{"id":67050,"date":"2005-11-26T00:00:00","date_gmt":"2005-11-26T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/11\/26\/dans-le-catalogue-des-idees-recues-la-fable-des-depenses-rd\/"},"modified":"2005-11-26T00:00:00","modified_gmt":"2005-11-26T00:00:00","slug":"dans-le-catalogue-des-idees-recues-la-fable-des-depenses-rd","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/11\/26\/dans-le-catalogue-des-idees-recues-la-fable-des-depenses-rd\/","title":{"rendered":"<strong><em>Dans le catalogue des id\u00e9es re\u00e7ues : la fable des d\u00e9penses R&amp;D<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Dans le catalogue des id\u00e9es re\u00e7ues: la fable des d\u00e9penses R&#038;D<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t26 novembre 2005  Une source industrielle, assistant r\u00e9cemment \u00e0 une pr\u00e9sentation de leurs produits par une d\u00e9l\u00e9gation du groupe Jane&rsquo;s, eut la surprise d&rsquo;entendre une \u00e9tonnante \u00e9valuation. Il se fit r\u00e9p\u00e9ter la chose et l&rsquo;on s&rsquo;ex\u00e9cuta. Pour le groupe Jane&rsquo;s, groupe anglo-saxon peu suspect d&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme et groupe particuli\u00e8rement bien inform\u00e9 sur les mati\u00e8res de d\u00e9fense, \u00ab <em>les investissements de recherches &#038; d\u00e9veloppements dans le domaine de la d\u00e9fense en Europe sont beaucoup plus efficaces en termes de rentabilit\u00e9 que les investissements am\u00e9ricains. Il faut compter qu&rsquo;un dollar europ\u00e9en produit autant en termes de cr\u00e9ation et d&rsquo;innovation que 14 dollars am\u00e9ricains<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe rapport de 1 contre 14 est impressionnant et ne laisse aucune place \u00e0 l&rsquo;incertitude. L&rsquo;id\u00e9e va contre tous les arguments et toutes les affirmations p\u00e9remptoires \u00e0 ce propos. Il suffit, dans un s\u00e9minaire anglo-saxon et dans une conf\u00e9rence de presse de l&rsquo;UE, de citer les volumes compar\u00e9s des d\u00e9penses R&#038;D du Pentagone et de celles de l&rsquo;UE pour susciter aussit\u00f4t exclamations et ricanements,  dans le sens qu&rsquo;on imagine. Ces exclamations et ces ricanements sont de pures manifestations d&rsquo;un conformisme de propagande.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;id\u00e9e anti-conformiste qui est une simple manifestation de la r\u00e9alit\u00e9 affleure ici et l\u00e0. On note un \u00e9cho de Michel Ktitareff, dans <em>Les \u00c9chos<\/em> justement, du 22 novembre : \u00ab <em>C&rsquo;est un rapport qui d\u00e9range et qui va contre les id\u00e9es re\u00e7ues. Selon une enqu\u00eate du cabinet Booz Allen &#038; Hamilton, la part de R&#038;D dans les entreprises aux Etats-Unis n&rsquo;est pas si importante que les chiffres officiels souvent annonc\u00e9s. Il n&rsquo;existerait aucun lien entre la R&#038;D et le succ\u00e8s d&rsquo;une entreprise. Pour preuve, Apple qui investit moins de 6 % dans ce secteur, avec cependant les r\u00e9sultats que l&rsquo;on sait.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa chose \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans un article de Michael Schrage, dans le Wall Street <em>Journal<\/em> du 7 novembre. (Schrage est chercheur au Massachusetts Institute of Technology et \u00e0 l&rsquo;Institut Royal de Technologie de Su\u00e8de.) Pr\u00e9sentant la nouvelle que \u00ab <em>American and Asian companies have boosted their rates of research and development spending even as Europe&rsquo;s own innovation investment has gone flat<\/em> \u00bb, Schrage ironise et r\u00e9pond abruptement \u00e0 cette ironie, qualifiant joliment ces chiffres d&rsquo;investissement en R&#038;D d&rsquo; <em>accurate rubbish<\/em>: \u00ab <em>Is it perhaps time for some European soul-searching into the short-sighted and risk-averse nature of the continent&rsquo;s industrial elite? Hardly. These global R&#038;D budget numbers are an exercise in accurate rubbish. They simultaneously deceive and mislead.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSchrage nous livre ensuite quelques bonnes r\u00e9alit\u00e9s dissimul\u00e9es, apr\u00e8s nous avoir ass\u00e9n\u00e9 un de ces arguments qui, \u00e0 la lumi\u00e8re des nouvelles r\u00e9centes (40.000 suppressions d&#8217;emploi chez GM, au bord de la banqueroute), prend tout son poids: \u00ab <em>Few things reveal less about a company&rsquo;s ability to innovate cost-effectively than its R&#038;D budget. Just ask General Motors. No company in the world has spent more on R&#038;D over the past 25 years.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSchrage cite moult d\u00e9tails qui ach\u00e8vent ais\u00e9ment de nous convaincre. Le domaine couvert est vaste, les exemples sont convaincants, les chiffres irr\u00e9futables En passant, Schrage nous cite le m\u00eame rapport de Booz Allen &#038; Hamilton, qui pr\u00e9sente rationnellement la chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>There is no correlation between the percentage of net revenue spent on R&#038;D and the innovative capabilities of an organisation  none, Bart Becht, chief executive of Reckitt Benckiser, the Anglo-Dutch consumer cleaning products leader, said recently. The $8bn-per-year revenue company reports an R&#038;D intensity of 1 per cent. Nevertheless, Mr Becht&rsquo;s company enjoys a reputation both for innovation and for relatively high margins of its global products. Similarly, Illinois Tool Works  a diversified $11bn industrial products company  spends but 1 per cent of its revenues on R&#038;D across its 665 business units. Yet the 93-year-old company is likewise regarded as a premier industry innovator that consistently ranks in the top 100 of US corporate patent recipients. Even Apple Computer defies the high-tech, high R&#038;D intensity stereotype associated with successful innovation icons. Apple&rsquo;s 2004 R&#038;D intensity of 5.9 per cent lagged behind the computer industry average of 7.6 per cent. More significantly, its $489m annual R&#038;D spending was a fraction of larger competitors such as Sony or Microsoft. Yet the iPod, iTunes and iBook enjoy breakthrough status as profitable innovations that have extended the company&rsquo;s global reach.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>This anecdotal evidence is not atypical. Last month, Booz Allen, the consulting giant, published a report confirming the fears of executives who see innovation as a holy grail to market share and profitability. The survey of the world&rsquo;s top 1,000 corporate R&#038;D spenders found there was no discernible statistical relationship between R&#038;D spending levels and nearly all measures of business success including sales growth, gross profit, operating profit, enterprise profit, market capitalisation or total shareholder return. In other words, more is not better. Econometricians may quibble over the survey&rsquo;s methodological details but it is intriguing to note that the companies in the bottom 10 per cent of R&#038;D intensity significantly under-performed their competitors on gross margins, gross profit, operating profit and total shareholder returns. Alas, the top 10 per cent of R&#038;D spenders enjoyed no consistent performance differences compared with companies that spend less on R&#038;D. But why should R&#038;D spending be exempt from the iron laws of diminishing returns? The only surprise here is that anyone is surprised. The simple fact is that R&#038;D spending  whether in euros, dollars or as a percentage of sales  is an input, not a measure of efficiency, effectiveness or productivity. Ingenuity, invention and innovation are rarely functions of budgetary investment.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;autre jour (le 22 novembre), \u00e0 Bruxelles, au milieu de quelques-uns de ses coll\u00e8gues et de Javier Solana, au sortir d&rsquo;une r\u00e9union des ministres de la d\u00e9fense de l&rsquo;UE, la Fran\u00e7aise Michelle Alliot Marie martelait cette \u00e9vidence que nul n&rsquo;ose affirmer \u00e0 trop haute voix, que le <em>technological gap<\/em> entre les USA et l&rsquo;Europe (aux d\u00e9pens de cette derni\u00e8re) est un canard sans fondement, qu&rsquo;il est m\u00eame des domaines o\u00f9 les Europ\u00e9ens sont incontestablement sup\u00e9rieurs aux Am\u00e9ricains (certains missiles notamment, comme le missile de croisi\u00e8re <em>Scalp<\/em>, sup\u00e9rieur en faiblesse de poids et en capacit\u00e9 de pr\u00e9cision). Cette ni\u00e8me mise au point rejoint et compl\u00e8te la fable sur les investissements en R&#038;D.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa d\u00e9fense est le domaine o\u00f9 s&rsquo;exerce le plus la n\u00e9cessit\u00e9 de la fiction du rapport direct de cause \u00e0 effet quantit\u00e9-qualit\u00e9 (plus vous mettez de $milliards, plus vous aurez des r\u00e9sultats). C&rsquo;est une d\u00e9marche de propagande essentiellement am\u00e9ricaniste dans son fondement. Aux USA, la d\u00e9fense est le domaine-roi de l&rsquo;argent public d\u00e9vers\u00e9 sans compter et sans contr\u00f4le dans les conglom\u00e9rats de d\u00e9fense au nom de l&rsquo;imp\u00e9ratif de s\u00e9curit\u00e9 nationale ; c&rsquo;est donc l\u00e0 qu&rsquo;il importe le plus de dissimuler cette absence de rapport de cause \u00e0 effet par l&rsquo;affirmation de son exact contraire pour que la f\u00eate continue ; et la f\u00eate, appuy\u00e9e sur des chiffres effectivement consid\u00e9rables (budget de la d\u00e9fense nominal de $441 milliards, en r\u00e9alit\u00e9 proche des $800 milliards), conduit au gaspillage syst\u00e9matique en faveur d&rsquo;un complexe militaro-industriel dont la gloutonnerie budg\u00e9taire est un article de foi. Mesurer la qualit\u00e9 du produit technologique de ces investissements \u00e0 leur quantit\u00e9 budg\u00e9taire revient alors \u00e0 faire <em>in fine<\/em> une \u00e9valuation favorable et \u00e9crasante de la puissance am\u00e9ricaine,  au moins, la propagande s&rsquo;y retrouve.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur cet ensemble de choses, il y a deux remarques \u00e0 faire :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Tout ce qui est du domaine de la technologie, de pr\u00e8s ou de loin (R&#038;D, investissements, capacit\u00e9s), est l&rsquo;objet d&rsquo;une propagande extraordinairement intense, dans un cadre o\u00f9 les rapports antagonistes les plus forts sont entre les USA et l&rsquo;Europe. Tout ce qui est dit dans ce domaine doit \u00eatre d&rsquo;abord d\u00e9barrass\u00e9 des scories de la propagande, des illusions du virtualisme pro-am\u00e9ricain, de l&rsquo;action souterraine des relais de la propagande US. (Toujours dans ce sens : l&rsquo;Europe est si faible et si compl\u00e8tement illusionn\u00e9e lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de la puissance r\u00e9elle des USA et de l&rsquo;importance de ses propres rapports avec les USA qu&rsquo;elle ne poss\u00e8de aucune capacit\u00e9 de subversion virtualiste cr\u00e9dible dans la bataille de la propagande.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Au contraire de sa puissance d&rsquo;influence, le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme manifeste dans cet affrontement une faiblesse consid\u00e9rable avec son impuissance cr\u00e9atrice \u00e0 son stade actuel. La puissance financi\u00e8re dans le cadre de laquelle les investissements en R&#038;D sont mesur\u00e9s selon leur poids budg\u00e9taire et non pas leur productivit\u00e9 est le produit d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;esprit financier plus qu&rsquo;industriel, et de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit monopolistique qui d\u00e9coule de cette \u00e9volution. C&rsquo;est cette situation qui s&rsquo;est d\u00e9finitivement install\u00e9e dans l&rsquo;industrie de d\u00e9fense US dans les ann\u00e9es 1990, \u00e0 l&rsquo;occasion des \u00e9normes restructurations qui la transform\u00e8rent. Cette industrie a perdu tout sens d&rsquo;une capacit\u00e9 cr\u00e9atrice dans un syst\u00e8me concurrentiel normal. Ses cr\u00e9ations technologiques sont le reflet des exigences obsessionnelles de la bureaucratie et de la <strong>n\u00e9cessit\u00e9<\/strong> de d\u00e9penses conduisant n\u00e9cessairement au gaspillage et \u00e0 la non-productivit\u00e9. Le r\u00e9sultat est l&rsquo;impuissance compl\u00e8te \u00e0 produire quelque chose d&rsquo;utile et d&rsquo;utilisable par rapport aux n\u00e9cessit\u00e9s du monde r\u00e9el. La plupart des programmes militaires US sont paralys\u00e9s par la surench\u00e8re technologique qui est l&rsquo;in\u00e9vitable enfant monstrueux du gaspillage impos\u00e9 par les investissements en R&#038;D.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le catalogue des id\u00e9es re\u00e7ues: la fable des d\u00e9penses R&#038;D 26 novembre 2005 Une source industrielle, assistant r\u00e9cemment \u00e0 une pr\u00e9sentation de leurs produits par une d\u00e9l\u00e9gation du groupe Jane&rsquo;s, eut la surprise d&rsquo;entendre une \u00e9tonnante \u00e9valuation. Il se fit r\u00e9p\u00e9ter la chose et l&rsquo;on s&rsquo;ex\u00e9cuta. 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