{"id":66612,"date":"2005-07-21T00:00:00","date_gmt":"2005-07-21T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/07\/21\/notre-raison-detre-2005-6\/"},"modified":"2005-07-21T00:00:00","modified_gmt":"2005-07-21T00:00:00","slug":"notre-raison-detre-2005-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/07\/21\/notre-raison-detre-2005-6\/","title":{"rendered":"Notre raison d&rsquo;\u00eatre-2005"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><em>dedefensa.org<\/em> et notre raison d&rsquo;\u00eatre<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Cet extrait de la rubrique <em>de defensa<\/em> de notre num\u00e9ro 20, Volume 20, du 10 juillet 2005, de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em>, nous semble assez bien correspondre, dans l&rsquo;esprit qu&rsquo;elle exprime, \u00e0 l&rsquo;esprit justement que nous avons voulu insuffler \u00e0 notre site <em>dedefensa.org<\/em> d\u00e8s l&rsquo;origine. Ce texte figure donc, \u00e0 la fois, pour votre information courante, autant que pour satisfaire votre curiosit\u00e9 intellectuelle \u00e0 propos de ce nous sommes, ou pr\u00e9tendons, ou esp\u00e9rons \u00eatre. On y trouvera, m\u00e9lang\u00e9s, curieusement pour certains, P\u00e9guy et les \u00ab\u00a0antimodernes\u00a0\u00bb, Joseph de Maistre, les avions de combat <em>Rafale<\/em> et JSF&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>__________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">La gloire d&rsquo;\u00eatre antimoderne<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nos lecteurs nous connaissent. Ils savent nos manies, nos tentations d&rsquo;\u00e9lan, nos ent\u00eatements d&rsquo;intuition. Parmi ces manies et ces ent\u00eatements d&rsquo;intuition, il y a un ouvrage r\u00e9cent, dont nous avons parl\u00e9 d\u00e9j\u00e0 (<em>Les antimodernes, de Joseph de Maistre \u00e0 Roland Barthes<\/em>, d&rsquo;Antoine Compagnon). Nous ne disons pas que cet ouvrage est un chef d&rsquo;oeuvre, &mdash; autre d\u00e9bat, qui importe peu ici, &mdash; nous disons qu&rsquo;il vient \u00e0 son heure, alors que l&rsquo;heure est si grave que jamais l&rsquo;histoire de notre civilisation n&rsquo;en a connu d&rsquo;aussi grave. Cela mesure l&rsquo;importance du travail de Compagnon: il nous offre une d\u00e9finition et une classification d&rsquo;une forme de pens\u00e9e dont la mission est aujourd&rsquo;hui de dynamiter, sans verser dans l&rsquo;outrance ossifi\u00e9e des adversaires acharn\u00e9s et exclusifs de tout mouvement, l&rsquo;avanc\u00e9e hyst\u00e9rique du modernisme jusqu&rsquo;\u00e0 la zone du suicide collectif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Important, le livre de Compagnon, parce qu&rsquo;il donne les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;une d\u00e9finition essentielle (celle des antimodernes). Gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments \u00e9pars dans son livre, nous recomposons peu \u00e0 peu cette d\u00e9finition. Elle nous appara&icirc;t comme donnant un sens, une mission, une orientation \u00e0 notre effort. (On a compris: \u00e0 <em>de defensa<\/em>, certes, nous nous targuons d&rsquo;avoir enfin trouv\u00e9 notre position: nous sommes des antimodernes.) L&rsquo;originalit\u00e9 du terme \u00ab\u00a0antimoderne\u00a0\u00bb, ce que Compagnon ne manque pas de mettre en avant continuellement, c&rsquo;est bien entendu de n&rsquo;\u00eatre pas un adversaire du moderne de fa\u00e7on syst\u00e9matique, ou adversaire du Progr\u00e8s pour dire autrement, mais bien d&rsquo;\u00eatre adversaire de ce que le moderne\/le Progr\u00e8s porte de d\u00e9cadence mortelle. Ainsi dit-il justement de P\u00e9guy, &mdash; \u00e0 placer comme un des tr\u00e8s importants antimodernes avec Maistre, Chateaubriand, Baudelaire, &mdash; qu&rsquo;il \u00e9tait &laquo; <em>probablement le seul authentique antimoderne <\/em>[NDLR: de son temps?], <em>antimoderne jusqu&rsquo;au jusqueboutisme, <\/em>[&#8230;] <em>le seul qui puisse dire \u00ab\u00a0nous modernes\u00a0\u00bb tout en d\u00e9non\u00e7ant le moderne.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous comprenons bien: P\u00e9guy (comme les autres de son acabit) est le gardien de ce qu&rsquo;il y a de grand et de n\u00e9cessaire dans le moderne et le Progr\u00e8s, et celui qui, par cons\u00e9quent, traque et d\u00e9nonce toutes les perversions qui, sous le label usurp\u00e9 de \u00ab\u00a0modernisme\u00a0\u00bb, pr\u00e9tendent \u00eatre des modernes. Elles n&rsquo;en sont pas, elles ne sont que des usurpatrices.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;avantage (!) de notre \u00e9poque est qu&rsquo;il y a fort peu de difficult\u00e9s \u00e0 distinguer la perversion du moderne, &mdash; \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qui s&rsquo;intitule \u00ab\u00a0modernisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0post\u00a0\u00bb ou pas, &mdash; et, par cons\u00e9quent, dans quel sens et comment il faut se battre. Il n&rsquo;y a plus, dans notre \u00e9poque un Bergson, &mdash; que P\u00e9guy soutient puis qu&rsquo;il d\u00e9nonce lors de la parution de <em>L&rsquo;\u00e9volution cr\u00e9atrice<\/em> en 1907, puis qu&rsquo;il soutient \u00e0 nouveau jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort au champ d&rsquo;honneur en septembre 1914 (effectivement, Bergson reste un vrai antimoderne); il n&rsquo;y a plus un Maritain, proche de Bergson et de P\u00e9guy avant d&rsquo;en devenir l&rsquo;adversaire en se figeant dans un n\u00e9o-catholicisme intransigeant, ou n\u00e9o-thomisme, qui rejette toute incursion de l&rsquo;intuition et r\u00e9duit l&rsquo;intelligence \u00e0 la seule Raison des dogmatiques de l&rsquo;&Eacute;glise. Tous ces hommes, antimodernes ou pas, avaient des vertus telles qu&rsquo;ils \u00e9taient des \u00ab\u00a0ma&icirc;tres\u00a0\u00bb, qu&rsquo;on pouvait s&rsquo;en remettre \u00e0 eux pour repr\u00e9senter les autres dans cette bataille de la civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb, ceux qui tiennent le haut du pav\u00e9, il n&rsquo;y a plus rien. Parler de l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;un P\u00e9guy, d&rsquo;un Bergson, d&rsquo;un Maritain aujourd&rsquo;hui, chez tous les petits marquis qui scribouillent dans les colonnes et les <em>talk shows<\/em> bien-pensants suscite \u00e9videmment rire attrist\u00e9 et sombre ironie. Le d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle glorieusement salu\u00e9 par les Bush, Blair &#038; compagnie, ressemble, compar\u00e9 au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle dans ce domaine, au grand d\u00e9sert ossifi\u00e9 o&ugrave; l&rsquo;esprit s&rsquo;est esclavag\u00e9 volontairement, s&rsquo;est encha&icirc;n\u00e9 au conformisme de la force temporelle la plus vile. Notre \u00e9poque est comme pour l&rsquo;officier fameux de Buzzati devant <em>le d\u00e9sert des Tartares<\/em>, &mdash; elle <strong>est<\/strong> <em>le d\u00e9sert des Tartares<\/em>. [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;esprit antimoderne, celui qui repr\u00e9sente la seule force d&rsquo;arr\u00eat de la folie perversement achev\u00e9e du modernisme, est en dissidence. On le trouve, &mdash; vous savez o&ugrave;, dans les publications semi-clandestines (celles qui n&rsquo;ont pas l&rsquo;honneur douteux des gros tirages), sur les r\u00e9seaux Internet&#8230; Le <em>samizdat<\/em> antimoderne est l\u00e0 et bien l\u00e0, mais s&rsquo;il sert d&rsquo;aiguillon et d&rsquo;inspirateur il ne peut plus servir d&rsquo;\u00e9tendard de ralliement. L&rsquo;influence d&rsquo;un Maistre, la gloire d&rsquo;un Chateaubriand, le flamboiement d&rsquo;un P\u00e9guy, chacun reconnu comme des ma&icirc;tres en leurs temps, sont aujourd&rsquo;hui choses impossibles, impensables, compl\u00e8tement absurdes. Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, &mdash; on s&rsquo;en passera.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 pourquoi nous avons fait si grand cas du r\u00e9f\u00e9rendum du 29 mai, que nous classons comme un mouvement antimoderne fondamental, &mdash; mouvement qui peut &laquo; <em>dire \u00ab\u00a0nous modernes\u00a0\u00bb tout en d\u00e9non\u00e7ant le moderne.<\/em> &raquo;, un P\u00e9guy recompos\u00e9 en mouvement de l&rsquo;Histoire. (Il aurait \u00e9prouv\u00e9 tant de juste fiert\u00e9 de se r\u00e9incarner en un \u00ab\u00a0mouvement de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb.) En un sens, le bon sens des peuples se substitue \u00e0 ces ma&icirc;tres absents d\u00e9sormais, qui n&rsquo;ont plus droit de cit\u00e9, qui avaient l&rsquo;honneur jusqu&rsquo;alors de dire en des termes philosophiques, litt\u00e9raires et po\u00e9tiques, le bon sens politique des peuples contre la folie des id\u00e9ologues et autres usurpateurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il se trouve qu&rsquo;avec ce dernier num\u00e9ro de notre volume 20, nous achevons le cycle de nos vingt premi\u00e8res ann\u00e9es (une pleine jeunesse, avant d&rsquo;autres cycles sans doute). Nous c\u00e9l\u00e9brerons comme il se doit, \u00e0 notre prochaine saison, l&rsquo;entr\u00e9e dans ce nouveau cycle. En juin-juillet 1985, nous avions publi\u00e9 des \u00ab\u00a0num\u00e9ros z\u00e9ro\u00a0\u00bb annon\u00e7ant <em>de defensa<\/em>. Le 20 juin 1985, nous \u00e9crivions ceci dans l&rsquo;\u00e9ditorial de l&rsquo;un de ces num\u00e9ros :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>&Eacute;coutez le metteur en sc\u00e8ne sovi\u00e9tique Andrei Tarkovski (&lsquo;Andrei Roublev&rsquo;). Il y a un an, il d\u00e9cidait de rester \u00e0 l&rsquo;Ouest. Il n&rsquo;avait plus sa \u00ab\u00a0libert\u00e9 cr\u00e9atrice\u00a0\u00bb en URSS. &Eacute;coutez-le aujourd&rsquo;hui: \u00ab\u00a0En Occident, tout le monde a ses droits; mais dans un sens int\u00e9rieur, spirituel, il existe sans doute davantage de libert\u00e9 en Union Sovi\u00e9tique. Plus je s\u00e9journe en Occident, plus je constate que l&rsquo;homme a perdu sa libert\u00e9 int\u00e9rieure.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tarkovski, mort depuis, \u00e9tait, \u00e0 sa fa\u00e7on, un antimoderne, et le combat de <em>De defensa<\/em> \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trac\u00e9 avec ces paroles pr\u00e9monitoires. Excusez-nous mais, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;indice Dow Jones, les discours de Barroso et la d\u00e9marche super-<em>cool<\/em> de Tony Blair, l&rsquo;homme aux armes de destruction massive plein les poches, &mdash; cela fait l\u00e9ger, et le s\u00e9millant XXI\u00e8me si\u00e8cle p\u00e2lit m\u00eame devant les feux du XX\u00e8me finissant.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Bataille entre \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le m\u00eame Compagnon d\u00e9crit bien la confusion qui accompagnait la \u00ab\u00a0bataille\u00a0\u00bb o&ugrave; figuraient P\u00e9guy, Bergson, Maritain. Il note: &laquo; <em>P\u00e9guy est bien conscient de la complexit\u00e9 des choses: la bataille contre Bergson, observe-t-il, est livr\u00e9e \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;envers\u00a0\u00bb, par des alli\u00e9s&#8230; La bataille \u00e0 l&rsquo;envers est celle des anciens bergsoniens [i.e. Maritain, Massis, Benda], lib\u00e9r\u00e9s du moderne par Bergson, puis retourn\u00e9s contre lui.<\/em> &raquo; Bien que nous soyons \u00e0 un niveau extraordinairement inf\u00e9rieur en qualit\u00e9, o&ugrave; rien ne peut se comparer \u00e0 un P\u00e9guy, un Bergson, un Benda, un Maritain, un Massis, &mdash; et encore moins en courage et en conscience politique d\u00e9livr\u00e9s du conformisme; &mdash; \u00e0 un niveau o&ugrave; il faut que les peuples (r\u00e9f\u00e9rendum du 29 mai) remplacent des ma&icirc;tres qui n&rsquo;existent plus, &mdash; il reste que la forme complexe, parfois \u00ab\u00a0\u00e0 fronts renvers\u00e9s\u00a0\u00bb, de la bataille est semblable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Expliquons-nous par un exemple pr\u00e9cis, de cette complication, de cette difficult\u00e9 de distinguer l'\u00a0\u00bbami\u00a0\u00bb de l'\u00a0\u00bbennemi\u00a0\u00bb, nous qui sommes tous plus ou moins \u00ab\u00a0amis-ennemis\u00a0\u00bb (tous d\u00e9mocrates, tous partisans de la libert\u00e9 et ainsi de suite, et tous avec des d\u00e9saccords abyssaux). On peut d\u00e9noncer la Commission europ\u00e9enne comme un instrument de la globalisation, donc de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, et avec la plus juste des raisons de le faire, nous le savons parfaitement. On peut aussit\u00f4t, dans le m\u00eame instant, consid\u00e9rer que la Commission europ\u00e9enne peut \u00eatre un redoutable instrument pour les int\u00e9r\u00eats europ\u00e9ens contre la globalisation manipul\u00e9e par les am\u00e9ricanistes; on peut en effet admettre l&rsquo;alliance avec Peter Mandelson, proche de Blair et \u00e9videmment \u00e9tiquet\u00e9 pro-am\u00e9ricain, et oblig\u00e9 \u00e0 l&rsquo;affrontement s\u00e9v\u00e8re avec Boeing, devenu \u00e0 cet instant un alli\u00e9 pr\u00e9cieux des adversaires de l&rsquo;am\u00e9ricanisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Ce dernier cas n&rsquo;est pas un simulacre, comme le croient un peu trop vite les adeptes du complot. La fureur anti-Boeing et anti-US de Mandelson est d\u00e9sormais un fait politique av\u00e9r\u00e9 \u00e0 Bruxelles, avec lequel il faudra compter. Il suffit de lire ce d\u00e9tail, du <em>Financial Times<\/em> du 17 juin, parlant d&rsquo;une conf\u00e9rence o&ugrave; se trouvait Mandelson: &laquo; <em>On Wednesday night, at a Brussels forum intended to debate EU relations with China, Peter Mandelson, European trade commissioner, veered dangerously off the script on learning that Joris Vos, Boeing&rsquo;s lobbyist to the EU, was in the audience. \u00ab\u00a0You&rsquo;re working for Boeing?\u00a0\u00bb growled Mr Mandelson. \u00ab\u00a0Boeing will have a lot to answer for, at the end of this.\u00a0\u00bb<\/em> &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De m\u00eame, lorsque les adversaires de la globalisation se comptent et qu&rsquo;ils se d\u00e9couvrent, soit de droite, soit de gauche, puisqu&rsquo;il y en a pour perp\u00e9tuer ces diff\u00e9rences d&rsquo;une vision de dinosaure de la politique; lorsqu&rsquo;une coalition du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb rassemble des trotskistes, des socialistes, des souverainistes, des lep\u00e9nistes, ce qui conduit presque \u00e0 des crises nerveuses des petites \u00e2mes convoqu\u00e9es pour commenter l&rsquo;actualit\u00e9 dans les studios t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, &mdash; nous voil\u00e0 devant la m\u00eame complexit\u00e9 (&laquo; <em>\u00ab\u00a0Tout cela n&rsquo;est pas si simple\u00a0\u00bb, s&rsquo;\u00e9crie d&rsquo;ailleurs P\u00e9guy.<\/em> &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous retrouvons les m\u00eames donn\u00e9es qu&rsquo;au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, mais au sous-sol de l&rsquo;esprit par comparaison, r\u00e9p\u00e9tons-le, \u00e9tant pass\u00e9s du seul champ intellectuel au champ grossier de l&rsquo;am\u00e9ricanisation des probl\u00e8mes (\u00e9conomie et soi-disant morale), et du seul champ fran\u00e7ais au champ plus \u00e9tendu du soi-disant monde globalis\u00e9, dans tous les cas le champ occidental et principalement euro-atlantique. [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;actualit\u00e9 formidable, incontestable, de l&rsquo;antimoderne, &laquo; <em>le seul qui puisse dire \u00ab\u00a0nous modernes\u00a0\u00bb tout en d\u00e9non\u00e7ant le moderne.<\/em> &raquo; Le si\u00e8cle (le XX\u00e8me), dans son ivresse m\u00e9canique et rationaliste, nous a priv\u00e9s des choix qui faisaient encore illusion. Peut-\u00eatre P\u00e9guy, Bergson, Maritain pouvaient-ils encore d\u00e9battre, s&rsquo;ils en avaient eu l&rsquo;humeur, d&rsquo;un \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb et d&rsquo;un \u00ab\u00a0mauvais\u00a0\u00bb Progr\u00e8s. Aujourd&rsquo;hui, le d\u00e9bat n&rsquo;est plus possible. \u00ab\u00a0Le\u00a0\u00bb moderne est l\u00e0, d\u00e9cha&icirc;n\u00e9, ivre de sa puissance, &mdash; et voici ce qu&rsquo;il fait de la plan\u00e8te et comment il transforme la civilisation. Plus que jamais, l&rsquo;antimoderne peut dire: &laquo; <em>Nous, les modernes<\/em> &raquo;, pouvons lancer l&rsquo;anath\u00e8me d\u00e9finitif: voyez ce que vous avez fait du moderne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent, tous les conflits du XX\u00e8me si\u00e8cle, toutes les id\u00e9ologies d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 fossilis\u00e9es, les querelles entre anciens et modernes, tout cela n&rsquo;a plus la moindre force. Dans le chaos qu&rsquo;est devenu le monde, c&rsquo;est un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;ombres mont\u00e9 pour dissimuler le reste, &mdash; c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;essentiel. De cette fa\u00e7on, nous avons gagn\u00e9 en nettet\u00e9 de l&rsquo;enjeu ce que nous avons perdu en qualit\u00e9 des protagonistes de la bataille, dans les deux sens dans une mesure absolument radicale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;autre part, le d\u00e9placement des repr\u00e9sentations de l&rsquo;antimoderne telles que nous les avons figur\u00e9es, notamment des ma&icirc;tres que nous n&rsquo;avons plus identifi\u00e9s aux mouvements populaires qui les remplacent (le r\u00e9f\u00e9rendum du 29 mai \u00e0 la place de Charles P\u00e9guy), fait que ce qu&rsquo;expriment ces \u00ab\u00a0nouveaux antimodernes\u00a0\u00bb a droit \u00e0 une repr\u00e9sentation de sa propre modernit\u00e9. Lorsque nous identifions dans la r\u00e9volte exprim\u00e9e le 29 mai (et le 1er juin en Hollande) une marque de la renaissance du concept de nation, &mdash; mais sous une forme nouvelle, comme nous l&rsquo;avons pr\u00e9cis\u00e9 dans notre num\u00e9ro du 25 juin, celle de &laquo; <em>la nation anti-nationaliste<\/em> &raquo;, &mdash; nous caract\u00e9risons n\u00e9cessairement ce concept comme quelque chose de moderne, le \u00ab\u00a0nous modernes\u00a0\u00bb des antimodernes. En d&rsquo;autres mots, cette analyse, comme les analogies qu&rsquo;elle rec\u00e8le par rapport au superbe concept d&rsquo;antimoderne, conduit \u00e0 la r\u00e9habilitation dans le sens du vrai moderne d&rsquo;id\u00e9es et de concepts qui avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9s comme archa\u00efques, r\u00e9actionnaires et autres, selon les avortons courants de l&rsquo;exercice de la \u00ab\u00a0d\u00e9monisation\u00a0\u00bb affectionn\u00e9 par \u00ab\u00a0le moderne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est l\u00e0 tout l&rsquo;immense paradoxe de notre \u00e9poque, sans \u00e9quivalent ni pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 cet \u00e9gard. L&rsquo;extraordinaire m\u00e9diocrit\u00e9 de ses \u00e9lites, leur veulerie surr\u00e9aliste, leur conformisme gargantuesque ne laissent plus de place ni au doute, ni \u00e0 l&rsquo;h\u00e9sitation. S&rsquo;il \u00e9tait possible que notre \u00e9poque engendr\u00e2t un P\u00e9guy, un Bergson et un Maritain, et qu&rsquo;ils fussent des ma&icirc;tres reconnus publiquement comme ils l&rsquo;\u00e9taient il y a un si\u00e8cle, leurs querelles d&rsquo;il y a un si\u00e8cle s&rsquo;effaceraient devant l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 de l&rsquo;accomplissement mal\u00e9fique du &laquo; moderne &raquo;, &mdash; et ce serait, au fond, l&rsquo;union sacr\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi en est-il des \u00e9v\u00e9nements populaires qui ont remplac\u00e9 les ma&icirc;tres qui ne sont plus ou qui sont \u00e9touff\u00e9s dans la dissidence, pour attaquer \u00ab\u00a0le moderne\u00a0\u00bb suicidaire. Entre eux, c&rsquo;est l&rsquo;union sacr\u00e9e. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;analyse d&rsquo;un Jorge Arreaza, analyste du journal v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien Temas, sur l&rsquo;\u00e9chec am\u00e9ricain au r\u00e9cent sommet de l&rsquo;Organisation des &Eacute;tats Am\u00e9ricains, conclut au &laquo; <em>triomphe de la souverainet\u00e9<\/em> &raquo;, selon une interpr\u00e9tation qui est celle que nous donnons du 29 mai.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Une machine moderniste<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Poursuivons notre enqu\u00eate sur ce parall\u00e8le que nous tentons d&rsquo;\u00e9tablir entre deux \u00e9poques s\u00e9par\u00e9es d&rsquo;un si\u00e8cle, &mdash; le d\u00e9but du XX\u00e8me et le d\u00e9but du XXI\u00e8me, &mdash; du point de vue de la bataille entre les antimodernes et les modernes. Nous avons d\u00e9j\u00e0 vu que le r\u00e9f\u00e9rendum du 29 mai pouvait fort bien figurer comme un ma&icirc;tre comme Charles P\u00e9guy que notre \u00e9poque n&rsquo;autorise plus. Essayons d&rsquo;aller plus avant pour briser encore plus les barri\u00e8res des pr\u00e9jug\u00e9s qui nous emp\u00eachent de voir le vrai sens du combat en cours.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On sait l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que nous portons \u00e0 la probl\u00e9matique des avions de combat avanc\u00e9s. L\u00e0 aussi, c&rsquo;est un des th\u00e8mes constants de <em>De defensa<\/em>, depuis le premier num\u00e9ro d&rsquo;il y a vingt ans. Cet int\u00e9r\u00eat est justifi\u00e9 par des consid\u00e9rations hautes, qu&rsquo;il nous est arriv\u00e9 de d\u00e9tailler maintes fois: l&rsquo;avion de combat, porteur des technologies les plus avanc\u00e9es, instrument d&rsquo;une bataille industrielle, commerciale et politique sans merci, expression aujourd&rsquo;hui essentielle de la souverainet\u00e9 d&rsquo;une nation, &mdash; et qui peut \u00eatre, selon la fa\u00e7on dont on le transf\u00e8re et les conditions dans lesquelles on le transf\u00e8re, destructeur ou consolidant de la souverainet\u00e9 de l&rsquo;acheteur. L&rsquo;avion de combat a donc une place essentielle dans la bataille que nous tentons de d\u00e9crire et il s&rsquo;av\u00e8re finalement un parfait candidat, un parfait exemple de cette extrapolation de la bataille de l&rsquo;antimoderne contre le moderne. Nous voulons dire par l\u00e0 qu&rsquo;il y a des avions de combat avanc\u00e9s dont la description pourrait r\u00e9pondre au mot de Compagnon sur P\u00e9guy, &mdash; &laquo; <em>le seul qui puisse dire \u00ab\u00a0nous modernes\u00a0\u00bb tout en d\u00e9non\u00e7ant le moderne.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La situation actuelle des avions de combat peut se pr\u00eater \u00e0 ce jeu, jeu d&rsquo;autant plus instructif qu&rsquo;il justifiera d&rsquo;autant plus l&rsquo;attention que nous portons \u00e0 cette cat\u00e9gorie de choses; elle s&rsquo;y pr\u00eate parce que les avions de combat avanc\u00e9s sont tr\u00e8s peu nombreux, tr\u00e8s clairement identifi\u00e9s, tr\u00e8s ais\u00e9ment d\u00e9finissables.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On sait qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui les avions de combat avanc\u00e9s de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration disponibles ou en d\u00e9veloppement, mis \u00e0 part ceux de la Russie qui pr\u00e9sentent un cas hors de notre conflit interne de civilisation, sont au nombre de quatre (le JAS39 <em>Gripen<\/em> devant \u00eatre plac\u00e9 en dehors de la cat\u00e9gorie des avions de combat avanc\u00e9s de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 cause de ses capacit\u00e9s limit\u00e9es). Il y a les am\u00e9ricains F\/A-22 et F-35 (JSF), le <em>Rafale<\/em> fran\u00e7ais et l&rsquo;Eurofighter <em>Typhoon<\/em> europ\u00e9en. Le F\/A-22 doit \u00eatre \u00e9limin\u00e9 de la cat\u00e9gorisation que nous envisageons moins en raison de ses ennuis qu&rsquo;\u00e0 cause du statut qu&rsquo;il a d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 atteint d&rsquo;avion impossible \u00e0 vendre \u00e0 cause de son prix et d&rsquo;avion non-exportable, notamment \u00e0 cause des restrictions absolument surr\u00e9alistes qui accompagnent toutes ses technologies, surtout dans le climat am\u00e9ricain actuel. (Des perspectives d&rsquo;exportation pour des pays privil\u00e9gi\u00e9s, &mdash; Isra\u00ebl non compris, qui a \u00e9cart\u00e9 cette possibilit\u00e9, &mdash; ont \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9es mais c&rsquo;est pure intoxication sans aucune possibilit\u00e9 de r\u00e9alisation). L&rsquo;Eurofighter <em>Typhoon<\/em> est dans une situation technique et budg\u00e9taire totalement catastrophique. M\u00eame s&rsquo;il se vend ici ou l\u00e0, l&rsquo;avion n&rsquo;a aucun avenir, il est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 mort.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On s&rsquo;en serait dout\u00e9, restent le JSF et le <em>Rafale<\/em>. [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le JSF a des caract\u00e9ristiques sp\u00e9cifiques, techniques, op\u00e9rationnelles, etc, qui font les gorges chaudes des commentateurs sp\u00e9cialis\u00e9s. Ce n&rsquo;est pas ce qui nous int\u00e9resse. Nous importent les caract\u00e9ristiques politiques de l&rsquo;avion, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qu&rsquo;il repr\u00e9sente et ce qu&rsquo;il a comme effet dans les grands domaines du champ politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout montre \u00e0 suffisance, et chaque jour apporte de nouvelles pr\u00e9cisions, que le JSF est un programme qui v\u00e9hicule un effet politique consid\u00e9rable. Si Aboulafia, le commentateur-en-chef du programme, dit et redit \u00e0 intervalles r\u00e9guliers et quinquennaux que cet avion est \u00e0 lui seul &laquo; <em>une v\u00e9ritable politique industrielle<\/em> &raquo; destin\u00e9e \u00e0 tuer l&rsquo;industrie europ\u00e9enne, il n&rsquo;en a pas dit grand&rsquo;chose. La fonction essentielle du JSF, &mdash; voulue et calcul\u00e9e ou simplement fatale, &mdash; est d&rsquo;\u00e9radiquer les souverainet\u00e9s nationales. On conna&icirc;t bien le processus technique et op\u00e9rationnel qui y conduit, d&rsquo;une part en limitant drastiquement l&rsquo;acc\u00e8s des acheteurs aux capacit\u00e9s d&rsquo;entretien et de fonctionnement de l&rsquo;avion, d&rsquo;autre part en centralisant et en monopolisant par tous les moyens possibles les capacit\u00e9s de contr\u00f4le et d&#8217;emploi op\u00e9rationnel de l&rsquo;avion. Le r\u00e9sultat est que le JSF est par essence un niveleur des diff\u00e9rences, un destructeur des identit\u00e9s, il participe du mouvement moderniste g\u00e9n\u00e9ral. Il est fondamentalement moderne, voire \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb dans le sens fort m\u00e9prisant o&ugrave; l&rsquo;entendait Charles Baudelaire; m\u00eame si l&rsquo;avion fait \u00ab\u00a0papa maman\u00a0\u00bb par tous les temps, on comprend dans ce cas ce que parler veut dire. Le JSF moderniste est le globalisateur des identit\u00e9s, le niveleur des diff\u00e9rences. Que certains l&rsquo;appellent \u00ab\u00a0un instrument de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie US\u00a0\u00bb (en plus de la d\u00e9finition d&rsquo;Aboulafia), c&rsquo;est faire bien de l&rsquo;honneur \u00e0 l&rsquo;usine \u00e0 gaz qu&rsquo;est le Pentagone dans sa capacit\u00e9 de g\u00e9rer quelque chose, f&ucirc;t-ce une \u00ab\u00a0h\u00e9g\u00e9monie US\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce nivellement du JSF va jusqu&rsquo;\u00e0 ce qui va sans doute appara&icirc;tre, chez nombre de ses apologistes, comme sa vertu ultime: l&rsquo;annonce qu&rsquo;il n&rsquo;y aura qu&rsquo;une seule version du JSF. Il n&rsquo;y aura pas le JSF pour les USA et un sous-JSF pour les autres (avec diff\u00e9rents d\u00e9grad\u00e9s selon la confiance qu&rsquo;on accorde aux diff\u00e9rents pays-Zoulou qui s&rsquo;en seront port\u00e9s acqu\u00e9reurs). Cette vertu formidable (tout le monde aura le m\u00eame JSF que la prestigieuse et inatteignable USAF am\u00e9ricaniste) est en fait la cha&icirc;ne ultime qui fait des acheteurs du JSF des pays dont la souverainet\u00e9 sera r\u00e9duite \u00e0 rien \u00e0 jamais, des pays plus s&ucirc;rement battus que les Autrichiens \u00e0 Austerlitz. Cela signifie qu&rsquo;il est acquis pour toujours que les Am\u00e9ricains ne c\u00e9deront rien aux autres, qu&rsquo;ils garderont son contr\u00f4le jusqu&rsquo;au bout, que la souverainet\u00e9 des acheteurs est ni\u00e9e de fa\u00e7on d\u00e9finitive, pulv\u00e9ris\u00e9e, renvoy\u00e9e au n\u00e9ant d&rsquo;o&ugrave; elle n&rsquo;aurait jamais d&ucirc; sortir. Cela confirme la fonction d\u00e9structurante du JSF, sa qualit\u00e9 de \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb au sens o&ugrave; les antimodernes ont le droit de s&rsquo;\u00e9lever contre lui (parce que &laquo; <em>nous modernes<\/em> &raquo;) et de le mettre en accusation. De la conception jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de son existence, le JSF est con\u00e7u comme une machine \u00e0 d\u00e9structurer les identit\u00e9s et les souverainet\u00e9s. Il est bien l&rsquo;enfant de son \u00e9poque (ann\u00e9es 1993-94 comme d\u00e9but de sa conception), lorsque l&rsquo;Am\u00e9rique, sortie de la Guerre froide, s&rsquo;isola du reste du monde en d\u00e9cr\u00e9tant qu&rsquo;elle allait soumettre, de loin, le reste du monde, en niant ses sp\u00e9cificit\u00e9s et en les brisant par divers instruments. Le JSF en est un.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Face \u00e0 lui, il n&rsquo;y a donc que le <em>Rafale<\/em> fran\u00e7ais.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Un avion antimoderne?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Puisque, face au JSF, ne reste que le <em>Rafale<\/em>, parlons donc du <em>Rafale<\/em>. (Cette prudentissime pr\u00e9caution de langage renvoie aux Anglo-Saxons: dans 80% des cas. Lorsqu&rsquo;ils font une \u00ab\u00a0analyse du march\u00e9\u00a0\u00bb des avions de combat, ils parlent, par exemple, du JSF contre l&rsquo;Eurofighter [quelle d\u00e9rision lorsqu&rsquo;on sait ce que vaut l&rsquo;avion europ\u00e9en], alors qu&rsquo;on dirait que l&rsquo;avion fran\u00e7ais n&rsquo;existe pas. Nous dirions, nous, connaissant le besoin existentiel de propagande des Anglo-Saxons et de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, que cela confirme son existence bien plus que Descartes ne prouva celle de Dieu.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cet avion, par la position qu&rsquo;il occupe et les conceptions qu&rsquo;il repr\u00e9sente indirectement, constitue un ph\u00e9nom\u00e8ne qu&rsquo;on peut effectivement qualifier d&rsquo;antimoderne dans le sens o&ugrave; nous explorons ce concept. Il h\u00e9rite par nature de la position naturelle de la France qui est elle-m\u00eame, en d\u00e9pit de ses troupeaux d&rsquo;intellectuels b\u00ealants et soi-disant \u00ab\u00a0lib\u00e9raux\u00a0\u00bb, compl\u00e8tement antimoderne. Le fait m\u00eame d&rsquo;affirmer son ind\u00e9pendance, son identit\u00e9 et sa souverainet\u00e9 est, en effet, aujourd&rsquo;hui, dans les conditions de la bataille engag\u00e9e entre la structure antimoderniste et le n\u00e9ant moderniste, une d\u00e9finition parfaite de l'\u00a0\u00bbantimoderne\u00a0\u00bb dans le sens que nous ne cessons de r\u00e9p\u00e9ter dans cette rubrique (&laquo; <em>le seul qui puisse dire \u00ab\u00a0nous modernes\u00a0\u00bb tout en d\u00e9non\u00e7ant le moderne.<\/em> &raquo;) . Depuis que le transfert et l&rsquo;exportation des armements avanc\u00e9s, et les avions de combat avanc\u00e9s \u00e0 la pointe de ceux-ci, constituent un fait politique et culturel majeur, &mdash; depuis les ann\u00e9es 1960, donc depuis la r\u00e9novation gaulliste en France, &mdash; la politique fran\u00e7aise dans ce domaine a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessairement une affirmation d&rsquo;identit\u00e9 et de souverainet\u00e9 de la France aussi bien que de celui qui acquiert des armements fran\u00e7ais. Ce n&rsquo;est pas un argument de relations publiques, c&rsquo;est une vertu de n\u00e9cessit\u00e9: la substance de la France \u00e9tant l&rsquo;identit\u00e9 et la souverainet\u00e9, sa politique ne peut oeuvrer, par d\u00e9finition, qu&rsquo;au renforcement de ces concepts en g\u00e9n\u00e9ral, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour elle comme pour l&rsquo;Autre (dans ce cas, le client qui ach\u00e8te un avion de combat fran\u00e7ais). A partir du moment o&ugrave; la France renforce les principes d&rsquo;identit\u00e9 et de souverainet\u00e9, ce qu&rsquo;elle fait en renfor\u00e7ant leur application chez son client (chez l&rsquo;Autre), elle se renforce elle-m\u00eame. Le <em>Rafale<\/em> est n\u00e9cessairement l&rsquo;h\u00e9ritier de cette tradition vitale, que le gaullisme n&rsquo;a fait que r\u00e9nover (les grandes choses sont des choses humbles). Il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire d&rsquo;avoir aujourd&rsquo;hui un personnel dirigeant, politique et autre, assez brillant pour exprimer cela, voire pour le comprendre. Il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire que la France actuelle qui fabrique et vend cet avion comprenne le sens fondamental de ce qu&rsquo;elle fait. Elle le fait, point final, et elle est, sans le savoir, antimoderne comme Maistre, P\u00e9guy et Bergson. (Elle est de la m\u00eame boutique, dans un autre rayon ou \u00e0 un autre \u00e9tage.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui fait la singularit\u00e9 exceptionnelle de la situation, c&rsquo;est sa simplicit\u00e9 extr\u00eame: le <em>Rafale<\/em> seul contre le JSF seul, les deux clairement identifi\u00e9s dans leur r\u00f4le n\u00e9cessairement antagoniste, &mdash; et l&rsquo;on comprend bien que l&rsquo;on ne parle pas ici du simple fait commercial, du seul fait technologique, du seul fait de la politique d&rsquo;exportation, &mdash; tous faits absolument d\u00e9risoires par rapport \u00e0 la question fondamentale que figure l&rsquo;affrontement entre antimodernes et modernes. [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous nous attachons au cas de l&rsquo;avion de combat \u00e0 cause de sa nettet\u00e9, de sa puissance, de son \u00e9vidence dirions-nous. Il est aussit\u00f4t acquis \u00e0 l&rsquo;esprit que ce cas exprime un domaine plus vaste, o&ugrave; nous retrouvons notre logique interpr\u00e9tatrice. Tout cela ne fait que prendre en charge une situation o&ugrave; la force dominante du monde, &mdash; l&rsquo;am\u00e9ricanisme depuis 1945, soudain soumis \u00e0 une interrogation depuis 1989-91, soudain mis en cause depuis le 11 septembre 2001 par l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme montant des pays soumis, &mdash; a effectivement impos\u00e9 que ce combat fondamental entre antimodernes et modernes change de champ. Il ne se fait plus dans le champ des id\u00e9es (il n&rsquo;y en a plus), ni dans celui de la litt\u00e9rature (elle est impitoyablement censur\u00e9e et contr\u00f4l\u00e9e avec les moyens qu&rsquo;il faut, principalement la corruption m\u00e9diatique et virtualiste), mais dans le champ de la manifestation d\u00e9clamatoire et ostentatoire de la force. C&rsquo;est la traduction \u00e0 peine polic\u00e9e de l&rsquo;extraordinaire pr\u00e9pond\u00e9rance qu&rsquo;exerce sur les USA puis sur le monde le complexe militaro-industriel am\u00e9ricain, n\u00e9 en 1935-36 en Californie au nom de th\u00e9ories supr\u00e9matistes, pour sauver l&rsquo;Am\u00e9rique am\u00e9ricaniste menac\u00e9e par les effets de la Grande D\u00e9pression. (Pour information, il ne faut pas s&rsquo;\u00e9tonner des proximit\u00e9s stup\u00e9fiantes des conceptions scientifiques et de l&rsquo;armement entre le complexe militaro-industriel US n\u00e9 en 1935-36 et l&rsquo;Allemagne hitl\u00e9rienne, telles que les a mises en \u00e9vidence Nick Cook dans son livre <em>The Hunt for Zero Point<\/em>, telles qu&rsquo;il les exprime <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1757\">dans une interview \u00e0 The Atlantic Monthly<\/a>, le 5 septembre 2002. Les savants nazis comme von Braun se sont parfaitement r\u00e9int\u00e9gr\u00e9s dans l&rsquo;am\u00e9ricanisme apr\u00e8s 1945.) De l&rsquo;avion de combat avanc\u00e9 qui en est la pointe avanc\u00e9e,&mdash; <em>Rafale<\/em> contre JSF, &mdash; nous passons au champ de la d\u00e9fense (le militaire, pris dans son sens le plus large).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On a bien compris qu&rsquo;en parlant d\u00e9fense, militaire, etc., nous ne parlons de rien de ce que nous disent d&rsquo;habitude ces domaines. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat suppl\u00e9mentaire de notre \u00e9poque est que le niveau de destruction des armements et l&rsquo;exclusivit\u00e9 de ces armements \u00e0 quelques pays rendent le concept de grande guerre conventionnelle marginal, sinon farfelu et inapplicable. La guerre, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est la \u00ab\u00a0guerre de quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb dont parle William S. Lind, dont l&rsquo;actuelle gu\u00e9rilla de r\u00e9sistance en Irak est un \u00e9pisode, dont le r\u00e9sultat du 29 mai en est un autre. C&rsquo;est dans cet autre sch\u00e9ma d&rsquo;affrontement qu&rsquo;il faut placer la dimension de d\u00e9fense et la dimension militaire: non pour une guerre future mais pour l&rsquo;actuelle bataille, qui n&rsquo;est pas loin d&rsquo;\u00eatre ultime lorsqu&rsquo;on mesure les conceptions du monde, entre antimodernes et modernes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais nos lecteurs nous comprennent, d&rsquo;autant que le germe de tout cela est d\u00e9j\u00e0 dans le mot de Tarkovski que nous publiions il y a vingt ans. Par cons\u00e9quent, et pour prendre un cas pr\u00e9cis qui nous importe, la critique d&rsquo;une certaine gauche anti-globalisation et anti-am\u00e9ricaniste contre les efforts qu&rsquo;elle nomme abusivement de \u00ab\u00a0militarisation de l&rsquo;Europe\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la constitution d&rsquo;une Europe de la d\u00e9fense o&ugrave; l&rsquo;influence de la France sera n\u00e9cessairement pr\u00e9pond\u00e9rante, montre une grave irresponsabilit\u00e9 intellectuelle. C&rsquo;est du pacifisme dans un monde o&ugrave; la guerre qui justifiait le pacifisme n&rsquo;existe plus. C&rsquo;est le comble de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 que cherchent les \u00e2mes faibles. C&rsquo;est un abri compl\u00e8tement \u00e9go\u00efste que se donne un esprit qui refuse d&#8217;embrasser les r\u00e9alit\u00e9s du drame du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La raison d\u00e9raisonnable<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Cette fa\u00e7on que nous avons utilis\u00e9e de transcrire une bataille qui se d\u00e9roulait entre les esprits, dans une bataille entre des \u00e9v\u00e9nements, ou entre des machines, ne fait que sacrifier aux r\u00e9alit\u00e9s de notre crise. Celle-ci, la crise, n&rsquo;est plus la \u00ab\u00a0crise de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb mais la \u00ab\u00a0crise des esprits\u00a0\u00bb, &mdash; par absence des esprits, ou plut\u00f4t par leur marginalisation. Aujourd&rsquo;hui r\u00e8gne le \u00ab\u00a0non-esprit\u00a0\u00bb, et c&rsquo;est bien cela qui est \u00e0 la base de cette \u00ab\u00a0id\u00e9ologie technique\u00a0\u00bb, de cette id\u00e9ologie du moyen qu&rsquo;est ce que nous nommons le virtualisme: en inventant un monde qui n&rsquo;est pas le r\u00e9el, et dont on veille \u00e0 ce qu&rsquo;il ne pr\u00e9sente aucun des probl\u00e8mes auxquels l&rsquo;esprit s&rsquo;est confront\u00e9 pendant des si\u00e8cles et des mill\u00e9naires, on suscite la disparition de l&rsquo;esprit du devant de la sc\u00e8ne par inutilit\u00e9. Mais l&rsquo;homme n&rsquo;avait pas pr\u00e9vu la puissance du r\u00e9el, c&rsquo;est-\u00e0-dire la fa\u00e7on dont l&rsquo;Histoire r\u00e9cup\u00e8re \u00e0 son profit cette disparition de l&rsquo;avant-sc\u00e8ne de l&rsquo;esprit pour substituer ses manifestations propres. L&rsquo;Histoire n&rsquo;est pas une science humaine morcelable et r\u00e9ductible \u00e0 merci, donc ma&icirc;trisable par l&rsquo;homme, mais une substance en soi, qui a sa propre coh\u00e9rence, peut-\u00eatre sa propre spiritualit\u00e9, qui \u00e9chappe aux manigances des esprits r\u00e9ducteurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En ce sens, notre interpr\u00e9tation, qui peut para&icirc;tre \u00e9trange, voire bizarre, de la bataille de deux machines en repr\u00e9sentation de la bataille des antimodernes contre les modernes, se justifie compl\u00e8tement. (M\u00eame chose pour la repr\u00e9sentation d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement comme le 29 mai en un ma&icirc;tre comme nous n&rsquo;avons plus, en un P\u00e9guy aujourd&rsquo;hui emp\u00each\u00e9 d&rsquo;\u00eatre: l\u00e0 aussi, encore plus que dans l&rsquo;exemple plus extr\u00eame des avions de combat, l&rsquo;Histoire appara&icirc;t comme une substance en soi, profond\u00e9ment \u00e9trang\u00e8re aux normes de la manufacture humaine, totalement r\u00e9tive \u00e0 la tendance humaine \u00e0 la tromperie et \u00e0 la dissimulation du r\u00e9el gr\u00e2ce aux prouesses du machinisme et de son enfant prodige, la technologie.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En ce sens, le <em>Rafale<\/em> n&rsquo;a pas besoin d&#8217;emporter tous les march\u00e9s; il n&rsquo;a besoin que d&rsquo;exister en tant que machine (par ailleurs d\u00e9finissable symboliquement), de se manifester dans les activit\u00e9s les plus banalement mercantiles, peut-\u00eatre d&#8217;emporter l&rsquo;un ou l&rsquo;autre march\u00e9; ainsi existe-t-il en tant qu&rsquo;antimoderne une fois que l&rsquo;interpr\u00e9tation a \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9e et la preuve existe par cons\u00e9quent que l&rsquo;univers virtualiste est pur montage, pure infamie, pure calomnie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quant au JSF, un autre \u00e9l\u00e9ment \u00e9chappant \u00e0 la seule logique de notre interpr\u00e9tation, un \u00e9l\u00e9ment accidentel le caract\u00e9rise \u00e9galement, &mdash; et en cela son destin est d&rsquo;autant plus passionnant. Il est l&rsquo;enfant monstrueux de l&rsquo;usine \u00e0 gaz nomm\u00e9e Pentagone. Il ne nous \u00e9tonnerait pas que cette lourde ascendance compromette son destin de fa\u00e7on dramatique, voire irr\u00e9m\u00e9diable. Les antimodernes, qui comprennent parfaitement les r\u00e9alit\u00e9s du progr\u00e8s (&laquo; <em>le seul qui puisse dire \u00ab\u00a0nous modernes\u00a0\u00bb tout en d\u00e9non\u00e7ant le moderne.<\/em> &raquo;) et comprennent qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne qui peut \u00eatre ma&icirc;tris\u00e9, se trouveraient alors devant une situation in\u00e9dite, une opportunit\u00e9 exceptionnelle. Ils auraient, \u00e0 leur disposition, une situation compl\u00e8tement nouvelle, \u00e9clairant d&rsquo;une lumi\u00e8re crue cette situation du moderne ayant r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er la \u00ab\u00a0raison d\u00e9raisonnable\u00a0\u00bb. (En un sens, et pour l&rsquo;autre analogie, c&rsquo;est bien ce qu&rsquo;a montr\u00e9 le 29 mai, expliquant l&rsquo;indescriptible panique qui s&rsquo;est empar\u00e9e des modernes.) [&#8230;]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces divers exemples mat\u00e9rialisent une querelle fondamentale entre antimodernes et modernes, qui eut la France comme cadre privil\u00e9gi\u00e9 (non pas comme seul cadre, puisque l&rsquo;affrontement a lieu ailleurs, mais comme seul cadre o&ugrave; l&rsquo;affrontement est si pr\u00e9cis\u00e9ment identifi\u00e9), et qui s&rsquo;\u00e9tend aujourd&rsquo;hui dans toute la civilisation occidentale qui domine le monde. M\u00eame si le passage d&rsquo;un affrontement d&rsquo;esprits (d\u00e9but du XX\u00e8me pour l&rsquo;exemple choisi) \u00e0 une interpr\u00e9tation d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements actuels qui semblent \u00e9loign\u00e9s de l&rsquo;esprit marque effectivement un abaissement de la position de l&rsquo;esprit, on comprend qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une circonstance (les grands esprits marginalis\u00e9s, d\u00e9courag\u00e9s, interdits de s&rsquo;exprimer). S&rsquo;il peut para&icirc;tre \u00e0 certains l&rsquo;indice d&rsquo;une d\u00e9cadence, il a par contre la vertu d&rsquo;une clart\u00e9 beaucoup plus \u00e9clatante (ce qui est d&rsquo;ailleurs la caract\u00e9ristique des d\u00e9cadences affirm\u00e9es). L&rsquo;identification est plus ais\u00e9e. Une fois qu&rsquo;on a avanc\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se du 29 mai comme mouvement antimoderne, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e9v\u00e9nement contre la d\u00e9structuration de la globalisation qui repr\u00e9sente \u00ab\u00a0le moderne\u00a0\u00bb aujourd&rsquo;hui, on s&rsquo;aper\u00e7oit que nombre d&rsquo;autres observateurs ont la m\u00eame vision, m\u00eame s&rsquo;ils ne la structurent pas encore pr\u00e9cis\u00e9ment. (On l&rsquo;a vu dans notre pr\u00e9c\u00e9dent num\u00e9ro, rubrique <em>de defensa<\/em>, notamment chez certains Am\u00e9ricains, notamment chez Tony Blankley: &laquo; [France&rsquo;s] <em>vote Sunday is another form of the Great Reaction to globalization. In ways either benign or malignant, peaceful or violent, conservative or radical, the peoples of the world are beginning to defend their cultures against the cold, soulless intrusion of the globalizing leviathan.<\/em>  &raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Que reprochent les antimodernes aux modernes? D&rsquo;\u00eatre devenus les esclaves du Progr\u00e8s dans ses aspects les plus m\u00e9canistes, les plus syst\u00e9miques, les plus niveleurs. Avec eux, la querelle des anciens et des modernes qui \u00e9tait courue d&rsquo;avance puisque les anciens \u00e9taient ridiculis\u00e9s ou \u00ab\u00a0d\u00e9monis\u00e9s\u00a0\u00bb sous des termes comme \u00ab\u00a0r\u00e9actionnaires\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0archa\u00efques\u00a0\u00bb retrouve tout son sens. Ce n&rsquo;est plus une bataille de la vertu (les modernes, partisans du mouvement et de la vie) contre le reste, mais une bataille autour du sens de la vertu. Les antimodernes ont cette particularit\u00e9 d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 modernes et de le rester en partie. Leur critique n&rsquo;attaque pas ce qu&rsquo;on pourrait raisonnablement accepter comme \u00e9tant la substance de la vie (le progr\u00e8s de la civilisation) mais l&rsquo;enfant monstrueux sous forme d&rsquo;une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence affreusement d\u00e9form\u00e9e qui en est n\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La querelle n&rsquo;est pas entre la Raison et l&rsquo;irrationnel mais entre la Raison d\u00e9form\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 n&rsquo;\u00eatre plus qu&rsquo;un encha&icirc;nement \u00e0 un syst\u00e8me, contre une vision de l&rsquo;esprit o&ugrave; la raison \u00e0 sa place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;autres caract\u00e8res du bon fonctionnement de l&rsquo;esprit. La raison, dans leurs mains, est devenue d\u00e9raisonnable et folle, et transform\u00e9e en pathologie. En 1931, Robert Aron et Arnaud Dandieu \u00e9crivaient (dans <em>D\u00e9cadence de la nation fran\u00e7aise<\/em>): &laquo; <em>De Descartes \u00e0 Ford, cela veut dire: de l&rsquo;individu isol\u00e9 forgeant avec passion l&rsquo;outil rationnel de compr\u00e9hension et de conqu\u00eate, aux individus encasern\u00e9s, r\u00e9p\u00e9tant dans des usines rationalis\u00e9es les m\u00eames gestes machinaux d&rsquo;un labeur qui les d\u00e9passe. Cela veut dire que Descartes est \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une \u00e9pop\u00e9e humaine dont nous voyons l&rsquo;aboutissement gigantesque mais d\u00e9grad\u00e9. Cela veut dire que l&rsquo;esprit de conqu\u00eate, la volont\u00e9 r\u00e9volutionnaire qui permit et l\u00e9gitima la naissance des r\u00e8gles m\u00e9thodiques, a compl\u00e8tement disparu chez ceux qui en font maintenant une application intensive et routini\u00e8re.<\/em> &raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>dedefensa.org et notre raison d&rsquo;\u00eatre Cet extrait de la rubrique de defensa de notre num\u00e9ro 20, Volume 20, du 10 juillet 2005, de notre Lettre d&rsquo;Analyse de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie, nous semble assez bien correspondre, dans l&rsquo;esprit qu&rsquo;elle exprime, \u00e0 l&rsquo;esprit justement que nous avons voulu insuffler \u00e0 notre site dedefensa.org d\u00e8s l&rsquo;origine. 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