{"id":67092,"date":"2005-12-10T00:00:00","date_gmt":"2005-12-10T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/12\/10\/une-decision-pour-ce-quil-nous-reste-de-civilisation\/"},"modified":"2005-12-10T00:00:00","modified_gmt":"2005-12-10T00:00:00","slug":"une-decision-pour-ce-quil-nous-reste-de-civilisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/12\/10\/une-decision-pour-ce-quil-nous-reste-de-civilisation\/","title":{"rendered":"<strong><em>Une d\u00e9cision pour ce qu&rsquo;il nous reste de civilisation<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Une d\u00e9cision pour ce qu&rsquo;il nous reste de civilisation<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t10 d\u00e9cembre 2005  La d\u00e9cision prise jeudi \u00e0 Londres par sept juges r\u00e9unis au sein de la v\u00e9n\u00e9rable House of Lords dont ils font partie est une d\u00e9cision qui concerne la civilisation dans la conception que nous nous en faisons pr\u00e9sentement. Dans toute son absolue rigueur, avec les cons\u00e9quences chaotiques qu&rsquo;elle va entra\u00eener, cette d\u00e9cision est \u00e0 consid\u00e9rer du plus haut que nous puissions nous placer. Elle dit ceci : <strong>la loi ne peut en aucun cas se compromettre avec la torture<\/strong>. Cette d\u00e9cision est, au strict sens de l&rsquo;expression, sans appel : sans appel juridiquement, sans appel du point de vue de la morale du Droit, sans appel du point de vue \u00e9thique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoici ce que nous dit <a href=\"http:\/\/politics.guardian.co.uk\/terrorism\/story\/0,15935,1663308,00.html\" class=\"gen\">The Guardian<\/a> du 9 d\u00e9cembre: \u00ab <em>Seven judges in Britain&rsquo;s highest court ruled yesterday that intelligence extracted by torture is not admissible in any British court. Lawyers said the judgment would reverberate around the world, putting beyond doubt that the ban on torture was absolute in civilised countries.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn d&rsquo;autres termes: rien, absolument <strong>rien<\/strong> de ce qui vient d&rsquo;un acte de torture ne doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 par la loi. Tout ce qui vient d&rsquo;un acte de torture est <strong><em>ill\u00e9gal<\/em><\/strong>,  point final.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMesurons bien la chose. Les Lords ne statuent pas sur la torture, ni ne proclament son interdiction universelle,  ce qui serait utopique et par ailleurs inutile au regard du bon sens pour une d\u00e9cision de justice. On sait que la torture a exist\u00e9 et existe et l&rsquo;on devrait craindre, si l&rsquo;on accepte le r\u00e9alisme glac\u00e9 qui juge des affrontements politiques et des comportements humains, qu&rsquo;elle existera encore longtemps. Sa condamnation est \u00e9vidente, et l&rsquo;ONU s&rsquo;en charge dans son irresponsabilit\u00e9 universelle qui r\u00e9pond \u00e0 sa dimension morale. Mais la torture dans son aspect pratique, au travers de tout ce qui vient d&rsquo;elle, dans la mesure \u00e9vidente o\u00f9 cela est identifi\u00e9, doit \u00eatre absolument rejet\u00e9e par la loi, d&rsquo;une fa\u00e7on formelle formul\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment. Ce n&rsquo;est pas une bataille pour ou contre la torture qui est ainsi men\u00e9e \u00e0 son terme, mais une bataille pour ou contre la l\u00e9galit\u00e9 de la torture ; en d&rsquo;autres termes selon les comportements actuels, une bataille pour ou contre la l\u00e2chet\u00e9 des hommes politiques (certains d&rsquo;entre eux, essentiellement et quasi-exclusivement anglo-saxons), qui voudraient que leur acceptation de la torture soit blanchie par la loi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans un texte publi\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/usa\/story\/0,12271,1664174,00.html\" class=\"gen\">aujourd&rsquo;hui par le m\u00eame Guardian<\/a>, Noami Klein (\u00ab <em>The US has used torture for decades. All that&rsquo;s new is the openness about it<\/em> \u00bb) caract\u00e9rise de cette fa\u00e7on la situation \u00e9tablie aux USA par l&rsquo;administration GW suivie par tout l&rsquo;<em>establishment<\/em> washingtonien empress\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger sa responsabilit\u00e9 historique dans les actes en cours :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>Despite all the talk of outsourced torture, the real innovation has been in-sourcing, with prisoners being abused by US citizens in US-run prisons and transported to third countries in US planes. It is this departure from clandestine etiquette that has so much of the military and intelligence community up in arms: Bush has robbed everyone of plausible deniability. This shift is of huge significance. When torture is covertly practised but officially and legally repudiated, there is still hope that if atrocities are exposed, justice could prevail. When torture is pseudo-legal and those responsible deny that it is torture, what dies is what Hannah Arendt called the juridical person in man. Soon victims no longer bother to search for justice, so sure are they of the futility, and danger, of that quest. This is a larger mirror of what happens inside the torture chamber, when prisoners are told they can scream all they want because no one can hear them and no one is going to save them.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvec la d\u00e9cision des v\u00e9n\u00e9rables Lords-juges, nous en revenons pour le domaine et la juridiction que couvre cette loi \u00e0 la situation <em>de facto<\/em> d&rsquo;avant le 11 septembre et d&rsquo;avant les maquignonnages honteux des Cheney &#038; compagnie, suivis ces derniers temps par l&rsquo;\u00e9quipe Blair dont la faiblesse intellectuelle ne cesse de s&rsquo;affirmer. En couvrant la torture, s&rsquo;il le fait, selon lui pour le bien de l&rsquo;\u00c9tat qu&rsquo;on nomme \u00e9galement raison d&rsquo;\u00c9tat, l&rsquo;homme politique prend un risque avec sa conscience et avec la loi en m\u00eame temps que la conscience de ce risque lui fait mieux peser la gravit\u00e9 de l&rsquo;acte en regard de son propre sort, de sa r\u00e9putation, etc. Cette situation est bonne, dans la mesure du moindre des maux qui caract\u00e9rise les situations politiques, parce qu&rsquo;elle prend en compte les limites des actes humains et la complexit\u00e9 des raisons qui conduisent \u00e0 la d\u00e9cision de ces actes. \u00c9ventuellement, elle laisse toute sa responsabilit\u00e9, en son \u00e2me et conscience, \u00e0 l&rsquo;homme politique plac\u00e9 devant des d\u00e9cisions terribles. C&rsquo;est pour cette raison qu&rsquo;il est \u00e9lu, pour prendre de tels risques, et pas pour \u00e9luder ce risque en posant l&rsquo;acte terrible de corrompre la loi ; personne n&rsquo;a jamais pr\u00e9tendu que la mission de mener une nation f\u00fbt t\u00e2che ais\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Lords anglais font reculer l&rsquo;un des d\u00e9veloppements les plus corrupteurs que les \u00e9v\u00e9nements du 11 septembre et la suite ont suscit\u00e9s chez les politiciens am\u00e9ricanistes, d\u00e9cid\u00e9ment caract\u00e9ris\u00e9s dans leur comportement par la l\u00e2chet\u00e9 personnelle. Depuis quatre ans, les politiciens am\u00e9ricanistes montrent les d\u00e9g\u00e2ts extraordinaires que peuvent provoquer l&rsquo;individualisme am\u00e9ricaniste, avec le besoin de vertu qu&rsquo;il suscite, la recherche syst\u00e9matique de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 (la bonne conscience) qui s&rsquo;ensuit et le maquillage de la Loi selon les n\u00e9cessit\u00e9s du moment. En mettant un coup d&rsquo;arr\u00eat s\u00e9rieux \u00e0 cette dynamique, les Lords britanniques ont m\u00e9rit\u00e9 assez bien de ce qu&rsquo;il nous reste de civilisation. Ce n&rsquo;est pas pour autant, loin s&rsquo;en faut, que la civilisation est sauv\u00e9e mais c&rsquo;est au moins le signe officiel qu&rsquo;il y a un affrontement au sein de notre reste de civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar ailleurs, la d\u00e9cision des Lords va accentuer le d\u00e9sordre g\u00e9n\u00e9ral qui caract\u00e9rise aujourd&rsquo;hui nos structures, d&rsquo;une fa\u00e7on constructive dans la mesure o\u00f9 ces structures ont \u00e9t\u00e9 mises paradoxalement au service du courant g\u00e9n\u00e9ral de d\u00e9structuration qui ne cesse de nous presser. A la suite de leur d\u00e9cision, diff\u00e9rentes d\u00e9cisions de justice (une trentaine dit-on) vont devoir \u00eatre revues de fond en comble dans la mesure o\u00f9 elles s&rsquo;appuient en partie sur des renseignements obtenus par la torture. D&rsquo;autres proc\u00e9dures de justice vont devoir \u00eatre revues. Quand on voit les r\u00e9sultats absurdes et stupides de la plupart des mesures suscit\u00e9es dans le monde anglo-saxon par le terrorisme, on est conduit \u00e0 conclure que ce d\u00e9sordre et cette entrave sont d&rsquo;excellentes choses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour terminer, on doit signaler combien le Royaume-Uni oppositionnel,  qualificatif acceptable dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;on fait acte d&rsquo;opposition \u00e0 la politique blairiste, sans s&rsquo;attacher aux orientations et \u00e9tiquettes,  se montre f\u00e9cond et actif. On voit ici la d\u00e9cision des Lords-juges apr\u00e8s <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2234\" class=\"gen\">le discours de Pinter<\/a>. Cet activisme est pour nous le signe convaincant que la politique blairiste pro-am\u00e9ricaniste constitue, par rapport au mandat dont Blair dispose, par rapport aux int\u00e9r\u00eats britanniques et selon le simple bon sens apr\u00e8s tout, un constant abus de pouvoir, un coup d&rsquo;\u00c9tat permanent.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une d\u00e9cision pour ce qu&rsquo;il nous reste de civilisation 10 d\u00e9cembre 2005 La d\u00e9cision prise jeudi \u00e0 Londres par sept juges r\u00e9unis au sein de la v\u00e9n\u00e9rable House of Lords dont ils font partie est une d\u00e9cision qui concerne la civilisation dans la conception que nous nous en faisons pr\u00e9sentement. 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