{"id":67082,"date":"2005-12-07T00:00:00","date_gmt":"2005-12-07T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/12\/07\/peut-on-dire-cias-gulag\/"},"modified":"2005-12-07T00:00:00","modified_gmt":"2005-12-07T00:00:00","slug":"peut-on-dire-cias-gulag","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/12\/07\/peut-on-dire-cias-gulag\/","title":{"rendered":"Peut-on dire \u201c<em>CIA&rsquo;s Gulag<\/em>\u201d?"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Peut-on dire <em>CIA&rsquo;s Gulag<\/em>?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t7 d\u00e9cembre 2005  &#8230;Oui, <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2138\" class=\"gen\">l&rsquo;expression CIA&rsquo;s Gulag<\/a>, qui est utilis\u00e9e pour d\u00e9signer le cadre du probl\u00e8me transatlantique des camps (<em>black sites<\/em>) et autres activit\u00e9s de la CIA en Europe (et dans le reste du monde), est-elle appropri\u00e9e? N&rsquo;est-elle pas une insulte pour les millions, les dizaines de millions de morts du vrai Goulag? Un lecteur choqu\u00e9 le dit clairement et laisse entendre abruptement qu&rsquo;il faudrait peut-\u00eatre nous en faire reproche:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe Petru, en date du 6 novembre sur <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/forum.php\" class=\"gen\">notre Forum<\/a> : \u00ab <em>L&rsquo;utilisation du terme Goulag pour les prisons am\u00e9ricaines de suspects terroristes est une insulte aux dizaines de millions qui ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s ou emprisonn\u00e9s au Goulag.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans un excellent article paru ce matin dans le New York <em>Times<\/em> et <a href=\"http:\/\/www.iht.com\/articles\/2005\/12\/06\/news\/react.php\" class=\"gen\">l&rsquo;International Herald Tribune<\/a>, \u00e0 propos du voyage de Rice en Europe et de ses avatars, Richard Bernstein rappelle l&#8217;emploi de l&rsquo;image chez les Europ\u00e9ens, \u00e0 propos des activit\u00e9s de la CIA bien s\u00fbr : \u00ab <em>More than one commentator over the past few days has referred to the secret prisons as a Gulag Archipelago,&rsquo; despite the fact that the countries where they are alleged to be situated, Romania and Poland, have denied their existence. Moreover, even if they do or did exist, their total prison population would be at most a few dozen  compared with the hundreds of thousands who were confined in Stalin&rsquo;s real gulag.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>And yet, in this instance especially, the Bush administration&rsquo;s handling of suspected terrorists, coupled with the problems the United States continues to encounter in Iraq, has not made Rice&rsquo;s job of persuasion any easier.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Rappelons que le mot Goulag reprend, sous forme d&rsquo;usage acronymique, les initiales <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Goulag\" class=\"gen\">GOULAG<\/a> d\u00e9signant l&rsquo;administration des camps d&rsquo;internement et de travail dans le syst\u00e8me sovi\u00e9tique: <em>Glavno\u00ef\u00e9 Oupravleniy\u00e9 Lag\u00e9re\u00ef<\/em>, pour Direction Principale des Camps de travail. Soljenitsyne, dans un \u00e9lan d&rsquo;intuition g\u00e9niale, avait fait avancer la compr\u00e9hension du ph\u00e9nom\u00e8ne avec l&rsquo;expression archipel du Goulag. Cette image de g\u00e9ographie maritime permet d&rsquo;avancer vers une autre image, encore plus significative jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre d\u00e9cisive, qui est celle de voir le d\u00e9veloppement des camps du GOULAG comme le ph\u00e9nom\u00e8ne de la prolif\u00e9ration du cancer sous forme de m\u00e9tastases.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme toute affirmation pol\u00e9mique, cette affirmation de notre lecteur est discutable et m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre discut\u00e9e. On doit contester l&rsquo;affirmation que l&rsquo;expression est une insulte aux morts du Goulag. L&#8217;emploi de l&rsquo;expression <em>CIA&rsquo;s Gulag<\/em> est, comme on le note ci-dessus, une r\u00e9f\u00e9rence et non une insulte ; une r\u00e9f\u00e9rence d&rsquo;abord bureaucratique avant de devenir politique pour d\u00e9signer un syst\u00e8me d&rsquo;oppression, d&#8217;emprisonnement, voire de liquidation de masse. A nous de voir si cette r\u00e9f\u00e9rence est justifi\u00e9e dans le cas des pratiques de la CIA. Si elle ne l&rsquo;est pas, ce sera une erreur, pas une insulte. (Les morts du Goulag sont des victimes incontestables d&rsquo;une certaine sorte de barbarie. Nous sommes les premiers \u00e0 le reconna\u00eetre, \u00e0 le clamer [voir le livre de Philippe Grasset <em>Le regard de I\u00e9jov<\/em>]  bien plus que d&rsquo;autres qui se lamentent vertueusement aujourd&rsquo;hui sur le sort de ces victimes qu&rsquo;ils ignoraient hier ; qui, hier, n&rsquo;y trouvaient rien \u00e0 redire jusqu&rsquo;\u00e0 juger les premiers t\u00e9moins du Goulag suspects et peu fr\u00e9quentables.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEst-il possible de dire <em>CIA&rsquo;s Gulag<\/em>? L&rsquo;id\u00e9e derri\u00e8re la remarque ci-dessus d\u00e9non\u00e7ant cet emploi n&rsquo;est-elle pas qu&rsquo;il s&rsquo;agit plut\u00f4t, avec cette expression de <em>CIA&rsquo;s Gulag<\/em>, d&rsquo;une insulte \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas convenable, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas acceptable d&rsquo;assimiler <em>America the Beautiful<\/em> \u00e0 l&#8217;empire du communisme dans ses aspects les plus barbares et les plus iniques? Y a-t-il quelque chose de sacril\u00e8ge l\u00e0-dedans? Y a-t-il un <strong>interdit<\/strong> contre cette sorte d&rsquo;expression parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;Am\u00e9rique, point final? Y a-t-il un jugement syst\u00e9mique avec une dimension politique selon les faits qui serait <strong>interdit<\/strong> par un pr\u00e9cepte moral, lequel serait d&rsquo;ailleurs plut\u00f4t de l&rsquo;ordre de la stup\u00e9faction et de l&rsquo;\u00e9bahissement de l&rsquo;esprit? (Oui, bien s\u00fbr.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes derni\u00e8res ann\u00e9es et les tonnes de mensonges suivies de r\u00e9v\u00e9lations qu&rsquo;elles nous ont apport\u00e9es ont fait largement avancer le d\u00e9bat. L&rsquo;antienne \u00e0 propos de l&rsquo;automatique vertu US commence \u00e0 lasser. On est conduit \u00e0 prendre conscience de certaines choses. Un Am\u00e9ricain aussi honorable que William Pfaff, \u00e9crit dans un remarquable article sur la torture (nous voulons dire : la torture pratiqu\u00e9e de fa\u00e7on r\u00e9glement\u00e9e, bureaucratique  le mot qualificatif est si important,  par les Etats-Unis), <a href=\"http:\/\/www.williampfaff.com\/modules\/news\/article.php?storyid=74\" class=\"gen\">dans Harper&rsquo;s Magazine<\/a>, num\u00e9ro de novembre (nous soulignons en gras les deux passages qui nous paraissent importants):<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The Clinton Administration signed the International Criminal Court treaty despite Defense Department opposition, but President George W. Bush formally withdrew the American signature on May 6, 2002. For many years the U.S. Army has been accused of running a torture school as part of its training of Latin American officers at its School of the Americas (lately renamed the Western Hemisphere Institute for Security Cooperation), located first in Panama and later, after Panama&rsquo;s full independence, at Fort Benning in Georgia. This accusation was denied, and most Americans,<\/em> <strong><em>including this one<\/em><\/strong>, <em>were inclined to doubt that it was really so. But the routine use during the war on terror of techniques that according to international law (and common-sense judgment, here and abroad) are clearly torture suggests that it may have been<\/em> <strong><em>true after all.<\/em><\/strong> \u00bb (Plus haut dans le texte, Pfaff avait observ\u00e9 que la fa\u00e7on dont l&rsquo;Am\u00e9rique avait chang\u00e9 avec le 11 septembre constituait un \u00e9l\u00e9ment extr\u00eamement contraignant pour la psychologie, particuli\u00e8rement celle des Am\u00e9ricains honorables: \u00ab <em> The only thing that really changed was the United States. That it may never again be the same is profoundly depressing.<\/em> \u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas am\u00e9ricain est particuli\u00e8rement troublant, et l&rsquo;expression <em>CIA&rsquo;s Gulag<\/em> ouvre un d\u00e9bat qui n&rsquo;est pas tranch\u00e9 d&rsquo;avance, comme beaucoup auraient pu le croire il y a dix ans ou vingt ans. Qu&rsquo;est-ce qui pourrait justifier une telle accusation, implicite dans l&rsquo;expression? Le gouvernement US, d\u00e9j\u00e0 confront\u00e9 \u00e0 cette accusation (d&rsquo;entretenir un r\u00e9seau de centres de d\u00e9tention arbitraire qu&rsquo;on pourrait d\u00e9signer par le mot Goulag) par un texte d&rsquo;Amnesty publi\u00e9 en <a href=\"http:\/\/web.amnesty.org\/library\/index\/ENGAMR510632005\" class=\"gen\">mai 2005<\/a>, avait r\u00e9agi dans sa fa\u00e7on habituelle, qui est celle d&rsquo;une lourdeur et d&rsquo;une grossi\u00e8ret\u00e9 consid\u00e9rables, en plus de l&rsquo;absence d&rsquo;intelligence du propos, simplement en tenant pour vrai ce que sa propre propagande affirme. Le m\u00eame Amnesty rapportait : \u00ab <em>When asked to comment about Amnesty International&rsquo;s report during a White House Briefing President Bush said: I&rsquo;m aware of the Amnesty International report, and it&rsquo;s absurd.<\/em> () <em>The United States is a country that promotes freedom around the world. When there&rsquo;s accusations made about certain actions by our people, they&rsquo;re fully investigated in a transparent way.<\/em> \u00bb La r\u00e9ponse est elle-m\u00eame absurde, ou bien am\u00e9ricaniste (rien n&rsquo;existe au monde que l&rsquo;Am\u00e9rique  elle-m\u00eame, tout ce que le conformisme am\u00e9ricaniste officiel avance est fond\u00e9, etc.). Staline pr\u00e9sentait l&rsquo;action ext\u00e9rieure de l&rsquo;URSS comme promotrice de la justice, de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, de la d\u00e9mocratie populaire, de la lib\u00e9ration des forces oppressives, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;expression <em>CIA&rsquo;s Gulag<\/em>, apr\u00e8s d&rsquo;autres de la m\u00eame sorte, soul\u00e8ve des r\u00e9actions de rejet, de d\u00e9nonciation, etc., de la part des am\u00e9ricanistes et de leurs amis \u00e0 cause de la question quantitative, alors que c&rsquo;est l&rsquo;aspect qualitatif (!) qui devrait nous importer. Le Goulag sovi\u00e9tique d\u00e9signe un ph\u00e9nom\u00e8ne concentrationnaire qui a impliqu\u00e9 des dizaines de millions de personnes, soumises \u00e0 un arbitraire complet derri\u00e8re des apparences l\u00e9gales formelles, avec des pertes d&rsquo;une immense ampleur, se comptant \u00e9galement en millions et peut-\u00eatre dizaines de millions. Bien entendu, le chiffre des morts et d\u00e9tenus du Goulag originel est sans commune mesure avec ce que les USA d\u00e9tiennent arbitrairement aujourd&rsquo;hui. (Quoique Ils commencent \u00e0 faire s\u00e9rieux : le DoD a reconnu avoir d\u00e9tenu 80.000 personnes <a href=\" http:\/\/www.guardian.co.uk\/usa\/story\/0,12271,1645437,00.html\" class=\"gen\">depuis l&rsquo;attaque 9\/11<\/a>.)  Sur le plus long terme dans le pass\u00e9, l&rsquo;histoire secr\u00e8te des USA \u00e0 cet \u00e9gard m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre \u00e9tudi\u00e9e de pr\u00e8s. Mais c&rsquo;est une autre affaire car, r\u00e9p\u00e9tons-le, l&rsquo;expression <em>CIA&rsquo;s Gulag<\/em> n&rsquo;est pas d\u00e9finie dans son aspect accusateur par cet aspect du nombre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;essentiel est l&rsquo;aspect bureaucratique,  la m\u00e9thode de fonctionnement si l&rsquo;on veut. Les univers concentrationnaires les plus importants de l&rsquo;Histoire sont caract\u00e9ris\u00e9s organiquement par le fait bureaucratique. La bureaucratisation des syst\u00e8mes concentrationnaires implique une activit\u00e9 syst\u00e9matique de l\u00e9galisation d&rsquo;un fait arbitraire qui est manifestement ill\u00e9gal si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l&rsquo;essentiel, qui est l&rsquo;esprit de la loi. C&rsquo;est le cas du Goulag sovi\u00e9tique, sans aucun doute : bureaucratie (c&rsquo;est-\u00e0-dire aveuglement et inhumanit\u00e9) avec l\u00e9galisation grossi\u00e8re mais syst\u00e9matique du processus (parodie de jugement prise pour une proc\u00e9dure l\u00e9gale, n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;aveux des condamn\u00e9s, etc.), avec en plus le d\u00e9sordre qui caract\u00e9risait le communisme. La plupart des t\u00e9moignages et \u00e9tudes importants, \u00e0 commencer par <em>La grande terreur<\/em> de Robert Conquest en 1967, fournit des d\u00e9tails innombrables de cette bureaucratisation dans le d\u00e9sordre. Conquest rapportait l&#8217;embarras de nombre d&rsquo;antennes locales du NKVD durant la grande Terreur (la <em>I\u00e9jovtchina<\/em>, du nom du chef du NKVD Nicola I\u00e9jov, de 1936-39), lorsqu&rsquo;elles recevaient la consigne planifi\u00e9e du Centre d&rsquo;arr\u00eater un nombre arbitrairement fix\u00e9 de contre-r\u00e9volutionnaires dans tel ou tel village. Qui arr\u00eater dans le village o\u00f9 les purges pr\u00e9c\u00e9dentes avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9limin\u00e9 les classes sociales caract\u00e9ris\u00e9es <em>a priori<\/em> par le virus contre-r\u00e9volutionnaire? D&rsquo;o\u00f9 les angoisses de ces braves fonctionnaires qui tenaient, \u00e9galement selon les consignes du Centre, \u00e0 l\u00e9galiser le processus ill\u00e9gal, devant la difficult\u00e9 de trouver les coupables qui puissent \u00eatre \u00e0 la fois jug\u00e9s et condamn\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa planification bureaucratique pr\u00e9c\u00e9dait le soup\u00e7on et la r\u00e9alit\u00e9, elle <strong>cr\u00e9ait<\/strong> la r\u00e9alit\u00e9 en ordonnant le nombre d&rsquo;arrestations, les accusations, les aveux attendus, les inculpations et les condamnations, les d\u00e9portations, etc., d&rsquo;une fa\u00e7on telle qu&rsquo;il ne restait plus apr\u00e8s qu&rsquo;\u00e0 remplir les cases vides en y collant les citoyens arbitrairement d\u00e9busqu\u00e9s. Nombre de t\u00e9moins (K.S. Karol, dans <em>Solik<\/em>) ont rapport\u00e9 l&rsquo;angoisse qui r\u00e9gnait en URSS, non pas seulement pour ceux qui entretenaient des activit\u00e9s ill\u00e9gales ou parce qu&rsquo;ils \u00e9taient en d\u00e9saccord avec le r\u00e9gime, mais pour n&rsquo;importe qui parce que le r\u00e9gime devenu syst\u00e8me pouvait frapper <strong>n&rsquo;importe qui<\/strong>, litt\u00e9ralement sans rime ni raison. On observera que nombre d&rsquo;Irakiens en Irak, en pr\u00e9sence des descentes de l&rsquo;arm\u00e9e US, peuvent \u00e9prouver cette sorte d&rsquo;angoisse : le seul indice de culpabilit\u00e9 qui pourrait les faire arr\u00eater est leur aspect physique d&rsquo;Irakien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour ce qui concerne le syst\u00e8me nazi, qui pr\u00e9sente un autre cas, il faut lire <em>La perfidie de l&rsquo;Histoire<\/em>, de Richard L. Rubenstein (n\u00e9 en 1924, professeur d&rsquo;histoire et de philosophie des religions \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Bridgeport, dans le Connecticut). Ce livre, publi\u00e9 en 2005 (\u00e9ditions Le Cerf), comprend le texte original de Rubenstein, datant de 1975 (avec un ajout de circonstances, datant de 2004, traitant du terrorisme islamique). L&rsquo;originalit\u00e9 de l&rsquo;approche de Rubenstein est qu&rsquo;il fait porter l&rsquo;essentiel de la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;Holocauste dans son ampleur et dans la r\u00e9alisation de son aspect syst\u00e9matique non sur l&rsquo;id\u00e9ologie, qui est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur, mais sur la bureaucratisation et les m\u00e9thodes industrielles modernes de gestion et de production. C&rsquo;est introduire comme principal accus\u00e9 de l&rsquo;ampleur et de la substance du crime les m\u00e9thodes et les contraintes modernistes au travers de l&rsquo;expansion et de la gestion industrielles, et de la bureaucratisation syst\u00e9mique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa caract\u00e9ristique finale est un montage syst\u00e9mique s&rsquo;apparentant moins \u00e0 un complot qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9volution naturelle (c&rsquo;est-\u00e0-dire logique dans ce cas, de la logique interne du syst\u00e8me) d&rsquo;un syst\u00e8me de conception moderniste \u00e0 la fois de cloisonnement et de dilution de la perception des responsabilit\u00e9s. L&rsquo;effet m\u00e9canique du montage est de cacher l&rsquo;ampleur et le motif du crime aux ex\u00e9cutants, et d&rsquo;assurer son efficacit\u00e9 compl\u00e8te sans prendre le risque de l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 qui constitue une transgression des lois difficilement supportable pour un esprit conformiste (la bureaucratie implique un complet conformisme de l&rsquo;esprit ;  il faut donc m\u00e9nager leur conformisme). Rubenstein observe qu&rsquo;\u00e0 cause de diverses dispositions et situations, l&rsquo;Holocauste ne peut \u00eatre tenu pour ill\u00e9gal selon les lois allemandes en vigueur \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Rubenstein laisse clairement voir qu&rsquo;il consid\u00e8re la bureaucratisation de la puissance am\u00e9ricaine comme une \u00e9volution de m\u00eame substance que les structures qui permirent l&rsquo;Holocauste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(De m\u00eame pourrait-on consid\u00e9rer de cette fa\u00e7on la guerre 14-18 : son horrible et durable ampleur massacrante, avec la brutalit\u00e9 traumatisante qui en d\u00e9coule pour la psychologie europ\u00e9enne et la civilisation, est le plus souvent port\u00e9e, par l&rsquo;analyse id\u00e9ologique et\/ou pacifiste courante, au compte de notions \u00e9galement id\u00e9ologiques telles que le nationalisme, le militarisme, etc. La r\u00e9alit\u00e9 des faits pourrait \u00eatre  interpr\u00e9t\u00e9e tout autrement. Si notre civilisation n&rsquo;avait pas atteint le degr\u00e9 de machinisme, expression m\u00eame du modernisme, qu&rsquo;elle avait atteint en 1914, nous n&rsquo;aurions eu ni les canons, ni les mitrailleuses qui bloqu\u00e8rent la guerre en emp\u00eachant la manuvre et en firent une immense boucherie. La guerre aurait sans aucun doute \u00e9t\u00e9 beaucoup plus courte, les pertes beaucoup moins \u00e9lev\u00e9es, les antagonismes n&rsquo;auraient pas \u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9s et ainsi de suite. Le choc traumatique aurait \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une ampleur toute diff\u00e9rente et nombre d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements d\u00e9stabilisants [l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Europe et l&rsquo;affirmation de l&rsquo;Am\u00e9rique, la r\u00e9volution bolch\u00e9vique] n&rsquo;auraient pas eu lieu dans leur forme traumatisante. Il serait int\u00e9ressant de r\u00e9crire l&rsquo;histoire du XX\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;une guerre de 1914 sans les contraintes du modernisme.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa conclusion que nous tirons de tout cela est que l&rsquo;expression Goulag se caract\u00e9rise effectivement par une m\u00e9thode (la bureaucratie) avant de l&rsquo;\u00eatre par un bilan historique ou par une orientation id\u00e9ologique. L&rsquo;expression peut donc \u00eatre appliqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 de la CIA dans ce domaine, parce que sa m\u00e9thode pour constituer son r\u00e9seau de camps de d\u00e9tention s&rsquo;appuie effectivement sur les habituelles normes bureaucratiques : cloisonnement, dilution des responsabilit\u00e9s, cadre l\u00e9gal m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une l\u00e9galisation de l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 (m\u00e9morandums internes dans l&rsquo;administration, r\u00e8gles de torture minutieuses avec descriptions des actes des fonctionnaires-bourreaux, etc.). Elle ressort des techniques modernistes en la mati\u00e8re, dont l&rsquo;URSS l\u00e9niniste et stalinienne fit l&rsquo;application \u00e0 la fois la plus lourde et la plus longue, et dont l&rsquo;Allemagne nazie fit l&rsquo;usage le plus sophistiqu\u00e9 pour l&rsquo;accomplissement de ses actes d&rsquo;extermination massive. L&rsquo;expression <em>CIA&rsquo;s Gulag<\/em>, quoique infamante qu&rsquo;elle puisse para\u00eetre \u00e0 certains, est justifi\u00e9e dans sa substance dans la mesure o\u00f9 elle indique des possibilit\u00e9s d&rsquo;extension extr\u00eamement graves. Nous ne doutons pas que nombre de midinettes de l&rsquo;alliance transatlantique en auront leur cur serr\u00e9. Ainsi en va-t-il pour les chagrins d&rsquo;amour.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00e0 o\u00f9 nous pensons qu&rsquo;il faut placer des limites sans doute d\u00e9cisives, c&rsquo;est dans les r\u00e9actions du reste du syst\u00e8me face aux possibilit\u00e9s du soi-disant <em>CIA&rsquo;s Gulag<\/em>. Non pas qu&rsquo;il faille caract\u00e9riser ce reste du syst\u00e8me d&rsquo;une vertu quelconque par opposition manich\u00e9enne au comportement de la CIA (ou de toute autre partie du syst\u00e8me conduite \u00e0 ces pratiques); mais parce que les USA \u00e9voluent, par n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9conomique, dans un cadre ouvert de communication et d&rsquo;information qui, dans les conditions actuelles, engendre le d\u00e9sordre, la discorde, l&rsquo;affrontement, la critique crois\u00e9e, la d\u00e9nonciation, entre les centres de pouvoir \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame du syst\u00e8me am\u00e9ricaniste, et entre le centre am\u00e9ricaniste et ses alli\u00e9s. Une \u00e9volution vers un Goulag de grandes dimensions serait emp\u00each\u00e9e par la mise \u00e0 jour qui en serait faite,  comme c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentement le cas pour certaines parties du syst\u00e8me. Il est tout \u00e0 fait probable que le chaos l&#8217;emportera avant que le <em>CIA&rsquo;s Gulag<\/em> ait \u00e9volu\u00e9 vers les dimensions monstrueusement colossales qu&rsquo;atteignirent les ph\u00e9nom\u00e8nes concentrationnaires du XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peut-on dire CIA&rsquo;s Gulag? 7 d\u00e9cembre 2005 &#8230;Oui, l&rsquo;expression CIA&rsquo;s Gulag, qui est utilis\u00e9e pour d\u00e9signer le cadre du probl\u00e8me transatlantique des camps (black sites) et autres activit\u00e9s de la CIA en Europe (et dans le reste du monde), est-elle appropri\u00e9e? 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