{"id":66321,"date":"2005-04-13T00:00:00","date_gmt":"2005-04-13T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/04\/13\/inde-et-chine-ou-les-effets-inattendus-pour-washington-de-la-perception-americaniste-du-monde\/"},"modified":"2005-04-13T00:00:00","modified_gmt":"2005-04-13T00:00:00","slug":"inde-et-chine-ou-les-effets-inattendus-pour-washington-de-la-perception-americaniste-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/04\/13\/inde-et-chine-ou-les-effets-inattendus-pour-washington-de-la-perception-americaniste-du-monde\/","title":{"rendered":"<strong><em>Inde et Chine, ou les effets inattendus (pour Washington) de la perception am\u00e9ricaniste du monde<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Inde et Chine, ou les effets inattendus (pour Washington) de la perception am\u00e9ricaniste du monde<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t13 avril 2005  Observ\u00e9e d&rsquo;un point de vue ext\u00e9rieur et sans connaissance particuli\u00e8re de ses caract\u00e8res, mais avec un regard candide, l&rsquo;Am\u00e9rique appara\u00eetrait comme une puissance compl\u00e8tement paradoxale. Sa doctrine de puissance a toujours \u00e9t\u00e9, et certainement de fa\u00e7on explicite depuis 15 ans, d&#8217;emp\u00eacher l&rsquo;\u00e9mergence de puissances concurrentes, du document <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=936\" class=\"gen\">National Policy Guidance de 1992<\/a>, r\u00e9dig\u00e9 par Paul Wolfowitz sous l&rsquo;inspiration de son secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Dick Cheney, au document de base de la QDR 2005, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1412\" class=\"gen\">r\u00e9cemment publi\u00e9<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSa doctrine de puissance a \u00e9galement toujours conduit, dans le m\u00eame esprit, \u00e0 r\u00e9futer la simple possibilit\u00e9 d&rsquo;un monde multipolaire, au b\u00e9n\u00e9fice de la formule sacr\u00e9e de l&rsquo;unipolarit\u00e9 de fer de la puissance am\u00e9ricaine triomphante. Et voil\u00e0 que cette m\u00eame Am\u00e9rique vient de d\u00e9clencher un processus qui conduit \u00e0 une situation inverse, au moins pour la zone asiatique: la mise en avant de l&rsquo;Inde comme grande puissance du XXI\u00e8 si\u00e8cle avec une tentative (peu adroite) de rapprochement de ce pays et, par effet imm\u00e9diat, une tentative beaucoup plus convaincante de rapprochement entre la Chine et de l&rsquo;Inde. L&rsquo;Am\u00e9rique vient de cr\u00e9er, de fabriquer sous nos yeux le potentiel d&rsquo;une \u00e9norme puissance,  que ce soit l&rsquo;Inde ou l&rsquo;axe indo-chinois  n\u00e9gation par cons\u00e9quent de l&rsquo;unipolarit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Am\u00e9ricains, au moment de la visite de Condi Rice dans le sous-continent indien (fin mars), <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1419\" class=\"gen\">ont dit cette chose incroyable:<\/a> \u00ab <em> US unveils plans to make India major world power<\/em> \u00bb<D> Le fait est que la chose fut dite s\u00e9rieusement puisqu&rsquo;elle continue \u00e0 \u00eatre glos\u00e9e, avec le plus grand s\u00e9rieux. Un texte publi\u00e9 dans <a href=\"http:\/\/www.defensenews.com\/story.php?F=760210&#038;C=asiapac\" class=\"gen\">Defense News<\/a> le 4 avril, nous dit des choses extraordinaires l\u00e0-dessus, notamment en nous d\u00e9taillant par le menu les arri\u00e8re-pens\u00e9es am\u00e9ricaines qui sont de faire la promotion de l&rsquo;Inde-grande puissance pour l&rsquo;opposer \u00e0 la Chine,  c&rsquo;est-\u00e0-dire de conduire \u00e0 cette contradiction intrins\u00e8que d&rsquo;une Inde \u00e9lev\u00e9e \u00e0 un statut de puissance globale en lui assignant (?) un r\u00f4le r\u00e9gional : \u00ab <em>The administration of U.S. President George W. Bush wants a regional counterweight to China&rsquo;s rising influence and a strategic partner in economic growth, fighting terrorism, and spreading democracy.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa premi\u00e8re et imm\u00e9diate cons\u00e9quence de l&rsquo;intrusion am\u00e9ricaine dans le domaine indien a \u00e9t\u00e9 de transformer la visite de quatre jours (8-12 avril) du Premier ministre chinois en Inde. D\u00e9j\u00e0 attendue comme importante, elle s&rsquo;est transform\u00e9e en une proposition implicite mais historique d&rsquo;alliance entre l&rsquo;Inde et la Chine. Les ambitions chinoises ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cipitamment revues apr\u00e8s les d\u00e9clarations am\u00e9ricaines et avant la visite chinoise, sans pourtant que rien de sensationnel n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9,  il y avait suffisamment dans le programme de cette rencontre sino-indienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDiverses appr\u00e9ciations fixent l&rsquo;importance de cette visite, notamment un court rapport <a href=\"http:\/\/csmonitor.com\/2005\/0412\/dailyUpdate.html?s=mests\" class=\"gen\">du Christian Science Monitor<\/a> du 12 avril: \u00ab <em>India and China forge new relationship,  Former rivals make diplomatic and economic progress as both seek wider global roles.<\/em> \u00bb La formule est simple, l&rsquo;on dirait qu&rsquo;elle va de soi : \u00ab <em>The world&rsquo;s two most populous countries each recognized the right of the other to seek a larger role on the world stage. They publicly promised to make their relations that of partners, not rivals.<\/em> \u00bb Voici un commentaire interne (parlement europ\u00e9en) sur cette visite chinoise. Il date du 11 avril mais appara\u00eet compl\u00e8tement justifi\u00e9 pour faire mesurer l&rsquo;atmosph\u00e8re nouvelle r\u00e9gnant entre les deux pays,  y compris avec les r\u00e9serves qui naissent devant cette \u00e9volution, signe que nous sommes devant une \u00e9valuation r\u00e9aliste et nullement dans une situation virtualiste. Ce commentaire est chapeaut\u00e9 du titre \u00ab <em>Towards a strategic leadership to lead the world<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Wen and his 150-strong delegation <\/em>[&#8230;] <em>discuss how to expand trade between two of the world&rsquo;s largest economies, with the eventual establishment of a free trade zone on the agenda. The Chinese leader&rsquo;s first stop in India was the southern high-tech capital of Bangalore, home to such world-leading information technology firms as Infosys Technologies and Wipro and the flagship of India&rsquo;s technology aspirations. If India and China cooperate in the IT industry, we will be able to lead the world &#8230; and it will signify the coming of the Asian century of the IT industry, Wen said on Sunday. India also wants to discuss how the energy-hungry nations can cooperate in the race for stakes in foreign oil and gas projects. Narayanan said Prime Minister Singh may also take up India&rsquo;s concerns over Chinese missile technology help for rival Pakistan. Wen&rsquo;s visit is being welcomed as a chance to forge a new era in relations by some analysts, although some sections of industry remain wary of a flood of cheap Chinese imports, which have captured a significant share of low-end consumer sales in India. Over the past few years, many significant sections of Indian business and industry have shed traditional fears and suspicions, with some leading companies setting up operations in China, The Hindu said in an editorial. Increased trade and economic cooperation and people-to-people contacts between the two &lsquo;Asian giants&rsquo; hold the key to regional peace, stability, development and prosperity. All this will pave the way for a strategic partnership which China has proposed and India should grasp with both hands. Held back by years of suspicion, bilateral trade between two of Asia&rsquo;s biggest economies was less than $3 billion in 2000, but is expected to reach $30 billion by 2010.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0 donc une \u00e9trange situation, mais somme toute exemplaire de la politique am\u00e9ricaine. Celle-ci est fond\u00e9e sur un aveuglement qui n&rsquo;est pas celui du jugement mais de la psychologie. Les Am\u00e9ricains am\u00e9ricanistes (ce n&rsquo;est pas un pl\u00e9onasme, c&rsquo;est une pr\u00e9cision n\u00e9cessaire car ils ne le sont pas tous) sont incapables de percevoir le monde tel qu&rsquo;il est; ils per\u00e7oivent le monde \u00e0 partir du principe que l&rsquo;Am\u00e9rique est au-dessus et en-dehors du monde et a le pouvoir d&rsquo;arranger ce monde selon ses conceptions. Son intervention vers l&rsquo;Inde pour en faire une grande puissance du XXIe si\u00e8cle  n&rsquo;est pas la reconnaissance d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 que l&rsquo;am\u00e9ricanisme est incapable de percevoir, mais une habilet\u00e9 (?) de plus pour ordonner le monde selon la vision biais\u00e9e de ce m\u00eame am\u00e9ricanisme. L&rsquo;Inde sera ordonn\u00e9e grande puissance pour faire contrepoids \u00e0 la Chine (entre autres), point final.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[Ce cadeau fait \u00e0 l&rsquo;Inde, dont on attend qu&rsquo;elle se pr\u00e9cipite dessus et d\u00e9borde de reconnaissance, est d&rsquo;ailleurs assorti de conditions implicites. Il faut relire l&rsquo;article de <a href=\"http:\/\/www.iht.com\/articles\/2005\/04\/06\/opinion\/edmitra.html\" class=\"gen\">Pramit Mitra, dans The International Herald Tribune du 7 avril<\/a>, o\u00f9 il est recommand\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Inde de rompre ses liens avec l&rsquo;Iran et le Venezuela. Pramit Mitra est un Indien int\u00e9gr\u00e9 dans le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, au Center for Strategic &#038; International Studies de Washington : l&rsquo;am\u00e9ricanisme est donc un courant d&rsquo;id\u00e9es dans une psychologie particuli\u00e8re, qui ne touche pas que les Am\u00e9ricains de Washington et du syst\u00e8me. Ce type de remarques est compl\u00e8tement inspir\u00e9 par les centres de puissance de l&rsquo;am\u00e9ricaine, le d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat dans ce cas.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela est \u00e9videmment un peu court pour l&rsquo;Inde et pour la Chine, qui ne sont pas tomb\u00e9es de la derni\u00e8re pluie. Par contre, l&rsquo;effet obtenu est radical. Les Am\u00e9ricains ont obtenu, par r\u00e9action, la r\u00e9alisation par les acteurs impliqu\u00e9s, d&rsquo;abord que l&rsquo;intrusion de Washington impliquait pour eux une analyse rapide et s\u00e9rieuse du probl\u00e8me des rapports de puissance; ensuite que les tensions r\u00e9gionales indo-chinoises devaient \u00eatre re-examin\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re de ce nouveau facteur de la possible accession \u00e0 la puissance globale (de l&rsquo;Inde, mais aussi de la Chine), donc \u00e9ventuellement r\u00e9duites et m\u00eame \u00e9limin\u00e9es si des int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs nouveaux y poussaient. Par cons\u00e9quent, la proclamation de Washington (Inde, puissance globale) pourrait s&rsquo;av\u00e9rer fond\u00e9e, mais \u00e0 contre-sens de ce que Washington voulait, en allant jusqu&rsquo;\u00e0 cette possible alliance indo-chinoise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCons\u00e9quence : l\u00e0 o\u00f9 Washington pense avoir astucieusement r\u00e9arrang\u00e9 des rapports r\u00e9gionaux \u00e0 son avantage, il facilite l&rsquo;\u00e9mergence de nouvelles puissances globales et acc\u00e9l\u00e8re la marche vers la multipolarit\u00e9. Ce n&rsquo;est pas (encore) un fait politique mais c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 une lib\u00e9ration psychologique pour les deux acteurs indiens et chinois. Dans un monde fait de perceptions et de communications, c&rsquo;est l&rsquo;essentiel. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Inde et Chine, ou les effets inattendus (pour Washington) de la perception am\u00e9ricaniste du monde 13 avril 2005 Observ\u00e9e d&rsquo;un point de vue ext\u00e9rieur et sans connaissance particuli\u00e8re de ses caract\u00e8res, mais avec un regard candide, l&rsquo;Am\u00e9rique appara\u00eetrait comme une puissance compl\u00e8tement paradoxale. 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