{"id":66978,"date":"2005-11-03T00:00:00","date_gmt":"2005-11-03T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/11\/03\/trois-crises-et-la-crise-du-politique-dans-une-civilisation-qui-vacille\/"},"modified":"2005-11-03T00:00:00","modified_gmt":"2005-11-03T00:00:00","slug":"trois-crises-et-la-crise-du-politique-dans-une-civilisation-qui-vacille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/11\/03\/trois-crises-et-la-crise-du-politique-dans-une-civilisation-qui-vacille\/","title":{"rendered":"<strong><em>Trois crises\u2026 et la crise du politique dans une civilisation qui vacille<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Trois crises et la crise du politique dans une civilisation qui vacille<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t3 novembre 2005  En m\u00eame temps, les trois puissances europ\u00e9ennes sont frapp\u00e9es par trois crises diff\u00e9rentes. Additionn\u00e9es, elles r\u00e9sument la crise profonde de la politique dans notre temps historique. Au-del\u00e0, il s&rsquo;agit d&rsquo;une marque de plus du vacillement de notre civilisation, apparemment sans concurrente, et plut\u00f4t <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=264\" class=\"gen\">sans concurrence possible<\/a>, qui est confront\u00e9e \u00e0 ses profondes et mortelles contradictions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(On pourrait ajouter \u00e0 ces trois crises d&rsquo;autres crises disons accessoires mais qui ne manquent pas de signification, ou de renforcer la signification identifi\u00e9e ici: en Pologne o\u00f9 les \u00e9lections d\u00e9bouchent sur un blocage des forces de droite victorieuses; en Italie o\u00f9 Berlusconi, \u00e0 l&rsquo;approche des \u00e9lections, est oblig\u00e9 de se d\u00e9marquer de son engagement pro-am\u00e9ricain dans des conditions piteuses ; aux Pays-Bas, o\u00f9,  cela est moins connu mais tout aussi marquant,  le monde politique et la population s&rsquo;ab\u00eement dans une parano\u00efa s\u00e9curitaire et anti-immigration contrastant avec la r\u00e9putation de mesure glac\u00e9e de ce pays. Arr\u00eatons l\u00e0 cette liste affligeante.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes trois crises principales se retrouvent dans tous vos journaux. Choisissons l&rsquo;un de nos favoris (le <em>Guardian<\/em>) pour ce rapide survol.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;Allemagne conna\u00eet une crise politique extraordinaire, la pire qu&rsquo;ait connue la R\u00e9publique F\u00e9d\u00e9rale depuis sa formation en 1949. Les n\u00e9gociations pour la mise sur pied de la grande coalition connaissent <a href=\"http:\/\/blogs.guardian.co.uk\/news\/archives\/2005\/11\/02\/divided_they_stand.html\" class=\"gen\">des avatars extraordinaires<\/a>. Signe de la gravit\u00e9 de la crise, qui conduit le <em>Bild<\/em> \u00e0 qualifier l&rsquo;Allemagne de r\u00e9publique banani\u00e8re: les divisions ne sont pas seulement, comme c&rsquo;est la saine habitude dans les particraties d\u00e9mocratiques, entre les partis en cause, mais \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ceux-ci (exemples \u00e9clatants: <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/germany\/article\/0,2763,1606498,00.html\" class=\"gen\">le d\u00e9part du Bavarois Sto\u00efber<\/a>, le patron de la CSU, qui ne supporte d\u00e9cid\u00e9ment pas Merkel, venant apr\u00e8s la d\u00e9mission du poste de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du SPD de Franz M\u00fcntefering, qui implique une mont\u00e9e de la gauche au sein du SPD.) Aujourd&rsquo;hui, la perspective de nouvelles \u00e9lections, dans un climat chaotique, n&rsquo;est plus l&rsquo;hypoth\u00e8se la moins probable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La France conna\u00eet ses banlieues qui br\u00fblent, apr\u00e8s <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/france\/story\/0,11882,1607332,00.html\" class=\"gen\">six nuits cons\u00e9cutives d&rsquo;\u00e9meutes<\/a> de mieux en mieux organis\u00e9es, \u00e0 Clichy-sous-bois. On d\u00e9couvre que les zones de non-Droit existent, ce qu&rsquo;on savait depuis longtemps, et qu&rsquo;elles sont fort bien organis\u00e9es. Personne n&rsquo;a la moindre solution pour un probl\u00e8me qui n&rsquo;est pas soluble en lui-m\u00eame, qui est une cons\u00e9quence d&rsquo;une crise de civilisation bien plus profonde, bien plus vaste, bien plus consid\u00e9rable. Contre cela, bien s\u00fbr, les hommes politiques,  notamment et particuli\u00e8rement fran\u00e7ais, mais les autres aussi,  n&rsquo;ont m\u00eame pas l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il pourrait \u00eatre n\u00e9cessaire d&rsquo;en avoir une. La crise des banlieues a son effet sur la confusion politique, en mettant en grave d\u00e9faut l&rsquo;homme qui semblait irr\u00e9sistible (Sarkozy). Le d\u00e9sarroi fran\u00e7ais, lui, se porte bien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Alors, dira le chroniqueur moyen, il nous reste notre sauveur, notre lumi\u00e8re venue de l&rsquo;Ouest, le mirobolant Tony Blair? Pas du tout. TB a connu, hier, ce que le <em>Guardian<\/em> nomme <a href=\"http:\/\/politics.guardian.co.uk\/labour\/story\/0,9061,1607334,00.html\" class=\"gen\">A day of calamity<\/a>, ou encore: \u00ab <em>Tony Blair suffered one of the grimmest days of his eight-year premiership yesterday when David Blunkett&rsquo;s second resignation from the cabinet was quickly followed by his narrowest Commons victory yet  a majority of one  and a further humiliating retreat on the government&rsquo;s terror bill.<\/em> \u00bb Cette crise r\u00e9v\u00e8le simplement combien le gouvernement Blair est bas\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9pate (mot leste pour d\u00e9finir les activit\u00e9s virtualistes de TB), combien le syst\u00e8me britannique est secou\u00e9 par une absence de l\u00e9gitimit\u00e9 (l&rsquo;\u00e9norme majorit\u00e9 travailliste ne signifie rien, face \u00e0 un parti conservateur pulv\u00e9ris\u00e9 et <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1535\" class=\"gen\">un syst\u00e8me \u00e9lectoral totalement anti-d\u00e9mocratique<\/a>). Il s&rsquo;agit d&rsquo;une crise majeure d&rsquo;identit\u00e9 au Royaume-Uni.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn pourrait faire de la comptabilit\u00e9, du saucissonnage, faire des micro-analyses ici ou l\u00e0, c&rsquo;est-\u00e0-dire proc\u00e9der selon l&rsquo;habituelle tactique du postmodernisme de cloisonnement de la critique. Au plus vous analysez les causes conjoncturelles des crises (et Dieu sait s&rsquo;il y en a, qui font le d\u00e9lice des plumes soi-disant critiques), au plus vous perdez de vue le champ de la crise structurelle. Celle-ci est exp\u00e9di\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire ni\u00e9e absolument, avec les incantations habituelles sur la d\u00e9mocratie et le reste du cat\u00e9chisme. Certains commentateurs d&rsquo;outre-Atlantique vont jusqu&rsquo;\u00e0 conclure, avec l&rsquo;inculpation de Libby et la mise \u00e0 jour de l&rsquo;\u00e9vidence de l&rsquo;\u00e9tat extraordinairement chaotique du syst\u00e8me de corruption US: \u00ab <em>the system is working<\/em> \u00bb,  comme si l&rsquo;inculpation d&rsquo;un lampiste suffisait \u00e0 leur bonheur (Car, bien s\u00fbr, outre les crises europ\u00e9ennes qu&rsquo;on d\u00e9crit, il y a celle du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2118\" class=\"gen\">phare de notre civilisation<\/a>, qui reste la m\u00e8re de toutes nos crises. Encore moins d&rsquo;espoir de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut tenter au contraire d&rsquo;appr\u00e9cier toutes ces crises avec un esprit int\u00e9grateur, pour en comprendre les causes structurelles,  avec une intuition qui nous sert d&rsquo;hypoth\u00e8se centrale : toutes ces crises, m\u00eame si elles sont diff\u00e9rentes, m\u00eame si elles expriment des probl\u00e8mes parcellaires tr\u00e8s diff\u00e9rents, ressortent du m\u00eame tronc central. Au bout du compte, vous trouverez la rupture du monde politique avec le r\u00e9el, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec la r\u00e9alit\u00e9 des peuples et la r\u00e9alit\u00e9 des probl\u00e8mes qu&rsquo;affrontent ces peuples, au profit de l&rsquo;id\u00e9ologie de l&rsquo;absence de sens, camoufl\u00e9e dans ce virtualisme qui est la tentative de construire une autre r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes trois <em>establishments<\/em> nationaux (on pr\u00e9f\u00e8re cette expression \u00e0 celle de gouvernement ou de r\u00e9gime, tout cela \u00e9tant trop concret l\u00e0 o\u00f9 nous sommes si loin du concret) en difficult\u00e9 pour des causes diff\u00e9rentes sont tous trois des <em>establishments<\/em> nationaux sans originalit\u00e9, qui sacrifient aux valeurs et aux m\u00e9thodes du syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral qui r\u00e9git la plan\u00e8te. Globalisation oblige, nous avons au moins celle des vices fondamentaux et incurables du syst\u00e8me. Leurs crises sont des \u00e9piph\u00e9nom\u00e8nes dont il est vain d&rsquo;analyser les causes, sinon \u00e0 s&rsquo;en r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la crise centrale. Elles t\u00e9moignent de ce que la politique \u00e0 leur niveau, tout comme l&rsquo;id\u00e9ologie \u00e0 laquelle ils sacrifient, se caract\u00e9rise \u00e9galement et fort logiquement par l&rsquo;absence de sens. D\u00e9sormais, l&rsquo;histoire se fait sans eux, ce qui est la meilleure chose qui pouvait arriver dans ce chaos sans fin qui caract\u00e9rise notre \u00e9poque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;histoire [qui] se fait sans eux permet de comprendre pourquoi, malgr\u00e9 le naufrage des directions politiques, les nations gardent leur sp\u00e9cificit\u00e9 et leur pouvoir d&rsquo;influence (ou leur absence d&rsquo;influence pour certaines). Il permet de comprendre,  pour en revenir \u00e0 un th\u00e8me qui nous est cher,  pourquoi la France reste une des rares forces qui comptent aujourd&rsquo;hui malgr\u00e9 l&rsquo;extraordinaire vacuit\u00e9 de ses \u00e9lites (alors que l&rsquo;Allemagne frapp\u00e9e de plein fouet par sa d\u00e9faite de 1945 continue \u00e0 n&rsquo;avoir pas de r\u00e9elle substance internationale, tandis que le Royaume-Uni est tributaire, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2115\" class=\"gen\">malgr\u00e9 certaines r\u00e9alit\u00e9s surprenantes<\/a>, de son ambigu\u00eft\u00e9 historique depuis 1940-41 avec la proclamation de son alignement sur les USA). L&rsquo;influence ne se d\u00e9termine plus d\u00e9sormais en termes de politique active,  une politique active historique en ce sens qu&rsquo;elle laisserait sa trace dans l&rsquo;histoire,  mais en termes de perceptions historiques, en termes d&rsquo;images compos\u00e9es \u00e0 partir de ce qu&rsquo;on sait des traditions, de la culture, du r\u00f4le pass\u00e9, etc. Le paradoxe de cette situation postmoderne, qui se voudrait hyper-moderniste, est que l&rsquo;activit\u00e9 moderniste n&rsquo;a plus aucun effet. Les forces qui comptent d\u00e9sormais sont celles qui se r\u00e9f\u00e8rent au pass\u00e9 et qui forment le cadre historique de notre \u00e9volution.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois crises et la crise du politique dans une civilisation qui vacille 3 novembre 2005 En m\u00eame temps, les trois puissances europ\u00e9ennes sont frapp\u00e9es par trois crises diff\u00e9rentes. 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