{"id":66184,"date":"2005-01-07T00:00:00","date_gmt":"2005-01-07T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/01\/07\/notes-sur-clausewitz-ko-debout\/"},"modified":"2005-01-07T00:00:00","modified_gmt":"2005-01-07T00:00:00","slug":"notes-sur-clausewitz-ko-debout","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/01\/07\/notes-sur-clausewitz-ko-debout\/","title":{"rendered":"Notes sur Clausewitz KO debout"},"content":{"rendered":"<p><h4>Volume 20, n&deg;04 du 25 octobre 2004<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>Depuis la \u00ab\u00a0seconde Guerre froide\u00a0\u00bb de la fin des ann\u00e9es 1970, la guerre a \u00e9volu\u00e9 d&rsquo;\u00e9trange fa\u00e7on. De \u00ab\u00a0fa\u00e7on de continuer la politique par un autre moyen\u00a0\u00bb, elle est devenue moyen de liquider la politique par tous les moyens. Ce texte constitue la rubrique <em>Analyse<\/em>, Volume 20, n&deg;04 du 25 octobre 2004, de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa et eurostrat\u00e9gie<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Notes sur Clausewitz KO debout<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;abord, proposons une audace r\u00e9visionniste (tr\u00e8s vilain terme&#8230;). Contrairement \u00e0 ce qui fut un peu vite affirm\u00e9 dans notre \u00e9poque o&ugrave; tout va trop vite, le XXIe si\u00e8cle n&rsquo;a commenc\u00e9 que fort r\u00e9cemment.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; La vision \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb (tr\u00e8s vilain terme&#8230;) de l&rsquo;interpr\u00e9tation de nos lib\u00e9raux postmodernes, de Fukuyama aux ex-\u00ab\u00a0nouveaux philosophes\u00a0\u00bb fran\u00e7ais, c&rsquo;est que le XXe si\u00e8cle, commenc\u00e9 en 1914, s&rsquo;ach\u00e8ve en 1989, dans le fracas du Mur qui tombe&#8230;. Le &laquo; <em>court XXe si\u00e8cle<\/em> &raquo;, comme \u00e9crit Eric J. Hobsbawn en sous-titre de son livre L&rsquo;\u00e2ge des extr\u00eames, &mdash; tout en observant qu&rsquo;il ne fut pas \u00ab\u00a0court\u00a0\u00bb en fait de massacres et d&rsquo;extermination. Cette classification est d&rsquo;autant plus compr\u00e9hensible que Hobsbawn est un marxiste et que 1989 marque le cr\u00e9puscule du marxisme comme force temporelle constitu\u00e9e. Bref, tout le monde s&rsquo;y entend, les vainqueurs (lib\u00e9raux post-modernes) comme les vaincus (marxistes), pour boucler le XXe si\u00e8cle en novembre 1989. Cela conduit \u00e0 une implication \u00e9vidente : le XXIe si\u00e8cle commence en novembre 1989 et la p\u00e9riode 1989-2001 encha&icirc;ne naturellement sur le temps \u00ab\u00a0post-9\/11\u00a0\u00bb, \u00e0 la fois comme une p\u00e9riode matricielle et pr\u00e9paratrice de ce nouveau temps.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Au contraire, nous proposerions l&rsquo;id\u00e9e que le XXIe si\u00e8cle commence le 11 septembre 2001. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement nous semble justifier ce classement, \u00e0 la lumi\u00e8re de ses effets ; et ce classement a l&rsquo;avantage de ne pas rompre la p\u00e9riode avant 1989 et apr\u00e8s 1989, tant nous jugeons qu&rsquo;il y une continuit\u00e9 de d\u00e9veloppement et de conception de la puissance US, essentiellement \u00e0 partir des derni\u00e8res ann\u00e9es 1970 (\u00ab\u00a0seconde Guerre froide\u00a0\u00bb) et surtout \u00e0 partir de la pr\u00e9sidence Reagan. Certes, cette p\u00e9riode 1981-2001 est pr\u00e9paratoire de 9\/11, mais un peu comme l&rsquo;est 1989-2001 dans l&rsquo;autre classification. Surtout, il y a rupture de substance avec 9\/11.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est de cette rupture de substance que nous voulons parler ici. Nous voulons aborder le principal sujet de la p\u00e9riode, dans tous les esprits et chez tous les planificateurs: la guerre et les changements extr\u00eamement profonds qui l&rsquo;ont transform\u00e9e d\u00e8s le 11 septembre 2001.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement du XXe si\u00e8cle transform\u00e9 en non-\u00e9v\u00e9nement<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La guerre est, par son ampleur destructrice, sa capacit\u00e9 de nuisance d\u00e9stabilisatrice, le principal \u00e9v\u00e9nement de ce soi-disant \u00ab\u00a0court XXe si\u00e8cle\u00a0\u00bb. Que ce soit la Grande Guerre, qui \u00e9puisa l&rsquo;Europe et bouleversa l&rsquo;ordre des puissances dynastiques et imp\u00e9riales europ\u00e9ennes en permettant l&rsquo;apparition de l&rsquo;acteur am\u00e9ricain et l&rsquo;\u00e9mergence de la subversion communiste; que ce soit la Seconde Guerre mondiale, qui acheva la liquidation des puissances europ\u00e9ennes au profit des USA et d\u00e9clencha la d\u00e9colonisation; que ce soit la Guerre froide, qui paralysa les relations internationales et permit \u00e0 la m\u00e9canique de l&rsquo;armement d&rsquo;imposer la terreur de l&rsquo;an\u00e9antissement. Entre les guerres ou parall\u00e8lement \u00e0 ces guerres, d&rsquo;autres formes de conflit d\u00e9veloppaient les liquidations de masse, avec toutes les formes de d\u00e9stabilisation qui en d\u00e9coulent. On peut avancer l&rsquo;id\u00e9e que la m\u00e9canisation de la guerre, par l&rsquo;ampleur des destructions qu&rsquo;elle autorise, a permis au quantitatif en toutes choses de supplanter le qualitatif. C&rsquo;est le caract\u00e8re m\u00eame du \u00ab\u00a0court XXe si\u00e8cle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le paroxysme de cette importance essentielle de la guerre m\u00e9canique, parvenu quasiment au stade de l&rsquo;automatisme, fut atteint avec le caract\u00e8re central de la Guerre froide, illustr\u00e9 notamment par la crise de Cuba: on y voit les deux adversaires d\u00e9sign\u00e9s se battre \u00ab\u00a0c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te\u00a0\u00bb pour tenter de repousser la marche semblant in\u00e9luctable vers l&rsquo;an\u00e9antissement r\u00e9ciproque. Nous pourrions ainsi avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se que \u00ab\u00a0court XXe si\u00e8cle\u00a0\u00bb, au lieu d&rsquo;\u00eatre le si\u00e8cle des id\u00e9ologies, fut encore plus celui de l&rsquo;invasion de la m\u00e9canisation et de l&rsquo;automatisme de la guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;effet principal de ces ph\u00e9nom\u00e8nes fut une transformation des psychologies. Le principe fameux de Clausewitz de la guerre comme \u00ab\u00a0continuation de la politique par un autre moyen\u00a0\u00bb se transforma et devint la guerre comme \u00ab\u00a0liquidation de la politique par tous les moyens\u00a0\u00bb, &mdash; la politique, dans ce cas, dans le sens le plus large, impliquant finalement toute forme de vie organis\u00e9e. La crise des euromissiles de 1979-83 et les protestations contre la guerre nucl\u00e9aire, symbolis\u00e9es et port\u00e9es par le succ\u00e8s du film t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 <em>The Day After<\/em> (1981), indiquent le paroxysme de la crise psychologique \u00e0 cet \u00e9gard. Parall\u00e8lement, les progr\u00e8s des armes conventionnelles, avec leurs consid\u00e9rables capacit\u00e9s de destruction, pr\u00e9tendument faites pour \u00e9carter l&rsquo;impossibilit\u00e9 de faire la guerre avec le nucl\u00e9aire,avait abouti en fait \u00e0 son contraire : le caract\u00e8re \u00ab\u00a0impensable\u00a0\u00bb de la guerre nucl\u00e9aire s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tendu \u00e0 la guerre conventionnelle de haut niveau, retrouvant la perception n\u00e9e de la Grande Guerre qu&rsquo;un conflit conventionnel pouvait effectivement rec\u00e9ler ce m\u00eame caract\u00e8re de catastrophe humanitaire mena\u00e7ant l&rsquo;\u00e9quilibre d&rsquo;une civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est cette psychologie transform\u00e9e qui, en 1989-91, crut \u00e0 l&rsquo;apparition d&rsquo;une nouvelle \u00e9poque. La chronologie qu&rsquo;on a esquiss\u00e9e rend bien mieux compte des ph\u00e9nom\u00e8nes qu&rsquo;on d\u00e9crit. Selon notre approche, c&rsquo;est bien au tournant de la fin des ann\u00e9es 1970 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, quand la \u00ab\u00a0seconde Guerre froide\u00a0\u00bb (\u00e0 partir de 1976-77) r\u00e9introduisit la possibilit\u00e9 d&rsquo;une guerre au plus haut niveau qui semblait avoir \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9e depuis la crise de Cuba, que cette perception de la \u00ab\u00a0guerre impossible\u00a0\u00bb (plus encore que la \u00ab\u00a0guerre impensable\u00a0\u00bb des analystes en strat\u00e9gie nucl\u00e9aire) toucha le public. Les dirigeants en prirent tr\u00e8s rapidement conscience. La p\u00e9riode dite de la \u00ab\u00a0<em>Soviet War Scare<\/em>\u00ab\u00a0, avec des menaces de d\u00e9clenchement de conflit autour de 1983-84, acheva de \u00ab\u00a0discr\u00e9diter\u00a0\u00bb le concept de guerre comme \u00e9tant devenu un encha&icirc;nement automatique pouvant d\u00e9boucher sur une guerre r\u00e9ciproque d&rsquo;an\u00e9antissement contre le gr\u00e9 des protagonistes. L&rsquo;activisme de Gorbatchev dans le domaine du d\u00e9sarmement, \u00e0 partir de 1985-86, est largement bas\u00e9 sur ce sentiment. La popularit\u00e9 internationale du dirigeant sovi\u00e9tique dans les ann\u00e9es 1986-89 est accord\u00e9 \u00e0 la perception qu&rsquo;il r\u00e9pondait, avec ses id\u00e9es de d\u00e9sarmement, \u00e0 une attente g\u00e9n\u00e9rale du public. On voit bien que le \u00ab\u00a0discr\u00e9dit\u00a0\u00bb du concept de guerre n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la chute de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique, mais qu&rsquo;il la pr\u00e9c\u00e8de tr\u00e8s largement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si l&rsquo;on accepte cette logique, on pourrait avancer que la guerre du Golfe (1990-91), avec son caract\u00e8re de grande guerre conventionnelle classique, est une tentative pour \u00ab\u00a0sauver\u00a0\u00bb le concept de guerre du discr\u00e9dit qui n&rsquo;a cess\u00e9 de l&rsquo;accabler tout au long du soi-disant \u00ab\u00a0court XXe si\u00e8cle\u00a0\u00bb. D\u00e9j\u00e0, d\u00e8s ce conflit, appara&icirc;t pourtant une caract\u00e9ristique de la nouvelle \u00e9poque: la crise des effectifs, sous diverses sortes de pression dont l&rsquo;une des plus importantes est la d\u00e9cision politique g\u00e9n\u00e9rale, non concert\u00e9e, de ne plus recourir \u00e0 la conscription pour alimenter les unit\u00e9s engag\u00e9es dans des conflits, puis, dans nombre de cas, l&rsquo;abandon de la conscription. L&rsquo;argument employ\u00e9 est significatif et doit faire s&rsquo;interroger sur le \u00ab\u00a0sort\u00a0\u00bb de la guerre: on ne craint plus des attaques massives contre le territoire national et, par cons\u00e9quent, la conscription, dont le principe est n\u00e9 dans les premi\u00e8res guerres nationales pures (autour de la R\u00e9volution fran\u00e7aise), ne se justifie plus. On pourrait \u00e9galement interpr\u00e9ter une d\u00e9cision de Gorbatchev de r\u00e9duire unilat\u00e9ralement les forces sovi\u00e9tiques en Centre-Europe de 200.000 hommes, \u00e0 la fin de 1988, comme un acte allant dans ce m\u00eame sens du retrait des effectifs des situations de guerre, ou de risque de guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les \u00ab\u00a0guerres\u00a0\u00bb qui suivent (apr\u00e8s celle du Golfe), les premiers conflits \u00ab\u00a0post-modernes\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0conflits de la 4\u00e8 G\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb), se caract\u00e9risent par l&#8217;emploi d&rsquo;effectifs r\u00e9duits (mais, bien entendu, hautement professionnalis\u00e9s). Il s&rsquo;agit des divers conflits des Balkans o&ugrave; les unit\u00e9s r\u00e9guli\u00e8res pr\u00e9sentes (celles des pays non parties dans la guerre, intervenant sous le drapeau ONU) \u00e9voluent au niveau des bataillons ou des r\u00e9giments au plus et ont des t\u00e2ches diverses, civiles autant que militaires; les parties en conflit, elles, s&rsquo;apparentent \u00e0 des ensembles disparates, m\u00e9langes de reliquat d&rsquo;arm\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res, de bandes irr\u00e9guli\u00e8res, de maquisards plus ou moins accoint\u00e9s avec des trafics divers, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La transition des ann\u00e9es 1990 (\u00e9poque Clinton) montre effectivement une \u00e9volution vers une situation in\u00e9dite. La \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb n&rsquo;est plus vraiment la guerre ; elle n&rsquo;est pas d\u00e9clar\u00e9e, elle est devenue, par essence, insaisissable et, m\u00eame, ind\u00e9finissable.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">On ne sait plus vraiment qui est l&rsquo;ennemi&#8230;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>On pourrait dire des guerres de l&rsquo;ex-Yougoslavie des ann\u00e9es 1990 qu&rsquo;il s&rsquo;agit de conflits civils, voire locaux, classiques, que les puissances cherchent \u00e0 contenir sans s&rsquo;y impliquer. Non seulement on pourrait le dire mais c&rsquo;est ce qui fut dit en g\u00e9n\u00e9ral, pourtant sans en exprimer toutes les implications.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un trait particuli\u00e8rement int\u00e9ressant de ces conflits est la question de savoir qui \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb la guerre, en ce sens de savoir qui la d\u00e9clenche et qui l&#8217;emporte, &mdash; en un mot, qui est le \u00ab\u00a0ma&icirc;tre de la guerre\u00a0\u00bb. On peut avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se, sinon le constat que les Occidentaux et les Russes tiennent ce r\u00f4le fondamental, beaucoup plus que les v\u00e9ritables \u00ab\u00a0combattants\u00a0\u00bb. En 1990, contrairement \u00e0 certaines r\u00e9\u00e9critures de l&rsquo;Histoire qui veulent pr\u00e9senter l&rsquo;Europe comme impuissante \u00e0 cette \u00e9poque, c&rsquo;est au contraire l&rsquo;Europe dans l&rsquo;\u00e9tat o&ugrave; elle se trouvait qui assume l&rsquo;essentiel de la responsabilit\u00e9. Les premiers engagements en Slov\u00e9nie, fin juin 1990, pouvaient \u00eatre ais\u00e9ment contenus par des forces europ\u00e9ennes. Fran\u00e7ais, Belges et Allemands s&rsquo;y \u00e9taient appr\u00eat\u00e9s, en proposant une intervention d&rsquo;un contingent pouvant aller jusqu&rsquo;\u00e0 15.000 hommes sous le drapeau UEO. Ce furent les Britanniques (ceux qui donneront plus tard des le\u00e7ons d&rsquo;interventionnisme) et les N\u00e9erlandais qui, d\u00e9but octobre, bloqu\u00e8rent d\u00e9finitivement cette initiative au sein de l&rsquo;UEO. Pour ces deux pays, intervenir en Europe sans la participation am\u00e9ricaine \u00e9tait quelque chose d&rsquo;impensable. On comprend \u00e0 cette lumi\u00e8re que le principal probl\u00e8me de l&rsquo;aggravation de la guerre de l&rsquo;ex-Yougoslavie n&rsquo;est ni les ambitions panserbes de Milosevic, ni les manigances des musulmans de Bosnie, mais, bien entendu, la sinistre com\u00e9die europ\u00e9enne des relations transatlantiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tous les actes d\u00e9cisifs de cette guerre furent \u00e9galement le fait des Occidentaux, &mdash; que ce soit l&rsquo;aggravation du conflit en Bosnie, \u00e0 cause des manoeuvres am\u00e9ricaines sabotant les processus de paix ONU (en fait, processus europ\u00e9ens) au profit des musulmans bosniaques ; que ce soit l&rsquo;intervention de 1995, d&rsquo;abord le fait des Fran\u00e7ais en mai-juillet, puis des Am\u00e9ricains (avec l&rsquo;OTAN comme cache-sexe) r\u00e9cup\u00e9rant la mise en ao&ucirc;t-septembre, jusqu&rsquo;au montage de l&rsquo;accord de Dayton. Quant au conflit g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;ex-Yougoslavie, on sait comment il se termina, par une \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb maniganc\u00e9e de bout en bout par les Occidentaux, sp\u00e9cialement par les Am\u00e9ricains, et sur la fin avec l&rsquo;aide des Russes faisant c\u00e9der Milosevic, sans que jamais on puisse parler de v\u00e9ritable \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb puisque sans la moindre intervention terrestre \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voila donc ce que devient la guerre. Nous aurions fortement tendance \u00e0 avouer notre r\u00e9ticence \u00e0 continuer \u00e0 employer le terme de \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb. Techniquement, tout cela peut encore faire illusion et les militaires, qui craignent beaucoup les incertitudes de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide s&rsquo;y emploient. Ils ne sont pas vraiment convaincants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette p\u00e9riode particuli\u00e8re, que nous voudrions d\u00e9finir comme charni\u00e8re entre la p\u00e9riode (commenc\u00e9e en 1976-81) qu&rsquo;elle ach\u00e8ve et celle qui commence le 11 septembre 2001, introduit un autre ph\u00e9nom\u00e8ne du plus grand int\u00e9r\u00eat. Ayant propos\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se que les vrais acteurs de la guerre sont les Occidentaux (avec les Russes dans cette circonstance) plus que les bandes sur le terrain, on la compl\u00e9tera par le constat que se pose alors la question de l'\u00a0\u00bbennemi\u00a0\u00bb; en d&rsquo;autres termes, l&rsquo;hypoth\u00e8se se r\u00e9sume \u00e0 la question de savoir qui est l&rsquo;ennemi&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout au long des divers \u00e9pisodes des conflits de l&rsquo;ex-Yougoslavie, les opinions et les \u00e9lites occidentales se d\u00e9chir\u00e8rent sur le point de savoir qui devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;ennemi. La question se posa avec la Slov\u00e9nie, face \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e f\u00e9d\u00e9rale (yougoslave); elle se posa avec le conflit bosniaque, o&ugrave; l&rsquo;ennemi pouvait \u00eatre les Serbes bosniaques, les bosniaque musulmans, voir les Croates qui jou\u00e8rent \u00e9galement un r\u00f4le; elle se posa encore avec ce qu&rsquo;il est coutume de d\u00e9signer comme \u00ab\u00a0la guerre du Kosovo\u00a0\u00bb, o&ugrave; l&rsquo;ennemi pouvait \u00eatre les Serbes, avec d&rsquo;ailleurs diverses nuances chez les Serbes (divers nationalistes, ex-communistes, d\u00e9mocrates, etc), o&ugrave; il pouvait \u00eatre \u00e9galement les Kosovars musulmans et albanophones, o&ugrave; il pouvait \u00eatre les Albanais eux-m\u00eames. On ajoutera \u00e9galement des conflits et affrontements p\u00e9riph\u00e9riques \u00e0 cette \u00ab\u00a0guerre du Kosovo\u00a0\u00bb, au Mont\u00e9n\u00e9gro, en Mac\u00e9doine, etc. La complexit\u00e9 de cette affaire, typique du conflit ex-yougoslave, ne doit pas nous effrayer. Seul importe ici le constat de la difficult\u00e9 d&rsquo;identifier l&rsquo;ennemi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si l&rsquo;on continue \u00e0 accepter l&rsquo;hypoth\u00e8se des puissances occidentales comme v\u00e9ritables acteurs de la guerre et si l&rsquo;on y ajoute la difficult\u00e9 de d\u00e9terminer l'\u00a0\u00bbennemi\u00a0\u00bb, on s&rsquo;apercevra que des notions aussi anciennes que les guerres nationales, telle la notion de \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb, n&rsquo;ont plus gu\u00e8re de fondement. Au nom de la nation et des int\u00e9r\u00eats de la nation, il n&rsquo;est plus possible de d\u00e9terminer que telle ou telle attitude correspond \u00e0 une trahison punissable de la peine supr\u00eame (la mort) dans la plupart des codes p\u00e9naux. On vit ainsi dans nombre de pays occidentaux, notamment en France, au Royaume-Uni et aux &Eacute;tats-Unis, les \u00e9lites se d\u00e9chirer au propos de savoir qui l&rsquo;on devait soutenir. La \u00ab\u00a0guerre du Kosovo\u00a0\u00bb (mais celle de Bosnie aussi, dans une moindre mesurer) est un exemple particuli\u00e8rement remarquable. L&rsquo;ennemi \u00e9tait-il le Serbe malgr\u00e9 qu&rsquo;il f&ucirc;t d\u00e9sign\u00e9 comme tel par les autorit\u00e9s des nations coalis\u00e9es? On pouvait avancer le contraire et organiser une aide concr\u00e8te, voire des actions de r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;attaque occidentale, sans pour autant parler de trahison, et sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Corollaire de ces divers points que nous rappelons ici, la \u00ab\u00a0guerre du Kosovo\u00a0\u00bb fut aussi l&rsquo;occasion d&rsquo;une innovation. En pr\u00e9liminaire \u00e0 l&rsquo;attaque, la secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat am\u00e9ricaine Madeleine Albright affirma, le 15 f\u00e9vrier 1999, qu&rsquo;il \u00e9tait justifi\u00e9 de tenir pour nulle et non avenue la question de la souverainet\u00e9 dans le cas de la Serbie. Albright annon\u00e7ait que, dans certains cas, dont seules certaines puissances, et m\u00eame une seule puissance (les USA bien s&ucirc;r) pouvai(en)t \u00eatre juge(s), la souverainet\u00e9 ne constituait plus un obstacle \u00e0 une intervention ext\u00e9rieure. Comme monsieur Jourdain avec la prose, Albright faisait de l&rsquo;attaque pr\u00e9ventive sans le savoir, &mdash; dans tous les cas, sans le dire.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La surprise 9\/11, surprise bien pr\u00e9par\u00e9e&#8230;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui pr\u00e9c\u00e8de, que nous avons volontairement plac\u00e9 dans une coh\u00e9rence et une perspective nouvelles qui va directement des ann\u00e9es 1976-81 jusqu&rsquo;\u00e0 septembre 2001, permet d&rsquo;\u00e9clairer diff\u00e9remment les \u00e9v\u00e9nements qui ont suivi l&rsquo;attaque du 11 septembre 2001. Il ne fait aucun doute que celle-ci sera retenue comme la borne historique d&rsquo;une nouvelle \u00e9poque, celle qui marque le d\u00e9but du \u00ab\u00a0vrai XXIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb. Par contre, on ne peut parler de \u00ab\u00a0rupture\u00a0\u00bb, comme font les Am\u00e9ricains qui affectionnent de confondre l&rsquo;Histoire tout court avec leur propre histoire. Les racines du post-9\/11 sont bien pr\u00e9sentes et m\u00eame prolif\u00e8rent dans la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente, celle qui court depuis les ann\u00e9es 1976-81.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lors du d\u00e9bat Kerry-Bush du 30 septembre, le candidat d\u00e9mocrate a eu un mot remarquable, dont la signification va bien plus loin qu&rsquo;il ne croit lui-m\u00eame sans doute. Parlant de l&rsquo;attaque contre l&rsquo;Irak en \u00ab\u00a0r\u00e9ponse\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;attaque du 11 septembre 2001, il a remarqu\u00e9 : &laquo; [It was] <em>like Roosevelt invading Mexico in response to Pearl Harbor.<\/em> &raquo; C&rsquo;est non seulement vrai mais, encore, ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement une erreur&#8230; Nous voulons dire par l\u00e0 que l&rsquo;image est juste mais qu&rsquo;il n&rsquo;est du tout assur\u00e9 pour autant qu&rsquo;elle d\u00e9crive une erreur compl\u00e8te. Nous sommes vraiment dans une \u00e9poque de \u00ab\u00a0grande Guerre\u00a0\u00bb contre on ne sait plus qui, une \u00ab\u00a0grande Guerre\u00a0\u00bb sans ennemi. Les conditions des ann\u00e9es 1990 qui portaient sur des conflits mineurs se sont transform\u00e9es quant \u00e0 l&rsquo;importance des conflits et la nature nouvelle des conflits s&rsquo;est confirm\u00e9e et s&rsquo;est m\u00eame radicalis\u00e9e. L&rsquo;apparition du terrorisme comme ennemi principal introduit un facteur d\u00e9cisif dans ce sens, celui qui nous manquait encore dans les ann\u00e9es 1990, sans aucun doute; plus encore avec le terrorisme \u00ab\u00a0globalis\u00e9\u00a0\u00bb, aux revendications incertaines, sans base nationales clairement identifi\u00e9e, \u00ab\u00a0organis\u00e9\u00a0\u00bb dans des organisations dont la caract\u00e9ristique principale est \u00e0 l&rsquo;image du reste (qui peut dire ce qu&rsquo;est r\u00e9ellement Al Qa\u00efda? Si Ben Laden existe encore ou s&rsquo;il existe vraiment, et quel r\u00f4le joue-t-il, etc?). Cela fait qu&rsquo;effectivement, aujourd&rsquo;hui une proportion respectable d&rsquo;Am\u00e9ricains (autour de 40%) croit que Saddam Hussein a particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;attaque du 11 septembre 2001: il s&rsquo;agit moins d&rsquo;un mensonge ou d&rsquo;une r\u00e9action d&rsquo;ignorance que l&rsquo;effet d&rsquo;une confusion g\u00e9n\u00e9rale, entretenue certes, mais existante d&rsquo;elle-m\u00eame d\u00e8s l&rsquo;origine, et \u00e9videmment r\u00e9sum\u00e9e par cette \u00e9trange question: l&rsquo;ennemi existe-t-il encore?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La situation actuelle est d&rsquo;autant plus path\u00e9tique qu&rsquo;il y a une \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb par la volont\u00e9 des hommes (&laquo; <em>We are at war<\/em> &raquo; s&rsquo;exclament stupidement tous les dirigeants de l&rsquo;establishment US apr\u00e8s l&rsquo;attaque du 11 septembre). La guerre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e le 11 septembre, et encore la \u00ab\u00a0plus grande guerre de tous les temps\u00a0\u00bb \u00e0 entendre certains, mais il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ennemi clairement identifi\u00e9, ou simplement identifi\u00e9, &mdash; sinon des entit\u00e9s renvoyant \u00e0 des incertitudes et \u00e0 des phantasmes (le terrorisme, l&rsquo;islamisme radical, les musulmans, etc). On m\u00e8ne des campagnes militaires superbes (19 mars-9 avril 2003 en Irak) aboutissant \u00e0 des situations catastrophiques. Des termes \u00e9tranges naissent, caract\u00e9ris\u00e9s par la contradiction jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;absurde (&laquo; <em>catastrophic success<\/em> &raquo;, d\u00e9finition de la campagne irakienne par son vainqueur de mars-avril 2003, le g\u00e9n\u00e9ral Tommy Franks).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9alit\u00e9 se mesure en actions destructrices, en ruines et en victimes incompr\u00e9hensibles (essentiellement civiles), en pratiques de plus en plus barbares (tortures, attitudes arbitraires), en comportements rh\u00e9toriques insens\u00e9s (pr\u00e9sence g\u00e9n\u00e9rale du mensonge, pr\u00e9pond\u00e9rance de l&rsquo;image sommaire sur l&rsquo;explication intelligible, construction de mondes artificiels par le virtualisme), en attitudes compl\u00e8tement conformistes (r\u00e9f\u00e9rence constante aux interpr\u00e9tations officielles dont on sait par ailleurs le caract\u00e8re substantiellement mensonger). La guerre a perdu sa coh\u00e9rence historique, sa fonction r\u00e9gulatrice de renouvellement des situations politiquement bloqu\u00e9es qui \u00e9taient sa seule justification acceptable. Clausewitz est KO debout.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Situation absurde, reflet d&rsquo;une crise bloqu\u00e9e<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Il ne faut pas s&rsquo;\u00e9tonner de l&rsquo;absence d&rsquo;ennemi, ni de la perte de la fonction r\u00e9gulatrice de la guerre (la guerre n&rsquo;est plus \u00ab\u00a0la continuation de la politique&#8230;\u00a0\u00bb, elle est devenue la destruction de la politique par tous les moyens). Il s&rsquo;agit d&rsquo;un point particuli\u00e8rement spectaculaire d&rsquo;une situation g\u00e9n\u00e9rale qui a sa coh\u00e9rence int\u00e9rieure, sa logique propre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La destruction de la guerre par absence d&rsquo;ennemi,&mdash; sa castration en un sens, transformant un \u00e9v\u00e9nement historique malheureux et cruel mais \u00e9ventuellement novateur en un d\u00e9sordre anti-historique sans but ni justification, n&rsquo;est pas un \u00e9v\u00e9nement isol\u00e9 et incompr\u00e9hensible. On ne fait ici qu&rsquo;explorer une facette de plus d&rsquo;une situation g\u00e9n\u00e9rale qu&rsquo;on peut caract\u00e9riser comme une crise de civilisation d&rsquo;une ampleur consid\u00e9rable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On conna&icirc;t bien d\u00e9sormais les caract\u00e9ristiques de cette crise de civilisation. En nous appuyant notamment sur des remarques de l&rsquo;historien des civilisations, le Britannique Arnold Toynbee (voir notre <em>Analyse<\/em>, Volume 17 n&deg;20 du 10 juillet 2002), nous d\u00e9veloppons l&rsquo;id\u00e9e que notre civilisation est parvenue \u00e0 un degr\u00e9 de blocage qui affecte l&rsquo;esp\u00e8ce en entier, et l&rsquo;Histoire par cons\u00e9quence, &mdash; ce serait \u00ab\u00a0l&rsquo;Histoire bloqu\u00e9e\u00a0\u00bb plus que \u00ab\u00a0la fin de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb. Toynbee a \u00e9mis l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il existe une sorte de continuit\u00e9 dans le d\u00e9filement des diff\u00e9rentes civilisations, l&rsquo;une, d\u00e9clinante, le c\u00e9dant \u00e0 l&rsquo;autre, en plein essor, et la seconde reprenant en quelque sorte le flambeau de la premi\u00e8re l\u00e0 o&ugrave; il a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Manifestement, notre civilisation a pos\u00e9 le flambeau par terre, si l&rsquo;on accepte l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;image de \u00ab\u00a0flambeau\u00a0\u00bb repr\u00e9sente la capacit\u00e9 d&rsquo;une \u00e9volution civilisationnelle \u00e9quilibr\u00e9e, avec une \u00e9volution parall\u00e8le du progr\u00e8s mat\u00e9riel et du sens spirituel. Notre civilisation, elle, a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9garer ce parall\u00e9lisme \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle, avec le progr\u00e8s mat\u00e9riel en pleine acc\u00e9l\u00e9ration et le sens spirituel en pleine d\u00e9cadence. Il est en effet difficile de faire accepter l&rsquo;id\u00e9e que notre \u00e9poque, avec son id\u00e9al r\u00e9duit \u00e0 une morale scl\u00e9ros\u00e9e soumise \u00e0 un conformisme absolu de l&rsquo;esprit, et maintenue \u00e0 force malgr\u00e9 ses cons\u00e9quences catastrophiques dans la r\u00e9alit\u00e9 sur la vie sociale des hommes et sur leur niveau de culture, pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;homme un sens spirituel acceptable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, il ne semble gu\u00e8re y avoir de choix qu&rsquo;entre diff\u00e9rentes sortes de nihilisme, &mdash; principalement le nihilisme de l&rsquo;extr\u00e9misme int\u00e9griste (musulman, chr\u00e9tien, la\u00efc, etc) et le nihilisme du mercantilisme am\u00e9ricaniste, de loin le plus dangereux et le plus mortif\u00e8re. Notre civilisation est un \u00e9chec et elle demanderait \u00e0 \u00eatre remplac\u00e9e, comme le veut la th\u00e8se de Toynbee. Mais cela est impossible parce que, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce blocage du sens, on trouve une puissance technologique inou\u00efe, qui interdit \u00e0 toute autre force de civilisation de se manifester par les moyens habituels. (Personne ne peut reprendre le flambeau que nous avons pos\u00e9 \u00e0 terre.) De l\u00e0 toutes les tensions internes \u00e0 notre civilisation, notamment entre des conceptions europ\u00e9ennes et am\u00e9ricanistes, parce qu&rsquo;il appara&icirc;t en effet qu&rsquo;une modification, voire une rupture de notre civilisation bloqu\u00e9e, notamment pour permettre un d\u00e9blocage, ne peut plus venir que de l&rsquo;int\u00e9rieur de cette civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est \u00e9videmment dans ce contexte le plus large possible que nous inscrivons nos remarques sur l&rsquo;\u00e9volution du concept de \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb. De fa\u00e7on tr\u00e8s logique, la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb souffre aujourd&rsquo;hui des m\u00eames maux que notre civilisation. Derri\u00e8re une rh\u00e9torique pompeuse et scl\u00e9ros\u00e9e par un conformisme de fer, elle n&rsquo;a plus aucun sens dans la r\u00e9alit\u00e9, par incapacit\u00e9 d&rsquo;identifier un \u00ab\u00a0ennemi\u00a0\u00bb, par cons\u00e9quent par incapacit\u00e9 de faire na&icirc;tre des conditions nouvelles d&rsquo;un ordre satisfaisant. Nul n&rsquo;ignore, sauf les appr\u00e9ciations officielles, que les conflits de la fausse guerre de l&rsquo;ex-Yougoslavie ont d\u00e9bouch\u00e9 sur de fausses paix, qui ne font qu&rsquo;entretenir des situations de chaos larv\u00e9es o&ugrave; se d\u00e9veloppent toutes les situations possibles de d\u00e9structuration. Comme l&rsquo;Histoire et comme la civilisation elle-m\u00eame, la guerre est, aujourd&rsquo;hui, bloqu\u00e9e.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Volume 20, n&deg;04 du 25 octobre 2004 Depuis la \u00ab\u00a0seconde Guerre froide\u00a0\u00bb de la fin des ann\u00e9es 1970, la guerre a \u00e9volu\u00e9 d&rsquo;\u00e9trange fa\u00e7on. De \u00ab\u00a0fa\u00e7on de continuer la politique par un autre moyen\u00a0\u00bb, elle est devenue moyen de liquider la politique par tous les moyens. 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