{"id":67166,"date":"2006-01-10T00:00:00","date_gmt":"2006-01-10T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/01\/10\/poutine-et-le-gaz\/"},"modified":"2006-01-10T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-10T00:00:00","slug":"poutine-et-le-gaz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/01\/10\/poutine-et-le-gaz\/","title":{"rendered":"Poutine et le gaz"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Poutine et le gaz<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>10 janvier 2006 &ndash; L&rsquo;affaire du gaz entre la Russie et l&rsquo;Ukraine avait-elle quelque importance par elle-m\u00eame, sinon un r\u00e9alignement r\u00e9gional et comptable? Il nous semble que <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2308\">l&rsquo;article de Michael Leven<\/a> dans l&rsquo;International <em>Herald Tribune<\/em> du 9 janvier nous donne tous les \u00e9claircissements \u00e0 cet \u00e9gard, sur les faits eux-m\u00eames autant que sur notre habituelle hypocrisie. Pour notre rappel, apr\u00e8s que Leven lui-m\u00eame ait rappel\u00e9 les consid\u00e9rables avantages dont b\u00e9n\u00e9ficiait l&rsquo;Ukraine, de la part de la Russie, dans l&rsquo;ancienne relation :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo; <em>Recent days have seen a great deal of moralizing in the U.S. and European news media about Russia using energy as a political tool. It would be better if the Americans and French in particular turned the question round and asked themselves whether there would be the slightest possibility of their countries giving aid on this scale without expecting concrete geopolitical and economic returns.<\/em> &raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;affaire a tr\u00e8s vite gonfl\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 sembler menacer de devenir une crise d\u00e9stabilisante mena\u00e7ant l&rsquo;Europe (l&rsquo;UE), puis elle s&rsquo;est tr\u00e8s vite d\u00e9gonfl\u00e9e apr\u00e8s un accord qui aurait pu \u00eatre sign\u00e9 avant le d\u00e9but de la crise et nous en faire faire l&rsquo;\u00e9conomie. Tout cela n&rsquo;a pourtant pas \u00e9t\u00e9 inutile. Cela nous a permis d&rsquo;avoir une vision plus pr\u00e9cise d&rsquo;une nouvelle situation qui est en train d&rsquo;appara&icirc;tre : la Russie redevenue grande puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous ignorons si cette d\u00e9monstration a voulu \u00eatre faite. Nous serions inclin\u00e9s \u00e0 penser le contraire, qu&rsquo;elle est involontaire, parce que la crise a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e des \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb c\u00f4t\u00e9s en termes r\u00e9gionaux, par rapport \u00e0 l&rsquo;Ukraine, avec tout l&rsquo;apparat niais et hypocrite de propagande (\u00ab\u00a0r\u00e9volution orange\u00a0\u00bb) qui accompagne l&rsquo;image de ce pays. Cet \u00ab\u00a0apparat niais et hypocrite\u00a0\u00bb influence d&rsquo;ailleurs autant la partie russe (pour r\u00e9agir) que les autres parties (pour \u00e9mettre jugements d\u00e9finitifs et consid\u00e9rations morales).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui nous importe est l&rsquo;effet \u00e0 terme, qui n&rsquo;appara&icirc;t qu&rsquo;en se d\u00e9cantant, qui se forme d&rsquo;une fa\u00e7on complexe par divers facteurs jusqu&rsquo;alors consid\u00e9r\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment et r\u00e9unis \u00e0 l&rsquo;occasion de la crise et \u00e0 cause de la crise. Ainsi a-t-on \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s par les reportages, les informations, les analyses parus \u00e0 cette occasion sur la Russie et les activit\u00e9s russes dans le domaine du gaz et tout ce qui l&rsquo;accompagne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces informations ne sont pas nouvelles ni secr\u00e8tes, mais, mises dans le contexte diff\u00e9rent de la crise, elles prennent une allure elle-m\u00eame tr\u00e8s diff\u00e9rente diff\u00e9rente. Il est r\u00e9v\u00e9lateur \u00e0 cet \u00e9gard d&rsquo;apprendre qu&rsquo;il y a aujourd&rsquo;hui <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/news.independent.co.uk\/uk\/this_britain\/article337242.ece\">300.000 Russes \u00e0 Londres<\/a>, qui a acquis pour certains le surnom de <em>Londonbourg<\/em>, que l&rsquo;argent russe y coule \u00e0 flot (et peu importe dans ce cas le statut des Russes consid\u00e9r\u00e9s, alli\u00e9s ou adversaires de Poutine : il n&rsquo;y a plus la rupture, &mdash; d&rsquo;ailleurs moins r\u00e9elles qu&rsquo;affirm\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque &mdash; comme au temps des communistes de l&rsquo;URSS et des \u00e9migr\u00e9s anti-communistes : il y a des rapports de puissance d&rsquo;argent, ces Russes de Londres restant de gros investisseurs dans leur pays d&rsquo;origine et contribuant \u00e0 sa puissance).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est \u00e9galement r\u00e9v\u00e9lateur, et m\u00eame encore plus r\u00e9v\u00e9lateur d&rsquo;apprendre que Poutine, apr\u00e8s son deuxi\u00e8me mandat, envisage de garder une position d&rsquo;influence consid\u00e9rable en Russie <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2304\">en prenant la direction de Gazprom<\/a>. La puissance russe est aujourd&rsquo;hui en train de se renouveler d&rsquo;une fa\u00e7on radicale gr\u00e2ce \u00e0 des masses financi\u00e8res consid\u00e9rables dont dispose l&rsquo;&Eacute;tat, selon le propre jeu du capitalisme (\u00e9ventuellement du capitalisme d&rsquo;&Eacute;tat). Plus encore, la Russie elle-m\u00eame dispose d&rsquo;un avantage consid\u00e9rable : une part tr\u00e8s importante de ses revenus, et ce qui fonde sa puissance financi\u00e8re actuelle, est enfouie avec la seule chose qui n&rsquo;est pas d\u00e9localisable \u00e0 une \u00e9poque o&ugrave; l&rsquo;on d\u00e9localise \u00e0 tour de bras. Bien s&ucirc;r, il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00e9nergie, p\u00e9trole et gaz. Cette puissance appartient \u00e0 qui dispose du droit et des moyens de l&rsquo;exploiter et, depuis la re-nationalisation suivant l&rsquo;\u00e9pouvantable exp\u00e9rience Eltsine de mise \u00e0 l&rsquo;encan, plus aucun dirigeant russe ne se privera de ce droit et de ces moyens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela fait de la Russie un cas \u00e0 part, un cas unique. Il s&rsquo;agit de la seule puissance nucl\u00e9aire qui soit \u00e9galement une \u00e9norme puissance exportatrice d&rsquo;\u00e9nergie. On r\u00e9alise aujourd&rsquo;hui cette \u00e9tonnante convergence. La puissance nucl\u00e9aire russe, h\u00e9rit\u00e9e de la puissance militaire sovi\u00e9tique, \u00e9tait per\u00e7ue comme un outil de puissance assez restreint, assurant certes une inviolabilit\u00e9 du point de vue de la s\u00e9curit\u00e9, mais sans la moindre possibilit\u00e9 de s&rsquo;exprimer d&rsquo;une fa\u00e7on offensive et constructive (pour elle-m\u00eame) en temps de paix, comme doit pouvoir le faire une vraie puissance. Dans le contexte actuel, les choses se d\u00e9couvrent tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une fois de plus, notre \u00e9poque montre qu&rsquo;elle fonctionne plus selon ses perceptions que selon les faits eux-m\u00eames, et ces perceptions s&rsquo;organisent selon l&rsquo;\u00e9cho et l&rsquo;\u00e9clat spectaculaire des \u00e9v\u00e9nements. La rapide crise du gaz du 1er janvier, accompagn\u00e9e d&rsquo;\u00e9cho et d&rsquo;\u00e9clats, a eu un effet inattendu. Elle a fait aussit\u00f4t percevoir \u00e0 l&rsquo;UE, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 une puissance du monde, qu&rsquo;elle d\u00e9pendait en bonne part de la Russie pour son \u00e9nergie. Par contre coup, elle a fait percevoir au monde entier que la Russie pouvait utiliser ses exportations d&rsquo;\u00e9nergie comme un moyen de pression politique. (Cela se fait depuis toujours, et de la part de tous les pays qui peuvent disposer d&rsquo;un tel atout ; la Russie le faisait d\u00e9j\u00e0, peu ou prou, mais la chose n&rsquo;\u00e9tait pas per\u00e7ue dans toutes ses possibilit\u00e9s, elle n&rsquo;\u00e9tait pas encore per\u00e7ue comme une <strong>politique de puissance<\/strong>; c&rsquo;est fait.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout le monde s&rsquo;interroge : que faire ? Comment contrer ce d\u00e9savantage ? Comment contrer \u00e9ventuellement l&rsquo;action de la Russie ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Il sera bien difficile de contrer ce d\u00e9savantage vis-\u00e0-vis de la Russie parce qu&rsquo;en m\u00eame temps qu&rsquo;on d\u00e9couvre cette situation g\u00e9opolitique, on sait que le monde est entr\u00e9 dans une p\u00e9riode o&ugrave; les ressources d&rsquo;\u00e9nergie stagnent, sinon pire dans le moyen terme, alors que la consommation augmente. Il faudra donc sur le court et moyen terme s&rsquo;arranger avec la Russie et rechercher des sources alternatives d&rsquo;\u00e9nergie sur le long terme. C&rsquo;est une des causes majeures qui fait dire \u00e0 madame Merkel, avant d&rsquo;aller visiter Washington puis Moscou, qu&rsquo;il y a &laquo; <em>un partenariat strat\u00e9gique<\/em> &raquo; entre l&rsquo;Allemagne et la Russie (sous-entendu : on ne revient pas l\u00e0-dessus malgr\u00e9 les illusions de certains avec l&rsquo;arriv\u00e9e de Merkel).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Contrer l&rsquo;action de la Russie ? C&rsquo;est alors qu&rsquo;on se souvient que la Russie est une puissance nucl\u00e9aire strat\u00e9gique et qu&rsquo;il ne sera pas si simple de la manipuler comme on peut parfois le faire avec l&rsquo;Arabie Saoudite. C&rsquo;est alors qu&rsquo;on d\u00e9couvre que la Russie est en train de pr\u00e9senter une nouvelle \u00e9quation qui va faire d&rsquo;elle, \u00e0 nouveau, une grande puissance : avec l&rsquo;arme offensive de l&rsquo;\u00e9nergie, l&rsquo;arme d\u00e9fensive du nucl\u00e9aire strat\u00e9gique acquiert tout son poids.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans cette affaire, l&rsquo;Europe (la Commission, pas les pays-membres de l&rsquo;UE, &mdash; voir l&rsquo;Allemagne et la France, qui ont une politique russe tr\u00e8s diff\u00e9rente) joue en aveugle, obnubil\u00e9e \u00e0 la fois par son tropisme humanitaire (le\u00e7on sur les droits de l&rsquo;homme, la d\u00e9mocratie, etc.) et par son tropisme pro-am\u00e9ricain type-Guerre froide (la Russie comme \u00ab\u00a0Ennemi\u00a0\u00bb, plut\u00f4t l&rsquo;Ukraine que la Russie, etc). Les Russes ont montr\u00e9 <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2204\">des signes certains de lassitude<\/a> vis-\u00e0-vis de cette politique europ\u00e9enne. La crise ultra-rapide du 1er janvier a fait sentir \u00e0 l&rsquo;Europe qu&rsquo;elle devrait consid\u00e9rer diff\u00e9remment ses rapports avec la Russie, &mdash; \u00e0 moins que l&rsquo;Europe ne sente pas ce genre de choses, ce qui est une hypoth\u00e8se \u00e0 consid\u00e9rer avec fatalisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On terminera par le d\u00e9tail fascinant des \u00e9ventuels projets de Poutine (<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2304\">pr\u00e9sidence de Gazprom en 2008<\/a>)&hellip; \u00ab\u00a0Fascinant\u00a0\u00bb, parce qu&rsquo;il y a dans la th\u00e9orie qu&rsquo;on distingue dans cette initiative une \u00e9tonnante adaptation d&rsquo;un &Eacute;tat aux r\u00e8gles du capitalisme international pour l&rsquo;effet politique qu&rsquo;on peut tirer de la puissance \u00e9conomique, &mdash; une sorte de fa\u00e7on post-moderne de pratiquer la politique en renversant le jugement conventionnel actuel (le politique ne dispose plus de ses pouvoirs, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9conomie qui en dispose). Il s&rsquo;agit effectivement d&rsquo;une th\u00e9orie visant \u00e0 poursuivre jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, apr\u00e8s le re-nationalisation de Gazprom, la manipulation d&rsquo;une puissance \u00e9conomique par la puissance publique en investissant sa direction. C&rsquo;est une d\u00e9marche assez similaire en essence, quoique inverse dans sa philosophie et sa chronologie, \u00e0 celle d&rsquo;un Cheney venu d&rsquo;Halliburton et recevant au printemps 2001 les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des <em>majors<\/em> du p\u00e9trole \u00e0 la Maison-Blanche pour \u00e9laborer une politique \u00e9nerg\u00e9tique qui satisfasse les actionnaires de ces soci\u00e9t\u00e9s. On pourra s&rsquo;interroger \u00e9galement dans le cas Poutine-Gazprom, avec les cris habituels de la vertu (occidentale) outrag\u00e9e, \u00e0 propos de la question des int\u00e9r\u00eats personnels (notamment ceux de Poutine). Mais l&rsquo;on jugera int\u00e9ressant que le sens de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie soit de l&rsquo;&Eacute;tat vers les puissances \u00e9conomiques plut\u00f4t que, comme dans le cas de Cheney, des puissances \u00e9conomiques vers l&rsquo;&Eacute;tat, &mdash; ou disons, dans le cas particulier de Washington, vers le soi-disant gouvernement en r\u00e9alit\u00e9 gestionnaire du bien public au profit des puissances priv\u00e9es.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Poutine et le gaz 10 janvier 2006 &ndash; L&rsquo;affaire du gaz entre la Russie et l&rsquo;Ukraine avait-elle quelque importance par elle-m\u00eame, sinon un r\u00e9alignement r\u00e9gional et comptable? 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