{"id":66544,"date":"2005-06-26T00:00:00","date_gmt":"2005-06-26T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/06\/26\/revolution-revolution\/"},"modified":"2005-06-26T00:00:00","modified_gmt":"2005-06-26T00:00:00","slug":"revolution-revolution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/06\/26\/revolution-revolution\/","title":{"rendered":"R\u00e9volution? R\u00e9volution&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">R\u00e9volution? R\u00e9volution&#8230;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tDans un livre publi\u00e9 en 1996 <em>The Imperative of the American Leadership<\/em>, un des nombreux livres annon\u00e7ant la main-mise bruyante et arrogante du pouvoir am\u00e9ricaniste sur le monde, le n\u00e9o-conservateur Joshua Muravchik \u00e9crivit cette phrase \u00e9trange dans son introduction,  phrase dont il ne s&rsquo;explique pas dans le reste du livre, dont il ne s&rsquo;expliqua jamais depuis, nous voulons dire quant au fondement de sa signification: \u00ab <em>Aside perhaps for the French, the only people averse to American leadership are the Amercans.<\/em> \u00bb Certes, c&rsquo;est le <em>Aside perhaps for the French&#8230;<\/em> qui doit nous arr\u00eater.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tR\u00e9cemment (le 19 mai), Gareth Harding, chef du bureau europ\u00e9en d&rsquo;UPI (cette agence de presse appartient au groupe Moon, soutien de GW Bush et proche des n\u00e9o-conservateurs), publia un article intitul\u00e9: \u00ab <em>What&rsquo;s wrong with the French?<\/em> \u00bb. Il y d\u00e9taillait quelques aspects d&rsquo;un livre (Pourquoi les Fran\u00e7ais sont les moins fr\u00e9quentables de la plan\u00e8te [sic pour le titre]) plut\u00f4t de type <em>fast food<\/em> et pour les app\u00e9tits grossiers, o\u00f9 les rancoeurs et hostilit\u00e9s diverses contre les Fran\u00e7ais sont pr\u00e9sent\u00e9es en d\u00e9tails,  un vrai bouquin pour arguments du oui. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;article de Harding de d\u00e9nigrement syst\u00e9matique des Fran\u00e7ais \u00e9tait qu&rsquo;il commen\u00e7ait par trois paragraphes tr\u00e8s court constatant que l&rsquo;Europe ne peut rien faire sans la France (\u00ab <em>The very idea of an EU without France [&#8230;] is inconceivable to supporters of further European integration. The EU is plausible without Britain, but wholly implausible without France, says Andrew Duff, a British Liberal member of the European Parliament.<\/em> \u00bb) La veille, le correspondant \u00e0 Paris du Guardian, Jon Henley, avait \u00e9crit un article foudroyant pour ridiculiser et d\u00e9moniser les Fran\u00e7ais partisans du non, et d&rsquo;ailleurs les Fran\u00e7ais en g\u00e9n\u00e9ral (voir plus loin), pour terminer (derniers mots de l&rsquo;article) par cette remarque en fran\u00e7ais dans le texte: \u00ab <em>Quel magnifique pays quand m\u00eame.<\/em> \u00bb (Le cas de Henley indique bien le tourment de la psychologie que nous voulons illustrer; le titre et le sous-titre de l&rsquo;article sont les suivants: \u00ab <em>Alien nation  Half the French population is living on another planet in its resistance to the EU constitution<\/em> \u00bb  pourquoi passer de la condamnation du comportement de la moiti\u00e9 d&rsquo;une nation \u00e0 la mise \u00e0 l&rsquo;index de toute cette nation? Cela nous en dit long sur ce sentiment \u00e9trange de haine-passion \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la France, qui concerne l&rsquo;objet-France bien au-del\u00e0 d&rsquo;une seule circonstance de conjoncture [le r\u00e9f\u00e9rendum]).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBref,  les Fran\u00e7ais tourmentent le reste du monde, qui voudrait bien s&rsquo;ab\u00eemer dans quelque chose qui serait son illusion virtualiste m\u00e2tin\u00e9e d&rsquo;une douce servilit\u00e9 am\u00e9ricaniste. Pourtant, le reste du monde ne peut se passer de la France. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9vidence, le cas doit \u00eatre soumis au psychanalyste. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; Non que les Fran\u00e7ais eux-m\u00eames doivent y \u00e9chapper, au psychanalyste. Mais nous sommes pour l&rsquo;instant dans l&rsquo;Histoire et devons constater combien le monde entier maudit la France et semble incapable de s&rsquo;en d\u00e9tacher.<\/p>\n<h3>Le grondement du monde<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsque Muravchik \u00e9crit son livre, en 1994-95, effectivement le peuple am\u00e9ricain est r\u00e9tif et sa remarque se justifie. Le peuple am\u00e9ricain conna\u00eet ce que William Pfaff identifie en 1991 comme une crise d&rsquo;identit\u00e9, qui se marque par des sondages d\u00e9pressifs, des surprises politiques comme la d\u00e9faite de Bush-p\u00e8re en 1992 suivie par l&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;une majorit\u00e9 r\u00e9publicaine au Congr\u00e8s en 1994, contre ce pr\u00e9sident Clinton \u00e9lu comme le Messie en 1992. Cette sourde mais puissante rebiffe fut bris\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1996, avec les Jeux d&rsquo;Atlanta qui furent l&rsquo;occasion d&rsquo;une ivresse nationaliste extraordinaire, exprim\u00e9e sur un mode symbolique et virtualiste, sur fond de pseudo-mobilisation contre des attentats terroristes qu&rsquo;on n&rsquo;\u00e9lucida pas pour ne pas d\u00e9couvrir qu&rsquo;ils \u00e9taient bidons (destruction du Boeing 747 de la TWA). On peut consid\u00e9rer qu&rsquo;\u00e0 partir de cet \u00e9v\u00e9nement, qui encha\u00eena sur la r\u00e9\u00e9lection de Clinton, les Am\u00e9ricains entraient dans une succession de bulles virtualistes \u00e0 laquelle l&rsquo;attaque du 11 septembre n&rsquo;a pas mis fin, mais, au contraire, dans laquelle elle a impos\u00e9 la sienne, plus puissante et plus ferm\u00e9e, plus radicale encore que les pr\u00e9c\u00e9dentes. Le jugement sur les Fran\u00e7ais, lui, reste valable, comme le montrent des \u00e9v\u00e9nements divers et vari\u00e9s, dont la campagne du r\u00e9f\u00e9rendum est le dernier en date.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; Parce que, certes, d\u00e9signant l&rsquo;<em>American leadership<\/em> auquel les Fran\u00e7ais seraient r\u00e9tifs, Muravchik aurait pu aussi bien \u00e9voquer cette n\u00e9buleuse du pouvoir conformiste occidental soutenue par une \u00e9lite m\u00e9diatico-intellectuelle qui, \u00e0 certains moments, para\u00eet interchangeable de Washington \u00e0 Bruxelles, en passant par Paris. Il s&rsquo;agit du m\u00eame \u00e9tat d&rsquo;esprit, du m\u00eame conformisme impos\u00e9 comme valeur centrale des valeurs communes, dans cette sorte de rassemblement des centres de puissance (on le nomma un temps <em>the Washington consensus<\/em>) qui ont omis de se poser la question de leur l\u00e9gitimit\u00e9, donc de leur autorit\u00e9 dans le pouvoir qu&rsquo;ils manifestent au travers de leur puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe cadre bien connu, qu&rsquo;il faut rappeler constamment pour offrir une interpr\u00e9tation juste des \u00e9v\u00e9nements politiques, donne ses dimensions r\u00e9elles \u00e0 la campagne extraordinaire du r\u00e9f\u00e9rendum fran\u00e7ais, comme celles d&rsquo;une v\u00e9ritable r\u00e9volution. Pour l&rsquo;instant, on ne sait exactement qui sont les Jacobins, qui sont les aristocrates, qui sont les Chouans, et si cette r\u00e9volution trouvera son Thermidor. Les experts militaires am\u00e9ricains ind\u00e9pendants et r\u00e9formistes radicaux du groupe <em>Defense &#038; the National Interest<\/em>, comme William S. Lind, ont l&rsquo;habitude de d\u00e9signer le pouvoir am\u00e9ricaniste de Washington par l&rsquo;expression <em>Versailles on Potomac<\/em>, d\u00e9signant ainsi clairement le cadre et l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit de leur attaque contre ce pouvoir. La r\u00e9volte des Fran\u00e7ais pendant la campagne, y compris chez nombre de partisans du oui qui se forc\u00e8rent \u00e0 ce vote sans croire une seconde au texte qu&rsquo;ils soutenaient, fait partie des frimas de cette R\u00e9volution. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une R\u00e9volution qui menace le pouvoir transnational du monde occidental, et qui n&rsquo;a en r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;un seul obstacle \u00e0 franchir: comment s&rsquo;exprimer d&rsquo;une fa\u00e7on frappante et efficace, dans une \u00e9poque r\u00e9volutionnaire par elle-m\u00eame, o\u00f9 la r\u00e9volte ne peut plus s&rsquo;exprimer par le d\u00e9sordre de la rue, o\u00f9 la r\u00e9volte ne peut \u00eatre d\u00e9sordre parce que son ennemi est le d\u00e9sordre du syst\u00e8me?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Un affrontement entre deux volont\u00e9s<\/strong> \u00a0 D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, le r\u00e9f\u00e9rendum n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un pr\u00e9texte, et la campagne un champ de manoeuvre de ce pr\u00e9texte. Le seul argument vrai, mais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, des partisans du oui,  les vrais, ceux qui y croyaient,  a \u00e9t\u00e9 de dire: le r\u00e9f\u00e9rendum est clair, vous ne devez voter que sur la Constitution et rien d&rsquo;autre. On comprend cette angoisse: r\u00e9duire le probl\u00e8me \u00e0 un texte constitutionnel c&rsquo;est \u00e9videmment l&rsquo;escamoter, et c&rsquo;est pour cette raison que nul n&rsquo;a vu venir la temp\u00eate, parce qu&rsquo;au d\u00e9part tout le monde pensait que ce texte,  un de plus,  passerait comme une lettre \u00e0 la poste. Las, ils ont tous pens\u00e9 \u00e0 bien d&rsquo;autres choses, y compris nombre de partisans contraints du oui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est singuli\u00e8rement absurde, comme on l&rsquo;a fait ici et l\u00e0, de vouloir cat\u00e9goriser l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, de l&rsquo;\u00e9tiqueter, de l&#8217;empastiller (ce n\u00e9ologisme signifie dans notre esprit r\u00e9duire l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement \u00e0 des pastilles et il est aussi bienvenu pour sa proximit\u00e9 de prononciation avec embastiller). D\u00e9couper la chose en rondelles de gauche et de droite, de lib\u00e9raux et de non-lib\u00e9raux, etc., est singuli\u00e8rement r\u00e9ducteur. A faire cela, on perdra toute chance de l&#8217;embrasser convenablement et l&rsquo;on n&rsquo;y comprend plus rien. De m\u00eame, c&rsquo;est s&rsquo;y perdre que de persister \u00e0 en faire un \u00e9v\u00e9nement fran\u00e7ais, r\u00e9duit aux querelles de village qui parcourent depuis des lustres la m\u00e9diocre sc\u00e8ne politique fran\u00e7aise. Non, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement a une signification d&rsquo;une tr\u00e8s grande profondeur, qui d\u00e9passe les rangements convenus et les nationalit\u00e9s habituelles. C&rsquo;est un \u00e9v\u00e9nement transnational, europ\u00e9en par cons\u00e9quent mais \u00e9galement global, et il r\u00e9pond \u00e0 des tensions et des pressions de m\u00eame nature. L&rsquo;extraordinaire passion, \u00e0 la fois des commentateurs et du public, qui a entour\u00e9 et accompagn\u00e9 la campagne fran\u00e7aise, dans les autres pays europ\u00e9ens importants, t\u00e9moigne de ce caract\u00e8re transnational. Pour la premi\u00e8re fois sans doute de fa\u00e7on convaincante, l&rsquo;Europe a pens\u00e9 et d\u00e9battu \u00e0 l&rsquo;unisson, et tous les citoyens des pays europ\u00e9ens ont jug\u00e9 ensemble un seul \u00e9v\u00e9nement, et se sont passionn\u00e9s pour lui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela, en plus de la raison, invite \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation que nous tentons de donner de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Il appara\u00eet \u00e0 la fois justifi\u00e9 et \u00e9vident d&rsquo;en faire un de ces \u00e9v\u00e9nements historiques qui, par un hasard terrestre correspondant \u00e0 des tensions plus profondes et fondamentales, rejoint ces tensions pour les \u00e9clairer. La campagne du r\u00e9f\u00e9rendum, dont on voit bien qu&rsquo;il est tr\u00e8s fond\u00e9 d&rsquo;en attribuer l&rsquo;intensit\u00e9 \u00e0 un hasard technique (voir notre <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1668&#038;PHPSESSID=f26a477838b490884ca6001ab61b401c\" class=\"gen\">Analyse<\/a>), a \u00e9videmment recouvert pour l&rsquo;\u00e9clairer le grand d\u00e9bat de notre temps, le seul qui vaille. Il s&rsquo;agit du d\u00e9bat fondamental de notre civilisation lorsque les crises et leurs al\u00e9as sont \u00e9pur\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;essentiel; il s&rsquo;agit du d\u00e9bat sur l&rsquo;identit\u00e9, du d\u00e9bat au coeur de la bataille entre les forces d\u00e9structurantes (en gros, la globalisation) et le besoin inn\u00e9e de structures qui leur r\u00e9siste. C&rsquo;est de cela qu&rsquo;a parl\u00e9 la campagne du r\u00e9f\u00e9rendum et non d&rsquo;une Constitution. C&rsquo;est de cela que la France a parl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt pendant ce temps-l\u00e0,  qui, pendant tout ce d\u00e9bat, a song\u00e9 un instant, une seconde, \u00e0 ce qui nous est pr\u00e9sent\u00e9 depuis quatre ans par les experts et communicateurs officiels (il y en a de moins en moins, il faut dire), comme la crise centrale de notre civilisation,  c&rsquo;est-\u00e0-dire le terrorisme? O\u00f9 sont les choses essentielles?<\/p>\n<h3>R\u00e9volution postmoderne<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl nous semble compl\u00e8tement inappropri\u00e9 d&rsquo;attendre, dans les suites de cet \u00e9v\u00e9nement, des \u00e9v\u00e9nements d\u00e9stabilisateurs par le d\u00e9sordre, selon l&rsquo;habituelle d\u00e9finition qu&rsquo;on en donne. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est moins annonciateur de d\u00e9sordres que fondateur d&rsquo;une nouvelle forme d&rsquo;action, une nouvelle forme d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements,  ou bien, disons, d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements consid\u00e9r\u00e9s d\u00e9sormais comme des actes alors qu&rsquo;ils ne l&rsquo;\u00e9taient pas avant. Cette campagne s&rsquo;est faite sans manifestations, sans proclamation, sans d\u00e9ploiement de foules et manoeuvres de rues.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Comparons avec un \u00e9v\u00e9nement auquel la campagne du r\u00e9f\u00e9rendum est souvent compar\u00e9e: cette campagne s&rsquo;est faite au contraire de l&rsquo;entre-deux tours des pr\u00e9sidentielles de 2002, avec Chirac contre Le Pen. Devant l&rsquo;extraordinaire puissance, la profonde r\u00e9alit\u00e9 de la tension qui a parcouru la campagne du r\u00e9f\u00e9rendum, appara\u00eet l&rsquo;artificialit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements de l&rsquo;entre-deux tours d&rsquo;avril-mai 2002: \u00e0 la fois l&rsquo;artificialit\u00e9 du danger tel qu&rsquo;il fut identifi\u00e9 le soir du premier tour, et, par cons\u00e9quent, l&rsquo;artificialit\u00e9 des r\u00e9actions de foules, appels aux armes, mobilisation, etc., contre Le Pen entre les deux tours. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un immense th\u00e9\u00e2tre sanctionnant un \u00e9v\u00e9nement fabriqu\u00e9 de toutes pi\u00e8ces et vieux de vingt ans d&rsquo;\u00e2ge pour cette s\u00e9quence d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements,  la menace de l&rsquo;extr\u00eame-droite en France,  qui a toujours eu son usage pour litt\u00e9ralement d\u00e9tourner l&rsquo;attention, puisqu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 sa fabrication quasiment inconsciente r\u00e9pondait \u00e0 cela. Eh bien, et c&rsquo;est encore une marque d&rsquo;artificialit\u00e9, on n&rsquo;a pu repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9 de ce montage qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements du temps historique pr\u00e9c\u00e9dent: manifestation, mobilisation des masses, etc.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa campagne du r\u00e9f\u00e9rendum, telle qu&rsquo;elle s&rsquo;est faite, correspond \u00e0 une \u00e9volution naturelle, dans le sens de la logique. Il s&rsquo;agit du ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;une adaptation superbement r\u00e9ussie aux conditions impos\u00e9es par le syst\u00e8me qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 de fa\u00e7on radicale durant ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies: syst\u00e8me m\u00e9diatique, syst\u00e8me virtualiste, qui emp\u00eache les r\u00e9actions directes comme on les connaissait avant, en les d\u00e9samor\u00e7ant par l&rsquo;information qu&rsquo;il en donne, qui est aussit\u00f4t une interpr\u00e9tation qui d\u00e9forme l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et le r\u00e9duit le plus souvent \u00e0 la caricature de lui-m\u00eame. Aujourd&rsquo;hui, une de ces manifestations de rue qui, in <em>illo tempore<\/em>, pouvaient d\u00e9boucher sur des violences, une r\u00e9volte et plus encore, est d&rsquo;abord un acte de communication et, par le fait, se trouve cantonn\u00e9e \u00e0 cela; c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle est par d\u00e9finition contenue dans des bornes extr\u00eamement serr\u00e9es et tr\u00e8s identifi\u00e9es, et, par d\u00e9finition, elle ne peut d\u00e9passer l&rsquo;objet initial qui lui a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9; elle d\u00e9pend d&rsquo;une planification du pass\u00e9, elle est par cons\u00e9quent priv\u00e9e de capacit\u00e9s de surprise, de cr\u00e9ation, que ce soit par l&rsquo;un ou l&rsquo;autre moyen. Elle n&rsquo;est plus un \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertains ont fait cette adaptation inconsciemment, ou de fa\u00e7on inattendue, ou de fa\u00e7on int\u00e9ress\u00e9e (le <em>Daily Telegraph<\/em> du 22 mai pr\u00e9sentant un reportage sur la Corr\u00e9ze: \u00ab <em>La Correze, a lush region deep in rural France, has a proud tradition of saying No. The area refused to capitulate to the Nazis in the Second World War, its Communist resistance fighters earning it the nickname of Little Russia from the SS.<\/em> \u00bb),  et la campagne du r\u00e9f\u00e9rendum a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue par beaucoup comme un acte h\u00e9ro\u00efque de r\u00e9sistance. C&rsquo;est bien achever la transmutation: la repr\u00e9sentation m\u00e9diatique, voire virtualiste, devenue un acte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>L&rsquo; arroseur arros\u00e9 \u00a0<\/strong> La situation semble donc correspondre compl\u00e8tement \u00e0 ce pr\u00e9cepte fameux du vieux sage chinois que citent tous les strat\u00e8ges modernistes, selon lequel il faut savoir se servir de la force de l&rsquo;adversaire pour la retourner contre lui. Les populations se sont (inconsciemment) adapt\u00e9es \u00e0 la nouvelle situation instaur\u00e9e par le syst\u00e8me, o\u00f9 les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9els sont pass\u00e9s au filtre de plus en plus efficace de la communication (m\u00e9diatisme d&rsquo;abord, puis virtualisme, qui semble \u00eatre le stade supr\u00eame de la communication, comme le communisme l&rsquo;\u00e9tait du socialisme). L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement ne vaut plus que par son interpr\u00e9tation, son symbole, et la riposte, la r\u00e9sistance, doit \u00e9videmment prendre cela en compte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne r\u00e9action puissante et efficace aux pressions du syst\u00e8me d\u00e9pend des outils du syst\u00e8me. On le voit bien avec l&rsquo;exemple que nous essayons d&rsquo;examiner par ailleurs (voir encore notre <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1668&#038;PHPSESSID=f26a477838b490884ca6001ab61b401c\" class=\"gen\">Analyse<\/a>): la r\u00e9action n&rsquo;a pu prendre cette forme puissante et efficace qu&rsquo;\u00e0 cause de l&rsquo;existence des sondages, qui constituent une activit\u00e9 d&rsquo;une des branches essentielles du syst\u00e8me. La dramaturgie est mont\u00e9e \u00e0 cause des sondages. La panique, l&rsquo;angoisse, l&rsquo;ivresse, la r\u00e9volution des esprits, les hypoth\u00e8ses les plus folles, les plans B qui existent ou n&rsquo;existent pas, Giscard qui se voit en George Washington postmoderne puis qui se d\u00e9courage, tout cela est n\u00e9 et s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 cause des r\u00e9sultats des sondages. Cet exemple puissant, dont on comprend bien qu&rsquo;il est \u00e9galement un verrou herm\u00e9tique de la situation lorsqu&rsquo;il n&rsquo;est pas appr\u00e9hend\u00e9 pour ce qu&rsquo;il vaut dans l&rsquo;ordre du symbolique (le r\u00e9sultat du sondage pris pour une situation r\u00e9elle), nous indique combien la bataille publique a chang\u00e9 de forme. Le syst\u00e8me a gagn\u00e9 puisqu&rsquo;il a impos\u00e9 sa forme de perception du monde,  il a gagn\u00e9 mais il a peut-\u00eatre perdu. Le paradoxe est d\u00e9mocratiquement postmoderne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tYvan Roufiol journaliste fran\u00e7ais du <em>Figaro<\/em> perdu dans les pages du Wall Street <em>Journal<\/em> et bruyamment cit\u00e9 par William Kristol (on en verra plus l\u00e0-dessus, plus loin), \u00e9crivait le 24 mai que, quel que soit le r\u00e9sultat du r\u00e9f\u00e9rendum, la campagne avait d\u00e9j\u00e0 produit son \u00ab <em>effet lib\u00e9rateur<\/em> \u00bb, qu&rsquo;elle avait \u00ab <em>impos\u00e9 la libert\u00e9 de parole dans le d\u00e9bat politique fran\u00e7ais. Jusqu&rsquo;alors, l&rsquo;oligarchie politique et le politiquement correct de l&rsquo;effet group-think des m\u00e9dias<\/em> [dites virtualisme, c&rsquo;est plus court,  NDLR] <em>avaient r\u00e9duit au silence l&rsquo;esprit critique&#8230; La r\u00e9volte du peuple et son exigence de parler vrai ont balay\u00e9 la sc\u00e8ne politique archa\u00efque et le politiquement correct.<\/em> \u00bb Et Kristol de conclure cette citation et son \u00e9dito du <em>Weekly Standard<\/em> du 6 juin d&rsquo;un tonitruant (<em>in french in the text<\/em>) \u00ab <em>Vive la France!<\/em> \u00bb. Une Constitution europ\u00e9enne pour lire cela dans les colonnes de l&rsquo;hebdo des n\u00e9o-conservateurs, ce n&rsquo;est pas cher payer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa campagne du r\u00e9f\u00e9rendum a d\u00e9chir\u00e9 un voile qui obscurcissait une situation politique fran\u00e7aise et, par son \u00e9cho r\u00e9percut\u00e9, il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 que cette situation politique fran\u00e7aise pouvait tout aussi bien \u00eatre exemplaire de la situation du monde. Le cher et vieux pays est encore bon \u00e0 quelque chose. Bien s\u00fbr, on se pose la question de savoir si le voile ne va pas retomber. Question int\u00e9ressante mais pour l&rsquo;instant pr\u00e9matur\u00e9e. Avant d&rsquo;envisager une r\u00e9ponse, il faut observer les effets de cette \u00e9tonnante campagne de France ailleurs qu&rsquo;en Europe.<\/p>\n<h3>Vive la France, dit Kristol<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tBien,  il est vrai que le Vive la France de William Kristol nous a laiss\u00e9 une impression profonde. Dame, quand on sait ce que pensent les n\u00e9o-conservateurs de la France, en r\u00e9gime <em>group-think<\/em> de croisi\u00e8re&#8230; Pour autant, le texte de Kristol ne r\u00e9sout rien de ce qu&rsquo;on serait conduit logiquement \u00e0 en attendre. Il r\u00e9affirme plus que jamais la cause n\u00e9o-conservatrice et n&rsquo;est pas loin de vous prouver que le non fran\u00e7ais est un choix n\u00e9o-conservateur pour la France. Il cite bien entendu l&rsquo;in\u00e9vitable Sarkozy, en passe de devenir la seule r\u00e9f\u00e9rence positive connue des Am\u00e9ricains lorsqu&rsquo;ils parlent de la France. Kristol ignore bien entendu la r\u00e9elle signification du r\u00e9f\u00e9rendum fran\u00e7ais, renforc\u00e9, dans son onde de choc, par le r\u00e9f\u00e9rendum hollandais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tKristol confond tout. Par exemple, mais exemple qui nous int\u00e9resse, lorsqu&rsquo;il salue la lib\u00e9ration de l&rsquo;esprit public en France de l&rsquo;\u00e9touffement d&rsquo;un establishment de type stalinien, et qu&rsquo;il la met implicitement en parall\u00e8le avec la fin d&rsquo;un anti-am\u00e9ricanisme qui manifestement le d\u00e9sesp\u00e8re (le non au r\u00e9f\u00e9rendum est une chance \u00ab <em>for wider rethinking <\/em>[&#8230;of Europe&rsquo;s] <em>anti-Americanism and coolness to the cause of freedom and democracy around the world<\/em> \u00bb); tout cela est de la m\u00eame eau: le non qui attaque les vieilles structures du mod\u00e8le fran\u00e7ais, qui pr\u00e9pare l&rsquo;\u00e9closion \u00ab <em>of some fresh-thinking young (dare I call them) neoconservatives and neoliberals throughout Europe<\/em> \u00bb. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00e9trange ignorance de ce fait qu&rsquo;en Europe, et particuli\u00e8rement en France, toutes les forces install\u00e9es, l&rsquo;<em>establishment<\/em> lui-m\u00eame, nombre des partisans d&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 de dire &lsquo;oui&rsquo;, des Serge July aux Bernard-Henry Levy,  tous ceux-l\u00e0 sont, derri\u00e8re l&rsquo;apparente sophistication des salons parisiens, des partisans inconditionnels de l&rsquo;am\u00e9ricanisme et de la politique bushiste, et ils sont tous bien \u00e9videmment fascin\u00e9s par le courant n\u00e9o-conservateur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;int\u00e9r\u00eat du texte de Kristol n&rsquo;est pas dans ce qu&rsquo;il dit, qui est compl\u00e8tement \u00e0 contre-sens des r\u00e9alit\u00e9s fran\u00e7aises et europ\u00e9ennes, mais dans ce qu&rsquo;il exprime involontairement, venu du coeur de la citadelle de d\u00e9sinformation et de virtualisme qu&rsquo;est Washington. Il exprime une r\u00e9action presque involontaire de lib\u00e9ration, qui est celle qui a sans doute accompagn\u00e9 la d\u00e9marche de nombre d&rsquo;\u00e9lecteurs fran\u00e7ais, qui s&rsquo;est retrouv\u00e9e sans doute chez les Hollandais dont la sensibilit\u00e9 au vote fran\u00e7ais ne s&rsquo;est pas traduit dans leur choix du non mais dans leur participation consid\u00e9rable. Il y a, dans le texte de Kristol, m\u00eame si les arguments sont souvent sans fondement et d\u00e9testables, la restitution d&rsquo;un climat qui a finalement marqu\u00e9 les votes, qui est effectivement un climat de lib\u00e9ration. Cela est d&rsquo;autant plus \u00e9trange qu&rsquo;une telle sensation nous vienne d&rsquo;Am\u00e9rique, parce que cette lib\u00e9ration \u00e9prouv\u00e9e par le vote ne peut \u00eatre qu&rsquo;un sentiment de lib\u00e9ration vis-\u00e0-vis de l&#8217;emprise exerc\u00e9e par le complexe bureaucratique europ\u00e9en qui p\u00e8se sur les destins nationaux, et qu&rsquo;en mati\u00e8re de bureaucratie les Am\u00e9ricains sont encore mieux lotis que nous; et plus encore dans le cas des n\u00e9o-conservateurs qui ont toujours soutenu l&rsquo;affirmation de la puissance am\u00e9ricaine sont par cons\u00e9quent les partisans de cette bureaucratie. Peut-\u00eatre s&rsquo;agit-il de l&rsquo;inconscient (celui de Kristol) qui parle. Peut-\u00eatre le soutien des n\u00e9ocons \u00e0 la puissance US se paye-t-il de l&rsquo;\u00e9touffement venu du poids de la bureaucratie?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Les Am\u00e9ricains et le sens du non<\/strong>  C&rsquo;est entendu, les Am\u00e9ricains n&rsquo;entendent rien \u00e0 l&rsquo;Europe. Ils l&rsquo;ont montr\u00e9 une fois de plus, en confondant \u00e0 peu pr\u00e8s tout, sur les institutions, les pouvoirs, les degr\u00e9s d&rsquo;engagement des uns et des autres, etc. Par contre, on trouve chez certains d&rsquo;entre eux des commentaires montrant qu&rsquo;ils ont parfois parfaitement compris, et bien mieux que la plupart des commentateurs europ\u00e9ens, le sens r\u00e9el sinon cach\u00e9, mais certainement le plus significatif du non franco-hollandais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux exemples \u00e0 cet \u00e9gard nous permettront de renforcer certains \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;explication du r\u00e9sultat des deux consultations des 29 mai-1er juin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0George F. Will, l&rsquo;un des plus fameux et influents commentateurs am\u00e9ricains, n&rsquo;est certainement pas un ami des Fran\u00e7ais, ni davantage des Europ\u00e9ens lorsqu&rsquo;ils veulent s&rsquo;affirmer. C&rsquo;est un conservateur nationaliste qui a approuv\u00e9 la politique GW en Irak jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00e9cemment. Voici son analyse sur les votes probablement n\u00e9gatifs des Fran\u00e7ais et des Hollandais (l&rsquo;article est publi\u00e9 le 29 mai, avant que soient connus les r\u00e9sultats des deux r\u00e9f\u00e9rendums): \u00ab <em>If the French and Dutch reject the constitution, they will do so for myriad reasons, some of them foolish. But whatever the reasons, the result will be salutary because the constitution would accelerate the leeching away of each nation&rsquo;s sovereignty. Sovereignty is a predicate of self-government. The deeply retrograde constitution would reverse five centuries of struggle to give representative national parliaments control over public finance and governance generally.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Tony Blankley, autre commentateur (moins connu que Will), conservateur \u00e9galement, \u00e9crit le 1er juin dans le Washington <em>Times<\/em>,  en mettant en parall\u00e8le, curieusement mais de fa\u00e7on \u00e9clairante, plusieurs \u00e9v\u00e9nements de notre \u00e9poque et en assimilant, de fa\u00e7on r\u00e9v\u00e9latrice, la France \u00e0 l&rsquo;Europe dans son enti\u00e8ret\u00e9: \u00ab <em>But globalization and its reaction are the big facts of our era. The Islamist insurgency and terror is part of that reaction. Pat Buchanan&rsquo;s protectionism and America Firstism is part of that reaction. And Europe&rsquo;s vote Sunday is another form of the Great Reaction to globalization. In ways either benign or malignant, peaceful or violent, conservative or radical, the peoples of the world are beginning to defend their cultures against the cold, soulless intrusion of the globalizing leviathan. The struggle is only beginning. It will, in the end, transform our ways of life.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes deux commentateurs refl\u00e8tent un courant g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;appr\u00e9ciation qu&rsquo;on retrouve essentiellement chez les conservateurs, bushistes ou anti-bushistes: d&rsquo;une part la perception que la globalisation est un mouvement d\u00e9structurant qui menace l&rsquo;identit\u00e9 et la souverainet\u00e9 des peuples (ne leur dites pas que la globalisation est, pour l&rsquo;essentiel, un acte d&rsquo;am\u00e9ricanisation; nous sommes l\u00e0 au coeur de la contradiction am\u00e9ricaine, dans un pays o\u00f9 la pouss\u00e9e imp\u00e9riale est rien moins que naturelle, voire auto-destructrice); d&rsquo;autre part, la perception que la souverainet\u00e9 est effectivement la structure essentielle de d\u00e9fense des peuples contre les mouvements niveleurs qui d\u00e9truisent leur identit\u00e9&#8230; Comme d\u00e9finition du non franco-hollandais, devenu prestement un non europ\u00e9en, on ne peut mieux dire. M\u00eame dans les commentaires ext\u00e9rieurs, les scrutins europ\u00e9ens dispensent des ambigu\u00eft\u00e9s extr\u00eames, celles qui caract\u00e9risent en fait les relations transatlantiques. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Le pays r\u00e9el<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tAvis aux modernes, aux postmodernes et compagnie, ceux qui se d\u00e9lectent des chiffres moroses, en g\u00e9n\u00e9ral arrang\u00e9s par la presse qu&rsquo;il faut, sur l&rsquo;\u00e9tat calamiteux de la France: notre \u00e9poque,  votre \u00e9poque, celle que vous avez voulue,  est b\u00e2tie sur la seule perception. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque m\u00e9diatique, devenue virtualiste. Seule compte la perception, et non la r\u00e9alit\u00e9, et le grand jeu est d&rsquo;arranger cette perception \u00e0 son avantage. Parfois, les grands courants historiques que Joseph de Maistre pla\u00e7ait au compte de la Providence (providentialisme) r\u00e9apparaissent et, bien entendu, devant la faiblesse de la perception \u00e0 la place de la r\u00e9alit\u00e9 ils sont alors irr\u00e9sistibles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut effectivement qu&rsquo;ils le soient, irr\u00e9sistibles, ces grands courants, pour qu&rsquo;un \u00e9minent intellectuel britannique comme Timothy Garton-Ash, pro-europ\u00e9en \u00e0 la sauce mod\u00e9r\u00e9ment atlantiste, \u00e9crive, le 26 mai (ce qui est en fran\u00e7ais dans la citation l&rsquo;est dans le texte,  jamais autant les Britanniques n&rsquo;ont farci leurs textes de mots et d&rsquo;expressions en fran\u00e7ais, langue dans laquelle ils excellent m\u00eame s&rsquo;ils s&rsquo;abstiennent de le dire parce qu&rsquo;on n&rsquo;appr\u00e9cierait pas \u00e0 Washington): \u00ab <em>Fran\u00e7ais! Fran\u00e7aises! Ici Londres &#8230; Not since May 1940 has the rest of Europe looked with such attention and trepidation at what is happening in France. Sixty-five years ago, it was the future of a Europe at war that depended on the French. Now, it&rsquo;s the future of a Europe at peace.<\/em> \u00bb Au diable le oui, au diable le non, seuls nous importent ici l&rsquo;extraordinaire poids et l&rsquo;extraordinaire l\u00e9gitimit\u00e9 qu&rsquo;a acquis la France, en deux mois, dans la perception qu&rsquo;ont les gens de l&rsquo;avenir de l&rsquo;Europe. La France a \u00e9t\u00e9 r\u00e9install\u00e9e, dans la perception des gens (<em>bis repetitat<\/em>, car il ne faut pas avoir peur de se r\u00e9p\u00e9ter) au coeur de l&rsquo;Europe, comme le deus ex machina du destin europ\u00e9en, au moment o\u00f9 l&rsquo;on se demande quelle forme et quel poids l&rsquo;Europe aura dans le destin du monde. Cela, c&rsquo;est un fait politique d&rsquo;une immense importance,  puisque la politique, dans cette \u00e9poque, se r\u00e9sume souvent \u00e0 la perception.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe r\u00e9f\u00e9rendum a remis \u00e0 sa r\u00e9elle place l&rsquo;importance fondamentale des diff\u00e9rentes forces dans le cadre europ\u00e9en, comme moteur, comme centre, comme condition sine qua non si l&rsquo;on veut. Involontairement, tous les acteurs habituels du vaudeville politique europ\u00e9en ont tenu leur place dans cette mise en \u00e9vidence de la r\u00e9alit\u00e9 des forces qui s&rsquo;exercent en r\u00e9alit\u00e9; ils ont ainsi confirm\u00e9 la r\u00e9\u00e9mergence du sch\u00e9ma g\u00e9n\u00e9ral, qui implique notamment l&rsquo;absence dramatique de substance, donc de l\u00e9gitimit\u00e9, des \u00e9normes constructions bureaucratiques dont le postmodernisme accouche, et la persistance de la l\u00e9gitimit\u00e9 dans les racines historiques des entit\u00e9s et communaut\u00e9s issues effectivement de l&rsquo;Histoire,  et, \u00e0 cet \u00e9gard bien s\u00fbr, la France n&rsquo;est pas la Grande Nation pour rien. Autrement dit, le r\u00e9f\u00e9rendum, par la remise en perspective prodigieuse qu&rsquo;il a op\u00e9r\u00e9, nous a indiqu\u00e9 que les sch\u00e9mas et les structures que nous avions d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9s existaient toujours, et qu&rsquo;ils s&rsquo;imposaient comme premiers outils de r\u00e9sistance contre le mouvement d\u00e9structurant et anti-historique qui est d\u00e9cha\u00een\u00e9 depuis 1989\/91 ou\/et depuis le 11 septembre 2001.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>L&rsquo;Histoire n&rsquo;est pas finie<\/strong> \u00a0Ce qui pr\u00e9c\u00e8de nous conduit \u00e9videmment \u00e0 pr\u00e9ciser ce qui suit, par la logique de l&rsquo;\u00e9vidence, certes, mais aussi par celle de la mesure n\u00e9cessaire entre l&rsquo;accessoire et l&rsquo;essentiel. Il n&rsquo;est pas question ici de faire l&rsquo;apologie d&rsquo;une politique (fran\u00e7aise), d&rsquo;un dirigeant et\/ou homme d&rsquo;\u00c9tat (fran\u00e7ais),  si cette chose existe encore,  ni m\u00eame du peuple fran\u00e7ais, pour avoir vot\u00e9 comme il a vot\u00e9, ou pour nous avoir offert cette exceptionnelle campagne du r\u00e9f\u00e9rendum qui doit si peu \u00e0 la volont\u00e9 politique (fran\u00e7aise) qu&rsquo;elle n&rsquo;aurait pas exist\u00e9 sans l&rsquo;existence des sondages,  c&rsquo;est-\u00e0-dire sans un m\u00e9canisme qui ne peut en aucun cas \u00eatre li\u00e9 \u00e0 quoi que ce soit d&rsquo;historique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;est question ici d&rsquo;aucune apologie que ce soit, puisque rien, d\u00e9cid\u00e9ment, dans cette \u00e9poque profond\u00e9ment inf\u00e9conde, ne m\u00e9rite une d\u00e9marche apolog\u00e9tique. Il est question de tenter de distinguer si l&rsquo;on ne se trouve pas dans le processus de retrouver quelques grands courants historiques fondamentaux qui sont aujourd&rsquo;hui d&rsquo;autant plus identifiables que le rideau de fum\u00e9e de la politique terrestre et courante (fran\u00e7aise notamment) est presque translucide \u00e0 force d&rsquo;inexistence (sans doute est-ce la vertu de transparence dont ils se r\u00e9clament tous). Pour ce qui nous importe ici, le grand courant historique dont nous parlons est celui que la France repr\u00e9sente plus qu&rsquo;aucune autre nation et aucune autre communaut\u00e9, cette nation \u00e9tant la Grande Nation parce qu&rsquo;elle est la nation historique par essence, avec une pr\u00e9sence ontologique du pass\u00e9 comme aucune autre communaut\u00e9 de ce poids n&rsquo;en conna\u00eet. Le r\u00f4le de la France,  on dirait: r\u00f4le naturel, r\u00f4le d\u00e9passant les intentions id\u00e9ologiques et la volont\u00e9 politique,  ce r\u00f4le va de soi et d\u00e9passe toutes les tentatives faites pour le contenir, le subvertir et le transformer, et tentatives faites particuli\u00e8rement par les \u00e9lites fran\u00e7aises elles-m\u00eames, comme on a pu le voir dans leur comportement proche de l&rsquo;hyst\u00e9rie \u00e0 divers moments de la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui fut donc extraordinaire dans cette campagne, ce fut cet affrontement presque palpable, mesurable, entre le oui et le non, par sondages interpos\u00e9s, et ponctu\u00e9 par les d\u00e9bats de ceux qui \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 s&rsquo;exprimer. Bien entendu, ni le oui ni le non n&rsquo;importaient en substance, ni la Constitution europ\u00e9enne. Ce qui importait chaque jour davantage, c&rsquo;\u00e9tait la mise en \u00e9vidence que la campagne symbolisait \u00e0 merveille l&rsquo;affrontement gigantesque, depuis la fin du communisme et l&rsquo;affirmation virtualiste de l&rsquo;am\u00e9ricanisme (l&rsquo;affirmation imp\u00e9riale \u00e9tant un fait objectif depuis 1945), entre les deux forces qui entendent imposer l&rsquo;orientation de l&rsquo;Histoire. Car c&rsquo;est bien l\u00e0 la d\u00e9couverte de la campagne du r\u00e9f\u00e9rendum: les forces en action, qu&rsquo;elles s&rsquo;intitulent souverainistes, sociales, altermondialistes, etc., qu&rsquo;elles s&rsquo;intitulent m\u00eame forces de r\u00e9sistance, servent objectivement, sans qu&rsquo;il leur soit demand\u00e9 ni leur avis ni leur consentement, d&rsquo;infanterie plus ou moins l\u00e9g\u00e8re \u00e0 la force de structuration qui s&rsquo;oppose de plus en plus au mouvement de d\u00e9structuration g\u00e9n\u00e9ral en cours. Et le constat doit \u00eatre fait que c&rsquo;est la France qui offre le creuset le plus diversifi\u00e9, le plus riche, le plus efficace, pour regrouper ces divers bataillons. Une fois la chose identifi\u00e9e, les enjeux eux-m\u00eames s&rsquo;\u00e9clairent et tout devient simple, de la simplicit\u00e9 des grands \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<h3>Les tulipes souveraines<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Hollandais se sont employ\u00e9s \u00e0 nous faire comprendre que le vote des Fran\u00e7ais ne les avait en rien influenc\u00e9s. Les partisans du oui avaient fait de la francophobie un ultime argument de campagne. \u00ab <em>Nous ne sommes pas une province de la France, <\/em>avait dit le ministre des affaires \u00e9conomiques Brinkhorst. <em>Nous sommes un pays ind\u00e9pendant.<\/em> \u00bb C&rsquo;\u00e9tait ainsi montrer combien le oui est bien relatif dans sa pouss\u00e9e int\u00e9grationniste, et combien l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale reste un argument pour toutes les saisons du monde, de George F. Will \u00e0 Brinkhorst.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertes, le pourcentage du non chez les \u00e9lecteurs hollandais n&rsquo;a pas sembl\u00e9 varier entre le scrutin du 29 mai et celui du 1er juin; par contre, la participation a explos\u00e9, pour atteindre 62% pour un vote consultatif, performance absolument m\u00e9morable. De ce c\u00f4t\u00e9, notre religion est faite: c&rsquo;est bien le vote fran\u00e7ais qui est \u00e0 l&rsquo;origine de cette explosion de la participation, parce que le vote fran\u00e7ais a dramatis\u00e9 le d\u00e9bat, parce qu&rsquo;il l&rsquo;a rendu v\u00e9ritablement tragique. C&rsquo;est en cela qu&rsquo;on mesure la v\u00e9ritable influence: point tant en indiquant une orientation qu&rsquo;en faisant prendre conscience de l&rsquo;importance de l&rsquo;enjeu. De cette conscience form\u00e9e sortira la r\u00e9alisation des n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;orientation \u00e0 suivre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe ce point de vue qui est le seul qui doit nous arr\u00eater parce qu&rsquo;il va au coeur des choses, il y a une incontestable unit\u00e9 dans les deux votes n\u00e9gatifs. Les Hollandais ne sont pas les provinciaux des Fran\u00e7ais mais ils ont les m\u00eames pr\u00e9occupations fondamentales: la d\u00e9fense de leur identit\u00e9, l&rsquo;affirmation de leur ind\u00e9pendance souveraine. La Hollande est d&rsquo;ailleurs un bon cas \u00e0 cet \u00e9gard puisqu&rsquo;elle se d\u00e9finit elle-m\u00eame, avec une certaine fiert\u00e9 qui n&rsquo;est pas exempte d&rsquo;ironie, comme la plus grande des petites nations et la plus petite des grandes nations en Europe. Son vote est encore plus clairement nationaliste que celui des Fran\u00e7ais, alors que la r\u00e9putation faite aux Hollandais, et d&rsquo;ailleurs reconnue dans leur politique officielle, est lib\u00e9rale, proche des Anglo-Saxons, pro-am\u00e9ricaine. Cela ne signifie pas que telle ou telle Europe (selon la stupide classification vieille Europe-<em>new Europe<\/em>) trouve son compte dans le vote hollandais apr\u00e8s le vote fran\u00e7ais. Cela signifie que l&rsquo;unit\u00e9 des deux votes n\u00e9gatifs renvoie effectivement \u00e0 l&rsquo;immense bataille entre forces structurantes et forces d\u00e9structurantes, et que le non est effectivement une expression de la <em>Great Reaction to globalization<\/em> dont parle excellemment Tony Blankey. Nous sommes bien loin des concepts de droite et de gauche, d&rsquo;atlantisme et d&rsquo;europ\u00e9anisme. Nous sommes au coeur du seul probl\u00e8me qui importe aujourd&rsquo;hui o\u00f9, derri\u00e8re l&rsquo;apparente complexit\u00e9 des situations se d\u00e9gage une situation g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;antagonisme d&rsquo;une puret\u00e9 in\u00e9gal\u00e9e, renvoyant \u00e0 notre histoire commune des cinq derniers si\u00e8cles. Le v\u00e9ritable probl\u00e8me, le seul qui importe, c&rsquo;est de reconna\u00eetre et d&rsquo;identifier pr\u00e9cis\u00e9ment les termes de cet immense affrontement, et de d\u00e9terminer une politique en fonction de ces termes. Le vote  hollandais y a contribu\u00e9 \u00e0 sa fa\u00e7on, \u00e0 terme de fa\u00e7on peut-\u00eatre tr\u00e8s importante, essentiellement s&rsquo;il parvient \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer en Hollande une contestation in\u00e9vitable de la politique suivie par l&rsquo;establishment.<\/p>\n<h3>L&rsquo;Europe et son \u00e9nigme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tTout le monde juge en termes de rapports de force, selon l&rsquo;habitude du temps qui a fait de la force la seule r\u00e9f\u00e9rence. C&rsquo;est un cadeau de nos amis am\u00e9ricains. Ce n&rsquo;est peut-\u00eatre pas suffisant pour juger de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;Europe, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour l&rsquo;instant l&rsquo;\u00e9volution \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;Europe, tant les diverses manoeuvres et les coups fourr\u00e9s divers se font en fonction d&rsquo;une logique tordue et parfois selon un coup d&rsquo;oeil de billard \u00e0 quatre bandes. Cela veut dire que nous ne nous en tiendrons pas, pour tenter de mesurer l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;Europe et notamment le r\u00f4le de la France dans cette \u00e9volution, au concert de j\u00e9r\u00e9miades et d&rsquo;anath\u00e8mes qui a suivi le vote du 29 mai. D&rsquo;autre part, il faut \u00eatre conscient que la grandeur de l&rsquo;enjeu du scrutin telle que nous l&rsquo;estimons ne grandit pas \u00e0 mesure des acteurs, notamment l&rsquo;establishment fran\u00e7ais qui a charge de d\u00e9finir la politique du pays. Cela veut dire que l&rsquo;inconnue subsiste, de savoir si ceux qui en ont la charge sauront d&rsquo;abord distinguer puis saisir les opportunit\u00e9s que la France s&rsquo;est m\u00e9nag\u00e9e d&rsquo;infl\u00e9chir le destin de l&rsquo;Europe dans un sens plus affirm\u00e9, \u00e0 la fois pour l&rsquo;identit\u00e9 de ses composants (les nations), et pour l&rsquo;orientation de la collectivit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faudrait savoir, pour cela, qu&rsquo;en Europe rien ne vaut, pour une puissance centrale du continent,  et Dieu sait si la France l&rsquo;est,  une position d\u00e9fensive qui ne s&rsquo;exprime qu&rsquo;\u00e0 force d&rsquo;affirmations revendicatrices, parce qu&rsquo;\u00e0 partir d&rsquo;elle il s&rsquo;agit de promouvoir d&rsquo;abord ses int\u00e9r\u00eats et sa vision propre. Le Royaume-Uni, qui est une puissance (quoique moins centrale que la France), nous l&rsquo;a prouv\u00e9 pendant trente ans, ne ratant la possibilit\u00e9 d&rsquo;un triomphe \u00e0 cet \u00e9gard qu&rsquo;\u00e0 cause de l&rsquo;absurde politique pro-am\u00e9ricaniste de Blair depuis 2000-2001. Il faudrait que, paradoxalement, la France comprenne qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas le destin de l&rsquo;Europe mais qu&rsquo;elle n&rsquo;est que la France, donc que sa voie est de chercher \u00e0 peser sur ce destin europ\u00e9en plut\u00f4t que s&rsquo;y substituer en songeant aussit\u00f4t \u00e0 exiger d&rsquo;elle-m\u00eame des concessions pour y rallier les autres. Il faudrait que la France soit plus irresponsable d&rsquo;un point de vue europ\u00e9en, et plus responsable d&rsquo;un point de vue fran\u00e7ais. Il n&rsquo;est pas assur\u00e9 du tout que les dirigeants fran\u00e7ais actuels embrassent cette r\u00e9alit\u00e9, eux qui sont habitu\u00e9s \u00e0 mesurer la grandeur de la France dans la mesure de l&rsquo;existence de l&rsquo;Europe. C&rsquo;est cela que le vote n\u00e9gatif du 29 mai leur a reproch\u00e9, et non pas tel ou tel article de la Constitution. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut donc s&rsquo;attendre \u00e0 quelques p\u00e9rip\u00e9ties s\u00e9v\u00e8res avant que cette r\u00e9alit\u00e9 finisse par s&rsquo;imposer, plut\u00f4t qu&rsquo;esp\u00e9rer que le vote du 29 mai ait transform\u00e9 les perceptions. Si l&rsquo;on prend l&rsquo;hypoth\u00e8se pessimiste de l&rsquo;incompr\u00e9hension des dirigeants, on dira qu&rsquo;il faudra quelques s\u00e9v\u00e8res rebuffades subies par la France de la part de ses partenaires les plus exigeants et les plus irresponsables (notamment les nouveaux de l&rsquo;Est) pour qu&rsquo;elle finisse par en venir \u00e0 la r\u00e9alisation de sa v\u00e9ritable position. On l&rsquo;a vu quelques jours apr\u00e8s le 29 mai: les premi\u00e8res r\u00e9actions de ces partenaires-l\u00e0 \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;exiger plus de concessions des Fran\u00e7ais (et des Allemands) dans les domaines qui avaient directement provoqu\u00e9 le vote n\u00e9gatif du 29 mai. Le probl\u00e8me est bien l\u00e0: quand donc la direction fran\u00e7aise acceptera-t-elle d&rsquo;\u00eatre en Europe un acteur comme les autres, avec comme but de tenter d&rsquo;imposer ses conceptions aux autres?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Chirac saura-t-il dire non?<\/strong>  Les votes fran\u00e7ais et hollandais ont frapp\u00e9 l&rsquo;Europe institutionnalis\u00e9e comme une catastrophe, comme un cataclysme. Ils ont exprim\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on fracassante la question de l&rsquo;\u00e9nigme europ\u00e9enne, qui porte sur la possibilit\u00e9 ou non de l&rsquo;union de l&rsquo;Europe sur les bases choisies au d\u00e9part du processus, avec \u00e9videmment une pr\u00e9somption pour une r\u00e9ponse si n\u00e9gative qu&rsquo;on voit mal comment elle pourrait \u00eatre renvers\u00e9e. C&rsquo;est une question fondamentale qui existe depuis l&rsquo;origine et n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue de fa\u00e7on satisfaisante, notamment parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e. On ne peut plus l&rsquo;\u00e9carter une fois qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e, et de fa\u00e7on publique aussi forte qu&rsquo;elle le fut les 29 mai-1er juin,  si fortement que l&rsquo;identification de la question ne semble rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une mise en question.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9nigme europ\u00e9enne se cristallise en un homme et il devient alors lui-m\u00eame une \u00e9nigme de ce point de vue qu&rsquo;on a d&rsquo;aborder le probl\u00e8me. C&rsquo;est le pr\u00e9sident fran\u00e7ais. Chirac est devenu naturellement la cible de toutes les attaques, puisqu&rsquo;il est celui qui a d\u00e9clench\u00e9 la temp\u00eate de toutes les fa\u00e7ons qu&rsquo;on consid\u00e8re la chose et qu&rsquo;il se trouve n\u00e9cessairement mis au premier rang pour mater puis calmer cette temp\u00eate. Mais il n&rsquo;a pas (encore?) dit un seul mot, pris une seule d\u00e9cision qui pourrait constituer le d\u00e9but de la d\u00e9marche essentielle de reconna\u00eetre que la temp\u00eate qu&rsquo;il a d\u00e9clench\u00e9e recouvre la question fondamentale de l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;Europe,  laquelle se posait de toutes les fa\u00e7ons, et se serait pos\u00e9e par un autre moyen si cette temp\u00eate-l\u00e0 ne s&rsquo;\u00e9tait pas lev\u00e9e. C&rsquo;est au niveau europ\u00e9en que Chirac joue son va-tout, pas au niveau int\u00e9rieur o\u00f9 sa pr\u00e9sidence est unanimement proclam\u00e9e comme \u00e9tant pulv\u00e9ris\u00e9e. Mais c&rsquo;est au niveau int\u00e9rieur, consid\u00e9r\u00e9 comme une base de d\u00e9part, que le va-tout europ\u00e9en doit \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9, d&rsquo;abord en exprimant les r\u00e9elles conditions de la crise. Mais Chirac les conna\u00eet-il? A-t-il compris la r\u00e9elle signification de la crise, lui qui a dit avant le vote qu&rsquo; \u00ab <em>on ne peut \u00eatre europ\u00e9en et voter non<\/em> \u00bb? C&rsquo;est une partie de l&rsquo;\u00e9nigme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes premi\u00e8res r\u00e9actions officielles apr\u00e8s les deux catastrophes des 29 mai-1er juin ont \u00e9t\u00e9 ce qu&rsquo;il fallait attendre d&rsquo;une cat\u00e9gorie sociale, celle des hommes politiques europ\u00e9ens, marqu\u00e9e par le conformisme, l\u00a0\u00bb\u00e9go\u00efsme et une certaine acidit\u00e9 du jugement qui corrompt jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;objet qu&rsquo;il pr\u00e9tend embrasser. La crise montre combien l&rsquo;analogie avec Maistre et la r\u00e9volution est fond\u00e9e, notamment les hommes de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement europ\u00e9en&#8230; (\u00ab <em>On a remarqu\u00e9, avec grande raison, que la r\u00e9volution fran\u00e7aise m\u00e8ne les hommes plus que les hommes la m\u00e8nent. <\/em>[&#8230;] <em>Les sc\u00e9l\u00e9rats m\u00eames qui paraissent conduire la r\u00e9volution, n&rsquo;y entrent que comme de simples instruments&#8230;<\/em> \u00bb). Il est donc n\u00e9cessaire d&rsquo;attendre que les \u00e9v\u00e9nements illuminent eux-m\u00eames la r\u00e9alit\u00e9 de la situation boulevers\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa seule tactique de Chirac, c&rsquo;est d&rsquo;\u00e9ventuellement pouvoir faire comme le peuple fran\u00e7ais et affirmer qu&rsquo;il est pr\u00eat \u00e0 dire non. C&rsquo;est une tactique \u00e0 la de Gaulle, homme qui avait compris qu&rsquo;on se sert des \u00e9v\u00e9nements plus qu&rsquo;on ne les suscite, qu&rsquo;on ne les fabrique. Il y a, dans les circonstances pr\u00e9sente, une humilit\u00e9 et une simplicit\u00e9 n\u00e9cessaires apr\u00e8s que les peuples aient dit tout haut ce que jamais leurs dirigeants n&rsquo;ont os\u00e9 penser tout bas. Le comble de l&rsquo;habilet\u00e9 serait, pour un Fran\u00e7ais, de ne rien faire et de passer la patate chaude \u00e0 qui de droit,  \u00e0 l&rsquo;Anglais, naturellement&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9volution? 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