{"id":66130,"date":"2004-11-15T00:00:00","date_gmt":"2004-11-15T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/11\/15\/ebranlement-strategique\/"},"modified":"2004-11-15T00:00:00","modified_gmt":"2004-11-15T00:00:00","slug":"ebranlement-strategique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/11\/15\/ebranlement-strategique\/","title":{"rendered":"Ebranlement strat\u00e9gique"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">&Eacute;branlement strat\u00e9gique<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Ci-dessous, un extrait de notre rubrique <em>de defensa<\/em>, dans le num\u00e9ro du 10 octobre 2004 de notre Lettre d&rsquo;Analyse-papier, \u00ab\u00a0<em>dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une appr\u00e9ciation r\u00e9aliste de la situation r\u00e9elle de l&rsquo;organisation de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne. Toutes les sornettes sur la rh\u00e9torique de la puissance otanienne, de l&rsquo;importance compar\u00e9e et d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e des budgets militaires, ne donnent qu&rsquo;une d\u00e9formation outranci\u00e8re de la r\u00e9alit\u00e9. Comme on le constate ci-dessous, la r\u00e9alit\u00e9 europ\u00e9enne, c&rsquo;est le d\u00e9veloppement de la dimension s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;UE, la marginalisation de l&rsquo;OTAN, la position centrale de la France et la position sur la d\u00e9fensive des Britanniques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a \u00e9galement un divorce tr\u00e8s net entre les conceptions strat\u00e9giques europ\u00e9ennes et am\u00e9ricaines. Bien entendu, ce fait explique largement l&rsquo;\u00e9volutuion de la situation telle que nous l&rsquo;exposons.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">&Eacute;branlement strat\u00e9gique<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Maturit\u00e9 par inadvertance<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La vision europ\u00e9enne de la crise et des nouvelles conditions strat\u00e9giques s&rsquo;\u00e9loigne irr\u00e9sistiblement et in\u00e9luctablement de la vision am\u00e9ricaine<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Pour les Am\u00e9ricains, on sait que le monde est simple : \u00ab\u00a0si vous n&rsquo;\u00eates pas avec nous, vous \u00eates contre nous\u00a0\u00bb. Cette simplicit\u00e9 vaut pour tous les domaines. La strat\u00e9gie, par exemple mais exemple d&rsquo;une fondamentale importance sans nul doute, est n\u00e9cessairement d\u00e9finie comme un domaine exclusivement militaire. Cela est r\u00e9alis\u00e9 si fortement, et de fa\u00e7on si dynamique depuis le 11 septembre 2001, que l&rsquo;aspect militaire a presque compl\u00e8tement annex\u00e9 l&rsquo;aspect diplomatique dans la politique am\u00e9ricaine. C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui un axiome central des conceptions am\u00e9ricaines, que ce soit du GW Bush ou du Kerry.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Europ\u00e9ens proc\u00e8dent diff\u00e9remment. L&rsquo;avantage en l&rsquo;occurrence se trouve dans le bon c\u00f4t\u00e9 des graves faiblesses europ\u00e9ennes : ne pouvant rien faire au niveau politique parce qu&rsquo;ils n&rsquo;en ont pas la volont\u00e9 commune, les Europ\u00e9ens abordent leur probl\u00e9matique strat\u00e9gique par \u00ab\u00a0le petit bout de la lorgnette\u00a0\u00bb, du point de vue technique. La \u00ab\u00a0tactique\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas nouvelle mais l&rsquo;aspect int\u00e9ressant de la situation europ\u00e9enne est qu&rsquo;il n&rsquo;y en a pas d&rsquo;autre possible. Cela permet d&rsquo;introduire dans la r\u00e9flexion strat\u00e9gique des faits bruts, non entach\u00e9s d&rsquo;orientations id\u00e9ologiques, &mdash; la principale \u00e0 craindre dans ce cas \u00e9tant celle de freiner ou de manipuler une r\u00e9flexion pour qu&rsquo;on n&rsquo;arrive pas \u00e0 des conclusions strat\u00e9giques contraires \u00e0 la position am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le r\u00e9sultat est que la r\u00e9flexion strat\u00e9gique europ\u00e9enne, partie d&rsquo;en-bas, aboutit \u00e0 des conclusions de plus en plus divergentes de la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine. Cela est particuli\u00e8rement remarquable dans l&rsquo;introduction des facteurs civils dans la strat\u00e9gie europ\u00e9enne. Par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;on a signal\u00e9 en introduction de ce texte, on comprend qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00e9volution compl\u00e8tement contradictoire de la position am\u00e9ricaine. Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne porte ses effets au niveau des relations avec l&rsquo;OTAN et, au-del\u00e0, sur le statut m\u00eame de l&rsquo;OTAN.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On retrouve constamment l&rsquo;axiome de la situation transatlantique qui d\u00e9bouche sur un paradoxe dont il ne faut jamais cesser de go&ucirc;ter la suavit\u00e9. La faiblesse politique europ\u00e9enne est si grande, si enti\u00e8re, si verrouill\u00e9e par les craintes diverses de parvenir \u00e0 une identit\u00e9 europ\u00e9enne concurrente des USA qu&rsquo;elle interdit les manifestations politiques et id\u00e9ologiques qui, seules, emp\u00eacheraient une \u00e9volution europ\u00e9enne antagoniste \u00e0 la position am\u00e9ricaine&#8230; S&rsquo;il y avait une telle existence politique de l&rsquo;Europe, on comprend qu&rsquo;elle serait raisonnablement affirmative d&rsquo;une identit\u00e9 europ\u00e9enne et tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 ne pas laisser cette affirmation devenir antagoniste des positions am\u00e9ricaines. Le d\u00e9veloppement d&rsquo;une strat\u00e9gie europ\u00e9enne \u00ab\u00a0par le haut\u00a0\u00bb, \u00e0 partir d&rsquo;une volont\u00e9 politique constitu\u00e9e, aboutirait effectivement \u00e0 des interventions politiques pour ne pas laisser cette strat\u00e9gie aller \u00ab\u00a0trop loin\u00a0\u00bb&#8230; Cette volont\u00e9 politique europ\u00e9enne est introuvable. Personne ne veut ni ne peut conduire une strat\u00e9gie europ\u00e9enne ; alors, cette strat\u00e9gie se conduit seule, elle-m\u00eame, et elle aboutit \u00e0 ce qu&rsquo;on voit : rien de moins qu&rsquo;une \u00ab\u00a0strat\u00e9gie de rupture\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Strat\u00e9gie de rupture<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Le monde actuel impose une strat\u00e9gie o&ugrave; le civil est aussi pr\u00e9sent que le militaire. Les Am\u00e9ricains rejettent cela, les Europ\u00e9ens l&rsquo;acceptent<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Comme on dit en g\u00e9n\u00e9ral dans les milieux bien inform\u00e9s, apr\u00e8s le 11 septembre 2001 \u00ab\u00a0plus rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 comme avant\u00a0\u00bb. Le monde a donc chang\u00e9, les Am\u00e9ricains en t\u00eate. Ils ont accouch\u00e9 du grotesque et absurde concept de \u00ab\u00a0guerre contre le terrorisme\u00a0\u00bb. On a beau leur faire observer qu&rsquo;on ne fait pas la guerre \u00e0 une m\u00e9thode, \u00e0 une tactique, \u00e0 une \u00ab\u00a0fa\u00e7on de faire la guerre\u00a0\u00bb, rien n&rsquo;y fait. Leur pens\u00e9e emprisonn\u00e9e dans le formatage du syst\u00e8me ne peut sortir de ce concept sans issue (mais ceci explique cela, apr\u00e8s tout).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Poursuivant cette logique herm\u00e9tique referm\u00e9e sur l&rsquo;id\u00e9e de guerre, ils se sont repli\u00e9s sur la seule chose qu&rsquo;ils ont d\u00e9velopp\u00e9e avec constance depuis 60 ans, qui est la puissance militaire. On ne dira jamais assez que la puissance militaire am\u00e9ricaine n&rsquo;est pas l&rsquo;expression intrins\u00e8que d&rsquo;une force brute, d&rsquo;un projet h\u00e9g\u00e9monique, d&rsquo;une volont\u00e9 de puissance, etc, mais d&rsquo;une mobilisation d&rsquo;un demi-si\u00e8cle contre une puissance suppos\u00e9e gigantesque, la puissance sovi\u00e9tique. Que les fabricants d&rsquo;images am\u00e9ricanistes aient outranci\u00e8rement grossi le danger sovi\u00e9tique, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;inventer dans certains cas, cela ne fait aujourd&rsquo;hui plus le moindre doute. Il n&#8217;emp\u00eache, le syst\u00e8me ayant enfant\u00e9 un monstre, s&rsquo;est conduit lui-m\u00eame \u00e0 y croire, et a d\u00e9velopp\u00e9 les armes pour y faire face. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;est n\u00e9e la puissance militaire am\u00e9ricaine moderne, contre une illusion apocalyptique. Cette d\u00e9marche obnubilante a pareillement influenc\u00e9 la forme de pens\u00e9e, puis la diplomatie am\u00e9ricaine, appuy\u00e9e sur une perception paroxystique d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9. Le coup port\u00e9 le 11 septembre a fait sauter les derniers freins sur la voie menant \u00e0 la compl\u00e8te militarisation de la politique am\u00e9ricaine, suscit\u00e9e par l&rsquo;existence quasiment \u00ab\u00a0objective\u00a0\u00bb de la puissance militaire am\u00e9ricaine. La panique engendr\u00e9e par l&rsquo;attaque ne pouvait \u00eatre contr\u00f4l\u00e9e que dans la menace syst\u00e9matique d&#8217;emploi, puis dans l&#8217;emploi de cette force militaire con\u00e7ue pour rassurer l&rsquo;Am\u00e9rique dans ses phantasmes s\u00e9curitaires. De l\u00e0 les aventures militaires et, surtout, la militarisation de toute la pens\u00e9e politique am\u00e9ricaine, puis, au-del\u00e0, la fabrication de \u00ab\u00a0menaces\u00a0\u00bb justifiant ces mesures.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Europe est align\u00e9e sur l&rsquo;Am\u00e9rique dans la mesure o&ugrave; l&rsquo;Am\u00e9rique la prot\u00e8ge et la rassure. Cette illusion a dur\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la chute du Mur ; depuis, elle a du mal \u00e0 tenir. L&rsquo;Europe ne craint rien de plus que les manifestations de l&rsquo;esprit militaris\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique, surtout hors de sa zone. Si elle sacrifie au \u00ab\u00a0minimum syndical\u00a0\u00bb (sauf la z\u00e9l\u00e9e Angleterre, qui fait beaucoup mieux) pour la participation \u00e0 l&rsquo;aventure irakienne, dans tous les cas pour les plus serviles des Europ\u00e9ens, c&rsquo;est de toutes les fa\u00e7ons sans enthousiasme. L&rsquo;Europe (sauf, sans doute, Tony Blair) ne croit pas que le monde soit en guerre, comme nous l&rsquo;a dit Garton-Ash. Cela ne veut pas dire qu&rsquo;elle sous-estime le danger du terrorisme et autres \u00ab\u00a0conflits de basse intensit\u00e9\u00a0\u00bb, ou conflits \u00ab\u00a0de quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb, mais elle les mesure plut\u00f4t tels qu&rsquo;ils sont qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aune des sc\u00e9narios hollywoodiens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y a dans cette diff\u00e9rence de substance, qui concerne effectivement la perception du monde que chacun a compl\u00e8tement diff\u00e9rente, les germes d&rsquo;un divorce radical. La diff\u00e9rence porte sur la substance des menaces auxquelles sont confront\u00e9es les nations et, au-del\u00e0, sur la substance des relations internationales. Nous y sommes.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">La crise postmoderne vue par l&rsquo;Europe <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Les Europ\u00e9ens connaissent le terrorisme. Des pays comme l&rsquo;Italie, la France, l&rsquo;Espagne, le Royaume-Uni, sont confront\u00e9s \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne depuis de nombreuses d\u00e9cennies, voire des si\u00e8cles. Cette p\u00e9rennit\u00e9 conduit \u00e0 consid\u00e9rer le 11 septembre 2001 non comme un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9finissable par une substance diff\u00e9rente, mais par un degr\u00e9 diff\u00e9rent. A c\u00f4t\u00e9 de cela, ces m\u00eames pays europ\u00e9ens ont \u00e9galement une tr\u00e8s grande exp\u00e9rience des missions \u00ab\u00a0ni-guerre ni-paix\u00a0\u00bb, dites de \u00ab\u00a0peace making\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0peace keeping\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0nation-building\u00a0\u00bb. Tout cela, &mdash; du terrorisme aux missions des \u00ab\u00a0conflits postmodernes\u00a0\u00bb, &mdash; est compliqu\u00e9 dans la r\u00e9alisation mais tr\u00e8s simple dans le principe. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un monde de violence et de nuances, o&ugrave; l&rsquo;ennemi est insaisissable directement, des conflits (plus que des guerres) qui se gagnent indirectement, comme on joue au billard, des batailles qui se livrent par les armes autant que par le compromis, le commerce, le conseil, l&rsquo;habilet\u00e9, etc. Ces remarques sont aussi vieilles que l&rsquo;Europe ; elles sont aussi compl\u00e8tement \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parvenant au stade de l&rsquo;application d&rsquo;une strat\u00e9gie d\u00e9finie dans son \u00ab\u00a0concept strat\u00e9gique\u00a0\u00bb, l&rsquo;UE d\u00e9finit \u00e9videmment des modalit\u00e9s d&rsquo;intervention et d&rsquo;action qui embrassent un vaste champ, o&ugrave; le militaire n&rsquo;est qu&rsquo;une parcelle (m\u00eame si la parcelle peut \u00eatre tr\u00e8s importante un jour, moins le lendemain), o&ugrave; de nombreuses activit\u00e9s civiles, \u00e9conomiques, s\u00e9curitaires, judiciaires, etc, sont pr\u00e9sentes. Cette diversit\u00e9 caract\u00e9rise \u00e9galement la lutte contre le terrorisme, &mdash; &laquo; <em>L&rsquo;Europe dit \u00ab\u00a0lutte contre le terrorisme\u00a0\u00bb sans majuscule, pas \u00ab\u00a0Guerre contre la Terreur\u00a0\u00bb, observe un analyste europ\u00e9en, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit est compl\u00e8tement diff\u00e9rent de celui des Am\u00e9ricains.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend ais\u00e9ment de quoi il est question, lorsque le g\u00e9n\u00e9ral Klaus Reinhardt, co-auteur du rapport pour l&rsquo;UE d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, explique : &laquo; <em>&#8230;Condoleezza Rice is wrong. It is the business of the military to escort children to school, if that makes people in conflict situations more secure. But we also need professional civilians like policemen, human rights monitors and aid workers to make human security interventions successful.<\/em> &raquo; Et notre ami Garton-Ash, condamnant les conceptions am\u00e9ricaines, d&rsquo;expliciter de fa\u00e7on plus pr\u00e9cise, quasiment math\u00e9matique, que &laquo; [if] <em>military force was 80% responsible for the west&rsquo;s victory in the second world war, and perhaps &mdash; through the impact on the Soviet Union of the arms race &mdash; 30% responsible for the west&rsquo;s victory in the cold war (and even that figure may be too high), it will only be 10% &mdash; or perhaps 15% &mdash; responsible for winning this one.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La messe est dite. Les Europ\u00e9ens voient le terrorisme d&rsquo;une fa\u00e7on radicalement diff\u00e9rente de ce qu&rsquo;en voient les Am\u00e9ricains ; parce que nous nous percevons diff\u00e9rents, parce que nous percevons le monde diff\u00e9remment ; en un mot, parce que nous sommes diff\u00e9rents. Cela peut \u00eatre dit amicalement, en \u00e9voquant avec \u00e9motion combien nous f&ucirc;mes heureux ensemble et ainsi de suite. Cela n&rsquo;en reste pas moins un constat radical, dont il faut \u00eatre aveugle et sourd pour en \u00e9carter les cons\u00e9quences r\u00e9volutionnaires. Cette \u00e9volution strat\u00e9gique-l\u00e0 est in\u00e9luctable et inarr\u00e9table : c&rsquo;est, litt\u00e9ralement, une \u00ab\u00a0strat\u00e9gie de rupture\u00a0\u00bb (avec les USA).<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;OTAN au bout du fil<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Voici l&rsquo;\u00e9trange situation o&ugrave; l&rsquo;OTAN qu\u00e9mande conseils, soutien et encouragement de l&rsquo;UE<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>En quelques ann\u00e9es, la situation s&rsquo;est renvers\u00e9e. Il y a quelques ann\u00e9es, les quelques fonctionnaires et militaires europ\u00e9ens qui s&rsquo;attelaient \u00e0 la t\u00e2che de mettre en place les premi\u00e8res structures d&rsquo;une d\u00e9fense europ\u00e9enne \u00e9taient regard\u00e9s comme des animaux \u00e9tranges par leurs vis-\u00e0-vis de l&rsquo;OTAN, avec un d\u00e9dain comme seuls les Britanniques de l&rsquo;OTAN savent avoir pour les fonctionnaires europ\u00e9ens. Aujourd&rsquo;hui, observe un officiel travaillant avec les structures militaires du secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;UE, &laquo; <em>mes coll\u00e8gues de l&rsquo;OTAN sont constamment en train de m&rsquo;appeler, pour un avis, un conseil, une pr\u00e9cision. J&rsquo;ai m\u00eame un peu de mal \u00e0 leur faire comprendre que j&rsquo;ai aussi mon travail \u00e0 faire&#8230;<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;\u00e9tait une \u00e9volution techniquement pr\u00e9visible mais politiquement impensable. D\u00e8s lors que l&rsquo;OTAN \u00e9voluait vers la lutte contre le terrorisme et les missions type \u00ab\u00a0maintien de la paix\u00a0\u00bb, &mdash; et quelle autre mission pouvait-on lui confier si l&rsquo;on voulait prolonger sa survie ? &mdash; elle allait se trouver devant des manques graves en mati\u00e8re de capacit\u00e9s non directement militaires. L&rsquo;UE, au contraire, si elle \u00e9voluait vers la mise en place d&rsquo;une structure militaire, pourrait \u00e9videmment compl\u00e9ter celle-ci de moyens non-militaires pour en faire une force parfaitement adapt\u00e9e aux nouvelles missions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;autre part, cette \u00e9volution \u00e9tait politiquement inacceptable, voire \u00ab\u00a0impensable\u00a0\u00bb. Il ne pouvait \u00eatre envisag\u00e9 que l&rsquo;OTAN p&ucirc;t se trouver devant la perspective de devenir une organisation \u00ab\u00a0\u00e0 la tra&icirc;ne\u00a0\u00bb de l&rsquo;UE, pour toutes les raisons du monde. Cette possibilit\u00e9 fut simplement \u00e9cart\u00e9e de l'\u00a0\u00bbagenda\u00a0\u00bb politique, pour non conformit\u00e9, &mdash; non-politically correct. Ainsi le d\u00e9veloppement qu&rsquo;on constate aujourd&rsquo;hui se fit-il sans qu&rsquo;on admit politiquement qu&rsquo;il \u00e9tait en train de se faire. Aujourd&rsquo;hui, il est accompli. C&rsquo;est un peu la m\u00eame situation que la r\u00e9alit\u00e9 irakienne face \u00e0 la rh\u00e9torique \u00e9lectoraliste de GW Bush : les nouvelles nous annoncent chaque jour que la situation \u00e9volue du pire vers le pire et GW Bush d\u00e9veloppe le th\u00e8me que la situation politique s&rsquo;am\u00e9liore, \u00ab\u00a0conform\u00e9ment aux plans pr\u00e9vus\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette \u00e9trange situation OTAN-UE se lit dans les comportements m\u00eames des pays-membres, dont on sait qu&rsquo;ils sont les m\u00eames. L&rsquo;OTAN d\u00e9cide politiquement d&rsquo;actions diverses, un peu partout <em>where the action is<\/em>; et lorsqu&rsquo;il lui faut trouver un h\u00e9licopt\u00e8re de plus pour l&rsquo;Afghanistan, elle presse d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment ses membres de le lui fournir, sans r\u00e9sultat. Lorsque la responsabilit\u00e9 du contr\u00f4le et du maintien de l&rsquo;ordre en Bosnie passe de l&rsquo;OTAN \u00e0 l&rsquo;UE, cette derni\u00e8re demande 2.000 hommes \u00e0 ses membres et se trouve rapidement devant des propositions sup\u00e9rieures \u00e0 ce chiffre. M\u00eame des pays non-UE (on a vu le cas de la Norv\u00e8ge) n&rsquo;ont pas grand&rsquo;chose \u00e0 donner \u00e0 l&rsquo;OTAN et veulent participer aux op\u00e9rations UE. &laquo; <em>C&rsquo;est qu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ral, les pays-membres ont l&rsquo;impression qu&rsquo;ils ont beaucoup \u00e0 retirer, en fait d&rsquo;exp\u00e9rience notamment, des op\u00e9rations UE, qui sont beaucoup mieux adapt\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s de la situation<\/em> &raquo;, explique diplomatiquement une source europ\u00e9enne. On ajouterait que les pays de l&rsquo;OTAN veulent bien approuver politiquement les demandes de l&rsquo;OTAN, qui sont des demandes am\u00e9ricaines, mais ne rien faire en pratique, de crainte d&rsquo;\u00eatre attir\u00e9s dans une nouvelle aventure am\u00e9ricaine. &laquo; <em>A l&rsquo;UE, par contraste avec l&rsquo;OTAN, ils ont l&rsquo;impression d&rsquo;avoir leur mot \u00e0 dire, d&rsquo;\u00eatre dans une assembl\u00e9e d\u00e9mocratique.<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Pour \u00e9viter la rupture avec l&rsquo;OTAN&#8230;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;OTAN est-elle en danger ? Elle l&rsquo;est, comme chacun sait, depuis 1989-91, parce qu&rsquo;elle a perdu, avec la chute de l&rsquo;URSS et la disparition du communisme, toute l\u00e9gitimit\u00e9. La sauvegarde de l&rsquo;OTAN passe par la recherche \u00e9chevel\u00e9e d&rsquo;une nouvelle mission qui fonde une nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9. Toutes les missions possibles sont aujourd&rsquo;hui inad\u00e9quates pour l&rsquo;OTAN, tant politiquement et op\u00e9rationnellement, elles sont donc non-fondatrices d&rsquo;une nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9. C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui plus que jamais le cas, avec les missions type-nation&rsquo;s building et autres, o&ugrave; l&rsquo;humanitaire et le civil ont une place d&rsquo;une importance proche de celle qu&rsquo;occupe le militaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le probl\u00e8me qui rend le cas de l&rsquo;OTAN beaucoup plus d\u00e9licat est \u00e9videmment que trois \u00e9l\u00e9ments nouveaux sont venus en aggraver les termes :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; D&rsquo;une part, le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat qui n&rsquo;est m\u00eame plus dissimul\u00e9 des Am\u00e9ricains pour l&rsquo;OTAN en tant qu&rsquo;Alliance. Les Am\u00e9ricains ne s&rsquo;inqui\u00e8tent plus d\u00e9sormais de laisser voir que l&rsquo;OTAN n&rsquo;est pour eux qu&rsquo;une courroie de transmission pour transmettre des consignes \u00e0 une assembl\u00e9e d&rsquo;&Eacute;tats jug\u00e9s n\u00e9cessairement vassaux. La cons\u00e9quence est que ces &Eacute;tats r\u00e9pondent sur le m\u00eame mode : acceptation politique d&rsquo;apparence (unanimit\u00e9s courantes dans les r\u00e9unions du Conseil) de mesures qui ne sont suivies d&rsquo;aucun effet.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Cette situation est d&rsquo;autant plus affirm\u00e9e que les conditions des crises r\u00e9clament d\u00e9sormais des structures op\u00e9rationnelles dont l&rsquo;OTAN est compl\u00e8tement priv\u00e9e, &mdash; ce qui implique, \u00e9videmment, une impuissance structurelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Comme on l&rsquo;a vu encore, il y a d\u00e9sormais une alternative, l&rsquo;UE, qui, elle, est compl\u00e8tement pourvue de ces structures. D&rsquo;autre part, cette structure ne compte pas, en son sein, la pr\u00e9sence de l'\u00a0\u00bbami am\u00e9ricain\u00a0\u00bb dont le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour les pr\u00e9occupations de s\u00e9curit\u00e9 des Europ\u00e9ens est d\u00e9sormais \u00e9vident.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La premi\u00e8re source europ\u00e9enne d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, qui est proche des milieux militaires de l&rsquo;UE et entretient des contacts suivis avec l&rsquo;OTAN, reconna&icirc;t implicitement cette situation d&rsquo;un tr\u00e8s grave danger mena\u00e7ant aujourd&rsquo;hui l&rsquo;OTAN dans son fonctionnement, dans sa raison d&rsquo;\u00eatre, etc. Sa r\u00e9ponse aux remarques ci-dessus est tr\u00e8s ambigu\u00eb : &laquo; <em>L&rsquo;essentiel, aujourd&rsquo;hui, est de tout faire pour maintenir et d\u00e9velopper l&rsquo;interop\u00e9rabilit\u00e9 avec les forces am\u00e9ricaines.<\/em> &raquo; Ainsi, \u00e0 une remarque sur les dangers qui menacent l&rsquo;OTAN, on r\u00e9pond par la n\u00e9cessit\u00e9 de renforcer des liens techniques avec les Am\u00e9ricains. C&rsquo;est, effectivement, mesurer le d\u00e9sarroi o&ugrave; se trouve l&rsquo;OTAN aujourd&rsquo;hui et l&rsquo;impossibilit\u00e9 de porter rem\u00e8de \u00e0 cette situation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quoi qu&rsquo;il en soit, c&rsquo;est bien d&rsquo;une \u00e9volution de rupture dont il est question. Le probl\u00e8me de l&rsquo;interop\u00e9rabilit\u00e9 ne portera, par d\u00e9finition si l&rsquo;on veut, que sur les moyens interop\u00e9rables, lesquels ne repr\u00e9senteront de plus en plus qu&rsquo;une petite partie des moyens europ\u00e9ens et am\u00e9ricains. Les Am\u00e9ricains continuant \u00e0 d\u00e9velopper du militaire, et du militaire de moins en moins adaptable aux crises, et les Europ\u00e9ens s&rsquo;adaptant aux crises avec du militaire de plus en plus adaptable aux crises et du civil, il sera bien difficile de trouver de \u00ab\u00a0l&rsquo;interop\u00e9rable\u00a0\u00bb organique et op\u00e9rationnel l\u00e0-dedans (m\u00eame si l&rsquo;interop\u00e9rabilit\u00e9 technique existe) &#8230; D&rsquo;ailleurs, pour faire quoi ensemble ? Am\u00e9ricains et Europ\u00e9ens concevront-ils encore, avec les \u00e9v\u00e9nements qui \u00e9voluent de la sorte, d&rsquo;intervenir ensemble ?<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le roi Tony est nu<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Les acrobaties des Britanniques entre UE, OTAN et USA nous renseignent sur la fa\u00e7on indigne dont ils sont trait\u00e9s par leur grand alli\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Un point int\u00e9ressant mais sans surprise des d\u00e9bats en cours au sein de la structure militaire de l&rsquo;UE, selon une autre source proche de ces milieux militaires, c&rsquo;est que &laquo; <em>ces d\u00e9bats se r\u00e9sument \u00e0 une partie de ping-pong entre Fran\u00e7ais et Britanniques<\/em> &raquo;. Le deuxi\u00e8me point int\u00e9ressant est que, dans cette \u00ab\u00a0partie de ping-pong\u00a0\u00bb, les Britanniques sont engag\u00e9s dans une politique sans surprise non plus, mais qui reste toujours \u00e9trange apr\u00e8s un demi-si\u00e8cle, et qui appara&icirc;t path\u00e9tique d\u00e9sormais : faire croire qu&rsquo;ils sont indispensables \u00e9galement par l&rsquo;influence qu&rsquo;ils exercent sur les Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les n\u00e9gociations qui ont abouti au transfert des responsabilit\u00e9s du contr\u00f4le de la Bosnie de l&rsquo;OTAN \u00e0 l&rsquo;UE ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s caract\u00e9ristiques \u00e0 cet \u00e9gard. &laquo; <em>Les Britanniques entendaient montrer \u00e0 cette occasion leur importance et leur efficacit\u00e9, en d\u00e9montrant leur capacit\u00e9 d&rsquo;influence sur les Am\u00e9ricains.<\/em> &raquo; Il s&rsquo;agit de l&rsquo;application, au niveau militaire, entre UE et OTAN, de la th\u00e8se de Tony Blair du \u00ab\u00a0pont entre Europe et USA\u00a0\u00bb : les Britanniques \u00e0 la fois compl\u00e8tement europ\u00e9anis\u00e9s, \u00e0 la fois d\u00e9veloppant \u00e0 fond leurs special relationships pour rapprocher Europe et USA, &mdash; les Britanniques superbement indispensables aux uns et aux autres. La r\u00e9alit\u00e9, bien s&ucirc;r, est que ce n&rsquo;est ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Les Britanniques ont constamment dit aux Fran\u00e7ais, lors de ces d\u00e9bats, sur les propositions importantes qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de pr\u00e9senter \u00e0 l&rsquo;OTAN : \u00ab\u00a0Faites comme nous vous demandons, acceptez notre position de compromis. Nous connaissons les Am\u00e9ricains, nous nous chargeons de leur &lsquo;vendre&rsquo; cette proposition si vous en acceptez nos termes\u00a0\u00bb. Le plus souvent, ils sont partis \u00e0 l&rsquo;OTAN avec leur proposition, s&ucirc;r de leur faits, et les Am\u00e9ricains ont refus\u00e9 s\u00e8chement.<\/em> &raquo; Les Britanniques se sont discr\u00e9dit\u00e9s en montrant involontairement combien, en r\u00e9alit\u00e9, leur capacit\u00e9 d&rsquo;influence sur les Am\u00e9ricains est faible. Le fait a \u00e9t\u00e9 important pour les nouveaux pays de l&rsquo;UE, &laquo; <em>qui assistaient pour la premi\u00e8re fois \u00e0 ces d\u00e9bats sur la d\u00e9fense europ\u00e9enne et qui ont pu mesurer combien l&rsquo;affirmation de l&rsquo;influence du Royaume-Uni sur l&rsquo;Am\u00e9rique est un mythe et une fable<\/em> &raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le r\u00e9sultat est que les Britanniques voient leur position au sein de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, sur ces questions de d\u00e9fense, notablement amoindrie, &mdash; mais certes, cet affaiblissement r\u00e9pond \u00e9galement, de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 l&rsquo;affaiblissement britannique \u00e0 cause de l&rsquo;engagement en Irak, sous le contr\u00f4le catastrophique des Am\u00e9ricains. D&rsquo;autre part, ces passes d&rsquo;armes ont montr\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 des capacit\u00e9s d&rsquo;influence sur les &Eacute;tats-Unis dans ces d\u00e9bats transatlantiques, que ce soit celle du Royaume-Uni seul, que ce soit celle, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, que l&rsquo;Europe peut esp\u00e9rer avoir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La d\u00e9monstration est int\u00e9ressante. Il s&rsquo;agit pour les Europ\u00e9ens d&rsquo;une d\u00e9monstration en grandeur nature, dans la r\u00e9alit\u00e9 op\u00e9rationnelle d&rsquo;une des premi\u00e8res op\u00e9rations o&ugrave; les Am\u00e9ricains (c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;OTAN, mais on nous fera gr\u00e2ce des cache-sexes habituels) et les Europ\u00e9ens ont \u00ab\u00a0travaill\u00e9\u00a0\u00bb de concert, chacun dans une position soi-disant autonome, chacun ayant un r\u00f4le compl\u00e9mentaire \u00e0 jouer, et l&rsquo;UE succ\u00e9dant \u00e0 l&rsquo;OTAN. La d\u00e9monstration est d&rsquo;autant plus int\u00e9ressante par ailleurs que la Bosnie n&rsquo;est plus aujourd&rsquo;hui un cas politique particuli\u00e8rement pressant, donc un cas o&ugrave; les pressions du pouvoir politique sont notablement r\u00e9duites.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Tony est-il avec eux ou avec nous ?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Cette d\u00e9monstration de l&rsquo;impasse que constitue la politique \u00ab\u00a0du pont USA-Europe\u00a0\u00bb de Tony Blair est rendue d&rsquo;autant plus tragique \u00e0 la lumi\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;\u00e9volution de la politique am\u00e9ricaine. Les indications diverses montrent que le d\u00e9sastre irakien ne conduit pour l&rsquo;instant, du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, qu&rsquo;\u00e0 des \u00ab\u00a0sur-r\u00e9actions\u00a0\u00bb bellicistes, &mdash; d&rsquo;ailleurs, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de GW Bush ou de Kerry. En face des d\u00e9boires et des d\u00e9faites qu&rsquo;il conna&icirc;t et qui r\u00e9duit tragiquement sa puissance, le syst\u00e8me am\u00e9ricaniste suit aveugl\u00e9ment sa logique qui est de ne cesser de hausser la barre. L&rsquo;observation qu&rsquo;on peut faire aujourd&rsquo;hui, &mdash; et certains en voient un signe dans l&rsquo;arrestation et la d\u00e9portation illico presto des USA, le 23 septembre, du chanteur Cat Stevens converti depuis 1977 en Yousouf Islam, islamiste mod\u00e9r\u00e9, &mdash; est que la guerre d\u00e9clar\u00e9e par les Am\u00e9ricains aux terroristes islamistes est en train de se transformer et de s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 une hostilit\u00e9 av\u00e9r\u00e9e au monde musulman en g\u00e9n\u00e9ral. (Le commentateur \u00ab\u00a0<em>Spengler<\/em>\u00ab\u00a0, de atimes.com, \u00e9crit le 28 septembre : &laquo; <em>Diverting a London-New York flight last week to a remote airport in order to detain the former Cat Stevens, now Yusuf Islam, seemed like a signal of \u00ab\u00a0zero tolerance\u00a0\u00bb on the part of the US authorities.<\/em> &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Extr\u00e9misme en train de se radicaliser (de la part des US) d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, &mdash; et de l&rsquo;autre ? A c\u00f4t\u00e9 de la rh\u00e9torique anti-fran\u00e7aise habituelle et archi-\u00e9cul\u00e9e des Anglo-Saxons, la r\u00e9alit\u00e9 europ\u00e9enne dans le domaine qui compte se lit dans les influences dans le d\u00e9bat sur la s\u00e9curit\u00e9. A l&rsquo;OTAN, &mdash; bien s&ucirc;r, m\u00eame \u00e0 l&rsquo;OTAN, &mdash; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;habituelle main-mise am\u00e9ricaine et pour l&rsquo;\u00e9quilibrer, une seule voix est \u00e9cout\u00e9e, attendue, analys\u00e9e et crainte : celle de la France. De m\u00eame, on l&rsquo;a vu, \u00e0 l&rsquo;UE o&ugrave; la France inspire le jeu ou le r\u00e9gule, selon les occasions. Les Britanniques n&rsquo;ont plus, dans un cas comme dans l&rsquo;autre, qu&rsquo;un r\u00f4le de comparse trait\u00e9 comme un chien par son ma&icirc;tre, et incapable de l&rsquo;influencer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le g\u00e9nie de Tony Blair est sans aucun doute britannique : jouer sur les deux tableaux, expression triviale pour la politique \u00ab\u00a0du pont USA-Europe\u00a0\u00bb. Le probl\u00e8me est qu&rsquo;aucun de ces tableaux ne semble accepter ses conseils de perspective. Blair \u00e9limine son rival Brown, annonce un troisi\u00e8me mandat, &mdash; s&rsquo;il emporte les \u00e9lections, ce qui n&rsquo;est pas donn\u00e9 si l&rsquo;on consid\u00e8re son impopularit\u00e9. Mais pour quoi faire ? Si GW est r\u00e9\u00e9lu, on imagine ce que sera son destin ; si Kerry est \u00e9lu, l&rsquo;entreprise de s\u00e9duction du nouveau pr\u00e9sident vers les alli\u00e9s d\u00e9laiss\u00e9s sera orient\u00e9e vers les Fran\u00e7ais en priorit\u00e9, avec l&rsquo;accord tacite que les Fran\u00e7ais jouent un r\u00f4le directeur dans l&rsquo;organisation de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ne nous y trompons pas : ce qui est \u00e9videmment une sp\u00e9cificit\u00e9 britannique, cette chim\u00e8re extraordinaire par sa dur\u00e9e (60 ans l&rsquo;ann\u00e9e prochaine !) de croire qu&rsquo;on peut manipuler l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 son avantage pour mieux conqu\u00e9rir l&rsquo;Europe, rencontre une tendance europ\u00e9enne, qui est de croire qu&rsquo;on pourra manipuler l&rsquo;Am\u00e9rique par une servilit\u00e9 extr\u00eame pour mieux construire une Europe qui ne se mouillera pas trop en n&rsquo;\u00e9tant \u00ab\u00a0pas trop\u00a0\u00bb ind\u00e9pendante. Les Britanniques, le s\u00e9millant Tony Blair en t\u00eate, &mdash; s\u00e9millant malgr\u00e9 ses alertes de sant\u00e9, &mdash; sont en train de nous faire la ni\u00e8me d\u00e9monstration de la pauvret\u00e9 du projet. Avertissement sans frais ? Il faut dire que nous avons d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9 dix fois le prix fort depuis un demi-si\u00e8cle.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&Eacute;branlement strat\u00e9gique Ci-dessous, un extrait de notre rubrique de defensa, dans le num\u00e9ro du 10 octobre 2004 de notre Lettre d&rsquo;Analyse-papier, \u00ab\u00a0dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie\u00ab\u00a0. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une appr\u00e9ciation r\u00e9aliste de la situation r\u00e9elle de l&rsquo;organisation de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne. Toutes les sornettes sur la rh\u00e9torique de la puissance otanienne, de l&rsquo;importance compar\u00e9e et d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e des&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[705,3162,4388,4390,4389,2913,584,2789,4387,2804],"class_list":["post-66130","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-defensa","tag-blair","tag-dde","tag-entre","tag-et","tag-leurope","tag-les","tag-otan","tag-rupture","tag-tony","tag-usa"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66130","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66130"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66130\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66130"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66130"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66130"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}