{"id":66182,"date":"2005-01-06T00:00:00","date_gmt":"2005-01-06T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/01\/06\/le-temps-des-choix-contraints\/"},"modified":"2005-01-06T00:00:00","modified_gmt":"2005-01-06T00:00:00","slug":"le-temps-des-choix-contraints","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/01\/06\/le-temps-des-choix-contraints\/","title":{"rendered":"<strong><em>Le temps des choix contraints<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Le temps des choix contraints<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t6 janvier 2005  Dans le dernier num\u00e9ro de l&rsquo;ann\u00e9e 2004 de <em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em> (\u00e9dition papier), en date du 10 d\u00e9cembre, dans la rubrique <em>de defensa<\/em>, nous \u00e9crivons:<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Dans cette affaire de la d\u00e9fense europ\u00e9enne, les Fran\u00e7ais se laissent gagner par une assurance imperturbable concernant le d\u00e9veloppement de cette d\u00e9fense tandis que les Britanniques s&rsquo;agitent nerveusement, puisqu&rsquo;ils savent qu&rsquo;ils ne peuvent pas ne pas \u00eatre de ce projet europ\u00e9en, c&rsquo;est-\u00e0-dire proche de la France peu ou prou, et qu&rsquo;il leur faut en m\u00eame temps rester proches de l&rsquo;Am\u00e9rique en faisant croire que cette proximit\u00e9 a de l&rsquo;importance pour les Am\u00e9ricains. C&rsquo;est un exercice \u00e9puisant, un grand \u00e9cart vieux de plusieurs d\u00e9cennies, devenu aujourd&rsquo;hui une v\u00e9ritable acrobatie de cirque. Du point de vue technique, les Britanniques commencent \u00e0 se rendre compte de quelque chose, comme l&rsquo;indique ce commentaire de Air International&rsquo; (novembre 2004), revue habituellement confin\u00e9e aux remarques de la plus stricte orthodoxie militaire britannique, c&rsquo;est-\u00e0-dire passant par la puissance britannique autonome sur la ligne OTAN-Washington : British defence policy, by continuing to cut force levels while steadily increasing global commitments, and trying to ride both the transatlantic and the EU ponies at once, is surely heading for a monumental crisis, probably sooner rather than later.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tCe constat des probl\u00e8mes britanniques,  qui se r\u00e9sume par la formule maintenant, il va falloir choisir,  est confirm\u00e9 et illustr\u00e9 par un article du <a href=\"http:\/\/www.timesonline.co.uk\/article\/0,,2-1425158,00.html\" class=\"gen\">Times de Londres du 4 janvier 2004<\/a>. Il s&rsquo;agit des choix qui vont s&rsquo;imposer aux sp\u00e9cialistes du minist\u00e8re de la d\u00e9fense britannique. La question pos\u00e9e ici est douloureuse et, en m\u00eame temps, inextricablement complexe du point de vue politique. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un choix ( ?) entre les porte-avions et le JSF d&rsquo;une part, l&rsquo;Eurofighter <em>Typhoon<\/em> de l&rsquo;autre.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The Government&rsquo;s two most expensive defence projects, Eurofighter and the future large carrier, are at the centre of an unprecedented battle for resources between the Armed Forces.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Senior insiders at the MoD say it is no longer feasible or affordable for the Government to go ahead with the full order for both programmes.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Under present plans, the Government is politically committed to buying 232 Eurofighters at a total cost of more than \u00a319 billion, and two 60,000-tonne aircraft carriers with 150 Joint Strike Fighters, costing a total of \u00a313 billion. Two tranches of the Eurofighter\/Typhoon combat aircraft have now been ordered (a total of 144) and early next year the Government has to sign a contract with industry to start building the two carriers.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>One defence source said: These two projects are now making the whole equipment programme top-heavy. It&rsquo;s simply no longer possible or sensible to keep going with both, and why do we need 232 Eurofighters if there are also going to be 150 Joint Strike Fighters? Does that make any sense?<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The issue is one of the most sensitive areas of the Government&rsquo;s defence policy. Both the Eurofighter and the carriers are viewed as prestige examples of a new, technologically advanced military, and each weapon system is expected to be in service for the next four or five decades.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>However, serious questions are now being raised about the prudence of making such a huge investment in aircraft when there are so many different requirements for other high-tech equipment, such as remotely-controlled aerial intelligence-gathering systems and rapid communications for instant decision-making.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tTout cela est bel et bon, et frapp\u00e9 au coin du bon sens. Il est vrai que le budget militaire britannique subit de telles contraintes par rapport aux ambitions de Tony Blair, qu&rsquo;il ne peut supporter des investissements parall\u00e8les aussi importants. Cela est encore plus vrai avec les co\u00fbteuses missions exceptionnelles,  principalement l&rsquo;aventure irakienne,  qui cr\u00e9ent des d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires impr\u00e9vues dont on ne voit ni le terme, ni l&rsquo;ampleur r\u00e9elle, sinon qu&rsquo;en fonction de la situation pr\u00e9sente les surprises ne pourront \u00eatre que mauvaises.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas des deux syst\u00e8mes mis en concurrence par les critiques est int\u00e9ressant par les implications et interrogations politiques qu&rsquo;il suscite. On y retrouve toutes les contradictions de la politique blairiste, \u00e0 la fois atlantiste et europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Le cas du <em>Typhoon<\/em> est r\u00e9v\u00e9lateur. Ce syst\u00e8me est d\u00e9pass\u00e9 \u00e0 cause des missions qui ont suscit\u00e9 son d\u00e9veloppement (missions Guerre froide, dans le cadre otanien) et dont il est tributaire. Il a rencontr\u00e9 des difficult\u00e9s techniques consid\u00e9rables et des d\u00e9passements de co\u00fbt \u00e0 mesure, notamment \u00e0 cause du mode de d\u00e9veloppement choisi (coop\u00e9ration europ\u00e9enne classique, selon le mod\u00e8le Guerre froide\/otanien). Effectivement, la vision critique consistant \u00e0 s&rsquo;interroger sur l&rsquo;utilit\u00e9 d&rsquo;un avion de combat (le <em>Typhoon<\/em>) dont la mission de base est la d\u00e9fense a\u00e9rienne est compl\u00e8tement justifi\u00e9e, dont le fonctionnement est compl\u00e8tement al\u00e9atoire; et, dans tous les cas, pourquoi aller jusqu&rsquo;\u00e0 232 alors que les 144 d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 command\u00e9s seraient \u00e9videmment plus que suffisants. Un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse:<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The Ministry of Defence prides itself on being more flexible and adaptable in the way it selects equipment for security challenges, but the Government finds itself locked into the full Eurofighter programme, although it has so far ordered only 144 of the 232 aircraft.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Defence sources said the financial penalty for backing out of the total order for 232 would be almost as expensive as going ahead with it.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t&bull; D&rsquo;autre part, le <em>Typhoon<\/em> est prisonnier d&rsquo;une autre n\u00e9cessit\u00e9, politique et symbolique celle-l\u00e0: l&rsquo;avion appara\u00eet comme le dernier symbole d&rsquo;une capacit\u00e9 technologique autonome nationale britannique. (Son image est fortement britannique, selon les penchants m\u00e9diatiques anglo-saxons habituels qui est de tout phagocyter; cela admis, le caract\u00e8re majoritairement britannique du syst\u00e8me technologique ne peut \u00eatre d\u00e9ni\u00e9.) S&rsquo;il doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 comme symbole d&rsquo;une capacit\u00e9 technologique autonome nationale britannique, c&rsquo;est parce que le soup\u00e7on est fort grand de la disparition de cette capacit\u00e9. (Paradoxe : si la base technologique britannique \u00e9tait puissante et ind\u00e9pendante, le Royaume-Uni ne devrait pas s&#8217;embarrasser de l&rsquo;achat d&rsquo;un <em>Typhoon<\/em> d\u00e9pass\u00e9 et inutile.) Comme disait il y a deux ans le ministre de la d\u00e9fense britannique, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=557\" class=\"gen\">BAE is no longer British<\/a>; en devenant de plus en plus am\u00e9ricain, l&rsquo;\u00e9norme conglom\u00e9rat britannique a commenc\u00e9 \u00e0 perdre son rang d&rsquo;innovateur technologique. Le <em>Typhoon<\/em> doit \u00eatre maintenu en survie artificielle pour faire croire \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une base technologique que le Royaume-Uni a d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 sacrifi\u00e9e \u00e0 ses liens avec les Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Ainsi avons-nous ce condens\u00e9 saisissant de deux situations contradictoires, fonctionnant ici toutes les deux \u00e0 contresens de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat national tant \u00e9conomique que de s\u00e9curit\u00e9: une super-politique industrielle \u00e0 perte (acheter un avion national d\u00e9pass\u00e9 et sans r\u00e9el usage) pour faire croire \u00e0 une fiction d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 contredite par l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;une base technologique laiss\u00e9e \u00e0 la seule logique \u00e9conomique du march\u00e9 et du profit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais si l&rsquo;on se tourne vers les porte-avions, on trouve \u00e9galement des contradictions n\u00e9es de la politique blairiste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; C&rsquo;en est une, et de taille, que de pr\u00e9senter ces capacit\u00e9s de projection outre-mer comme le moyen et le verrou de l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale du point de vue de la s\u00e9curit\u00e9, alors que la composante a\u00e9ronavale de l&rsquo;ensemble est confi\u00e9e \u00e0 un avion am\u00e9ricain dont on sait la d\u00e9pendance syst\u00e9mique de l&rsquo;organisation militaro-technologique am\u00e9ricaine. Il est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 reconnu qu&rsquo;un JSF agissant hors des capacit\u00e9s am\u00e9ricaines dites de <em>system of systems<\/em> perd un pourcentage important de ses propres capacit\u00e9s, chiffr\u00e9es \u00e0 30 \u00e0 40% lors des op\u00e9rations militaires courantes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Ajoutons-y les difficult\u00e9s d&rsquo;interop\u00e9rabilit\u00e9 europ\u00e9enne avec le seul partenaire qui compte pour les Britanniques, la France. Les porte-avions sont construits (en partie par Thal\u00e8s) avec cette interop\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;esprit mais le JSF est un verrou draconien \u00e0 cet \u00e9gard: non seulement technique (cela se r\u00e9soudrait s&rsquo;il n&rsquo;y avait que cela) mais surtout politique, les Am\u00e9ricains ne voulant pas entendre parler d&rsquo;une possibilit\u00e9 pour un pilote ou un ing\u00e9nieur fran\u00e7ais d&rsquo;approcher \u00e0 moins de trois cents m\u00e8tres d&rsquo;un JSF.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull;  Encore faudrait-il qu&rsquo;il exist\u00e2t \u00e0 temps, celui-l\u00e0. Jusqu&rsquo;ici, les Britanniques peuvent affirmer que tout va bien pour le JSF. Ils savent bien que c&rsquo;est un vu pieux. Il est hautement improbable que <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1322\" class=\"gen\">le JSF<\/a> sorte <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1306\" class=\"gen\">sain et sauf<\/a> de l&rsquo;ouragan (<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1305\" class=\"gen\">perfect storm<\/a>) qui secoue le Pentagone. Une possibilit\u00e9 tr\u00e8s s\u00e9rieuse est un d\u00e9lai dans le calendrier d&rsquo;une production d\u00e9j\u00e0 \u00e9tir\u00e9e, qui placerait les Britanniques avec le probl\u00e8me du d\u00e9calage entre les porte-avions et leur flotte embarqu\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tConclusion g\u00e9n\u00e9rale: la politique blairiste a introduit, au niveau de la d\u00e9fense et des \u00e9quipements en syst\u00e8me, non pas une situation de d\u00e9pendance des USA comme premi\u00e8re caract\u00e9ristique (m\u00eame si cette d\u00e9pendance existe, certes) mais une situation de d\u00e9sordre co\u00fbteux dont l&rsquo;acceptation de l&rsquo;alignement sur les USA dans des domaines strat\u00e9giques essentiels est une des causes essentielles, si pas la cause essentielle. (\u00c9videmment, cette explication peut \u00eatre reprise pour tout autre domaine important de la position de s\u00e9curit\u00e9 du Royaume-Uni. Il est omnipr\u00e9sent.) Il n&rsquo;y a aucune coh\u00e9rence de souverainet\u00e9 dans les choix et les situations britanniques, alors que le Royaume-Uni pr\u00e9tend \u00eatre le dernier rempart de la souverainet\u00e9 nationale dans le cadre europ\u00e9en. Il y a l&rsquo;improvisation, le coup par coup, la strat\u00e9gie d\u00e9cid\u00e9e selon une analyse g\u00e9n\u00e9rale dict\u00e9e par la vanit\u00e9 et la fausse habilet\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 tout cela que s&rsquo;alimente le d\u00e9sordre dont nous parlons et c&rsquo;est tout cela qui le constitue. Il conduit l&rsquo;arm\u00e9e britannique, effectivement, vers cette \u00ab <em>monumental crisis, probably sooner rather than later<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le temps des choix contraints 6 janvier 2005 Dans le dernier num\u00e9ro de l&rsquo;ann\u00e9e 2004 de de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie (\u00e9dition papier), en date du 10 d\u00e9cembre, dans la rubrique de defensa, nous \u00e9crivons: \u00ab Dans cette affaire de la d\u00e9fense europ\u00e9enne, les Fran\u00e7ais se laissent gagner par une assurance imperturbable concernant le d\u00e9veloppement de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[10],"tags":[3776,3345,3344,3793],"class_list":["post-66182","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-hoon","tag-relationships","tag-special","tag-thales"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66182","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66182"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66182\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66182"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66182"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66182"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}