{"id":66437,"date":"2005-05-23T00:00:00","date_gmt":"2005-05-23T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/05\/23\/critique-dune-vision-des-ambitions-francaises-europe-puissance-dans-le-cadre-du-referendum-sans-histoire-sans-complexe-sans-rien\/"},"modified":"2005-05-23T00:00:00","modified_gmt":"2005-05-23T00:00:00","slug":"critique-dune-vision-des-ambitions-francaises-europe-puissance-dans-le-cadre-du-referendum-sans-histoire-sans-complexe-sans-rien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/05\/23\/critique-dune-vision-des-ambitions-francaises-europe-puissance-dans-le-cadre-du-referendum-sans-histoire-sans-complexe-sans-rien\/","title":{"rendered":"<strong><em>Critique d&rsquo;une vision des ambitions fran\u00e7aises (\u201cEurope-puissance\u201d) dans le cadre du r\u00e9f\u00e9rendum: sans Histoire, sans complexe, sans rien<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Critique d&rsquo;une vision globale des ambitions fran\u00e7aises (Europe-puissance) dans le cadre du r\u00e9f\u00e9rendum: sans Histoire, sans complexe, sans rien<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tUn lecteur qui se pr\u00e9sente sous le nom de federico a eu l&rsquo;heureuse id\u00e9e de nous transmettre un texte de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;analyse Stratfor (Texas), en nous demandant notre avis (voir <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/forum.php\" class=\"gen\">le Forum sur ce site, \u00e0 la date du 21 mai<\/a>). L&rsquo;id\u00e9e est heureuse dans la mesure o\u00f9 elle nous permet de pr\u00e9senter une approche critique d&rsquo;une vision am\u00e9ricaine dite r\u00e9aliste, dont on peut croire qu&rsquo;elle refl\u00e8te certaines vues ou bien certaines intentions d&rsquo;influence,  ce sera \u00e0 nos lecteurs de choisir l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;ils privil\u00e9gient.<\/p>\n<h3>D&rsquo;abord, un mot sur Stratfor.<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tStratfor (pour Strategic Forecast), soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et commerciale d&rsquo;analyse strat\u00e9gique cr\u00e9\u00e9e au Texas, \u00e0 Austin, par George Friedman en 1996, a choisi comme canal de diffusion le r\u00e9seau Internet. Elle a acquis sa notori\u00e9t\u00e9 durant la guerre du Kosovo, en mars-juin 1999. L&rsquo;essentiel de ses collaborateurs et analystes, \u00e0 l&rsquo;origine, \u00e9tait constitu\u00e9 d&rsquo;analystes de la DIA (Defense Intelligence Agency) ayant quitt\u00e9 leurs postes en 1995-96 parce qu&rsquo;ils \u00e9taient en d\u00e9saccord avec la politique de s\u00e9curit\u00e9 nationale de l&rsquo;administration Clinton. Les liens existant entre les analystes de Stratfor et nombre de fonctionnaires rest\u00e9s en place expliquent notamment que cette soci\u00e9t\u00e9 disposa, pendant le conflit, d&rsquo;informations de premi\u00e8re main provenant de la Maison-Blanche. Stratfor acquit une audience consid\u00e9rable durant la p\u00e9riode, notamment \u00e0 l&rsquo;OTAN o\u00f9 le fonctionnaire moyen avait l&rsquo;impression enivrante de faire acte de subversion en allant consulter le site Stratfor (Stratfor \u00e9tait notablement critique de l&rsquo;intervention de l&rsquo;OTAN et, surtout, du comportement de l&rsquo;administration Clinton). C&rsquo;est \u00e0 partir de l\u00e0 que le site, qui passa en mode payant, devint une affaire florissante en m\u00eame temps qu&rsquo;une source d&rsquo;informations para-officielles, \u00e0 partir de sources gouvernementales, dans le parti r\u00e9publicain et dans certains secteurs des services de renseignement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tStratfor pr\u00e9sente ses informations dans un style sec, pr\u00e9tendant \u00e0 l&rsquo;objectivit\u00e9, volontairement d\u00e9pouill\u00e9 de toute approche qui pourrait sembler partisane. Ce style n&#8217;emp\u00eache pas l&rsquo;audace de la conception et de la projection, bien au contraire. L&rsquo;ensemble pr\u00e9tend \u00eatre, comme on dit, <em>authoritative<\/em>. Pour autant, selon notre point de vue, le contenu ne doit pas \u00e9chapper \u00e0 la critique, et m\u00eame d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il semble manifester par sa forme qu&rsquo;il n&rsquo;a pas \u00e0 se soumettre \u00e0 la critique. Cette question de forme est primordiale, et une marque de fabrique de l&rsquo;information de type am\u00e9ricain (anglo-saxon): le ton d\u00e9tach\u00e9 et assur\u00e9 semble garant de l&rsquo;objectivit\u00e9. C&rsquo;est le meilleur habillage possible pour faire passer une orientation partisane.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour savoir ce que la soci\u00e9t\u00e9 Stratfor pense d&rsquo;elle-m\u00eame, il suffit d&rsquo;aller sur le site <a href=\"http:\/\/www.stratfor.com\/about.php\" class=\"gen\">et d&rsquo;en lire la pr\u00e9sentation<\/a>. On peut assez bien la caract\u00e9riser par cet extrait : \u00ab <em>With its own proprietary network of on-the-ground sources around the world, Stratfor has been called a private-quasi CIA by Barron&rsquo;s, and cited by the mainstream media for its uncanny accuracy and ability to uncover the globe&rsquo;s best-kept secrets and predict world-changing events in ways that no one else can.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuoi qu&rsquo;il en soit, le texte qui nous est soumis m\u00e9rite de figurer comme un arch\u00e9type de l&rsquo;incapacit\u00e9 am\u00e9ricaine d&#8217;embrasser une situation autre qu&rsquo;am\u00e9ricaine  premi\u00e8re explication ; ou bien, arch\u00e9type de la volont\u00e9 am\u00e9ricaine de syst\u00e9matiquement d\u00e9former l&rsquo;Histoire \u00e0 son avantage,  deuxi\u00e8me explication. R\u00e9p\u00e9tons que le choix entre les deux explications est laiss\u00e9 au lecteur.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Le texte de Stratfor : lorsque vous avez la solution du probl\u00e8me, il suffit d&rsquo;arranger les donn\u00e9es du probl\u00e8me pour que le probl\u00e8me corresponde \u00e0 cette solution<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe grand handicap, ou le grand vide des Am\u00e9ricains, c&rsquo;est l&rsquo;Histoire. La caract\u00e9ristique de leur raisonnement, c&rsquo;est la manipulation des facteurs de chaque probl\u00e8me pour parvenir \u00e0 une solution d\u00e9termin\u00e9e largement avant de conna\u00eetre l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 du probl\u00e8me. La caract\u00e9ristique des raisonnements am\u00e9ricanistes s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;Histoire, c&rsquo;est de faire correspondre cette histoire \u00e0 un jugement pr\u00e9sent, pos\u00e9 \u00e9videmment avant de conna\u00eetre les donn\u00e9es historiques dont il d\u00e9pend.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa conclusion de l&rsquo;analyse de Stratfor est que la France a perdu toute chance de faire avancer son id\u00e9e et son ambition d&rsquo;Europe-puissance. Il faut donc maintenant chercher les faits historiques qui permettront de valider cette conclusion, au besoin en d\u00e9formant l&rsquo;histoire, au besoin en inventant les faits historiques. Pour que l&rsquo;analyse corresponde \u00e0 cette conclusion dans le cas que nous analysons, il faut qu&rsquo;il soit montr\u00e9 qu&rsquo;auparavant la France avait beaucoup plus de chances de faire triompher son ambition d&rsquo;Europe-puissance, qu&rsquo;elle a perdu peu \u00e0 peu ces chances, pour n&rsquo;en disposer aujourd&rsquo;hui de pratiquement plus aucune et pour faire par cons\u00e9quent attendre un avenir encore plus d\u00e9sesp\u00e9rant. (\u00ab <em>France stands at a crossroads and quite literally has no idea which path to follow.<\/em> \u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Histoire est mobilis\u00e9e pour cela. Elle forme m\u00eame le principal ingr\u00e9dient de la chose. Le r\u00e9cit historique que nous fait Stratfor des manipulations de l&rsquo;Europe par la France est stup\u00e9fiant. Le voici, avec cet extrait de l&rsquo;analyse (le texte complet est sur <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/forum.php\" class=\"gen\">notre site, rubrique Forum, 21 mai<\/a>) qui couvre approximativement la p\u00e9riode de 1945 \u00e0 1969-73.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>When the French government first jumped into the European experiment in the early days after World War II, the idea of a united Europe was simple: make another European war unthinkable. After France&rsquo;s initial postwar political stability issues were sorted out with the ascendance of Charles de Gaulle, however, the focus quickly changed.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Under Gaullism, the French sense of centrality, extant since the pre-1871<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tperiod, returned. Formerly, Paris was for all practical purposes the capital of Europe, even while the British were far more active in global affairs. The reascendance in French political thought of the importance of French power left Paris  and in particular, de Gaulle  outraged at the political balance of the Cold War.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Far from calling the shots  or even having a say  in Europe, France found<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\titself relegated to the sidelines as just another European state undergoing massive American-funded and -directed reconstruction. Washington created the Bretton Woods system to manage European economic affairs. Washington created NATO to manage European security affairs. Politics were left to the Europeans so long as they did not clash with either Bretton Woods or NATO. For a Gaullist, such an arrangement was intolerable.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>De Gaulle&rsquo;s reaction was twofold. First, France needed to take command of its<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\town security affairs, so in 1966, Paris withdrew from the NATO Military Committee, ordering NATO forces off French soil. Second, it needed a potential counterweight to the United States. Something that could in time ultimately challenge the West&rsquo;s superpower.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>At first, everything went blissfully according to plan. France&rsquo;s original five European partners  Belgium, Germany, Italy, Luxembourg and the Netherlands  perhaps represented the perfect match for France&rsquo;s geopolitical ambitions. The Low Countries  ravaged in both world wars  were in no mood to rock the boat and demand much of anything. And given their diminutive size, France had little problem overshadowing them politically.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>As for the other two, Western attitudes toward German behavior during the<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSecond World War ensured that Bonn would spend at least a generation apologizing for its actions, allowing Paris to slip into Germany&rsquo;s shoes and speak for Bonn, too. Finally, there was Italy which was, well, Italy.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>And so in this little Europe, the French had their first soapbox. Paris wasted no time in working to establish a middle ground between Washington and Moscow. A key policy of the time were efforts to convince their European partners that American security guarantees were meaningless, and that Europe should seek an accommodation with the Soviets under a French-led security partnership.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Critique du texte de Stratfor : une version hollywoodienne montrant la France fabriquant, manipulant et agen\u00e7ant l&rsquo;Europe \u00e0 son go\u00fbt jusqu&rsquo;en 1973<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;extrait ci-dessus est pav\u00e9 d&rsquo;inexactitudes si grotesques qu&rsquo;elles vous en coupent le souffle. Qualifier la p\u00e9riode de la France entre 1945-46 (d\u00e9part de De Gaulle) et 1958 (retour de De Gaulle) de \u00ab <em>France&rsquo;s initial postwar political stability<\/em> \u00bb,  ce qui serait ainsi une d\u00e9finition de la IV\u00e8me R\u00e9publique en p\u00e9riode de stabilit\u00e9 politique  est \u00e9videmment d&rsquo;un grotesque complet. Mentionner en passant que les <em>Low Countries<\/em> (les Pays-Bas, non?) furent \u00ab <em>ravaged in both world wars<\/em> \u00bb alors qu&rsquo;ils furent neutres durant la Premi\u00e8re Guerre Mondiale et ne furent jamais inqui\u00e9t\u00e9s par aucun des bellig\u00e9rants, c&rsquo;est de l&rsquo;inculture du m\u00eame ordre, de l&rsquo;ordre du <em>fast food<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais le plus grossier et, sans doute, le plus scandaleux est dans l&rsquo;interpr\u00e9tation g\u00e9n\u00e9rale de la p\u00e9riode. L&rsquo;impression g\u00e9n\u00e9rale est de deux ordres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Version Stratfor: avant le retour de De Gaulle en 1958 (la p\u00e9riode de stabilit\u00e9!), rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 fait dans aucun sens, la France ne jouait plus aucun r\u00f4le : \u00ab <em>Far from calling the shots  or even having a say  in Europe, France found itself relegated to the sidelines as just another European state undergoing massive American-funded and -directed reconstruction. Washington created the Bretton Woods system to manage European economic affairs. Washington created NATO to manage European security affairs. Politics were left to the Europeans so long as they did not clash with either Bretton Woods or NATO. For a Gaullist, such an arrangement was intolerable.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela n&rsquo;a gu\u00e8re de sens sinon celui du contresens historique. Les Am\u00e9ricains n&rsquo;ont pas cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;OTAN comme ils ont fait Bretton Woods (et le plan Marshall, qui est curieusement oubli\u00e9). Le Trait\u00e9 de l&rsquo;Atlantique Nord de Washington, en avril 1949, est le r\u00e9sultat de pressions europ\u00e9ennes (successivement ou parall\u00e8lement le Britannique Bevin, le Belge Spaak et le Fran\u00e7ais Bidault) sur des Am\u00e9ricains plus que r\u00e9ticents \u00e0 s&rsquo;engager en Europe; la cr\u00e9ation de l&rsquo;OTAN (l&rsquo;organisation militaire du Trait\u00e9 de Washington) en 1952 \u00e9tait per\u00e7ue par les Am\u00e9ricains comme un arrangement temporaire dans sa structure initiale, une arm\u00e9e europ\u00e9enne sans direction politique europ\u00e9enne (la Communaut\u00e9 Europ\u00e9enne de D\u00e9fense, ou CED) devant prendre l&rsquo;essentiel des t\u00e2ches militaires tandis qu&rsquo;Eisenhower  pr\u00e9voyait un retrait US accompli pour 1960. Les Fran\u00e7ais (Schuman, Pleven), en \u00e9troite coordination avec les Am\u00e9ricains, furent les initiateurs des premi\u00e8res structures europ\u00e9ennes (la CECA et, surtout, la CED,  dont ils furent \u00e9galement les liquidateurs en 1954, sous le gouvernement de Pierre Mend\u00e8s-France qui n&rsquo;appr\u00e9ciait gu\u00e8re la CED). Pour une nation <em>sidelined<\/em>, ce n&rsquo;est pas si mal, m\u00eame si cela para\u00eet incoh\u00e9rent. (Pour la CED, il y a, en France, un changement d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit entre 1950 et 1954 en m\u00eame temps qu&rsquo;une conjonction des extr\u00eames,  PCF et gaullistes  pour liquider une arm\u00e9e europ\u00e9enne qui allait \u00eatre sous contr\u00f4le politico-militaire indirect des USA. On notera l&rsquo;\u00e9trange similitude entre la CED et la Constitution : la France \u00e0 la base des deux initiatives, puis revenant de plus en plus nettement sur cet engagement alors qu&rsquo;elle en r\u00e9alise les cons\u00e9quences.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Version Stratfor : de Gaulle, d\u00e8s son arriv\u00e9e en 1958, r\u00e9alise une OPA sur l&rsquo;Europe \u00e0 six, dont il fait un instrument anti-am\u00e9ricain. On place en parall\u00e8le l&rsquo;OPA sur l&rsquo;Europe et le retrait de l&rsquo;OTAN. L&rsquo;OPA sur l&rsquo;Europe est ainsi d\u00e9crite : \u00ab <em>At first, everything went blissfully according to plan. France&rsquo;s original five European partners  Belgium, Germany, Italy, Luxembourg and the Netherlands  perhaps represented the perfect match for France&rsquo;s geopolitical ambitions. <\/em>[&#8230;] <em>And so in this little Europe, the French had their first soapbox. Paris wasted no time in working to establish a middle ground between Washington and Moscow. A key policy of the time were efforts to convince their European partners that American security guarantees were meaningless, and that Europe should seek an accommodation with the Soviets under a French-led security partnership.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00e0 encore, compl\u00e8te tromperie historique, une sorte de rem\u00e2chage incroyable de la r\u00e9alit\u00e9 historique. Au contraire, de Gaulle trouva dans l&rsquo;Europe des six constitu\u00e9e en 1956 un obstacle r\u00e9solu sur la voie d&rsquo;une Europe ind\u00e9pendante. Les pays du B\u00e9n\u00e9lux, avec Spaak en premier, sabot\u00e8rent le plan Fouchet de 1961 pour une Europe politique, qui \u00e9tait la tentative de De Gaulle vers une Europe ind\u00e9pendante. L&rsquo;autre espoir du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle d&rsquo;une alliance fondamentale avec l&rsquo;Allemagne marcha tant qu&rsquo;Adenauer dura. D\u00e8s le trait\u00e9 de Paris sign\u00e9 d\u00e9but 1963, le Bundestag ajouta un pr\u00e9ambule qui \u00f4tait toute sa substance \u00e0 l&rsquo;accord. Adenauer quitta ses fonctions parall\u00e8lement. Fin 1963, l&rsquo;ambition d&rsquo;un axe franco-allemand ind\u00e9pendant \u00e9tait r\u00e9duite \u00e0 rien. En fait, la d\u00e9cision de retrait de l&rsquo;OTAN suit ces deux \u00e9checs du g\u00e9n\u00e9ral face \u00e0 une Europe compl\u00e8tement sous domination US (mise \u00e0 part l&rsquo;exception due \u00e0 la fascination r\u00e9ciproque Adenauer-de Gaulle, termin\u00e9e avec le d\u00e9part du vieux chancelier),  et, selon certaines interpr\u00e9tations, elle en est la cons\u00e9quence directe : puisqu&rsquo;on ne peut rien faire d&rsquo;ind\u00e9pendant avec l&rsquo;Europe, verrouillons l&rsquo;ind\u00e9pendance de la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Conclusion : la sp\u00e9cialit\u00e9 de r\u00e9\u00e9criture de l&rsquo;Histoire de la private-quasi CIA est \u00e0 l&rsquo;image des perceptions par l&rsquo;Am\u00e9rique du reste du monde<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe reste du raisonnement ne vaut m\u00eame pas qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate. A partir d&rsquo;une base aussi fausse, que peut-on donc en tirer sinon la preuve renouvel\u00e9e de la vision incroyablement d\u00e9form\u00e9e du reste du monde par les Am\u00e9ricains, experts en t\u00eate? Effectivement, \u00e0 partir du tableau peint par Stratfor des ann\u00e9es 1958-73 (date de l&rsquo;arriv\u00e9e du Royaume-Uni dans l&rsquo;Europe qui, para\u00eet-il, prive la France de son Europe ind\u00e9pendante), on ne peut qu&rsquo;aboutir \u00e0 la conclusion que l&rsquo;Europe d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, Trait\u00e9 de Nice ou Constitution, est un recul radical du r\u00eave de l&rsquo;Europe-puissance. On n&rsquo;a m\u00eame pas besoin d&rsquo;ajouter les sornettes sur le poids d\u00e9cisif de l&rsquo;arriv\u00e9e des 10 nouveaux, psychologiquement corrompus jusqu&rsquo;\u00e0 la moelle pour la plupart d&rsquo;entre eux, dirig\u00e9s par des <em>apparatchiks<\/em> reconvertis, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa version Hollywood-Stratfor de l&rsquo;Histoire qui d\u00e9termine tout le raisonnement est incroyablement fausse, pour permettre une conclusion avantageuse. Tr\u00e8s curieusement, elle charge la France de capacit\u00e9s qu&rsquo;elle n&rsquo;eut pas et r\u00e9duit l&rsquo;histoire de la p\u00e9riode \u00e0 quelques pirouettes inexpliqu\u00e9es et largement contradictoires. Si les USA ont tout \u00e0 dire en 1945-58 (\u00ab <em>Washington created the Bretton Woods system to manage European economic affairs. Washington created NATO to manage European security affairs. Politics were left to the Europeans so long as they did not clash with either Bretton Woods or NATO<\/em> \u00bb), comment la France r\u00e9ussit-elle, quasiment instantan\u00e9ment avec l&rsquo;arriv\u00e9e de De Gaulle, \u00e0 ranger de son c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;essentiel de l&rsquo;Europe? Abracadabra?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa r\u00e9alit\u00e9, pour les Europ\u00e9ens qui veulent en juger, est que la situation de s\u00e9curit\u00e9 (celle qui d\u00e9termine tout \u00e0 terme) des ann\u00e9es de la Guerre froide en Europe \u00e9tait si contraire aux ambitions fran\u00e7aises d&rsquo;une Europe ind\u00e9pendante que le capharna\u00fcm actuel est indiscutablement un progr\u00e8s. Les Fran\u00e7ais ne peuvent mesurer ce qu&rsquo;\u00e9taient le degr\u00e9 d&rsquo;alignement des pays europ\u00e9ens (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Italie, etc.) sur les USA, le poids de l&rsquo;influence impudente des USA, aux niveaux politique, bureaucratique, du renseignement et des forces arm\u00e9es, dans ces pays (\u00e0 cette \u00e9poque beaucoup plus pesante et omnipr\u00e9sente qu&rsquo;au Royaume-Uni). L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment \u00e9vident de changement depuis cette p\u00e9riode est le retrait partiel mais cons\u00e9quent des Etats-Unis d&rsquo;Europe \u00e0 la suite de la disparition de l&rsquo;URSS et la transformation de la position de la France, d&rsquo;une position structurelle ind\u00e9pendante tr\u00e8s forte mais isol\u00e9e \u00e0 une position d&rsquo;ind\u00e9pendance toujours aussi forte nourrissant une influence qui se d\u00e9veloppe \u00e0 mesure du retrait US.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[Pour illustrer le <strong>vrai<\/strong> changement intervenu, prenons un autre paragraphe de Stratfor qui conclut le rappel de la prise de position de 18 pays de l&rsquo;UE, huit \u00e0 l&rsquo;Ouest et dix \u00e0 l&rsquo;Est, approuvant la politique US en Irak en 2003 : \u00ab <em>Paris perceived the statements as betrayals of European (read: French) values and a (successful) challenge to the idea of French leadership. Suddenly, the entire European experiment had been turned on its head, and instead of Europe meekly allowing France to wax philosophic about the wonders of Parisian culture and statesmanship, a very different Europe began to take shape<\/em> \u00bb. Pour rendre compte de la r\u00e9alit\u00e9 historique et de l&rsquo;\u00e9volution dynamique de l&rsquo;ensemble europ\u00e9en, nous disons au contraire ceci: si la m\u00eame situation s&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e 30 ans plus t\u00f4t, la France aurait \u00e9t\u00e9 <strong>seule<\/strong> \u00e0 s&rsquo;opposer \u00e0 la politique US en Irak. <strong>Aucun<\/strong> autre pays europ\u00e9en (ni la Belgique, ni l&rsquo;Allemagne, ni le Luxembourg) n&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de la France, et il n&rsquo;y aurait pas eu de neutres,  la France seule, sans aucun doute (et encore, si VGE avait d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;opposer \u00e0 la politique US, ce qui n&rsquo;est pas du tout acquis, on s&rsquo;en doute). Le raisonnement de Stratfor n&rsquo;a aucun fondement, c&rsquo;est de la fiction pure \u00e0 plusieurs centaines de dollars (prix d&rsquo;un abonnement).]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour conclure, cette fois dans une logique hors-Stratfor, nous rappellerons que notre perception, \u00e0 la lumi\u00e8re de notre observation du fonctionnement de l&rsquo;Europe, est que l&rsquo;importance de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1443\" class=\"gen\">l&rsquo;influence est un \u00e9l\u00e9ment capital<\/a>. Dans les 25, la France, par sa puissance concr\u00e8te (structures ind\u00e9pendantes, poids militaire, poids technologique, etc) et par la puissance d&rsquo;influence de sa structure autonome, joue un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant, dans l&rsquo;absolu et encore plus dans la mesure o\u00f9 les structures resteront inter-\u00e9tatiques,  ce qui est notre conviction pour l&rsquo;avenir de l&rsquo;Europe, du point de vue de <strong> la r\u00e9alit\u00e9<\/strong>. Le fonctionnement de l&rsquo;Europe n&rsquo;est pas et ne sera jamais un fonctionnement d\u00e9mocratique, tout comme l&rsquo;int\u00e9gration culturelle et politique de l&rsquo;Europe ne sera jamais atteinte. M\u00eame \u00e0 six, ces ambitions pr\u00e9cises \u00e9taient quasiment inatteignables, si tant est qu&rsquo;elles aient \u00e9t\u00e9 dans l&rsquo;esprit des gens s\u00e9rieux. A 25, 27 demain, et encore plus apr\u00e8s-demain, c&rsquo;est tout dire<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est dans ce cadre-l\u00e0, dans cette perspective dynamique qu&rsquo;il faut appr\u00e9cier les chances d&rsquo;une Europe-puissance. Le reste est pure <em>wishful thinking<\/em> au mieux, pure propagande plus s\u00fbrement.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique d&rsquo;une vision globale des ambitions fran\u00e7aises (Europe-puissance) dans le cadre du r\u00e9f\u00e9rendum: sans Histoire, sans complexe, sans rien Un lecteur qui se pr\u00e9sente sous le nom de federico a eu l&rsquo;heureuse id\u00e9e de nous transmettre un texte de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;analyse Stratfor (Texas), en nous demandant notre avis (voir le Forum sur ce site,&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[3133,584,3135],"class_list":["post-66437","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-ced","tag-otan","tag-schuman"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66437","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66437"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66437\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66437"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66437"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66437"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}