{"id":67197,"date":"2006-01-20T00:00:00","date_gmt":"2006-01-20T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/01\/20\/de-la-terre-au-ciel-rubrique-analyse-de-defensa-volume-21-n08-du-10-janvier-2006\/"},"modified":"2006-01-20T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-20T00:00:00","slug":"de-la-terre-au-ciel-rubrique-analyse-de-defensa-volume-21-n08-du-10-janvier-2006","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/01\/20\/de-la-terre-au-ciel-rubrique-analyse-de-defensa-volume-21-n08-du-10-janvier-2006\/","title":{"rendered":"<strong><em>De la terre au ciel \u2014 Rubrique Analyse, de defensa Volume 21 n\u00b008 du 10 janvier 2006<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">De la terre au ciel<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Les Am\u00e9ricains ont-ils chang\u00e9 leur strat\u00e9gie en Irak? Ont-ils d\u00e9cid\u00e9 de passer \u00e0 une guerre a\u00e9rienne intensive? Ce serait le signe d&rsquo;un revers tr\u00e8s grave, peut-\u00eatre d\u00e9cisif, des technologies sur lesquelles s&rsquo;appuie la puissance militaire moderne<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelques articles, de la fin de l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, signalent un changement de la  strat\u00e9gie US en Irak. En voici deux:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Un article de Seymour Hersch dans The New Yorker du 5 d\u00e9cembre 2005, disponible sur Internet d\u00e8s le 28 novembre: \u00ab Up in the Air  Where is the Iraq war headed next? \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Un article de Ron Jacobs, le 1er d\u00e9cembre 2005 dans CounterPunch, sous le titre de: \u00ab Towards a Greater Air War on Iraq? Hard Rain \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans les deux cas, l&rsquo;argument g\u00e9n\u00e9ral implicite est le m\u00eame: il faut que les Am\u00e9ricains r\u00e9duisent jusqu&rsquo;\u00e0 le terminer leur engagement terrestre en Irak et transf\u00e8rent leur action militaire vers l&rsquo;intervention a\u00e9rienne. Les arguments pour une telle \u00e9volution sont multiples et bien connus. On les mentionne rapidement, sans \u00e9laborer \u00e0 leur propos parce qu&rsquo;ils sont \u00e9vidents,  et parce que ce n&rsquo;est pas exactement notre propos.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Les pressions pour un retrait deviennent tr\u00e8s fortes aux USA, surtout avec les \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales (novembre 2006, \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales). Un transfert de l&rsquo;activit\u00e9 militaire US de la terre vers le ciel permettrait un retrait de forces terrestres (on parle de 40.000-60.000 soldats) d&rsquo;ici novembre 2006.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Ce changement de la forme de l&rsquo;intervention devrait r\u00e9duire les pertes am\u00e9ricaines.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Les conditions de la guerre terrestre devraient \u00eatre am\u00e9lior\u00e9es dans la mesure o\u00f9 la pr\u00e9sence m\u00eame des Am\u00e9ricains dans les combats terrestres constitue une grave cause de d\u00e9t\u00e9rioration des conditions de la guerre, du point de vue am\u00e9ricain et du gouvernement pro-US. L&rsquo;impopularit\u00e9 des Am\u00e9ricains en Irak est en effet consid\u00e9rable et la lutte contre l&rsquo;occupation (US) est un des facteurs principaux du renforcement constant de la r\u00e9sistance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans le courant de l&rsquo;automne, en octobre-d\u00e9cembre, il a sembl\u00e9 appara\u00eetre que l&rsquo;activit\u00e9 a\u00e9rienne am\u00e9ricaine en Irak augmentait notablement, selon Hersch. Toutes ces pr\u00e9cautions de langage se justifient par le fait que la guerre a\u00e9rienne en Irak est l&rsquo;objet, de la part du commandement US, de la plus grande discr\u00e9tion. Mais Hersch est bien inform\u00e9.<\/p>\n<h3>En Irak, un \u00e9tonnant d\u00e9calque de l&rsquo;\u00e9volution de la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine au Viet-n\u00e2m.<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tSi Hersch ne s&rsquo;\u00e9tend pas sur le sujet, Jacobs signale clairement que cette \u00e9volution en Irak reprend d&rsquo;une fa\u00e7on extr\u00eamement pr\u00e9cise l&rsquo;\u00e9volution de la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine au Viet-n\u00e2m. Il s&rsquo;agissait de la strat\u00e9gie de la vietnamisation de la guerre,  et l&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, le barbarisme irakisation. Cette analogie est \u00e0 la fois surprenante et pr\u00e9occupante du point de vue politique, puisqu&rsquo;apr\u00e8s tout le Viet-n\u00e2m ne fut pas une victoire am\u00e9ricaine. Mais les militaires am\u00e9ricains consid\u00e8rent, eux, que la strat\u00e9gie a march\u00e9, et que la d\u00e9faite au Viet-n\u00e2m fut enti\u00e8rement le fait du pouvoir politique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette position n&rsquo;est pas fausse. La vietnamisation de la guerre du Viet-n\u00e2m date de 1969. Elle permit effectivement (comme on le projette en Irak) d&rsquo;entreprendre le retrait des forces terrestres US et le transfert de la bataille terrestre aux forces sud-vietnamiennes. D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, avec des hauts (l&rsquo;invasion du Cambodge en 1970) et des bas, l&rsquo;activit\u00e9 terrestre am\u00e9ricaine suivit une tendance fortement d\u00e9clinante jusqu&rsquo;en 1972, o\u00f9 le retrait terrestre \u00e9tait pratiquement accompli. En m\u00eame temps, l&rsquo;activit\u00e9 a\u00e9rienne am\u00e9ricaine s&rsquo;\u00e9tait pour- suivie et intensifi\u00e9e en soutien des forces terrestres sud-vietnamiennes (les bombardements au Nord \u00e9tant interrompus depuis octobre 1968).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9preuve centrale de la strat\u00e9gie eut lieu durant la p\u00e9riode mars-d\u00e9cembre 1972. A la fin mars, les forces nord-vietnamiennes lanc\u00e8rent une offensive g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e contre le Sud. Il s&rsquo;agissait, pour la premi\u00e8re fois, d&rsquo;une offensive conventionnelle, faite d&rsquo;unit\u00e9s r\u00e9guli\u00e8res, d&rsquo;unit\u00e9s blind\u00e9es, etc. La r\u00e9sistance communiste sud-vietnamienne ne jouait plus qu&rsquo;un r\u00f4le d&rsquo;appoint. L&rsquo;intervention a\u00e9rienne am\u00e9ricaine fut massive, d&rsquo;abord au Sud uniquement, dans des missions d&rsquo;appui, puis au Nord \u00e9galement \u00e0 partir du mois de mai, avec concentration des attaques sur les voies de communication. La campagne a\u00e9rienne am\u00e9ricaine fut d&rsquo;une telle ampleur qu&rsquo;elle fut isol\u00e9e du reste de la guerre, y compris dans son nom de code (Linebacker-I et II), signifiant par l\u00e0 qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une phase compl\u00e8tement nouvelle et diff\u00e9rente de la guerre a\u00e9rienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est incontestable que cette campagne fut une victoire de la puissance a\u00e9rienne. L&rsquo;offensive conventionnelle de Hano\u00ef, qui semblait devoir tout emporter \u00e0 ses d\u00e9buts, fut assez rapidement contenue puis stopp\u00e9e, puis repouss\u00e9e. En octobre-novembre, l&rsquo;offensive nord-vietnamienne \u00e9tait un \u00e9chec, ce qui \u00e9tait d&rsquo;ailleurs politiquement reconnu par les Nord-Vietnamiens, par la reprise et l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration des pourparlers de paix de Paris. Si les Nord-Vietnamiens s&rsquo;\u00e9taient jug\u00e9s en position de force et capables de l&#8217;emporter sur le terrain, ils n&rsquo;auraient montr\u00e9 que peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour ces pourparlers. L&rsquo;action a\u00e9rienne am\u00e9ricaine fut termin\u00e9e par la campagne de bombardement de d\u00e9cembre des B-52 sur Hano\u00ef et Ha\u00efphong (op\u00e9ration Linebacker-II). Tr\u00e8s controvers\u00e9e \u00e0 cause des d\u00e9g\u00e2ts et des pertes civiles (1.700 morts) qu&rsquo;elle causa, cette campagne de 18 jours de bombardements intensifs (o\u00f9 les Am\u00e9ricains essuy\u00e8rent eux-m\u00eames des pertes notables d&rsquo;une douzaine de B-52) fut consid\u00e9r\u00e9e par Washington comme la cause essentielle du d\u00e9blocage ultime des n\u00e9gociations de paix de Paris. Elle avait \u00e9t\u00e9 entreprise dans ce but sp\u00e9cifique (les n\u00e9gociations \u00e9tant bloqu\u00e9es depuis fin novembre) et les Nord-Vietnamiens c\u00e9d\u00e8rent effectivement en partie aux demandes am\u00e9ricaines. Le 26 janvier 1973, l&rsquo;accord \u00e9tait sign\u00e9 par Kissinger et Le Duc-tho.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux ans plus tard, au printemps 1975, les Nord-Vietnamiens envahirent le Sud-Viet-n\u00e2m et l&#8217;emport\u00e8rent sans coup f\u00e9rir, en deux mois d&rsquo;une offensive-\u00e9clair. Cette fois, les Am\u00e9ricains \u00e9taient compl\u00e8tement absents. Au terme d&rsquo;un long conflit avec la pr\u00e9sidence, en pleine temp\u00eate du Watergate, le Congr\u00e8s avait interdit toute intervention am\u00e9ricaine, ainsi que toute livraison de mat\u00e9riel militaire au Sud-Viet-n\u00e2m.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA premi\u00e8re vue, le pr\u00e9c\u00e9dent pourrait \u00eatre acceptable pour justifier, du point de vue am\u00e9ricain, le passage d&rsquo;une guerre terrestre totalement catastrophique \u00e0 une guerre essentiellement a\u00e9rienne en Irak. C&rsquo;est donc ce qui para\u00eet se pr\u00e9parer. Seymour Hersch \u00e9crit le 5 d\u00e9cembre: \u00ab <em>A key element of the drawdown plans, not mentioned in the President&rsquo;s public statements, is that the departing American troops will be replaced by American airpower. Quick, deadly strikes by U.S. warplanes are seen as a way to improve dramatically the combat capability of even the weakest Iraqi combat units.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa th\u00e9orie s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0. En pratique, on peut \u00e9mettre les doutes les plus vifs sur les chances de succ\u00e8s de cette r\u00e9orientation. La campagne vietnamienne de 1972 fut r\u00e9ellement une guerre dans la guerre, quelque chose de compl\u00e8tement diff\u00e9rent de ce qui avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Les Nord-Vietnamiens commirent sans doute leur seule erreur grave du conflit en intervenant d&rsquo;une fa\u00e7on conventionnelle classique (mais cela s&rsquo;expliquait peut-\u00eatre par des raisons politiques: la volont\u00e9 de Hano\u00ef d&rsquo;affirmer sa pr\u00e9\u00e9minence sur le FLN, la gu\u00e9rilla du Sud). Du coup, ils s&rsquo;expos\u00e8rent au maximum \u00e0 une puissance de feu a\u00e9rienne sans \u00e9quivalent, d&rsquo;une incontestable efficacit\u00e9 dans ces conditions tr\u00e8s sp\u00e9cifiques d&rsquo;une guerre conventionnelle classique. Plus encore, le mouvement qui marquait l&rsquo;intervention nord-vietnamienne accroissait la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des unit\u00e9s terrestres. Les Nord- Vietnamiens y perdaient l&rsquo;une de leurs principales qualit\u00e9s: leur capacit\u00e9 de camouflage, d&rsquo;int\u00e9gration dans l&rsquo;environnement de la jungle qui les prot\u00e9geait si efficacement contre l&rsquo;intervention a\u00e9rienne (cas de Dien Bien-phu).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Irak est compl\u00e8tement, radicalement diff\u00e9rent. La situation terrestre y est anarchique. La r\u00e9sistance est compos\u00e9e de tr\u00e8s nombreux groupes \u00e9pars, qui n&rsquo;ont rien de commun avec des unit\u00e9s constitu\u00e9es. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;offensives structur\u00e9es adverses, ni d&rsquo;objectifs pr\u00e9cis, \u00e0 prendre ou \u00e0 d\u00e9fendre. Il n&rsquo;y a pas de lignes de communication pr\u00e9cises et identifi\u00e9es \u00e0 attaquer. Le mat\u00e9riel utilis\u00e9 par les groupes insurg\u00e9s est rudimentaire, souvent indiscernable du civil (les v\u00e9hicules pi\u00e9g\u00e9s). C&rsquo;est un conflit asym\u00e9trique typique, ou guerre de la quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration. Il faut ajouter la qualit\u00e9 des forces irakiennes pro-US, tr\u00e8s inf\u00e9rieure \u00e0 celle des forces sud-vietnamiennes \u00e0 cause de la p\u00e9n\u00e9tration de la r\u00e9sistance. Croire \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 de la puissance a\u00e9rienne dans ces conditions rel\u00e8ve de la th\u00e9ologie.<\/p>\n<h3>La lib\u00e9ration par le ciel gr\u00e2ce aux technologies de pr\u00e9cision aboutit paradoxalement \u00e0 un emprisonnement du ciel par le facteur terrestre<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tUn des grands \u00e9v\u00e9nements de la bataille au Viet-n\u00e2m entre mars et novembre 1972 fut la destruction du pont Paul-Doumer, \u00e0 Hano\u00ef, par deux F-4 <em>Phantom<\/em> (USAF) tirant des bombes guid\u00e9es par laser, en mai 1972. L&rsquo;USAF et la Navy essayaient depuis 1965 de d\u00e9truire ce pont, et ces tentatives avaient co\u00fbt\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;avions abattus. Les deux F-4 d\u00e9truisirent le pont sans coup f\u00e9rir, se tenant \u00e0 bonne distance des tirs de la d\u00e9fense a\u00e9rienne. L&rsquo;\u00e8re des bombes intelligentes (<em>smart bombs<\/em>) s&rsquo;ouvrait. Dans ce cas, le lien entre le Viet-n\u00e2m et l&rsquo;Irak est direct. L&rsquo;important est d&rsquo;en d\u00e9terminer la nature et d&rsquo;en mesurer les effets, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 des enthousiasmes enfantins et fascin\u00e9s qui tiennent lieu d&rsquo;appr\u00e9ciation critique de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des technologies avanc\u00e9es, lorsqu&rsquo;elles sont am\u00e9ricaines et utilis\u00e9es par les Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa r\u00e9volution des <em>smart bombs<\/em> de 1972 \u00e9tait consid\u00e9rable. Elle constituait une lib\u00e9ration de la dimension a\u00e9rienne des contraintes du sol. Elle semblait un accomplissement de la pens\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral <em>Hap<\/em> Arnold, le cr\u00e9ateur de l&rsquo;USAF, qui affirmait \u00e0 la fin de la guerre en lan\u00e7ant une \u00e9tude proph\u00e9tique pour la d\u00e9termination des futures avanc\u00e9es technologiques que, d\u00e9sormais, les guerres livr\u00e9es par les d\u00e9mocraties (c&rsquo;est-\u00e0-dire par la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine) le seraient par le biais des technologies dont l&rsquo;excellence et l&rsquo;usage \u00e9pargneraient la vie des citoyens. Les Am\u00e9ricains estimaient avoir r\u00e9solu le probl\u00e8me des moyens, donc que tout le reste suivrait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe progr\u00e8s qu&rsquo;on attendait d\u00e9sormais \u00e9tait celui de la pr\u00e9cision. En fait, le d\u00e9veloppement de la puissance a\u00e9rienne am\u00e9ricaine, depuis les ann\u00e9es 1910, est effectivement une qu\u00eate de la pr\u00e9cision envisag\u00e9e en fonction d&rsquo;une situation g\u00e9ographique et historique fondamentale. Les Europ\u00e9ens d\u00e9velopp\u00e8rent leur aviation militaire avant les Am\u00e9ricains, dans le feu de l&rsquo;exp\u00e9rience pourrait-on dire. Il s&rsquo;agissait de forces a\u00e9riennes qui devaient intervenir en fonction de la situation au sol (en coordination avec la situation au sol, o\u00f9 se trouvaient notamment des troupes et des populations amies). Les Am\u00e9ricains d\u00e9velopp\u00e8rent leurs conceptions de la puissance a\u00e9rienne, puis leur puissance a\u00e9rienne, en fonction d&rsquo;une situation g\u00e9n\u00e9rale qui n&rsquo;\u00e9tait pas celle de la guerre, ou d&rsquo;une guerre, mais celle d&rsquo;une situation g\u00e9ographique et historique. Pendant la Grande Guerre, les Am\u00e9ricains, intervenus tardivement, ne firent qu&rsquo;appliquer les m\u00e9thodes alli\u00e9es avec les mat\u00e9riels alli\u00e9s. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;avec Billy Mitchell, en 1921-22, que les conceptions am\u00e9ricanistes propres commenc\u00e8rent \u00e0 se d\u00e9velopper. Les crit\u00e8res retenus \u00e9taient l&rsquo;isolement de l&rsquo;Am\u00e9rique qu&rsquo;il fallait prot\u00e9ger, l&rsquo;accent mis sur les bombardiers et la recherche prioritaire du long rayon d&rsquo;action et de la pr\u00e9cision de l&rsquo;attaque a\u00e9rienne par bombes. Ni le Viet-n\u00e2m, ni l&rsquo;Irak n&rsquo;ont rien chang\u00e9 \u00e0 cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn soi, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;am\u00e9liorer de fa\u00e7on extraordinairement significative la pr\u00e9cision des armes guid\u00e9es est une id\u00e9e qui ne peut \u00eatre discut\u00e9e, encore moins mise en cause. L&rsquo;entra\u00eenement du d\u00e9veloppement de la technologie, disons ce qu&rsquo;on nomme la logique du Progr\u00e8s (ou le <em>diktat<\/em> du Progr\u00e8s), est quelque chose qui r\u00e9pond \u00e0 des r\u00e8gles imp\u00e9ratives, voire terroristes. Dans le cas am\u00e9ricain, avec le pass\u00e9 qu&rsquo;on a \u00e9voqu\u00e9, surtout avec les constantes strat\u00e9giques et psychologiques qu&rsquo;on conna\u00eet, le probl\u00e8me s&rsquo;av\u00e8re diff\u00e9rent, et m\u00eame radicalement diff\u00e9rent lorsque les progr\u00e8s arrivent \u00e0 une situation radicale. L&rsquo;am\u00e9lioration d\u00e9cisive de la pr\u00e9cision pourrait nous conduire \u00e0 une situation qu&rsquo;on pourrait d\u00e9crire paradoxalement comme un exc\u00e8s de pr\u00e9cision.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCaricaturons: lorsque vous avez le pouvoir de toucher, \u00e0 partir d&rsquo;un avion volant \u00e0 plus de mille kilom\u00e8tres\/heure une personne pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 dix kilom\u00e8tres de distance, et que cette personne discute avec une autre se trouvant \u00e0 vingt ou trente centim\u00e8tres de la premi\u00e8re, il devient essentiel d&rsquo;identifier les deux personnes: laquelle doit \u00eatre supprim\u00e9e, laquelle ne doit pas l&rsquo;\u00eatre. Les deux alternatives sont: soit vous tuez les deux personnes dans une attaque g\u00e9n\u00e9rale et vous en \u00eates revenus au bombardement de masse, soit vous supprimez la mauvaise personne, et vous \u00eates dans le domaine redoutable de l&rsquo;erreur de pr\u00e9cision dont les cons\u00e9quences peuvent \u00eatre catastrophiques, aussi dommageables que la frappe r\u00e9ussie peut \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique. Il y a effectivement une relation directe de cause \u00e0 effet entre l&rsquo;augmentation de la pr\u00e9cision et la gravit\u00e9 de l&rsquo;erreur de frappe, entre la capacit\u00e9 de pr\u00e9cision et la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;identification. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette erreur de frappe ne d\u00e9pend plus du tout de la capacit\u00e9 technique de pr\u00e9cision mais de la capacit\u00e9 infiniment plus complexe (technique, humaine, historique, etc.) de l&rsquo;identification de la cible. Il faut une identification aussi pr\u00e9cise que le tir lui-m\u00eame. Vous passez du pont Paul-Doumer \u00e0 Hano\u00ef \u00e0 l&rsquo;une de ces deux personnes qui parlent, \u00e0 vingt ou trente centim\u00e8tres l&rsquo;une de l&rsquo;autre, et vous arriverez bient\u00f4t, au rythme du progr\u00e8s des capacit\u00e9s techniques de pr\u00e9cision, \u00e0 des situations folles o\u00f9 il ne s&rsquo;agira plus d&rsquo;un pont, ni d&rsquo;une personne, mais de l&rsquo;un de ces deux pa\tquets de cigarettes pos\u00e9s sur cette table, dans cette pi\u00e8ce, dont il faudra conna\u00eetre la marque, et bient\u00f4t d&rsquo;une cigarette parmi les vingt du paquet (heureusement qu&rsquo;on fume de moins en moins)&#8230; La pr\u00e9cision absolue n\u00e9cessite l&rsquo;identification absolue, c&rsquo;est- \u00e0-dire le renseignement absolu. Au bout du compte, il s&rsquo;agit d&rsquo;une situation compl\u00e8tement absurde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;essentiel \u00e0 admettre dans l&rsquo;\u00e9volution de la pr\u00e9cision du tir gr\u00e2ce aux nouvelles technologies, c&rsquo;est que les progr\u00e8s exceptionnels qu&rsquo;elle engendre changent la substance du probl\u00e8me du renseignement. Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;un probl\u00e8me fixe qu&rsquo;il s&rsquo;agit de r\u00e9soudre selon des normes d\u00e9termin\u00e9es temporellement et spatialement mais d&rsquo;un probl\u00e8me devenu relatif, dont les donn\u00e9es, les facteurs et les exigences changent constamment. Lorsque la pr\u00e9cision tend vers l&rsquo;infiniment petit, la question de l&rsquo;identification, donc la question du renseignement, augmente exponentiellement en relativit\u00e9 et en instabilit\u00e9. Chaque situation requiert une probl\u00e9matique nouvelle et ainsi de suite. La r\u00e9solution du probl\u00e8me de la pr\u00e9cision a fait surgir un nouveau probl\u00e8me, tellement plus complexe qu&rsquo;il en devient insoluble avec les meilleurs mo- yens envisageables. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe repli sur la dimension a\u00e9rienne dans le cas irakien, ce n&rsquo;est rien moins que l&rsquo;aveu de la d\u00e9faite de la part des Am\u00e9ricains: il pourra difficilement d\u00e9boucher sur la victoire<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a, dans le texte de Seymour Hersh (\u00ab <em>Up to the Air<\/em> \u00bb), qui est le texte le plus complet jusqu&rsquo;ici sur ce changement de tactique am\u00e9ricaine, une part importante consacr\u00e9e \u00e0 la critique de cette \u00e9volution. Finalement, cette appr\u00e9ciation critique se ram\u00e8ne \u00e0 un seul point, qui a effectivement \u00e0 voir avec la probl\u00e9matique de l&rsquo;identification (et, accessoirement, avec la technique de la d\u00e9signation: \u00e9clairer l&rsquo;objectif pour que l&rsquo;engin tir\u00e9 du ciel se dirige jusqu&rsquo;\u00e0 lui avec la pr\u00e9cision qu&rsquo;on imagine),  d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, ce que les Am\u00e9ricains d\u00e9signent sous le mot de <em>targeting<\/em>. La crainte g\u00e9n\u00e9rale est que, si les Am\u00e9ricains abandonnent la dimension terrestre, il faudra confier ce travail aux Irakiens,  et comment peut-on faire confiance aux Irakiens? Deux sources qui se confient \u00e0 Hersh, un g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Air Force et un planificateur du Pentagone, s&rsquo;interrogent exactement dans le m\u00eame sens: \u00ab  <em>Will the Iraqis call in air strikes in order to snuff rivals, or other warlords, or to snuff members of your own sect and blame someone else?<\/em> \u00bb; et l&rsquo;autre: \u00ab <em>Will some Iraqis be targeting on behalf of Al Qaeda, or the insurgency, or the Iranians?<\/em> \u00bb Plus loin, Hersh est encore plus pr\u00e9cis en ce qui concerne cet aspect technique de l&rsquo;intervention a\u00e9rienne en Irak:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The insurgency operates mainly in crowded urban areas, and Air Force warplanes rely on sophisticated, laser-guided bombs to avoid civilian casualties. These bombs home in on targets that must be painted, or illuminated, by laser beams directed by ground units. The pilot doesn&rsquo;t identify the target as seen in the pre-brief  the instructions provided before takeoff-a former high-level intelligence official told me. The guy with the laser is the targeteer. Not the pilot. Often you get a &lsquo;hot-read&rsquo;  from a military unit on the ground  and you drop your bombs with no communication with the guys on the ground. You don&rsquo;t want to break radio silence. The people on the ground are calling in targets that the pilots can&rsquo;t verify. He added, And we&rsquo;re going to turn this process over to the Iraqis?<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend bien les soucis divers qui sont exprim\u00e9s dans ces diff\u00e9rentes remarques, mais ils n&rsquo;importent pas vraiment. Ce qui nous importe ici est le constat de ce qu&rsquo;on nomme l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;art. A la fin des ann\u00e9es 1970, il \u00e9tait admis que le progr\u00e8s d\u00e9cisif, apr\u00e8s l&rsquo;apport initial des armes intelligentes (premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration des bombes guid\u00e9es) serait les armes brillantes, avec la suppression de la contrainte d&rsquo;un guidage ext\u00e9rieur, ou d&rsquo;une d\u00e9signation de l&rsquo;objectif \u00e0 partir d&rsquo;une autre source que le missile lui-m\u00eame. On allait vers le <em>fire and forget<\/em> (litt\u00e9ralement: tu tires et tu oublies, signifiant par l\u00e0 que le missile, dans la phase suivante du progr\u00e8s en cours d&rsquo;\u00e9laboration triomphale, ferait tout lui-m\u00eame une fois tir\u00e9: rep\u00e9rage de l&rsquo;objectif, identification, verrouillage sur cet objectif, auto-guidage jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;impact \u00e0 coup s\u00fbr). On ne doute pas une seconde que la capacit\u00e9 technique existe. On constate simplement qu&rsquo;il n&rsquo;est pas question de lui confier le sort de la guerre si les Am\u00e9ricains passaient \u00e0 une guerre a\u00e9rienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;y a pas d&rsquo;explication, la chose nous est pr\u00e9sent\u00e9e comme un fait. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;explication parce que la chose va de soi. Le conflit dit de quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, ou asym\u00e9trique, est d&rsquo;une telle complexit\u00e9 au niveau de l&rsquo;identification et de la localisation des forces adverses qu&rsquo;il est compl\u00e8tement hors de question de confier son attaque \u00e0 un processus automatique. Cela signifie que le passage \u00e0 la guerre a\u00e9rienne de l&rsquo;intervention am\u00e9ricaine en Irak est d\u00e9finitivement une op\u00e9ration sans point commun pour l&rsquo;essentiel avec le processus de vietnamisation tel qu&rsquo;on l&rsquo;a rappel\u00e9. D&rsquo;une part, elle ne pourra en aucun cas conduire \u00e0 la prise en charge d&rsquo;une part importante, sinon d\u00e9cisive d&rsquo;une \u00e9ventuelle bataille, parce que les combattants ennemis de la guerre asym\u00e9trique ne joueront pas ce jeu-l\u00e0 (celui de figurer dans cette bataille comme une force conventionnelle vuln\u00e9rable aux coups de l&rsquo;intervention a\u00e9rienne, comme l&rsquo;avaient fait les Nord- Vietnamiens en 1972). D&rsquo;autre part, loin d&rsquo;assurer aux Am\u00e9ricains une lib\u00e9ration de l&rsquo;engagement terrestre, il en constituera l&rsquo;exact contraire: l&rsquo;asservissement \u00e0 un engagement terrestre qui n&rsquo;est plus contr\u00f4l\u00e9 par les Am\u00e9ricains de bout en bout, d&rsquo;une fa\u00e7on satisfaisante, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit d&rsquo;un prolongement d\u00e9cisif, et catastrophique finalement, pour la pens\u00e9e et les ambitions strat\u00e9giques am\u00e9ricanistes d\u00e9velopp\u00e9es par les strat\u00e8ges et les gestionnaires am\u00e9ricanistes de la puissance a\u00e9rienne, de Billy Mitchell \u00e0 <em>Hap<\/em> Arnold, \u00e9ventuellement avec l&rsquo;appoint de praticiens du type du g\u00e9n\u00e9ral Curtiss LeMay (le cr\u00e9ateur du Strategic Air Command). L&rsquo;utilisation de la puissance a\u00e9rienne pouss\u00e9e \u00e0 son extr\u00eame de sophistication, dans les conditions de guerre moderne telles qu&rsquo;elles nous sont impos\u00e9es, n&rsquo;assure en aucun cas l&rsquo;isolationnisme de la puissance am\u00e9ricaine. C&rsquo;est en effet ce dont il est ques- tion: autant Mitchell que Arnold, lorsqu&rsquo;ils d\u00e9veloppent leurs conceptions de la puissance a\u00e9rienne, ont en t\u00eate cette id\u00e9e constante de la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine: comment projeter la puissance am\u00e9ricaine \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur sans courir le risque de l&rsquo;engagement ext\u00e9rieur?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est l\u00e0 le fondement de l&rsquo;isolationnisme, tel qu&rsquo;il est implicitement d\u00e9fini, et recommand\u00e9, par le pr\u00e9sident George Washington dans son discours d&rsquo;adieu en 1797: il y a des int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricanistes hors des fronti\u00e8res, voire hors de la zone d&rsquo;influence US. Il faut les prot\u00e9ger, voire en faire la promotion. Mais il faut \u00e9viter \u00e0 tout prix des engagements politiques qui p\u00e8seraient sur la politique am\u00e9ricaniste,  et sur la gestion des int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricanistes par cons\u00e9quent. L&rsquo;absence d&rsquo;engagement politique est symbolis\u00e9e et concr\u00e9tis\u00e9e \u00e0 la fois par l&rsquo;absence d&rsquo;engagement militaire terrestre impliquant une contrainte ext\u00e9rieure et des obligations pour les USA. Par cons\u00e9quent, la recherche de l&rsquo;intervention a\u00e9rienne seule, ou le repli d&rsquo;un engagement terrestre a\u00e9rien \u00e0 un engagement a\u00e9rien seul constitue un pas vers l&rsquo;isolationnisme, un pas vers la strat\u00e9gie fondamentale de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. C&rsquo;est ce que Washington cher- che \u00e0 faire en Irak. Qu&rsquo;il puisse n&rsquo;y pas parvenir, comme on le sugg\u00e8re ici, constitue un \u00e9chec fondamental. C&rsquo;est alors qu&rsquo;on pourra dire que l&rsquo;Am\u00e9rique a perdu la guerre.<\/p>\n<h3>Le jeu de la sophistication vers le renforcement de la pr\u00e9cision: un pi\u00e8ge pour les Europ\u00e9ens par rapport \u00e0 leurs traditions<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl reste maintenant \u00e0 ce que les Europ\u00e9ens y comprennent quelque chose. Ils se pr\u00e9cipitent avec un ensemble r\u00e9v\u00e9lateur, leurs militaires en t\u00eate, dans cette qu\u00eate vers la pr\u00e9cision. On a peu vu d&rsquo;exemples o\u00f9 l&rsquo;imitation servile et aveugle des conceptions techniques et strat\u00e9giques am\u00e9ricanistes soit aussi dommageable pour les Europ\u00e9ens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa recherche de la pr\u00e9cision et de l&rsquo;automatisme qui l&rsquo;accompagne n&rsquo;est pas une chose mauvaise en soi, du point de vue technique, sauf si elle conduit \u00e0 renforcer, voire \u00e0 cr\u00e9er un \u00e9tat d&rsquo;esprit particulier. Pour les Europ\u00e9ens, la dimension a\u00e9rienne est n\u00e9cessairement, dans la conception militaro-politique, voire m\u00eame culturelle de leurs traditions, le compl\u00e9ment de l&rsquo;engagement terrestre qui est naturel \u00e0 l&rsquo;Europe lorsqu&rsquo;il est question d&rsquo;intervention ext\u00e9rieure. Pour les Am\u00e9ricains, c&rsquo;est le contraire: l&rsquo;engagement terrestre est le compl\u00e9ment \u00e9pisodique de la projection a\u00e9rienne. La recherche de la pr\u00e9cision du point de vue am\u00e9ricaniste signifie un moyen de rester coup\u00e9s du monde ext\u00e9rieur, un refus d&rsquo;engagement, par cons\u00e9quent une volont\u00e9 d&rsquo;ignorance des autres au profit des seuls int\u00e9r\u00eats qu&rsquo;on a chez eux. Les soldats am\u00e9ricains eux-m\u00eames \u00e9voluent sur un territoire \u00e9tranger, compl\u00e8tement coup\u00e9s de ce territoire, en fait plus proches des pilotes dans le ciel que des gens qui, autour d&rsquo;eux, sont chez eux. C&rsquo;est le contraire de la tradition europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Europ\u00e9ens devraient admettre que, dans les circonstances pr\u00e9sentes o\u00f9 la notion de conflit a perdu son caract\u00e8re tranch\u00e9, tout conflit porte une dimension culturelle dans ses m\u00e9thodes. S&rsquo;il doit y avoir intervention, il vaut mieux la concevoir selon la tradition europ\u00e9enne, avec engagement terrestre. Le d\u00e9bat porte sur l&rsquo;intervention elle-m\u00eame, et c&rsquo;est bien entendu le d\u00e9bat central, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;argument politique doit \u00eatre fait. Une fois qu&rsquo;elle est d\u00e9cid\u00e9e, une intervention doit se faire d&rsquo;une mani\u00e8re qui ne constitue pas un acte d&rsquo;indiff\u00e9rence et d&rsquo;ignorance \u00e0 l&rsquo;encontre de ceux chez qui on intervient.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la terre au ciel Les Am\u00e9ricains ont-ils chang\u00e9 leur strat\u00e9gie en Irak? 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