{"id":66683,"date":"2005-08-08T00:00:00","date_gmt":"2005-08-08T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/08\/08\/et-ton-devoir-de-memoire-joichi-ito\/"},"modified":"2005-08-08T00:00:00","modified_gmt":"2005-08-08T00:00:00","slug":"et-ton-devoir-de-memoire-joichi-ito","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/08\/08\/et-ton-devoir-de-memoire-joichi-ito\/","title":{"rendered":"<strong><em>Et ton \u201cdevoir de m\u00e9moire\u201d, Joichi Ito?<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Et ton devoir de m\u00e9moire, Joichi Ito?<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t8 ao\u00fbt 2005  Imaginez un fou, se glissant subrepticement dans les colonnes du New York <em>Times<\/em> et \u00e9crivant un article du style : Auschwitz and Dachau : An anniversary to forget. L&rsquo;homme est aussit\u00f4t r\u00e9-intern\u00e9 comme doublement fou, selon le verdict aussit\u00f4t rendu, sec et sans appel, par le tribunal du devoir de m\u00e9moire. Jusqu&rsquo;\u00e0 plus ample inform\u00e9, Joichi Ito n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9, le New York <em>Times<\/em> lui a ouvert ses colonnes sans besoin d&rsquo;effraction (et <a href=\"http:\/\/www.iht.com\/articles\/2005\/08\/07\/opinion\/edito.php\" class=\"gen\">The lnternational Herald Tribune itou<\/a>) pour nous pr\u00e9senter : \u00ab <em>Nagasaki and Hiroshima: An anniversary to forget<\/em> \u00bb ; c&rsquo;est donc qu&rsquo;il y aurait devoir et devoir, et qu&rsquo;il y aurait m\u00e9moire et m\u00e9moire Dont acte. Laissons cela de c\u00f4t\u00e9 et passons \u00e0 la substantifique moelle, le texte lui-m\u00eame et ce qu&rsquo;il nous inspire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;abord une hypoth\u00e8se : sans doute n&rsquo;a-t-il pas fallu beaucoup pousser le NYT (et l&rsquo;IHT) pour accepter l&rsquo;article. Il n&rsquo;y a rien de plus proche du nectar absolu, dans la conscience vertueuse d&rsquo;un lib\u00e9ral humaniste et internationaliste am\u00e9ricaniste, qu&rsquo;un article proposant : faisons comme si Hiroshima et Nagasaki n&rsquo;avaient pas exist\u00e9. Cela exon\u00e8re nos pisse-copies \u00e0 la bonne conscience du devoir ext\u00e9nuant d&rsquo;avoir, chaque ann\u00e9e, pour chaque comm\u00e9moration annuelle, \u00e0 nous d\u00e9montrer \u00e0 nouveau que le largage des deux bombes fut le fruit d&rsquo;une d\u00e9cision d\u00e9mocratique, humaniste et vertueuse, et qu&rsquo;en plus elle sauva tant de vies humaines. Dur boulot.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJoichi Ito, un entrepreneur japonais sur le r\u00e9seau Internet et un investisseur capitaliste (le qualificatif est-il n\u00e9cessaire ?), nous livre donc ses r\u00e9flexions. Pour lui, n\u00e9 en 1966, il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 comm\u00e9morer. Oublions ces trucs. En effet, dit encore l&rsquo;entrepreneur sur le r\u00e9seau Internet, qu&rsquo;est-ce que cela repr\u00e9sente, ces deux bombes ? \u00ab <em>My peers and I have little hatred or blame in our hearts for the Americans; the horrors of that war feel distant. Instead, the bombs are simply the flashpoint marking the discontinuity that characterized the cultural world we grew up in.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVous voulez encore des pr\u00e9cisions? En voici : \u00ab <em>For my generation, the Hiroshima and Nagasaki bombings and the war in general now represent the equivalent of a cultural game over or reset button. Through a combination of conscious policy and unconscious culture, the painful memories and images of the war have lost their context, surfacing only as twisted echoes in our subculture. The result, for better and worse, is that, 60 years after Hiroshima, we dwell more on the future than the past.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe reste de l&rsquo;article est un m\u00e9lange de platitudes convenues sur l&rsquo;\u00e8re nouvelle qui s&rsquo;est ouverte avec la fin du Japon imp\u00e9rialiste, la d\u00e9mocratisation, la lib\u00e9ralisation, l&rsquo;ouverture des march\u00e9s libres, la lib\u00e9ration des march\u00e9s ouverts et ainsi de suite. Tous les clich\u00e9s sont au rendez-vous, qui se trouve \u00e0 l&rsquo;heure habituelle et dans le lieu commun bien connu. On y trouve la naissance d&rsquo;un nouveau Japon enfin am\u00e9ricanis\u00e9, l&rsquo;am\u00e9ricanisation d&rsquo;une famille japonaise, le bonheur enfin trouv\u00e9 dans l&rsquo;expansion sans fin comme un miraculeux miracle (double vertu, pl\u00e9onasme courant de notre temps). (Quoique le <em>growth, growth, growth<\/em> cit\u00e9 par le jeune cr\u00e9tin nippo-am\u00e9ricanis\u00e9 comme mot d&rsquo;ordre de ces Temps Nouveaux ne vaut gu\u00e8re mieux que le Enrichissez-vous ! de Napol\u00e9on III,  cela plombe sa modernit\u00e9 d&rsquo;un soup\u00e7on d&rsquo;archa\u00efsme bien d\u00e9solant.)<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Just one year later my uncle sailed to the United States to live in Chicago and work in a YMCA. Eventually his strivings led him to become the dean of the University of Detroit Business School. My mother followed my uncle, making the United States her base.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Postwar Japan followed a similar trajectory of renewal. The economy experienced an explosion of growth from the rubble of flattened cities, led by entrepreneurs and a government focused on rebuilding Japan. The United States, in its struggle to keep Communism in check, became a strong supporter of Japan and opened its markets to Japanese products. The Liberal Democratic Party thrived under the protection of the United States and pushed its simple party line of growth, growth, growth, stomping out opposition, including efforts to educate Japanese about the war. No one had the opportunity to look back at the past, and by the time I can remember anything, Japan was about the bullet train, the 1970 Expo in Osaka, world-class electronics and automobiles, and even a vibrant Hiroshima and Nagasaki.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tEt ainsi de suite  Bien heureux sommes-nous, de savoir Hiroshima et Nagasaki vibrants de tout ce qu&rsquo;on veut pourvu que cela fasse du yen (vibrant, encore un de ces mots-f\u00e9tiches des guerriers jubilants du lib\u00e9ralisme). Effectivement, cela valait bien le bon coup de torchon, type <em>tabula rasa<\/em> des 6-9 ao\u00fbt 1945, gr\u00e2ce aux B-29 sympas du vibrant humaniste qu&rsquo;\u00e9tait le g\u00e9n\u00e9ral Curtiss LeMay. (LeMay, commandant la XXth Air Force dont d\u00e9pendaient ces B-29, futur commandant du Strategic Air Command ; fameux LeMay qui avait invent\u00e9 la technique de griller plus vite les habitants des villes japs gr\u00e2ce \u00e0 des combinaisons bombes explosives-bombes au phosphore et qui planifiait des provocations pour enfin <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=63\" class=\"gen\">balancer l&rsquo;avalanche thermonucl\u00e9aire sur l&rsquo;URSS<\/a> ; LeMay qui faisait un bruit de cliquetis en marchant \u00e0 cause de ses couilles en bronze qui battaient l&rsquo;une contre l&rsquo;autre.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEnfin, redevenons s\u00e9rieux. Le texte du Nippo-am\u00e9ricanis\u00e9 Joichi Ito est une magnifique d\u00e9monstration du d\u00e9cervelage auquel parvient le syst\u00e8me. Cela passe par la lobotomie habituelle, qui ne nous \u00f4te pas le devoir de m\u00e9moire mais la m\u00e9moire tout simplement. Le Joichi Ito est n\u00e9 en 1966 et rien d&rsquo;avant, absolument rien n&rsquo;existe sauf la glorification de l&rsquo;occupant am\u00e9ricaniste et de la modernit\u00e9 en devenir, c&rsquo;est-\u00e0-dire le march\u00e9 libre et tout le reste. Homme sans m\u00e9moire, sans pass\u00e9, sans rien du tout, fascin\u00e9 par le virtualisme am\u00e9ricaniste comme formule de la Fin des Temps. Le Joichi Ito nous fait sentir avec une force surprenante ce pour quoi (et contre quoi) tout \u00eatre digne et civilis\u00e9 doit se lever aujourd&rsquo;hui et prendre les armes. Certes, ce n&rsquo;est pas contre le Joichi Ito qu&rsquo;il faut en avoir,  <em>nothing personal<\/em>, comme ils disent. S&rsquo;il \u00e9tait n\u00e9 quarante ans plus t\u00f4t, le Joichi Ito aurait \u00e9t\u00e9 <em>kamikaze<\/em>, comme les autres, visant les porte-avions de l&rsquo;amiral Halsey qui pensait que le Japonais se situait \u00e0 mi-chemin entre le singe et l&rsquo;Indien d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, plut\u00f4t c\u00f4t\u00e9 singe. L&rsquo;horreur, c&rsquo;est la machine qui fabrique cela, comme des saucisses de Francfort en conserve, des Ford T ou des logiciels Microsoft. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour conclure <em>rapido<\/em>, disons simplement ce que nous pensons de cet article : une infamie sans \u00e2me (nous avions \u00e9crit d&rsquo;abord une saloperie puante mais c&rsquo;est faire bien de l&rsquo;honneur \u00e0 ce syst\u00e8me que de s&rsquo;abaisser \u00e0 son niveau). Cet article montre que l&rsquo;am\u00e9ricanisme, qui n&rsquo;a pas de fronti\u00e8res et ne peut \u00eatre cantonn\u00e9 aux bornes de la Grande R\u00e9publique, n&rsquo;a pas non plus d&rsquo;exclusive raciale. On trouve sa vertu d&rsquo;antiracisme l\u00e0 o\u00f9 on peut et on a par cons\u00e9quent celle qu&rsquo;on m\u00e9rite.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et ton devoir de m\u00e9moire, Joichi Ito? 8 ao\u00fbt 2005 Imaginez un fou, se glissant subrepticement dans les colonnes du New York Times et \u00e9crivant un article du style : Auschwitz and Dachau : An anniversary to forget. 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