{"id":67182,"date":"2006-01-16T00:00:00","date_gmt":"2006-01-16T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/01\/16\/panique-a-bord-3\/"},"modified":"2006-01-16T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-16T00:00:00","slug":"panique-a-bord-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/01\/16\/panique-a-bord-3\/","title":{"rendered":"<strong><em>Panique \u00e0 bord<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Panique \u00e0 bord<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t16 janvier 2006  L&rsquo; ann\u00e9e du JSF commence bien, c&rsquo;est-\u00e0-dire mal. Il est assez remarquable de noter qu&rsquo;une sensation diffuse mais puissante d&rsquo;appr\u00e9hension proche de la panique est perceptible dans le chef des deux principaux coop\u00e9rants non-US.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Du c\u00f4t\u00e9 des Australiens, des inqui\u00e9tudes tr\u00e8s pr\u00e9cises semblent \u00eatre apparues depuis l&rsquo;annonce du probable <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2298\" class=\"gen\">abandon du moteur Rolls<\/a>.  Un article de l&rsquo;hebdomadaire <a href=\"http:\/\/www.aviationweek.com\/\" class=\"gen\">Aviation Week &#038; Space Technology<\/a> du 9 janvier signale cette alarme en rapportant que les Australiens \u00e9tudient une r\u00e9duction de leur commande de 50% ; ce qui est marquant est moins de faire cette planification que de l&rsquo;annoncer publiquement : \u00ab <em>If costs of the Joint Strike Fighter program go up, Australia&rsquo;s plans to buy 100 F-35s could shrink to a procurement as small as 50 aircraft, says a senior Australian defense official. That comment follows revelations last week that the U.S. Navy and Air Force are making plans to pull funding from the JSF&rsquo;s F136 alternative engine program as a cost-cutting measure.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Du c\u00f4t\u00e9 des Britanniques, le <em>Financial Times<\/em> (FT) du <a href=\"http:\/\/news.ft.com\/cms\/s\/298fe686-83d9-11da-9017-0000779e2340.html\" class=\"gen\">13 janvier<\/a> trouve que Tony Blair exag\u00e8re. En une quinzaine, le Premier ministre britannique a fait deux interventions personnelles aupr\u00e8s de Tony Blair : la premi\u00e8re, une lettre qu&rsquo;il lui a adress\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2298\" class=\"gen\">juste avant No\u00ebl<\/a>, la seconde en ce d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e, une conf\u00e9rence vid\u00e9o en direct avec Washington (Bush), o\u00f9 il a \u00e0 nouveau plaid\u00e9 la cause du moteur (britannique) Rolls Royce pour la version \u00e0 d\u00e9collage vertical (J-35B) du JSF. Par leur importance et leur proximit\u00e9, ces deux interventions de Blair sont extraordinaires pour un programme d&rsquo;avion de combat sur lequel courent certes des rumeurs mais qui est officiellement pour l&rsquo;instant dans le cours normal de son d\u00e9veloppement, pour une commande britannique de 150 exemplaires qui est encore loin d&rsquo;\u00eatre pass\u00e9e (on ne l&rsquo;attend pas avant d\u00e9cembre prochain). Ce qui importe est l&rsquo;aspect symbolique de ces interventions politiques, leur poids sp\u00e9cifique : deux interventions de ce niveau, d&rsquo;une telle importance, pour ce qui est en normalement per\u00e7u comme un programme d&rsquo;avions de combat, signalent au contraire l&rsquo;importance consid\u00e9rable que les Britanniques attachent \u00e0 cette affaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a, dans les deux cas, un penchant, voire une certaine volont\u00e9 de dramatisation. Le FT le rel\u00e8ve indirectement, en observant combien il appara\u00eet d\u00e9concertant que le Premier ministre s&rsquo;implique si profond\u00e9ment dans l&rsquo;affaire du moteur Rolls Royce alors que la partie semble bien \u00eatre perdue et qu&rsquo;il y a bien plus grave : \u00ab <em>Tony Blair, prime minister, has been pleading with President George W. Bush to reverse the Pentagon decision but he is wasting his breath. []It would be far better for the prime minister to spend the political capital he ought to have as Mr Bush&rsquo;s best ally on resolving the technology transfer problems that appear to plague the entire JSF programme, whose military and industrial importance to the UK goes far beyond the Rolls-Royce contract. These problems arise because of US reluctance to give advance assurances about know-how sharing.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEffectivement, il semble bien que la question du moteur Rolls Royce soit entendue. Le FT argumente judicieusement en faisant observer que le moteur Rolls (un deuxi\u00e8me moteur pour une des versions du JSF) est un luxe assez peu \u00e0 sa place dans un programme qui se trouve dans des conditions difficiles (qui est en crise) : \u00ab <em>It was always something of a luxury for the US to order a second engine for the JSF as a back-up to the primary engine order placed with Pratt &#038; Whitney. The theory was that this would maintain competition, and if the Pentagon sticks to its decision, it is possible GE may quit the tactical fighter engine business. But this potential loss of future competition may be outweighed by the extra short-term costs of split development and production, and faced with the Iraq war costs the Pentagon is understandably focused on short-term savings. It is also hard for Mr Blair to argue the US should pay extra to sustain a level of competition that no other country could dream of.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe FT n&rsquo;a pas tort mais on peut tout aussi bien consid\u00e9rer que la d\u00e9cision de faire un second moteur pour la version J-35B \u00e9tait un cadeau fait aux Britanniques pour les attirer dans le programme. Dr\u00f4le de cadeau, dr\u00f4le de programme. Le JSF a \u00e9t\u00e9 b\u00e2tie sur du sable pour attirer le chaland. Le <em>marketing<\/em> a r\u00e9ussi, appuy\u00e9 encore plus que de coutume (c&rsquo;est dire) sur l&rsquo;accroche, la construction virtualiste, le battage de pr\u00e9visions compl\u00e8tement surr\u00e9alistes. (Tout le monde les a prises pour du comptant, cela reste un des attraits les plus charmant de cette aventure.) Aujourd&rsquo;hui o\u00f9 l&rsquo;on entre dans la r\u00e9alit\u00e9 puisque, notamment, on demande aux coop\u00e9rants de passer leurs commandes, la r\u00e9alit\u00e9 se montre telle qu&rsquo;elle est. Et le moteur Rolls fait partie des fanfreluches co\u00fbteuses que le Pentagone devrait prestement liquider.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAlors, pourquoi Blair s&rsquo;attache-t-il \u00e0 cette affaire du moteur, comme s&rsquo;interroge justement le FT? Hypocrisie pour hypocrisie sans doute, car on peut faire cr\u00e9dit au quotidien britannique de ne pas ignorer une possibilit\u00e9 de dramatisation radicale de l&rsquo;affaire dans cette attitude du Premier ministre. C&rsquo;est aussi le cas des Australiens, dans le m\u00eame ordre d&rsquo;id\u00e9e. Pour ces derniers, c&rsquo;est \u00e9galement une dramatisation que d&rsquo;envisager d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9duction de 50% de leur commande alors que la seule nouvelle justifiant la r\u00e9flexion est l&rsquo;abandon du moteur Rolls. C&rsquo;est une r\u00e9action bien excessive, qui n&rsquo;est gu\u00e8re justifi\u00e9e \u00e0 premi\u00e8re vue. (Apr\u00e8s tout, l&rsquo;effet de l&rsquo;abandon du moteur Rolls serait une r\u00e9duction des co\u00fbts, pas une augmentation du prix du JSF.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;attitude des coop\u00e9rants non-US a \u00e9t\u00e9, jusqu&rsquo;ici, non de dramatiser les choses (les mauvaises nouvelles, les rumeurs alarmistes) mais, au contraire, de les \u00e9touffer ou, le plus souvent, simplement de les ignorer. Pourquoi ce changement de tactique? Tactique, justement<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn pourrait effectivement juger qu&rsquo;il y a une bonne part une tactique dans ces deux attitudes britannique (surtout) et australienne. Dans quel sens? Faire pression sur les Am\u00e9ricains? La cause choisie n&rsquo;est pas la meilleure et, dans ce cas, la tactique peut \u00eatre contre-productive. On peut par cons\u00e9quent, poursuivant cette logique, envisager une autre orientation: il s&rsquo;agirait de pr\u00e9parer une position de repli, voire pire, en cas de difficult\u00e9s majeures. Apr\u00e8s tout, pour les Australiens c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 \u00e9vident: la logique est l\u00e0 avec la r\u00e9duction de commandes. Et pour les Britanniques? Dans sa communication avec Bush, Blair a insist\u00e9 sur l&rsquo;importance fondamentale du programme JSF pour les Britanniques. Le FT l&rsquo;\u00e9crit justement : \u00ab <em>an ally such as Britain that has decided, for the first time in its military aviation history, to rely essentially on another country for its principal future weapon.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe FT, dans son commentaire du 13 janvier, poursuit et termine son adresse sur un ton curieusement plaintif, o\u00f9 il fait du Royaume-Uni une citadelle de vertu, \u00e0 la fois atlantiste et europ\u00e9enne, o\u00f9 il accuse les autres, tous les autres, de ne songer qu&rsquo;\u00e0 tenter \u00e0 tout prix de faire bon march\u00e9 pour en profiter injustement de cette notoire vertu britannique qui ne cesse de nous \u00e9mouvoir. (On se demande, dans cette p\u00e9roraison dont la cause est le JSF, ce que les Europ\u00e9ens viennent faire dans cette gal\u00e8re en forme de r\u00e9quisitoire? C&rsquo;est tr\u00e8s FT, tout cela, cette fa\u00e7on de ne pouvoir se r\u00e9soudre \u00e0 ne mettre en cause <strong>que<\/strong> les Am\u00e9ricains, m\u00eame lorsqu&rsquo;il ne s&rsquo;agit que des Am\u00e9ricains.) Le ton fataliste en m\u00eame temps que geignard montre que le climat londonien est aujourd&rsquo;hui vraiment tr\u00e8s pessimiste dans cette affaire JSF. \u00ab <em>The sad fact is that Britain has been the only western country to practise what it preaches about open defence procurement. Further evidence of this is its privatisation of Qinetiq and the sort of defence research activities that all other governments keep in-house. It is disappointing that London gets so little reciprocation from its US and European allies.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn autre point int\u00e9ressant est la r\u00e9f\u00e9rence faite par le FT \u00e0 l&rsquo; affaire <em>Skybolt<\/em>, comme un pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 ce qui serait l&rsquo;affaire JSF (avec des guillemets de mauvais augure). \u00ab <em>So, not surprisingly, the UK defence procurement minister is talking of the need for a plan B alternative to JSF. Such talk may just be bluff to strengthen London&rsquo;s negotiating arm with Washington, and if it is not, then it might consist of nothing more than making the Eurofighter sturdy enough to land on Britain&rsquo;s planned carriers instead of the JSF. But there needs to be some contingency against a future Skybolt from Washington.<\/em> \u00bb (On remarquera en passant combien le FT reste le FT puisqu&rsquo;il ne pr\u00e9voit comme alternative au JSF qu&rsquo;une version de l&rsquo;Eurofighter bidouill\u00e9e en avion embarqu\u00e9e. Pas un mot de l&rsquo;alternative fran\u00e7aise [le <em>Rafale<\/em> en version embarqu\u00e9e, d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 op\u00e9rationnel]. Curieux oubli si l&rsquo;on veut faire pression ; s&rsquo;il y a bien un plan B qui pourrait soulever quelques craintes politiques \u00e0 Washington, c&rsquo;est celui-l\u00e0.) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa r\u00e9f\u00e9rence au <em>Skybolt<\/em> montre la v\u00e9ritable humeur de nos amis britanniques, et elle est cr\u00e9pusculaire. L&rsquo;affaire <em>Skybolt<\/em>, en 1961, fut l&rsquo;une des pires trahisons am\u00e9ricanistes du Royaume-Uni. (A la fin des ann\u00e9es 1950, apr\u00e8s la d\u00e9route diplomatique de Suez suivi de l&rsquo;alignement sur Washington, Londres avait sacrifi\u00e9 sa strat\u00e9gie et ses programmes nationaux \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de la supr\u00e9matie absolue du missile impliquant des \u00e9quipements US, s&rsquo;appuyant dans un premier temps sur l&rsquo;engin air-sol \u00e0 t\u00eates nucl\u00e9aire <em>Skybolt<\/em>, d\u00e9velopp\u00e9 par l&rsquo;USAF. La commande britannique \u00e9tait politique, condition <em>sine qua non<\/em> du ralliement de Londres. Londres se rallia puis le <em>Skybolt<\/em> fut abandonn\u00e9, en 1961, avec la nouvelle administration Kennedy. Les Britanniques, pourtant habitu\u00e9s, n&rsquo;ont jamais connu pire humiliation.) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2219\" class=\"gen\">l&rsquo;ann\u00e9e du JSF<\/a> appara\u00eet effectivement comme cruciale, avec les d\u00e9cisions d&rsquo;engagement (de commande) attendues, et les difficult\u00e9s peut-\u00eatre insurmontables pour prendre ces d\u00e9cisions dans un sens favorable. Elle appara\u00eet \u00e9galement comme cruciale parce que cette soudaine dramatisation du d\u00e9but 2006 place la question sur un plan politique qui, surtout du c\u00f4t\u00e9 britannique, installe l&rsquo;affaire au cur des relations sp\u00e9ciales anglo-am\u00e9ricaines, comme une bombe \u00e0 retardement.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Panique \u00e0 bord 16 janvier 2006 L&rsquo; ann\u00e9e du JSF commence bien, c&rsquo;est-\u00e0-dire mal. 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