{"id":66882,"date":"2005-10-02T00:00:00","date_gmt":"2005-10-02T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/10\/02\/tempete-sur-hiroshima\/"},"modified":"2005-10-02T00:00:00","modified_gmt":"2005-10-02T00:00:00","slug":"tempete-sur-hiroshima","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/10\/02\/tempete-sur-hiroshima\/","title":{"rendered":"<em>\u201cTemp\u00eate sur Hiroshima\u201d<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Triomphe de la bureaucratie de s\u00e9curit\u00e9 nationale<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous publions le texte fran\u00e7ais de la premi\u00e8re partie de la rubrique <em>To The Point<\/em> de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>Context<\/em> (n&deg;87 de septembre 2005). Ce texte propose une analyse historique et contemporaine du triomphe de la bureaucratie du Pentagone et des bureaucraties associ\u00e9es, &mdash; ce que nous nommons \u00ab\u00a0la bureaucratie de s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit sans doute de l&rsquo;une des associations les plus explosives de l&rsquo;histoire du pouvoir moderne : la puissance structurelle de la bureaucratie et la puissance conceptuelle de l&rsquo;id\u00e9e de \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb. Nous proposons un sch\u00e9ma historique \u00e0 partir de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la fabrication de la bombe atomique pendant la Deuxi\u00e8me guerre mondiale, avec tout ce que cela apporta \u00e0 cette bureaucratie. Cette fois, la Bombe est consid\u00e9r\u00e9e du point de vue de ses effets int\u00e9rieurs plus que de l&rsquo;effet de son usage ext\u00e9rieur (Hiroshima et Nagasaki). Il s&rsquo;agit d&rsquo;une approche parcellaire, d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments ont tenu un r\u00f4le ; n\u00e9anmoins, cette approche m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re sp\u00e9cifique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une machinerie, d&rsquo;un syst\u00e8me, d&rsquo;une puissance in\u00e9gal\u00e9e, qui constitue certainement la force fondamentale du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, &mdash; au point qu&rsquo;on pourrait dire que la bureaucratie de s\u00e9curit\u00e9 nationale est \u00e0 elle seule une partie essentielle de la <strong>substance<\/strong> du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Sa puissance et sa dynamique n&rsquo;ont d&rsquo;\u00e9gales que l&rsquo;indiff\u00e9rence de la machine au sens de l&rsquo;expansion ainsi lanc\u00e9e. C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui le plus grand danger institu\u00e9, identifi\u00e9 et en action, pour l&rsquo;\u00e9quilibre de la civilisation, &mdash; ce que nous a d\u00e9j\u00e0 dit d&rsquo;ailleurs <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=201\">le secr\u00e9taire am\u00e9ricain \u00e0 la d\u00e9fense lui-m\u00eame<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>To The Point<\/em>, Lettre d&rsquo;Analyse <em>Context<\/em> (n&deg;87, septembre 2005)<\/h4>\n<\/p>\n<p><p>________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">&laquo; <em>Temp\u00eate sur Hiroshima<\/em> &raquo;<\/h2>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.25em\">De Rumsfeld \u00e0 Rumsfeld<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Peut-\u00eatre l&rsquo;Histoire dira-t-elle plus tard, en forme ironique de paradoxe, que le grand moment du d\u00e9but du si\u00e8cle fut le 10 septembre 2001 (9\/10) et non pas le 11 septembre 2001 (9\/11). Ce jour-l\u00e0 (le 10), le secr\u00e9taire am\u00e9ricain \u00e0 la d\u00e9fense Rumsfeld <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=201\">donna un discours<\/a> qui m\u00e9ritait l&rsquo;immortalit\u00e9, et qui fut emport\u00e9 par la temp\u00eate d&rsquo;\u00e9motion et de virtualisme m\u00e9diatique qui balaya le monde le lendemain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On en conna&icirc;t la substance: Rumsfeld accusait le plus grand ennemi des &Eacute;tats-Unis, identifi\u00e9 comme pire que l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique durant la Guerre froide: la bureaucratie du Pentagone, &mdash; non pas les gens, les fonctionnaires, mais le syst\u00e8me, ses m\u00e9canismes, son aveuglement irr\u00e9sistible, sa puissance \u00e9tourdissante de contrainte et d&rsquo;oppression, traduite par l&rsquo;inefficacit\u00e9, la gabegie, la corruption des esprits (encore plus que la corruption v\u00e9nale).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;homme qui avait vu cela est le m\u00eame qui, le lendemain, lib\u00e9ra compl\u00e8tement \u00ab\u00a0<em>the Beast<\/em>\u00a0\u00bb (le complexe militaro-industriel, selon Nixon), dans un acte contradictoire radical qui r\u00e9sume la crise centrale du moteur de notre civilisation, l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Car l&rsquo;aventure irakienne telle qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e pour \u00e9voluer vers une catastrophe compl\u00e8te n&rsquo;est pas essentiellement un projet strat\u00e9gique, ou id\u00e9ologique, ou psychologique, m\u00eame si elle a de tout cela. C&rsquo;est d&rsquo;abord, dans sa r\u00e9alisation catastrophique et dans son absence de buts, un projet bureaucratique qui expose la maladie mortelle de notre civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le r\u00e9sultat est que le Pentagone, ce b\u00e2timent symbolisant la bureaucratie technico-militaire et le complexe militaro-industriel, et \u00e9rig\u00e9 en 1942-43, est aujourd&rsquo;hui, pour la premi\u00e8re fois de son Histoire, devant un moment de v\u00e9rit\u00e9 qui pourrait \u00eatre \u00ab\u00a0le\u00a0\u00bb Moment de v\u00e9rit\u00e9. La temp\u00eate, baptis\u00e9e \u00ab\u00a0<em>perfect storm<\/em>\u00a0\u00bb par les connaisseurs, r\u00e9unirait tous les ingr\u00e9dients, toutes les tensions qui se rassemblent en ce point central de l&rsquo;exercice budg\u00e9taire 2005-2006 (ann\u00e9e fiscale 2007), pour entra&icirc;ner \u00e9ventuellement en une crise colossale, un ouragan \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 apocalyptique o&ugrave; chaque centre de pouvoirs washingtonien (la Maison-Blanche, le Pentagone, l&rsquo;industrie, le Congr\u00e8s) voudrait mettre son grain de sel et apporter sa part de d\u00e9sordre d\u00e9structurant. \u00ab\u00a0<em>The Beast<\/em>\u00a0\u00bb sera, est d\u00e9j\u00e0 soumise \u00e0 des pressions contradictoires qui l&rsquo;affolent derri\u00e8re son apparence de comportement rationnel, &mdash; car le ma&icirc;tre-mot aujourd&rsquo;hui \u00e0 Washington est: \u00ab\u00a0panique\u00a0\u00bb. Tout cela constitue la trame d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;une importance consid\u00e9rable, qui m\u00e9rite toute notre attention.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">De Rumsfeld \u00e0 Hiroshima<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le 60\u00e8me anniversaire de Hiroshima (6 ao&ucirc;t 1945) a \u00e9t\u00e9, comme \u00e0 l&rsquo;habitude, l&rsquo;occasion de diverses projections de documents ayant trait \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement. Il y a, en premier lieu, le message radiodiffus\u00e9 du pr\u00e9sident Truman, le 6 ao&ucirc;t 1945, annon\u00e7ant l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Dans le cours de l&rsquo;adresse, Truman a cette remarque \u00e9trange, comme si le boutiquier faisait intrusion dans le domaine de l&rsquo;homme d&rsquo;&Eacute;tat et du moraliste: &laquo; <em>We&rsquo;ve done a more than two billion dollars gamble and we won.<\/em> &raquo; Truman indiquait l\u00e0 le co&ucirc;t du Manhattan Project, qui avait produit la Bombe, et sa remarque signifiait d&rsquo;une fa\u00e7on extraordinaire en regard de la trag\u00e9die humaine dont on parle: \u00ab\u00a0Voyez, l&rsquo;investissement \u00e9tait avis\u00e9&hellip;\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans un des meilleurs documentaires t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s sur Hiroshima (<em>Comment fut prise la d\u00e9cision de larguer la bombe atomique<\/em>, par Antelope, 1995), on entend George Elsey, officier de l&rsquo;U.S. Navy et aide de camp de Truman \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, expliquer:<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>Le pr\u00e9sident savait qu&rsquo;il risquait d&rsquo;\u00eatre destitu\u00e9 par le Congr\u00e8s s&rsquo;il n&rsquo;utilisait pas la Bombe<\/em>&raquo;, &mdash; remarque compl\u00e9t\u00e9e par celle du professeur Bruce Mazlich, alors officier de l&rsquo;OSS: &laquo; <em>On l&rsquo;avait, il fallait le faire. On avait investi tant d&rsquo;argent dans le projet.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Traduisons: si la Bombe n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e, Truman risquait d&rsquo;\u00eatre mis en accusation par les r\u00e9publicains du Congr\u00e8s pour une proc\u00e9dure de destitution, pour avoir \u00ab\u00a0gaspill\u00e9\u00a0\u00bb plus de $2 milliards dans la mise au point d&rsquo;un syst\u00e8me d&rsquo;arme qui n&rsquo;aurait servi \u00e0 rien. L&rsquo;hypoth\u00e8se est renforc\u00e9e par la phrase du message de Truman, qui s&rsquo;adresse alors plus au Congr\u00e8s qu&rsquo;aux Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une d\u00e9cision de l&rsquo;importance de celle du largage de la Bombe sur Hiroshima a \u00e9videmment une multitude de causes et de raisons. Nous ne sommes pas loin de penser que cette cause politicienne et bureaucratique est la principale, connaissant le v\u00e9ritable climat de Washington pendant la guerre (extr\u00eamement partisan, avec des affrontements politiciens f\u00e9roces et cruels); connaissant aussi les ant\u00e9c\u00e9dents de Truman, et sa profonde culture parlementaire (il fut s\u00e9nateur du Missouri jusqu&rsquo;\u00e0 la nomination comme vice-pr\u00e9sident en janvier 1945).<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Comment &lsquo;<em>Just Cause<\/em>&lsquo; devient &lsquo;<em>Just Because<\/em>&lsquo;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Autre t\u00e9moin interrog\u00e9 dans le m\u00eame document, John K. Galbraith, le fameux \u00e9conomiste alors (en 1945) tr\u00e8s actif dans l&rsquo;administration Roosevelt puis Truman sur les questions de logistique et d&rsquo;\u00e9valuation strat\u00e9gique explique que &laquo; <em>c&rsquo;\u00e9tait alors la logique des militaires: nous avons une arme, il faut l&rsquo;utiliser<\/em> &raquo;. (Bien s&ucirc;r, cela n&rsquo;a pas chang\u00e9.) La pression de la bureaucratie du tout jeune Pentagone pour l&rsquo;utilisation de la Bombe (pas des chefs militaires, de MacArthur \u00e0 Eisenhower, qui \u00e9taient tous contre) fut consid\u00e9rable, et relay\u00e9e par le Congr\u00e8s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tous les scientifiques de Los Alamos, y compris les plus \u00ab\u00a0faucons\u00a0\u00bb d&rsquo;entre eux comme Edward Teller, nous ont dit leur m\u00e9lange d&rsquo;enthousiasme et d&rsquo;effroi devant l&rsquo;explosion de la premi\u00e8re bombe, en juillet 1945 dans le d\u00e9sert du Nevada. Si l&rsquo;on r\u00e9fl\u00e9chit bien, cet effroi devrait plus porter sur le processus ayant permis la confiscation du Manhattan Project par le ph\u00e9nom\u00e8ne bureaucratique, que sur la Bombe elle-m\u00eame. La Bombe n&rsquo;importait que dans cette mesure o&ugrave;, par sa puissance absolue, elle installait les d\u00e9tenteurs de sa ma&icirc;trise dans une position quasi intouchable. (On sait qu&rsquo;\u00e0 Los Alamos, lors du d\u00e9veloppement de la Bombe et \u00e0 mesure que ce d\u00e9veloppement approchait du terme, le patron de l&rsquo;aspect s\u00e9curit\u00e9, le relais du Pentagone aupr\u00e8s des scientifiques, le g\u00e9n\u00e9ral Leslie Groves, prenait un ascendant irr\u00e9sistible sur le v\u00e9ritable patron de l&rsquo;entreprise. Ce n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;une question de temps pour que Robert Oppenheimer soit soup\u00e7onn\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un agent des Rouges.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le diable \u00ab\u00a0sorti de sa bouteille\u00a0\u00bb, c&rsquo;est la bureaucratie plac\u00e9e en position ma&icirc;tresse dans un pays (les USA) qui n&rsquo;a pas de puissance r\u00e9galienne intrins\u00e8que pour permettre \u00e0 la direction politique de ma&icirc;triser cette situation. Par cons\u00e9quent, la question du sens dispara&icirc;t, et la logique devient celle qui est joliment r\u00e9sum\u00e9e par ce jeu de mot autour du nom de code de l&rsquo;op\u00e9ration lanc\u00e9e contre le Panama en d\u00e9cembre 1989, <em>Just Cause<\/em> devenant par jeu de mots ironique <em>Just Because<\/em>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense des &Eacute;tats-Unis a-t-il parfaitement compris, le 10 septembre 2001, de quoi il s&rsquo;agissait. Il s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir de 1942-45, &mdash; et le meilleur exemple de cette cr\u00e9ation est paradoxalement le Manhattant Project qu&rsquo;on croyait dans les mains des seuls scientifiques, &mdash; une \u00e9norme puissance m\u00e9caniste qui s&rsquo;affirme comptable de nulle autorit\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9, dans la mesure o&ugrave; sa r\u00e9f\u00e9rence est la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Elle ne s&rsquo;int\u00e9resse plus \u00e0 la cause des choses, ni celles de la politique ni celles des armes de cette politique. Elle ne s&rsquo;int\u00e9resse qu&rsquo;au \u00ab\u00a0comment\u00a0\u00bb (comment faire plus, plus gros, plus puissant, plus sophistiqu\u00e9, etc.) sans s&rsquo;int\u00e9resser au sens des choses. \u00ab\u00a0<em>The Beast<\/em>\u00a0\u00bb est n\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Tentative de d\u00e9finition<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>En un sens, on peut \u00e9tablir une filiation entre la bureaucratie sovi\u00e9tique et le mod\u00e8le de la bureaucratie am\u00e9ricaniste de s\u00e9curit\u00e9 nationale. La proximit\u00e9 des deux syst\u00e8mes se trouve dans leur absence de l\u00e9gitimit\u00e9. La bureaucratie sovi\u00e9tique est n\u00e9e de la prise du pouvoir par un \u00ab\u00a0parti\u00a0\u00bb qui, par d\u00e9finition, refusa toujours de se pr\u00e9senter comme un &Eacute;tat, avec l&rsquo;id\u00e9e de transcendance qu&rsquo;implique ce mot dans sa d\u00e9finition la plus haute. La bureaucratie am\u00e9ricaniste de s\u00e9curit\u00e9 nationale est n\u00e9e dans un syst\u00e8me qui, par essence, d\u00e8s sa conception, \u00e9carte l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une transcendance qui donnerait l&rsquo;autorit\u00e9 supr\u00eame \u00e0 un &Eacute;tat dans sa d\u00e9finition la plus haute ou \u00e0 son repr\u00e9sentant. La \u00ab\u00a0pr\u00e9sidence imp\u00e9riale\u00a0\u00bb (depuis Roosevelt) a fait illusion; le soi-disant \u00ab\u00a0homme le plus puissant du monde\u00a0\u00bb est un homme qui se place \u00e0 la confluence d&rsquo;un grand nombre de groupes d&rsquo;influence dont aucun n&rsquo;a \u00e0 voir avec une transcendance d&rsquo;&Eacute;tat.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien s&ucirc;r, ce qui s\u00e9pare la bureaucratie am\u00e9ricaniste de s\u00e9curit\u00e9 nationale de son inspiratrice sovi\u00e9tique, c&rsquo;est sa sophistication, sa ma&icirc;trise de la puissance de la technologie, tout ce qui fait dire \u00e0 Rumsfeld, le 10 septembre 2001:<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo; <em>Perhaps this adversary sounds like the former Soviet Union, but that enemy is gone: our foes are more subtle and implacable today.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Ce jugement est \u00e9galement justifi\u00e9 par la puissance de cette bureaucratie, et, cette fois, en tant que caract\u00e8re d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 fabriqu\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Manhattan Project, \u00e0 l&rsquo;origine, lui a donn\u00e9 les composants de cette puissance: l\u00e9gitimit\u00e9 du monde scientifique et du combat anti-fasciste, l\u00e9gitimit\u00e9 de la connaissance et de la puissance absolue du produit de cette connaissance. D\u00e8s 1947-48, avec les d\u00e9buts de la Guerre froide, devant un danger \u00e0 la fois strat\u00e9gique et id\u00e9ologique d\u00e9crit comme sans pr\u00e9c\u00e9dent, la bureaucratie de s\u00e9curit\u00e9 nationale devint l&#8217;embl\u00e8me, le porte-drapeau et la seule r\u00e9f\u00e9rence du patriotisme. Elle se drapa dans la banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e. La messe \u00e9tait dite.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le pouvoir sans la responsabilit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>S&rsquo;\u00e9tant install\u00e9e dans le champ d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 fabriqu\u00e9e dans un syst\u00e8me qui rejette la primaut\u00e9 transcendantale de la l\u00e9gitimit\u00e9, la bureaucratie de s\u00e9curit\u00e9 nationale joue de toute la puissance de cette l\u00e9gitimit\u00e9 sans pouvoir jamais \u00eatre mise en accusation. On ne peut accuser la bureaucratie d&rsquo;abus de pouvoir, ni de \u00ab\u00a0coup d&rsquo;&Eacute;tat\u00a0\u00bb alors qu&rsquo;elle est l&rsquo;un et l&rsquo;autre en permanence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le seul qui a \u00e9t\u00e9 assez loin sur le chemin d&rsquo;une mise en cause c&rsquo;est Rumsfeld, r\u00e9p\u00e9tons-le, mais sous une forme qui lui fait perdre d&rsquo;avance son combat: Rumsfeld ne pouvait opposer \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 usurp\u00e9e de la bureaucratie de s\u00e9curit\u00e9 nationale une l\u00e9gitimit\u00e9 transcendantale qui n&rsquo;existe pas. Il se contenta d&rsquo;en faire un \u00ab\u00a0Ennemi\u00a0\u00bb plus terrible que celui de la Guerre froide. C&rsquo;\u00e9tait perdu d&rsquo;avance, m\u00eame sans le coup du sort du 11 septembre 2001 qui exp\u00e9dia le beau discours aux oubliettes de l&rsquo;Histoire. L&rsquo;on sait d&rsquo;ailleurs que l&rsquo;audacieux Rumsfeld est en m\u00eame temps l&rsquo;arch\u00e9type de l&rsquo;homme du syst\u00e8me, et cette contradiction vouait son entreprise \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. De m\u00eame, elle voue \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec sa tentative actuelle, faite sous la pression de l&rsquo;urgence des chiffres et des budgets devenus fous et qui, par instants, menacent l&rsquo;\u00e9difice d&rsquo;un effondrement vertigineux. (Certes, cela explique l&rsquo;importance du Moment, qui justifie qu&rsquo;on s&rsquo;attache au cas de la bureaucratie de s\u00e9curit\u00e9 nationale. La diff\u00e9rence avec le cas pr\u00e9c\u00e9dent [Rumsfeld et son discours g\u00e9nial du 10 septembre 2001], c&rsquo;est qu&rsquo;il y a la pression de la r\u00e9alit\u00e9 et la panique des hommes du syst\u00e8me. C&rsquo;est pourquoi nous sommes fond\u00e9s \u00e0 envisager qu&rsquo;il s&rsquo;agit du Moment de v\u00e9rit\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent, la d\u00e9finition fondamentale de cette \u00e9norme puissance, de ce pouvoir sans \u00e9gal qu&rsquo;est la bureaucratie de s\u00e9curit\u00e9 nationale, c&rsquo;est le rejet absolu de la caract\u00e9ristique m\u00eame de tout pouvoir acceptant sa sp\u00e9cificit\u00e9: la responsabilit\u00e9. La bureaucratie de s\u00e9curit\u00e9 nationale est irresponsable par essence. On peut lui reprocher la gabegie, l&rsquo;incomp\u00e9tence, la corruption, le gaspillage, etc.; \u00e0 tous ces chipotages de comptables qui n&rsquo;osent (et ne peuvent) avancer l&rsquo;argument fondamental de l&rsquo;usurpation, elle r\u00e9pond: s\u00e9curit\u00e9 nationale, c&rsquo;est-\u00e0-dire patriotisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e qui claque au vent de la libert\u00e9. Quel parlementaire oserait s&rsquo;opposer \u00e0 cela?<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Triomphe de la bureaucratie de s\u00e9curit\u00e9 nationale Nous publions le texte fran\u00e7ais de la premi\u00e8re partie de la rubrique To The Point de la Lettre d&rsquo;Analyse Context (n&deg;87 de septembre 2005). Ce texte propose une analyse historique et contemporaine du triomphe de la bureaucratie du Pentagone et des bureaucraties associ\u00e9es, &mdash; ce que nous nommons&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[354,370,4766,3409,4765,569],"class_list":["post-66882","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-354","tag-370","tag-atomique","tag-bombe","tag-oppenheimer","tag-rumsfeld"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66882","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=66882"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/66882\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=66882"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=66882"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=66882"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}