{"id":66886,"date":"2005-10-03T00:00:00","date_gmt":"2005-10-03T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/10\/03\/courage-fuyons\/"},"modified":"2005-10-03T00:00:00","modified_gmt":"2005-10-03T00:00:00","slug":"courage-fuyons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/10\/03\/courage-fuyons\/","title":{"rendered":"<strong><em>Courage, fuyons\u2026<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Courage, fuyons<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t3 octobre 2005  Les milieux de s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00e0 Washington sont d\u00e9chir\u00e9s par cette impossible \u00e9quation irakienne : la n\u00e9cessit\u00e9 de partir est au moins aussi forte que l&rsquo;impossibilit\u00e9 de partir. Ce d\u00e9chirement est bien plus dramatique qu&rsquo;avec le Vi\u00eat-nam. Il ne touche pas la population d&rsquo;une fa\u00e7on publiquement insupportable (le contraire, une grande pression publique pour un retrait, trancherait le d\u00e9bat en obligeant au retrait mais cela ferait porter la responsabilit\u00e9 du retrait sur l&rsquo;Am\u00e9rique enti\u00e8re et n&rsquo;isolerait pas le syst\u00e8me) ; cette absence d&rsquo;implication de la population est plus un signe inqui\u00e9tant qu&rsquo;un signe rassurant, comme le montre justement <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2026\" class=\"gen\">William S. Lind<\/a> (cette remarque notamment, qui rejoint l&rsquo;avis d&rsquo;autres tels que l&rsquo;ancien s\u00e9nateur Gary Hart : \u00ab <em>The danger sign in America is not a hot national debate over the war in Iraq and its course, but precisely the absence of such a debate, <\/em>[&#8230;] <em>Far from ensuring a united nation, what such a lack of debate and absence of alternatives makes probable is a bitter fracturing of the American body politic&#8230;<\/em> \u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes militaires connaissent les m\u00eames incertitudes. On assiste, depuis le printemps dernier, \u00e0 une succession pour le moins \u00e9tonnante de d\u00e9clarations <strong>publiques<\/strong> de militaires favorables ou hostiles \u00e0 un retrait (et, par cons\u00e9quent, faveur ou hostilit\u00e9 pour un maintien des forces US en l&rsquo;\u00e9tat,  mais l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un renforcement substantiel ne semble par contre nulle part envisag\u00e9e). C&rsquo;est un cas extraordinaire que ce d\u00e9bat public des militaires, parfois avec des d\u00e9clarations identifi\u00e9es, de la part de g\u00e9n\u00e9raux sur le terrain, contredisant la politique officiellement affirm\u00e9e par le pr\u00e9sident. Cette situation montre la faiblesse, voire l&rsquo;inexistence  de l&rsquo;autorit\u00e9 et de la l\u00e9gitimit\u00e9 du gouvernement actuel. C&rsquo;est une part non n\u00e9gligeable de la crise. C&rsquo;est aussi une diff\u00e9rence importante avec les crises pr\u00e9c\u00e9dentes  d&rsquo;ampleur, comme celle du Vi\u00eat-nam, o\u00f9 le pouvoir civil ne le c\u00e9da jamais aux militaires, de quelque fa\u00e7on que ce soit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa contradiction est aujourd&rsquo;hui flagrante et ne semble m\u00eame plus faire probl\u00e8me. On s&rsquo;habitue effectivement \u00e0 cette d\u00e9liquescence du pouvoir et \u00e0 l&rsquo;absence de substance des interventions du pr\u00e9sident, comme si le pr\u00e9sident n&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 que pour amuser (et encore) la galerie, sugg\u00e9rant (\u00e0 peine) implicitement et de fa\u00e7on unanime que ses d\u00e9clarations n&rsquo;ont plus aucune r\u00e9elle signification sinon pour la populace et, surtout, essentiellement, ses partisans id\u00e9ologiques extr\u00e9mistes dans la populace ; une atmosph\u00e8re tr\u00e8s surr\u00e9aliste, <em>indeed<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi peut-on avoir, dans le commentaire suivant du <a href=\"http:\/\/fairuse.1accesshost.com\/news2\/latimes863.html\" class=\"gen\">Los Angeles Times du 1er octobre<\/a>, une succession d&rsquo;avis de chefs militaires devant le Congr\u00e8s (et aussi dans des interventions publiques) qui contredisent la politique du Pr\u00e9sident, qui vient d&rsquo;\u00eatre rappel\u00e9e au paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent. L\u00e0 encore, aucun mot d&rsquo;\u00e9tonnement du commentateur, pas le moindre adjectif :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>At his ranch near Crawford, Texas, in August, Bush said that when the mission of defeating the terrorists in Iraq is complete, our troops will come home. More recently, Bush has offered a more nuanced view of success, emphasizing the importance of training Iraqi troops as part of the U.S. mission to defeat the insurgents.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>But the ground commanders told Congress on Thursday that the number of Iraqi units at the highest state of combat readiness had dropped from three to one since June. And they pointed this week to problems caused by the presence of U.S. troops. During his congressional testimony, Army Gen. George W. Casey, the top U.S. commander in Iraq, said that troop reductions were necessary to take away one of the elements that fuels the insurgency, that of the coalition forces as an occupying force. A smaller U.S. presence could alleviate some of the anger feeding the insurgency, Casey suggested.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The same approach may prove helpful across the Middle East, commanders said. The Central Command&rsquo;s Gen. John P. Abizaid, who supervises all U.S. troops in the region, said the broader fight against Islamic extremism required the United States to reduce our military footprint across the region and push governments in the Middle East to fight the extremists themselves. Although Abizaid advocates a troop reduction, he does not favor total withdrawal. He envisions such an exit preceded by the establishment of stable governments in Iraq and Afghanistan and accompanied by an assured flow of oil and enhanced regional security networks.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>A smaller U.S. contingent would also encourage greater self-reliance among Iraqi forces in the face of an insurgency that could last a decade or more. A reduction in American forces is essential to push more Iraqi troops onto the front lines, Casey said. This is about dependency, he said.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Even among themselves, military officials have differed in their assessments of the number of Iraqi troops ready to take on the mission.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;avalanche de d\u00e9clarations et de d\u00e9clarations contradictoires venues de sources gouvernementales, civiles et militaires, finit par nous habituer \u00e0 cet aspect sensationnel, qui finit par n&rsquo;en \u00eatre plus un. Il devient difficile de distinguer ce qui importe de ce qui est accessoire. Cela devient une question de choix \u00e0 partir de son propre jugement puis d&rsquo;analyse \u00e0 partir de ce choix ; les \u00e9v\u00e9nements ne nous donnent plus eux-m\u00eames leur signification, ils en ont aussit\u00f4t plusieurs, celle de l&rsquo;apparence ou du virtualisme, celle des int\u00e9r\u00eats des uns et des autres, celle de leur r\u00e9elle signification qui reste elle-m\u00eame \u00e0 d\u00e9terminer, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce cas et apr\u00e8s d\u00e9lib\u00e9ration, nous serions inclin\u00e9s \u00e0 juger ces d\u00e9clarations importantes pour au moins trois raisons. Nous tenons compte du fait qu&rsquo;il s&rsquo;agit de d\u00e9clarations publiques s\u00e9rieuses, quasiment officielles (devant le Congr\u00e8s, on ne peut plaider l&rsquo;erreur, l&rsquo;incompr\u00e9hension, la d\u00e9formation des propos, etc).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Ces d\u00e9clarations marquent combien la situation est difficile en Irak, pour les forces am\u00e9ricaines. Les Am\u00e9ricains ne contr\u00f4lent rien de cons\u00e9quent et de construit. Ils r\u00e9agissent ici et l\u00e0 mais, de toutes les fa\u00e7ons, montrent l&rsquo;ampleur de leur \u00e9chec. <a href=\"http:\/\/www.williampfaff.com\/modules\/news\/article.php?storyid=64\" class=\"gen\">William Pfaff<\/a> nous rappelle opportun\u00e9ment ce qu&rsquo;est la situation en Irak aujourd&rsquo;hui : \u00ab <em>Baghdad taken <\/em>[in April, 2003], <em>no one in authority in the administration had thought what to do if the fantasies sold Bush&rsquo;s people by Iraqi exiles did not come true. This was criminal amateurism. The world could scarcely believe what was happening.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The record since has worsened. After nearly two and a half years of fighting an improvised guerrilla uprising against an American occupation force that once again is building up to over 150 thousand troops, the United States military cannot fully secure even the fortified Green Zone of Baghdad where its commanders and American civilian officials live their beleaguered existence. The road to the airport is passable only in armored convoy, escorted by combat helicopters. The airport&rsquo;s approaches are not under control, and aircraft come in and leave under threat of insurgent rockets. Operations in the countryside against the insurgents go nowhere. Iraq slips towards anarchic civil war.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t&bull; Ces d\u00e9clarations constituent une premi\u00e8re en mettant en cause directement la pr\u00e9sence des troupes US en tant qu&rsquo;il s&rsquo;agit de forces de cette nationalit\u00e9. Cette id\u00e9e porte une logique destructrice. Elle vaudrait aussi bien demain pour le cas bien plus important de maintenir des bases US dans le pays si l&rsquo;on parvenait \u00e0 un arrangement suffisant pour permettre le retrait des troupes US en mission op\u00e9rationnelle. Le maintien de bases est-il envisageable dans les conditions que d\u00e9crivent les chefs militaires? Si cela n&rsquo;est pas envisageable, quel sens strat\u00e9gique prend l&rsquo;aventure irakienne, alors qu&rsquo;on est presque s\u00fbr (disons \u00e0 120% pour laisser une marge d&rsquo;incertitude) que le pouvoir en Irak, sans les Am\u00e9ricains, tombera rapidement sous le contr\u00f4le de l&rsquo;Iran ou se d\u00e9litera dans une longue guerre civile d\u00e9stabilisatrice, avec \u00e9clatement du pays, interventions anarchiques \u00e0 partir des pays voisins, etc.?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Ces d\u00e9clarations marquent que les militaires US sont au terme de leur patience, voire m\u00eame qu&rsquo;ils commencent \u00e0 paniquer devant les contraintes que leur imposent l&rsquo;Irak et les d\u00e9g\u00e2ts que cette guerre cause aux structures et aux capacit\u00e9s de leurs forces. L&rsquo;arm\u00e9e US est une force puissante et ultra moderne, mais dans les conditions tr\u00e8s sp\u00e9cifiques et devenues quasiment surr\u00e9alistes qui lui vont ; confront\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une adversit\u00e9 frustre, furieuse et ent\u00eat\u00e9e, elle s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre d&rsquo;une vuln\u00e9rabilit\u00e9 et d&rsquo;une fragilit\u00e9 structurelle extr\u00eamement inqui\u00e9tante et co\u00fbteuse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAlors que le perroquet GW continue \u00e0 raconter ce que son <em>speechwriter<\/em> lui met sous les yeux sans en comprendre une seule ligne, Washington devient un immense s\u00e9minaire angoiss\u00e9 o\u00f9 ne court qu&rsquo;une seule question : comment se (re)tirer d&rsquo;Irak? C&rsquo;est ce que Tom Engelhardt nomme, dans <a href=\"http:\/\/www.tomdispatch.com\/index.mhtml?pid=26174\" class=\"gen\">une chronique parue ce matin<\/a> et qu&rsquo;il importe de lire : \u00ab <em>Withdrawal Symptoms<\/em> \u00bb, et dont le sous-titre d&rsquo;une ironie am\u00e8re d\u00e9peint bien le climat washingtonien : \u00ab <em>Last One to Leave, Please Turn On the Lights<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais, comme chacun sait, l&rsquo;Am\u00e9rique ne peut pas quitter l&rsquo;Irak aujourd&rsquo;hui, ni demain d&rsquo;ailleurs, parce qu&rsquo;un tel d\u00e9part deviendrait une d\u00e9faite honteuse,  et cette interpr\u00e9tation serait de plus en plus forte \u00e0 mesure que le temps passe et que l&rsquo;\u00e9chec se confirme. En cas de retrait, l&rsquo;incertitude qui r\u00e8gne actuellement en Irak se transporterait brutalement \u00e0 Washington, avec la mise en cause, non seulement de Bush (cela n&rsquo;a gu\u00e8re d&rsquo;importance) mais du r\u00e9gime entier. (GW Bush est devenu si insignifiant qu&rsquo;il n&rsquo;est m\u00eame plus un fusible. Du temps o\u00f9 les pr\u00e9sidents avaient quelque valeur, ils \u00e9taient des fusibles, comme Nixon qui, \u00e0 cause du Watergate, a pay\u00e9 pour faire passer la pilule de la d\u00e9faite vietnamienne. Aujourd&rsquo;hui, plus de fusible ; le r\u00e9gime, c&rsquo;est-\u00e0-dire le syst\u00e8me am\u00e9ricaniste, est en premi\u00e8re ligne.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar cons\u00e9quent, derni\u00e8re in\u00e9vitable pirouette du raisonnement, si les forces am\u00e9ricaines se retiraient vraiment,  car, d\u00e9cid\u00e9ment, rien n&rsquo;est impossible, m\u00eame ce qui est jug\u00e9 comme impossible,  nous en arriverions au cur de la crise.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Courage, fuyons 3 octobre 2005 Les milieux de s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00e0 Washington sont d\u00e9chir\u00e9s par cette impossible \u00e9quation irakienne : la n\u00e9cessit\u00e9 de partir est au moins aussi forte que l&rsquo;impossibilit\u00e9 de partir. Ce d\u00e9chirement est bien plus dramatique qu&rsquo;avec le Vi\u00eat-nam. 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