{"id":66996,"date":"2005-11-08T00:00:00","date_gmt":"2005-11-08T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/11\/08\/leur-guerre-de-midinettes\/"},"modified":"2005-11-08T00:00:00","modified_gmt":"2005-11-08T00:00:00","slug":"leur-guerre-de-midinettes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/11\/08\/leur-guerre-de-midinettes\/","title":{"rendered":"<strong><em>Leur guerre de midinettes<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Leur guerre de midinettes<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t8 novembre 2005  Les m\u00e9moires de l&rsquo;ambassadeur britannique \u00e0 Washington sir Christopher Meyer sont en cours de parution, sous le titre de <em>D.C. Confidential<\/em> (D.C. pour District of Columbia, qui est l&rsquo;entit\u00e9 administrative et l&rsquo;\u00c9tat de la capitale des USA, Washington). Elles ont tout \u00e0 voir avec l&rsquo;Am\u00e9rique, avec la fascination qu&rsquo;exerce l&rsquo;Am\u00e9rique, avec l&rsquo;<em>American Dream<\/em>,  et la surprise (apparente, en fait) est bien que tout cela s&rsquo;applique compl\u00e8tement au cas de Tony Blair.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes m\u00e9moires de sir Christopher sont \u00e9videmment int\u00e9ressants. Ils donnent le point de vue d&rsquo;un homme plac\u00e9 au centre de la crise, sur la crise de l&rsquo;Irak, sur les relations USA-UK et plus pr\u00e9cis\u00e9ment Bush-Blair, sur le comportement de Blair,  plus que sa politique : c&rsquo;est volontairement que nous proposons cette nuance, car notre propos concerne la psychologie du PM britannique. Le <em>Guardian<\/em> a pr\u00e9sent\u00e9 cet ouvrage dans ses \u00e9ditions d&rsquo;hier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(On trouvera une int\u00e9ressante s\u00e9rie d&rsquo;articles dans <em>The Guardian<\/em> sur les m\u00e9moires de l&rsquo;ambassadeur. Un article de <a href=\"http:\/\/politics.guardian.co.uk\/iraq\/story\/0,12956,1636071,00.html\" class=\"gen\">Meyer lui-m\u00eame<\/a>, un extrait du <a href=\"http:\/\/politics.guardian.co.uk\/foreignaffairs\/story\/0,11538,1636029,00.html\" class=\"gen\">livre de Meyer<\/a>, un article du <em>Guardian<\/em> <a href=\"http:\/\/politics.guardian.co.uk\/iraq\/story\/0,12956,1635997,00.html\" class=\"gen\">sur le livre<\/a> et <LIEN=un \u00e9dito<D> du journal \u00e0 ce propos. Bien entendu, les citations dans ce <em>F&#038;C<\/em> sont extraites de ces articles.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;analyse de Meyer est, comme chez tout bon diplomate, tr\u00e8s nuanc\u00e9e. Elle conduit n\u00e9anmoins le <em>Guardian<\/em> \u00e0 confirmer un jugement souvent affirm\u00e9 dans ce journal, que la politique de Blair dans la crise irakienne fut un d\u00e9sastre. (Titre d&rsquo;un des articles : \u00ab <em>Blair&rsquo;s litany of failures on Iraq  ambassador&rsquo;s damning verdict<\/em> \u00bb : effectivement, si l&rsquo;impression rendue par les m\u00e9moires d&rsquo;un diplomate si mesur\u00e9, si diplomate, conduit \u00e0 cette conclusion, il faut que Blair les ait accumul\u00e9es.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour notre part, l&rsquo;analyse de Christopher nous confirme dans l&rsquo;importance essentielle qu&rsquo;il importe de donner aujourd&rsquo;hui \u00e0 la psychologie des dirigeants politiques,  psychologie et ses penchants, ses emportements, ses fascinations,  bien plus qu&rsquo;\u00e0 leurs jugements qui sont de plus en plus enferm\u00e9s, verrouill\u00e9s dans des sch\u00e9mas conformistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Premier point que nous confirme l&rsquo;ambassadeur,  plut\u00f4t que nous en faire la surprise car nous nous en doutions un peu : Blair et son \u00e9quipe (les <em>spin doctors<\/em> type-Alastair Campbell) furent (et sont toujours, on suppose) fascin\u00e9s par l&rsquo;Am\u00e9rique. L&rsquo;ambassadeur emploie le mot qu&rsquo;il faut : le <em>glamour<\/em> am\u00e9ricain, mot d\u00e9cid\u00e9ment intraduisible, ce m\u00e9lange d&rsquo;\u00e9pate, de brillant d&rsquo;apparence, d&rsquo;excitation vulgaire, de pose enfin Terme parfaitement hollywoodien, parfaitement \u00e0 sa place dans la d\u00e9marche d\u00e9crite ici. Le <em>glamour<\/em> est finalement le principal moteur de l&rsquo;<em>American Dream<\/em> postmoderne et m\u00e8ne, dans son ultime d\u00e9veloppement, au virtualisme. Julian Glover et Ewen MacAskill \u00e9crivent: \u00ab <em>Sir Christopher, highly critical of Mr Blair&rsquo;s performance in the run-up to the war, argues the prime minister and his team were seduced by the proximity and glamour of US power and reluctant to negotiate conditions with George Bush for Britain&rsquo;s support for the war.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Sir Christopher argumente que Blair, \u00e0 cause de cette fascination pour l&rsquo;Am\u00e9rique (et pour GW Bush,  fascin\u00e9 par GW, un comble), choisit le <em>moral high ground<\/em> pour appuyer sa d\u00e9cision de faire la guerre. Ce faisant, il \u00e9carta toute possibilit\u00e9 de peser sur les Etats-Unis puisque, en fait, il adopta compl\u00e8tement leur attitude.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Tony Blair chose to take his stand against Saddam and alongside Bush from the highest of high moral ground. It is the definitive riposte to the idea that Blair was merely the president&rsquo;s poodle, seduced though he and his team always appeared to be by the proximity and glamour of American power.But the high moral ground, and the pure white flame of unconditional support to an ally in service of an idea, have their disadvantages.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>They place your destiny in the hands of the ally. They fly above the tangled history of Sunni, Shia and Kurd. They discourage descent into the dull detail of tough and necessary bargaining: meat and drink to Margaret Thatcher, but, so it seemed, uncongenial to Tony Blair.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>As the French commander Marshal Bosquet said in 1854 during the Crimean war, on observing the Charge of the Light Brigade towards the Russian cannon at Balaclava: C&rsquo;est magnifique, mais ce n&rsquo;est pas la guerre.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; De l&rsquo;extrait ci-dessus, on proposera deux observations compl\u00e9mentaires. La premi\u00e8re est que l&rsquo;ambassadeur ne semble rien conna\u00eetre aux chiens, ou disons \u00e0 la race dite du toutou \u00e0 sa m\u00e9m\u00e8re. L&rsquo;accusation de <em>poddle<\/em> (caniche, ou Blair comme caniche de Bush, ou encore toutou \u00e0 sa m\u00e9m\u00e8re) est compl\u00e8tement rejet\u00e9e par Sir Christopher. Puisque Blair adopta la cause de Bush, qu&rsquo;il la pr\u00e9c\u00e9da m\u00eame, guid\u00e9 par sa fascination, on ne peut parler de caniche, de servilit\u00e9 de l&rsquo;Anglais \u00e0 l&rsquo;endroit de l&rsquo;Am\u00e9ricain. Au contraire, selon nous. La servilit\u00e9 est fond\u00e9e en bonne partie sur un sentiment qu&rsquo;on jugerait positif, o\u00f9 se m\u00ealent justement fascination et amour ; le caniche, ou toutou \u00e0  sa m\u00e9m\u00e8re, adore la m\u00e9m\u00e8re ; il ne peut s&rsquo;en passer ; sa servilit\u00e9 est la marque m\u00eame de cet amour-fascination qui devient une servilit\u00e9 amoureuse. Christopher oppose le comportement de Blair \u00e0 celui de Churchill et de Thatcher et il a tort.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em> London was not fertile ground for the notion of leverage or the tough negotiating position that must sometimes be taken even with the closest allies  as Churchill did with Roosevelt and Thatcher did with Reagan.<\/em> \u00bb, \u00e9crit Christopher. Justement, Churchill et Thatcher introduisirent chacun \u00e0 leur mani\u00e8re cette dimension de fascination servile vis-\u00e0-vis des Am\u00e9ricains, quelque chose de f\u00e9minin dans le sens le plus contestable, qui rendit leur alignement sur les USA proche de l&rsquo;irrationnel dans nombre de cas. M\u00eame s&rsquo;ils voulurent souvent poser aux esprits ind\u00e9pendants (comme Blair lui-m\u00eame, \u00e0 sa mani\u00e8re), ce ne fut jamais qu&rsquo;une pose quand on en revient aux r\u00e9alit\u00e9s concr\u00e8tes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La deuxi\u00e8me illusion de l&rsquo;ambassadeur, qui compl\u00e8te la premi\u00e8re, est de croire qu&rsquo;un Blair plus exigeant, c&rsquo;est-\u00e0-dire plus ind\u00e9pendant tout en restant tr\u00e8s proche, aurait pu obtenir des modifications de la ligne US gr\u00e2ce \u00e0 sa proximit\u00e9 des Am\u00e9ricains (et la satisfaction US de cette proximit\u00e9). Christopher ne s&rsquo;appuie que sur des sp\u00e9culations et sur des confidences, qui sont aussi fragiles que les sentiments en politique,  et sur ce terrain du concret, on peut lui opposer autant de confidences et de sp\u00e9culations qui d\u00e9mentent sa th\u00e8se. Notre appr\u00e9ciation revient au psychologique. (Elle s&rsquo;appuie sur le fait du besoin psychologique irr\u00e9sistible des Am\u00e9ricains de faire la guerre  et les confidences US faites \u00e0 l&rsquo;ambassadeur d\u00e9mentant cette id\u00e9e ne sont qu&rsquo;un tribut de plus de la cr\u00e9dulit\u00e9 britannique de croire \u00e0 la sinc\u00e9rit\u00e9 am\u00e9ricaine.) Il y a une contradiction ontologique : la proximit\u00e9 de Blair des Am\u00e9ricains aurait cess\u00e9 d\u00e8s lors qu&rsquo;il aurait affirm\u00e9 son ind\u00e9pendance en avan\u00e7ant des exigences. On ne peut \u00eatre proche des Am\u00e9ricains qu&rsquo;en \u00e9tant servile, m\u00eame si la mani\u00e8re change (churchillienne, thatch\u00e9rienne ou blairiste). D\u00e8s lors qu&rsquo;on veut \u00eatre ind\u00e9pendant, on est liquid\u00e9 (Eden en 1956).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Un autre point dans l&rsquo;appr\u00e9ciation de Christopher est l&rsquo;innocence de Blair (et de Bush). Christopher ne d\u00e9nie surtout pas leur maladresse, ni l&rsquo;erreur de leurs jugements et de leurs actes mais il couvre tout cela du manteau magnifique de l&rsquo;innocence. Des cr\u00e9tins innocents, en un sens<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>History will doubtless charge Blair and Bush with a number of sins of omission and commission in Iraq; and its judgment may be harsh.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>But on the central accusation  that they conspired together from early 2002 deliberately to mislead their publics as to their true, bellicose intentions  they are, in my view, innocent. I believe them to have been sincere when they said that a peaceful outcome was possible and war the last option.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Equally, I had little doubt that Bush and Blair thought that it would come to war. Neither had any confidence in Saddam&rsquo;s doing the right thing. Who did?<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur ce dernier point, aucun doute: leur innocence est av\u00e9r\u00e9e. Cela n&#8217;emp\u00eache rien (il y a des menteurs innocents, ce sont les pires). Mais cela compl\u00e8te le portrait : Blair (comme GW d&rsquo;ailleurs, et nombre de coll\u00e8gues occidentaux) est un homme des temps postmodernes et virtualistes. Rien, absolument rien d&rsquo;un homme politique et d&rsquo;un homme d&rsquo;\u00c9tat ; tout d&rsquo;un homme de communications, sensible \u00e0 l&rsquo;apparence (<em>glamour<\/em>) et \u00e0 la morale, avec sa dimension vertueuse ; un homme parfaitement et n\u00e9cessairement irresponsable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Un dernier mot sera pour le diplomate. L&rsquo;appr\u00e9ciation implicite que le diplomate fait de Saddam Hussein et du reste (l&rsquo;ambassadeur croit aux armes de destruction massive de Saddam, il croit que Saddam est une menace fondamentale pour la paix, etc.) montre que le diplomate du Foreign Office a, lui aussi, comme son patron, des jugements de midinettes,  et leur guerre, \u00e0 eux tous, fut d\u00e9cid\u00e9e selon des jugements de midinettes. Notre appr\u00e9ciation est que le Foreign Office n&rsquo;aurait finalement pas tellement fait mieux que Blair. Il y a, chez les diplomates britanniques, un tel besoin de para\u00eetre \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal de leur r\u00e9putation, qu&rsquo;il leur faut bien rationaliser la catastrophique politique d&rsquo;alignement servile et fascin\u00e9 sur les USA, depuis deux tiers de si\u00e8cle, et y croire. Il leur faut bien justifier le toutou \u00e0 sa m\u00e9m\u00e8re (ils le sont aussi). Cela les conduit \u00e0 des jugements grossiers qu&rsquo;ils expriment en toute innocence, comme est grossier et innocent le comportement de Tony Blair.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tGardez-vous de ces terribles \u00e9poques o\u00f9 triomphe la vertu de l&rsquo;innocence<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Leur guerre de midinettes 8 novembre 2005 Les m\u00e9moires de l&rsquo;ambassadeur britannique \u00e0 Washington sir Christopher Meyer sont en cours de parution, sous le titre de D.C. Confidential (D.C. pour District of Columbia, qui est l&rsquo;entit\u00e9 administrative et l&rsquo;\u00c9tat de la capitale des USA, Washington). 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