{"id":67076,"date":"2005-12-05T00:00:00","date_gmt":"2005-12-05T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/12\/05\/les-neocons-sont-parmi-nous\/"},"modified":"2005-12-05T00:00:00","modified_gmt":"2005-12-05T00:00:00","slug":"les-neocons-sont-parmi-nous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/12\/05\/les-neocons-sont-parmi-nous\/","title":{"rendered":"<strong><em>Les \u201cneocons\u201d sont parmi nous<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Les <em>neocons<\/em> sont parmi nous<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t5 D\u00e9cembre 2005  Il faut s&rsquo;arr\u00eater aujourd&rsquo;hui \u00e0 un seul texte, <a href=\"http:\/\/www.telegraph.co.uk\/opinion\/main.jhtml;jsessionid=TSBZZYYQV3SLBQFIQMGCFFWAVCBQUIV0?xml=\/opinion\/2005\/12\/05\/dl0501.xml\" class=\"gen\">l&rsquo;\u00e9ditorial du Daily Telegraph<\/a> du jour.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9ditorial du <em>Daily Telegraph<\/em> nous montre que l&rsquo;id\u00e9ologie n\u00e9o-conservatrice est fermement install\u00e9e parmi nous (si l&rsquo;on admet que le Royaume-Uni est parmi nous, Europ\u00e9ens). Il nous montre que, pouss\u00e9e aux extr\u00eames o\u00f9 la dialectique politique triomphante nous conduit, particuli\u00e8rement dans le monde transatlantique, la plaisanterie n&rsquo;est plus tout \u00e0 fait une plaisanterie. Cette phrase \u00e9nigmatique signifie bien ceci : lorsque cet \u00e9ditorial nous propose le titre de \u00ab <em>Regime change is needed in Europe<\/em> \u00bb (et l&rsquo;on sait ce que signifie <em>Regime change<\/em> dans le langage \u00e0 peine cod\u00e9 de ces gens),  la plaisanterie n&rsquo;est plus tout \u00e0 fait une plaisanterie, et l&rsquo;image vaut son pesant d&rsquo;hypoth\u00e8ses qui vous laissent pantois.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn va s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 quelques d\u00e9tails du texte que nous allons tenter d&rsquo;analyser rapidement. Il faut avoir \u00e0 l&rsquo;esprit que cette analyse, pour \u00eatre bien comprise, nous conduit beaucoup plus dans le domaine de la psychologie que dans celui de l&rsquo;argument politique, voire m\u00eame de l&rsquo;affirmation id\u00e9ologique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Le texte commente le voyage de Condi Rice en Europe et d\u00e9veloppe son commentaire sur tous les sujets de discorde entre les Etats-Unis et l&rsquo;Europe,  sauf celui pour lequel la secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat se d\u00e9place en Europe (les activit\u00e9s de la CIA en Europe, prisons et vols clandestins, bref ce qu&rsquo;on ose parfois d\u00e9signer comme le <em>CIA&rsquo;s Gulag<\/em>). M\u00e9thodologiquement, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on nomme un contre-pied, et il est parfait ; tactiquement, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on nomme une manuvre habile d&rsquo;\u00e9vitement. Nous ne saurons donc pas ce que pensent les <em>neocons<\/em> britanniques des pratiques de la CIA. (Mais nous devinons.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Il s&rsquo;agit d&rsquo;un d\u00e9cha\u00eenement selon deux lignes : la trahison de l&rsquo;Occident et la trahison de la d\u00e9mocratie (tout cela par l&rsquo;UE), sur cinq sujets essentiellement : Cuba, Irak, Iran, Chine, les d\u00e9cisions supranationales type-Kyoto.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Le r\u00e9quisitoire est implacable. On ne s&rsquo;arr\u00eate pas aux d\u00e9tails. On y parle p\u00eale-m\u00eale, pour d\u00e9signer les fossoyeurs de la d\u00e9mocratie, les bureaucrates de l&rsquo;UE et des \u00c9tats-membres de l&rsquo;UE (\u00ab <em>Its leaders<\/em> [the european leaders] <em>believe to this day that states are better run by experts than by populist politicians and, just as they apply that belief to their own institutions, so they extend it to other continents<\/em> \u00bb). Il y a un \u00e9tonnant amalgame entre les institutions europ\u00e9ennes et les \u00c9tats-membres, comme si les seconds \u00e9taient dirig\u00e9s par des experts nomm\u00e9s par les premi\u00e8res.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Les sophismes abondent. Ainsi est-il \u00e9crit que, \u00ab <em>when it comes to international bodies, the US is almost alone in taking the view that elected politicians are more legitimate than global technocrats and human-rights lawyers<\/em> \u00bb; sophisme \u00e9tonnant, comme si les votes \u00e0 l&rsquo;ONU et ailleurs portaient sur le mode de d\u00e9signation des dirigeants de ces organisations par rapport au mode en vigueur dans les \u00c9tats et non sur les motions propos\u00e9es, d&rsquo;ailleurs r\u00e9dig\u00e9es par les pays-membres, tous dirig\u00e9s par les <em>elected politicians<\/em> dont le <em>Daily Telegraph<\/em> a l&rsquo;air si friand. De m\u00eame lorsqu&rsquo;il est fait appel aux m\u00e2nes de Jefferson, que les europ\u00e9ens ha\u00efssent parce qu&rsquo;ils sont centralisateurs, et que les Am\u00e9ricains adorent parce qu&rsquo;ils pratiquent la d\u00e9centralisation : d\u00e9centralis\u00e9, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral de fer voulu par Lincoln et qui liquida le Sud qui voulait faire s\u00e9cession? Une telle affirmation est grotesque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Les textes eux-m\u00eames sont convoqu\u00e9s: \u00ab <em>Indeed, the distinction between the two unions<\/em> [USA &#038; EU] <em>can be inferred from the opening words of their founding charters: the American Constitution begins We, the people; the Treaty of Rome begins His Majesty the King of the Belgians.<\/em> \u00bb On ne trouve pas de d\u00e9marche plus sophistique: quelle tromperie de comparer des pommes avec des poires, un trait\u00e9 (le Trait\u00e9 de Rome) avec une Constitution (US), comme si un trait\u00e9 \u00e9tait une charte fondatrice ; une tromperie d\u00e9testable,  une escroquerie intellectuelle de bas \u00e9tage ou une inculture politique assez grossi\u00e8re. Dommage que ces gens ne fassent pas la comparaison entre ce qui est comparable, entre la Constitution US de 1788 (qui commence effectivement par \u00ab <em>We, the people<\/em> \u00bb) et la Constitution de la premi\u00e8re R\u00e9publique fran\u00e7aise de 1791 (qui commence par \u00ab <em>Au nom du peuple fran\u00e7ais<\/em> \u00bb). M\u00eame si l&rsquo;on n&rsquo;appr\u00e9cie pas la R\u00e9volution fran\u00e7aise, on constate une certaine mesure pour l&rsquo;esprit de la chose, dans une Constitution fran\u00e7aise qui ne pr\u00e9tend que <strong>repr\u00e9senter<\/strong> (\u00ab <em>au nom de <\/em> \u00bb signifie qu&rsquo;on est r\u00e9vocable en th\u00e9orie) ; et, par contre, on constate une bien grande arrogance voire une duplicit\u00e9 suspecte dans la pr\u00e9tention des constituants am\u00e9ricains et de leurs successeurs parlementaires (dont fait par exemple partie un <LIEN=Randy Duke Cunningham<D>) \u00e0 <strong>\u00eatre<\/strong> le peuple am\u00e9ricain, sans autre forme de proc\u00e8s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Finalement, la critique que l&rsquo;\u00e9ditorial pourrait adresser \u00e0 GW Bush est de ne pas faire subir \u00e0 l&rsquo;Europe le traitement qu&rsquo;on fait subir \u00e0 d&rsquo;autres parties du monde, parce que l&rsquo;Europe est le seul bastion restant de l&rsquo;anti-d\u00e9mocratisme : \u00ab <em>There is only one part of the world where America does not extend its principles: the EU itself. Everywhere else, this administration has moved beyond the Cold War tendency to do business with local strongmen (he may be a son-of-a-bitch, but he&rsquo;s our son-of-a-bitch). George Bush has grasped that undemocratic states tend to export their problems, which makes them objectively inimical to Western interests, however notionally pro-Western their leaders.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>But, when it comes to Europe, he is happy to indulge the elites even as they take more power from their peoples. Previous American presidents did not even mention the EU in their speeches, (our European allies was the preferred phrase). Mr Bush is the first holder of his office to have visited the European Commission. His ambassador to the EU went so far as explicitly to endorse the proposed Euro-constitution. Miss Rice herself has spoken of European integration in the warmest terms.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Les causes de cette fatale erreur: la bureaucratie du d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat qui est trop indulgence pour l&rsquo;UE, qui devrait lui appliquer le traitement qu&rsquo;elle applique \u00e0 Chavez par exemple. D&rsquo;autre part, le malheureux Tony Blair, \u00e0 qui l&rsquo;on reconna\u00eet certes qu&rsquo;il a soutenu la guerre en Irak mais qui en a profit\u00e9 pour prot\u00e9ger l&rsquo;UE des coups justifi\u00e9s des USA (\u00ab <em>How are we to explain this contradiction? It doubtless owes something to Tony Blair, who has called in his Iraq debt by securing the President&rsquo;s support for the EU.<\/em> \u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn peut poursuivre cette revue de d\u00e9tails. On comprend que ce n&rsquo;est gu\u00e8re utile. Ce qui est remarquable dans ce texte exemplaire est la d\u00e9bauche de moyens de d\u00e9tournement, de tromperie, et compl\u00e8tement sophistiques en g\u00e9n\u00e9ral, pour des sujets finalement tr\u00e8s d\u00e9risoires. Le cas cubain est d&rsquo;une importance compl\u00e8tement accessoire ; le cas irakien, dans la situation pr\u00e9sente, est compl\u00e8tement perverti ; le cas iranien est si contestable qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, USA et UE marchent main dans la main ; le cas chinois repose principalement sur l&rsquo;affaire de l&#8217;embargo dont on sait qu&rsquo;elle est, dans son contenu, \u00e9galement d\u00e9risoires ; quant aux organismes internationaux, on a vu sur quelle tromperie repose la critique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, l&rsquo;aspect remarquable de cet \u00e9ditorial est moins le foss\u00e9 existant entre l&rsquo;argumentation et la r\u00e9alit\u00e9 (chose habituelle qui ne m\u00e9rite plus gu\u00e8re de motif de s&rsquo;exclamer) que le foss\u00e9 entre la vigueur et l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 apocalyptique de l&rsquo;invective et la petitesse des causes choisies. On retrouve d&rsquo;ailleurs cette m\u00eame d\u00e9marche autour du conflit en Irak, chaque jour examin\u00e9 \u00e0 la loupe, qui conditionne la politique mondiale, et qui est en r\u00e9alit\u00e9 un conflit entre la super-puissance para\u00eet-il dominante du monde et un pays de 25 millions d&rsquo;habitants, au d\u00e9part de la guerre r\u00e9duit \u00e0 une position militaire et strat\u00e9gique d\u00e9structur\u00e9e, voire fracass\u00e9e par la guerre de 1990-91 et la d\u00e9cennie impitoyable d&#8217;embargo et de pilonnages a\u00e9riens r\u00e9guliers.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;attitude qu&rsquo;on rel\u00e8ve ici correspond \u00e9videmment \u00e0 des tendances certaines \u00e0 l&rsquo;artifice de la propagande, mais aussi \u00e0 l&rsquo;exaltation de la psychologie qu&rsquo;on rel\u00e8ve d\u00e9sormais de fa\u00e7on routini\u00e8re dans les arguments de ces tendances extr\u00e9mistes, n\u00e9o-conservateurs en premier. Le terrain de m\u00e9sentente n&rsquo;est ni politique, ni m\u00eame id\u00e9ologique, mais dans la forme m\u00eame qui renvoie \u00e0 la psychologie. Cette parano\u00efa conduit \u00e0 outrer l&rsquo;enjeu des affrontements, ainsi que les acteurs de ces affrontements, de fa\u00e7on \u00e0 justifier la rh\u00e9torique belliciste extr\u00e9miste.  Elle conduit \u00e0 des \u00e9valuations compl\u00e8tement fauss\u00e9es, \u00e0 des appr\u00e9ciations tactiques erron\u00e9es pour des strat\u00e9gies \u00e9videmment utopiques. Plus qu&rsquo;\u00e0 une efficacit\u00e9 quelconque sur le plan militaire et politique, elle conduit \u00e0 la confusion, \u00e0 des erreurs qui prennent des dimensions apocalyptiques. L&rsquo;Irak doit figurer comme le mod\u00e8le m\u00eame de cette \u00e9volution, o\u00f9 l&rsquo;on vit l&rsquo;accumulation syst\u00e9matique des erreurs dues aux apriorismes id\u00e9ologiques transformant un probl\u00e8me initialement assez ais\u00e9 \u00e0 ma\u00eetriser (aussit\u00f4t apr\u00e8s la victoire d&rsquo;avril 2003)  en un chaudron explosif o\u00f9 la plus grande puissance du monde se trouve pieds et poings li\u00e9s, avec la seule perspective d&rsquo;\u00e9puiser sa puissance par le seul gaspillage des ressources extraordinaires qui y sont affect\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9ditorial du <em>Daily Telegraph<\/em> est plut\u00f4t la marque d&rsquo;une parano\u00efa du jugement provoqu\u00e9e par les revers d&rsquo;une politique extr\u00e9miste qui ne peut subsister que par une victoire \u00e9clatante et incontestable. Il est une illustration convaincante de l&rsquo;\u00e9volution chaotique et incontr\u00f4lable de la politique aujourd&rsquo;hui dans le domaine anglo-saxon qui pr\u00e9tend imprimer son orientation et m\u00eame son leadership au reste du monde. Il est path\u00e9tique bien plus qu&rsquo;effrayant ; plus que s&rsquo;inqui\u00e9ter de ses anath\u00e8mes et de ses outrances mensong\u00e8res, il faut se pr\u00e9occuper du d\u00e9sordre qu&rsquo;il continue \u00e0 cr\u00e9er l\u00e0 o\u00f9 il pr\u00e9tend imprimer une orientation politique d\u00e9cisive.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;est pas \u00e0 craindre que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un <em>regime change<\/em> se concr\u00e9tise en Europe par la brutalit\u00e9, il est \u00e0 craindre que les psychologies d\u00e9rang\u00e9es qui finissent par prendre s\u00e9rieusement de telles hypoth\u00e8ses soient encore consid\u00e9r\u00e9es s\u00e9rieusement, sinon d&rsquo;une fa\u00e7on respectueuse.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les neocons sont parmi nous 5 D\u00e9cembre 2005 Il faut s&rsquo;arr\u00eater aujourd&rsquo;hui \u00e0 un seul texte, l&rsquo;\u00e9ditorial du Daily Telegraph du jour. 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