{"id":67006,"date":"2005-11-12T00:00:00","date_gmt":"2005-11-12T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/11\/12\/la-theorie-orwellienne-des-trois-blocs\/"},"modified":"2005-11-12T00:00:00","modified_gmt":"2005-11-12T00:00:00","slug":"la-theorie-orwellienne-des-trois-blocs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/11\/12\/la-theorie-orwellienne-des-trois-blocs\/","title":{"rendered":"<strong><em>La \u201cth\u00e9orie orwellienne des trois blocs\u201d<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><p><strong>La th\u00e9orie orwellienne des trois blocs<\/strong>  Ci-dessous, nous publions une adaptation d&rsquo;une partie de la rubrique <em>de defensa<\/em> du num\u00e9ro du 25 octobre 2005 (Volume 21, num\u00e9ro 04) de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em>. Nous pensons qu&rsquo;elle peut figurer comme commentaire des derni\u00e8res d\u00e9clarations de Peter Mandelson, que nous pr\u00e9sentons dans notre <em>Faits &#038; Commentaires<\/em> <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2150\" class=\"gen\">de ce jour<\/a>.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">La th\u00e9orie orwellienne des trois blocs<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Sous nos regards plus ou moins attentifs et avertis se d\u00e9fait le monde qui a tenu pendant trois-quarts de si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<h3>Le tremblement du monde<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un sens, on pourrait avancer que cet \u00e9v\u00e9nement immense qui, peut-\u00eatre, est en train de s&rsquo;\u00e9branler sous nos yeux aurait d\u00fb se produire il y a plus de quinze ans. Au Forum \u00e9conomique de Davos de f\u00e9vrier 1989, nombre d&rsquo;\u00e9conomistes s&rsquo;\u00e9taient retrouv\u00e9s pour lancer ce qui pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque comme un cri d&rsquo;alarme. L&rsquo;intervention de Lester C. Thurow, du Massachussets Institute of Technology, r\u00e9sumait les autres: \u00ab <em>Les ann\u00e9es 1990 vont voir l&rsquo;extension du libre-\u00e9change entre les membres de ces trois blocs <\/em>[Am\u00e9rique du Nord, Europe occidentale prolong\u00e9e vers l&rsquo;Est, Asie] <em>et beaucoup moins de commerce entre les membres de blocs diff\u00e9rents. <\/em>[&#8230;] <em>Le syst\u00e8me du GATT, qui a organis\u00e9 les \u00e9changes multilat\u00e9raux du monde, est mort.<\/em> \u00bb Cette th\u00e8se qui eut une heure de gloire assez br\u00e8ve fut d\u00e9sign\u00e9e comme la th\u00e9orie orwellienne des trois blocs (le monde de 1984 organis\u00e9 en trois blocs). Elle s&rsquo;appuyait sur le constat de l&rsquo;effacement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;URSS,  mais celle-ci restant constitu\u00e9e et perp\u00e9tuant pour encore au moins une ou deux d\u00e9cennies la structure g\u00e9opolitique et militaire bipolaire de la Guerre froide tout en se rapprochant du syst\u00e8me \u00e9conomique du lib\u00e9ralisme. En f\u00e9vrier 1989, les analystes les plus optimistes ne voyaient la r\u00e9unification allemande que pour apr\u00e8s 2000. L&rsquo;histoire \u00e9v\u00e9nementielle a pris tout ce joli monde de court.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00e0 est bien le paradoxe: l&rsquo;histoire a pris tout le monde de court en acc\u00e9l\u00e9rant prodigieusement. L&rsquo;accumulation d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements extraordinaires mais de dimension souvent r\u00e9gionale ou parcellaire n&rsquo;a abouti finalement qu&rsquo;\u00e0 figer une situation de fa\u00e7on arbitraire. L&rsquo;Histoire, la grande, celle des grands courants profonds, cette Histoire-l\u00e0 s&rsquo;est fig\u00e9e dans ces conflits accessoires provoqu\u00e9s par la d\u00e9stabilisation de l&rsquo;effondrement sovi\u00e9tique: l&rsquo;Irak, le chaudron des Balkans, l&rsquo;\u00e9mergence du terrorisme, voil\u00e0 les fruits de l&rsquo;effondrement de l&rsquo;URSS.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons cru,  certains d&rsquo;entre nous ont cru que ces \u00e9v\u00e9nements,  les guerres d&rsquo;Irak, les guerres d&rsquo;intervention humanitaire, le terrorisme,  constituaient notre nouvelle grande Histoire. Notre appr\u00e9ciation, bien entendu, est qu&rsquo;il n&rsquo;en est rien. Nous nous pla\u00e7ons dans la logique de notre commentaire constant, depuis des ann\u00e9es, selon lequel ces conflits, formidablement grossis par le virtualisme, n&rsquo;ont constitu\u00e9 que des incidents p\u00e9riph\u00e9riques, aussi cruels fussent-ils. Ils constituent l&rsquo;apparence \u00e9v\u00e9nementielle d&rsquo;une fausse histoire, b\u00e2tie sur une architecture virtualiste utilisant les moyens de la communication, mati\u00e8re plus solide que le b\u00e9ton \u00e0 cet \u00e9gard. Notre hypoth\u00e8se est que nous sommes en train de revenir \u00e0 la logique g\u00e9opolitique des trois blocs, mais dans des conditions notablement diff\u00e9rentes, o\u00f9 la g\u00e9opolitique ne donne plus qu&rsquo;une esquisse de la situation dont la substance doit \u00eatre trouv\u00e9e ailleurs. Nous aurions eu une \u00e9volution cyclique en spirale, revenant dans des conditions identifi\u00e9es en 1988-89 mais dans un plan notablement diff\u00e9rent, dans des conditions d\u00e9cisivement modifi\u00e9es.<\/p>\n<h3>L&rsquo;Europe aux barricades<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsque Chirac, en bon d\u00e9magogue qu&rsquo;il a toujours \u00e9t\u00e9 lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit des affaires int\u00e9rieures, met violemment en cause la Commission europ\u00e9enne (pour son absence de sens social) un jour de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale r\u00e9ussie en France (le 4 octobre), il montre qu&rsquo;il a retenu la le\u00e7on du 29 mai. (La d\u00e9fense de Barroso, d\u00e9non\u00e7ant l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 populiste, situe le niveau de cette Commission aux abois, qui se conduit dans l&rsquo;argument comme un parti radical-socialiste de la III\u00e8me R\u00e9publique.) La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale qui suit, en Belgique, le 7 octobre (la premi\u00e8re depuis 12 ans), montre que l&rsquo;id\u00e9e est dans l&rsquo;air. La r\u00e9volte gronde partout. La diff\u00e9rence d&rsquo;avec le temps d&rsquo;avant (avant la Commission prise en bouc \u00e9missaire), c&rsquo;est que les dirigeants nationaux n&rsquo;ont plus aucune vergogne \u00e0 prendre la t\u00eate de cette r\u00e9volte \u00e0 laquelle ils n&rsquo;ont absolument rien \u00e0 opposer en fait d&rsquo;arguments,  pour mieux d\u00e9signer leur bouc \u00e9missaire favori: la Commission (l&rsquo;Europe, en un mot).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDisons que, sur le d\u00e9tail et dans l&rsquo;occurrence, le sort fait \u00e0 la Commission, trop m\u00e9diocre pour \u00eatre responsable de quoi que ce soit, est affreusement injuste; mais si l&rsquo;on veut parler de justice divine, ce qui est le cas, c&rsquo;est le champ universel qui importe,  et, sur ce plan, dans la situation install\u00e9e o\u00f9 l&rsquo;on se trouve, la Commission est n\u00e9cessairement responsable, donc coupable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes affrontements entre pouvoirs impuissants qui se font concurrence s&rsquo;appuient effectivement sur une dynamique qui les (nous) d\u00e9passe tous. Le m\u00e9contentement est aujourd&rsquo;hui une tra\u00een\u00e9e de poudre, \u00e9chappant m\u00eame \u00e0 ceux qui l&rsquo;enflamment. L&rsquo;encha\u00eenement des \u00e9v\u00e9nements psychologiques est, depuis le 29 mai, absolument implacable, avec, de temps en temps, un \u00e9v\u00e9nement r\u00e9el (l&rsquo;\u00e9lection allemande) pour remettre un peu d&rsquo;huile sur le feu. Rien ne les arr\u00eate, comme s&rsquo;ils \u00e9taient dict\u00e9s par une logique sup\u00e9rieure. M\u00eame les \u00e9lecteurs, acteurs principaux de cette r\u00e9volte, ne s&rsquo;y reconnaissent pas: il y avait 72% des Allemands pour \u00eatre, fin septembre, m\u00e9contents de la fa\u00e7on dont l&rsquo;Allemagne avait vot\u00e9 parce que ce vote installe d&rsquo;abord le d\u00e9sordre et la confusion. Il s&rsquo;agit pourtant bien de leurs votes. Et les sondages d\u00e9filent, certes, et <em>Le Monde<\/em>, accabl\u00e9, commente le 4 octobre un sondage de <em>Arte<\/em> constatant notamment que 41 % des Fran\u00e7ais estiment vivre moins bien gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;Europe (22 % estiment vivre mieux gr\u00e2ce \u00e0 elle): \u00ab <em>En France, mais aussi en Allemagne et en Grande-Bretagne, ou encore dans un pays comme la Pologne entr\u00e9 dans l&rsquo;Union il y a dix-huit mois seulement, c&rsquo;est d\u00e9sormais un lourd sentiment de doute  de d\u00e9fiance m\u00eame , qui pr\u00e9domine \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;Europe.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa m\u00e9canique est en marche et elle est paradoxale,  tenant apr\u00e8s tout dans ces deux propositions qui paraissent si contraires qu&rsquo;elles sembleraient s&rsquo;exclure:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;Europe communautaire se d\u00e9fait, avec les \u00e9v\u00e9nements symboliques qui vont bien (\u00ab <em>la future probable adh\u00e9sion de la Turquie et de la Croatie a donn\u00e9 le coup de gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;Europe communautaire moribonde<\/em> \u00bb, observe un fonctionnaire europ\u00e9en).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; En bonne partie par voie de cons\u00e9quence, le processus de la constitution d&rsquo;un vrai bloc europ\u00e9en de combat est en route. Il s&rsquo;appuie sur la col\u00e8re des peuples.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>La logique de la protection<\/strong>  Depuis un demi-si\u00e8cle, et certainement de fa\u00e7on pr\u00e9cise depuis vingt ans, nous vivons sur un quiproquo: une Europe int\u00e9gr\u00e9e politiquement sera une Europe forte. C&rsquo;est un voeu pieux ou un slogan, c&rsquo;est selon. Une Europe int\u00e9gr\u00e9e politiquement \u00e0 la norme du nombre et des conditions actuelles (les 25 \u00c9tats-membres de l&rsquo;UE), et selon des prescriptions relevant de l&rsquo;utopie compl\u00e8te, serait bas\u00e9e sur la n\u00e9cessit\u00e9 absolue de l&rsquo;absence de d\u00e9fense contre l&rsquo;ext\u00e9rieur qui est la condition existentielle de la philosophie de l&rsquo;Europe communautaire. On peut m\u00eame avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;une Europe int\u00e9gr\u00e9e politiquement serait, dans les conditions actuelles, pire qu&rsquo;une Europe type-grand march\u00e9. Elle ne permettrait aucune alternative tout en m\u00e9nageant les conditions \u00e9conomiques du grand march\u00e9 commun. Ce serait une Europe type-grand march\u00e9 verrouill\u00e9e dans cette formule-suicide. Dans l&rsquo;UE type-grand march\u00e9 actuelle, au contraire, il existe des possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9chappatoire pour certains pays qui d\u00e9sirent un autre destin, voire un destin commun \u00e0 quelques-uns. (Europe type-noyau dur, Europe \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable, etc.: on en reparlera vite.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est effectivement dans cette Europe type-grand march\u00e9, situation o\u00f9 nous sommes actuellement, \u00e0 25, demain \u00e0 27, ou \u00e0 32, ou \u00e0 43, ou \u00e0 212, qu&rsquo;importe d\u00e9sormais, que se d\u00e9veloppent des pouss\u00e9es tr\u00e8s puissantes qui en sont l&rsquo;antith\u00e8se. D&rsquo;abord, on vote, et l&rsquo;on a vu comment. Ensuite, les gouvernements en tirent les cons\u00e9quences. Enfin, de grands \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs (voir plus loin) ne permettent plus de diff\u00e9rer les d\u00e9cisions. Par cons\u00e9quent, des mouvements impensables il y a deux ans se trouvent d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;oeuvre; mouvements de protection, que certains qualifient du mot diabolique de protectionnisme. Tout le monde s&rsquo;en d\u00e9fend car il s&rsquo;agit de ne pas tomber dans le pi\u00e8ge de la s\u00e9mantique terroriste, mais tout le monde sait de quoi il retourne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDu coup, le ton a chang\u00e9. Le climat est vertigineusement diff\u00e9rent dans les rapports entre les \u00c9tats-membres et les institutions communautaires. Lorsqu&rsquo;un Chirac attaque la Commission, il le fait d\u00e9magogiquement, au plus mauvais des propos. Mais nous ne sommes pas dans un concours de vertu. Depuis le r\u00e9f\u00e9rendum, les Fran\u00e7ais ont compris. (Chirac, mais aussi les autres, y compris, s&rsquo;il le faut, un Sarkozy, comme on le comprend dans le portrait croquignolet qu&rsquo;en fait Ren\u00e9 R\u00e9mond [<em>Le Figaro<\/em> du 6 octobre], en le comparant droitement \u00e0&#8230; Chirac: \u00ab <em>Je ne crois pas que l&rsquo;\u00e9tiquette de lib\u00e9ral qu&rsquo;on lui accole le d\u00e9finisse: il me para\u00eet trop avide d&rsquo;action. <\/em>[&#8230;] <em>Le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur est convaincu que l&rsquo;\u00c9tat a des devoirs et des responsabilit\u00e9s. De m\u00eame Jacques Chirac, quand il se pr\u00e9occupe de r\u00e9duire la fracture sociale, s&rsquo;inscrit dans une tradition de notre culture politique qui n&rsquo;est pas exactement lib\u00e9rale, parce qu&rsquo;elle attend de la volont\u00e9 politique qu&rsquo;elle am\u00e9liore la condition de l&rsquo;homme et oriente le cours de l&rsquo;histoire.<\/em> \u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Fran\u00e7ais, Chirac et les autres, ont compris: c&rsquo;est la nation d&rsquo;abord et, dans ce cas, contre la Commission; et tant pis pour la Commission. Les int\u00e9r\u00eats nationaux sont revenus au premier plan. Tout le reste, y compris l&rsquo;utopie europ\u00e9enne, leur est sacrifi\u00e9. Le r\u00e9sultat sera des \u00c9tats renforc\u00e9s qui, regroup\u00e9s selon leurs int\u00e9r\u00eats, s&rsquo;affirmeront europ\u00e9ens avec force et puissance,  au contraire de l&rsquo;Europe \u00e0 25. Paradoxe dans l&rsquo;esprit du temps: le moins d&rsquo;Europe, c&rsquo;est plus de puissance.<\/p>\n<h3>Les Trois Cavaliers de l&rsquo;Apocalypse<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDans l&rsquo;\u00e9volution actuelle, il y a une dynamique propre \u00e0 l&rsquo;Europe mais il ne faut pas se cacher qu&rsquo;elle est directement li\u00e9e \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs. Ceux-ci sont essentiels et ils suscitent les \u00e9v\u00e9nements essentiels en cours en Europe. Le lien entre politique int\u00e9rieure (y compris politique int\u00e9rieure europ\u00e9enne) et politique ext\u00e9rieure est aujourd&rsquo;hui imp\u00e9ratif. C&rsquo;est ce que ne comprend pas la Commission, qui vit encore \u00e0 l&rsquo;heure des th\u00e9ories triomphalement enseign\u00e9es dans les <em>Business Schools<\/em> anglo-saxonnes, du temps de la fin de la Guerre froide et de la fin de l&rsquo;URSS, quand on pouvait croire encore \u00e0 la libert\u00e9 des march\u00e9s comme seule r\u00e8gle du monde civilis\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs sont essentiellement au nombre de trois, et en eux se r\u00e9unissent l&rsquo;essentiel des crises et tensions du monde. Il faut poursuivre cette investigation, pour cerner les facteurs psychologiques qui en accroissent la perception indicible mais extr\u00eamement puissante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSuccessivement ou parall\u00e8lement, et compl\u00e9mentairement dans tous les cas:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La globalisation;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; l&rsquo;Am\u00e9rique apr\u00e8s Katrina;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; les crises de survivance, ou crises naturelles (global warming, p\u00e9trole, etc.).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes trois monstres pr\u00e9sentent de fa\u00e7on tr\u00e8s caract\u00e9ristique un m\u00e9lange de causes et de cons\u00e9quences de ces causes devenant elles-m\u00eames causes qui fait \u00e9videmment conclure qu&rsquo;il y a une grande et paradoxale unit\u00e9 dans ces crises. Elles ont toutes pour cause centrale un syst\u00e8me qui est le n\u00f4tre, et donc cette r\u00e9volte qu&rsquo;on identifie notamment en Europe est contre le syst\u00e8me lui-m\u00eame,  m\u00eame dans le cas de serviteurs fid\u00e8les du syst\u00e8me (nos dirigeants), et plut\u00f4t inconsciemment que contre leur gr\u00e9 (le fameux \u00e0 l&rsquo;insu de mon plein gr\u00e9 a ici toute sa place et toute son exquise saveur). La globalisation, qui arrive sur son aire d\u00e9finitive, nous confronte \u00e0 des monstres impossibles \u00e0 dompter (Chine, Inde, etc.) qui ne font pourtant qu&rsquo;appliquer avec z\u00e8le nos propres consignes; tandis que le syst\u00e8me directement n\u00e9 de la globalisation montre ses limites dans un progressif effondrement d&rsquo;incomp\u00e9tence et de corruption (le syst\u00e8me am\u00e9ricaniste face, notamment, \u00e0 Katrina, et avec l&rsquo;Irak dans sa besace); pour lier tragiquement tout cela, nous avons les perspectives de p\u00e9nurie p\u00e9troli\u00e8re (que la Chine a d\u00e9j\u00e0 prise en compte) autant que celles des d\u00e9r\u00e8glements naturels et catastrophiques (dont Katrina est peut-\u00eatre l&rsquo;un des premiers signes spectaculaires).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette coh\u00e9rence et cette coh\u00e9sion inattendues de la trag\u00e9die du monde imposent une psychologie nouvelle. Elles d\u00e9modent aussit\u00f4t les conceptions lib\u00e9rales qui ont besoin, pour se d\u00e9velopper, d&rsquo;une perception optimiste des dirigeants suffisamment convaincante pour emporter l&rsquo;adh\u00e9sion des \u00e9lecteurs. D\u00e9sormais, nombre de dirigeants sont plus sensibles aux pressions de l&rsquo;\u00e9lectorat qu&rsquo;aux appels d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s du march\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Un syst\u00e8me terrass\u00e9 par ses exc\u00e8s<\/strong>  Il faut observer combien la chevauch\u00e9e des Trois Cavaliers de l&rsquo;Apocalypse compose un triptyque diabolique qui s&rsquo;ordonne selon une parfaite logique. La globalisation, avec la Chine et l&rsquo;Inde qui \u00e9crasent les march\u00e9s, c&rsquo;est la logique triomphante du syst\u00e8me pouss\u00e9e jusqu&rsquo;au point o\u00f9 elle s&rsquo;inverse brutalement dans ses effets pour tomber dans l&rsquo;absurdit\u00e9 de ses exc\u00e8s; Katrina, comme Moment symbolique exposant la corruption et l&rsquo;incomp\u00e9tence du gouvernement du syst\u00e8me, c&rsquo;est la logique triomphante du gouvernement (du non-gouvernement) du centre du syst\u00e8me pouss\u00e9e jusqu&rsquo;au point d&rsquo;inversion o\u00f9 les cons\u00e9quences de cette logique s&rsquo;ab\u00eement dans le d\u00e9sordre de ses exc\u00e8s; les crises de survivance, toutes li\u00e9es directement ou indirectement aux cons\u00e9quences du syst\u00e8me, c&rsquo;est la logique du syst\u00e8me dans ses effets universels et incontr\u00f4lables, logique pouss\u00e9e jusqu&rsquo;au point o\u00f9 elle bascule dans l&rsquo;absurdit\u00e9 de l&rsquo;apocalypse des crises naturelles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela p\u00e8se d&rsquo;un poids consid\u00e9rable. Dans le cheminement des r\u00e9flexions depuis que l&rsquo;\u00e9poque a quitt\u00e9 le temps de la g\u00e9opolitique fractionn\u00e9e pour le temps de l&rsquo;universalit\u00e9 des crises, on y croit ou on n&rsquo;y croit pas, puis on y croit plus ou moins \u00e0 mesure que les circonstances se pr\u00e9cisent. Il n&rsquo;est plus possible, aujourd&rsquo;hui, de tout en ignorer. Les \u00e9v\u00e9nements sont sur nous. Nous ne voulons pas d\u00e9crire ici des r\u00e9actions pr\u00e9cises \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9cis mais l&rsquo;effet de psychologies de plus en plus touch\u00e9es et marqu\u00e9es par la sensation de la mont\u00e9e in\u00e9luctable des grandes crises. Les psychologies de nos dirigeants, ici, en Europe, quel que soit le degr\u00e9 de leur corruption psychologique (acquiescement au syst\u00e8me, soumission au virtualisme, etc.), sont d\u00e9sormais touch\u00e9es par ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Elles sont impressionn\u00e9es, comme l&rsquo;on disait d&rsquo;une pellicule au vieux temps o\u00f9 la pellicule photographique \u00e9tait d&rsquo;usage.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe ph\u00e9nom\u00e8ne fait que, sans consultation, sans d\u00e9cision d\u00e9battue, on dirait comme par la nature des choses, l&rsquo;\u00e9branlement qu&rsquo;on a d\u00e9crit ci-dessus se r\u00e9alise. On voit \u00e9galement combien il y a une m\u00e9canique en marche, par la futilit\u00e9 des causes de d\u00e9part, comme si l&rsquo;enjeu par ailleurs \u00e9vident se dissimulait. En France, des rumeurs (d&rsquo;ailleurs non confirm\u00e9es) de reprise de Danone par des int\u00e9r\u00eats \u00e9trangers conduisent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement de la politique dite de patriotisme \u00e9conomique; \u00e0 partir de cet \u00e9v\u00e9nement qu&rsquo;on peut effectivement juger comme d\u00e9risoire, on distingue une r\u00e9action de substance essentiellement nationale et selon une formule de protectionnisme s\u00e9lectif \u00e0 laquelle ne manquent nullement des \u00e9l\u00e9ments contre-offensifs extr\u00eamement puissants (renforcement des activit\u00e9s strat\u00e9giques propres \u00e0 renforcer la puissance nationale, la souverainet\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPersonne ne le dit car personne ne peut le dire de fa\u00e7on aussi ouverte qui constituerait un sacril\u00e8ge inadmissible,  c&rsquo;est l\u00e0 une mise en cause fondamentale du syst\u00e8me. L&rsquo;ann\u00e9e 2005 doit rester comme l&rsquo;ann\u00e9e-pivot du d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle, finalement bien plus que ne le fut l&rsquo;ann\u00e9e 2001 avec l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement du 11 septembre. 2001 ne figure d\u00e9sormais, dans la perspective historique qui se met en place, que comme le d\u00e9verrouillage de la situation de paralysie des puissances \u00e9tablie apr\u00e8s la fin de la Guerre froide. Les psychologies ont explos\u00e9 en 2001, favorisant effectivement ce d\u00e9verrouillage; elles entament leur recomposition en 2005.<\/p>\n<h3>Le mod\u00e8le vacille<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLes conceptions europ\u00e9ennes qu&rsquo;on affirme \u00eatre li\u00e9es au lib\u00e9ralisme et au libre-\u00e9change n&rsquo;ont rien de naturel ni d&rsquo;historique. Les Britanniques, quand ils font la le\u00e7on, feraient bien de se rappeler combien ils furent parfois adeptes du protectionnisme, et que c&rsquo;est la pression am\u00e9ricaine qui les for\u00e7a,  pour liquider leur puissance et leur Empire d&rsquo;ailleurs,  \u00e0 accepter ces r\u00e8gles entre l&rsquo;accord <em>Land-Lease<\/em> et la Charte de l&rsquo;Atlantique de 1940-41 (selon la bonne vieille habitude am\u00e9ricaine du chantage: c&rsquo;\u00e9tait notamment cela en \u00e9change de l&rsquo;entr\u00e9e en guerre aux c\u00f4t\u00e9s du Royaume-Uni). Ce qu&rsquo;on veut dire par l\u00e0 est que l&rsquo;Europe n&rsquo;est pas lib\u00e9rale naturellement; qu&rsquo;elle l&rsquo;est \u00e9pisodiquement, selon ses int\u00e9r\u00eats, et elle tend \u00e0 l&rsquo;\u00eatre aujourd&rsquo;hui de fa\u00e7on syst\u00e9mique \u00e0 cause des pressions am\u00e9ricaines, pour faciliter la main-mise am\u00e9ricaine sur l&rsquo;Europe. Mais rien n&rsquo;est plus assur\u00e9 d\u00e9sormais \u00e0 cause de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement fondamental du d\u00e9clin de la puissance am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est courant d&rsquo;entendre aujourd&rsquo;hui, comme nous l&rsquo;avons entendu d&rsquo;une source diplomatique fran\u00e7aise, que \u00ab <em>Katrina a montr\u00e9 la d\u00e9cr\u00e9pitude du syst\u00e8me am\u00e9ricain, son inadaptation compl\u00e8te aux conditions de notre temps, son absence de souplesse et sa paralysie par l&rsquo;incomp\u00e9tence et la corruption<\/em> \u00bb. L&rsquo;historien William Pfaff r\u00e9sume ce sentiment dans un commentaire du 27 septembre (\u00ab <em>American incompetence<\/em> \u00bb): \u00ab <em>The unexpected result of politicized policy plus unanticipated weather (how could anyone have known&#8230;) is the spectacle the United States has presented to the world during the past month, as during the preceding three years in Iraq. It is that of astounding incompetence.<\/em> \u00bb Nous sommes dans une \u00e9poque o\u00f9 le Daily Mirror peut publier (le 8 octobre) un texte o\u00f9 Dermot Purgavie s&rsquo;interroge sans choquer personne: \u00ab <em>Is this the death of America?<\/em> \u00bb Qui a encore envie de s&rsquo;\u00e9crier: \u00ab <em>Nous sommes tous Am\u00e9ricains<\/em> \u00bb?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe climat am\u00e9ricain r\u00e9pond \u00e0 ces appr\u00e9ciations, comme si le jugement int\u00e9rieur s&rsquo;accordait au jugement ext\u00e9rieur pour rendre son verdict sur la destin\u00e9e du syst\u00e8me qui, au coeur du monde, est cens\u00e9 conduire et inspirer le reste du monde. Le 6 octobre, un sondage CBS,  un parmi d&rsquo;autres,  montrait que 69% des Am\u00e9ricains jugeaient leur pays engag\u00e9 dans une mauvaise voie, le plus haut pourcentage enregistr\u00e9 par la station depuis que la question a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre pos\u00e9e, en 1983. Ce type de r\u00e9sultats renvoie naturellement aux p\u00e9riodes les plus noires de l&rsquo;histoire moderne de l&rsquo;Am\u00e9rique. La psychologie am\u00e9ricaine semble saisie d&rsquo;un vertige de pessimisme et d&rsquo;angoisse, comme si elle r\u00e9pondait, pour les justifier, aux vagues d&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme qui ne cessent d&rsquo;enfler dans le reste du monde, comme si elle s&rsquo;inscrivait \u00e9galement dans le courant critique qui s&rsquo;exerce contre le syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[L\u00e0 encore, nous trouvons justifi\u00e9e la s\u00e9paration souvent faite, par nous-m\u00eames notamment, entre le syst\u00e8me am\u00e9ricaniste et les Am\u00e9ricains. Les rapports entre les deux sont bas\u00e9s, selon la conception hyper-lib\u00e9rale, sur la notion de contrat. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;inverse des vieilles nations historiques,  la France en est \u00e9videmment le meilleur exemple,  dont les rapports entre le peuple et son \u00c9tat sont d\u00e9finis par l&rsquo;aspect transcendantal qui caract\u00e9rise l&rsquo;unit\u00e9 nationale. Cette distinction d\u00e9finit \u00e9galement le conflit \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la civilisation.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Fragilit\u00e9 du syst\u00e8me mondial<\/strong>  2005 plus important que 2001, disons-nous? Sans doute parce que 2005 nous fait r\u00e9aliser la m\u00e9prise fondamentale,  et inconsciemment volontaire, sans aucun doute,  de 2001. Nous ne sommes pas devant un choc des civilisations mais devant le d\u00e9chirement interne d&rsquo;une civilisation,  la n\u00f4tre,  la seule qui, aujourd&rsquo;hui, r\u00e8gne sur le monde, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la puissance de sa technologie qui interdit toute alternative s\u00e9rieuse d&rsquo;un \u00e9ventuel autre, comme Toynbee l&rsquo;avait sugg\u00e9r\u00e9 en 1947 sans oser aller au bout de sa pens\u00e9e. (Toynbee parle de \u00ab <em>ce r\u00e9cent et \u00e9norme accroissement du pouvoir de l&rsquo;homme occidental sur la nature,  le stup\u00e9fiant progr\u00e8s de son savoir-faire technique  et c&rsquo;est justement cela qui avait donn\u00e9 \u00e0 nos p\u00e8res l&rsquo;illusoire imagination d&rsquo;une histoire termin\u00e9e pour eux<\/em> \u00bb. On voit que notre domination mondiale, mais aussi notre probl\u00e8me int\u00e9rieur fondamental, ne datent pas de 2001. Mais 2005 \u00e9claire la grande affaire de la contradiction interne de la civilisation dominante sans contestation d&rsquo;une lumi\u00e8re tragique et pressante. Ainsi comprenons-nous bien que la crise se joue \u00e0 Washington et non en Irak, m\u00eame si elle se joue \u00e0 Washington notamment \u00e0 cause de l&rsquo;Irak.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous disons bien: notre civilisation. Nous, Europ\u00e9ens, nous en sommes \u00e9videmment; m\u00eame si nous n&rsquo;en sommes pas la matrice, nous en sommes les inspirateurs historiques. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un constat syst\u00e9mique, et nullement un constat sentimentalo-racial. Cette sottise de midinette de 2001 (\u00ab <em>Nous sommes tous Am\u00e9ricains<\/em> \u00bb) doit \u00eatre remplac\u00e9e vite fait, en 2005, par cette r\u00e9alit\u00e9 terrible et indiscutable, et pas n\u00e9cessairement r\u00e9jouissante: nous sommes tous des am\u00e9ricanistes (non pas am\u00e9ricanis\u00e9s). Mais l&rsquo;Europe est ainsi faite qu&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa proximit\u00e9 historique du syst\u00e8me am\u00e9ricaniste, et de ses obligations syst\u00e9miques de civilisation, elle entretient une critique grandissante et le malaise d&rsquo;une hostilit\u00e9 qui se d\u00e9veloppe jusqu&rsquo;\u00e0 la possibilit\u00e9 de l&rsquo;affrontement. L&rsquo;affrontement n&rsquo;est pas entre des civilisations concurrentes qui n&rsquo;existent pas mais au coeur m\u00eame de la civilisation universelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA l&rsquo;angoisse des Am\u00e9ricains devant l&rsquo;\u00e9chec de leur syst\u00e8me r\u00e9pond l&rsquo;angoisse des Europ\u00e9ens devant l&rsquo;erreur du fils prodigue qui s&rsquo;\u00e9tait institu\u00e9 en mod\u00e8le et en tuteur. Nous ne disons pas que cela est v\u00e9cu consciemment, sauf \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autre occasion de franchise incontr\u00f4l\u00e9e (comme la citation faite en d\u00e9but de ce sujet). Nous dirions plut\u00f4t que cette id\u00e9e de la perception du d\u00e9clin de la puissance am\u00e9ricaine et du climat d&rsquo;affrontement potentiel qui en r\u00e9sulte est une appr\u00e9ciation qui prend une place de plus en plus importante dans la partie inconsciente de nos psychologies,  en fait, disant cela particuli\u00e8rement pour les dirigeants europ\u00e9ens, qui sont en train de d\u00e9couvrir des choses. C&rsquo;est un \u00e9v\u00e9nement important mais dont on comprend qu&rsquo;il n&rsquo;est pas mesurable, et encore moins dans ses cons\u00e9quences pratiques \u00e9ventuelles. Lorsque Merkel, finalement d\u00e9sign\u00e9e comme chanceli\u00e8re le 11 octobre, confirme qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire de r\u00e9tablir de bonnes relations transatlantiques (ont-elles jamais \u00e9t\u00e9 mauvaises du point de vue allemand?), elle se croit oblig\u00e9e d&rsquo;ajouter: \u00ab <em>That doesn&rsquo;t mean one has to agree on all issues&#8230;<\/em> \u00bb La r\u00e9serve ne s&rsquo;imposait nullement mais elle a \u00e9t\u00e9 pourtant dite chez cette chanceli\u00e8re qu&rsquo;on attendait comme intens\u00e9ment pro-am\u00e9ricaine.         <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tpsychologie de blocs<\/p>\n<h3>La force du chaos<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe mouvement de protection des capacit\u00e9s strat\u00e9giques (industrielles et technologiques) des nations qu&rsquo;on tente d&rsquo;identifier et de d\u00e9crire n&rsquo;a rien de concert\u00e9, rien de communautaire. La Commission, notamment, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve contre ce mouvement, sans espoir du moindre r\u00e9sultat (cela, sans le savoir) parce qu&rsquo;elle s&rsquo;attaque \u00e0 quelque chose d&rsquo;insaisissable. Il s&rsquo;agit de ce qu&rsquo;on d\u00e9signerait comme un mouvement spontan\u00e9, nullement programm\u00e9 ni planifi\u00e9. Il s&rsquo;agit l\u00e0 de l&rsquo;effet de la force du chaos,  comme l&rsquo;on dirait la force des choses. Le changement d&rsquo;\u00e9tiquettes correspond \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat r\u00e9el des choses \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle universelle, l&rsquo;\u00e9tat de chaos qui caract\u00e9rise aujourd&rsquo;hui les grands mouvements, les grandes situations en cours d&rsquo;\u00e9volution.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe mouvement de protection, que nous qualifions pour la facilit\u00e9 de n\u00e9o-protectionnisme, n&rsquo;a rien de protectionniste selon l&rsquo;acception g\u00e9n\u00e9rale du terme. Le protectionnisme classique d\u00e9finit une situation o\u00f9 l&rsquo;on contr\u00f4le ses fronti\u00e8res de fa\u00e7on \u00e0 permettre \u00e0 ses forces int\u00e9rieures de se reconstituer, de se renforcer, apr\u00e8s un choc destructeur (d\u00e9faite, d\u00e9pression, etc); ou bien, dans le cas du protectionnisme apais\u00e9, expression employ\u00e9e par Lucien Romier pour d\u00e9signer dans les ann\u00e9es 1920 l&rsquo;Am\u00e9rique, pour prosp\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res, avec un march\u00e9 int\u00e9rieur d&rsquo;une puissance telle qu&rsquo;il semblerait se suffire \u00e0 lui-m\u00eame pour l&rsquo;expansion \u00e9conomique. La situation actuelle est diff\u00e9rente, et l&rsquo;on peut parler quasiment d&rsquo;une protection sanitaire: il s&rsquo;agit de prot\u00e9ger ses propres forces du chaos ext\u00e9rieur, de courants ext\u00e9rieurs tr\u00e8s puissants et d\u00e9structurants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela n&rsquo;a plus rien \u00e0 voir, ni avec la th\u00e9orie, ni m\u00eame avec l&rsquo;\u00e9conomie, mais avec la survie des structures. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un r\u00e9flexe de survivance, par d\u00e9finition puisque nous sommes entr\u00e9s dans une \u00e8re de survivance. Il ne s&rsquo;agit pas de fermeture parce que les forces qu&rsquo;on tente de reconstituer devront le faire en recherchant des alliances ext\u00e9rieures poursuivant la m\u00eame entreprise de d\u00e9fense contre le chaos,  s&rsquo;il y en a, certes. Quoi qu&rsquo;il en soit, ce dernier point montre \u00e9videmment qu&rsquo;il y a une dimension de proximit\u00e9 g\u00e9ographique, parce que les m\u00eames causes provoquent les m\u00eames effets, et les forces d\u00e9structurantes qui frappent une zone frappent d&rsquo;une fa\u00e7on similaire les pays voisins de la zone. La logique de bloc r\u00e9gional est implicite dans ce sch\u00e9ma, et l&rsquo;on en revient \u00e0 la th\u00e9orie \u00e9mise en 1988-89, notamment par Thurow,  telle que nous la mentionnons au d\u00e9but de cette chronique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;ironie de ce rappel est que ce qui \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9 comme la th\u00e9orie orwellienne des blocs en raison d&rsquo;une similitude g\u00e9ostrat\u00e9gique et g\u00e9o\u00e9conomique (un d\u00e9coupage en blocs semblable au monde que d\u00e9crivait Orwell dans 1984), m\u00e9rite de l&rsquo;\u00eatre aujourd&rsquo;hui encore, mais pour d&rsquo;autres raisons encore plus orwelliennes. Ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;orwellien dans le mouvement observ\u00e9, outre l&rsquo;aspect g\u00e9o\u00e9conomique, c&rsquo;est que le ph\u00e9nom\u00e8ne se r\u00e9alise selon une description (ou une absence de description), un commentaire, une critique, qui sont pure <em>novlangue<\/em>; o\u00f9 tout est dit en signifiant exactement son contraire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Une \u00e9volution subreptice<\/strong>  Si nous mentionnons cette \u00e9trange dimension de la th\u00e9orie orwellienne des blocs, c&rsquo;est parce que la psychologie est ma\u00eetresse dans l&rsquo;op\u00e9ration en cours,  et le langage avec elle, qui joue un r\u00f4le essentiel dans l&rsquo;\u00e8re de la communication. En toute normalit\u00e9 postmoderne, il serait impensable qu&rsquo;une telle \u00e9volution se fasse. C&rsquo;est pour interdire cette \u00e9volution, sans qu&rsquo;il y ait complot mais par inclination terroriste du langage de communication, que le langage symboliste et diabolisant a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9. Il est des mots qui valent anath\u00e8me, relaps, sacril\u00e8ge et compagnie,  et le mot protectionnisme est l&rsquo;un d&rsquo;eux. Son emploi est plus efficacement mortel qu&rsquo;un poison, par les r\u00e9actions terroristes qu&rsquo;il d\u00e9clenche. Ces r\u00e9actions terrorisent l&rsquo;esprit mis dans les conditions de la prison conformiste d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSous l&#8217;empire de la n\u00e9cessit\u00e9, la parade a \u00e9t\u00e9 naturellement trouv\u00e9e, sous la forme d&rsquo;un contre-symbolisme, comme on dit contre-r\u00e9forme ou contre-r\u00e9volution. C&rsquo;est ce qui se passe lorsqu&rsquo;on utilise les expressions de protection, patriotisme \u00e9conomique (tr\u00e8s diff\u00e9rent de nationalisme \u00e9conomique, autre domaine du Diable), s\u00e9curit\u00e9 nationale, voire <em>good governance<\/em> (expression d\u00e9signant le gouvernement hyper-interventionniste de Singapour selon Thomas Friedman, par opposition constructive et tr\u00e8s efficace au lamentable mod\u00e8le du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral face \u00e0 Katrina). La d\u00e9finition des actes,  ce qui est aujourd&rsquo;hui essentiel dans une action politique qui ne peut \u00e9chapper au filtre de la communication,  \u00e9tant ainsi verrouill\u00e9e dans un flou bienveillant, les actes peuvent \u00eatre pos\u00e9s. Ils le sont, mais ils le sont en toute inconscience, sans que ceux qui les ont con\u00e7us et d\u00e9cid\u00e9s mesurent exactement ce qu&rsquo;ils sont en train de faire. Ainsi servent-ils les grands courants souterrains de l&rsquo;Histoire sans en avoir nulle conscience. C&rsquo;est aussi bien,  et c&rsquo;est m\u00eame mieux, d&rsquo;ailleurs, que les batailles virtualistes sans fin face au terrorisme de la communication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans cette bataille pseudo-s\u00e9mantique, qui est la seule qui compte aujourd&rsquo;hui, les directions des entit\u00e9s nationales sont avantag\u00e9es parce qu&rsquo;elles sont plac\u00e9es devant l&#8217;empire de la n\u00e9cessit\u00e9 mentionn\u00e9 plus haut. Elles sont comptables devant les \u00e9lecteurs de moins en moins prisonniers des r\u00e9seaux officiels de communication (grand merci au <em>Web<\/em>) en m\u00eame temps que leurs bureaucraties gardent dans leur approche des probl\u00e8mes des concepts traditionnels de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat national. Bien entendu, ce raisonnement vaut d&rsquo;autant plus que les nations ont une forte souverainet\u00e9. Le facteur d\u00e9cisif de la r\u00e9orientation actuelle et de la logique de blocs qui la sous-tend par recherche naturelle des soutiens chez les voisins est que cette dynamique ne s&rsquo;inscrit pas dans les querelles et antagonismes habituels des relations internationales. Elle \u00e9chappe \u00e0 la pol\u00e9mique accusatrice des concurrences politiques et id\u00e9ologiques. La notion de survivance qui caract\u00e9rise cette nouvelle p\u00e9riode o\u00f9 nous entrons implique que les pressions d\u00e9clencheuses (nos trois cavaliers de l&rsquo;Apocalypse) de cette dynamique sont d&rsquo;un ordre sup\u00e9rieur aux actions politiques entre nations ou entre groupes de nations, et quasiment d&rsquo;un ordre objectif (m\u00eame l&rsquo;effondrement de l&rsquo;influence am\u00e9ricaine, qui est per\u00e7u ici comme un \u00e9l\u00e9ment objectif caract\u00e9risant la vie internationale plus que comme une action nationale).<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La th\u00e9orie orwellienne des trois blocs Ci-dessous, nous publions une adaptation d&rsquo;une partie de la rubrique de defensa du num\u00e9ro du 25 octobre 2005 (Volume 21, num\u00e9ro 04) de la Lettre d&rsquo;Analyse de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie. 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