{"id":66052,"date":"2004-08-11T00:00:00","date_gmt":"2004-08-11T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/08\/11\/sarko-lamericain-rubrique-journal-volume-19-n16-du-10-mai-2004\/"},"modified":"2004-08-11T00:00:00","modified_gmt":"2004-08-11T00:00:00","slug":"sarko-lamericain-rubrique-journal-volume-19-n16-du-10-mai-2004","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/08\/11\/sarko-lamericain-rubrique-journal-volume-19-n16-du-10-mai-2004\/","title":{"rendered":"<strong><em>Sarko l&rsquo;Am\u00e9ricain<\/em><\/strong> \u2014 Rubrique Journal, Volume 19, n\u00b016 du 10 mai 2004"},"content":{"rendered":"<p><h3>Sarko l&rsquo;Am\u00e9ricain,  Rubrique Journal, Volume 19, n\u00b016 du 10 mai 2004<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tCi-dessous, pour accompagner le texte de William Pfaff sur le sujet (l&rsquo;\u00e9ventuelle candidature \u00e0 la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise de Nicolas Sarkozy), <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1187\" class=\"gen\">pr\u00e9sent\u00e9 et comment\u00e9 dans notre rubrique F&#038;C<\/a>, voici une suite de textes extraits de notre rubrique <em>Journal<\/em>, \u00e9ditions du 10 mai 2004 de la Lettre d&rsquo;Analmyse <em>dd&#038;e<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Sarko l&rsquo;Am\u00e9ricain<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Sarkozy dans son nouveau r\u00f4le de ministre-candidat : un accueil plein de clins d&rsquo;yeux et de sourires sous-entendus de l&rsquo;administration GW au ministre fran\u00e7ais venu \u00e0 la r\u00e9union du FMI \u00e0 Washington<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe nouveau ministre fran\u00e7ais des Finances, Nicolas Sarkozy, a fait sensation avec sa visite \u00e0 Washington, les 23 et 24 avril, qui s&rsquo;est transform\u00e9e en r\u00e9ception \u00ab <em>\u00e0 Washington <\/em>[du] <em>ministre d&rsquo;\u00c9tat <\/em> \u00bb (selon <em>Le Monde<\/em> du 26 avril). Une invitation de l&rsquo;American Jewish Committee au d\u00e9but mai s&rsquo;est transform\u00e9e en visite officielle tr\u00e8s minutieusement pr\u00e9par\u00e9e pour une r\u00e9union du FMI. Sarkozy a rencontr\u00e9 Colin Powell et Condoleeza Rice, ce qui permet de renforcer consid\u00e9rablement le symbolisme de cette visite et, pour certains, de lui donner une signification quasiment provocatrice. Sarkozy n&rsquo;a en effet aucune qualification de politique de s\u00e9curit\u00e9 nationale justifiant la rencontre avec Powell-Rice, \u00e0 moins qu&rsquo;on accepte l&rsquo;interpr\u00e9tation am\u00e9ricaine implicite de la guerre contre le terrorisme. (L&rsquo;interpr\u00e9tation US est que la guerre contre la terreur, et le terrorisme par cons\u00e9quent, d\u00e9pendent des organismes de s\u00e9curit\u00e9 nationale et non des organismes de s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure et de renseignement, comme c&rsquo;est l&rsquo;interpr\u00e9tation en g\u00e9n\u00e9ral en Europe. C&rsquo;est tout un d\u00e9bat transatlantique, et qui va loin.) Il est manifeste, bien entendu, que l&rsquo;accueil fait \u00e0 Sarkozy par Washington constitue une manoeuvre politique am\u00e9ricaine assez classique, m\u00eame si elle veut para\u00eetre finaude comme on l&rsquo;a vu avec certains commentaires qui l&rsquo;ont accompagn\u00e9e. Patrick Devidjian, ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Industrie dans l&rsquo;actuel gouvernement Raffarin, proche de Sarkozy, a donn\u00e9 les explications habituelles, mais significatives avec le m\u00e9lange d&rsquo;une explication d\u00e9fensive et d&rsquo;une explication plus offensive, selon ses d\u00e9clarations du 26 avril \u00e0 une \u00e9mission type-talk show \u00e0 une radio fran\u00e7aise : \u00ab <em>Le protocole de r\u00e9ception, ce n&rsquo;est pas le visiteur qui le d\u00e9termine ; c&rsquo;est le gouvernement am\u00e9ricain qui a choisi de donner un lustre particulier \u00e0 la visite du ministre d&rsquo;Etat, ministre des finances fran\u00e7ais. Les Am\u00e9ricains sont peut-\u00eatre, comme d&rsquo;autres observateurs, capables de consid\u00e9rer que c&rsquo;est un homme politique qui a de l&rsquo;avenir. Donc, il ne leur est pas interdit d&rsquo;anticiper ce que peut un jour devenir Nicolas Sarkozy.<\/em> \u00bb Devidjian, pro-am\u00e9ricain connu, partisan \u00e0 100% des th\u00e8ses am\u00e9ricaines sur le terrorisme, annonce ici fort bien la couleur en nous disant que Sarkozy a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u \u00e0 Washington en futur candidat \u00e0 l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e, et qu&rsquo;il entend bien d\u00e9velopper cette orientation (prochain voyage de Sarkozy aux USA, peut-\u00eatre, \u00e0 New York, les 22 et 23 mai pour le G7). Il est probable sinon manifeste que Sarkozy entend mettre dans ses atouts \u00e9lectoraux et politiciens celui d&rsquo;\u00eatre, \u00e0 la prochaine pr\u00e9sidentielle, le candidat de Washington. Les m\u00eames commentaires qui ont accompagn\u00e9 ce voyage, complaisamment r\u00e9percut\u00e9s dans la presse fran\u00e7aise, font \u00e9tat d&rsquo;un Sarkozy tr\u00e8s am\u00e9ricanis\u00e9 (\u00ab <em>A Washington, le ministre de l&rsquo;\u00e9conomie s&rsquo;est efforc\u00e9 de convaincre ses interlocuteurs de son go\u00fbt pour les valeurs am\u00e9ricaines<\/em> \u00bb, toujours selon <em>Le Monde<\/em>). C&rsquo;est parfaitement au go\u00fbt du jour de placer ainsi les rapports sur un plan culturel, l\u00e0 o\u00f9 les Am\u00e9ricains sont particuli\u00e8rement sensibles, l\u00e0 o\u00f9 les Fran\u00e7ais ne cessent de manifester leurs propres contradictions en montrant en g\u00e9n\u00e9ral dans leur vie m\u00eame un solide anti-am\u00e9ricanisme et en s&rsquo;av\u00e9rant en g\u00e9n\u00e9ral incapables de l&rsquo;assumer, de s&rsquo;en expliquer \u00e0 eux-m\u00eames, au contraire en tentant de le rattraper par des bouff\u00e9es d&rsquo;affirmations pro-am\u00e9ricaines exacerb\u00e9es. (D&rsquo;ailleurs souvent mal dirig\u00e9es, ces bouff\u00e9es-l\u00e0 : rattraper son anti-am\u00e9ricanisme en affirmant, comme font nombre de Fran\u00e7ais, que Woody Allen et Michael Moore sont des personnages formidables ne fait rien pour dissiper la haine vigilante de l&rsquo;entourage politique de GW, au contraire.) Il semble \u00e9vident que Sarkozy, tr\u00e8s postmoderniste puisque tr\u00e8s am\u00e9ricaniste, a adapt\u00e9 sa tactique \u00e9lectorale au go\u00fbt du jour, en p\u00e9n\u00e9trant sur ce terrain de l&rsquo;anti- et du pro-am\u00e9ricanisme. Si cela se confirmait et se d\u00e9veloppait, comme c&rsquo;est tr\u00e8s probable vu le penchant affirm\u00e9 des deux partenaires (Sarkozy et l&rsquo;administration GW) de poursuivre, il se pourrait qu&rsquo;on \u00e9volue en France vers une situation int\u00e9ressante : que la question des rapports avec les USA devienne une question politique, voire une question \u00e9lectorale. Cela, c&rsquo;est bien plus explosif qu&rsquo;on pourrait croire, et les bris d\u00e9coulant de l&rsquo;explosion pourraient avoir des effets inattendus.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Une tradition qui remonte \u00e0 la Guerre froide pour notre \u00e9poque: l&rsquo;intervention ext\u00e9rieure d&rsquo;une super-puissance pour influer sur un vote capital<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa Guerre froide avait \u00e9tabli d&rsquo;\u00e9tranges coutumes en France, qui n&rsquo;\u00e9taient d&rsquo;ailleurs pas si nouvelles pour la France (et qu&rsquo;on retrouve, d&rsquo;ailleurs, dans d&rsquo;autres pays). A l&rsquo;une ou l&rsquo;autre reprise, l&rsquo;un ou l&rsquo;autre candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence, ou pr\u00e9sident fra\u00eechement \u00e9lu, recevait un soutien ext\u00e9rieur ou quelque autre forme d&rsquo;intervention ext\u00e9rieure, venu d&rsquo;une des deux super-puissances. Le plus fameux \u00e0 cet \u00e9gard fut Valery Giscard d&rsquo;Estaing qui, \u00e0 deux reprises, sollicita et obtint le soutien de l&rsquo;ambassade sovi\u00e9tique \u00e0 Paris contre le candidat unique de la gauche (Mitterrand les deux fois), pour r\u00e9duire le soutien des communistes \u00e0 cette candidature. Les Am\u00e9ricains, eux, \u00e9taient plus discrets dans cette p\u00e9riode depuis l&rsquo;instauration de la Ve R\u00e9publique, parce qu&rsquo;ils jugeaient que leur intervention aurait mauvaise presse et parce que, surtout, ils disposaient d&rsquo;assez de relais dans le camp m\u00eame de celui (ceux) qu&rsquo;ils voulaient contrecarrer pour \u00e9carter ces interventions officielles. Pendant toute la Guerre froide, en effet, la r\u00e9f\u00e9rence aux USA, qu&rsquo;elle f\u00fbt consid\u00e9r\u00e9e favorablement ou pas, \u00e9tait per\u00e7ue comme un \u00e9l\u00e9ment naturel du d\u00e9bat politique ; au contraire, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;URSS, l\u00e0 aussi qu&rsquo;on la consid\u00e9r\u00e2t avec faveur ou pas, \u00e9tait per\u00e7ue comme un facteur \u00e9tranger (bien-faisant ou pas) dans la campagne, et, par cons\u00e9quent, pour les plus anticommunistes, comme une trahison. L&rsquo;Am\u00e9rique profitait d&rsquo;une incontestable l\u00e9gitimit\u00e9 dans le camp occidental, l\u00e9gitimit\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9tendait aux anti-am\u00e9ricains eux-m\u00eames. On acceptait ou on repoussait l&rsquo;Am\u00e9rique mais l&rsquo;intervention ou la pr\u00e9sence US dans le d\u00e9bat int\u00e9rieur \u00e9tait, sauf dans des cas tr\u00e8s rares, jug\u00e9e normale, comme un \u00e9v\u00e9nement dot\u00e9 en soi d&rsquo;une certaine l\u00e9gitimit\u00e9. L&rsquo;autre p\u00e9riode de la Guerre froide, avant 1958, vit les interventions des deux super-puissances encore plus fortes, mais plus diffuses, \u00e0 l&rsquo;image du r\u00e9gime de la IV\u00e8 R\u00e9publique par rapport \u00e0 la V\u00e8 : sous la IV\u00e8 les groupes et les hommes \u00e0 rallier \u00e9taient beaucoup plus nombreux que sous la V\u00e8. Les activismes sovi\u00e9tique et am\u00e9ricain \u00e9taient donc tr\u00e8s grands, mais toujours selon le sch\u00e9ma qu&rsquo;on a d\u00e9crit. L&rsquo;intervention am\u00e9ricaine \u00e9tait per\u00e7ue dans le cadre d&rsquo;une certaine l\u00e9gitimit\u00e9 que donnait le titre automatiquement accord\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique de d\u00e9fenderesse de la libert\u00e9 (m\u00eame s&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9nonc\u00e9 comme une hypocrisie par certains) ; l&rsquo;intervention sovi\u00e9tique, elle, \u00e9tait per\u00e7ue dans le cadre subversif qui avait marqu\u00e9 traditionnellement la perception g\u00e9n\u00e9rale qu&rsquo;on avait de l&rsquo;activit\u00e9 du communisme international. L&rsquo;intervention am\u00e9ricaine \u00e9tait plut\u00f4t de type mat\u00e9riel habituel (contribution \u00e0 des partis, des syndicats, des hommes politiques, etc) et ne posait pas de probl\u00e8me politique fondamental. Elle s&rsquo;exer\u00e7ait (et s&rsquo;exerce encore) \u00e9galement, de mani\u00e8re constante et structurelle, par l&rsquo;entretien de r\u00e9seaux d&rsquo;influence chez des hommes politiques, des intellectuels, etc, dont on attendait qu&rsquo;ils soutinssent de fa\u00e7on assez naturelle la ou les causes qui \u00e9taient de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des Am\u00e9ricains. Depuis la fin de la Guerre froide, un changement s&rsquo;est amorc\u00e9, tr\u00e8s naturellement. Il n&rsquo;est plus question d&rsquo;influence communiste et la seule question qui reste pos\u00e9e est celle de l&rsquo;influence am\u00e9ricaine. Mais cette influence change de forme et, \u00e0 l&rsquo;image de la politique am\u00e9ricaine elle-m\u00eame, perd la l\u00e9gitimit\u00e9 qui \u00e9tait la sienne du temps de la Guerre froide. Les interventions, elles aussi, changent de forme et tendent de plus en plus \u00e0 ressembler \u00e0 des interventions classiques du pan-expansionnisme am\u00e9ricaniste,  interventions directes d&rsquo;influence, souvent \u00e0 la limite de l&rsquo;intrusion dans la souverainet\u00e9 nationale, jusqu&rsquo;alors pratiqu\u00e9es par Washington dans ses r\u00e9publiques banani\u00e8res. Un exemple de ces nouvelles mani\u00e8res fut la r\u00e9ception en f\u00e9vrier 2001, \u00e0 Washington (notamment par Dick Cheney), de Ian Duncan-Smith, chef des conservateurs, quelques jours avant une rencontre Bush-Blair. Cela marquait l&rsquo;humeur des r\u00e9publicains de GW \u00e0 l&rsquo;encontre des travaillistes de Blair, les premiers soup\u00e7onnant les seconds de n&rsquo;\u00eatre pas assez proches de leurs valeurs, et Blair d&rsquo;\u00eatre trop proche de Clinton. (Depuis, GW a \u00e9t\u00e9 rassur\u00e9 sur le compte de Tony Blair.) Il faut \u00e9galement remarquer que cette tendance est \u00e9galement r\u00e9ciproque, ce qui marque \u00e9galement, d&rsquo;une autre fa\u00e7on, la perte de l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique au travers du respect amoindri pour sa souverainet\u00e9 : la candidature Kerry a attir\u00e9 diverses prises de position venues de l&rsquo;\u00e9tranger en sa faveur. La plupart sont rest\u00e9s anonymes mais certains se sont risqu\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;exprimer publiquement : c&rsquo;est le cas du Premier ministre espagnol Zapataro et du ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res belge, tous les deux en faveur de la candidature Kerry.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>La tactique de Sarkozy, si elle se poursuit, conduira \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement politique sans pr\u00e9c\u00e9dent d&rsquo;introduire la question de l&rsquo;alliance am\u00e9ricaine dans le d\u00e9bat \u00e9lectoral fran\u00e7ais<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tSarkozy est un homme malin, un habile politicien, et, bien entendu, compl\u00e8tement \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine : sorti de quelques automatismes du temps, il y a en g\u00e9n\u00e9ral dans son comportement un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat courant pour les principes, l&rsquo;incompr\u00e9hension pour l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de distinguer, encore moins d&rsquo;identifier quelque substance que ce soit dans une politique. Cela signifie qu&rsquo;il est \u00e0 la fois redoutablement efficace et exceptionnellement limit\u00e9,  ceci \u00e0 la mesure de cela. Il n&rsquo;est pas s\u00fbr que sa d\u00e9marche am\u00e9ricaine, malgr\u00e9 le commentaire pas loin d&rsquo;\u00eatre secr\u00e8tement favorable du Monde, soit \u00e0 mettre au cr\u00e9dit du premier de ces caract\u00e8res (l&rsquo;efficacit\u00e9), il n&rsquo;est pas s\u00fbr qu&rsquo;elle ne mesure pas d\u00e9cisivement certaines de ses limites les plus embarrassantes. On veut dire par l\u00e0 que, pour \u00eatre l&rsquo;\u00e9lu d&rsquo;un peuple, il faut comprendre ce peuple et r\u00e9agir comme lui, pas n\u00e9cessairement du point de vue intellectuel (il est m\u00eame recommand\u00e9 de ne pas suivre cette voie), mais s\u00fbrement instinctivement. Quoiqu&rsquo;on en pense largement (et on a le droit d&rsquo;en penser beaucoup), malgr\u00e9 ses d\u00e9fauts et ses faiblesses, son cynisme presque nihiliste, ses limites, Chirac a cet instinct. Il per\u00e7oit fran\u00e7ais. Sarkozy, qui fait partie de la g\u00e9n\u00e9ration de la communication (spin doctors et le reste), pour l&rsquo;instant, per\u00e7oit am\u00e9ricanis\u00e9. S&rsquo;il est efficace, il n&rsquo;entend rien \u00e0 la d\u00e9licate complexit\u00e9 des relations franco-am\u00e9ricaines. Jusqu&rsquo;ici ce fut un avantage parce que Sarkozy ne s&rsquo;aventurait pas sur le terrain hors-hexagone ; cela pourrait devenir un handicap s&rsquo;il se confirme qu&rsquo;il veut avoir un destin national et s&rsquo;il ne modifie pas son comportement et ses appr\u00e9ciations, notamment sur cette question des relations franco-am\u00e9ricaines. Ces relations ne sont en rien, en France, caract\u00e9ris\u00e9es par un engagement par rapport au sujet (pro- ou anti-am\u00e9ricaines), elles sont un m\u00e9lange de plusieurs attitudes plus ou moins pro- et anti-am\u00e9ricaines, qui ont plus \u00e0 voir avec la psychologie des Fran\u00e7ais qu&rsquo;avec le sujet. Si l&rsquo;on observe les grandes confrontations \u00e9lectorales depuis 1945, ainsi que les courants d&rsquo;opinion, jusqu&rsquo;en 2001-2002 la politique am\u00e9ricaine n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 majoritairement contest\u00e9e en France (y compris du temps du Viet-n\u00e2m, o\u00f9 l&rsquo;opinion fran\u00e7aise \u00e9tait toujours plus favorable \u00e0 la politique US que dans des pays comme l&rsquo;Allemagne et le Royaume-Uni). A c\u00f4t\u00e9 de cela, parall\u00e8lement, presque intimement m\u00eal\u00e9, un tr\u00e8s fort courant d&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme culturel a toujours exist\u00e9, inspirant certaines d\u00e9cisions fondamentales de gouvernements aussi diff\u00e9rents que celui de Mend\u00e8s-France en 1954, de De Gaulle en 1964, de Mitterrand en 1981. (L&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme culturel, on le sait, remonte loin dans l&rsquo;histoire des relations franco-am\u00e9ricaines, il est m\u00eame constitutif de ces relations.) C&rsquo;est cette complexit\u00e9 qu&rsquo;il est difficile d&#8217;embrasser, du point de vue intellectuel certes, et encore plus de traduire en actes politiques comme le voudraient les partisans de l&rsquo;une ou l&rsquo;autre tendance. En un sens, cela explique que la politique am\u00e9ricaine de la France n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 un d\u00e9bat \u00e9lectoral ; mais elle l&rsquo;\u00e9tait indirectement, lorsque la politique d&rsquo;ind\u00e9pendance nationale figurait dans le d\u00e9bat, car cette politique est, en g\u00e9n\u00e9ral, consid\u00e9r\u00e9e par les dirigeants am\u00e9ricains comme inamicale et anti-am\u00e9ricaine. (La direction am\u00e9ricaniste consid\u00e9rant que l&rsquo;Am\u00e9rique a, par son exceptionnalit\u00e9 et sa puissance, une sorte de droit d&rsquo;ing\u00e9rence politique dans la vie int\u00e9rieure des autres pays.) Quoiqu&rsquo;il en soit, si Sarkozy conserve cette tactique en vue de son objectif pr\u00e9sidentiel, on pourrait \u00e9voluer vers la situation in\u00e9dite o\u00f9 la question de la politique am\u00e9ricaine de la France deviendrait un des th\u00e8mes essentiels du d\u00e9bat \u00e9lectoral fran\u00e7ais. Cela constituerait un ph\u00e9nom\u00e8ne compl\u00e8tement nouveau dans la vie politique fran\u00e7aise, et m\u00eame dans la vie politique d&rsquo;un pays d&rsquo;Europe occidentale. La cons\u00e9quence principale, quel que soit le sens que prendrait le d\u00e9bat, serait de d\u00e9sacraliser l&rsquo;alliance am\u00e9ricaine, qui reste, en France comme dans les autres pays europ\u00e9ens, un point fondamental de la politique ext\u00e9rieure. Au reste, cette \u00e9volution r\u00e9pondrait \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution des relations internationales et \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame. Toute cette sp\u00e9culation d\u00e9pend pourtant d&rsquo;une inconnue : l&rsquo;\u00e9volution aux USA m\u00eames, qui pourrait prendre de vitesse tout d\u00e9bat politique int\u00e9rieur \u00e0 ce propos.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sarko l&rsquo;Am\u00e9ricain, Rubrique Journal, Volume 19, n\u00b016 du 10 mai 2004 Ci-dessous, pour accompagner le texte de William Pfaff sur le sujet (l&rsquo;\u00e9ventuelle candidature \u00e0 la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise de Nicolas Sarkozy), pr\u00e9sent\u00e9 et comment\u00e9 dans notre rubrique F&#038;C, voici une suite de textes extraits de notre rubrique Journal, \u00e9ditions du 10 mai 2004 de la&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[779],"class_list":["post-66052","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-defensa","tag-chirac"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66052","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66052"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66052\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66052"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66052"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66052"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}