{"id":66183,"date":"2005-01-06T00:00:00","date_gmt":"2005-01-06T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/01\/06\/globalisation-mondialisation-1\/"},"modified":"2005-01-06T00:00:00","modified_gmt":"2005-01-06T00:00:00","slug":"globalisation-mondialisation-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/01\/06\/globalisation-mondialisation-1\/","title":{"rendered":"\u201cGlobalisation\u201d &amp; \u201cmondialisation\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Globalisation &#038; Mondialisation<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;affaire du <em>tsunami<\/em> asiatique est un \u00e9v\u00e9nement colossal par lui-m\u00eame, mais aussi par les divers aspects qui le caract\u00e9risent, du point de vue des r\u00e9actions, des comportements, des politiques, etc. Pour ce qui nous concerne, &mdash; nous, Occidentaux, nous, Europ\u00e9ens et ainsi de suite, &mdash; il est d&rsquo;une importance consid\u00e9rable de \u00ab\u00a0d\u00e9crypter\u00a0\u00bb compl\u00e8tement sur cet \u00e9v\u00e9nement. Ce travail en dit bien plus sur nous que sur les malheureuses victimes; il en dit beaucoup sur <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1323\">la colossale d\u00e9rision<\/a> qu&rsquo;est devenue notre \u00ab\u00a0civilisation\u00a0\u00bb, qui n&rsquo;a jamais eu autant besoin de guillemets qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui; il en dit beaucoup sur <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1317\">les encha&icirc;nements \u00e9conomiques tragiques<\/a> que notre syst\u00e8me a mis en place, qui organisent m\u00e9caniquement le saccage de l&rsquo;ordre naturel du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un point revient constamment dans les analyses, qui pour le mettre en cause, qui (dans la grande majorit\u00e9) pour l&rsquo;\u00e9carter: la globalisation, &mdash; ou la \u00ab\u00a0mondialisation\u00a0\u00bb, comme dit le philosophe fran\u00e7ais et transatlantique Michel Serres, l&rsquo;homme jubilant de &laquo; <em>la mondialisation de la solidarit\u00e9<\/em> &raquo; comme d\u00e9finition de la crise asiatique. Justement, la nuance, entre les deux mots, est de taille, &mdash; d&rsquo;une taille telle que ce n&rsquo;est pas une nuance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Fran\u00e7ais, qui, en g\u00e9n\u00e9ral, ne m\u00e9ritent pas la France, \u00e9cartent souvent les gr\u00e2ces et les nuances de leur langue, dont ils font pourtant grand cas dans la promotion m\u00e9diatique de leur condition. Une arme formidable du fran\u00e7ais aujourd&rsquo;hui, dans la formation de l&rsquo;esprit critique du monde, est que c&rsquo;est la seule grande langue (\u00ab\u00a0grande\u00a0\u00bb par sa pr\u00e9sence et son usage) \u00e0 utiliser les deux mots de \u00ab\u00a0mondialisation\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb. La plupart des Fran\u00e7ais utilisent \u00e0 tort et \u00e0 travers, sans en voir les diff\u00e9rences, voire les oppositions qui les caract\u00e9risent l&rsquo;un et l&rsquo;autre de fa\u00e7on relative. Une telle confusion s\u00e9mantique explique \u00e9videmment les fondements de l&rsquo;incompr\u00e9hension, voire de l&rsquo;ignorance de la crise de l&rsquo;ordre du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ci-dessous, nous publions <strong>un texte publi\u00e9 dans <em>de defensa<\/em> papier le 10 janvier 2000, rubrique <em>Analyse<\/em>. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec du sommet de l&rsquo;OMC \u00e0 Seattle, en d\u00e9cembre 1999.<\/strong> Il s&rsquo;attache \u00e0 une tentative de d\u00e9finition et de mise en perspective des deux termes. Nous pensions qu&rsquo;il propose des observations int\u00e9ressantes \u00e0 l&rsquo;heure o&ugrave; l&rsquo;on peut mesurer les cons\u00e9quences indirectes et souvent cach\u00e9es de la globalisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>____________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Avant et apr\u00e8s Seattle<\/h2>\n<\/p>\n<blockquote>\n<p><p>Question en ce d\u00e9but de si\u00e8cle qui est aussi un d\u00e9but d&rsquo;\u00e9poque: o&ugrave; en est la globalisation apr\u00e8s Seattle? Nous pr\u00e9sentons ici une tentative de mise au point g\u00e9n\u00e9rale, renvoyant \u00e0 la d\u00e9finition et aux racines historiques et politiques du mouvement, \u00e0 ses d\u00e9veloppements r\u00e9cents, jusqu&rsquo;au plus r\u00e9cent de tous que fut la conf\u00e9rence rat\u00e9e de l&rsquo;Organisation Mondiale du Commerce en d\u00e9cembre 1999 \u00e0 Seattle.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La globalisation apr\u00e8s Seattle? Notre approche est r\u00e9solument politique, et nous nous en expliquerons chemin faisant. La globalisation n&rsquo;est en aucune fa\u00e7on, de notre point de vue, un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9conomique, ni m\u00eame \u00ab\u00a0\u00e9conomiste\u00a0\u00bb pour employer un n\u00e9ologisme; l&rsquo;\u00e9conomie n&rsquo;est qu&rsquo;une de ses dimensions, m\u00eame si c&rsquo;est la plus spectaculairement mise en avant. A cause de cette approche politique justifi\u00e9e par la structure et l&rsquo;historique du mouvement, on en vient naturellement par le biais de la globalisation aux relations entre les USA et l&rsquo;Europe, et, plus particuli\u00e8rement, entre les USA en tant qu&rsquo;ils pr\u00e9sentent implicitement un \u00ab\u00a0mod\u00e8le am\u00e9ricain\u00a0\u00bb, et quelque chose qui pourrait s&rsquo;appeler \u00ab\u00a0mod\u00e8le fran\u00e7ais\u00a0\u00bb dans la mesure o&ugrave; il influencerait, ou commencerait \u00e0 influencer l&rsquo;Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au travers de ces remarques introductives, on voit combien on se trouve effectivement dans le champ politique. Ceux qui r\u00e9duisent la globalisation \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie, encore plus qu&rsquo;\u00eatre r\u00e9ducteurs (par inadvertance, pour ainsi dire), sont <em>de facto<\/em> des r\u00e9ductionnistes au sens doctrinaire ou id\u00e9ologique. Il nous appara&icirc;t tr\u00e8s probable que \u00ab\u00a0les \u00e9v\u00e9nements de Seattle\u00a0\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire les manifestations anti-OMC dans la rue et l&rsquo;\u00e9chec de la conf\u00e9rence) vont acc\u00e9l\u00e9rer cette mise en \u00e9vidence de la dimension fondamentale, id\u00e9ologique et politique, de la globalisation; un peu comme la chrysalide finit par d\u00e9gager le papillon de son cocon protecteur, en l&rsquo;occurrence un cocon bien trompeur. L&rsquo;opposition nettement marqu\u00e9e entre l&rsquo;Europe et les USA au sein du chaos que fut la conf\u00e9rence de l&rsquo;OMC (la partie-conf\u00e9rence des \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements de Seattle\u00a0\u00bb) fut, selon notre jugement, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement principal de cette conf\u00e9rence. Cela n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 dit que mod\u00e9r\u00e9ment, voire \u00e0 peine sugg\u00e9r\u00e9 et plus souvent contest\u00e9, car les \u00e9lites transatlantiques (c\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en essentiellement) r\u00e9futent par avance tout constat d&rsquo;affrontement, tout comme dans le cas du d\u00e9veloppement de l&rsquo;initiative europ\u00e9enne de d\u00e9fense (ESDI) qui a sa place dans cette question de la globalisation, et que nous citerons \u00e9galement. Peu importe, la faiblesse remarquable des conceptions de nos \u00e9lites et le conformisme syst\u00e9matique de leur rh\u00e9torique permettent aux forces fondamentales (la &laquo; <em>force des choses<\/em> &raquo; qui nous est ch\u00e8re) de se manifester avec d&rsquo;autant plus de vigueur. Bien s&ucirc;r, ces forces-l\u00e0 nous int\u00e9ressent, et pas le reste.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Exercice de d\u00e9finition : mondialisation &#038; globalisation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On remarque combien on emploie, aussi bien dans les conversations banales que dans les discours officiels, indistinctement les termes \u00ab\u00a0mondialisation\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb pour d\u00e9crire le mouvement g\u00e9n\u00e9ral qui parcourt les relations internationales. Nous rappelons ici combien ces termes diff\u00e8rent dans leur signification. Ce simple exercice de d\u00e9finition \u00e9clairera le choix constant que nous faisons d&#8217;employer le mot \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; \u00ab\u00a0Mondialisation\u00a0\u00bb n&rsquo;implique pas un changement de <s>substance<\/s> [nature]. Il s&rsquo;agit litt\u00e9ralement d&rsquo;&laquo; <em>une extension au monde<\/em> &raquo;, sans autre caract\u00e9ristique sp\u00e9cifique fondamentale. C&rsquo;est un mouvement g\u00e9ographique naturel qui n&rsquo;implique ni n&#8217;emp\u00eache \u00e9ventuellement quelque autre modification que ce soit. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une ouverture d&rsquo;une r\u00e9gion, d&rsquo;une communaut\u00e9, d&rsquo;une nation, vers le reste du monde, selon les possibilit\u00e9s et les opportunit\u00e9s, et dans des dimensions mesur\u00e9es par les r\u00e9alit\u00e9s du monde. Pour cette raison, on dira que la mondialisation est de tous les temps, de toutes les \u00e9poques, d\u00e8s lors qu&rsquo;existe une communaut\u00e9 dont l&rsquo;\u00e9volution naturelle est d&rsquo;\u00e9tablir des contacts ext\u00e9rieurs de toutes les sortes (commerciale, mais aussi culturelle, politique, etc). La mondialisation conna&icirc;t \u00e9galement des phases diff\u00e9rentes, de ralentissement, d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration, des phases agressives et des phases apais\u00e9es, selon les circonstances. C&rsquo;est un mouvement de l&rsquo;histoire conforme \u00e0 la g\u00e9ographie. Finalement, la mondialisation a toujours exist\u00e9 comme la respiration du monde, et si elle a chang\u00e9 c&rsquo;est que le monde a vari\u00e9 de dimensions dans l&rsquo;histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; La \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb renvoie <em>in fine<\/em> a une th\u00e8se qui est le globalisme. C&rsquo;est une doctrine et nullement un constat, marquant une diff\u00e9rence essentielle d&rsquo;avec la mondialisation. Le globalisme implique que &laquo; <em>le tout est plus que l&rsquo;addition des parties qui le composent<\/em> &raquo; : dans la fusion des &laquo; <em>parties<\/em> &raquo; se r\u00e9alise un changement de <s>substance<\/s> [nature] qui est une n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rative du concept.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un autre aspect m\u00e9thodologique doit \u00eatre signal\u00e9 pour progresser dans cet exercice de d\u00e9finition: pour bien embrasser l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du concept de globalisation, pour l&rsquo;appr\u00e9cier \u00e0 sa juste dimension, on doit le traiter hors du seul point de vue \u00e9conomique. On l&rsquo;a vu, c&rsquo;est le parti que nous proposons. Pour nous, la globalisation est un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;abord et essentiellement politique, culturel et historique (m\u00eame s&rsquo;il se pr\u00e9tend anti-historique). Il a bien entendu une dimension \u00e9conomique puissante, et qui est pr\u00e9sent\u00e9e, souvent \u00e0 dessein, comme sa dimension principale, voire unique. On dit \u00ab\u00a0\u00e0 dessein\u00a0\u00bb car ainsi, avec cette seule dimension \u00e9conomique, on dissimule effectivement la d\u00e9marche politique, culturelle et historique. Au contraire, pour en avoir une appr\u00e9ciation satisfaisante, il faut placer la globalisation dans un contexte et une perspective historique. C&rsquo;est ce que nous ferons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>[Au reste, l&rsquo;histoire r\u00e9cente nous invite \u00e0 cette d\u00e9marche. On a d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 combien l&rsquo;actuel mouvement de globalisation, au contraire de ce que r\u00e9p\u00e8tent nos hommes politiques, europ\u00e9ens essentiellement, n&rsquo;est pas une fatalit\u00e9 \u00e9conomique, en quelque sorte hors du pouvoir politique. On sait de fa\u00e7on pr\u00e9cise et document\u00e9e (voir trois articles \u00e0 ce sujet dans le New York <em>Times<\/em> des 15-18 f\u00e9vrier 1999) qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9, d\u00e9cid\u00e9 et ex\u00e9cut\u00e9 par l&rsquo;administration Clinton, sous l&rsquo;impulsion du parti d\u00e9mocrate et des banquiers d\u00e9mocrates de Wall Street. L&rsquo;aveu d&rsquo;impuissance de nos hommes politiques concerne la politique financi\u00e8re de l&rsquo;administration Clinton, pas un soi-disant ph\u00e9nom\u00e8ne immanent de la globalisation. Cela a une toute autre signification.]<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Libre-\u00e9change, protectionnisme, d\u00e9r\u00e9gulation et monopole<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La sp\u00e9cificit\u00e9 de la globalisation n&rsquo;est pas l&rsquo;ouverture des march\u00e9s (le libre-\u00e9change). La mondialisation a aussi cet effet, selon des p\u00e9riodes qui varient dans leurs orientations. Autrement dit, le libre-\u00e9change n&rsquo;est pas une particularit\u00e9 \u00ab\u00a0progressiste\u00a0\u00bb, dans le sens o&ugrave; il y aurait un progr\u00e8s continu, partant d&rsquo;\u00e9poques sombres ultra-protectionnistes, en route vers un accomplissement dont l&rsquo;issue serait la situation d&rsquo;un libre-\u00e9change id\u00e9al et g\u00e9n\u00e9ral. Au contraire, le protectionnisme organis\u00e9 et syst\u00e9matique est plut\u00f4t une particularit\u00e9 moderne, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il d\u00e9pend pour sa bonne marche d&rsquo;un &Eacute;tat ou d&rsquo;un gouvernement organis\u00e9 ou puissant, de type moderne. L&rsquo;historien Lucien Romier a d\u00e9termin\u00e9 qu&rsquo;il existe deux sortes de protectionnisme: un \u00ab\u00a0protectionnisme de d\u00e9fense\u00a0\u00bb, suscit\u00e9 par la guerre totale moderne d\u00e9vastant les pays touch\u00e9s et les conduisant \u00e0 prot\u00e9ger leur \u00e9conomie pour permettre un rel\u00e8vement. Le second type de protectionnisme est le \u00ab\u00a0protectionnisme conservateur\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0protectionnisme apais\u00e9\u00a0\u00bb, cas de nations disposant d&rsquo;un march\u00e9 int\u00e9rieur puissant dont la protection favoriserait une expansion rendue possible par les moyens de production moderne de ce que les historiens Robert Aron et Arnaud Dandieu nomm\u00e8rent &laquo; <em>l&rsquo;\u00e9conomie de force<\/em> &raquo;. Ce type de protectionnisme est caract\u00e9ristique des &Eacute;tats-Unis, notamment dans sa p\u00e9riode de mont\u00e9e en puissance dite du <em>gilded age<\/em>, entre la fin de la Guerre de S\u00e9cession (1865) et la fin du XIXe si\u00e8cle. Dans les deux cas, on voit que le protectionnisme est la cons\u00e9quence de situations essentiellement modernes, ici la guerre totale moderne, l\u00e0 la disposition de &laquo; <em>l&rsquo;\u00e9conomie de force<\/em> &raquo;moderne, n\u00e9e du machinisme et de l&rsquo;industrialisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Souvent mise en accusation (notamment et selon un paradoxe dont on peut ici juger, par les &Eacute;tats-Unis), l&rsquo;Europe pr\u00e9sente l&rsquo;exemple de p\u00e9riodes de libre-\u00e9change dans le pass\u00e9, dans des \u00e9poques jug\u00e9es aujourd&rsquo;hui r\u00e9trogrades. Ce fut la caract\u00e9ristique \u00e9vidente de r\u00e9publiques, de principaut\u00e9s, de royaumes dont la fortune s&rsquo;appuyait sur les \u00e9changes. Le Royaume-Uni conservateur fut libre-\u00e9changiste au XIXe si\u00e8cle parce que sa puissance \u00e9tait appuy\u00e9e sur le commerce et qu&rsquo;il s&rsquo;y trouvait en position de force; il se pla\u00e7ait alors dans une optique compl\u00e8tement contraire \u00e0 la politique am\u00e9ricaine, et cette situation fit qu&rsquo;il soutint, pendant la Guerre de S\u00e9cession, le Sud libre-\u00e9changiste (pourtant unanimement d\u00e9nonc\u00e9 comme r\u00e9actionnaire et r\u00e9trograde) contre le Nord protectionniste (pourtant unanimement acclam\u00e9 comme progressiste).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Comme on le voit confirm\u00e9 par cette situation historique, le libre-\u00e9change ne constitue certainement pas la caract\u00e9ristique sp\u00e9cifique de la globalisation. Ce qui caract\u00e9rise d&rsquo;une fa\u00e7on sp\u00e9cifique la globalisation, c&rsquo;est la d\u00e9r\u00e9gulation, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;attaque g\u00e9n\u00e9rale port\u00e9e contre les r\u00e8glements issus de l&rsquo;autorit\u00e9 publique (des &Eacute;tats, des gouvernements et d&rsquo;autres autorit\u00e9s). Cette attaque de la globalisation contre la r\u00e9glementation issue de l&rsquo;autorit\u00e9 publique (l&rsquo;ex\u00e9cutif, charg\u00e9 de la d\u00e9fense du bien public) implique une attaque contre la souverainet\u00e9 en tant pr\u00e9cis\u00e9ment qu&rsquo;expression de l&rsquo;autorit\u00e9 repr\u00e9sentant le bien public. La d\u00e9r\u00e9gulation n&rsquo;implique pas, par contre, l&rsquo;abrogation des lois et autres entraves mises \u00e0 la libert\u00e9 du commerce. Le cas am\u00e9ricain, central \u00e0 toute ces questions, en est l&rsquo;exemple m\u00eame: si le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral peut effectivement abroger des r\u00e8glements anti-libre-\u00e9changistes, il ne supprime pas pour autant les lois du Congr\u00e8s ni celles des &Eacute;tats constitutifs de l&rsquo;Union qui peuvent interdire ou r\u00e9glementer pour telle ou telle raison l&rsquo;acc\u00e8s de tel ou tel produit. En ce sens, la d\u00e9r\u00e9gulation est une id\u00e9e typiquement am\u00e9ricaine. Elle se fonde sur l&rsquo;hostilit\u00e9 fondamentale du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme \u00e0 la notion d&rsquo;autorit\u00e9 politique centrale (au profit d&rsquo;une main-mise \u00e9conomique centralis\u00e9e r\u00e9pondant \u00e0 des int\u00e9r\u00eats particuliers), l&rsquo;hostilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e du bien public r\u00e9gi par une autorit\u00e9 politique, du droit r\u00e9galien et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce point appara&icirc;t ici comme un \u00e9l\u00e9ment fondamental : au travers de la technique de la d\u00e9r\u00e9gulation, la globalisation est une attaque, non contre la souverainet\u00e9 <em>in abstracto<\/em> (la souverainet\u00e9 comme principe d&rsquo;autorit\u00e9), mais contre la souverainet\u00e9 en tant que principe concret (principe r\u00e9galien) issu du bien public, c&rsquo;est-\u00e0-dire la souverainet\u00e9 en tant qu&rsquo;outil identitaire qui fait qu&rsquo;une communaut\u00e9 existe en tant qu&rsquo;identit\u00e9. La cons\u00e9quence de la globalisation serait par cons\u00e9quent le remplacement de la souverainet\u00e9 r\u00e9galienne et identitaire des nations par une autre souverainet\u00e9. (Laquelle? La question est ouverte et laisse place \u00e0 l&rsquo;imagination; c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;abondent les hypoth\u00e8ses \u00ab\u00a0conspirationnistes\u00a0\u00bb sur le <em>New World Order<\/em> et autres autorit\u00e9s supranationales. Dans tous les cas, l&rsquo;hypoth\u00e8se porte sur une souverainet\u00e9 manipulable.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi, la globalisation telle qu&rsquo;elle appara&icirc;t n&rsquo;implique pas la suppression du r\u00f4le de l&rsquo;&Eacute;tat dans ce sens o&ugrave; elle serait concurrente et acharn\u00e9e \u00e0 sa destruction. Elle cherche plut\u00f4t \u00e0 faire de l&rsquo;&Eacute;tat qui la favorise un auxiliaire pr\u00e9cieux, un instrument, ou un \u00ab\u00a0complice\u00a0\u00bb si l&rsquo;on veut. Une seule sorte d&rsquo;&Eacute;tat peut permettre ce comportement et cet usage: l&rsquo;&Eacute;tat non-r\u00e9galien, l&rsquo;&Eacute;tat sans fonction identitaire. C&rsquo;est-\u00e0-dire, principalement, dans l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses, le gouvernement, ou l&rsquo;administration am\u00e9ricain(e). La globalisation ne veut pas d\u00e9truire l&rsquo;&Eacute;tat mais le vider de sa substance souveraine identitaire. Dans ce cadre de la d\u00e9r\u00e9gulation o&ugrave; elle aurait la complicit\u00e9 de cette sorte d&rsquo;&Eacute;tat, la globalisation a comme v\u00e9ritable but, non pas le libre-\u00e9change mais la conqu\u00eate des march\u00e9s (l\u00e0 aussi, le libre-\u00e9change n&rsquo;est qu&rsquo;un outil). La puissance n\u00e9cessaire pour cette conqu\u00eate implique la rationalisation et la concentration, et l&rsquo;on a chaque jour des exemples de cette tendance. Au bout du compte, la globalisation recherche ce qui est l&rsquo;antith\u00e8se du libre-\u00e9change puisque sa logique la conduit au monopole.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Observons aussit\u00f4t que ce processus rec\u00e8le son double pervers (si l&rsquo;on est partisan de la globalisation) ou son contre-poison (si l&rsquo;on en est adversaire). Le monopole cr\u00e9e le gigantisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;inefficacit\u00e9 et la paralysie bureaucratique, en m\u00eame temps que la soumission aux forces financi\u00e8res (n\u00e9cessit\u00e9 de disposer de fortes sommes d&rsquo;argent, donc appel \u00e0 la finance, pour r\u00e9aliser les op\u00e9rations de concentration aboutissant aux monopoles). Il existe d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 un exemple \u00ab\u00a0en temps r\u00e9el\u00a0\u00bb souvent \u00e9voqu\u00e9 dans ces colonnes, qui montre le cas le plus achev\u00e9 de globalisation monopolistique: le stup\u00e9fiant destin de l&rsquo;industrie strat\u00e9gique am\u00e9ricaine. (On remarque \u00e0 cette occasion que la globalisation n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;imp\u00e9ratifs g\u00e9ographiques internationalistes pour appara&icirc;tre significative: l&rsquo;industrie strat\u00e9gique am\u00e9ricaine concerne une affaire purement am\u00e9ricaine. Mais cette industrie a \u00e9videmment une dimension globalisante remarquable et ind\u00e9niable)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Observation historique : ambition am\u00e9ricaine et \u00ab\u00a0mod\u00e8le fran\u00e7ais\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On a d\u00e9j\u00e0 pu constater combien la globalisation renvoie \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricanisme dans ses modalit\u00e9s, les conceptions qui l&rsquo;animent, voire sa dynamique elle-m\u00eame. Il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant que la globalisation refl\u00e8te une ambition historique \u00e9galement am\u00e9ricaniste. La conception implicite fondamentale de la globalisation renvoie au caract\u00e8re central de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, qui est son exceptionnalit\u00e9. L&rsquo;Am\u00e9rique se percevant, par la voie de son syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, \u00e0 la fois comme un pays unique et un mod\u00e8le, son extension au monde est in\u00e9luctable. Le processus annonc\u00e9 est \u00e9videmment de type globaliste: il est \u00e9vident que le monde am\u00e9ricanis\u00e9 sera bien plus que l&rsquo;addition de ses parties.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une autre dimension importante de l&rsquo;exceptionnalit\u00e9 am\u00e9ricaniste est sa perception d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0en-dehors de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb courante, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;inventer sa propre Histoire et d&rsquo;\u00eatre naturellement conduite, en vertu de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, \u00e0 l&rsquo;imposer au monde. L&rsquo;am\u00e9ricanisme est in\u00e9luctablement conduit \u00e0 la perception d&rsquo;\u00eatre le monde \u00e0 lui seul, et, par cons\u00e9quent, de devenir quelque chose comme \u00ab\u00a0la souverainet\u00e9 du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les efforts correspondants de la globalisation sont \u00e9vidents. Ils vont dans le sens d&rsquo;une pouss\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale (implicitement soutenue par l&rsquo;Am\u00e9rique, ou plut\u00f4t par le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme) hostile \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 politique, et favorable \u00e0 l&rsquo;individualisme \u00e9conomique et au nivellement culturel. L&rsquo;hostilit\u00e9 au pouvoir politique du mouvement de globalisation\/am\u00e9ricanisme est \u00e9vident dans la crise asiatique, d\u00e9clench\u00e9e par une pouss\u00e9e de cette sorte, hostile au pouvoir politique. L&rsquo;individualisme \u00e9conomique triomphe dans le syst\u00e8me boursier, sp\u00e9cifiquement am\u00e9ricain. Le nivellement culturel est une sp\u00e9cificit\u00e9 am\u00e9ricaine aujourd&rsquo;hui largement reconnue, et d&rsquo;abord en Am\u00e9rique m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le but implicite, non exprim\u00e9, ni m\u00eame peut-\u00eatre r\u00e9alis\u00e9, mais \u00e9vident dans la nature du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, c&rsquo;est n\u00e9cessairement la d\u00e9stabilisation et la d\u00e9structuration d&rsquo;ensembles en place, pour pouvoir y installer son ordre propre. Et cette pouss\u00e9e s&rsquo;exprime prioritairement par une attaque contre la souverainet\u00e9 identitaire des communaut\u00e9s qu&rsquo;elle vise, de fa\u00e7on \u00e0 leur d\u00e9nier leur caract\u00e8re historique et \u00e0 les \u00ab\u00a0sortir de leur Histoire\u00a0\u00bb pour les faire entrer dans la \u00ab\u00a0nouvelle Histoire\u00a0\u00bb. On retrouve cette d\u00e9marche au coeur de la globalisation, par le biais de la d\u00e9r\u00e9gulation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette attaque d\u00e9stabilisante et d\u00e9structurante est ressentie d&rsquo;abord par ceux-l\u00e0 m\u00eame qui ont les plus vieilles traditions de souverainet\u00e9 identitaire et qui sont, en m\u00eame temps, les plus proches du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. C&rsquo;est le cas de l&rsquo;Europe. Cela explique que l&rsquo;Europe soit \u00e0 la fois l&rsquo;entit\u00e9 la moins inclin\u00e9e \u00e0 se mobiliser contre la globalisation, et celle qui finit par se mobiliser le plus fermement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qui plus est, 1999 a vu se d\u00e9velopper cette attaque de la globalisation dans d&rsquo;autres champs que l&rsquo;\u00e9conomique. Certains aspects de la guerre du Kosovo constituent une attaque contre la souverainet\u00e9 identitaire. La cons\u00e9quence du Kosovo a \u00e9t\u00e9, dans ce cas, que l&rsquo;Europe, qui a men\u00e9 cette guerre au c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique, en a con\u00e7u comme cons\u00e9quence l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration remarquable d&rsquo;un processus (qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en cours) dont la coh\u00e9rence implicite devrait conduire, s&rsquo;il est men\u00e9 \u00e0 son terme, \u00e0 une affirmation souveraine et identitaire dans le domaine essentiel de la s\u00e9curit\u00e9, vis-\u00e0-vis des USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi, en attaquant la souverainet\u00e9, la globalisation am\u00e8ne l&rsquo;attaque qu&rsquo;elle porte dans le champ de l&rsquo;Histoire. Elle ressuscite la notion m\u00eame de souverainet\u00e9 identitaire et de pouvoir r\u00e9galien, et d\u00e9clenche un d\u00e9bat tr\u00e8s vif \u00e0 ce sujet, alors que cette notion \u00e9tait en train de se dissoudre dans les conditions de la Guerre Froide. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Europe est conduite \u00e0 prendre des attitudes tranch\u00e9es et volontaristes que l&rsquo;on n&rsquo;aurait pas imagin\u00e9es il y a seulement 10 ans (\u00e0 Seattle, un \u00e9v\u00e9nement remarquable a \u00e9t\u00e9 que l&rsquo;Europe est arriv\u00e9e avec une position commune et, tant bien que mal, s&rsquo;y est tenue, sans c\u00e9der rien). Dans ce courant, bien entendu, la France a une place tr\u00e8s particuli\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une r\u00e9f\u00e9rence historique rapide est que la France est per\u00e7ue comme l&rsquo;arch\u00e9type de l&rsquo;&Eacute;tat-Nation, de la souverainet\u00e9 et de l&rsquo;identit\u00e9 nationale. Cela fait de la France l&rsquo;arch\u00e9type de la Nation, avec son identit\u00e9 correspondant fortement \u00e0 sa souverainet\u00e9. La politique ext\u00e9rieure classique de la France, de Richelieu \u00e0 Vergennes et \u00e0 de Gaulle, repose sur l&rsquo;affirmation identitaire (la sienne et celle des autres). Elle est ennemie de tous les concepts qui tendent \u00e0 rendre flou le concept de souverainet\u00e9 identitaire; elle est ennemie du concept d&rsquo;Empire dans la mesure o&ugrave; il dilue la souverainet\u00e9 identitaire \u00e0 cause de l&rsquo;impr\u00e9cision n\u00e9cessaire de sa propre identit\u00e9; plus encore, elle est ennemie de la globalisation, pour la raison \u00e9vidente que la globalisation d\u00e9truit la souverainet\u00e9 identitaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qu&rsquo;elle le veuille ou non, et souvent contre la politique de ses dirigeants actuels (d&rsquo;ailleurs ambigu\u00eb et soumise \u00e0 un d\u00e9bat permanent), la France est le point de ralliement de l&rsquo;opposition \u00e0 la globalisation, bien plus par ce qu&rsquo;elle est que par ce qu&rsquo;elle fait. (Ainsi est-ce la France, \u00e0 terme au nom de l&rsquo;Europe, qui rencontre en d\u00e9cembre 1999 le Japon et souscrit avec les dirigeants japonais &laquo; <em>\u00e0 l&rsquo;urgente n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9fendre leur identit\u00e9 <\/em>[de la France et du Japon] <em>face \u00e0 une logique plan\u00e9taire tendant \u00e0 l&rsquo;aplatissement des particularit\u00e9s.<\/em> &raquo;.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Seattle, ou les limites path\u00e9tiques de la globalisation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Bien s&ucirc;r, Seattle, en d\u00e9cembre 1999, est un \u00e9v\u00e9nement capital pour la globalisation. Nous ne l&rsquo;envisagerons certainement pas dans le cadre des r\u00e8gles de la globalisation, comme il en a \u00e9t\u00e9 souvent d\u00e9battu. (Qui a gagn\u00e9? Qui a perdu? Pourquoi attaquer l&rsquo;OMC qui pourrait \u00eatre un instrument de r\u00e9gulation de la globalisation? Ces questions nous paraissent inutiles ici.) Nous l&rsquo;envisagerons dans le cadre plus large de l&rsquo;attaque de la globalisation contre l&rsquo;identit\u00e9 et de la r\u00e9sistance de l&rsquo;identit\u00e9 contre la globalisation. C&rsquo;est la seule bataille qui compte, et l&rsquo;on voit bien que le d\u00e9bat n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la seule \u00e9conomie, ou plut\u00f4t, avec le ph\u00e9nom\u00e8ne-globalisation r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous proposons quatre enseignements principaux apr\u00e8s Seattle. Le premier est que la France n&rsquo;est pas seule dans son opposition instinctive. Sur le fond, dans l&rsquo;esprit (au travers de questions telle que celle du trans-g\u00e9n\u00e9tique), l&rsquo;Europe elle-m\u00eame, d&rsquo;autres pays, d&rsquo;autres r\u00e9gions, rejoignent les conceptions fondamentales fran\u00e7aises reposant sur le principe de la distinction du qualitatif contre le quantitatif, c&rsquo;est-\u00e0-dire un principe qui implique l&rsquo;affirmation identitaire. Bien s&ucirc;r, les uns et les autres ne rejoignent pas une th\u00e8se fran\u00e7aise (donc, pas de victoire politique fran\u00e7aise); ils rejoignent cette position \u00e9vidente o&ugrave; se trouve la France (&laquo; <em>plus par ce qu&rsquo;elle est que par ce qu&rsquo;elle fait<\/em> &raquo;). Pour les Fran\u00e7ais, l&rsquo;enseignement important est qu&rsquo;ils devraient ne pas craindre d&rsquo;\u00e9carter leur stupide hantise de l&rsquo;isolement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le second enseignement de Seattle est l&rsquo;irruption tonitruante du public. Pour la premi\u00e8re fois de fa\u00e7on spectaculaire (une intervention du public, plus discr\u00e8te, avait conduit \u00e0 l&rsquo;abandon de l&rsquo;Accord Multilat\u00e9ral d&rsquo;Investissement en 1998), un rapport direct s&rsquo;est \u00e9tabli entre le sentiment du public et la globalisation. Il est absurde de s\u00e9parer les manifestations de Seattle du r\u00e9sultat de la conf\u00e9rence de l&rsquo;OMC \u00e0 Seattle. Une n\u00e9gociation, c&rsquo;est d&rsquo;abord une bataille psychologique ; celle-ci eut l&rsquo;issue qu&rsquo;on lui conna&icirc;t parce qu&rsquo;il y eut le d\u00e9sordre des rues de Seattle. Parmi les analystes \u00e9conomiques qui feignent de ne pas s&rsquo;\u00e9tonner du r\u00e9sultat de la conf\u00e9rence pour ne pas pr\u00eater le flanc \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation du rapport public-conf\u00e9rence, pas un n&rsquo;aurait os\u00e9 avancer, avant la conf\u00e9rence, que celle-ci allait \u00e9chouer. La pression de la rue a rendu al\u00e9atoire toute tentative de maquiller l&rsquo;\u00e9chec en une simple difficult\u00e9 de passage, par exemple en r\u00e9digeant un communiqu\u00e9 sans signification ni utilit\u00e9 mais qui aurait eu l&rsquo;effet, essentiel pour la stabilit\u00e9 des choses, de sauver l&rsquo;apparence. A Seattle, la rue a balay\u00e9 les pr\u00e9occupations d&rsquo;apparence de l&rsquo;<em>establishment<\/em> transnational. Elle a arrach\u00e9 le masque des acteurs de la globalisation et montr\u00e9 leur diversit\u00e9, leurs oppositions, leurs divisions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le troisi\u00e8me enseignement, c&rsquo;est la confirmation que l&rsquo;enfant-ch\u00e9ri de la globalisation, Internet, est bien le tra&icirc;tre par excellence. Internet a \u00e9t\u00e9 le principal outil, voire l&rsquo;outil exclusif du rassemblement de l&rsquo;opposition \u00e0 la conf\u00e9rence de l&rsquo;OMC. Cet \u00e9v\u00e9nement ne fait que confirmer une \u00e9volution qu&rsquo;on conna&icirc;t d\u00e9j\u00e0 (depuis la r\u00e9volte du Chiapas, au d\u00e9but de 1994). Il renforce l&rsquo;hypoth\u00e8se d\u00e9j\u00e0 souvent rencontr\u00e9e (voir notamment, plus haut, l&rsquo;\u00e9volution monopolistique de la globalisation) selon laquelle la globalisation est une m\u00e9canique dont la faiblesse int\u00e9rieure fondamentale serait de secr\u00e9ter elle-m\u00eame son propre antidote.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le quatri\u00e8me enseignement, peut-\u00eatre le plus important, est qu&rsquo;il y a politisation du processus globalisation-r\u00e9sistance contre la globalisation: lorsqu&rsquo;on parle \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb, d\u00e9sormais, c&rsquo;est de culture, de choix de soci\u00e9t\u00e9 voire de civilisation, bref c&rsquo;est de politique qu&rsquo;on parle. Les \u00e9v\u00e9nements de Seattle ont \u00e9t\u00e9 un r\u00e9v\u00e9lateur fondamental du ph\u00e9nom\u00e8ne, par ailleurs \u00e9vident, dans la mesure o&ugrave; ils l&rsquo;ont install\u00e9 litt\u00e9ralement sur \u00ab\u00a0la place publique mondiale\u00a0\u00bb. Encore ne s&rsquo;agit-il que d&rsquo;une moiti\u00e9 de ce quatri\u00e8me enseignement, et l&rsquo;autre est bien plus importante encore: cette politisation concerne essentiellement l&rsquo;Am\u00e9rique, tout comme l'\u00a0\u00bbirruption tonitruante du public\u00a0\u00bb concerne d&rsquo;abord le public am\u00e9ricain. L\u00e0 aussi, nous sommes dans un paradoxe qui ne nous \u00e9tonnera pas: la position dominante de la globalisation, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, est d&rsquo;abord attaqu\u00e9e, au niveau du public, du dedans de l&rsquo;Am\u00e9rique (et, dans ce cas, la conjonction France-Am\u00e9rique, par le biais de la tourn\u00e9e triomphale du Fran\u00e7ais Jos\u00e9 Bov\u00e9 aux USA, ne peut surprendre une seconde). L&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame d\u00e9couvre peut-\u00eatre ce qui pourrait \u00eatre sa contradiction interne, et qui porte sur l&rsquo;opposition qu&rsquo;elle d\u00e9veloppe \u00e0 la mise en question de la souverainet\u00e9-identit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par un syst\u00e8me qu&rsquo;elle instrumente, qui attaque aussi la souverainet\u00e9-identit\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique. L&rsquo;Am\u00e9rique r\u00e9agirait contre l&rsquo;action destructrice du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, cela n&rsquo;est pas vraiment nouveau, et l&rsquo;hypoth\u00e8se est plus qu&rsquo;acceptable. Tom Hayden, ancien contestataire des ann\u00e9es 1960 et d\u00e9put\u00e9 du Congr\u00e8s de l&rsquo;&Eacute;tat de Californie, exprime cela lorsqu&rsquo;il \u00e9crit le 5 d\u00e9cembre : &laquo; <em>Pour la premi\u00e8re fois, le patriotisme des dirigeants du Big Business am\u00e9ricain est mis en question, pas celui de leurs opposants<\/em> &raquo;. Il compare Seattle \u00e0 la \u00ab\u00a0Boston <em>Tea Party<\/em>\u00ab\u00a0, incident qui, en 1774, d\u00e9clencha la cha&icirc;ne des \u00e9v\u00e9nements jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9volte des Am\u00e9ricains contre les Britanniques, plus qu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9volte des ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Un Moment de l&rsquo;histoire ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Concluons: la globalisation nous appara&icirc;t comme beaucoup plus qu&rsquo;une th\u00e8se \u00e9conomique, qu&rsquo;une conception d&rsquo;organisation mondiale de l&rsquo;\u00e9conomie. C&rsquo;est une proposition de caract\u00e8re historique, manifestement politique et fondamentale. Elle pourrait appara&icirc;tre \u00e9galement comme la concr\u00e9tisation d&rsquo;une perception et d&rsquo;une conception du monde d\u00e9velopp\u00e9e depuis la Renaissance, et comme une proposition d&rsquo;organisation du monde capable de bouleverser de fond en comble la civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est autour de telles donn\u00e9es qu&rsquo;il faut consid\u00e9rer la globalisation et faire ses choix. Il faut d\u00e9cid\u00e9ment \u00e9carter les appr\u00e9ciations totalement biais\u00e9es et manipul\u00e9es des \u00e9conomistes; ils montrent ici la limite d\u00e9cisive d&rsquo;une science qui, entre l&rsquo;humain et l&rsquo;organisation m\u00e9caniste qui sont \u00e9galement l&rsquo;objet de son observation, n&rsquo;a jamais pu choisir que l&rsquo;organisation m\u00e9caniste en l&rsquo;assimilant \u00e0 un humanisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L\u00e0-dessus, peut-\u00eatre notre \u00e9poque figure-t-elle comme un grand Moment historique. Les enjeux des choix propos\u00e9s commencent \u00e0 appara&icirc;tre clairement, pour la premi\u00e8re fois. La conf\u00e9rence de Seattle, avec ce qui s&rsquo;y est pass\u00e9 et ce qui ne s&rsquo;y est pas pass\u00e9, et ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 autour, constitue un signe important de ce Moment historique. &Ccedil;&rsquo;a \u00e9t\u00e9, apr\u00e8s tout, une fa\u00e7on \u00e9tonnante et inattendue de saluer le passage d&rsquo;un si\u00e8cle \u00e0 l&rsquo;autre, d&rsquo;un mill\u00e9naire \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Globalisation &#038; Mondialisation L&rsquo;affaire du tsunami asiatique est un \u00e9v\u00e9nement colossal par lui-m\u00eame, mais aussi par les divers aspects qui le caract\u00e9risent, du point de vue des r\u00e9actions, des comportements, des politiques, etc. Pour ce qui nous concerne, &mdash; nous, Occidentaux, nous, Europ\u00e9ens et ainsi de suite, &mdash; il est d&rsquo;une importance consid\u00e9rable de \u00ab\u00a0d\u00e9crypter\u00a0\u00bb&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[4406,3067,2632,3557,4405],"class_list":["post-66183","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-definition","tag-doctrine","tag-globalisation","tag-libre-echange","tag-mondialisation"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66183","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66183"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66183\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66183"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66183"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66183"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}