, pour la clart\u00e9 de la d\u00e9monstration, que ce r\u00f4le de la France en mai-juin (\u00ab <em>Chirac pose ses conditions \u00e0 George Bush<\/em> \u00bb) se soit impos\u00e9 alors que les conditions int\u00e9rieures fran\u00e7aises sont telles qu&rsquo;on ne puisse plus se reporter \u00e0 des raisonnements politiques courants. La situation int\u00e9rieure de Chirac est tr\u00e8s contest\u00e9e en plus d&rsquo;\u00eatre contestable, d\u00e9testable en un mot, et elle l&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de son propre parti (Sarkozy) ; son autorit\u00e9 est fortement diminu\u00e9e (d\u00e9faite des \u00e9lections r\u00e9gionales) ; la principale personnalit\u00e9 dont la pr\u00e9sence fut avanc\u00e9e comme l&rsquo;explication centrale du r\u00f4le de la France en 2002-2003 a disparu de la sc\u00e8ne internationale, dans tous les cas directement (Villepin, pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, reste un conseiller direct de Chirac en mati\u00e8re de politique ext\u00e9rieure). On devrait conclure : la France est formidablement affaiblie en mai-juin 2004, par rapport \u00e0 sa position en 2002-2003, donc elle devrait s&rsquo;effacer. Mais elle ne s&rsquo;efface pas du tout (\u00ab <em>Chirac pose ses conditions \u00e0 George Bush.<\/em> \u00bb). R\u00e9p\u00e9tons notre rengaine : c&rsquo;est une question de principe, dont la force est quelque chose qui \u00e9chappe aux rapports de force.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est bon, pour expliciter et mesurer la force des principes dans une \u00e9poque qui pr\u00e9tend n&rsquo;en plus avoir au profit des anath\u00e8mes moralisateurs, que la sc\u00e8ne int\u00e9rieure fran\u00e7aise soit si d\u00e9vast\u00e9e, son personnel d&rsquo;une si m\u00e9diocre tenue \u00e0 part une exception ou l&rsquo;autre (souvent au f\u00e9minin), sa vie publique aussi corrompue et cynique. Le r\u00f4le de la France n&rsquo;est pas d\u00fb \u00e0 la grandeur et \u00e0 l&rsquo;habilet\u00e9 de ses hommes d&rsquo;\u00c9tat puisque, comme on le constate chaque jour, la France n&rsquo;est pas tr\u00e8s g\u00e2t\u00e9e de ce c\u00f4t\u00e9, ces derniers temps ; il n&rsquo;est pas d\u00fb, en d&rsquo;autres termes, en une circonstance d&rsquo;\u00e9poque, dans une \u00e9poque qui pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre sa propre manipulatrice que de s&rsquo;attacher \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ; il n&rsquo;est pas d\u00fb \u00e0 son hypoth\u00e9tique bonheur. Nous sommes devant des ph\u00e9nom\u00e8nes mis \u00e0 nu, sans faux-fuyants, qui expriment les r\u00e9alit\u00e9s les plus puissantes, les r\u00e9alit\u00e9s p\u00e9rennes. A cette lumi\u00e8re, le r\u00f4le de la France est r\u00e9v\u00e9lateur et mai-juin 2004 compl\u00e8te octobre-2002\/f\u00e9vrier-2003 d&rsquo;une fa\u00e7on convaincante et d\u00e9cisive.<\/p>\n<h3>L&rsquo;ONU sert de sc\u00e8ne \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre essentiel o\u00f9 se joue la pi\u00e8ce cruciale de la question de la souverainet\u00e9 (l&rsquo;identit\u00e9, l&rsquo;\u00eatre collectif)<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEn v\u00e9rit\u00e9, le r\u00f4le de l&rsquo;ONU ne nous importe pas, parce que, comme on l&rsquo;a vu, il n&rsquo;y a pas \u00e0 proprement parler de r\u00f4le de l&rsquo;ONU,  sinon \u00e0 contre-emploi (l&rsquo;ONU courant \u00e0 l&rsquo;aide de la souverainet\u00e9 des nations). Seule compte la pr\u00e9sence de l&rsquo;ONU (le retour de l&rsquo;ONU), qui permet \u00e0 la France de tenir son r\u00f4le, lequel d\u00e9passe \u00e9videmment les seuls int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais. Ce faisant, nous sommes loin de l&rsquo;Irak tout en \u00e9tant au coeur de la question irakienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;importe pas d&rsquo;\u00eatre fort pour poser les questions essentielles qui sont les questions de principe, et l&rsquo;on pourrait m\u00eame avancer, repoussant l&rsquo;ironie cynique, que cela d\u00e9force d&rsquo;\u00eatre fort dans cette circonstance. Les Am\u00e9ricains, impr\u00e9gn\u00e9s de culture pub-<em>neocon<\/em> et de pens\u00e9e sociale-darwinienne (h\u00e9ritage de l&rsquo;\u00e9poque Reagan qui fut une resuc\u00e9e des ann\u00e9es 1920), n&rsquo;ont pas encore compris cela. La campagne irakienne, qui devait \u00eatre le triomphe de la force, est au contraire la d\u00e9monstration de l&rsquo;impuissance et m\u00eame de l&rsquo;inanit\u00e9 de la force.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFace \u00e0 cela, la situation fran\u00e7aise, <em>stricto sensu<\/em>, est du type tragique tant abondent les signes de la d\u00e9cadence. Mais cette d\u00e9cadence n&rsquo;est qu&rsquo;un reflet in\u00e9vitable du cadre g\u00e9n\u00e9ral, aux effets duquel la France, moins que n&rsquo;importe qui, ne peut \u00e9chapper. Contrairement aux stupidit\u00e9s propagandistes anglo-saxonnes, la tradition fran\u00e7aise, depuis la colonisation romaine, est celle de l&rsquo;ouverture, d&rsquo;\u00eatre un carrefour europ\u00e9en. La France ne peut se refermer sur elle-m\u00eame, sauf quand on l&rsquo;y force par la soumission. Dans le contexte actuel, elle subit \u00e9videmment les influences, qu&rsquo;elles soient migratoires ou culturelles. Mais cette ouverture, bien entendu, ne d\u00e9nature pas la France, elle la revigore, notamment et essentiellement au niveau de ses principes. La politique gaullienne a triomph\u00e9 parce que c&rsquo;\u00e9tait une politique d&rsquo;ouverture, jusqu&rsquo;au sommet de l&rsquo;\u00c9tat (la politique des visites ext\u00e9rieures, la popularit\u00e9 internationale de De Gaulle, etc). Bien entendu, ce triomphe passe par l&rsquo;affirmation des principes, notamment du principe central de souverainet\u00e9 et d&rsquo;identit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTenant sur des principes qui justifient son existence, la France est l&rsquo;arch\u00e9type de la rencontre antagoniste entre r\u00e9alit\u00e9 et virtualisme. Ainsi lorsqu&rsquo;on d\u00e9couvre (?) que la France est, apr\u00e8s le Luxembourg, les USA, la Chine et l&rsquo;Irlande, le 5e pays au monde pour l&rsquo;importance des investissements \u00e9trangers ; que, sur un total de 1.933 implantations \u00e9trang\u00e8res dans les pays europ\u00e9ens, la France, avec 313, est n\u00b02 derri\u00e8re le Royaume Uni tout en conservant infiniment plus sa souverainet\u00e9 que ce pays. Voici le paradoxe, constat\u00e9 par le cabinet Ernst &#038; Young : \u00ab <em>En m\u00eame temps, l&rsquo;image de la France aupr\u00e8s de ces investisseurs reste particuli\u00e8rement m\u00e9diocre.<\/em> \u00bb (\u00ab <em>Quel est le sens d&rsquo;un tel d\u00e9calage entre la perception et la r\u00e9alit\u00e9?<\/em> \u00bb, s&rsquo;interroge Patrick Gounelle, de Ernst &#038; Young : il faut l&rsquo;aider.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn autre exemple ? Prenez l&rsquo;OTAN. La France n&rsquo;y est pas vraiment et n&rsquo;y a pas son mot \u00e0 dire, nous dit le cat\u00e9chisme virtualiste. La r\u00e9alit\u00e9 ? Une source proche des r\u00e9unions quotidiennes, observe qu&rsquo;il n&rsquo;y a \u00e0 l&rsquo;OTAN que deux seules positions auxquelles on prend garde : \u00ab <em>Celle des USA, imp\u00e9rative et qui veut imposer les int\u00e9r\u00eats US, et celle de la France, qui se fait en g\u00e9n\u00e9ral l&rsquo;interpr\u00e8te du bon sens. Les autres ne comptent gu\u00e8re et, en g\u00e9n\u00e9ral, ne disent mot. Parfois, l&rsquo;un ou l&rsquo;autre, pris par surprise et s\u00e9duit par le bon sens, rejoint les Fran\u00e7ais&#8230; Ainsi vont les d\u00e9lib\u00e9rations quotidiennes \u00e0 l&rsquo;OTAN.<\/em> \u00bb  Vous pouvez v\u00e9rifier&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = L&rsquo;autisme comme politique<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = On retiendra ce mois de juin 2004 comme un tournant : tentative d&rsquo;accord refl\u00e9tant la catastrophe irakienne puis affrontement<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe mois de juin a fait d\u00e9filer sous nos yeux quelques-unes des grandes situations de l&rsquo;\u00e9poque. Le retour de l&rsquo;ONU et ses suites y furent pour beaucoup, comme on l&rsquo;a vu. La question des principes, notamment la question centrale de la souverainet\u00e9 telle que nous avons tent\u00e9 de la d\u00e9tailler, y tient une place essentielle. Mais nous voulons parler ici, aussit\u00f4t, des transcriptions imm\u00e9diates, dans la r\u00e9alit\u00e9, de la situation que nous avons essay\u00e9 de d\u00e9crire th\u00e9oriquement. Nous d\u00e9couvrons aussit\u00f4t que, entre les c\u00e9r\u00e9monies du 6 juin, la r\u00e9union de l&rsquo;ONU et la r\u00e9solution 1546, et celle du G8,  soit quatre jours de temps, nous avons connu quelques \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;une r\u00e9elle importance et, \u00e9galement, et cela de plus haute importance sans aucun doute, un tournant dans les relations diplomatiques. Les choses vont tr\u00e8s vite, et notamment les rapports entre les situations th\u00e9oriques et la r\u00e9alit\u00e9, parce que la faiblesse des directions politiques ne peut plus mod\u00e9rer ce d\u00e9ferlement qui est de l&rsquo;ordre de l&rsquo;historique. Seuls les Fran\u00e7ais participent pleinement au mouvement parce qu&rsquo;ils sont, litt\u00e9ralement, ce que nous nommerions des complices de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFaisons une rapide description de ces \u00e9v\u00e9nements des quatre jours (6-10 juin) o\u00f9 va appara\u00eetre, plus \u00e9clatante que jamais, l&rsquo;extraordinaire inexistence de la diplomatie am\u00e9ricaine, enferm\u00e9e dans ce qu&rsquo;on d\u00e9signerait comme une sorte d&rsquo;autisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Les c\u00e9r\u00e9monies de comm\u00e9moration du 6 juin 1944 permettent, par une manipulation m\u00e9diatique g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 laquelle tout le monde contribue, de proclamer une sorte de r\u00e9conciliation transatlantique, pourvu qu&rsquo;on ne parle pas des vrais probl\u00e8mes. <em>The Economist<\/em> en profite pour nous assurer de la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;Alliance (\u00ab <em>The transatlantic alliance is frayed but still n\u00e9cessary<\/em> \u00bb : us\u00e9e mais toujours n\u00e9cessaire,  comme nous disait Sylvie Vartan : \u00ab <em>On ne jette pas un vieux jean&rsquo;s us\u00e9<\/em> \u00bb.) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Cette r\u00e9conciliation transatlantique (en fait : principalement France-USA) se traduit par la r\u00e9solution 1546 du 8 juin. Bien s\u00fbr, il s&rsquo;agit d&rsquo;un compromis. Un nombre respectable des exigences  fran\u00e7aises (franco-allemandes) sont int\u00e9gr\u00e9es dans la r\u00e9solution finale o\u00f9 des dispositions nouvelles sont ajout\u00e9es. (Selon l&rsquo;ambassadeur allemand \u00e0 l&rsquo;ONU, \u00ab <em>this new paragraph meets, I would say, 90% of our concerns and I think we can live with that.<\/em> \u00bb) Le march\u00e9 est clair si l&rsquo;on parle droit : contre les concessions am\u00e9ricaines sur les faits politiques, les Am\u00e9ricains peuvent pr\u00e9senter la r\u00e9solution 1546 comme une r\u00e9conciliation, un soutien de la communaut\u00e9 internationale, bref une victoire majeure. Bien s\u00fbr, il s&rsquo;agit de la r\u00e9alit\u00e9 contre le virtualisme, et le march\u00e9 tient si chacun se tient \u00e0 cette classification.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Ce ne fut pas le cas. Au contraire, faisant comme si la r\u00e9solution 1546 \u00e9tait r\u00e9ellement \u00ab <em>un triomphe de la diplomatie anglo-saxonne<\/em> \u00bb, selon le mot d&rsquo;une source du Foreign Office, Bush-Blair (l&rsquo;association th\u00e9orique, l&rsquo;Anglais restant effac\u00e9 sur consignes US, pour mettre en avant le candidat GW) pr\u00e9sent\u00e8rent \u00e0 leurs coll\u00e8gues du G8 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;impliquer l&rsquo;OTAN en Irak et de proclamer venue l&rsquo;\u00e8re d&rsquo;une r\u00e9forme fondamentale du Grand Moyen-Orient. Pour les deux hommes, c&rsquo;\u00e9tait bien capitaliser sur le triomphe de la r\u00e9solution 1546. Quel triomphe ? Une s\u00e8che et furieuse intervention de Jacques Chirac mit fin \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation, accueillie par les soupirs de soulagement discrets du reste de la communaut\u00e9 internationale. On en reste aux d\u00e9clarations de bonnes intentions.<\/p>\n<h3>Des retrouvailles de trois jours, avant de replonger dans la m\u00e9sentente,  mais tout de m\u00eame une mesure : celle de l&rsquo;affaiblissement vertigineux de la capacit\u00e9 d&rsquo;influence US <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCette passe d&rsquo;armes pourrait relever de l&rsquo;anecdotique diplomatique et se perdre dans la confusion des commentaires habituels, mi-cyniques, mi-fatalistes, sur les querelles chroniques de la vieille alliance \u00ab <em>us\u00e9e mais toujours n\u00e9cessaire<\/em> \u00bb et sur la complication onusienne face au d\u00e9sastre irakien. L&rsquo;\u00e9pisode nous dit pourtant autre chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl nous dit, nous redit plut\u00f4t et nous confirme l&rsquo;extraordinaire incapacit\u00e9 de la diplomatie am\u00e9ricaine de pratiquer l&rsquo;art de la diplomatie. Washington est sous l&#8217;emprise de la certitude de sa puissance comme on est sous l&#8217;emprise d&rsquo;une drogue, et tout se mesure \u00e0 cette aune,  et cette aune signifie simplement pour Washington que l&rsquo;art de la diplomatie est un art inutile, voire m\u00eame qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas. D\u00e8s qu&rsquo;il y a n\u00e9gociations et compromis, m\u00eame un compromis \u00e0 l&rsquo;avantage de l&rsquo;autre, c&rsquo;est que l&rsquo;autre a capitul\u00e9 et qu&rsquo;il faut le traiter selon cette situation. C&rsquo;est qu&rsquo;alors tout est permis \u00e0 Washington. Qualifier de triomphe (am\u00e9ricain) la r\u00e9solution 1546 et agir en fonction de cela nous ram\u00e8ne au d\u00e9but de novembre 2002, quand la r\u00e9solution int\u00e9rimaire r\u00e9sultant d&rsquo;un compromis entre Paris (avec les autres) et Washington (avec UK) avait \u00e9t\u00e9 acclam\u00e9e comme un triomphe US ; personne, \u00e0 Washington ne doutait que cela serait suivi, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec (in\u00e9luctable) des inspecteurs de l&rsquo;ONU, par le vote d&rsquo;une r\u00e9solution autorisant la guerre. On conna\u00eet la suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela nous ram\u00e8ne \u00e0 la situation pr\u00e9sente sauf qu&rsquo;il y a eu entre-temps l&rsquo;attaque contre l&rsquo;Irak, le d\u00e9sastre qui a suivi la victoire, la mise en \u00e9vidence, non seulement de l&rsquo;impuissance de la puissance US (question de m\u00e9thode) mais encore des limites dramatiques de cette puissance (questions de moyens). A ces \u00e9l\u00e9ments objectifs se sont ajout\u00e9s les divers scandales sur le comportement op\u00e9rationnel et moral de cette puissance US. Le r\u00e9sultat est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, depuis novembre 2002 et f\u00e9vrier 2003, la perception de la puissance US est pass\u00e9e du respect craintif et de la peur \u00e0 l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9, voire, pour certains, \u00e0 un d\u00e9but de pond\u00e9ration menant \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que cette puissance am\u00e9ricaine est pour une bonne partie une puissance usurp\u00e9e devant laquelle il n&rsquo;est plus \u00e9crit qu&rsquo;on doive s&rsquo;incliner. La perte d&rsquo;influence qui r\u00e9sulte de tous ces facteurs est \u00e9videmment consid\u00e9rable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn a pu mesurer cette perte d&rsquo;influence lors du sommet du G8, qui est donc instructif \u00e0 cet \u00e9gard, o\u00f9 il y a eu les affrontements qu&rsquo;on sait, et o\u00f9 les Am\u00e9ricains ont d\u00fb retraiter sur quelques points importants. Ils reviendront \u00e0 la charge puisque, pour eux, le sommet s&rsquo;\u00e9tant termin\u00e9 par un communiqu\u00e9 qui peut passer pour une affirmation de forme d&rsquo;unit\u00e9, le sommet doit donc \u00eatre qualifi\u00e9 de triomphe, et triomphe pour eux, certes (comme \u00e0 l&rsquo;ONU en 2002 et en 2004). On se trouve donc devant deux ph\u00e9nom\u00e8nes parall\u00e8les et qui s&rsquo;alimentent : d&rsquo;une part, la perte d&rsquo;influence continue des \u00c9tats-Unis, d&rsquo;autre part l&rsquo;incapacit\u00e9 et le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat des Am\u00e9ricains pour cette situation qu&rsquo;ils ne comprennent pas, et m\u00eame qu&rsquo;ils ne per\u00e7oivent pas. Certes, c&rsquo;est une question de perception : aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Am\u00e9rique est un pays autiste. Cela rel\u00e8ve de la pathologie et nullement de la politique. Il y a dans le processus de d\u00e9gradation observ\u00e9 quelque chose d&rsquo;in\u00e9luctable (d&rsquo;incurable, pour garder le langage m\u00e9dical). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = Le chaos comme conclusion<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = Le pr\u00e9sident mort (l&rsquo;ineffable RR) nous montre la voie : gr\u00e2ce \u00e0 moi, le d\u00e9luge (non, le chaos)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn commentateur de l&rsquo;excellent site de Hong Kong, atimes.com, connu sous le pseudonyme r\u00e9v\u00e9lateur de Spengler, r\u00e9f\u00e9rence au grand historien du pangermanisme moderniste et pr\u00e9-nazi Oswald Spengler, s&rsquo;attache \u00e0 la personne et \u00e0 la carri\u00e8re de Ronald Reagan (RR). Avec RR, la t\u00e2che est extr\u00eame. On peut dire de cet homme qu&rsquo;il a boulevers\u00e9 le monde entier, comme l&rsquo;affirme Spengler, comme l&rsquo;on peut dire qu&rsquo;il repr\u00e9sentait un vide absolument sid\u00e9ral de la psychologie humaine (Norman Mailer, parmi d&rsquo;autres). On pourrait dire aussi que RR est l&rsquo;inventeur du virtualisme, ce qui r\u00e9concilie les deux appr\u00e9ciations extr\u00eames.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSpengler pense que RR a amen\u00e9 une sorte de politique du chaos. En extirpant le chaos d&rsquo;une sorte d&rsquo;Am\u00e9rique sociale-d\u00e9mocrate (du FDR m\u00e2tin\u00e9 de Carter) et en transformant ce pays en un pilier du capitalisme extr\u00e9miste et pur et dur, RR a fait du chaos une politique. Il a impos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;URSS le chaos et provoqu\u00e9 son effondrement. (On pourrait objecter que le chaos \u00e9tait l&rsquo;essence m\u00eame de l&rsquo;URSS, mais passons.) RR a install\u00e9 au coeur de l&rsquo;Am\u00e9rique cette chose mirifique, selon Spengler, et cette chose si en vogue aujourd&rsquo;hui : la <em>creative destruction<\/em> (traduction ais\u00e9e). D&rsquo;autres disent : le <em>sponsored chaos<\/em> (traduction facile). L&rsquo;esprit tourne autour de la m\u00eame id\u00e9e, cette esp\u00e8ce de fascination pour le chaos ; comprenons bien : le chaos n&rsquo;est plus un moyen, une transition, etc, c&rsquo;est effectivement notre conclusion. Point final.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNon, RR est vraiment un virtualiste, le premier de tous. Ce qu&rsquo;il a fait, finalement, c&rsquo;est de proclamer que le chaos, d\u00e9j\u00e0 au coeur de l&rsquo;Am\u00e9rique des ann\u00e9es 1970, n&rsquo;est pas une faiblesse mais une force. Par cons\u00e9quent, le chaos serait la chose que l&rsquo;Am\u00e9rique donnerait au monde, commen\u00e7ant par l&rsquo;URSS, et l&rsquo;on nommerait cela am\u00e9ricanisation ou globalisation. La force ne serait plus l&rsquo;outil de l&rsquo;Empire, elle serait l&rsquo;outil du chaos. Il est manifeste que GW est un h\u00e9ritier en ligne directe de RR. L&rsquo;Irak l&rsquo;a montr\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00e0-dedans (c&rsquo;est le cas de le dire), la situation de la France est tragique mais elle est pourtant celle de l&rsquo;expression d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 historique. C&rsquo;est, pour la France qui r\u00eave d&rsquo;universalisme depuis Clovis et Charlemagne, un r\u00f4le \u00e0 mesure. Paradoxalement, pour la France, qui repr\u00e9sente par essence, et m\u00eame Sainte-Essence, la vocation de l&rsquo;ordre historique, la conjonction RR + GW est une sorte d&rsquo;aubaine. En privil\u00e9giant le chaos et en mettant la force au service du chaos, et en mettant en \u00e9vidence par cons\u00e9quent les limites dramatiques de la force am\u00e9ricaine qui est trop rigide (par manque d&rsquo;imagination) pour supporter le chaos, les deux comp\u00e8res ont ouvert le champ \u00e0 des forces qui ne s&rsquo;appuient pas sur la force brute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est un \u00e9trange destin : en voulant affirmer la seule force contre la Loi universelle, mais en d\u00e9montrant l&rsquo;iniquit\u00e9 de la force par sa confrontation avec le chaos, le syst\u00e8me am\u00e9ricaniste a \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 mettre la force hors la loi, \u00e0 lui \u00f4ter la l\u00e9gitimit\u00e9 paradoxale qu&rsquo;il avait impos\u00e9e pendant un demi-si\u00e8cle de domination par influence de sa force. Ainsi a-t-il ouvert \u00e0 d&rsquo;autres, par logique paradoxale encore, le champ historique qu&rsquo;il avait confisqu\u00e9. La France, pays par Sainte-Essence porteur d&rsquo;ordre, s&rsquo;en est saisi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@TITREDDE = Le chaos comme conformisme<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t@SOUSTITRE = La France agace le monde parce que le monde ne peut se passer de la France. Condol\u00e9ances.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 cette remarque lumineuse de Jacques Barzun, ce critique franco-am\u00e9ricain du New York <em>Times<\/em>, dans <em>From Dawn to Decadence<\/em>. Barzun observe que la fin du r\u00e8gne de Louis XIV puis la R\u00e9gence sont une \u00e9poque de revers politiques majeurs pour la France, en m\u00eame temps que l&rsquo;installation d&rsquo;un triomphe culturel sans pr\u00e9c\u00e9dent, le temps o\u00f9 commence le XVIIIe si\u00e8cle o\u00f9 l&rsquo;Europe sera fran\u00e7aise. De m\u00eame, \u00e0 la Cour de Saint James, au moment de la toute-puissance anglaise de la Guerre de Sept Ans qui verra l&rsquo;abaissement fran\u00e7ais avec le d\u00e9clin de Louis XV, eh bien l&rsquo;on parle fran\u00e7ais. Durant la Belle \u00c9poque o\u00f9 la France r\u00e9duite, isol\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Entente cordiale panse ses plaies de 1870, Paris est le centre du monde et Nietzsche proclame (en 1887) que \u00ab <em>l&rsquo;avenir de l&rsquo;Europe et du monde<\/em> \u00bb se trouve l\u00e0 et nulle part ailleurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi vont le paradoxe fran\u00e7ais et sa paradoxale faiblesse, parfaite antith\u00e8se de l&rsquo;am\u00e9ricanisme : l&rsquo;influence fran\u00e7aise (culturelle, certes) pourrait \u00eatre mesur\u00e9e, dans nombre de p\u00e9riodes, \u00e0 la mesure inverse de sa puissance politique. On rejoint \u00e9videmment le paradoxe qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crit : un pouvoir fran\u00e7ais (Chirac) affaibli int\u00e9rieurement, parfois d\u00e9crit comme \u00e0 la d\u00e9rive (m\u00eame si c&rsquo;est exag\u00e9r\u00e9, la perception est l\u00e0) ; pourtant, un Chirac d\u00e9vastateur \u00e0 l&rsquo;ONU et au G8, affirmant les th\u00e8ses fran\u00e7aises avec une alacrit\u00e9 sans pareille (dans ces situations, les d\u00e9fauts nombreux de Chirac deviennent des qualit\u00e9s intenables, et Chirac d\u00e9fend alors avec perfection la cause de la France dans sa dimension universelle, comme repr\u00e9sentante du reste). O\u00f9 voit-on une situation semblable ? Que reste-t-il du prestige de Tony Blair, apr\u00e8s l&rsquo;effondrement de son parti le 10 juin ? Que vaut Aznar, que peut dire le gouvernement n\u00e9erlandais pro-US apr\u00e8s le camouflet \u00e9lectoral du 10 juin ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes situations extr\u00eames et tragiques comme celles que nous connaissons aujourd&rsquo;hui redonnent \u00e0 une France \u00e9videmment affaiblie, toujours affaiblie avec l&rsquo;activit\u00e9 destructrice de la corruption de son corps politique, l&rsquo;\u00e9lan de sa puissance de repr\u00e9sentation des principes des rapports entre les communaut\u00e9s humaines. D&rsquo;un point de vue pratique dans l&rsquo;Histoire, cela signifie que la France est la repr\u00e9sentante fondamentale de la notion d&rsquo;ordre et de mesure dans les relations internationales. Cela se traduit par des slogans d&rsquo;\u00e9poque,  et qu&rsquo;importe de citer la multipolarit\u00e9 <em>versus<\/em> le mirobolant concept d&rsquo;unipolarit\u00e9. Il s&rsquo;agit avant tout d&rsquo;affirmer la nature et le principe des choses, qu&rsquo;il existe aujourd&rsquo;hui de multiples communaut\u00e9s humaines, une r\u00e9elle diversit\u00e9 d&rsquo;identit\u00e9s, et par cons\u00e9quent s&rsquo;opposer naturellement \u00e0 l&rsquo;absurde th\u00e8se anglo-saxonne (dans ce cas, Blair est partie prenante) selon laquelle il n&rsquo;existe qu&rsquo;une seule entit\u00e9, ce qui nous promet \u00e0 plus ou moins longue \u00e9ch\u00e9ance la fameuse am\u00e9ricanisation, sous le faux masque de la globalisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un d\u00e9bat souverain &#038; l&rsquo;\u00e9nigme fran\u00e7aise&rsquo; Rubrique de defensa, de defensa, Volume 19, n\u00b019 du 25 juin 2004 La souverainet\u00e9 est une id\u00e9e que les partisans de la globalisation estiment comme une chose du pass\u00e9 qu&rsquo;il ne faut surtout pas regretter et que les souverainistes d\u00e9fendent souvent, trop souvent, comme une chose du pass\u00e9 qu&rsquo;il&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-66033","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-defensa"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66033","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66033"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66033\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66033"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66033"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66033"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}