{"id":66622,"date":"2005-07-23T00:00:00","date_gmt":"2005-07-23T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/07\/23\/retour-sur-la-stealth-technologyii\/"},"modified":"2005-07-23T00:00:00","modified_gmt":"2005-07-23T00:00:00","slug":"retour-sur-la-stealth-technologyii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/07\/23\/retour-sur-la-stealth-technologyii\/","title":{"rendered":"Retour sur la <em>Stealth Technology<\/em>\u00a0(II)"},"content":{"rendered":"<p><h3>Retour sur la <em>Stealth Technology<\/em> (II)<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Comme dans <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1763\">le texte pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>, nous attirons l&rsquo;attention de nos lecteurs sur la stealth technology, qu&rsquo;on continue <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/choix.php?link_id=5683&#038;comm=1\">aujourd&rsquo;hui \u00e0 mettre en question<\/a>. A nouveau, nous revenons sur le concept en compl\u00e9tons le texte pr\u00e9c\u00e9dent de \u00ab\u00a0Notes de lecture\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce texte pr\u00e9sente une r\u00e9flexion g\u00e9n\u00e9rale sur la stealth technology dans l&rsquo;histoire a\u00e9ronautique et bureaucratique am\u00e9ricaine. Il s&rsquo;agit de la version fran\u00e7aise de la rubrique <em>To The Point<\/em> paru dans le num\u00e9ro d&rsquo;avril 2004 (n&deg;71) de <em>Context<\/em>, et figurant par ailleurs sur ce site, dans sa version anglaise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">La r\u00e9volution <em>stealth<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;abandon du programme d&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re de combat RAH-66 <em>Comanche<\/em> a \u00e9t\u00e9 <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1019\">annonc\u00e9 le 23 f\u00e9vrier (2004) avec un luxe de pr\u00e9cautions<\/a>, &mdash; le secret avait \u00e9t\u00e9 bien gard\u00e9, emp\u00eachant les r\u00e9sistances \u00e0 l&rsquo;abandon. C&rsquo;est un \u00e9v\u00e9nement important dans l&rsquo;histoire du d\u00e9veloppement des syst\u00e8mes d&rsquo;arme. C&rsquo;est, peut-\u00eatre, un \u00e9v\u00e9nement encore plus important au regard de ce qui constitue, depuis plus d&rsquo;un quart de si\u00e8cle, le fondement de la \u00ab\u00a0philosophie\u00a0\u00bb du DoD en mati\u00e8re de progr\u00e8s des armements.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pr\u00e9sentant les causes de l&rsquo;abandon du programme, le 25 f\u00e9vrier, le Gen. Peter Schoomaker, chef d&rsquo;\u00e9tat-major de l&rsquo;U.S.Army, d\u00e9clarait: &laquo; <em>Comanche was a wonderful idea up until about 1989. <\/em>[&#8230;] <em>We started seeing that kind of threat disappear, and then it continued to disappear over the last decade.<\/em> &raquo; Commentant cette d\u00e9claration de Schoomaker, <em>Defense News<\/em> \u00e9crivait le 1st March: &laquo; <em>Army officials say the move reflects the more elusive enemies and weapons that have emerged since Comanche was conceived in 1983 to find and fight Soviet tank formations. Stealth, once the RAH-66&rsquo;s biggest selling point, is now deemed unnecessary and expensive.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces quelques mots fixent l&rsquo;ampleur de la d\u00e9cision, elles mesurent les effets qu&rsquo;elle aura, dont la plupart son involontaires sans aucun doute, car \u00e9videmment le g\u00e9n\u00e9ral Schoomaker ne peut deviner l&rsquo;ampleur de la d\u00e9cision qu&rsquo;il a prise avec le Secretary of the Army. Ce que nous voulons faire ici n&rsquo;est certes pas d&rsquo;analyser la fin du programme RAH-66 de fa\u00e7on conventionnelle, comme l&rsquo;abandon d&rsquo;un programme militaire &mdash; de grande importance certes, mais, en soi, pas n\u00e9cessairement une d\u00e9cision r\u00e9volutionnaire. Au contraire, nous croyons que cette d\u00e9cision est r\u00e9volutionnaire, mais qu&rsquo;il faut, pour comprendre cet aspect, se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 bien d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments que le seul facteur militaire (strat\u00e9gique, industriel, technologique, budg\u00e9taire). Il faut pr\u00e9senter une appr\u00e9ciation beaucoup plus large, qui prenne en compte, en plus de ceux qu&rsquo;on a cit\u00e9s, des facteurs qui ont trait \u00e0 la politique, \u00e0 la culture (celle du Pentagone), \u00e0 l&rsquo;utilisation du symbole, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La d\u00e9cision de l&rsquo;U.S. Army, &mdash; quelle que soit sa justification technique, op\u00e9rationnelle et bureaucratique, qui est tr\u00e8s grande \u00e0 notre avis, &mdash; ne peut \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 sa r\u00e9elle valeur que par des termes sans rapport avec le domaine. Il ne s&rsquo;agit rien moins que d&rsquo;un \u00ab\u00a0sacril\u00e8ge\u00a0\u00bb, dans la mesure o&ugrave; la d\u00e9cision est justifi\u00e9e principalement par le constat fait publiquement et de fa\u00e7on tr\u00e8s claire du caract\u00e8re d\u00e9pass\u00e9 de la stealth technology (ou LOT, pour <em>Low Observability Technology<\/em>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est sur ce point que les r\u00e9actions \u00e0 l&rsquo;abandon du <em>Comanche<\/em> ont \u00e9t\u00e9 les plus fortes. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;aspect le plus caract\u00e9ristique de cette d\u00e9cision de l&rsquo;U.S. Army : ces r\u00e9actions ont moins concern\u00e9 l&rsquo;abandon du programme que ce que cet abandon, pour \u00eatre justifi\u00e9, met en cause. L&rsquo;argument du g\u00e9n\u00e9ral Schoomaker renvoie effectivement \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience acquise durant les r\u00e9cents conflits, d&rsquo;ailleurs toujours en cours, en Afghanistan et en Irak, &mdash; car ces conflits montrent \u00e9videmment que l&rsquo;utilit\u00e9 d&rsquo;un nouvel h\u00e9licopt\u00e8re de combat dot\u00e9 de la technologie stealth doit \u00eatre compl\u00e8tement mise en question. Diverses sources officielles sont cit\u00e9es dans ce sens de critiquer cet aspect de la d\u00e9cision. Un officiel dit notamment : &laquo; <em>Today&rsquo;s threats are not using so much radar, so low observability is not an important thing. But not in the future? I take issue with that. &hellip; This is going to be a very real threat. Comanche&rsquo;s stealth and other capabilities would confer battlefield advantages in just about any area where we conceive of having ground forces &mdash; even against terrorists.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cet \u00ab\u00a0argument\u00a0\u00bb est typique et, comme on le voit, n&rsquo;a justement pas grand&rsquo;chose \u00e0 voir avec un argument. C&rsquo;est une affirmation pure et simple, jugeant simplement non-recevable l&rsquo;explication de l&rsquo;U.S. Army. Il s&rsquo;agit de quelque chose qui n&rsquo;est pas loin de la foi : m\u00eame si l&rsquo;Afghanistan et l&rsquo;Irak montrent que la technologie stealth n&rsquo;a gu\u00e8re d&rsquo;utilit\u00e9 sinon aucune (absence de d\u00e9fense a\u00e9rienne, absence de radar chez l&rsquo;adversaire, etc), il faut continuer \u00e0 croire qu&rsquo;elle pourrait en avoir dans une circonstance ou l&rsquo;autre. Le verbe \u00ab\u00a0croire\u00a0\u00bb soutient compl\u00e8tement cette d\u00e9marche.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Retour aux sources de la croyance<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Avant d&rsquo;envisager plus avant l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;il faut donner \u00e0 l&rsquo;abandon du programme RAH-66 et \u00e0 la mise en cause implicite de la stealth technology, il convient de rappeler les origines de cette technologie. Il faut d&rsquo;ailleurs aussit\u00f4t pr\u00e9ciser que nous avons affaire l\u00e0, on le verra plus loin, \u00e0 beaucoup plus qu'\u00a0\u00bbune\u00a0\u00bb technologie ; il s&rsquo;agit d&rsquo;un ensemble de technologies, mais beaucoup plus encore, &mdash; il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;esprit, quasiment d&rsquo;une \u00ab\u00a0vision du monde\u00a0\u00bb (et c&rsquo;est pourquoi la d\u00e9cision d&rsquo;abandon du RAH-66 est si importante).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le concept de la Low Observable Technology est n\u00e9 comme un enseignement direct de la guerre du Yom Kippour (guerre isra\u00e9lo-arabe d&rsquo;October 1973). Dans les 4-5 premiers jours du conflit, les Isra\u00e9liens, pris par surprise, avaient subi d&rsquo;importantes pertes en avions de combat, dues \u00e0 une d\u00e9fense a\u00e9rienne efficace, bas\u00e9e sur les missiles sol-air (SAM) et surtout sur les aff&ucirc;ts quadruples de 23mm ZSU-23, tous ces syst\u00e8mes \u00e9tant guid\u00e9s par radar. La recherche de la LOT fut donc orient\u00e9e vers la r\u00e9duction radicale de la signature-radar, jusqu&rsquo;\u00e0 sa quasi-disparition. Diff\u00e9rents moyens et technologies existent pour parvenir \u00e0 ce r\u00e9sultat (d&rsquo;o&ugrave; le fait que la LOT est plus un \u00ab\u00a0bouquet\u00a0\u00bb de technologies qu&rsquo;une seule technologie), des plus simples (les formes a\u00e9rodynamiques) aux plus complexes (peintures absorbantes des rayons radar, contre-mesures, etc). On avait d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;exemple de l&rsquo;effet de la LOT, obtenue sans d\u00e9marche sp\u00e9cifique : l&rsquo;avion-espion Lockheed SR-71 <em>Blackbird<\/em>, datant de 1964, avait de telles formes r\u00e9tives \u00e0 la r\u00e9flexion des rayons du radar qu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ral un SR-71 \u00e0 l&rsquo;atterrissage \u00e9tait rep\u00e9rable en visuel avant d&rsquo;appara&icirc;tre sur les \u00e9crans des radars de veille.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e8s le d\u00e9but, autour de 1975, la stealth technology fut \u00ab\u00a0<em>black<\/em>\u00ab\u00a0, &mdash; c&rsquo;est-\u00e0-dire compl\u00e8tement secr\u00e8tes et class\u00e9es dans les <em>black programs<\/em> trait\u00e9s au Pentagone hors de tout d\u00e9tail. Les <em>black programs<\/em> disposent d&rsquo;une enveloppe budg\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale (allant de $20 \u00e0 plus de $30 milliards selon les ann\u00e9es), sans aucun d\u00e9tail d&rsquo;aucune sorte ; seuls 1% des parlementaires US (les pr\u00e9sidents des commissions <em>ad hoc<\/em>, renseignement, forces arm\u00e9es, etc) sont \u00ab\u00a0brief\u00e9s\u00a0\u00bb sur le d\u00e9tail des <em>black programs<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est l&rsquo;USAF qui, naturellement, prit en charge la stealth technology. Entre 1975 et 1980, divers programmes de prototypes furent d\u00e9velopp\u00e9s, autour de deux programmes centraux :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Un programme de chasseur d&rsquo;attaque, qui aboutit au Lockheed F-117A, produit \u00e0 59 exemplaires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Un programme de bombardier, l&rsquo;Advanced Technology Bomber (ATB), qui aboutit au Northrop B-2, produit \u00e0 21 exemplaires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La question de la stealth technology devint publique en m\u00eame temps qu&rsquo;elle acqu\u00e9rait une aur\u00e9ole de myst\u00e8re et de \u00ab\u00a0glamour\u00a0\u00bb puisqu&rsquo;elle fut popularis\u00e9e sous le nom, sorti des bandes dessin\u00e9es, d'\u00a0\u00bbavion invisible\u00a0\u00bb. Lors de la campagne \u00e9lectorale de 1980, l&rsquo;administration Carter organisa des fuites autour du projet ATB pour r\u00e9pondre aux attaques contre sa soi-disant faiblesse en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 nationale, avec notamment l&rsquo;abandon du bombardier B-1A : le projet ATB\/B-2 justifiait largement l&rsquo;abandon du B-1A.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En m\u00eame temps, une v\u00e9ritable bureaucratie soutenant, puis imposant la n\u00e9cessit\u00e9 de la stealth technology, se d\u00e9veloppa au Pentagone. Cette \u00ab\u00a0mafia-stealth\u00a0\u00bb \u00e9tait sous la direction de Bill Perry (chef des R&#038;D du Pentagone sous l&rsquo;administration Carter), grand avocat de la stealth. Secr\u00e9taire \u00e0 la Navy \u00e0 partir de 1981, <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1763\">John Lehman a racont\u00e9<\/a> comment, pour parvenir \u00e0 lancer le projet de modernisation de l&rsquo;A-6 <em>Intruder<\/em> (la version A-6F), il avait du accepter de lancer un programme stealth pour la Navy (l&rsquo;ATA, abandonn\u00e9 d\u00e9but 1991). Ancien pilote de A-6, Lehman entretenait le plus complet scepticisme \u00e0 l&rsquo;encontre de la stealth, y compris du point de vue op\u00e9rationnel, mais il \u00e9tait oblig\u00e9 de donner des gages (l&rsquo;ATA) pour faire accepter son projet A-6F. (Apr\u00e8s son d\u00e9part, le A-6F fut abandonn\u00e9, avant l&rsquo;abandon de l&rsquo;ATA.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D\u00e9sormais, tout devait \u00eatre stealth : les avions de combat, les missiles, les navires de surface, les sous-marins, les h\u00e9licopt\u00e8res, les engins sans pilotes (les UAV et UCAV d&rsquo;aujourd&rsquo;hui), voire certains projets de chars&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\"><em>Stealth<\/em> en or massif<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le d\u00e9veloppement de la stealth technology et sa p\u00e9n\u00e9tration dans tous les domaines des syst\u00e8mes d&rsquo;arme furent si irr\u00e9sistibles qu&rsquo;une attention assez moyenne fut apport\u00e9e au point n\u00e9gatif principal : le co&ucirc;t. En 1991, une vois autoris\u00e9e posait bien le probl\u00e8me du co&ucirc;t de la stealth technology, notamment avec son aspect insaisissable, incontr\u00f4lable, autorisant tous les exc\u00e8s. Dans un article de <em>Armed Forces Journal International<\/em> de janvier 1991, on peut lire ce passage r\u00e9v\u00e9lateur :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Lockheed&rsquo;s Ben Rich (whose Skunk Works built the F-117A) tells AFJI that stealth adds only about 10% to an airplane&rsquo;s cost, and should be viewed as a trade-off like any other feature.<\/em> [John J. Welch, Jr., the Assistant Secretary of the Air force for Acquisition], <em>I has a slightly different answer. &lsquo;How much does stealth cost? We have tried to figure that out. The answer I want to give you is, &lsquo;Not much-10% to over 20%&rsquo; but I&rsquo;m becoming convinced that answer is wrong. There&rsquo;s a helluva big R&#038;D bill. If you don&rsquo;t buy a lot of airplanes, the R&#038;D cost as a percentage of production cross gets into very large numbers, well into double digits. The cost is infinite if you only buy a couple of airplanes.&rsquo;<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les co&ucirc;ts de la stealth technology font en g\u00e9n\u00e9ral partie du m\u00eame monde des <em>black programs<\/em>, impossible \u00e0 d\u00e9brouiller, que la stealth elle-m\u00eame. N\u00e9anmoins, un programme au moins a pu \u00eatre mis \u00e0 jour et donner une mesure de la dimension extraordinaire de cette question des co&ucirc;ts : le ATB, ou B-2.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Au d\u00e9part (1981), le programme ATB portait sur 132 avions \u00e0 $180 millions l&rsquo;exemplaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Peu \u00e0 peu, le programme s&rsquo;est d\u00e9grad\u00e9, des co&ucirc;ts nouveaux gonflant le co&ucirc;t g\u00e9n\u00e9ral et conduisant \u00e0 une r\u00e9duction des commandes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; La \u00ab\u00a0facture\u00a0\u00bb officielle finale est de $44,5 milliards pour 21 appareils.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Des sources extr\u00eamement bien plac\u00e9es (nous insistons sur leur s\u00e9rieux), disposant de leurs propres moyens de calculs, estiment que des co&ucirc;ts colossaux ont \u00e9t\u00e9 dissimul\u00e9s au travers de la proc\u00e9dure des <em>black programs<\/em>. Ces sources disent : &laquo; <em>Nous avons nous-m\u00eames calcul\u00e9 le co&ucirc;t, \u00e0 partir des op\u00e9rations r\u00e9alis\u00e9es, des technologies utilis\u00e9es, des caract\u00e9ristiques de l&rsquo;avion, \u00e0 partir de nos propres param\u00e8tres, qui nous permettent d&rsquo;ailleurs de savoir que la technologie furtive est d&rsquo;un co&ucirc;t surr\u00e9aliste. Pour nous, le B-2 co&ucirc;te entre $4 et $6 milliards l&rsquo;unit\u00e9<\/em> &raquo;. Certes, il s&rsquo;agit d&rsquo;un autre monde&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9alit\u00e9 de la stealth technology, proclam\u00e9e comme un succ\u00e8s par le Pentagone, est finalement celle-ci : en 1987, l&rsquo;USAF annon\u00e7ait qu&rsquo;entre 40% et 60% de sa flotte a\u00e9rienne serait \u00ab\u00a0stealth\u00a0\u00bb en 2000. Aujourd&rsquo;hui, elle compte 77 avions stealth (56 F-117A et 21 B-2), pour un effectif g\u00e9n\u00e9ral autour de 2.500 pour les avions de combat. L&rsquo;U.S. Navy (et le Marine Corps) n&rsquo;a pas un seul avion stealth.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La <em>stealth technology<\/em>, &mdash; une \u00e9nigme<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Pour justifier l&rsquo;importance que nous accordons \u00e0 l&rsquo;abandon du programme RAH66 et pour mieux comprendre ce qu&rsquo;est r\u00e9ellement la stealth technology, nous devons avoir \u00e0 l&rsquo;esprit l&rsquo;extraordinaire volume des d\u00e9penses consacr\u00e9es \u00e0 la stealth technology et le r\u00e9sultat extraordinairement mince dans la vie op\u00e9rationnelle des forces arm\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Il est impossible de fixer le montant total affect\u00e9 \u00e0 la stealth technology depuis 1974-75. Certains chiffres apparaissent parfois, de fa\u00e7on accidentelle, et fixent une mesure du ph\u00e9nom\u00e8ne. Par exemple, en 1993, on a su que les d\u00e9penses en R&#038;D pour la stealth technology prenaient 13% du budget R&#038;D annuel total du Pentagone pour cette ann\u00e9e-l\u00e0, soit $12,1 billions, avec ce commentaire d&rsquo;un porte-parole du Pentagone: &laquo; <em>That level of spending &#8230; has been consistant for some time.<\/em> &raquo; Cela signifie qu&rsquo;une d\u00e9pense en R&#038;D de plus de $10 billions par an est acceptable comme mesure, ce qui donne entre $250 et $300 billions depuis 1975. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une d\u00e9pense minimale, si l&rsquo;on envisage des co&ucirc;ts de production, d&rsquo;entretien de fonctionnement et d&rsquo;infrastructure de la flotte d&rsquo;avions stealth, de d\u00e9penses indirectes, etc. Il ne serait pas \u00e9tonnant qu&rsquo;une comptabilit\u00e9 serr\u00e9e nous conduise vers le demi-$trillion sur la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; En face de cela, 56 F-117A et 21 B-2, dont l&rsquo;activit\u00e9 op\u00e9rationnelle n&rsquo;a jamais atteint le niveau routinier de l&#8217;emploi quotidien. L&rsquo;utilisation d&rsquo;un avion stealth, par le choix et paradoxalement, par l&rsquo;infrastructure mise en place, reste \u00e0 la fois exceptionnel et &#8230; tr\u00e8s visible (!). Une source de l&rsquo;Arm\u00e9e de l&rsquo;Air Fran\u00e7aise signale qu&rsquo; &laquo; <em>il est tr\u00e8s facile de &lsquo;rep\u00e9rer&rsquo; une mission de B-2. Lorsque l&rsquo;USAF d\u00e9cide de l&#8217;employer, nous le savons aussit\u00f4t, \u00e0 cause du niveau tr\u00e8s inhabituel d&rsquo;activit\u00e9s, de proc\u00e9dures, de soutien logistique, de soutien tr\u00e8s sp\u00e9cifique d&rsquo;ailleurs, d\u00e9ploy\u00e9 dans des zones tr\u00e8s resserr\u00e9es.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; En r\u00e9alit\u00e9, d\u00e8s l&rsquo;origine du d\u00e9veloppement de cette technologie, s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e cette divergence entre la programmation et la r\u00e9alit\u00e9. Nous citions plus haut la perspective de 40%-60% d&rsquo;avions furtifs \u00e9quipant l&rsquo;USAF en 2000, projet\u00e9s en 1987. Cette compl\u00e8te int\u00e9gration de la technologie furtive dans la programmation de l&rsquo;USAF fut un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e8s l&rsquo;origine, et un ph\u00e9nom\u00e8ne massif. En septembre 1980, la revue <em>Armed Forces Journal International<\/em>, qui constituait alors, sous la direction de Benjamin Schemmer, une autorit\u00e9 en mati\u00e8re d&rsquo;informations et d&rsquo;analyses militaires \u00e0 Washington, \u00e9crivait : &laquo; <em>A senior defense official told AFJ that by the end of this decade, he expects to see roughly one-tenth of the US military air arm comprised of the new stealth airplanes. That would mean that about 300 to 400 of the planes might be operational<\/em> [by 1990] .&raquo; On conna&icirc;t la r\u00e9alit\u00e9 (59 F-117A en 1984-85, r\u00e9duits \u00e0 50, 21 B-2 en 1990-96)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce quart de si\u00e8cle qui s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9 depuis 1975 a montr\u00e9 l&rsquo;omnipr\u00e9sence psychologique, on pourrait presque dire \u00ab\u00a0spirituelle\u00a0\u00bb de la technologie furtive, et son absence presque compl\u00e8te du domaine op\u00e9rationnel. La technologie furtive ne s&rsquo;est jamais int\u00e9gr\u00e9e dans les structures courantes des forces. Elle est toujours rest\u00e9e l&rsquo;exception, elle n&rsquo;a jamais particip\u00e9 aux op\u00e9rations a\u00e9riennes d&rsquo;une fa\u00e7on routini\u00e8re. Les op\u00e9rations avec des avions furtifs ont toujours constitu\u00e9 des op\u00e9rations \u00e0 part, b\u00e9n\u00e9ficiant de conditions tr\u00e8s particuli\u00e8res, et n&rsquo;\u00e9tant donc int\u00e9gr\u00e9es que tr\u00e8s artificiellement dans la planification g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les buts op\u00e9rationnels expos\u00e9s en 1980 \u00e9taient grandioses et impliquaient effectivement une compl\u00e8te int\u00e9gration des avions furtifs (les 300-400 disponibles en 1990) dans l&rsquo;offensive a\u00e9rienne. Le m\u00eame article de September 1980, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, exposait \u00e9galement ceci, citant le m\u00eame \u00ab\u00a0<em>senior defense official<\/em>\u00ab\u00a0: &laquo; <em>He said that &lsquo;We already have this investment in conventional aircraft, and we don&rsquo;t need to scrap it. The trick is to use the new planes as &lsquo;Force multipliers&rsquo; &mdash; to perform their own functions and increase the effectiveness of the planes we already have.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo; <em>It is obvious, for example, that &lsquo;stealth&rsquo; aircraft could be used to suppress enemy air defenses without even being detected&#8230; <\/em>[&#8230;] <em>A senior defense official was emphatic in saying that the stealth breakthrough renders present air defense systems almost useless. The Soviets, he said, will now be faced with a choice of trying to function without air defense, or of spending tens of billions of dollars to invent and field new ones.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les op\u00e9rations dans les ann\u00e9es 1990 et jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui ont montr\u00e9 que cette vision \u00e9tait compl\u00e8tement fausse. Les avions furtifs jouent certes un r\u00f4le dans l&rsquo;attaque des d\u00e9fenses a\u00e9riennes, mais d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s sp\u00e9cifique et en g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d&rsquo;avions de brouillage \u00e9lectronique. Dans tous les cas, les avions de combat stealth sont tr\u00e8s loin d&rsquo;assurer le gros de l&rsquo;offensive contre les d\u00e9fenses a\u00e9riennes. Ce sont plut\u00f4t les armes \u00e0 guidage de pr\u00e9cision qui jouent un r\u00f4le important.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Qu&rsquo;importent tous ces constats : la stealth technology est, depuis 25 ans, pr\u00e9sent\u00e9e comme la technologie essentielle de la puissance a\u00e9rienne am\u00e9ricaine. L&rsquo;exp\u00e9rience n&rsquo;a aucune prise sur ce qui constitue une sorte de r\u00e9flexe de la psychologie dans la bureaucratie militaire du Pentagone. La stealth technology est, aujourd&rsquo;hui comme en 1980, l&rsquo;objet d&rsquo;une admiration feutr\u00e9e et d&rsquo;une consid\u00e9ration op\u00e9rationnelle que rien n&rsquo;entame.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Un op\u00e9ra h\u00e9ro\u00efque?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Consid\u00e9r\u00e9e sur la dur\u00e9e de son d\u00e9veloppement qui s&rsquo;\u00e9tend d\u00e9sormais sur plus d&rsquo;un quart de si\u00e8cle, la technologie furtive appara&icirc;t finalement comme bien plus qu&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne technologique ou un simple progr\u00e8s d&rsquo;ordre technique. Au d\u00e9part (en 1975-80), les conditions g\u00e9n\u00e9rales \u00e9taient tr\u00e8s particuli\u00e8res. L&rsquo;enthousiasme pour la technologie furtive, traduit par l&rsquo;installation d&rsquo;une bureaucratie puissante et tenant le haut du pav\u00e9, se d\u00e9veloppait en m\u00eame temps que la r\u00e9volution des micro-processeurs \u00e9tait int\u00e9gr\u00e9e par le Pentagone, \u00e0 la fin des ann\u00e9es soixante-dix. Les forces am\u00e9ricaines commen\u00e7aient \u00e0 se remettre du choc vietnamien, per\u00e7u dans ces arm\u00e9es comme formidablement d\u00e9structurant et mena\u00e7ant l&rsquo;existence m\u00eame de ces forces (des troubles internes aux forces avaient \u00e9maill\u00e9 la guerre du Vi\u00eat-nam, avec des cas nombreux de mutinerie rampante, des agressions courantes de soldats contre les officiers, la consommation extensive de drogue, etc). Il y avait l\u00e0 un climat psychologique d\u00e9passant les seuls aspects technologique et op\u00e9rationnel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La technologie furtive \u00e9tait porteuse d&rsquo;esp\u00e9rances qui, derri\u00e8re le jargon et les certitudes soi-disant rationnelles, relevaient de la repr\u00e9sentation imaginaire du monde. L&rsquo;image de l'\u00a0\u00bbavion invisible\u00a0\u00bb, si fortement r\u00e9pudi\u00e9e en apparence par la bureaucratie comme relevant d&rsquo;une construction romantique de l&rsquo;esprit commun (une image de type bande dessin\u00e9e, si l&rsquo;on veut), rencontra en r\u00e9alit\u00e9 un penchant irr\u00e9sistible de cette bureaucratie. Celle-ci vivait et vit plus que jamais (plus que jamais apr\u00e8s le Viet-n\u00e2m et depuis) sous l&rsquo;inspiration de cette fameuse orientation donn\u00e9e en 1944 par le g\u00e9n\u00e9ral Arnold, cr\u00e9ateur de l&rsquo;U.S. Air Force, &mdash; et l&rsquo;on prendra soin de noter combien cette exhortation, si elle s&rsquo;applique \u00e0 la force a\u00e9rienne, concerne en fait les conceptions am\u00e9ricaines dans leur ensemble, ce que l&rsquo;historien am\u00e9ricain Russell Weigley a nomm\u00e9, en 1973 (l&rsquo;ann\u00e9e n&rsquo;est pas indiff\u00e9rente), <em>The American Way Of War<\/em> : &laquo; <em>La sup\u00e9riorit\u00e9 a\u00e9rienne <\/em>[am\u00e9ricaine] <em>dans la guerre a r\u00e9sult\u00e9 dans une large mesure de la mobilisation et de la constante application de nos ressources scientifiques. <\/em>[&#8230;] <em>Le caract\u00e8re inacceptable des pertes humaines est un principe fondamental de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine. Nous continuerons \u00e0 faire des guerres m\u00e9caniques plus que des guerres humaines.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est \u00e9videmment dans ce cadre conceptuel, dans cette pens\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale qu&rsquo;il faut installer la technologie furtive, pour mieux comprendre et appr\u00e9hender la place tr\u00e8s grande et tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale qu&rsquo;elle a prise au Pentagone. Cette remarque compl\u00e8te l&rsquo;imagerie (l&rsquo;aspect bande dessin\u00e9e), sans la contredire en aucun cas. C&rsquo;est \u00e0 partir d&rsquo;une autre imagerie, \u00e9galement de bande dessin\u00e9e, que Reagan concevra l&rsquo;autre grand projet militaro-industriel, et mystico-technologique, destin\u00e9 \u00e0 compl\u00e9ter la technologie furtive pour assurer \u00e0 la fois la s\u00e9curit\u00e9 des &Eacute;tats-Unis et la puissance de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. C&rsquo;est \u00e9videmment dans la bande dessin\u00e9e et dans l&rsquo;imagerie hollywoodienne que Ronald Reagan alla chercher l&rsquo;id\u00e9e de la SDI (Star Wars). (Voir les r\u00e9v\u00e9lations de Frances FitzGerald dans <em>Way Out There in the Blue<\/em>, notamment sur la gen\u00e8se de l&rsquo;id\u00e9e de la SDI, &mdash; la <em>Star Wars<\/em> &mdash; dans l&rsquo;esprit de Reagan, avant qu&rsquo;il ne devienne pr\u00e9sident.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Une \u00ab\u00a0arme\u00a0\u00bb de communication?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La question centrale est de savoir si la stealth technology est une question d&rsquo;ordre militaire, strat\u00e9gique, technologique m\u00eame : n&rsquo;est-ce pas plut\u00f4t une question d&rsquo;ordre psychologique et symbolique ? L&rsquo;importance et l&rsquo;efficacit\u00e9 de la technologie furtive ne se mesurent, ni \u00e0 son efficacit\u00e9 op\u00e9rationnelle, ni \u00e0 son efficacit\u00e9 budg\u00e9taire (rapport co&ucirc;t\/utilisation). La technologie furtive a eu l&rsquo;immense vertu de cr\u00e9er une r\u00e9f\u00e9rence bureaucratique et technologique propre au Pentagone et \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Son efficacit\u00e9 op\u00e9rationnelle est une question d\u00e9plac\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne de la technologie furtive, il importe d&rsquo;abandonner l&rsquo;approche conventionnelle, &mdash; militaire, strat\u00e9gique, voire m\u00eame technologique. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est d&rsquo;un ordre compl\u00e8tement diff\u00e9rent. Il faut avoir \u00e0 l&rsquo;esprit l&rsquo;imagerie qu&rsquo;on a signal\u00e9e comme \u00e9tant une des causes fondamentales de l&rsquo;engouement pour la technologie furtive : sa r\u00e9f\u00e9rence automatique, pour l&rsquo;esprit am\u00e9ricaniste et bureaucratique, \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d'\u00a0\u00bbavion invisible\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de guerre automatique, \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;impunit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre humain dans la guerre (les observations du g\u00e9n\u00e9ral Arnold cit\u00e9es ci-dessus expliquent de fa\u00e7on \u00e9vidente la doctrine <em>de facto<\/em> dite du \u00ab\u00a0z\u00e9ro mort\u00a0\u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette dimension symbolique, \u00e9tait pr\u00e9sente au d\u00e9part du d\u00e9veloppement de la technologie furtive. Elle n&rsquo;a fait que s&rsquo;amplifier et prendre une place toujours plus importante depuis ; parce que l&rsquo;utilisation op\u00e9rationnelle n&rsquo;\u00e9tait plus un facteur imp\u00e9ratif avec la fin de l&rsquo;URSS, parce que la dimension virtuelle, jusqu&rsquo;\u00e0 former une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0doctrine virtualiste\u00a0\u00bb, s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e sans frein ; parce que l&rsquo;importance de la bureaucratie, qui soutient la technologie furtive, s&rsquo;est \u00e9galement amplifi\u00e9e au-del\u00e0 de tout ce que l&rsquo;on pouvait attendre, et que la bureaucratie exerce sa puissance plus dans la dimension virtualiste que dans la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La technologie furtive a ainsi quitt\u00e9 la sph\u00e8re des appr\u00e9ciations militaires et strat\u00e9giques, &mdash; le r\u00e9el, &mdash; pour tenir une place essentielle dans le monde nouveau qui s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Elle fait partie d\u00e9sormais, et de fa\u00e7on quasiment exclusive, de l&rsquo;illustration du monde virtualiste. Seulement alors s&rsquo;expliquent les faits qu&rsquo;elle est extr\u00eamement marginale dans l&rsquo;arsenal am\u00e9ricain, qu&rsquo;elle joue un r\u00f4le op\u00e9rationnel n\u00e9gligeable, que son utilit\u00e9 et son efficacit\u00e9 sont largement contestables jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre ni\u00e9es dans le monde r\u00e9el, alors que des sommes consid\u00e9rables sont d\u00e9pens\u00e9es pour elle et que son importance op\u00e9rationnelle est sans cesse r\u00e9affirm\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La technologie furtive est essentiellement destin\u00e9e \u00e0 exercer une influence, \u00e0 participer \u00e0 l&rsquo;entretien constant de l&rsquo;image de quelque chose de tr\u00e8s complexe. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;image de la puissance am\u00e9ricaine, de l&rsquo;ing\u00e9nuit\u00e9 am\u00e9ricaine, de l&rsquo;impunit\u00e9 am\u00e9ricaine ; l&rsquo;image, enfin, de l&rsquo;exceptionnalit\u00e9 am\u00e9ricaine, la technologie furtive figurant alors comme si elle garantissait \u00e0 la fois que l&rsquo;Am\u00e9rique, gr\u00e2ce au caract\u00e8re pr\u00e9tendument invisible de cette technologie, choisit son heure pour intervenir dans le reste du monde et n&rsquo;est jamais comptable des conditions physiques et techniques existantes dans ce reste du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La technologie furtive doit donc \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 comme un outil technologique fondamental d&rsquo;\u00e9vasion du monde r\u00e9el, voire de n\u00e9gation du monde r\u00e9el. Il s&rsquo;agit par cons\u00e9quent plus d&rsquo;une \u00ab\u00a0technologie de communication\u00a0\u00bb que d&rsquo;une technologie au sens courant qu&rsquo;on utilise. La technologie furtive nous \u00ab\u00a0dit quelque chose\u00a0\u00bb plut\u00f4t qu&rsquo;elle n&rsquo;effectue des missions ; elle nous en \u00ab\u00a0raconte\u00a0\u00bb bien plus que des volumes de bandes dessin\u00e9es et des bandes de films s\u00e9rie B devenues s\u00e9rie A dans le Hollywood postmoderne dont le pionnier fut Arnold Schwarzenegger. On peut s&rsquo;arr\u00eater d&rsquo;ailleurs \u00e0 ce rapprochement car il compl\u00e8te les deux ph\u00e9nom\u00e8nes et il s&rsquo;av\u00e8re n&rsquo;\u00eatre pas fortuit, en aucun cas, et d\u00e9finir aussi bien l&rsquo;Am\u00e9rique postmoderne : la technologie furtive est devenue une technologie de communication de la m\u00eame fa\u00e7on que Arnold Schwarzenegger est devenu gouverneur de Californie, &mdash; ceci vaut bien cela et l&rsquo;on comprend que seule l&rsquo;image compte, que tout le reste n&rsquo;est que poussi\u00e8re (la poussi\u00e8re du r\u00e9el, sans doute)&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est dire si, la d\u00e9cision de l&rsquo;U.S. Army d&rsquo;abandonner le RAH-66 et de d\u00e9clarer que la stealth technology &laquo; <em>is now deemed unnecessary and expensive<\/em> &raquo; est une d\u00e9marche lourde de sens et pas loin d&rsquo;\u00eatre sacril\u00e8ge&#8230;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Retour sur la Stealth Technology (II) Comme dans le texte pr\u00e9c\u00e9dent, nous attirons l&rsquo;attention de nos lecteurs sur la stealth technology, qu&rsquo;on continue aujourd&rsquo;hui \u00e0 mettre en question. A nouveau, nous revenons sur le concept en compl\u00e9tons le texte pr\u00e9c\u00e9dent de \u00ab\u00a0Notes de lecture\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9. 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