{"id":66167,"date":"2004-12-23T00:00:00","date_gmt":"2004-12-23T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/12\/23\/analyse-anthropologique-du-cas-sarkozy\/"},"modified":"2004-12-23T00:00:00","modified_gmt":"2004-12-23T00:00:00","slug":"analyse-anthropologique-du-cas-sarkozy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2004\/12\/23\/analyse-anthropologique-du-cas-sarkozy\/","title":{"rendered":"<strong><em>Analyse anthropologique du \u201ccas Sarkozy\u201d<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Analyse anthropologique du cas Sarkozy <\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tPar Manuel de Di\u00e9guez, le 11 d\u00e9cembre 2004 (voyez le site <a href=\"http:\/\/www.dieguez-philosophe.com\/\" class=\"gen\">de Manuel de Di\u00e9guez<\/a>)<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong>Marianne du 27 nov. au 4 d\u00e9c. pose une question d&rsquo;une grande port\u00e9e politique : \u00abSarkozy est-il fou?\u00bb Mais une telle interrogation a-t-elle un sens s&rsquo;il n&rsquo;est pas r\u00e9pondu \u00e0 la question philosophique de savoir de quelle sorte de raison l&rsquo;intelligence politique se r\u00e9clame, puis s&rsquo;il existe une folie politique de haut vol et une autre de bas \u00e9tage?<\/strong> <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;ai tent\u00e9 d&rsquo;\u00e9clairer la question \u00e0 la lumi\u00e8re de deux romans de Simenon traitant de la folie, ce qui m&rsquo;a conduit \u00e0 \u00e9voquer les relations que le g\u00e9nie litt\u00e9raire avec celui de la philosophie, puis celles que l&rsquo;alliance que ces deux formes de l&rsquo;intelligence concluent avec une anthropologie ouverte \u00e0 la pes\u00e9e de la parano\u00efa au cur de l&rsquo;histoire et de la politique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t 1 &#8211; La science historique et la connaissance anthropologique de la folie <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t2 &#8211; La politique gesticulatoire et la politique r\u00e9flexive <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t3 &#8211; Le g\u00e9nie litt\u00e9raire et la parano\u00efa de Dieu <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t4 &#8211; Les Pygm\u00e9es et les Titans de la parano\u00efa politique <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t5 &#8211; Sarkozy et les imb\u00e9ciles<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t6 &#8211; Le g\u00e9nie litt\u00e9raire et la ma\u00eetrise de la parano\u00efa<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t7 &#8211; Simenon et le g\u00e9nie de la philosophie <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t8 &#8211; Les grands rat\u00e9s de la passion politique<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t9 &#8211; Qui sont les inconnus dans la maison ? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t10 &#8211; Comme les vainqueurs sont gentils !<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t11 &#8211; La politique et la d\u00e9finition nihiliste de la v\u00e9rit\u00e9<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t12 &#8211; L&rsquo;Europe qui regardait passer les trains <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t13 &#8211; Les demi \u00e9lites de la Ve R\u00e9publique <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t14 &#8211; La parano\u00efa de la m\u00e9diocrit\u00e9 et celle du g\u00e9nie<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t15 &#8211; La balance \u00e0 peser la parano\u00efa <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t16 &#8211; L&rsquo;obsession du complot <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t17 &#8211; L&rsquo;anthropologie historique et la zoologie <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t18 &#8211; De la parano\u00efa de haut vol et de la parano\u00efa en rase-mottes <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>1 &#8211; La science historique et la connaissance anthropologique de la folie  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe num\u00e9ro de Marianne de la semaine du 27 nov au 4 d\u00e9c. 2004 titrait en couverture : \u00ab Nicolas Sarkozy est-il fou? \u00bb On y voyait un Napol\u00e9on reconnaissable \u00e0 sa tenue blanche des grands jours et \u00e0 la main droite pos\u00e9e sur l&rsquo;estomac, comme \u00e0 l&rsquo;accoutum\u00e9e quand il passait la garde en revue; mais la t\u00eate du pr\u00e9sident de l&rsquo;UMP avait pris la place de celle de l&#8217;empereur. Comme il se trouve que la date du 4 d\u00e9c. 2004 \u00e9tait celle du deuxi\u00e8me centenaire du sacre qui couronna de la tiare des rois catholiques l&rsquo;\u00e9vang\u00e9liste arm\u00e9 jusqu&rsquo;aux dents des principes de 1789; comme chacun sait, en outre, que la c\u00e9r\u00e9monie fastueuse de l&rsquo;intronisation de Nicolas Sarkozy \u00e0 la direction du parti de la majorit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e de sacre par lui-m\u00eame et par toute la presse fran\u00e7aise et europ\u00e9enne; comme nul n&rsquo;ignore, de surcro\u00eet, que les Etats-Unis se sont lanc\u00e9s \u00e0 la conqu\u00eate du monde et de son p\u00e9trole au nom des d\u00e9mocraties d\u00e9sormais messianis\u00e9es par leur culte de la libert\u00e9, il faut nous demander ce que l&rsquo;anthropologie politique pense de la folie des grands conqu\u00e9rants et des relations que l&rsquo;enc\u00e9phale schizo\u00efde de notre esp\u00e8ce entretient avec notre histoire des guerres et des tiares. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCar s&rsquo;il convient de qualifier de parano\u00efa la folie dispendieuse de Nicolas Sarkozy, mais aussi celle de Napol\u00e9on, d&rsquo;Alexandre et m\u00eame du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, il importe de pr\u00e9ciser le sens m\u00e9dical de cette pathologie et de la relation qu&rsquo;elle entretient avec la m\u00e9galomanie, cette forme de la schizophr\u00e9nie que les psychiatres classent parmi les d\u00e9mences non hallucinatoires et non d\u00e9pressives. Or, la psychanalyse de cabinet ne dispose pas encore d&rsquo;une connaissance anthropologique des troubles mentaux auxquels l&rsquo;ar\u00e8ne de la politique et de l&rsquo;histoire sert de th\u00e9\u00e2tre, alors que seule cette profondeur-l\u00e0 de l&rsquo;exploration de l&rsquo;inconscient simiohumain permettrait de conna\u00eetre et de comprendre le r\u00f4le de ces troubles c\u00e9r\u00e9braux dans le destin des nations. Une fois de plus, comme je l&rsquo;ai soulign\u00e9 dans Trois autopsies de Dieu, S\u00e9bastien Fath, Luc Ferry et Marcel Gauchet, c&rsquo;est faute d&rsquo;une connaissance anthropologique du g\u00e9nie litt\u00e9raire et des arcanes de l&rsquo;esprit religieux chez les fuyards de la zoologie que Clio se trouve d\u00e9sarm\u00e9e face \u00e0 la dimension schizophr\u00e9nique de la passion politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>2 &#8211; La politique gesticulatoire et la politique r\u00e9flexive  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe g\u00e9nie de l&rsquo;action ne se mesure pas \u00e0 la f\u00e9roce \u00e9nergie de s&#8217;emparer du pouvoir avec des m\u00e9thodes de vauriens, mais \u00e0 la rare facult\u00e9 de porter un diagnostic souverain sur la pathologie de la malade la plus illustre de la terre, celle qu&rsquo;on appelle l&rsquo;Histoire; or, ce ne sont pas les psychiatres respectueux des usages qui d\u00e9finissent la sant\u00e9 mentale de leur temps, mais les iconoclastes que sont tous les grands \u00e9crivains en mesure d&rsquo;ausculter cette patiente et de d\u00e9crire les sympt\u00f4mes irr\u00e9futables des d\u00e9rangements c\u00e9r\u00e9braux dont elle se trouve afflig\u00e9e. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est pourquoi Cervant\u00e8s a mis en sc\u00e8ne le plus c\u00e9l\u00e8bre des schizophr\u00e8nes chr\u00e9tiens en la personne de don Quichotte; c&rsquo;est pourquoi Shakespeare a peint la folie de Lady Macbeth en visionnaire des signes de la parano\u00efa hallucinatoire qui symbolise le meurtre politique; c&rsquo;est pourquoi Kafka a livr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;analyse anthropologique de la schizophr\u00e9nie un dieu pris en \u00e9tau entre sa chambre souterraine des tortures et son ciel des f\u00e9licit\u00e9s \u00e9ternelles. Mais tout cela n&rsquo;a pas sollicit\u00e9 l&rsquo;attention de la pens\u00e9e politique occidentale, parce que la psychanalyse n&rsquo;est pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole des \u00e9crivains de g\u00e9nie et parce que, de toutes fa\u00e7ons, l&rsquo;\u00e9tude du g\u00e9nie en tant que tel est enti\u00e8rement absente de la science psychologique et de la psychanalyse occidentales. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl en r\u00e9sulte que l&rsquo;\u00e9tude des tiares de la parano\u00efa se r\u00e9v\u00e8le hautement instructive en ce qu&rsquo;elle \u00e9claire la schizophr\u00e9nie de l&rsquo;Europe de la pens\u00e9e et son incapacit\u00e9 de conqu\u00e9rir un regard sur la folie dont s&rsquo;inspirent les Goliaths de l&rsquo;histoire, d&rsquo;une part, les fr\u00e9n\u00e9tiques de la seule conqu\u00eate du pouvoir, d&rsquo;autre part. Et pourtant, Georges Simenon a su d\u00e9peindre un vrai parano\u00efaque; et il est parvenu \u00e0 faire d&rsquo;un malade mental le personnage central de l&rsquo;un de ses romans : L&rsquo;homme qui regardait passer les trains, dont la parution chez Gallimard remonte \u00e0 1938. Sans doute, ce r\u00e9cit haletant atteint-il le lecteur au plus secret, puisqu&rsquo;il figure dans la s\u00e9lection des dix titres \u00e9dit\u00e9s en avril 2003 dans le premier des deux volumes que la Pl\u00e9iade a consacr\u00e9s \u00e0 faire entrer l&rsquo;uvre de Simenon dans le patrimoine litt\u00e9raire de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>3 &#8211; Le g\u00e9nie litt\u00e9raire et la parano\u00efa de Dieu  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe commentaire d\u00e9taill\u00e9 et instructif que Jacques Dubois a consacr\u00e9 \u00e0 ce roman dans l&rsquo;appareil critique qui \u00e9toffe la c\u00e9l\u00e8bre collection ne traite en rien de la pathologie mentale dont souffre le h\u00e9ros, Kees Popinga. Pour un peu, il s&rsquo;agirait seulement d&rsquo;un banal Hollandais de province en rupture de ban plus gidienne que nietzsch\u00e9enne avec la gentille m\u00e9diocrit\u00e9 des bourgeois de Groningue. Comment se fait-il qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;instar de ce fou de don Quichotte, de ce fou d&rsquo;Alceste, de ces fous de Yahoos, son cas passionne le lecteur, sinon parce que la parano\u00efa auto propuls\u00e9e et raisonneuse est une forme tellement r\u00e9pandue de la schizophr\u00e9nie qu&rsquo;il convient de d\u00e9monter pi\u00e8ce par pi\u00e8ce ce moteur du cerveau biphas\u00e9 de notre esp\u00e8ce; car cette nosologie irradie toute la personnalit\u00e9  ce que Lacan avait partiellement compris dans sa th\u00e8se de doctorat de 1932, intitul\u00e9e De la psychose parano\u00efaque dans ses rapports avec la personnalit\u00e9. Ce grand parano\u00efaque y d\u00e9fendait avant tout le monde l&rsquo;id\u00e9e que cette maladie est constituante du moi ordinaire, mais sans avoir soup\u00e7onn\u00e9 ni qu&rsquo;elle est \u00e9galement une composante essentielle du psychisme de l&rsquo;homme de g\u00e9nie, ni comment le grand \u00e9crivain la f\u00e9conde \u00e0 l&rsquo;hypertrophier, ni comment il la ma\u00eetrise au point qu&rsquo;il la contraint \u00e0 accoucher de chefs-d&rsquo;uvre d&rsquo;une sant\u00e9 de fer. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl convient donc d&rsquo;\u00e9tudier la folie demeur\u00e9e infra politique de Nicolas Sarkozy, donc petitement parano\u00efaque, en se mettant bien davantage \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;auteur de L&rsquo;homme qui regardait passer les trains qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9cole des psychiatres conformistes en diable et qui attendent que le malade d\u00e9raille spectaculairement pour le soigner, sans jamais apercevoir la maladie \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat end\u00e9miologique. Car, comme Nicolas Sarkozy, Kees Popinga est seulement un parano\u00efaque au petit pied; mais Simenon accouche du regard du grand \u00e9crivain sur la parano\u00efa, et il fait, de son m\u00e9diocre personnage, l&rsquo;instrument de sa propre initiation secr\u00e8te \u00e0 une science de la folie capable de lui enseigner en retour les derniers secret du g\u00e9nie politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>4 &#8211; Les Pygm\u00e9es et les Titans de la parano\u00efa politique  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est pourquoi Simenon veut oublier que son h\u00e9ros a commis un meurtre par orgueil et qu&rsquo;il n&rsquo;a \u00e9chou\u00e9 \u00e0 en commettre un second que par un concours de circonstances. Bien que la pulsion meurtri\u00e8re du parano\u00efaque soit express\u00e9ment retenue par la psychiatrie officielle, non seulement Simenon ne traite pas son h\u00e9ros en malade mental, mais, bien au contraire, il s&rsquo;identifie si bien \u00e0 lui qu&rsquo;il n&rsquo;entre en rien dans la peau du commissaire charg\u00e9 de l&rsquo;enqu\u00eate, un certain Lucas. Le souci de Simenon de ne pas compromettre le bonhomme Maigret dans une collusion tacite avec Popinga est bien r\u00e9v\u00e9lateur; mais, ce faisant, l&rsquo;\u00e9crivain m\u00e9nage \u00e9galement les sentiments du lecteur moyen, qui se reconna\u00eet \u00e0 chaque pas dans le personnage. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est que l&rsquo;auteur de la Lettre \u00e0 mon juge rel\u00e8ve d&#8217;embl\u00e9e la faiblesse du diagnostic de la m\u00e9decine officielle, qui observe principalement, chez le parano\u00efaque, la vanit\u00e9, la susceptibilit\u00e9, la m\u00e9fiance et un \u00e9go\u00efsme proche de l&rsquo;autisme, tous p\u00e9ch\u00e9s que les soci\u00e9t\u00e9s occidentales jugent gravissimes au nom de la sauvegarde de l&rsquo;ordre public et de la tradition chr\u00e9tienne, alors que le parano\u00efaque partage une tout autre sup\u00e9riorit\u00e9 avec le grand romancier et avec l&rsquo;homme politique: une intelligence essentiellement logicienne, mais fauss\u00e9e par un esprit de syst\u00e8me d\u00e9viant. Popinga est d&rsquo;abord un joueur d&rsquo;\u00e9checs talentueux, comme Maigret est un logicien forcen\u00e9 de l&rsquo;enqu\u00eate de police et un dialecticien impavide lanc\u00e9 sur la piste du crime. De plus, le parano\u00efaque est d&rsquo;une tranquillit\u00e9 aussi in\u00e9branlable que Maigret avec sa pipe. Naturellement, la psychologie officielle ignore que l&rsquo;intuition si vant\u00e9e des grands \u00e9crivains n&rsquo;est jamais qu&rsquo;une forme instantan\u00e9e et foudroyante de l&rsquo;esprit dialectique et qu&rsquo;un Balzac ou un Simenon encha\u00eenent des raisonnements avec la rapidit\u00e9 du courant \u00e9lectrique. Mais les performances des jeux d&rsquo;\u00e9checs \u00e9lectroniques ont pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9montr\u00e9 que les plus puissants logiciels rejoignent les intuitions des grands joueurs. A Juvisy, Kees Popinga d\u00e9crypte le logiciel de la machine \u00e0 sous d&rsquo;un caf\u00e9-tabac. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA l&rsquo;instar de son personnage, mais d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de dix-neuf ans, Simenon a rompu aussi subitement que d\u00e9finitivement avec son milieu d&rsquo;origine; et c&rsquo;est encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de son h\u00e9ros qu&rsquo;il a pris le train de Paris, mais afin de tenter d&rsquo;y r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;appel de son destin d&rsquo;observateur syst\u00e9matique de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et de l&rsquo;humanit\u00e9 tout enti\u00e8re. Popinga est interdit de g\u00e9nie, mais il r\u00eave que son intelligence sup\u00e9rieure le conduira \u00e0 la puissance supr\u00eame, celle de disposer de soi-m\u00eame et du monde. Il y faut l&rsquo;arme de l&rsquo;\u00e9criture, comme il est d\u00e9montr\u00e9 par le plus gigantesque des parano\u00efaques de la litt\u00e9rature, le cr\u00e9ateur du cosmos, qui y proc\u00e8de par la seule puissance de son Verbe. Comment se fait-il que tous les grands \u00e9crivains juifs des origines se soient attach\u00e9s \u00e0 brosser le portrait en pied d&rsquo;un personnage c\u00e9r\u00e9bral qui les repr\u00e9sentait id\u00e9alement, un certain Jahv\u00e9 ? Comment se fait-il que la parano\u00efa de Dieu, qui le scinde entre son ciel et son enfer, soit pr\u00e9cis\u00e9ment celle des plus grands hommes politiques  non point celle des Vautrin de la politique, ces infirmes qui s&rsquo;attachent seulement \u00e0 conqu\u00e9rir le pouvoir \u00e0 la force du poignet, mais celle des parano\u00efaques de g\u00e9nie dont le diagnostic observe la pathologie dont souffre l&rsquo;enc\u00e9phale de l&rsquo;histoire? <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>5 &#8211; Sarkozy et les imb\u00e9ciles  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tComment mettre Dieu dans son jeu ? Naturellement Nicolas Sarkozy ignore tout de l&rsquo;histoire tumultueuse des dogmes de l&rsquo;\u00e9glise romaine, des fondements th\u00e9ologiques mouvants de l&rsquo;islam et de l&rsquo;\u00e9volution du credo du juda\u00efsme vers une d\u00e9mat\u00e9rialisation progressive de Jahv\u00e9; et pourtant, il a tenu \u00e0 r\u00e9gler tout de suite ses comptes avec le ciel inculte des conqu\u00e9rants d&rsquo;un pouvoir sans contenu politique r\u00e9el. Comme Kees Popinga, il affirme haut et fort et entend faire reconna\u00eetre la sup\u00e9riorit\u00e9 naturelle qui s&rsquo;attache, pense-t-il, \u00e0 l&rsquo;expression d&rsquo;une volont\u00e9. Il souligne que la politique se r\u00e9duit au spectacle d&rsquo;une \u00e9nergie sans autre finalit\u00e9 qu&rsquo;elle-m\u00eame : \u00ab La France se donne \u00e0 celui qui la d\u00e9sire le plus. C&rsquo;est la grande noblesse de la politique : la volont\u00e9 y a un sens. \u00bb Ainsi compris, tout le sens du pouvoir n&rsquo;est autre que le d\u00e9sir de le conqu\u00e9rir. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais le m\u00e9pris le plus radical pour la France se situe au fondement m\u00eame de la volont\u00e9 de conqu\u00eate nihiliste d&rsquo;un pouvoir sans contenu politique : la nation est tenue pour une Marie couche-toi-l\u00e0. Elle se donnera sans opposer de r\u00e9sistance au s\u00e9ducteur dont le d\u00e9sir de la poss\u00e9der sera le plus br\u00fblant. Le violeur n&rsquo;a pas de v\u00e9rit\u00e9 politique \u00e0 servir. Nous verrons comment Popinga aboutira \u00e0 la m\u00eame conclusion. Pour l&rsquo;instant, poursuivons le diagnostic de la parano\u00efa telle qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9claire aux clignotants du quotidien. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme Nicolas Sarkozy, Popinga \u00e9prouve l&rsquo;\u00e9vidence premi\u00e8re qu&rsquo;il est un grand incompris et que le monde entier est compos\u00e9 d&rsquo;idiots. \u00ab Tous des imb\u00e9ciles \u00bb, ne cesse-t-il de s&rsquo;exclamer. Sarkozy lui fait \u00e9cho: \u00ab Ce que je suis content d&rsquo;abandonner tous ces nuls \u00bb, confie-t-il \u00e0 chacun de ses interlocuteurs en quittant le gouvernement. L&rsquo;un de ses proches ajoute: \u00ab Ce sera un plaisir immense lorsqu&rsquo;il remettra sa d\u00e9mission \u00e0 Chirac le 29 [novembre04] au matin. Ils sont vraiment trop cons. \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour l&rsquo;analyste de la parano\u00efa qui s&rsquo;est mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de Simenon, mais aussi de Macbeth ou d&rsquo;Hamlet, \u00e0 quel moment l&rsquo;intelligence du parano\u00efaque \u00e9nergique et qui se garde bien de donner sa grandeur \u00e0 la politique part-elle de pr\u00e9misses si spectaculairement inad\u00e9quates \u00e0 la situation r\u00e9elle \u00e0 laquelle il lui appartient de faire face que les psychiatres eux-m\u00eames s&rsquo;en aper\u00e7oivent et y d\u00e9couvrent le trait le plus caract\u00e9ristique \u00e0 leurs yeux du basculement tardif du patient de la folie potentielle \u00e0 la folie proprement dite  celle que ce rieur de Rabelais appelle \u00ab de b\u00e9carre et de b\u00e9mol \u00bb, ou \u00ab \u00e0 \u00e9preuve d&rsquo;arquebuse \u00bb?<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>6 &#8211; Le g\u00e9nie litt\u00e9raire et la ma\u00eetrise de la parano\u00efa  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIci encore, l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 anthropologique qu&rsquo;illustrent \u00e0 la fois l&rsquo;homme politique, le croyant et le grand romancier ne fait qu&rsquo;entretenir la confusion sur le fond de la question: si Simenon applique \u00e0 la construction d&rsquo;un r\u00e9cit romanesque une intelligence de logicien intraitable et un art d&rsquo;encha\u00eener ses raisonnements d&rsquo;enqu\u00eateur avec une rigueur digne des syllogismes de Platon, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il ne se trompe ni sur le contenu, ni sur la v\u00e9ritable finalit\u00e9 du g\u00e9nie litt\u00e9raire, qui tient tout entier \u00e0 la conqu\u00eate d&rsquo;un regard de clinicien irr\u00e9futable sur la soci\u00e9t\u00e9 de son temps. Tous les grands \u00e9crivains savent que les soci\u00e9t\u00e9s humaines se nourrissent d&rsquo;un monde c\u00e9r\u00e9bral nourri par un imaginaire, lequel conduit l&rsquo;enc\u00e9phale collectif \u00e0 une scission entre le r\u00e9el et des mondes fantasm\u00e9s; mais ils savent \u00e9galement que les civilisations tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9es connaissent le bonheur de se doter d&rsquo;un commerce de la librairie \u00e0 la fois audacieux et fragile, lequel se voudrait un commerce de l&rsquo;esprit, comme on disait autrefois, et que la finalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9dition est de donner toute leur l\u00e9gitimit\u00e9 aux cerveaux rarissimes capables d&rsquo;orchestrer les arp\u00e8ges d\u00e9lirants de la condition humaine. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl arrive \u00e0 l&rsquo;\u00e9crivain de g\u00e9nie lui-m\u00eame d&rsquo;oublier que ses droits de visionnaire de l&rsquo;enc\u00e9phale de l&rsquo;histoire lui sont accord\u00e9s par les conventions que le monde des livres impose \u00e0 sa voyance. Quand Balzac fait repr\u00e9senter Le faiseur, c&rsquo;est sa propre folie qui monte sur les planches. Mais son g\u00e9nie de parano\u00efaque de l&rsquo;ambition sociale n&rsquo;a pas permis que sa mise en loterie des Jardies r\u00e9compense l&rsquo;inventeur d&rsquo;une escroquerie de g\u00e9nie et le conduise au succ\u00e8s financier escompt\u00e9; et l&rsquo;entreprise, balzacienne s&rsquo;il en f\u00fbt, de construire des chemins de fer en Sardaigne ne s&rsquo;est pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9e le Pactole esp\u00e9r\u00e9. La m\u00e9galomanie du faiseur parano\u00efaque n&rsquo;en a pas moins r\u00e9ussi l&rsquo;exploit d&rsquo;\u00e9pouser une riche veuve polonaise, dont la post\u00e9rit\u00e9 situera l&rsquo;h\u00f4tel particulier rue Hanska, tellement la logique de l&rsquo;histoire r\u00e9elle ne r\u00e9concilie en g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;\u00e0 titre posthume le fantastique litt\u00e9raire avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>7 &#8211; Simenon et le g\u00e9nie de la philosophie  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est que, dans tous les ordres, et d&rsquo;abord dans l&rsquo;ordre politique, l&rsquo;homme de g\u00e9nie affiche un comportement social radicalement inverse de celui que d\u00e9crivent, en aval, les psychiatres pr\u00e9cautionneux attach\u00e9s \u00e0 s&rsquo;en tenir \u00e0 une d\u00e9finition \u00e9troitement asilaire de la folie. Pour Simenon, comme pour le v\u00e9ritable homme d&rsquo;action, ce sont les pr\u00e9misses en amont des soci\u00e9t\u00e9s qui se montrent parano\u00efaques par nature, ce sont les gens ordinaires qui illustrent la pathologie la plus g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;humanit\u00e9, parce que leur enc\u00e9phale a \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;enfance par une cat\u00e9ch\u00e8se qui les condamne \u00e0 suivre maladivement et leur vie durant, les chemins pseudo rationnels que leur trace un ordre public convenu et r\u00e9gi par des d\u00e9finitions officielles de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQue fait d&rsquo;autre un Descartes que de rejeter d&rsquo;un seul coup dans le chaos et la sottise la masse des bons usages de la pens\u00e9e traditionnelle, ceux que la simple coutume avait accumul\u00e9s au cours des si\u00e8cles et dont le fatras d\u00e9finissait encore \u00e0 la fois la philosophie scolastique et les imp\u00e9ratifs du bien public ? Le g\u00e9nie de ce Kees Popinga de la philosophie occidentale proclame que \u00ab L&rsquo;ouvrage d&rsquo;un seul \u00bb sera bien plus solide et mieux construit que l&rsquo;entassement ridicule des opinions qu&rsquo;une multitude de cerveaux priv\u00e9s des rigueurs de la logique aura docilement amass\u00e9es; et l&rsquo;on verra l&rsquo;autisme du bon sens, s&rsquo;il est dirig\u00e9 d&rsquo;une main ferme, suffire \u00e0 conduire toute la philosophie sur le chemin de la droiture, de la loyaut\u00e9 et de la souverainet\u00e9 de l&rsquo;intelligence v\u00e9ritable. Un si\u00e8cle plus tard, Kant ne proc\u00e8dera pas autrement \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de tout le salmigondis m\u00e9taphysique qui servait de poutre de sout\u00e8nement \u00e0 la th\u00e9ologie catholique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe g\u00e9nie de Simenon ob\u00e9it, lui aussi, \u00e0 la logique architecturale de la philosophie occidentale: comme tous les grands auteurs, il d\u00e9busque la schizophr\u00e9nie et la parano\u00efa non point par l&rsquo;observation au microscope des comportements les plus sages et les mieux tiss\u00e9s des individus, mais en braquant son t\u00e9lescope sur le spectacle saisissant de la parano\u00efa g\u00e9n\u00e9rale qui suinte des fondements m\u00eames des soci\u00e9t\u00e9s. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDu coup, nous retrouvons la vraie d\u00e9finition du g\u00e9nie politique : ce sont les usages bien appris de la d\u00e9mocratie parlementaire gentiment appliqu\u00e9s aux relations internationales qui se r\u00e9v\u00e8lent pathologiques aux yeux d&rsquo;un G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, parce qu&rsquo;ils conduisent non seulement la France, mais toute la civilisation occidentale au d\u00e9sastre. C&rsquo;est dire que les combats sup\u00e9rieurs auxquels la vraie logique politique se livre corps et \u00e2me sont ceux des parano\u00efaques de la v\u00e9rit\u00e9 dont la vocation c\u00e9r\u00e9brale est de r\u00e9duire \u00e0 une d\u00e9mence au petit pied les tricots d&rsquo;une IVe R\u00e9publique suicidaire. C&rsquo;est \u00e0 cette bataille-l\u00e0 de la puissance de la raison que L&rsquo;homme qui regardait passer les trains convie le lecteur potentiel, celui qui ne dispose pas des moyens du po\u00e8te ou du philosophe pour concr\u00e9tiser les virtualit\u00e9s de son intelligence infirme. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>8 &#8211; Les grands rat\u00e9s de la passion politique  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tMais l&rsquo;homme de g\u00e9nie est d&rsquo;abord un m\u00e9ditant. Toute grande uvre se r\u00e9v\u00e8le contemplative au plus secret de son combat aux avant-postes. Non seulement Popinga est un schizophr\u00e8ne au sens proprement m\u00e9dical en ce qu&rsquo;il sera vaincu au terme du combat au-dessus de ses forces dans lequel il se sera engag\u00e9, mais son destin le conduira \u00e0 placer dans une vive lumi\u00e8re les ultimes secrets de la maladie sans rem\u00e8de qu&rsquo;est la d\u00e9mence v\u00e9ritable. A la fin du roman, le psychiatre demande \u00e0 Popinga de lui rendre le cahier destin\u00e9 \u00e0 recueillir la r\u00e9daction des M\u00e9moires dont seul le titre se lisait sur la page de garde: La V\u00e9rit\u00e9 sur le cas Popinga. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme elle est symbolique, la porte de fer qui interdit au malade d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 la d\u00e9livrance par la parole de v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9crivain, du penseur, du grand homme politique! Simenon \u00e9crit V\u00e9rit\u00e9 avec une majuscule r\u00e9v\u00e9rentielle, parce que l&rsquo;\u00e9criture est l&rsquo;arme des guerriers de la v\u00e9rit\u00e9; et Popinga enferm\u00e9 \u00e0 l&rsquo;asile pour le restant de ses jours r\u00e9pond au psychiatre, \u00ab avec un sourire contraint \u00bb: \u00ab Il n&rsquo;y a pas de V\u00e9rit\u00e9, n&rsquo;est-ce pas? \u00bb Le dernier degr\u00e9 de la folie est celui qui contraint le malade \u00e0 reconna\u00eetre qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de v\u00e9rit\u00e9; et cette confession-l\u00e0 de la parano\u00efa terminale exprime pr\u00e9cis\u00e9ment le tragique des grands rat\u00e9s de la passion politique, ceux dont la d\u00e9mence en amont est demeur\u00e9e longtemps dormante, puis d\u00e9vale en aval comme le torrent non ma\u00eetris\u00e9 d&rsquo;une volont\u00e9 sans contenu r\u00e9el, le tragique de ceux qui n&rsquo;exprimeront rien de plus que le nihilisme des ap\u00f4tres d&rsquo;un asservissement pathologique de la France \u00e0 une puissance \u00e9trang\u00e8re. Pourquoi ne r\u00eavent-ils que de r\u00e9duire en esclavage la nation qu&rsquo;ils voudraient diriger ? Parce qu&rsquo;ils disent haut et fort que leur patrie aura la sottise et la faiblesse de \u00ab se donner \u00e0 celui qui l&rsquo;aura le plus d\u00e9sir\u00e9e \u00bb. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa vraie pens\u00e9e politique m\u00e9dite la folie des parieurs qui soutiennent qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de v\u00e9rit\u00e9 en ce monde et qu&rsquo;il faudra mettre la France et l&rsquo;Europe dans les cha\u00eenes de leur asservissement secr\u00e8tement d\u00e9sir\u00e9 \u00e0 un empire \u00e9tranger, pour le seul motif que l&rsquo;Am\u00e9rique serait devenue la souveraine \u00e9ternellement app\u00e9tissante des cieux et de la terre et qu&rsquo;il faudra se glorifier de lui complaire et de la charmer. Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;\u00e9nergie infra politique, celle qui ne vise qu&rsquo;\u00e0 conqu\u00e9rir par la s\u00e9duction un pouvoir tout fier d&rsquo;avoir d\u00e9sert\u00e9 la politique ? <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>9 &#8211; Qui sont les inconnus dans la maison?  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPour le comprendre et, du m\u00eame coup, pour entrer dans une double analyse des guerriers de la v\u00e9rit\u00e9 que sont les martyrs de leur propre g\u00e9nie, il faut recourir \u00e0 une rapide radiographie anthropologique d&rsquo;un autre roman de Georges Simenon, Les inconnus dans la maison, dont l&rsquo;intrigue conduit \u00e0 observer la grandeur des parano\u00efaques de g\u00e9nie de la politique et de leurs combats. Pourquoi les t\u00e9moins du tragique de la v\u00e9rit\u00e9 dont ils se sont voulus les guerriers se sont-ils auto sacrifi\u00e9s? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme dans L&rsquo;homme qui regardait passer les trains, le h\u00e9ros des Inconnus dans la maison incarne une intelligence et un talent happ\u00e9s par la parano\u00efa r\u00e9serv\u00e9e aux vaincus sur les champs de bataille de la V\u00e9rit\u00e9 politique  mais l&rsquo;ar\u00e8ne de l&rsquo;histoire est devenue celle de la guerre pour la justice. Me Loursat est un avocat vaincu sur le champ de bataille de la vie par la trahison de sa femme, qui l&rsquo;a quitt\u00e9 du jour au lendemain pour suivre son amant. A la suite d&rsquo;un meurtre perp\u00e9tr\u00e9 par un inconnu sous son propre toit, il montera une derni\u00e8re fois sur la sc\u00e8ne afin de d\u00e9fendre, avec tout son talent, un malheureux faussement accus\u00e9 du crime par le procureur de la ville. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe sc\u00e9nario est de peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat: la dramatisation, inconnue du droit fran\u00e7ais, d&rsquo;un proc\u00e8s d&rsquo;assises au cours duquel l&rsquo;avocat de l&rsquo;accus\u00e9 se substitue spectaculairement au procureur et proc\u00e8de au tragique contre interrogatoire d&rsquo;un t\u00e9moin, ce qui lui permet de d\u00e9masquer le vrai coupable en pleine audience, n&rsquo;est pas une invention de Simenon, mais d&rsquo;Erle S. Gardner, dont les premiers titres, parus aux Etats-Unis en 1933, ont \u00e9t\u00e9 traduits en fran\u00e7ais d\u00e8s 1935 dans la collection D\u00e9tective de Gallimard. En revanche, l&rsquo;engagement politique de Simenon est exactement du m\u00eame ordre que dans L&rsquo;homme qui regardait passer les trains: le schizophr\u00e8ne d\u00e9nonc\u00e9 n&rsquo;est autre que tout l&rsquo;appareil judiciaire fran\u00e7ais pass\u00e9 au service de la bourgeoisie de province de l&rsquo;\u00e9poque, dont Me Loursat ne cesse de dire, comme Kees Popinga: \u00ab Ils ne comprennent rien \u00bb. Le roman est paru chez Gallimard en octobre 1940, quatre mois seulement apr\u00e8s l&rsquo;appel du 18 juin 1940, mais il a connu une adaptation cin\u00e9matographique d\u00e8s 1942 sous l&rsquo;\u00e9gide de la Continental allemande, alors dirig\u00e9e par le producteur Alfred Greven, firme allemande de droit fran\u00e7ais. L&rsquo;Allemagne de Hitler avait pour objectif principal de prendre pied dans le cin\u00e9ma national en lui laissant apparemment toute sa libert\u00e9 d&rsquo;expression et \u00e0 seule fin de favoriser une intense coop\u00e9ration culturelle entre la France et l&rsquo;Allemagne. Le r\u00e9alisateur en \u00e9tait Henri Decoin, le sc\u00e9nario et les dialogues de Georges Clouzot, avec Raimu dans le r\u00f4le de Loursat. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>10 &#8211; Comme les vainqueurs sont gentils !  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOn sait que tous les acteurs de cin\u00e9ma de l&rsquo;\u00e9poque ont collabor\u00e9 avec la Continental. Mais pourquoi le cin\u00e9ma fran\u00e7ais a-t-il repris ce roman en 1992, avec Jean-Paul Belmondo dans le r\u00f4le principal, sinon parce qu&rsquo;une fois de plus, Simenon avait rendez-vous avec l&rsquo;histoire, la vraie, celle dont le tragique se confond d\u00e9sormais avec la vassalisation d&rsquo;une Europe asservie \u00e0 son lib\u00e9rateur de 1945. Ce tragique-l\u00e0 est aussi celui d&rsquo;une France qui tente d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, depuis quarante six ans  depuis le retour du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle au pouvoir en 1958  de se lib\u00e9rer des cha\u00eenes de la puissance tut\u00e9laire am\u00e9ricaine. Le Vieux Continent sera-t-il plac\u00e9 sous le joug des principes \u00e9vang\u00e9liques cens\u00e9s inspirer l&rsquo;expansion imp\u00e9riale du Nouveau Monde? La croisade plan\u00e9taire de la Metro Goldwyn Meyer a pris le relais de la Continental allemande. Elle domine le cin\u00e9ma europ\u00e9en au point qu&rsquo;en 2004, M. Renaud Donnedieu de Vabres a r\u00e9uni en vain les Ministres de la culture des vingt-cinq afin de tenter de rem\u00e9dier \u00e0 notre vassalisation culturelle acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce contexte, la port\u00e9e symbolique des Inconnus dans la maison ne cesse de s&rsquo;\u00e9clairer : r\u00e9dig\u00e9 pendant la crise de Munich, le roman a d&rsquo;abord paru en feuilleton pendant la dr\u00f4le de guerre dans Paris Match, du 5 octobre 1939 au 4 janvier 1940. Mais ensuite, les inconnus n&rsquo;ont cess\u00e9 de se succ\u00e9der dans la maison: les troupes d&rsquo;occupation allemande d&rsquo;abord, puis les garnisons de l&rsquo;OTAN et, aujourd&rsquo;hui, une classe politique qui regarde passer les trains. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa France profonde croit que les vainqueurs sont gentils. Les troupes allemandes qui occupaient Paris se montraient d&rsquo;une courtoisie exquise. Les officiers de la Wehrmacht faisaient docilement la queue aux kiosques \u00e0 journaux. Les vainqueurs de 1945 sont maintenant chez eux en Europe. Comme ils sont gentils avec leurs \u00ab Hello \u00bb ! Il se trouve seulement que leurs bases militaires occupent l&rsquo;Espagne, l&rsquo;Italie, l&rsquo;Allemagne depuis soixante ans; il se trouve seulement que le peuple italien a tent\u00e9 d&#8217;emp\u00eacher \u00e0 mains nues l&rsquo;acheminement des effectifs du Nouveau Monde vers l&rsquo;Irak; il se trouve seulement que la police d&rsquo;un gouvernement italien au service de l&rsquo;\u00e9tranger a pris la rel\u00e8ve de la police de Mussolini. Nicolas Sarkozy constitue-t-il l&rsquo;avant-garde de la France qui regardera passer le train de l&rsquo;histoire? Dans ce cas, qu&rsquo;en est-il du g\u00e9nie politique v\u00e9ritable, celui qui refuse non seulement de soutenir qu&rsquo;il n&rsquo;existerait pas de v\u00e9rit\u00e9 politique, mais qui entend chasser de la maison les inconnus qui s&rsquo;y sont install\u00e9s? <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>11 &#8211; La politique et la d\u00e9finition nihiliste de la v\u00e9rit\u00e9  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e9cid\u00e9ment, la question du statut anthropologique de la parano\u00efa infra politique se situe au cur de la r\u00e9flexion sur le nihilisme, celui qu&rsquo;expriment les derniers mots de Kees Popinga : \u00ab Il n&rsquo;y a pas de V\u00e9rit\u00e9, n&rsquo;est-ce pas? \u00bb Qu&rsquo;en est-il de la parano\u00efa mortif\u00e8re, celle dont l&rsquo;habilet\u00e9 maffieuse se nourrit de toute la volont\u00e9 et de toute l&rsquo;\u00e9nergie de son appel \u00e0 la servitude ? La victoire du vide est-elle du c\u00f4t\u00e9 de Nicolas Sarkozy? Est-il d\u00e9ment ou bien calcul\u00e9 de parier pour le triomphe des Christ casqu\u00e9s de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine? Est-il fou ou de sens rassis de parier pour la r\u00e9surrection d&rsquo;un Vieux Monde asservi \u00e0 l&rsquo;Otan par des trait\u00e9s perp\u00e9tuels? Qu&rsquo;est-ce que la fin d&rsquo;une civilisation, sinon l&rsquo;heure o\u00f9 le passage des trains de la servitude fait un si grand vacarme qu&rsquo;on n&rsquo;entend plus la voix de la v\u00e9rit\u00e9, celle qui enseigne que la folie de la libert\u00e9 est celle de l&rsquo;intelligence politique v\u00e9ritable, celle dont se r\u00e9clame le g\u00e9nie de l&rsquo;action, celle qui rappelle que la logique de l&rsquo;histoire vivante est celle des r\u00e9surrections ? C&rsquo;est sur cette balance qu&rsquo;il convient maintenant de peser la folie infra politique de Nicolas Sarkozy.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes fatalit\u00e9s de la servitude connaissent de longs triomphes. Elles ont pour elles le petit r\u00e9alisme des psychiatres dont le conformisme excelle dans l&rsquo;art de renverser la d\u00e9finition de la folie, afin d&rsquo;enfermer le g\u00e9nie dans les ar\u00e8nes de la vassalit\u00e9; mais l&rsquo;histoire enseigne \u00e9galement que la vraie science de la politique d\u00e9monte les logiques de la servitude. Quelle est la folie qui conduit Nicolas Sarkozy \u00e0 prendre les armes afin de mettre la France et l&rsquo;Europe dans les cha\u00eenes, quelle est la folie qui le fait entrer en guerre afin que le Vieux Monde cesse de relever g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration les d\u00e9fis de l&rsquo;histoire? Quelle est la folie qui croit irr\u00e9versible la d\u00e9faite des peuples r\u00e9sign\u00e9s \u00e0 regarder passer les trains? <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>12 &#8211; L&rsquo;Europe qui regardait passer les trains  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPour comprendre comment la France des Kees Popinga en est venue \u00e0 mettre en selle une semi \u00e9lite parano\u00efaque, il faut rappeler qu&rsquo;\u00e0 une plus vaste \u00e9chelle, l&#8217;empire romain avait connu, \u00e0 la suite de l&rsquo;assassinat de Jules C\u00e9sar en plein S\u00e9nat, le drame de la carence des \u00e9lites de la d\u00e9mocratie. L&rsquo;horizon politique traditionnel des s\u00e9nateurs romains \u00e9tait demeur\u00e9 celui des patriciens d&rsquo;une R\u00e9publique vieillie. Malgr\u00e9 les efforts de Cic\u00e9ron, ils s&rsquo;\u00e9taient montr\u00e9s bien incapables de prendre la rel\u00e8ve du vainqueur des Gaules. Il ne suffisait pas d&rsquo;avoir \u00e9limin\u00e9 physiquement le g\u00eaneur, encore aurait-il fallu faire surgir de terre une classe dirigeante dont le casque de Minerve aurait rappel\u00e9 qu&rsquo;une exp\u00e9rience mondiale de la politique est n\u00e9cessaire pour diriger sagement un empire. C&rsquo;\u00e9tait si peu le cas qu&rsquo;Auguste n&rsquo;avait vaincu Antoine qu&rsquo;au terme d&rsquo;une longue guerre civile. Apr\u00e8s le r\u00e8gne de N\u00e9ron, Galba avait \u00e9chou\u00e9 \u00e0 imposer Pison pour son successeurs et \u00e0 briser les r\u00e8gles de succession familiales et patriciennes \u00e0 la t\u00eate des affaires du monde. Puis les Othon et les Vitellius avaient ravag\u00e9 l&#8217;empire avant que les Vespasien et le Titus, puis les Trajan, les Marc Aur\u00e8le, les Hadrien, missent, pour un temps, l&#8217;empire \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute d&rsquo;une exp\u00e9rience politique \u00e0 la hauteur de la conduite de l&rsquo;univers de l&rsquo;\u00e9poque. Il n&rsquo;y a pas de g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e des \u00e9lites. Comment passer d&rsquo;une d\u00e9mocratie municipale \u00e0 la direction d&rsquo;un empire ? Bush n&rsquo;est pas encore Tib\u00e8re ou Caligula, mais il se situe d\u00e9j\u00e0 quelque part entre Claude et Commode. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe m\u00eame drame a frapp\u00e9 la Ve R\u00e9publique. Apr\u00e8s le meurtre politique du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, la France a connu quelques successeurs dont la pointure mettait encore la France \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de son destin  les Pompidou, les Giscard d&rsquo;Estaing, les Mitterrand, les Chirac. Mais une faille profonde est apparue avec l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un type d&rsquo;hommes politiques dont la parano\u00efa s&rsquo;attache exclusivement, non plus \u00e0 exercer un pouvoir \u00e0 la fois souverain et r\u00e9publicain, mais exclusivement \u00e0 le conqu\u00e9rir et dont Nicolas Sarkozy illustre jusqu&rsquo;\u00e0 la caricature la vaine \u00e9nergie, la volont\u00e9 sans substance et l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>13 &#8211; Les demi \u00e9lites de la Ve R\u00e9publique  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tMais Sarkozy n&rsquo;est pas seul \u00e0 regarder passer les trains, parce que des C\u00e9sars de quinquennat ne disposent que d&rsquo;une client\u00e8le de notables. N&rsquo;est-il pas saisissant que les d\u00e9put\u00e9s du parti de la majorit\u00e9 assistent en spectateurs \u00e0 l&rsquo;ascension fr\u00e9n\u00e9tique d&rsquo;un candidat qui se promet de renverser un demi si\u00e8cle de la politique de la France et de l&rsquo;Europe? C&rsquo;est qu&rsquo;ils ne sont pr\u00e9occup\u00e9s que du sort que les gares de triage des \u00e9lections municipales, cantonales et r\u00e9gionales leur r\u00e9servent. Nicolas Sarkozy le sait :\u00e0 ceux qui lui reprochent son attachement au ma\u00eetre d&rsquo;Abou Ghraib et de Guantanamo, il r\u00e9pond tranquillement que \u00a0\u00bbles Fran\u00e7ais le prendront, le cas \u00e9chant, comme il est\u00a0\u00bb. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais l&rsquo;ignorance du peuple fran\u00e7ais est demeur\u00e9e \u00e0 l&rsquo;image de celle de ses d\u00e9put\u00e9s. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole des si\u00e8cles de la monarchie que la nation de 1789 a appris \u00e0 assister en spectatrice au d\u00e9roulement de l&rsquo;histoire de la France. Deux si\u00e8cles plus tard, le peuple n&rsquo;est pas devenu le v\u00e9ritable acteur de son destin. Il s&rsquo;est seulement plac\u00e9 aux premi\u00e8res loges; et il go\u00fbte la mise en sc\u00e8ne de son histoire par une classe dirigeante pour cour de r\u00e9cr\u00e9. Sarkozy \u00e0 tel ministre: \u00a0\u00bbTu vas voir, je te retrouverai\u00a0\u00bb; \u00e0 tel autre: \u00a0\u00bbTu ne perds rien pour attendre\u00a0\u00bb, parce que le langage de la maffia r\u00e9duit le combat politique des \u00e9lites \u00e0 des empoignades d&rsquo;\u00e9coliers. Le d\u00e9clencheur de la parano\u00efa de Nicolas Sarkozy est du m\u00eame type que celle qui faisait dire \u00e0 un Michel Charasse: \u00a0\u00bbJe prends ma part\u00a0\u00bb avec des gestes de croupier empochant la mise quand il parlait des imp\u00f4ts devant des millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs; la m\u00eame que celle qui lui faisait dire, dans le r\u00f4le de valet d&rsquo;armes de Fran\u00e7ois Mitterrand : \u00a0\u00bb S&rsquo;il me dit de flinguer, je flingue\u00a0\u00bb? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans un pays vraiment d\u00e9mocratique, de tels repr\u00e9sentants du peuple souverain se feraient expulser de la salle. Quarante six ans apr\u00e8s sa fondation, la Ve R\u00e9publique n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 remplacer par une \u00e9lite politique \u00e0 la hauteur de ses institutions la classe des parano\u00efaques de leur propre ignorance qui ont conduit la IIIe R\u00e9publique \u00e0 la d\u00e9faite de 1940 et la IVe \u00e0 son sauvetage in extremis par le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes nouveaux spectateurs du passage des trains de l&rsquo;histoire n&rsquo;ont pas encore de regard sur la politique du monde &#8211; et ils ont pour alli\u00e9 et complice un peuple et des \u00e9lites parlementaires qui, deux si\u00e8cles apr\u00e8s l&rsquo;ex\u00e9cution de Louis XVI, n&rsquo;ont tout simplement pas davantage le globe terrestre dans la t\u00eate que les patriciens romains tout ahuris de se trouver plac\u00e9s \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;univers par l&rsquo;assassinat de Jules C\u00e9sar. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais l&rsquo;ascension de Nicolas Sarkozy et la promotion t\u00e9l\u00e9visuelle de l&rsquo; infra politique de la France et de l&rsquo;Europe qu&rsquo;il incarne est-elle in\u00e9vitable ou bien na\u00eetra-t-il une \u00e9lite r\u00e9publicaine \u00e0 la hauteur d&rsquo;une future constitution europ\u00e9enne ? Assistons-nous seulement \u00e0 la mont\u00e9e de clans en rivalit\u00e9 entre eux devant les cam\u00e9ras? A gauche, un Laurent Fabius acharn\u00e9 \u00e0 ravir son sceptre de carton \u00e0 Fran\u00e7ois Hollande avait cru emprunter le plus court chemin pour entrer \u00e0 l&rsquo;Elys\u00e9e, \u00e0 droite, un Nicolas Sarkozy se lance \u00e0 l&rsquo;attaque du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en fonction et qui appartient \u00e0 son propre parti. Qui enseignera les rudiments de la politique internationale \u00e0 un peuple proclam\u00e9 souverain depuis 1792? (L&rsquo;accouchement d&rsquo;une conscience politique europ\u00e9enne, Discours du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, Discours du Chancelier d&rsquo;Allemagne). <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>14 &#8211; La parano\u00efa de la m\u00e9diocrit\u00e9 et celle du g\u00e9nie  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tComment une intelligence et une volont\u00e9 que l&rsquo;homme politique d&rsquo;envergue partage avec un Balzac, un Swift, un Cervant\u00e8s, un Simenon, bascule-t-elle dans la pathologie de l&rsquo;infra politique? Pour tenter de l&rsquo;apprendre, il est inutile de relever seulement une obsession autiste et un d\u00e9lire de la pers\u00e9cution que Marianne souligne \u00e0 plaisir: \u00abS&rsquo;imagine-t-on un instant \u00e0 la place de Nicolas Sarkozy, lisant chaque jour des interviews de Sarkozy, des paraphrases de Sarkozy, des variations sur le th\u00e8me de Sarkozy, des pr\u00e9dictions sur l&rsquo;avenir de Sarkozy, r\u00e9cup\u00e9rant au vol les rumeurs, les ballons d&rsquo;essai, les missiles lanc\u00e9s par Sarkozy, savourant le retour des confidences faites par Sarkozy et des jugements port\u00e9s par Sarkozy, recevant le retour des humeurs de Sarkozy, \u00e9coutant \u00e0 la radio Sarkozy, regardant \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision Sarkozy, offrant aux foules Sarkozy, chaque jour ou presque, sans r\u00e9pit, comme un ego qui s&rsquo;enroulerait sur lui-m\u00eame en boucle au milieu d&rsquo;un jeu de glaces ? Et de quoi parle Sarkozy ? De Sarkozy. Quand ce n&rsquo;est pas explicite, c&rsquo;est en creux. Sa critique des autres fonctionne forc\u00e9ment comme promotion de soi. \u00bb (Fran\u00e7ois Darras, Marianne, 27 nov.-3 d\u00e9c. 2004) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais l&rsquo;\u00e9gocentrisme d&rsquo;un de Gaulle, d&rsquo;un Alexandre, d&rsquo;un Chateaubriand ou d&rsquo;un Stendhal ne se trompe pas de logique de l&rsquo;histoire et de th\u00e9\u00e2tre du destin. La parano\u00efa de Nicolas Sarkozy n&rsquo;est pas seulement brouillonne, elle est \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;un chaos mental qui d\u00e9connecte toute sa personne et toute son action de la plan\u00e8te de la politique proprement dite, celle qui pr\u00e9sente un contenu c\u00e9r\u00e9bral et qui poursuit un objectif r\u00e9el. Dans tous les ordres de la connaissance, l&rsquo;homme de g\u00e9nie se place \u00e0 l&rsquo;intersection entre sa personnalit\u00e9 et la logique profonde qui r\u00e9git son si\u00e8cle. Alexandre le parano\u00efaque avait compris que la civilisation grecque passerait au large du destin mondial qui lui \u00e9tait promis si elle ne sortait pas des orni\u00e8res municipales qui limitaient son horizon: ce sera les armes \u00e0 la main que la Mac\u00e9doine conquerra Babylone et fondera Alexandrie, parce que la discipline des phalanges n&rsquo;est pas n\u00e9e de la d\u00e9mocratie, mais de la bataille de Salamine. Napol\u00e9on le parano\u00efaque avait compris que les crois\u00e9s du Moyen-Age allaient endosser l&rsquo;armure des id\u00e9alit\u00e9s de 1789 et qu&rsquo;une France auto-sanctifi\u00e9e par la religion des droits de l&rsquo;homme \u00e9tait devenue l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisatrice cuirass\u00e9e de la terre: le nouveau drapeau de la r\u00e9demption flotterait \u00e0 la t\u00eate des l\u00e9gions de l&#8217;empire. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>15 &#8211; La balance \u00e0 peser la parano\u00efa  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPour comparer ces deux parano\u00efas, il faut une anthropologie critique \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de Swift, qui avait compris, deux si\u00e8cles avant Darwin, que l&rsquo;homme est un animal sot\u00e9riologique dont l&rsquo;intelligence r\u00e9elle est demeur\u00e9e \u00e0 ce point embryonnaire qu&rsquo;elle ne s&rsquo;\u00e9claire que de la \u00ab lueur de raison \u00bb dont se vantent les Yahoos du salut; \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de Balzac, qui avait compris que les soci\u00e9t\u00e9s semi humaines sont dirig\u00e9es par des cyniques en pri\u00e8res et que Vidocq n&rsquo;est qu&rsquo;un Vautrin en tenue cultuelle; \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de Cervant\u00e8s, qui avait compris que le christianisme a fait d\u00e9barquer sur la terre le cerveau d&rsquo;une esp\u00e8ce scind\u00e9e entre ses s\u00e9raphins et ses marmites infernales; \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute d&rsquo;un Pascal qui avait compris que l&rsquo;esp\u00e8ce humaine fait l&rsquo;ange et que son animalit\u00e9 porte des ailes; \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute d&rsquo;Eschyle qui avait compris que Zeus \u00e9tait un vautour qui d\u00e9vorait le foie de Prom\u00e9th\u00e9e; \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de Sophocle, qui avait compris qu&rsquo;dipe aveugle \u00e9tait devenu un voyant. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;ai beau consulter les plus grands g\u00e9nies de la litt\u00e9rature, je ne vois pas une once de science de la politique chez un Nicolas Sarkozy. Ce vibrion se trompe de th\u00e9\u00e2tre, d&rsquo;acteurs et de sc\u00e9nario. A chaque enjamb\u00e9e, il tr\u00e9buche sur une avant-sc\u00e8ne qu&rsquo;il prend pour le nud de l&rsquo;histoire. Le voil\u00e0 \u00e0 P\u00e9kin o\u00f9 il sollicite le sacre des mandarins de l&rsquo;Empire du Milieu, le voil\u00e0 battant l&rsquo;estrade sur le petit \u00e9cran, le voil\u00e0 minutieusement appliqu\u00e9 \u00e0 r\u00e9gler les d\u00e9tails de son auto couronnement au Bourget; mais partout l&rsquo;erreur de perspective qui l&rsquo;\u00e9gare ressortit au type de parano\u00efa de l&rsquo;homme qui regardait passer les trains. Comme Kees Popinga, il se d\u00e9connecte de la r\u00e9alit\u00e9; comme Kees Popinga, il s&rsquo;imagine conna\u00eetre l&rsquo;autonomie psychique de l&rsquo;homme de g\u00e9nie, alors qu&rsquo;il s&rsquo;agite parmi les \u00e9coliers au couteau entre les dents de la politique  ce qui fait dire \u00e0 Fran\u00e7ois Hollande : \u00ab Nicolas Sarkozy ne doute ni de lui-m\u00eame, ni de son destin. Il accepte d&rsquo;\u00eatre mis totalement \u00e0 nu. Il est impudique. Il occupe l&rsquo;espace sans retenue. \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>16 &#8211; L&rsquo;obsession du complot  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tVous n&rsquo;y comprenez rien, dit Simenon: Nicolas Sarkozy est un petit parano\u00efaque. Comme tous les parano\u00efaques sans g\u00e9nie, il se croit pers\u00e9cut\u00e9 par un complot immonde. Mais les paranoiaques de l&rsquo;infra politique s&rsquo;imaginent que l&rsquo;histoire se trouve entre les mains des Aznar, des Berlusconi, des Anthony Blair, des G. W. Bush, des Condoleezza Rice. Ces ludions ignorent qu&rsquo;aucun ordre mondial, si sauvage qu&rsquo;il soit et quelque assourdissant que se veuille son tapage ne se fonde pas longtemps sur le viol spectaculaire du droit international, sur l&rsquo;occupation aux yeux de tout l&rsquo;univers d&rsquo;une nation de vingt-cinq millions d&rsquo;habitants, sur la r\u00e9pression arm\u00e9e de la r\u00e9volte des vaincus. La logique politique qui s&rsquo;apprend \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole des Shakespeare, des Eschyle, des Sophocle enseigne qu&rsquo;il existe une \u00e9thique de l&rsquo;histoire universelle et qu&rsquo;on peut bien mentir quelque temps \u00e0 quelques-uns, mais non \u00e0 tout le monde tout le temps. Comment se faire \u00e9lire \u00e0 la Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique sur les chemins de l&rsquo;asservissement de la France et de l&rsquo;Europe aux volont\u00e9s d&rsquo;un empire \u00e9tranger? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe vrai g\u00e9nie de la politique enseigne que jamais le parti du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle ne se convertira jusqu&rsquo;au dernier de ses membres \u00e0 un homme qui regarde passer les trains, que jamais une Europe, certes infirme et tremblante, n&rsquo;acceptera son occupation perp\u00e9tuelle par les vainqueurs de Hitler, parce que l&rsquo;Europe n&rsquo;est pas une gare de triage de l&rsquo;histoire. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNapol\u00e9on disait que le g\u00e9nie n&rsquo;est qu&rsquo;un formidable bon sens. Que dit le formidable bon sens de la politique? Que le Vieux Continent est devenu la plus grande puissance commerciale du monde; qu&rsquo;\u00e0 ce titre, il dispose de l&rsquo;arme financi\u00e8re capable de mettre le dollar \u00e0 genoux; qu&rsquo;une hyper puissance fond\u00e9e sur le fantasme d&rsquo;une d\u00e9mocratie du p\u00e9trole messianis\u00e9e par sa propre rapacit\u00e9 n&rsquo;est qu&rsquo;une bulle de savon de l&rsquo;histoire; qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais vu un empire m\u00e9tamorphoser son id\u00e9ologie de la libert\u00e9 en caverne d&rsquo;Ali Baba. Les historiens de la France d&rsquo;aujourd&rsquo;hui raconteront la honte des hommes politiques qui regardaient passer les trains. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>17 &#8211; L&rsquo;anthropologie historique et la zoologie  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tFranchissons la porte que le g\u00e9nie litt\u00e9raire ouvre \u00e0 deux battants aux d\u00e9crypteurs du pacte que le nihilisme politique conclut avec la parano\u00efa et tentons d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 une autre profondeur encore de la connaissance anthropologique de notre histoire, celle d&rsquo;une simianthropologie en mesure de nos \u00e9clairer sur les origines zoologiques de notre politique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDu temps o\u00f9 notre animalit\u00e9 ne disposait pas encore d&rsquo;un statut politique clairement d\u00e9fini, notre agitation se r\u00e9duisait \u00e0 nous attaquer au vieux chef et \u00e0 lui en substituer un plus alerte. Nous n&rsquo;avions pas tard\u00e9 \u00e0 conqu\u00e9rir une grande astuce dans cet exercice. Nos simianthropologues ont \u00e9tabli que nous \u00e9vitions l&rsquo;offensive frontale : nous avions appris \u00e0 saper les pr\u00e9rogatives de son autorit\u00e9 avec la complicit\u00e9 des ambitieux de la g\u00e9n\u00e9ration suivante et \u00e0 d\u00e9noncer l&rsquo;usure et la fatigue de sa vieille garde. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes explorateurs les plus r\u00e9cents de notre pass\u00e9 simien viennent de nous d\u00e9montrer que nos anc\u00eatres les plus directs, les chimpanz\u00e9s, \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 devenus des tacticiens chevronn\u00e9s et que leur art du rapt politique usait d&rsquo;un subtil alliage de notre ruse avec notre force. Comme nous n&rsquo;\u00e9tions pas encore coiff\u00e9s des solennels apanages dont notre \u00e9volution c\u00e9r\u00e9brale nous a d\u00e9sormais si ridiculement appesantis, nous mettions tout notre g\u00e9nie \u00e0 d\u00e9sar\u00e7onner les fid\u00e8les \u00e9puis\u00e9s du vieux m\u00e2le. Pourquoi l&rsquo;aurions-nous tu\u00e9 ? Nous le condamnions seulement \u00e0 vagabonder quelque temps dans la solitude et son isolement ne tardait pas \u00e0 prononcer le verdict de la mort. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe que le cas Popinga nous apprend, c&rsquo;est que la r\u00e9gression confortable de notre esp\u00e8ce vers une politique priv\u00e9e de contenu r\u00e9el nous rend tout proches et \u00e0 nouveau famili\u00e8res nos origines un instant oubli\u00e9es dans la simiennit\u00e9. Nous voici enfin d\u00fbment inform\u00e9s des derniers fondements de l&rsquo;alliance de notre nihilisme politique avec notre parano\u00efa : s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de V\u00e9rit\u00e9, n&rsquo;est-ce pas, notre politique se r\u00e9duit \u00e0 tuer adroitement le vieux chef. Cessons de charger notre ossature du fardeau dont nos descendants avaient jug\u00e9 intelligent d&rsquo;accabler inutilement leur squelette, avec leurs cit\u00e9s richement d\u00e9cor\u00e9es, mais dont ils se fatiguaient \u00e0 prot\u00e9ger les murailles, avec leurs moissons \u00e0 r\u00e9colter, avec leurs gu\u00e9guerres sans cesse recommenc\u00e9es. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt pourtant, une difficult\u00e9 chiffonne les lambeaux que nous avons conserv\u00e9s de notre m\u00e9moire : comment se fait-il que nos descendants compliqu\u00e9s se soient montr\u00e9s diablement intelligents et pourtant suicidaires ? Comment se fait-il que leurs grands \u00e9crivains aient \u00e9t\u00e9 des cyclothymiques toujours oscillants entre l&rsquo;esp\u00e8ce d&rsquo;exaltation continue dont leur esp\u00e8ce de folie les grisait et les d\u00e9pressions mortelles auxquelles leur impuissance les condamnait face \u00e0 leurs cong\u00e9n\u00e8res demeur\u00e9s de sens rassis? Leur Kees Popinga avait retir\u00e9 tous ses v\u00eatements afin que la police ne p\u00fbt identifier son cadavre; et il avait pos\u00e9 son cou sur le rail glac\u00e9 o\u00f9 le prochain express lui couperait la t\u00eate. Mais le train s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 et nos lointains ascendants l&rsquo;avaient conduit \u00e0 l&rsquo;asile. Leur Me Loursat, lui aussi, se suicidait, mais \u00e0 petit feu, parce que l&rsquo;alcool mettait longtemps \u00e0 instiller le poison et le nectar de la mort dans ses veines. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQu&rsquo;en est-il de l&rsquo;\u00e9trange esp\u00e8ce dans laquelle nous avions bascul\u00e9 un instant et que la mort de sa v\u00e9rit\u00e9 politique avait conduite au suicide? Comment se fait-il que la parano\u00efa nihiliste de tous ces fous \u00e9tait devenue leur poison le plus puissant ? Pourquoi tentaient-ils d&rsquo;\u00e9carter cette coupe de leurs l\u00e8vres? Comment se fait-il qu&rsquo;ils refusaient de toutes leurs forces de retourner aux f\u00e9licit\u00e9s de la zoologie et de r\u00e9duire leur g\u00e9nie politique \u00e0 notre vrai bonheur enfin retrouv\u00e9, celui de tuer nos vieux chefs ? Qu&rsquo;\u00e9tait-il arriv\u00e9 \u00e0 leurs chromosomes \u00e0 eux pour qu&rsquo;ils fussent devenus fous, et cela au point que le bienheureux nihilisme politique dont nous jouissons maintenant ait conduit les meilleurs d&rsquo;entre eux au suicide ? Les quelques sp\u00e9cimens de leur d\u00e9mence qui errent encore parmi nous m\u00e9prisent notre b\u00e9atitude politique. Mais comme nos nouveaux chefs sont sympas ! <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>18 &#8211; De la parano\u00efa de haut vol et de la parano\u00efa en rase-mottes  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tObservons en simianthropologues l&rsquo;ultime secret de la politique simiohumaine que Nicolas Sarkozy nous fait d\u00e9couvrir au cur des retrouvailles pr\u00e9cipit\u00e9es de nos cong\u00e9n\u00e8res avec la zoologie; et pour cela, demandons-nous de quelle trempe \u00e9tait la parano\u00efa de haut vol dont se nourrissait le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Pourquoi ce grand homme a-t-il suivi le chemin de croix de ses \u00e9pousailles avec la France de sa propre noblesse? L&rsquo;inutile don Quichotte de cette Dulcin\u00e9e a tent\u00e9 vainement de rallier Albion \u00e0 la cause d&rsquo;une Europe du ciel, puis il en a vainement pr\u00e9sent\u00e9 la couronne \u00e0 l&rsquo;Allemagne, puis vainement \u00e0 la Russie, puis vainement \u00e0 l&rsquo;Italie, puis vainement \u00e0 la Roumanie de Ceaucescu  mais \u00e0 chaque \u00e9tape de sa longue agonie, les Sancho Pan\u00e7a de la politique ont ri de sa Dulcin\u00e9e. Enfin, le Pr\u00e9sident des Etats-Unis est venu danser sur son catafalque expos\u00e9 dans la nef de Notre Dame, mais son cadavre ne s&rsquo;y trouvait pas. Qu&rsquo;en est-il du g\u00e9nie de l&rsquo;homme politique dont le cercueil demeure vide? N&rsquo;y aurait-il pas de d\u00e9pouille mortelle de la v\u00e9rit\u00e9? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEcoutons ce qu&rsquo;enseigne aux parano\u00efaques de carton-p\u00e2te la parano\u00efa ascensionnelle, la parano\u00efa victorieuse, la parano\u00efa des saints de la politique. Elle rappelle aux fous sans envol que l&rsquo;Europe r\u00e9elle est une J\u00e9rusalem c\u00e9leste et qu&rsquo;elle ne fondera pas l&rsquo;ordre mondial sur un empire criard situ\u00e9 \u00e0 six mille kilom\u00e8tres de ses rives. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTelle est la d\u00e9mesure des g\u00e9ants de la politique, telle leur v\u00e9rit\u00e9, telle leur folie. Simenon a-t-il lu Le roi Lear et Coriolan et Swift et Eschyle ? Leur g\u00e9nie nous jette \u00e0 pleins seaux notre honte \u00e0 la face. Pourquoi oscillons-nous entre nos origines dans la zoologie et notre crucifixion sur la croix de notre intelligence? Quel th\u00e9\u00e2tre de notre histoire que celui de notre r\u00e9gression vers l&rsquo;animalit\u00e9 politique, quel spectacle de notre destin que celui de nos combats contre nos vieux chefs dont nous partageons les d\u00e9pouilles avec les chimpanz\u00e9s et les loups ! Nos roitelets de la politique se prom\u00e8nent parmi nous et nous disent avec de larges sourires: \u00ab Il n&rsquo;y a pas de V\u00e9rit\u00e9, n&rsquo;est-ce pas? \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t11 d\u00e9cembre 2004<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse anthropologique du cas Sarkozy Par Manuel de Di\u00e9guez, le 11 d\u00e9cembre 2004 (voyez le site de Manuel de Di\u00e9guez) Marianne du 27 nov. au 4 d\u00e9c. pose une question d&rsquo;une grande port\u00e9e politique : \u00abSarkozy est-il fou?\u00bb Mais une telle interrogation a-t-elle un sens s&rsquo;il n&rsquo;est pas r\u00e9pondu \u00e0 la question philosophique de savoir&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-66167","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notes-de-lectures"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66167","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66167"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66167\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66167"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66167"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66167"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}