{"id":66824,"date":"2005-09-15T00:00:00","date_gmt":"2005-09-15T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/09\/15\/la-tentation-du-bon-vieux-temps\/"},"modified":"2005-09-15T00:00:00","modified_gmt":"2005-09-15T00:00:00","slug":"la-tentation-du-bon-vieux-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/09\/15\/la-tentation-du-bon-vieux-temps\/","title":{"rendered":"<strong><em>La tentation du bon vieux temps<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">La tentation du bon vieux temps<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t15 septembre 2005  On commence \u00e0 mesurer, au niveau politique et strat\u00e9gique, les effets fondamentaux de Katrina, avec des \u00e9chos d&rsquo;un d\u00e9bat en train de prendre place au centre de la vie politique \u00e0 Washington. Jim Lobe <a href=\"http:\/\/www.antiwar.com\/lobe\/?articleid=7260\" class=\"gen\">s&rsquo;en fait l&rsquo;interpr\u00e8te<\/a> dans une chronique du 14 septembre. L&rsquo;enjeu : l&rsquo;\u00e9ventuel retour de l&rsquo;isolationnisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe premier fait \u00e0 cet \u00e9gard, le premier constat, la premi\u00e8re victime de Katrina, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e8re Bush,  c&rsquo;est-\u00e0-dire une \u00e9poque agressive, \u00e0 la fois triomphante et imp\u00e9rative, qui s&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re explosive avec le 11 septembre 2001. Les sables de l&rsquo;Irak l&rsquo;ont encalmin\u00e9e, les flots de l&rsquo;ouragan Katrina l&rsquo;ont emport\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>There has, of course, been speculation that the storm will weaken Bush&rsquo;s political authority, particularly over fellow Republicans, many of whom had become increasingly, if still mostly privately, nervous about the impact of the Iraq war on their reelection chances in 2006, even before Katrina struck.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The fact that an unprecedented number of Republican lawmakers have criticized the federal government&rsquo;s response to the crisis is one indication that the president is headed quickly toward lame-duck status or worse.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The Bush Era is over, declared Post political columnist E.J. Dionne Jr., who argued that the source of Bush&rsquo;s political success was his claim that he could protect Americans, but that that notion was drowned in the surging waters of New Orleans.<\/em> \u00bb  <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tA partir de ce constat fondamental, qui a envahi les psychologies puis le jugement des esprits comme quelque chose d&rsquo;in\u00e9luctable, le reste des arguments s&rsquo;encha\u00eene. L&rsquo;essentiel est dit lorsqu&rsquo;on pose la question : que fait l&rsquo;Am\u00e9rique en Irak ? (en Afghanistan ? en Cor\u00e9e du Sud? en Europe ?)  alors qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas capable d&rsquo;assurer la s\u00e9curit\u00e9 de ses citoyens \u00e0 La Nouvelle Orl\u00e9ans ? Que fait la Garde Nationale \u00e0 Bagdad alors qu&rsquo;elle manque \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat du Mississipi et \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat de Louisiane ? Et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa question de l&rsquo;isolationnisme telle qu&rsquo;elle est per\u00e7ue aujourd&rsquo;hui \u00e0 Washington se transcrit tr\u00e8s exactement dans celle que pose <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1965\" class=\"gen\">le Guardian le 12 septembre<\/a>, \u00e0 propos de l&rsquo;Irak : \u00ab <em>Post-Katrina, the question is not whether the US will begin to withdraw  but when, how and, above all, with what damage.<\/em> \u00bb Mais cette question doit \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e de fa\u00e7on d\u00e9cisive par celle du possible : les Am\u00e9ricains peuvent-ils, du point de vue de leur statut, des m\u00e9canismes mis en place, de la perception de leur propre puissance, se retirer d&rsquo;Irak? Ce qui donne, pour l&rsquo;isolationnisme : les Am\u00e9ricains peuvent-ils, du point de vue de la structure de leur puissance et de leur propre perception de leur puissance, et \u00e9videmment du point de vue de leur psychologie, (re)devenir isolationnistes ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNon pas que l&rsquo;on ne puisse \u00eatre isolationniste. C&rsquo;est une sornette de propagande. L&rsquo;isolationnisme n&rsquo;a jamais signifi\u00e9 une rupture avec le monde, une autarcie absolue. L&rsquo;isolationnisme est un mot, un concept am\u00e9ricaniste, donc une arme de communication qui est d&rsquo;abord l&rsquo;habillage politique mis sur la r\u00e9alit\u00e9 du protectionnisme, en m\u00eame temps que la transcription d&rsquo;un phantasme (l&rsquo;isolationnisme porte essentiellement sur les relations entre les USA et l&rsquo;Europe et signifie, inconsciemment, une volont\u00e9 am\u00e9ricaniste de s&rsquo;isoler d\u00e9cisivement de la matrice europ\u00e9enne originelle). Il y eut, avec les Am\u00e9ricains, ce que Lucien Romier nommait en 1925 \u00ab <em>un protectionnisme apais\u00e9<\/em> \u00bb, signifiant une r\u00e9glementation stricte des importations et de l&rsquo;immigration qui favorisait l&rsquo;expansion triomphante de la puissance \u00e9conomique int\u00e9rieure. Cela ne signifiait bien s\u00fbr pas qu&rsquo;il n&rsquo;y avait ni importation ni immigration. La r\u00e9alit\u00e9 montre d&rsquo;ailleurs que cette situation subsiste aux USA, seul le degr\u00e9 change,  d&rsquo;ailleurs, m\u00eame dans notre monde de soi-disant libre-\u00e9change, il reste des r\u00e9gulations et des protections en place. La querelle sur ces mots (isolationnisme, protectionnisme) est pur artifice de propagande.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe probl\u00e8me am\u00e9ricain, mais en r\u00e9alit\u00e9 am\u00e9ricaniste, est ailleurs. Il est dans la question de savoir si l&rsquo;am\u00e9ricanisme peut exister en n&rsquo;\u00e9tant pas expansionniste, et m\u00eame pan-expansionniste \u00e0 la mani\u00e8re allemande (pangermanisme) entre 1890 et 1945. Le pan-expansionnisme signifie, dans les cas allemand et am\u00e9ricaniste, un besoin vital, non de conqu\u00e9rir, mais de transformer l&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;image de soi. (Le terme pan-, nomm\u00e9 \u00e9l\u00e9ment formant, est tir\u00e9 du grec <em>pas<\/em> et <em>pantos<\/em>, et signifie tout, chacun, et, au pluriel, tous avec un sens beaucoup plus vaste que l&rsquo;autre \u00e9l\u00e9ment formant, le grec <em>holos<\/em>. Le pan-expansionnisme est l&rsquo;expansionnisme de tout soi-m\u00eame, non pas seulement de son \u00e9conomie, ou de sa puissance militaire, ou de sa culture, etc.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La cause de ce besoin vital, non de conqu\u00e9rir, mais de transformer l&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;image de soi est ontologique. Les pan-expansionnistes envisag\u00e9s ici,  dans les cas allemand et am\u00e9ricaniste, les seuls qui importent historiquement,  n&rsquo;existent pas dans le sens o\u00f9 ils n&rsquo;ont pas d&rsquo;\u00eatre si autre chose qu&rsquo;eux-m\u00eames existe. Ils ne peuvent se suffire d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 spatiale et g\u00e9ographique relative au reste par d\u00e9finition alors que leur esprit, leur \u00e2me, restent d\u00e9tach\u00e9s de, voire \u00e9trangers et m\u00eame plus s\u00fbrement mortellement hostiles \u00e0 la mesure relative de cette r\u00e9alit\u00e9 spatiale et g\u00e9ographique. Ce ne sont pas des projets universalistes dans le sens humaniste qui suppose une ouverture \u00e0 une multiplicit\u00e9 universelle, mais, <em>stricto sensu<\/em>, un unilat\u00e9ralisme universel, autrement dit un \u00eatre port\u00e9 \u00e0 la dimension universelle parce qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas en tant qu&rsquo;\u00eatre hors de cette dimension.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes am\u00e9ricanistes,  et non les Am\u00e9ricains,  ont au cur de leur conception du monde ce besoin d&rsquo;expansion pour exister. Leur isolationnisme n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 un \u00e9tat mais une \u00e9tape : on construit sa puissance avant d&rsquo;aller de l&rsquo;avant ; on la construit en se prot\u00e9geant des autres (protectionnisme) avant d&rsquo;ouvrir ses horizons pour d\u00e9verser cette puissance. Le cas am\u00e9ricaniste, le dilemme am\u00e9ricaniste est qu&rsquo;il appara\u00eet que cette puissance est dramatiquement, tragiquement limit\u00e9e. (<em>The Guardian<\/em>, dans le m\u00eame \u00e9dito, \u00e0 propos de l&rsquo;Irak mais cela devrait \u00eatre dit \u00e0 propos de tout et en des termes beaucoup plus rudes : \u00ab <em> the real surprise [is] the limits of the US military effort. America has fought and occupied, but it has not shown that it can rebuild.<\/em> \u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela signifie que, oui, les Am\u00e9ricains (am\u00e9ricanistes et non am\u00e9ricanistes) voudraient aujourd&rsquo;hui se replier dans une sorte d&rsquo;isolationnisme, pour souffler pour les uns, par principe et penchant pour les autres ; que, oui, ce serait la meilleure chose qui pourrait nous arriver, en retirant de la politique du monde cet \u00e9l\u00e9ment d\u00e9stabilisant, d\u00e9structurant voire mortif\u00e8re qu&rsquo;est l&rsquo;activit\u00e9 ext\u00e9rieure (on ne peut parler \u00e9videmment de politique ext\u00e9rieure) am\u00e9ricaniste. Cela signifie que, non, la chose ne pourra pas se faire et qu&rsquo;au contraire, les USA vont continuer \u00e0 se trouver confront\u00e9s \u00e0 la double contradiction mena\u00e7ant de devenir mortelle entre leurs ambitions n\u00e9cessaires \u00e0 leur \u00eatre et les moyens de plus en plus limit\u00e9s et de toutes les fa\u00e7ons inadapt\u00e9s dont ils disposent, entre la politique officielle de leur puissance et de leur <em>hubris<\/em> et leur tentation impossible \u00e0 r\u00e9aliser mais grandissante de se replier.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La tentation du bon vieux temps 15 septembre 2005 On commence \u00e0 mesurer, au niveau politique et strat\u00e9gique, les effets fondamentaux de Katrina, avec des \u00e9chos d&rsquo;un d\u00e9bat en train de prendre place au centre de la vie politique \u00e0 Washington. Jim Lobe s&rsquo;en fait l&rsquo;interpr\u00e8te dans une chronique du 14 septembre. 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