{"id":67103,"date":"2005-12-14T00:00:00","date_gmt":"2005-12-14T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/12\/14\/talleyrand-sur-lamerique\/"},"modified":"2005-12-14T00:00:00","modified_gmt":"2005-12-14T00:00:00","slug":"talleyrand-sur-lamerique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2005\/12\/14\/talleyrand-sur-lamerique\/","title":{"rendered":"Talleyrand sur l&rsquo;Am\u00e9rique"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Talleyrand pr\u00e9monitoire<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tTalleyrand n&rsquo;a pas bonne presse. On lui reproche tant de choses que certaines doivent \u00eatre vraies et d&rsquo;autres un peu moins. On est parfois injuste avec lui, par exemple lorsque Jean Tulard qualifie ses <em>M\u00e9moires<\/em> de \u00ab <em>m\u00e9diocres<\/em> \u00bb. Nous soup\u00e7onnons que tous ces mauvais proc\u00e8s lui sont faits, au moins autant parce qu&rsquo;il ne servit pas aveugl\u00e9ment Napol\u00e9on, qu&rsquo;\u00e0 cause de la r\u00e9alit\u00e9 de ses turpitudes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn se trompe aussi \u00e0 son propos, simplement en le lisant mal. Lorsque Alfred Fabre-Luce, dans son <em>Talleyrand<\/em> de 1969, qui est une r\u00e9\u00e9dition actualis\u00e9e et largement nuanc\u00e9e de son premier <em>Talleyrand<\/em> de 1926, envisage et interpr\u00e8te les impressions de son h\u00e9ros sur l&rsquo;Am\u00e9rique. (Talleyrand y s\u00e9journa en 1793-94, alors qu&rsquo;il avait choisi de s&rsquo;exiler de la France de la Terreur.) Fabre-Luce donne l&rsquo;impression d&rsquo;un Talleyrand conquis par l&rsquo;Am\u00e9rique, observant favorablement ses perspectives d&rsquo;avenir qu&rsquo;il pr\u00e9cise tr\u00e8s justement. \u00ab <em>Le sens du moderne \u00e9claire aussi, un peu plus tard, ses impressions d&rsquo;Am\u00e9rique <\/em>[] <em>Parvenu au milieu de sa vie, Talleyrand a enfin rencontr\u00e9 sa jeunesse  ou plut\u00f4t, la jeunesse du monde<\/em> \u00bb Heureusement, Fabre-Luce a aussi la prudence de noter que le m\u00eame Talleyrand, pr\u00e9f\u00e9rant \u00ab <em>les soucis \u00e0 l&rsquo;inconfort, <\/em>[] <em>devine le monstre m\u00e9canique qui va ronger les terres vierges<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre lecture du passage que Talleyrand consacre \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique nous appara\u00eet beaucoup plus assombrie. Sur des mati\u00e8res essentielles, Talleyrand devine des ph\u00e9nom\u00e8nes fondamentaux. Il met en \u00e9vidence le choix du commerce au d\u00e9triment de l&rsquo;agriculture, et, par cons\u00e9quent, le comportement agressif que cela entra\u00eenera (\u00ab <em>L&rsquo;agriculture n&rsquo;est point envahissante : elle \u00e9tablit. Le commerce est conqu\u00e9rant : il veut s&rsquo;\u00e9tendre. <\/em>[] <em>La concurrence de l&rsquo;Am\u00e9rique, par ses brusques apparitions, a quelque chose d&rsquo;hostile.<\/em> \u00bb). Et, au bout du compte, son diagnostic est encore plus sombre, puisqu&rsquo;il d\u00e9tecte dans les d\u00e9s\u00e9quilibres de l&rsquo;Am\u00e9rique, une pathologie : \u00ab <em>c&rsquo;est trop disparate ; il y a l\u00e0 une maladie sociale.<\/em> \u00bb Si Talleyrand a vu une jeunesse en Am\u00e9rique, c&rsquo;est la jeunesse du monstre plus que la jeunesse du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvant de pr\u00e9senter le passage des <em>M\u00e9moires<\/em> de Talleyrand, nous publions un extrait du <em>Journal<\/em> de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa<\/em>, Volume 21 n\u00b007 du 10 d\u00e9cembre 2005. Dans une analyse sur l&rsquo;\u00e9chec probable des n\u00e9gociations USA-UK sur la r\u00e9glementation ITAR, nous proposions un d\u00e9veloppement mettant en \u00e9vidence l&rsquo;impossibilit\u00e9 de parvenir \u00e0 des accord \u00e9quitables avec les USA, \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;extraits des <em>M\u00e9moires<\/em> de Talleyrand. <\/p>\n<h4>La coop\u00e9ration US-UK des armements, ou la marche de l&rsquo;\u00e9crevisse<\/h4>\n<p> [] \u00abCette situation que nous avons d\u00e9crite explique l&rsquo;\u00e9volution de la coop\u00e9ration des armements entre USA et UK. Malgr\u00e9 les d\u00e9clarations d\u00e9clamatoires, cette situation n&rsquo;a cess\u00e9 de se d\u00e9grader depuis 1945 o\u00f9 les deux pays pouvaient envisager, essentiellement dans le sens UK-USA (ceci explique-t-il cela?), de partager des technologies importantes (radar, moteur \u00e0 r\u00e9action, etc.) L&rsquo;\u00e9volution de la situation a toujours \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur la perspective d&rsquo;un accord \u00e0 venir, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec qui couronne toujours les diverses n\u00e9gociations (depuis 1945) pour une coop\u00e9ration anglo-am\u00e9ricaine organique. En fait de coop\u00e9ration, il y a toujours eu des concessions constantes et renouvel\u00e9es des Britanniques en \u00e9change de rien du tout sur l&rsquo;imm\u00e9diat, mais de la promesse de nouvelles n\u00e9gociations pour un essai de plus. Ainsi la coop\u00e9ration anglo-am\u00e9ricaine a-t-elle en permanence cette allure de provisoire, o\u00f9 les Britanniques assument l&rsquo;essentiel des concessions, o\u00f9 ils reculent constamment, o\u00f9 ils sont constamment soumis \u00e0 des menaces de destruction ou d&rsquo;assimilation (cas de BAE aujourd&rsquo;hui). Il y a dans ce d\u00e9s\u00e9quilibre constant, dans cette absence de stabilit\u00e9 et dans cette recherche permanente pr\u00e9datrice de l&rsquo;avantage, une sorte de constante du comportement am\u00e9ricain, d&rsquo;une fa\u00e7on sans doute structurelle, voire ontologique quand on observe combien cette remarque a pu \u00eatre faite de tous les temps. On peut citer comme exemple le cas de Talleyrand, dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>,  o\u00f9 il observe \u00e0 l&rsquo;occasion du s\u00e9jour qu&rsquo;il fit en Am\u00e9rique, en 1793-94, \u00e0 propos des pratiques commerciales US qu&rsquo;il eut le loisir d&rsquo;\u00e9tudier: <em>En 1794, je fus t\u00e9moin du retour de la premi\u00e8re exp\u00e9dition am\u00e9ricaine qui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 au Bengale; les armateurs firent des b\u00e9n\u00e9fices immenses, et d\u00e8s l&rsquo;ann\u00e9e suivante, quatorze b\u00e2timents am\u00e9ricains partirent de diff\u00e9rents ports pour aller, dans l&rsquo;Inde, disputer \u00e0 la compagnie anglaise ses riches profits. La concurrence de l&rsquo;Am\u00e9rique, par ses brusques apparitions, a quelque chose d&rsquo;hostile. Elle multiplie \u00e0 l&rsquo;infini les chances du commerce, et les r\u00e9sultats sont rarement la r\u00e9compense d&rsquo;une habile combinaison.<\/em> La grande question de la coop\u00e9ration avec les \u00c9tats-Unis n&rsquo;est ni une question de comptabilit\u00e9, ni une question d&rsquo;int\u00e9r\u00eats bien compris dans leur \u00e9ventuel partage, mais bien la seule question de l&rsquo;esprit de la chose. Paradoxalement mais non sans logique au bout du compte, nous qui tournons en g\u00e9n\u00e9ral en d\u00e9rision la notion de valeur lorsqu&rsquo;elle est avanc\u00e9e pour justifier l&rsquo;alliance avec l&rsquo;Am\u00e9rique, nous la proposerions comme explication centrale de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;une coop\u00e9ration avec les \u00c9tats-Unis. La vision de ce pays, enracin\u00e9e dans une activit\u00e9 industrielle et commerciale pr\u00e9coce (par rapport \u00e0 la naissance de cette nation et par rapport \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;agriculture qui est le fondement m\u00eame de l&rsquo;enracinement), est n\u00e9cessairement instable et, par cons\u00e9quent, \u00e0 cause de sa puissance, d\u00e9stabilisante. Le m\u00eame Talleyrand, observant l&rsquo;\u00e9tat social de l&rsquo;Am\u00e9rique en 1794, note justement, d&rsquo;abord comme l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 d&rsquo;un principe, puis dans son application avec le cas am\u00e9ricain: <em>L&rsquo;agriculture n&rsquo;est point envahissante : elle \u00e9tablit. Le commerce est conqu\u00e9rant : il veut s&rsquo;\u00e9tendre.<\/em>[&#8230;] <em>Le gouvernement am\u00e9ricain s&rsquo;est trop laiss\u00e9 entra\u00eener par sa position g\u00e9ographique ; il a trop encourag\u00e9 l&rsquo;esprit d&rsquo;entreprise, car, avant d&rsquo;avoir des habitants, il a fallu \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique la Louisiane ; il lui faut maintenant les Florides. Le commerce veut des ports et des rades depuis la rivi\u00e8re Sainte-Croix, pr\u00e8s du fleuve Saint-Laurent, jusqu&rsquo;au golfe du Mexique, et cependant les neuf-dixi\u00e8mes des cinq cents millions d&rsquo;acres de terre qui composent l&rsquo;Am\u00e9rique septentrionale sont encore incultes. Trop d&rsquo;activit\u00e9 se tourne vers les affaires et trop peu vers la culture ; et cette premi\u00e8re direction donn\u00e9e \u00e0 toutes les id\u00e9es du pays, place un porte-\u00e0-faux dans son \u00e9tablissement social. Il ne faut pas faire trente lieues dans l&rsquo;int\u00e9rieur du pays, pour y voir, dans le m\u00eame lieu, faire des \u00e9changes en nature et tirer des traites sur les premi\u00e8res places de l&rsquo;Europe : c&rsquo;est trop disparate ; il y a l\u00e0 une maladie sociale.<\/em> Cette citation est longue mais elle vaut la r\u00e9flexion, pour aider \u00e0 comprendre nos illusions mortelles dans notre recherche de la coop\u00e9ration avec les \u00c9tats-Unis. Il s&rsquo;av\u00e8re enfin, comme conclusion de cette courte r\u00e9flexion, que, d\u00e9cid\u00e9ment, Talleyrand et ses <em>M\u00e9moires<\/em>, et malgr\u00e9 sa mauvaise r\u00e9putation, seraient plus pr\u00e9cieux \u00e0 nos industriels que la lecture r\u00e9guli\u00e8re et laborieuse du quotidien saumon, le <em>Financial Times<\/em>.\u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">M\u00e9moires de Talleyrand : l&rsquo;Am\u00e9rique<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;y avait que douze ans que l&rsquo;Am\u00e9rique septentrionale avait cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre une colonie, et les premiers temps de sa libert\u00e9 avaient \u00e9t\u00e9 perdus pour sa prosp\u00e9rit\u00e9, par l&rsquo;insuffisance de la premi\u00e8re constitution qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9e. Les bases de la foi publique n&rsquo;y ayant pas \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es, un papier monnaie plus ou moins d\u00e9cri\u00e9 avait excit\u00e9 toutes les cupidit\u00e9s, avait encourag\u00e9 la mauvaise foi, jet\u00e9 du trouble dans toutes les transactions, et avait fait perdre de vue les institutions que r\u00e9clamaient les premi\u00e8res ann\u00e9es de l&rsquo;ind\u00e9pendance. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1789, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la nouvelle constitution f\u00e9d\u00e9rale, que la propri\u00e9t\u00e9 a pris une consistance v\u00e9ritable dans les \u00c9tats-Unis, que des garanties sociales et tranquillisantes pour les relations du dehors ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es, et que le gouvernement a commenc\u00e9 \u00e0 prendre rang parmi les puissances.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est l\u00e0, la date des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMon attrait pour la mer me poursuivait encore, et c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 peine l&rsquo;avoir quitt\u00e9e, que de se trouver au milieu de cet immense pays qui ne me rappelait rien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe songeai \u00e0 m&rsquo;\u00e9loigner de Philadelphie. Je voulais essayer de me fatiguer; je proposai \u00e0 M. de Beaumetz et \u00e0 un Hollandais, nomm\u00e9 M. Heydecoper de voyager dans l&rsquo;int\u00e9rieur des terres avec moi. Ils accept\u00e8rent, et je dois convenir que d\u00e8s les premiers jours mon entreprise me plut. J&rsquo;\u00e9tais frapp\u00e9 d&rsquo;\u00e9tonnement; \u00e0 moins de cinquante lieues de la capitale, je ne vis plus de traces de la main des hommes; je trouvai une nature toute brute et toute sauvage; des for\u00eats aussi anciennes que le monde; des d\u00e9bris de plantes et d&rsquo;arbres morts de v\u00e9tust\u00e9, jonchant le sol qui les avait produits sans culture; d&rsquo;autres croissant pour leur succ\u00e9der et devant p\u00e9rir comme eux; des lianes qui souvent s&rsquo;opposaient \u00e0 notre passage; les bords des rivi\u00e8res tapiss\u00e9s d&rsquo;une verdure fra\u00eeche et vigoureuse; quelquefois de grands espaces de prairies naturelles; en d&rsquo;autres lieux des fleurs nouvelles pour moi; puis des traces d&rsquo;ouragans anciens qui avaient renvers\u00e9 tout ce qui \u00e9tait sur leur passage. Ces longs abatis de bois dans une direction r\u00e9guli\u00e8re attestent l&rsquo;\u00e9tonnant pouvoir de ces terribles ph\u00e9nom\u00e8nes. Si l&rsquo;on atteint une petite \u00e9l\u00e9vation, l&rsquo;il s&rsquo;\u00e9gare \u00e0 perte de vue de la mani\u00e8re la plus vari\u00e9e et la plus agr\u00e9able Les cimes des arbres, les ondulations du terrain qui seules rompent la r\u00e9gularit\u00e9 d&rsquo;espaces immenses, produisent un effet singulier. Notre imagination s&rsquo;exer\u00e7ait alors dans cette vaste \u00e9tendue; nous y placions des cit\u00e9s, des villages, des hameaux; les for\u00eats devaient rester sur les cimes des montagnes, les coteaux \u00eatre couverts de moissons, et d\u00e9j\u00e0 des troupeaux venaient pa\u00eetre dans les p\u00e2turages de la vall\u00e9e que nous avions sous les yeux. L&rsquo;avenir donne aux voyages dans de pareils pays un charme inexprimable. Tel \u00e9tait, disais-je, il y a peu de temps, l&#8217;emplacement o\u00f9 Penn et deux mille expatri\u00e9s jet\u00e8rent les fondements de Philadelphie, o\u00f9 quatre-vingt mille habitants d\u00e9ployent aujourd&rsquo;hui tout le luxe de l&rsquo;Europe. Telle \u00e9tait, il y a peu d&rsquo;ann\u00e9es, la jolie petite ville de Bethl\u00e9em, dont les Moraves qui l&rsquo;habitent font d\u00e9j\u00e0 admirer la propret\u00e9 des maisons, ainsi que l&rsquo;\u00e9tonnante fertilit\u00e9 du territoire qui l&rsquo;entoure. Apr\u00e8s la paix de 1783, la ville de Baltimore n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une bourgade de p\u00e9cheurs ; aujourd&rsquo;hui, des maisons vastes et \u00e9l\u00e9gantes y sont \u00e9lev\u00e9es de tous c\u00f4t\u00e9s, et disputent le terrain aux arbres dont les souches n&rsquo;ont pas eu le temps de dispara\u00eetre. On ne fait pas un pas, sans se convaincre que la marche irr\u00e9sistible de la nature veut qu&rsquo;une population immense anime un jour cette masse de terres inertes, et qui n&rsquo;attendent que la main de l&rsquo;homme pour \u00eatre f\u00e9cond\u00e9es. Je laisse \u00e0 d&rsquo;autres le plaisir de faire des pr\u00e9dictions sur cet \u00e9tat de choses. Je me borne \u00e0 constater que, dans aucune direction, on ne peut s&rsquo;\u00e9loigner de quelques milles des villes maritimes sans apprendre que les campagnes riantes et fertiles que l&rsquo;on admire, n&rsquo;\u00e9taient, il y a dix ans, il y a cinq ans, il y a deux ans, qu&rsquo;une for\u00eat inhabit\u00e9e. Les m\u00eames causes doivent produire les m\u00eames effets, surtout quand elles agissent avec une force toujours croissante. La population fera donc, chaque jour, des conqu\u00eates sur ces espaces vagues, qui sont encore hors de proportion avec la partie cultiv\u00e9e de l&rsquo;Am\u00e9rique septentrionale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tApr\u00e8s m&rsquo;\u00eatre rassasi\u00e9 de ces id\u00e9es ou plut\u00f4t de ces impressions, n&rsquo;ayant la t\u00eate ni assez vide ni assez active pour avoir le besoin de faire un livre, je me rapprochai des villes, en faisant des voeux pour qu&rsquo;une partie consid\u00e9rable des capitaux qui venaient se mettre \u00e0 l&rsquo;abri en Am\u00e9rique, y fussent employ\u00e9s \u00e0 des d\u00e9frichements et \u00e0 la grande agriculture.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn peuple nouveau et dont les murs, sans avoir pass\u00e9 par toutes les lenteurs de la civilisation, se sont model\u00e9es sur celles d\u00e9j\u00e0, raffin\u00e9es de l&rsquo;Europe, a besoin de rechercher la nature dans sa grande \u00e9cole; et c&rsquo;est par l&rsquo;agriculture que tous les \u00c9tats doivent commencer. C&rsquo;est elle, et je le dis ici avec tous les \u00e9conomistes, qui fait le premier fond de l&rsquo;\u00e9tat social, qui enseigne le respect pour la propri\u00e9t\u00e9, et qui nous avertit que notre int\u00e9r\u00eat est toujours aveugle quand il contrarie trop l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des autres; c&rsquo;est elle, qui, de la mani\u00e8re la plus imm\u00e9diate, nous fait conna\u00eetre les rapports indispensables qui existent entre les devoirs et les droits de l&rsquo;homme; c&rsquo;est elle, qui, en attachant les laboureurs \u00e0 leur champ, attache l&rsquo;homme \u00e0 son pays; c&rsquo;est elle, qui, d\u00e8s ses premiers essais, fait sentir le besoin de la division du travail, source de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes de la prosp\u00e9rit\u00e9 publique et priv\u00e9e; c&rsquo;est elle, qui entre assez dans le coeur et dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;homme pour lui faire appeler une nombreuse famille sa richesse; c&rsquo;est elle aussi, qui, par la r\u00e9signation qu&rsquo;elle enseigne, soumet notre intelligence \u00e0 cet ordre supr\u00eame et universel qui gouverne le monde; et de tout cela, je conclus que c&rsquo;est elle seule, qui sait finir les r\u00e9volutions, parce qu&rsquo;elle seule emploie utilement toutes les forces de l&rsquo;homme, le calme sans le d\u00e9sint\u00e9resser, lui enseigne le respect pour l&rsquo;exp\u00e9rience au moyen de laquelle il surveille les nouveaux essais; puis, parce qu&rsquo;elle offre toujours aux yeux les grands r\u00e9sultats de la simple r\u00e9gularit\u00e9 du travail; enfin, parce qu&rsquo;elle ne h\u00e2te et ne retarde rien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans les temps de r\u00e9volutions, on ne trouve d&rsquo;habilet\u00e9 que dans la hardiesse, et de grandeur que dans l&rsquo;exag\u00e9ration. Veut-on les terminer, la circonspection doit succ\u00e9der \u00e0 l&rsquo;audace, et alors la grandeur n&rsquo;est plus que dans la mesure, l&rsquo;habilet\u00e9 n&rsquo;est plus que dans la prudence. C&rsquo;est donc vers ce qui mod\u00e8re qu&rsquo;un gouvernement qui veut \u00eatre libre et qui ne veut point inqui\u00e9ter le monde, doit porter ses principaux efforts. L&rsquo;agriculture n&rsquo;est point envahissante: elle \u00e9tablit. Le commerce est conqu\u00e9rant: il veut s&rsquo;\u00e9tendre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tApr\u00e8s la R\u00e9volution fran\u00e7aise, le commerce ext\u00e9rieur rencontra trop d&rsquo;obstacles pour \u00eatre l&rsquo;industrie premi\u00e8re de la France, et par cons\u00e9quent pour influer sur les moeurs du pays; mais si les id\u00e9es, par une suite de l&rsquo;agitation et des chim\u00e8res rest\u00e9es dans les esprits, se portent, comme cela n&rsquo;est que trop \u00e0 craindre, vers les sp\u00e9culations dans les fonds publics, le mal sera dangereux, parce que dans ce genre de combinaisons la ruse est trop employ\u00e9e, et que la fortune et la ruine sont trop rapides.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe gouvernement am\u00e9ricain s&rsquo;est trop laiss\u00e9 entra\u00eener par sa position g\u00e9ographique; il a trop encourag\u00e9 l&rsquo;esprit d&rsquo;entreprise, car, avant d&rsquo;avoir des habitants, il a fallu \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique la Louisiane ; il lui faut maintenant les Florides. Le commerce veut des ports et des rades depuis la rivi\u00e8re Sainte-Croix, pr\u00e8s du fleuve Saint-Laurent, jusqu&rsquo;au golfe du Mexique, et cependant les neuf-dixi\u00e8mes des cinq cents millions d&rsquo;acres de terre qui composent l&rsquo;Am\u00e9rique septentrionale sont encore incultes. Trop d&rsquo;activit\u00e9 se tourne vers les affaires et trop peu vers la culture; et cette premi\u00e8re direction donn\u00e9e \u00e0 toutes les id\u00e9es du pays, place un porte-\u00e0-faux dans son \u00e9tablissement social. Il ne faut pas faire trente lieues dans l&rsquo;int\u00e9rieur du pays, pour y voir, dans le m\u00eame lieu, faire des \u00e9changes en nature et tirer des traites sur les premi\u00e8res places de l&rsquo;Europe: c&rsquo;est trop disparate; il y a l\u00e0 une maladie sociale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;ai vu, \u00e0 soixante milles de Boston, six mille pieds de planches s&rsquo;\u00e9changer contre un boeuf, et \u00e0 Boston m\u00eame un chapeau de paille de Florence se payer vingt-cinq louis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPr\u00e8s de Frenchman-Bay, \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 des provinces de l&rsquo;est, forc\u00e9 par un violent orage de m&rsquo;arr\u00eater \u00e0 Machias, je faisais quelques questions \u00e0 l&rsquo;homme chez lequel je demeurais. Il occupait la meilleure maison de l&rsquo;endroit et c&rsquo;\u00e9tait, comme on dit dans le pays, <em>un homme d&rsquo;une grande respectabilit\u00e9<\/em>. Le chapitre de la qualit\u00e9 des terres et de leur prix \u00e9tant \u00e9puis\u00e9, je lui demandai s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 Philadelphie. Il me dit que non, pas encore; c&rsquo;\u00e9tait un homme de quarante-cinq ans environ. J&rsquo;osais \u00e0 peine lui demander s&rsquo;il connaissait le g\u00e9n\u00e9ral Washington.  Je ne l&rsquo;ai jamais vu, me dit-il.  Si vous allez \u00e0 Philadelphie, vous serez bien aise de le voir?  Oh! oui, certainement, mais, je voudrais surtout, ajouta-t-il avec l&rsquo;oeil anim\u00e9, je voudrais voir M. Bingham, que l&rsquo;on dit \u00eatre si riche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;ai trouv\u00e9 dans toute l&rsquo;Am\u00e9rique cette m\u00eame admiration pour l&rsquo;argent, et souvent, aussi grossi\u00e8rement exprim\u00e9e. Le luxe y est arriv\u00e9 trop vite. Quand les premiers besoins de l&rsquo;homme sont \u00e0 peine satisfaits, le luxe est choquant. Je me souviens d&rsquo;avoir vu dans le salon de madame Robert-Morris le chapeau fabriqu\u00e9 dans le pays du ma\u00eetre de la maison, pos\u00e9 sur un gu\u00e9ridon \u00e9l\u00e9gant de porcelaine de S\u00e8vres, qui avait \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 \u00e0 Trianon par un Am\u00e9ricain. C&rsquo;est \u00e0 peine si un paysan europ\u00e9en aurait voulu poser le chapeau sur sa t\u00eate.  Sur les bords de l&rsquo;Ohio, M. Smith habitait une esp\u00e8ce de maison connue dans le pays sous le nom de <em>log-house<\/em>. Les murs de ce genre de maisons sont form\u00e9s avec des arbres non \u00e9quarris. Il y avait dans le salon un forte-piano orn\u00e9 des plus beaux bronzes. M. de Beaumetz l&rsquo;ouvrit: \u00ab N&rsquo;essayez point d&rsquo;en jouer, lui dit M. Smith, notre accordeur qui est \u00e0 cent milles d&rsquo;ici, n&rsquo;est pas venu cette ann\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour nous autres, vieux Europ\u00e9ens, il y a quelque chose de maladroit dans tout ce que veut faire le luxe de l&rsquo;Am\u00e9rique. Je conviens que notre luxe montre souvent notre impr\u00e9voyance, notre frivolit\u00e9, mais en Am\u00e9rique le luxe ne fait voir que des d\u00e9fauts qui prouvent qu&rsquo;aucune d\u00e9licatesse, ni dans la conduite de la vie, ni m\u00eame dans ses l\u00e9g\u00e8ret\u00e9s, n&rsquo;a encore p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans les moeurs am\u00e9ricaines. Quand je parle de l&rsquo;Am\u00e9rique, on doit me pardonner quelque longueur. J&rsquo;y \u00e9tais si seul, qu&rsquo;une foule de choses que j&rsquo;aurais jet\u00e9es dans la conversation viennent aujourd&rsquo;hui se placer sous ma plume.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe profitai des deux hivers que je passai, soit \u00e0 Philadelphie, soit \u00e0 New-York, pour voir les principaux personnages dont la r\u00e9volution d&rsquo;Am\u00e9rique a plac\u00e9 les noms dans l&rsquo;histoire, et particuli\u00e8rement le g\u00e9n\u00e9ral Hamilton qui, par son esprit et son caract\u00e8re, me parut \u00eatre, du vivant m\u00eame de M. Pitt et de M. Fox, \u00e0 la hauteur des hommes d&rsquo;\u00c9tat les plus distingu\u00e9s de l&rsquo;Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;avais, comme je l&rsquo;ai dit plus haut, remarqu\u00e9 dans mon voyage que l&rsquo;agriculture \u00e9tait peu favoris\u00e9e, que le commerce l&rsquo;\u00e9tait davantage, que le gouvernement lui-m\u00eame, entre ces deux sources de prosp\u00e9rit\u00e9, avait jet\u00e9 un grand poids dans la balance en faveur du commerce, et r\u00e9cemment encore, en augmentant les moyens r\u00e9els du pays, de tous les moyens fictifs que donnent les \u00e9tablissements de banques publiques, dont toute l&rsquo;Am\u00e9rique est couverte, et qui tournent tous exclusivement au profit du commerce. Cette direction une fois prise, la vanit\u00e9 et la cupidit\u00e9 devaient bient\u00f4t classer parmi les vues \u00e9troites tout ce qui portait un caract\u00e8re de sagesse, de mod\u00e9ration et de simple probit\u00e9. Les \u00c9tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique, en renversant les barri\u00e8res \u00e9lev\u00e9es autrefois par la m\u00e9tropole qui concentrait dans son sein les produits de ses colonies, et r\u00e9glait par des bornes qu&rsquo;elle prescrivait elle-m\u00eame leurs sp\u00e9culations, usent avec succ\u00e8s des avantages de leur position et du pouvoir que leur donne leur affranchissement. Ils jettent sur tous les march\u00e9s de l&rsquo;ancien monde, des masses de denr\u00e9es inattendues. Celles-ci, en changeant imm\u00e9diatement tous les prix, occasionnent dans le commerce des perturbations impossibles \u00e0 \u00e9viter. La principale cause de tous ces d\u00e9sordres tient \u00e0 la grande distance qui existe entre les ports de l&rsquo;est et ceux du sud de l&rsquo;Am\u00e9rique, d&rsquo;o\u00f9 partent \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque de l&rsquo;ann\u00e9e des milliers de b\u00e2timents charg\u00e9s des m\u00eames produits pour tous les ports de l&rsquo;Europe. Aussi le commerce du nouveau monde avec l&rsquo;Europe sera-t-il encore longtemps livr\u00e9 au hasard.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPendant mes longues soir\u00e9es, pleines de retours vers ma malheureuse patrie dont les troubles actuels m&rsquo;affligeaient si douloureusement, je me laissais souvent aller \u00e0 songer \u00e0 son avenir. Et alors, je cherchais les moyens de d\u00e9truire ou du moins de diminuer les difficult\u00e9s qui s&rsquo;opposaient \u00e0 des relations commerciales r\u00e9ciproquement avantageuses entre la France et l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe sentais fort bien tout ce qu&rsquo;il y avait de chim\u00e9rique dans les recherches que je laissais faire \u00e0 mon imagination; mais elles me plaisaient. C&rsquo;\u00e9tait trop \u00e9loigner ses esp\u00e9rances que de remettre, comme la raison l&rsquo;indiquait, \u00e0 former des conjectures, au moment o\u00f9 les diff\u00e9rends d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vus et indiqu\u00e9s, de l&rsquo;Espagne avec ses colonies, seraient termin\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re quelconque, car ce ne peut \u00eatre v\u00e9ritablement qu&rsquo;alors, que les rapports maritimes et commerciaux des grandes nations pourront prendre une marche r\u00e9guli\u00e8re. Aussi mes esp\u00e9rances d&rsquo;ordre \u00e9taient chaque jour d\u00e9rang\u00e9es par tout ce que j&rsquo;avais sous les yeux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn 1794, je fus t\u00e9moin du retour de la premi\u00e8re exp\u00e9dition am\u00e9ricaine qui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 au Bengale; les armateurs firent des b\u00e9n\u00e9fices immenses, et d\u00e8s l&rsquo;ann\u00e9e suivante, quatorze b\u00e2timents am\u00e9ricains partirent de diff\u00e9rents ports pour aller, dans l&rsquo;Inde, disputer \u00e0 la compagnie anglaise ses riches profits. La concurrence de l&rsquo;Am\u00e9rique, par ses brusques apparitions, a quelque chose d&rsquo;hostile. Elle multiplie \u00e0 l&rsquo;infini les chances du commerce, et les r\u00e9sultats sont rarement la r\u00e9compense d&rsquo;une habile combinaison. Et cela, dans un temps o\u00f9 la population va s&rsquo;accroissant dans, tous les pays civilis\u00e9s, et o\u00f9 les besoins que cet accroissement fait na\u00eetre ajoutent \u00e0 tout ce que les passions humaines ont d\u00e9j\u00e0 de si actif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tToutes ces consid\u00e9rations rendent l&rsquo;avenir bien difficile \u00e0 pr\u00e9voir, et s\u00fbrement presque impossible \u00e0 diriger.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais rien n&#8217;embarrasse un homme qui, jet\u00e9 loin de sa patrie, est dans une auberge ou dans un mauvais appartement: tout para\u00eet plus difficile \u00e0 celui qui est paisiblement assis sous son propre toit. Je profitai donc de la disposition o\u00f9 ma petite chambre mettait mon esprit, pour faire de la grande politique et arranger le monde. Apr\u00e8s avoir fait, en bon membre de l&rsquo;Assembl\u00e9e constituante, une abstraction du caract\u00e8re des hommes, je recourais \u00e0 l&rsquo;esprit philosophique, et je demandais un nouveau code g\u00e9n\u00e9ral du droit des gens, qui, apr\u00e8s avoir balanc\u00e9 les int\u00e9r\u00eats des peuples et des hommes, les rapprocherait dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat politique et r\u00e9ciproque des \u00c9tats, et \u00e9tablirait dans leurs rapports habituels une lib\u00e9rale \u00e9galit\u00e9. Il me semble m\u00eame que j&rsquo;\u00e9tais au moment de r\u00e9aliser le syst\u00e8me des \u00e9conomistes sur la libert\u00e9 absolue du commerce, et la suppression des douanes, qu&rsquo;il fallait bien faire entrer dans mes id\u00e9es sp\u00e9culatives, lorsque, tout \u00e0 coup, parut pr\u00e9cis\u00e9ment un nouveau tarif pour les douanes, adopt\u00e9 par le congr\u00e8s am\u00e9ricain, sur la proposition de mon ami Hamilton. Les premi\u00e8res conversations que j&rsquo;eus avec celui-ci roul\u00e8rent sur cette partie de l&rsquo;administration am\u00e9ricaine. \u00ab Vos \u00e9conomistes ont fait un beau r\u00eave, me disait-il; c&rsquo;est l&rsquo;exag\u00e9ration chim\u00e9rique de gens bien intentionn\u00e9s. Peut-\u00eatre, ajoutait-il, pourrait-on combattre th\u00e9oriquement leur syst\u00e8me et en montrer la fausset\u00e9; mais laissons-les dans leurs douces illusions; l&rsquo;\u00e9tat pr\u00e9sent des affaires du monde suffit pour prouver que l&rsquo;ex\u00e9cution de leur plan doit \u00eatre, au moins ajourn\u00e9e ; tenons-nous-en l\u00e0. \u00bb Je d\u00e9fendais peu les \u00e9conomistes, mais j&rsquo;avais bien de la peine \u00e0 abandonner l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il p\u00fbt exister quelques combinaisons lib\u00e9rales, d&rsquo;o\u00f9 il ne r\u00e9sult\u00e2t pas des avantages pour tous les peuples commer\u00e7ants. Les id\u00e9es philanthropiques viennent en foule, quand on est hors de la loi dans son pays.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM. Hamilton me parut rejeter moins p\u00e9remptoirement la possibilit\u00e9 de voir un jour le monde se partager toute l&rsquo;industrie d&rsquo;une mani\u00e8re fixe et permanente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Europe, lui disais-je, poss\u00e8de et cultive avec succ\u00e8s tous les arts de luxe, et tout ce qui tend \u00e0 augmenter les agr\u00e9ments de la vie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe nouveau monde a une richesse qui lui est propre et particuli\u00e8re, des cultures qui rivaliseront toujours avec succ\u00e8s avec celles du m\u00eame genre qu&rsquo;on tenterait d&rsquo;\u00e9tablir en concurrence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa distribution entre ces deux genres d&#8217;emplois des facult\u00e9s humaines ne pourrait-elle pas servir, du moins pour longtemps, de base et de mesure dans les rapports qui doivent s&rsquo;\u00e9tablir n\u00e9cessairement entre des peuples, dont les uns auront un besoin chaque jour renouvel\u00e9, de recevoir \u00e0 un prix mod\u00e9r\u00e9 les choses les plus usuelles de la vie, et les autres, le d\u00e9sir de jouir de ce qui concourt \u00e0 la rendre plus agr\u00e9able et plus douce?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette combinaison naturelle ne fournirait-elle pas une base immense d&rsquo;\u00e9changes bien entendus qui, pouvant \u00eatre r\u00e9gl\u00e9s par des conventions entre les puissances, formeraient les rapports commerciaux entre les diff\u00e9rents \u00c9tats?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab Pour que votre id\u00e9e soit pratique, disait M. Hamilton, il faut attendre le moment, et peut-\u00eatre n&rsquo;est-ce pas dans un avenir bien \u00e9loign\u00e9, o\u00f9 de grands march\u00e9s s&rsquo;\u00e9tabliront dans le nouveau monde, comme il en existait autrefois dans l&rsquo;ancien. Vous en aviez quatre o\u00f9 s&rsquo;\u00e9changeaient toutes les productions de la terre: celui de Londres, qui longtemps encore sera le premier, malgr\u00e9 nos succ\u00e8s commerciaux; celui d&rsquo;Amsterdam, dont Londres s&#8217;emparera, si les choses restent en Hollande comme elles sont; celui de Cadix, dont nous, nord ou midi, nous h\u00e9riterons ; et celui de Marseille que les \u00c9chelles du Levant rendaient tr\u00e8s florissant, mais que vous \u00eates \u00e0 la veille de perdre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Nous n&rsquo;en avons besoin que de deux, mais ils nous sont indispensables, un pour le nord de l&rsquo;Am\u00e9rique, et un autre pour le sud. Ces grands march\u00e9s une fois \u00e9tablis, le commerce pourra reprendre une route r\u00e9guli\u00e8re; les entreprises commerciales ne seront plus livr\u00e9es aux seuls hasards, parce que chaque march\u00e9 \u00e9tant tenu par son int\u00e9r\u00eat de rendre publics et les prix et les qualit\u00e9s de tout ce qui y serait apport\u00e9, emp\u00eacherait les trop grandes variations, et tiendrait ainsi, dans des bornes pr\u00e9vues, les avantages et les pertes de toutes les sp\u00e9culations. C&rsquo;est alors que les navigateurs des diff\u00e9rentes parties du monde, pourraient se pr\u00e9senter avec confiance dans tous les ports. \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;admirais l&rsquo;esprit d&rsquo;ordre g\u00e9n\u00e9ral qui se m\u00ealait toujours aux vues particuli\u00e8res de M. Hamilton pour la prosp\u00e9rit\u00e9 de son pays. Je ne sais si elles se r\u00e9aliseront, mais ce ne sera s\u00fbrement que le jour o\u00f9 le d\u00e9sir d&#8217;empi\u00e9ter, d&rsquo;envahir, cessera d&rsquo;alt\u00e9rer les rapports g\u00e9n\u00e9raux des Am\u00e9ricains avec les autres peuples, et o\u00f9, par un retour sur leur propre int\u00e9r\u00eat, ils chercheront \u00e0 faire sur eux-m\u00eames des conqu\u00eates, qui aboutiront \u00e0 cr\u00e9er sur leur territoire des valeurs proportionn\u00e9es \u00e0 la vaste \u00e9tendue des terres qui composent le continent qu&rsquo;ils habitent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;\u00e9tais \u00e0 peu pr\u00e8s au bout de ce que je voulais apprendre en Am\u00e9rique; je venais d&rsquo;y passer pr\u00e8s de trente mois, sans autre but que de n&rsquo;\u00eatre ni en France, ni en Angleterre, et sans autre int\u00e9r\u00eat que celui de voir et de conna\u00eetre ce grand pays dont l&rsquo;histoire commence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>(Extrait de l&rsquo;\u00e9dition de Jean de Bonnot, Paris 1967, en quatre volumes.)<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t<strong><em>[Notre recommandation est que ce texte doit \u00eatre lu avec la mention classique \u00e0 l&rsquo;esprit,  Disclaimer: In accordance with 17 U.S.C. 107, this material is distributed without profit or payment to those who have expressed a prior interest in receiving this information for non-profit research and educational purposes only..]<\/em><\/strong> <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Talleyrand pr\u00e9monitoire Talleyrand n&rsquo;a pas bonne presse. 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