{"id":66995,"date":"2005-11-07T00:00:00","date_gmt":"2005-11-07T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/11\/07\/les-banlieues-qui-brulent-et-la-terreur-du-monde\/"},"modified":"2005-11-07T00:00:00","modified_gmt":"2005-11-07T00:00:00","slug":"les-banlieues-qui-brulent-et-la-terreur-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/11\/07\/les-banlieues-qui-brulent-et-la-terreur-du-monde\/","title":{"rendered":"<strong><em>Les banlieues qui br\u00fblent et la terreur du monde<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Les banlieues qui br\u00fblent et la terreur du monde<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t7 novembre 2005  Les banlieues qui br\u00fblent en France, on en parle depuis le milieu des ann\u00e9es 1970 en \u00e9vitant d&rsquo;aller au fond du sujet. Une telle exploration serait fort dangereuse parce qu&rsquo;elle impliquerait une remise en cause de bien plus, infiniment plus que la situation des banlieues. Dit autrement, voici le constat que les commentaires qu&rsquo;on entend aujourd&rsquo;hui sont la r\u00e9p\u00e9tition sempiternelle de ce qu&rsquo;on dit, obstin\u00e9ment, depuis trois d\u00e9cennies. Le d\u00e9bat n&rsquo;a pas avanc\u00e9 depuis parce qu&rsquo;il <strong>ne peut pas avancer<\/strong> ; parce que (<em>bis repetitat<\/em> sous d&rsquo;autres termes) on s&rsquo;interdit toute r\u00e9flexion au-del\u00e0 d&rsquo;une limite qui interdit d&rsquo;aller consid\u00e9rer les faits historiques non expurg\u00e9s par le conformisme g\u00e9n\u00e9ral, les positions id\u00e9ologiques d&rsquo;autres temps o\u00f9 fut enclench\u00e9 le m\u00e9canisme menant \u00e0 la crise des banlieues, les consid\u00e9rations de civilisation d\u00e9passant largement le sujet des banlieues.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes commentaires qu&rsquo;on entend et lit aujourd&rsquo;hui en g\u00e9n\u00e9ral refl\u00e8tent par ailleurs parfaitement l&rsquo;\u00e9tat des esprits, sinon l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit du monde politique et de ceux qui lui sont associ\u00e9s (monde universitaire, monde m\u00e9diatique, etc.). Non que ces commentaires soient stupides ou insens\u00e9s mais parce qu&rsquo;ils sont <strong>vains<\/strong> en g\u00e9n\u00e9ral, et accessoirement irresponsables (l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 commen\u00e7ant par le refus d&rsquo;envisager le probl\u00e8me sur le fond) ; et, en fait d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 pour le personnel commentateur, les r\u00f4les sont distribu\u00e9s selon l&rsquo;habituel r\u00e9pertoire d\u00e9mocratique, avec le pompon \u00e0 l&rsquo;opposition (celle-ci \u00e9tant de gauche, et d&rsquo;une gauche d&rsquo;une m\u00e9diocrit\u00e9 jamais atteinte depuis le Congr\u00e8s de Tours sinon la R\u00e9volution de 1789, les sottises conformistes et bien-pensantes progressistes volent en tous sens).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Par cons\u00e9quent, nous h\u00e9sitions \u00e0 apporter notre pierre \u00e0 un \u00e9difice si suspect. (Nous nous employons \u00e0 explorer par ailleurs ce que nous entendons par : en \u00e9vitant d&rsquo;aller au fond du sujet, qui impliquerait une remise en cause de bien plus que la situation des banlieues,  au contraire en n&rsquo;h\u00e9sitant plus \u00e0 y aller, dans une <em>Analyse<\/em> \u00e0 venir.) Nous nous d\u00e9partons aujourd&rsquo;hui de cette r\u00e9serve avec quelques remarques qui \u00e9vitent la sociologie (certainement pas), l&rsquo;id\u00e9ologie (surtout pas), la Morale (Dieu nous en pr\u00e9serve). Il s&rsquo;agit de remarques portant sur la perception de la crise,  parlons ici d&rsquo;un climat, disons de la couleur, du ton des commentaires Nous sommes oblig\u00e9s d&rsquo;\u00e9crire aussi vaguement parce que la mati\u00e8re que nous voulons mettre en \u00e9vidence est vague elle-m\u00eame, et doit \u00eatre montr\u00e9e, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;\u00eatre d\u00e9montr\u00e9e,  justement, elle doit \u00eatre montr\u00e9e par d\u00e9faut.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui nous frappe, c&rsquo;est l&rsquo;absence presque compl\u00e8te, autour de la crise des banlieues, d&rsquo;une rh\u00e9torique terrorisme-guerre de la terreur pour la d\u00e9finir. (Par exemple, dans l&rsquo;\u00e9mission <em>Ripostes<\/em>, hier \u00e0 18H00 sur Arte, avec des \u00e9lus, divers sp\u00e9cialistes, comme d&rsquo;habitude de tendances diverses, il ne fut fait allusion qu&rsquo;une fois aux islamistes, et d&rsquo;une fa\u00e7on volontairement anecdotique: un repr\u00e9sentant d&rsquo;un syndicat de la police parla de manipulateurs, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs prenant le train en marche des troubles pour les exacerber. Il cita apr\u00e8s quelques autres cat\u00e9gories comme les <em>dealers<\/em> de drogue, l&rsquo;hypoth\u00e8se de quelques barbus, terme g\u00e9n\u00e9rique pour d\u00e9signer les islamiques, en insistant sur leur petit nombre et leur absence de plan concert\u00e9.) Proposons une analogie hypoth\u00e9tique en posant une hypoth\u00e8se infond\u00e9e du point de vue des sociologies concern\u00e9es (concentration de banlieues \u00e0 fortes populations musulmanes aux USA), mais c&rsquo;est l&rsquo;esprit de la chose qui nous importe,  imagine-t-on une seule seconde ce que serait le commentaire d&rsquo;un Charles Krauthammer, d&rsquo;un <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=661\" class=\"gen\">Ralph Peters<\/a>, voire d&rsquo;un Bush lisant son discours sur des \u00e9v\u00e9nements de cette sorte aux Etats-Unis, avec les m\u00eames communaut\u00e9s si elles existaient? Ce ne serait qu&rsquo;un cri avec plusieurs formulations: Al Qa\u00efda, <em>jihad<\/em>, manipulation islamiste. (Au Royaume-Uni, on se trouverait \u00e0 mi-chemin. Malgr\u00e9 la r\u00e9cente rh\u00e9torique de la terreur, les Britanniques restent assez retenus pour cette sorte d&rsquo;interpr\u00e9tation, de perception.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe fait nous para\u00eet int\u00e9ressant,  celui de la perception, justement. Nous ne disons pas que les islamistes n&rsquo;ont rien \u00e0 voir ou qu&rsquo;ils ont une partie, beaucoup ou tout \u00e0 voir dans ces troubles. Cela n&rsquo;est pas la question d\u00e9battue. Nous disons que, face \u00e0 une crise de cette ampleur, qui concerne d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9vidente au moins une communaut\u00e9 marqu\u00e9e par une religion pr\u00e9cise (les musulmans) dont on conna\u00eet l&rsquo;implication dans la rh\u00e9torique de la terreur, qui concerne \u00e9galement des hypoth\u00e8ses largement r\u00e9percut\u00e9es de manipulation, la premi\u00e8re r\u00e9action instinctive, si pas intuitive, est de ne pas songer \u00e0 l&rsquo;explication du terrorisme islamiste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela marque une diff\u00e9rence fondamentale, \u00e9tablie depuis le 11 septembre 2001 au cur de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re occidental, et qui ne saurait que perdurer, s&rsquo;accro\u00eetre, empirer. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une diff\u00e9rence de perception entre l&rsquo;Am\u00e9rique et le reste. Notre r\u00e9action aujourd&rsquo;hui, face \u00e0 la crise des banlieues, est la m\u00eame qu&rsquo;elle aurait \u00e9t\u00e9 il y a 10 ou 15 ans (ce pourquoi nous disons que tous les commentaires conjoncturels ont \u00e9t\u00e9 dits et redits mille fois). Pr\u00e9cisons bien : elle est la m\u00eame qu&rsquo;il y a 10 ou 15 ans, comme si le 11 septembre 2001 n&rsquo;avait pas eu lieu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe monde chang\u00e9 par le terrorisme est une id\u00e9e am\u00e9ricaine. Le terrorisme n&rsquo;a pas chang\u00e9 le monde mais il a chang\u00e9 l&rsquo;Am\u00e9rique. William Pfaff le dit excellemment dans un article sur la torture (\u00ab <em>What we&rsquo;ve lost, George W. Bush and the price of torture<\/em> \u00bb), dans <em>Harper&rsquo;s Magazine<\/em>, dans le <a href=\"http:\/\/www.williampfaff.com\/modules\/news\/article.php?storyid=74\" class=\"gen\">num\u00e9ro de novembre 2005<\/a>: <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>American policy on Iraq is condemned abroad by most of the democracies, in part for the practical reason that this policy has manufactured terrorism and nationalist resistance to the United States and its allies inside Iraq and so far has succeeded only in escalating the crisis between the Western powers and Islamic society. The American insistence that September 11, 2001, was the defining event of the age, after which nothing could be the same, is regarded as simply untrue. The only thing that really changed was the United States. That it may never again be the same is profoundly depressing. Foreign observers are disturbed that American elites seem unable to understand this.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa perception que la crise des banlieues en France est d&rsquo;essence sociologique, \u00e9conomique, voire criminog\u00e8ne, li\u00e9e au banditisme international ou\/et \u00e0 la criminalit\u00e9 r\u00e9gionale (c&rsquo;est l&rsquo;hypoth\u00e8se principale qui revient pour la manipulation), plut\u00f4t que li\u00e9e \u00e0 des hypoth\u00e8ses id\u00e9ologiques islamistes,  cette perception est largement partag\u00e9e sinon unanimement accept\u00e9e hors de France. (Les commentateurs am\u00e9ricains suivent cette analyse sans pr\u00e9occupation particuli\u00e8re, notamment celle que l&rsquo;on expose ici. Mais cela ne se passe pas en Am\u00e9rique donc ils s&rsquo;en foutent. Tout juste songent-ils \u00e0 mettre en \u00e9vidence les avatars d&rsquo;une France qu&rsquo;en g\u00e9n\u00e9ral ils d\u00e9testent. Cela, au moins, est de bonne guerre et compr\u00e9hensible pour le commun des mortels.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette diff\u00e9rence d&rsquo;appr\u00e9ciation de la situation du monde est importante pour ce qui suivra cette crise, dans la mesure o\u00f9 cette crise rendra plus aigu\u00ebs les perceptions, et plus vives les r\u00e9actions. La crise des banlieues, \u00e0 un moment ou l&rsquo;autre, aura son effet au niveau de la question de la politique g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 suivre. On y retrouvera, exacerb\u00e9es, les contradictions et les oppositions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; En France, et en Europe alentour, l&rsquo;accent sera mis sur la recherche de solutions impliquant \u00e9videmment l&rsquo;intervention des autorit\u00e9s gouvernementales, et l&rsquo;accent mis sur des mod\u00e8les sociaux de protection et d&rsquo;incitation \u00e0 diverses initiatives. La crise des banlieues va accro\u00eetre les exigences d&rsquo;interventionnisme \u00e9tatique dans tous les domaines. C&rsquo;est parce que  l&rsquo;esprit europ\u00e9en tend \u00e0 lier de fa\u00e7on tr\u00e8s serr\u00e9e les questions sociologiques et \u00e9conomiques d&rsquo;une part, les questions s\u00e9curitaires d&rsquo;autre part, avec l&rsquo;aspect politique pour chapeauter le tout.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Les Am\u00e9ricains reviendront \u00e0 leurs r\u00e9flexes habituels, sans s&rsquo;attacher au rapport de ces r\u00e9flexes avec la r\u00e9alit\u00e9, sans non plus se pr\u00e9occuper des contradictions entre ces r\u00e9flexes. L&rsquo;un de ces r\u00e9flexes est de pr\u00f4ner que le lib\u00e9ralisme et la globalisation, et le refus de l&rsquo;interventionnisme du gouvernement, sont les seules prescriptions concevables pour r\u00e9soudre n&rsquo;importe quelle crise \u00e9conomique et sociologique,  et cela vaut donc pour les banlieues comme pour le reste. L&rsquo;autre est de faire passer toute solution \u00e0 des probl\u00e8mes de troubles comme la crise des banlieues au niveau s\u00e9curitaire sur le long comme sur le court terme, en l&rsquo;ins\u00e9rant dans le sch\u00e9matisme de la guerre globale contre la terreur. L&rsquo;explication finale qui sera propos\u00e9e par les Am\u00e9ricains pour la crise des banlieues sera donc li\u00e9e au terrorisme et au ph\u00e9nom\u00e8ne islamique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;y a aucune intention, dans ce propos, de faire l&rsquo;apologie d&rsquo;un groupe et pas de l&rsquo;autre. Les dirigeants fran\u00e7ais et l&rsquo;<em>intelligentsia<\/em> qui les entoure et les rassure dans des querelles de principes irresponsables ont la responsabilit\u00e9 d&rsquo;avoir entretenu par leur inaction et leur irresponsabilit\u00e9 le pourrissement de la situation des banlieues. Ils ont la responsabilit\u00e9 de refuser de consid\u00e9rer les vraies causes de cette crise, comme on l&rsquo;a dit plus haut. Ils n&rsquo;ont donc rien, ni de la vertu civique, ni de la vertu de l&rsquo;esprit. Par contre, ce que nous voulons mettre en \u00e9vidence, c&rsquo;est que, m\u00eame \u00e0 ce niveau de m\u00e9diocrit\u00e9, les r\u00e9flexes et les perceptions sp\u00e9cifiques existent encore. Ils sont ce qu&rsquo;ils sont, compl\u00e8tement \u00e9trangers aux r\u00e9flexes am\u00e9ricains. Quelle que soit l&rsquo;\u00e9motion sp\u00e9cifique soulev\u00e9e par la crise des banlieues, il reste qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0, \u00e0 notre sens, d&rsquo;un enseignement important parce qu&rsquo;il gouverne l&rsquo;avenir dans ce que celui-ci a de plus essentiel.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les banlieues qui br\u00fblent et la terreur du monde 7 novembre 2005 Les banlieues qui br\u00fblent en France, on en parle depuis le milieu des ann\u00e9es 1970 en \u00e9vitant d&rsquo;aller au fond du sujet. 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