{"id":66080,"date":"2004-09-18T00:00:00","date_gmt":"2004-09-18T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/09\/18\/on-a-toujours-20-ans-rubrique-analyse-volume-20-n01-du-10-septembre-2004\/"},"modified":"2004-09-18T00:00:00","modified_gmt":"2004-09-18T00:00:00","slug":"on-a-toujours-20-ans-rubrique-analyse-volume-20-n01-du-10-septembre-2004","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/09\/18\/on-a-toujours-20-ans-rubrique-analyse-volume-20-n01-du-10-septembre-2004\/","title":{"rendered":"<strong><em>On a toujours 20 ans\u2026 \u2014 Rubrique Analyse, Volume 20, n\u00b001 du 10 septembre 2004<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">On a toujours 20 ans<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong>Nous entrons avec ce num\u00e9ro dans la vingti\u00e8me ann\u00e9e de publication de De defensa, dont le premier num\u00e9ro (num\u00e9ro z\u00e9ro) date du 10 juillet 1985. Un coup d&rsquo;oeil r\u00e9trospectif sur ce que nous f\u00fbmes, sur ce que nous sommes devenus, &#9472; et pourquoi&#8230;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tEn 1985, au printemps et \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1985, on commen\u00e7ait \u00e0 se douter de quelque chose. C&rsquo;est alors que nous d\u00e9cid\u00e2mes de lancer <em>de defensa<\/em>, sans qu&rsquo;il y ait de rapport de cause \u00e0 effet entre ceci et cela. Il n&#8217;emp\u00eache : il y a une conjonction qu&rsquo;on peut nommer, selon ce qu&rsquo;on en croit, co\u00efncidence ou signe du destin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis le 9 mars 1985, Mikha\u00efl Gorbatchev \u00e9tait secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PC de l&rsquo;URSS. Comme d&rsquo;habitude, les grands experts n&rsquo;y avaient vu que du feu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Voici l&rsquo;avis sur la nomination de Gorbatchev, le 12 mars 1985, de Richard Pipes, alors au NSC de Ronald Reagan comme sp\u00e9cialiste de l&rsquo;URSS et l&rsquo;un des p\u00e8res des n\u00e9o-conservateurs (et effectivement p\u00e8re de Michael Pipes, n\u00e9o-conservateur actuel, allum\u00e9, et sp\u00e9cialiste du Moyen-Orient) : \u00ab <em>La nomenklatura sovi\u00e9tique a tellement peur du moindre changement dans le syst\u00e8me h\u00e9rit\u00e9 de Staline, fondement de ses pouvoirs et de ses privil\u00e8ges, qu&rsquo;elle se choisit des secr\u00e9taires g\u00e9n\u00e9raux de plus en plus faibles.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Le 15 mars 1985, Zbigniew Brzezinski \u00e9tait de passage \u00e0 Bruxelles. Il d\u00e9clara ceci \u00e0 propos de Mikha\u00efl Sergue\u00efevitch Gorbatchev : les vieillards du Politburo qui ont choisi Gorbatchev \u00ab <em>ont d\u00fb voir dans cet homme plus jeune qu&rsquo;eux quelque chose de rassurant pour eux.<\/em> [&#8230;] <em>Ils l&rsquo;ont choisi parce qu&rsquo;il leur donne l&rsquo;assurance, si vous voulez, d&rsquo;une immortalit\u00e9 indirecte, parce qu&rsquo;il continuera<\/em> (leur) <em>politique, mais en la revitalisant, en lui donnant un nouvel \u00e9lan<\/em>  \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux mois plus tard, en mai 1985, le jeune homme rassurant des g\u00e9rontes du Politburo lan\u00e7ait la plus formidable purge (d&rsquo;une fa\u00e7on plus civile que les gammes staliniennes) depuis les ann\u00e9es trente, mais cette fois contre les vieux cadres du Parti, ossifi\u00e9s, conservateurs, immobilistes, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous l&rsquo;ignorions alors mais <em>de defensa<\/em> naissait en m\u00eame temps qu&rsquo;\u00e9clatait la r\u00e9volution qui allait conduire en cinq ans \u00e0 l&rsquo;effondrement de toutes les structures communistes, \u00e0 la fin d&rsquo;une \u00e9poque, \u00e0 l&rsquo;\u00e9clatement de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit de la binarit\u00e9 politique qui pr\u00e9sidait \u00e0 l&rsquo;analyse de la situation du monde depuis un demi-si\u00e8cle. Nous l&rsquo;ignorions alors, mais c&rsquo;\u00e9tait encore bien plus que cela qui commen\u00e7ait en m\u00eame temps que <em>de defensa<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Nous avons connu la plus formidable transition qu&rsquo;ait jamais connue l&rsquo;histoire du journalisme : au d\u00e9part, nous \u00e9tions subordonn\u00e9s \u00e0 des autorit\u00e9s<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsque <em>de defensa<\/em> commence, le m\u00e9tier de journaliste ressemble, <em>grosso modo<\/em>, \u00e0 ce qu&rsquo;il \u00e9tait un si\u00e8cle auparavant. Les moyens techniques ont chang\u00e9, bien s\u00fbr, mais pas le fondement de la d\u00e9marche. Le journaliste dispose de sources classiques (agences de presse, d\u00e9clarations officielles, interviews formelles ou non mais identifi\u00e9es, etc). D&rsquo;autre part, il a des sources personnelles, rencontr\u00e9es et utilis\u00e9es informellement, souvent avec lesquelles il lie des liens d&rsquo;estime, voire d&rsquo;amiti\u00e9, dans tous les cas de confiance (c&rsquo;est souvent l&rsquo;honneur du journaliste de prot\u00e9ger ses sources ; le plus souvent, ces sources sont laiss\u00e9es anonymes dans ses comptes rendus et ses analyses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, le journaliste respecte toutes ses sources, g\u00e9n\u00e9rales et ouvertes, particuli\u00e8res et personnelles ; c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il a le sens instinctif d&rsquo;avoir \u00e0 apprendre de ses sources, qu&rsquo;elles sont la source de ses informations, donc l&rsquo;outil principal et, par cons\u00e9quent, le plus g\u00e9n\u00e9ralement, qu&rsquo;elles orientent ses analyses. Le journaliste d\u00e9pend de ses sources comme le revendeur d&rsquo;une marque d\u00e9pend des livraisons de cette marque, et m\u00eame du choix de cette marque de le garder comme revendeur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM\u00eame les coups les plus fameux, dont le Watergate est unanimement et d&rsquo;un avis conformiste g\u00e9n\u00e9ral consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;arch\u00e9type, r\u00e9pondent tout de m\u00eame \u00e0 une logique politique, voire une id\u00e9ologie, dont le journaliste est plus l&rsquo;outil que le manipulateur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEnfin, au-dessus de tout cela, il y a la bipolarit\u00e9 de la situation, cons\u00e9quence de la Guerre froide. Il est difficile pour un journaliste traitant une mati\u00e8re plus ou moins proche de la politique,  et le domaine est vaste,   de ne pas se situer d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre par rapport \u00e0 cette r\u00e9f\u00e9rence. L&rsquo;engagement n&rsquo;est pas accessoire, il est toujours fondamental, par un de ses aspects ou l&rsquo;autre. Pour nombre de journalistes, c&rsquo;est presque un aspect de leur devoir que de prendre position dans l&rsquo;affrontement Est-Ouest.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe cette fa\u00e7on, les ann\u00e9es 1980 constituent l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une certaine forme de journalisme dont les d\u00e9buts se confondent avec les origines de la presse moderne. C&rsquo;est, si l&rsquo;on veut, le triomphe du journalisme de r\u00e9f\u00e9rence. Plus vous avez de sources hauts plac\u00e9es, plus vous passez pour inform\u00e9 et, par cons\u00e9quent (ce par cons\u00e9quent est essentiel), plus vous passez paradoxalement pour ind\u00e9pendant du pouvoir. En effet, les engagements implicites qu&rsquo;illustrent ces situations semblent in\u00e9vitables, naturels, comme allant de soi, et ils n&rsquo;interf\u00e8rent en aucune fa\u00e7on sur le jugement d&rsquo;ind\u00e9pendance (alors qu&rsquo;ils le d\u00e9terminent compl\u00e8tement). C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque des \u00ab <em>authoritative source<\/em> \u00bb, appr\u00e9ciation donn\u00e9e \u00e0 ces grands journalistes de r\u00e9f\u00e9rence et \u00e0 ces experts ind\u00e9pendants qui sont les vedettes des s\u00e9minaires, ces gens qui c\u00f4toient les plus grands et entretiennent des trains de vie professionnels souvent luxueux, et dont l&rsquo;avis est \u00e0 la fois re\u00e7u comme techniquement sans reproche et politiquement ind\u00e9pendant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous, \u00e0 <em>de defensa<\/em>, nous \u00e9tions n\u00e9cessairement hors de ce Circuit (effectivement, les r\u00e9seaux de ces journalistes et experts, parce qu&rsquo;ils suivaient finalement les m\u00eames manifestations et s&rsquo;abreuvaient aux m\u00eames sources, constituaient ce qu&rsquo;on nommait alors le Circuit,  ou l&rsquo;<em>establishment<\/em> de l&rsquo;information, avec une coloration \u00e9videmment tr\u00e8s fortement transatlantique).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous n&rsquo;avions aucune notori\u00e9t\u00e9, aucun appui particulier. Pour lutter contre la pauvret\u00e9 de nos moyens, nous tentions de d\u00e9velopper une m\u00e9thode sp\u00e9cifique originale en refusant de suivre n\u00e9cessairement les grands sujets du jour, impos\u00e9s par l&rsquo;<em>agenda<\/em> des autorit\u00e9s (les grandes n\u00e9gociations, les grandes conf\u00e9rences, etc). A cette \u00e9poque, l&rsquo;accr\u00e9ditation \u00e0 l&rsquo;OTAN, pour tout journaliste \u00e0 Bruxelles traitant des questions de s\u00e9curit\u00e9, \u00e9tait une question de vie ou de mort. Nous \u00e9tions donc accr\u00e9dit\u00e9s, mais notre politique \u00e9tait de refuser syst\u00e9matiquement les orientations impos\u00e9es. Il nous a toujours paru extraordinaire que les minist\u00e9rielles de l&rsquo;OTAN r\u00e9unissent des centaines et des centaines de journalistes, pour filmer des banalit\u00e9s consternantes, se pr\u00e9cipiter sur un communiqu\u00e9 compos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avance et fruit de compromis jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9masculation compl\u00e8te (le film de l&rsquo;amputation progressive d&rsquo;un projet de communiqu\u00e9 dans les semaines pr\u00e9c\u00e9dant une minist\u00e9rielle est, par contre, d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat prodigieux pour conna\u00eetre les v\u00e9ritables positions des uns et des autres) ; pour recevoir des confidences de sous-ministres et autres adjoints, n\u00e9cessairement faites pour influer sur l&rsquo;instant, pour peser sur une d\u00e9lib\u00e9ration du jour, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avions donc choisi quelques sujets sp\u00e9cifiques dont le d\u00e9veloppement m\u00e9ritait un suivi permanent, quels que fussent les p\u00e9rip\u00e9ties et annonces officielles. Nous suivions la question de la campagne lanc\u00e9e en Belgique pour la coop\u00e9ration dans un nouvel avion de combat (le fran\u00e7ais <em>Rafale<\/em> contre l&rsquo;am\u00e9ricain <em>Agile Falcon<\/em>), la question du d\u00e9veloppement de l&rsquo;UEO, la question du d\u00e9veloppement de l&rsquo;action int\u00e9rieure de Gorbatchev par rapport \u00e0 sa politique ext\u00e9rieure (alors que, sur ce th\u00e8me, on prenait en g\u00e9n\u00e9ral de grandes pr\u00e9cautions pour s\u00e9parer ces deux volets de l&rsquo;action de Gorbatchev), etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous nous distinguions du reste par la n\u00e9cessit\u00e9 de chercher une place originale, parce que nous ne disposions d&rsquo;aucune des armes habituelles du journalisme occidental : une forte assise financi\u00e8re, un conformisme de vision, une notori\u00e9t\u00e9 appuy\u00e9e sur l&rsquo;orthodoxie, des canaux de distribution et de promotion assur\u00e9s et contr\u00f4l\u00e9s dans le cadre du syst\u00e8me politico-\u00e9conomique g\u00e9n\u00e9ral. Notre originalit\u00e9 et notre ind\u00e9pendance \u00e9taient bien r\u00e9elles, mais moins comme des vertus que d&rsquo;abord comme les fruits de la n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour cette raison, \u00e9videmment, <em>de defensa<\/em> fut soup\u00e7onn\u00e9 de nombreux travers, de corruption, de compromission, tout cela hautement condamnable. Cela apparaissait d&rsquo;autant plus \u00e9vident que rien, ni dans notre train de vie, ni dans la logique de nos prises de position, ne justifiait de tels soup\u00e7ons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette p\u00e9riode (1985-1988) fut pour nous celle des premiers enthousiasmes vite contenus et refroidis par l&rsquo;incertitude, l&rsquo;isolement, le doute, la sensation d&rsquo;\u00eatre en-dehors du jeu et, par cons\u00e9quent, la cible de tous les soup\u00e7ons et de tous les sarcasmes.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Est-ce que nous v\u00eemes venir la r\u00e9volution de l&rsquo;information et des communications, celle qui a chang\u00e9 leur psychologie et renforc\u00e9 la n\u00f4tre ? Question int\u00e9ressante&#8230; <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut se rem\u00e9morer ces ann\u00e9es entre 1986 (Tchernobyl en avril, surtout le trait\u00e9 des IMF en d\u00e9cembre, entra\u00eenant la destruction des missiles nucl\u00e9aires US et sovi\u00e9tiques \u00e0 port\u00e9e interm\u00e9diaire) et novembre 1989-91 (de la chute du Mur \u00e0 la dissolution de l&rsquo;URSS). C&rsquo;\u00e9tait un temps d&rsquo;immense confusion, \u00e0 la fois des plus affreux soup\u00e7ons (ces \u00e9v\u00e9nements cachent-ils des manigances ?) aux plus ardents enthousiasmes (nous approchons, nous vivons, nous touchons des \u00e9v\u00e9nements historiques). Ce n&rsquo;\u00e9tait plus l&rsquo;imagination au pouvoir de 1968, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;Histoire s&rsquo;approprie l&rsquo;imagination.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais la r\u00e9alit\u00e9 humaine,  ce que nous nommons l&rsquo;Histoire \u00e9v\u00e9nementielle,  \u00e9voluait diff\u00e9remment. A c\u00f4t\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements historiques purs se d\u00e9veloppaient des \u00e9v\u00e9nements technologiques consid\u00e9rables, \u00e0 l&rsquo;aspect historique certes, mais indirects. Plus tard, nous nommerions le r\u00e9sultat de cette \u00e9volution : virtualisme, d\u00e9signant par ce mot, non pas un accident, non pas une incidence d&rsquo;attitudes diverses, non pas des modifications m\u00eame tr\u00e8s importantes de choses d\u00e9j\u00e0 existantes,  mais une modification fondamentale, substantielle, de l&rsquo;Histoire faite par les humains, accompagnant, ou pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par une transformation \u00e9galement substantielle de la psychologie elle-m\u00eame. (Nous ne parlons pas en termes absolus \u00e0 cet \u00e9gard : la psychologie elle-m\u00eame, certes, mais pas la psychologie de tous ; certains y \u00e9chapp\u00e8rent, y \u00e9chappent, y \u00e9chapperont. Nommons-les dissidents.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous jugeons, sans surprise pour nos lecteurs, que les structures d\u00e9finitives du virtualisme furent mises en place en Am\u00e9rique, sous l&rsquo;administration Reagan. Nous pouvons m\u00eame offrir une date symbolique et politique \u00e0 cet \u00e9gard : au printemps 1983, lorsque le conseiller sp\u00e9cial du pr\u00e9sident pour les communications obtint un si\u00e8ge au National Security Council, le gouvernement particulier du pr\u00e9sident US, au m\u00eame titre que le directeur de la CIA ou le secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat. A partir de l\u00e0, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement,  d\u00e9cision ou r\u00e9action de l&rsquo;administration,  devint une mati\u00e8re envisag\u00e9e selon son effet de repr\u00e9sentation et de perception dans un monde n\u00e9cessairement artificiel, et non selon son effet direct dans le monde r\u00e9el.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvons-nous r\u00e9alis\u00e9 cette r\u00e9volution, que nous serions tent\u00e9s aujourd&rsquo;hui de qualifier \u00e0 la fois d&rsquo;inou\u00efe et de sans pr\u00e9c\u00e9dent, alors qu&rsquo;elle avait lieu quasiment sous nos yeux ? Non, bien s\u00fbr. Nous sentions qu&rsquo;il se passait quelque chose mais aucune r\u00e9alisation synth\u00e9tique fondamentale (l&rsquo;acceptation <em>in fine<\/em>, m\u00eame si le mot n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 encore pr\u00e9sent\u00e9 par nous comme n\u00e9ologisme fondamental, du virtualisme). Nous avons r\u00e9alis\u00e9 au fur et \u00e0 mesure, chemin faisant. Ou bien, pour certains, pour la plupart,  il n&rsquo;y a pas de r\u00e9alisation de quoi que ce soit, il y a le refus ou, plus souvent, l&rsquo;ignorance de l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une modification de la structure de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette position pourrait sembler \u00e9videmment raisonnable, selon un syst\u00e8me de pens\u00e9e qui rejette la possibilit\u00e9 d&rsquo;effets importants, voire rationnels, de domaines irrationnels. Elle est surtout rationnelle jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, avec le risque \u00e9norme du travers que nous voyons dans cette attitude : que l&rsquo;attitude rationnelle dissimule en r\u00e9alit\u00e9 du rationalisme, ou enfante le rationalisme,  c&rsquo;est-\u00e0-dire passer du fait (rationnel) au \u00ab <em>syst\u00e8me d&rsquo;opinion<\/em> \u00bb (rationalisme). Au lieu d&rsquo;utiliser la raison comme outil pour comprendre le monde (y compris l&rsquo;irrationnel du monde), cette attitude revient \u00e0 faire de la raison une arme pour transformer le monde \u00e0 sa guise (c&rsquo;est-\u00e0-dire, forcer l&rsquo;irrationnel non dans un jugement de la raison pour sa compr\u00e9hension mais dans une pression de la raison pour sa transformation, et que l&rsquo;irrationnel devienne arbitrairement du rationnel).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl nous semble que les \u00e9v\u00e9nements ont largement corrobor\u00e9 cette \u00e9volution qui, d&rsquo;hypoth\u00e8se, tend \u00e0 devenir un outil de compr\u00e9hension d&rsquo;une \u00e9volution extraordinairement rapide de l&rsquo;Histoire. C&rsquo;est \u00e0 cet \u00e9gard que les \u00e9v\u00e9nements depuis le 11 septembre 2001, et le 11 septembre lui-m\u00eame, ont constitu\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement essentiel d&rsquo;une r\u00e9volution, un \u00ab <em>tournant profond<\/em> \u00bb comme disait Victor Serge \u00e0 propos de la r\u00e9volution bolch\u00e9vique. L&rsquo;exceptionnel se trouve dans ce que cette r\u00e9volution, effectivement, s&rsquo;est exerc\u00e9e dans un autre domaine que ceux habituellement consid\u00e9r\u00e9s pour cette sorte d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements, et que les anciennes sciences qui d\u00e9finissaient cette sorte d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements,  la strat\u00e9gie, la g\u00e9opolitique, etc.,  passent compl\u00e8tement au second plan au profit de nouvelles activit\u00e9s : communications, psychologie, etc, jusqu&rsquo;\u00e0 notre virtualisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;int\u00e9r\u00eat de cette p\u00e9riode historique, ce temps historique que nous avons v\u00e9cu est qu&rsquo;il est tr\u00e8s rapide dans ses transformations, et qu&rsquo;il est instantan\u00e9. L&rsquo;expression assez grossi\u00e8re en temps r\u00e9el peut \u00eatre employ\u00e9e aujourd&rsquo;hui pour l&rsquo;Histoire, ce qui est une r\u00e9volution sans pr\u00e9c\u00e9dent pour la psychologie. La compression des \u00e9v\u00e9nements est telle que nous vivons en m\u00eame temps ce que nous nommons l&rsquo;actualit\u00e9 et l&rsquo;Histoire,  ou, dit autrement : l&rsquo;actualit\u00e9 est directement historique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour la compr\u00e9hension de ces ph\u00e9nom\u00e8nes, l&rsquo;un des tr\u00e8s rares avantages des conditions que nous connaissons est que cette Histoire qui se fait sous nos yeux est rigoureusement born\u00e9e. Ainsi, et malgr\u00e9 l&rsquo;attirance bien compr\u00e9hensible pour le caract\u00e8re essentiel du 11 septembre 2001 (certainement \u00e9v\u00e9nement historique, on l&rsquo;a dit), nous dirions que l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement fondamental, le basculement entre la pr\u00e9-histoire de notre temps historique et son d\u00e9but effectif, est la guerre du Kosovo (23 mars-11 juin 1999). C&rsquo;est effectivement au cours de cet \u00e9v\u00e9nement, quelle que soit l&rsquo;importance qu&rsquo;on y attache, et, m\u00eame, quel que soit le parti qu&rsquo;on choisit, qu&rsquo;un changement de substance s&rsquo;est manifest\u00e9e. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement n&rsquo;a pas eu tant d&rsquo;importance du point de vue militaire (victoire acquise par avance, fin des hostilit\u00e9s puis apr\u00e8s-guerre sans modifications fondamentales des conditions g\u00e9n\u00e9rales de la situation de d\u00e9sordre, d&rsquo;incertitude, etc) que du point de vue de sa repr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale, tant m\u00e9diatique que du point de vue de la communication de l&rsquo;information. Nous nous sent\u00eemes autoris\u00e9s \u00e0 \u00e9crire un article dont le titre \u00e9tait : \u00ab <em>La premi\u00e8re guerre virtualiste<\/em> \u00bb (voir notre rubrique <em>Analyse<\/em>, <em>de defensa<\/em> du 10 septembre 1999).<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Pour le chroniqueur qui poss\u00e8de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;essentiel des informations du monde, la question centrale aujourd&rsquo;hui est de distinguer l&rsquo;essentiel de l&rsquo;accessoire, l&rsquo;Histoire des \u00e9v\u00e9nements sans importance, le qualitatif du quantitatif&#8230;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tBien entendu, tout n&rsquo;est pas si simple, et c&rsquo;est m\u00eame le contraire. Lorsque nous \u00e9crivons : La compression des \u00e9v\u00e9nements est telle que nous vivons en m\u00eame temps ce que nous nommons &lsquo;l&rsquo;actualit\u00e9&rsquo; et l&rsquo;Histoire,  ou, dit autrement : l&rsquo;actualit\u00e9&rsquo; est directement historique,  il est bien entendu que tous les \u00e9v\u00e9nements ne sont pas historiques, que la plupart, m\u00eame, ne le sont pas, d&rsquo;autant plus que le virtualisme en fait des non-\u00e9v\u00e9nements dont l&rsquo;absence totale de substance r\u00e9pond \u00e0 l&rsquo;apparence tapageuse. Il y a donc un probl\u00e8me fondamental de jugement, de choix des \u00e9v\u00e9nements, ce qui est une nouvelle r\u00e9alit\u00e9 du monde compl\u00e8tement complexe et difficile \u00e0 d\u00e9brouiller. C&rsquo;est l&rsquo;autre ph\u00e9nom\u00e8ne le plus important,  avec celui de l&rsquo;afflux d&rsquo;informations, comme on va voir,  caract\u00e9risant la r\u00e9volution qui a boulevers\u00e9 notre m\u00e9tier, et le contenu de <em>De defensa<\/em> par cons\u00e9quent, depuis nos origines il y a 20 ans.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;afflux d&rsquo;informations, justement, consid\u00e9r\u00e9 vingt ans plus tard&#8230; Nous en avons peu parl\u00e9 parce que la chose va aujourd&rsquo;hui de soi. C&rsquo;est pourtant une r\u00e9volution essentielle, qui fait que le journaliste d&rsquo;aujourd&rsquo;hui n&rsquo;a plus rien \u00e0 voir avec ce qu&rsquo;il \u00e9tait il y a vingt ans, tel que nous le d\u00e9crivions plus haut. La question des sources, de l&rsquo;acc\u00e8s aux autorit\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire <em>stricto sensu<\/em> la question de l&rsquo;information r\u00e9solue par la r\u00e9v\u00e9rence devant l&rsquo;autorit\u00e9 qui caract\u00e9rise les journaux de r\u00e9f\u00e9rence, tout cela est devenu compl\u00e8tement marginal pour comprendre le monde. Aujourd&rsquo;hui, le journaliste, dans l&rsquo;\u00e9ventuel accomplissement parfait de sa fonction (et non dans sa perversion), est devenu chroniqueur historique parce qu&rsquo;il dispose des moyens de l&rsquo;\u00eatre. Il a dans ses mains le formidable outil de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 toutes les informations du monde, \u00e0 la vitesse de la lumi\u00e8re, qu&rsquo;on lui a gracieusement fournies. Cela lui permet de figurer, comme chroniqueur historique, dans une position au moins d&rsquo;\u00e9quivalence par rapport aux autorit\u00e9s qui exercent le pouvoir mais qui produisent de moins en moins d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements historiques, alors qu&rsquo;il y a 20 ans il se trouvait au stade de la r\u00e9v\u00e9rence accentu\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Continuez \u00e0 savourer ceci, maintes fois signal\u00e9 ici, comme on savoure une sucrerie de qualit\u00e9 : le syst\u00e8me contre lequel le journaliste devenu chroniqueur historique doit \u00e0 son honneur de partir en guerre a cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;outil qui lui permet de mener cette guerre avec des chances raisonnables de remporter quelques cinglantes victoires. Savourez la douceur du paradoxe en vous rappelant que c&rsquo;est Internet avec ses multiples sources qui a r\u00e9ussi \u00e0 totalement foutre en l&rsquo;air la machine am\u00e9ricaniste lanc\u00e9e dans son absurde guerre irakienne.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, le journaliste devenu chroniqueur historique n&rsquo;a plus de r\u00e9v\u00e9rence \u00e0 faire devant les pouvoirs \u00e9tablis. Il en sait autant qu&rsquo;eux, parfois plus. Bien entendu, ces journalistes devenus chroniqueurs historiques sont le petit nombre, les <em>happy few<\/em>, le plus grand nombre n&rsquo;ayant rien vu venir ni passer et s&rsquo;\u00e9tant enfonc\u00e9 dans la d\u00e9finition ancienne pervertie de leur fonction. Les journalistes du syst\u00e8me, ceux qui poursuivent leurs durs labeurs dans les journaux de r\u00e9f\u00e9rence font de moins en moins d&rsquo;information, sans parler de chronique historique qu&rsquo;ils ignorent compl\u00e8tement, et, au contraire, des r\u00e9v\u00e9rences de plus en plus prostern\u00e9es (voir <em>Le Monde<\/em>, le <em>Financial Times<\/em>, le New York <em>Times<\/em> et ainsi de suite, tous devenus autant d&rsquo;officiels comme l&rsquo;on disait de la <em>Pravda<\/em>, refl\u00e9tant avec z\u00e8le les consid\u00e9rations des puissances en place, pr\u00e9cis\u00e9ment celles de Washington).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe journaliste devenu chroniqueur historique, pour l&rsquo;\u00eatre justement, est d\u00e9sormais plac\u00e9 devant un probl\u00e8me de choix, de s\u00e9lection. Il est plac\u00e9 devant le probl\u00e8me de la r\u00e9alit\u00e9 confront\u00e9e au virtualisme, donc devant ce ph\u00e9nom\u00e8ne formidable que la vision objective qu&rsquo;il doit fa\u00e7onner de l&rsquo;Histoire sera n\u00e9cessairement le produit de ce qui est au d\u00e9part un choix subjectif. Il devra distinguer lui-m\u00eame, gr\u00e2ce \u00e0 ses propres r\u00e9f\u00e9rences, appuy\u00e9 sur son exp\u00e9rience et sur les outils \u00e9normes de disposition de l&rsquo;information dont il dispose d\u00e9sormais, les courants essentiels des \u00e9v\u00e9nements accessoires. Il devra avoir la prudence salutaire de r\u00e9pudier syst\u00e9matiquement  toutes les versions officielles publiques du syst\u00e8me dont on sait, depuis diverses d\u00e9clarations fameuses, notamment de Donald Rumsfeld (au moment de l&rsquo;attaque contre l&rsquo;Afghanistan, il avait d\u00e9clar\u00e9 que le mensonge officiel \u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 nationale destin\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger les troupes en action), qu&rsquo;elles sont syst\u00e9matiquement, presque chirurgicalement mensong\u00e8res. Une fois pos\u00e9 cet acte, peut-\u00eatre pourra-t-il songer \u00e0 une \u00e9tude suspicieuse de ces d\u00e9clarations pour, par comparaison, par analogie, en recueillir une parcelle ou l&rsquo;autre de v\u00e9rit\u00e9 indirecte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, le r\u00f4le du journaliste devenu chroniqueur historique est devenu tout simplement fondamental, et il est peut-\u00eatre unique. Les fonctions traditionnelles du domaine, elles (les journalistes de r\u00e9f\u00e9rence, les historiens en g\u00e9n\u00e9ral acquis aux conceptions du syst\u00e8me et repli\u00e9s sur la seule exactitude scientifique, etc), ont d\u00e9finitivement abdiqu\u00e9 tout r\u00f4le critique fondamental au profit de l&rsquo;application des mots d&rsquo;ordre du syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit bien d&rsquo;une r\u00e9volution, qui s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e sur ces vingt ann\u00e9es dont nous f\u00eatons cette saison l&rsquo;ach\u00e8vement, dans un climat mitig\u00e9 de fiert\u00e9 du devoir accompli et d&rsquo;incertitude devant les bouleversements extraordinaires dont nous mesurons chaque jour l&rsquo;ampleur. Nous avons conscience que le m\u00e9tier de l&rsquo;information est devenu d&rsquo;une telle importance, bien au-del\u00e0 des ronronnements sordides sur la libert\u00e9 de la presse, sur la libert\u00e9 de l&rsquo;information, qu&rsquo;il est \u00e0 la fois l&rsquo;instrument de sauvegarde ultime de la civilisation et un fardeau d&rsquo;un poids extraordinaire pour ceux qui prennent le risque d&rsquo;accepter de s&rsquo;en charger. Notre m\u00e9tier n&rsquo;est plus un choix, une aventure, un d\u00e9fi, etc, il est devenu un v\u00e9ritable destin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est une sensation \u00e0 la fois \u00e9trange, exaltante et effrayante d&rsquo;avoir le pouvoir de comprendre soi-m\u00eame, sur le moment, lorsqu&rsquo;il est v\u00e9cu, que ce moment fait partie d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement absolument historique,  \u00e0 chaque instant pour ainsi dire. C&rsquo;est exaltant et effrayant.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Conclusion : 20 ans apr\u00e8s&#8230;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe m\u00e9tier de l&rsquo;information a, en 20 ans, compl\u00e8tement, radicalement chang\u00e9. Les journalistes, plus ou moins s\u00e9rieux, se sont divis\u00e9s en deux. D&rsquo;une part, une masse de gens \u00e9crivant dans un monde d\u00e9sormais virtualiste, sur des sujets d\u00e9mesur\u00e9ment grossis, renvoyant aux imp\u00e9ratifs id\u00e9ologiques du virtualisme. C&rsquo;est le cas, lorsqu&rsquo;on voit en France (11-15 juillet) la presse officielle unanime, journaux de r\u00e9f\u00e9rence en t\u00eate, consacrer des pages (nous disons : des pages, pas des colonnes) \u00e0 une agression contre une jeune femme dans le RER, parce que cette agression aurait eu un caract\u00e8re antis\u00e9mite, alors qu&rsquo;elle se r\u00e9v\u00e8le  n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un montage de la dame en question ; alors qu&rsquo;on d\u00e9bat aux USA, au m\u00eame moment, de la possibilit\u00e9 d&rsquo;une suspension de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle qu&rsquo;on pourrait assimiler \u00e0 \u00ab <em>a Washington coup d&rsquo;\u00e9tat<\/em> \u00bb, pas une ligne n&rsquo;apparaissant sur cette question, hors un entrefilet ou l&rsquo;autre. Il y a quelque chose de d\u00e9finitif dans cette grotesquerie professionnelle, qui situe l&rsquo;avancement inqui\u00e9tant des d\u00e9sordres psychologiques, d\u00e9sormais du domaine de la psychopathologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autre part, des individus ou groupes d&rsquo;individus, manifestement les <em>happy few<\/em> en termes de moyens financiers et de volume apparent d&rsquo;influence, des dissidents qui s&rsquo;en tiennent au monde r\u00e9el, l&rsquo;observent et le commentent. (Ils le peuvent, notamment, gr\u00e2ce \u00e0 ce bijou de la libert\u00e9 qu&rsquo;est Internet.) Plac\u00e9s devant les cohortes des grotesques affubl\u00e9s du nom de journalistes (ou commentateurs), devant l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 du spectacle qui leur est offert, devant la gravit\u00e9 de la psychopathologie ainsi observ\u00e9e, ces <em>happy few<\/em> en viennent n\u00e9cessairement \u00e0 faire beaucoup plus que du simple journalisme. Non seulement ils commentent, mais plus encore, ils sont conduits \u00e0 offrir une vision g\u00e9n\u00e9rale et globale de la crise de notre temps. Ils sont plac\u00e9s devant l&rsquo;\u00e9vidence de la crise de civilisation qui nous d\u00e9chire avec une force et une rapidit\u00e9 inou\u00efes. Leur devoir est d&rsquo;en rendre compte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre honneur, \u00e0 <em>de defensa<\/em>, vingt ans apr\u00e8s, est de faire partie de ce second groupe. C&rsquo;est moins un honneur pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 qu&rsquo;un honneur retrouv\u00e9.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On a toujours 20 ans Nous entrons avec ce num\u00e9ro dans la vingti\u00e8me ann\u00e9e de publication de De defensa, dont le premier num\u00e9ro (num\u00e9ro z\u00e9ro) date du 10 juillet 1985. 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