{"id":67211,"date":"2006-01-24T00:00:00","date_gmt":"2006-01-24T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/01\/24\/lannee-jsf-cest-aussi-le-jsf-versus-langlosphere\/"},"modified":"2006-01-24T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-24T00:00:00","slug":"lannee-jsf-cest-aussi-le-jsf-versus-langlosphere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/01\/24\/lannee-jsf-cest-aussi-le-jsf-versus-langlosphere\/","title":{"rendered":"<strong><em>L&rsquo;\u201cann\u00e9e JSF\u201d, c&rsquo;est aussi le JSF versus l&rsquo;\u201cAnglosph\u00e8re\u201d<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h3>L&rsquo;ann\u00e9e JSF, c&rsquo;est aussi le JSF versus l&rsquo;Anglosph\u00e8re<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPour compl\u00e9ter les textes r\u00e9cents sur le dossier JSF (notre Analyse du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2219\" class=\"gen\">5 d\u00e9cembre 2005<\/a>, nos Faits &#038; Commentaires du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2298\" class=\"gen\">5 janvier 2005<\/a> et du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2327\" class=\"gen\">16 janvier 2006<\/a> notamment), voici un d\u00e9veloppement d&rsquo;un aspect particulier de cette question. Par sa taille et son ambition, le JSF repr\u00e9sente un pont important \u00e9tabli entre des pays anglophones qui coop\u00e8rent depuis plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle,  pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;Australie et le Royaume-Uni comme coop\u00e9rants non-US avec les USA. Si le programme rencontre des difficult\u00e9s, c&rsquo;est cette coop\u00e9ration au sein de l&rsquo;Anglosph\u00e8re qui est mise en cause.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe texte ci-dessous est la version fran\u00e7aise de la premi\u00e8re partie de la rubrique <em>To The Point<\/em> de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>Context<\/em>, n\u00b091 de janvier 2006.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">JSF versus Anglosph\u00e8re<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;ann\u00e9e 2006 sera <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2219\" class=\"gen\">une ann\u00e9e d\u00e9cisive<\/a> pour le programme JSF. Elle a commenc\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e0 la fois inattendue et inhabituellement dramatique, par deux interventions, directe ou indirecte, des deux principaux pays coop\u00e9rants (non-US) du programme, et deux pays anglo-saxons qui sont d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale des alli\u00e9s fid\u00e8les et tr\u00e8s proches de Washington. Ces deux interventions donnent le ton : 2006 sera une ann\u00e9e d\u00e9cisive et sera aussi une ann\u00e9e dramatique. Les vieilles amiti\u00e9s, les engagements les plus prononc\u00e9s vont \u00eatre soumis au test supr\u00eame des espoirs proclam\u00e9s et des promesses r\u00e9p\u00e9t\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus encore, ce que mettent en \u00e9vidence ces deux interventions anglo-saxonnes, c&rsquo;est la perspective d\u00e9sormais av\u00e9r\u00e9e que le programme JSF dans sa dimension internationale devienne une affaire politique de la plus haute importance. \u00ab <em>C&rsquo;est un \u00e9v\u00e9nement tr\u00e8s particulier et tr\u00e8s inattendu<\/em> observe une source europ\u00e9enne de tr\u00e8s haut niveau. <em>Aujourd&rsquo;hui, tout le monde parle de l&rsquo;affaire JSF&rsquo; dans les milieux europ\u00e9ens. Les incertitudes du programme, les menaces pesant sur la coop\u00e9ration internationale, et surtout transatlantique, impliqu\u00e9e par ce programme, sont aujourd&rsquo;hui \u00e9voqu\u00e9es \u00e0 haute voix, m\u00eame et surtout hors des milieux sp\u00e9cialis\u00e9es. C&rsquo;est devenu une affaire politique pour l&rsquo;Europe. <\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl existe d\u00e9sormais une tr\u00e8s forte possibilit\u00e9 que le d\u00e9bat dont nous f\u00fbmes priv\u00e9s en 2002, lorsque les pays coop\u00e9rants non-US furent embarqu\u00e9s dans le programme, se d\u00e9veloppe d&rsquo;une fa\u00e7on appuy\u00e9e et tr\u00e8s politique. D&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, il est ouvert dans les deux pays que nous \u00e9voquons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; En Australie, o\u00f9 une source officielle du MoD (Ministry of Defence) a d\u00e9clar\u00e9, le 7 Janvier : \u00ab <em>If costs of the Joint Strike Fighter program go up, Australia&rsquo;s plans to buy 100 F-35s could shrink to a procurement as small as 50 aircraft<\/em> \u00bb. Cette d\u00e9claration avait lieu, d&rsquo;une fa\u00e7on assez surprenante, apr\u00e8s l&rsquo;annonce du possible\/probable abandon du moteur Rolls\/GE (F136) pr\u00e9vu pour affronter le moteur Pratt &#038; Whitney (F135) pour la s\u00e9lection du propulseur de la version STOVL du JSF (le F-35B).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Au Royaume-Uni o\u00f9, en 15 jours, entre le 20 d\u00e9cembre 2005 et le 10 janvier 2006, il y a eu trois interventions personnelles pressantes du Premier ministre Tony Blair aupr\u00e8s du pr\u00e9sident GW Bush pour obtenir la poursuite du contrat du DoD avec Rolls (le F136 est d\u00e9velopp\u00e9 sous contrat de $3-$4 billions du DoD, dont $2,4 billions reviennent \u00e0 Rolls). L&rsquo;une des trois interventions, d\u00e9but janvier 2006, est une vid\u00e9o-conf\u00e9rence entre les deux dirigeants politiques. Notre source europ\u00e9enne d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e fait ce commentaire : \u00ab <em>C&rsquo;est une extraordinaire initiative pour le probl\u00e8me trait\u00e9, qui ne concerne finalement qu&rsquo;un contrat am\u00e9ricain avec un motoriste britannique. Que le Premier ministre britannique obtienne une vid\u00e9o-conf\u00e9rence de pr\u00e8s de deux heures avec le Pr\u00e9sident des Etats-Unis pour un tel sujet, c&rsquo;est certainement un \u00e9v\u00e9nement unique, et cela en dit long sur l&rsquo;importance r\u00e9elle du programme JSF.<\/em>  \u00bb (Les derni\u00e8res indications semblent montrer que la r\u00e9action am\u00e9ricaine a \u00e9t\u00e9 une fin de non-recevoir.)<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Le d\u00e9sarroi australien<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCurieusement, c&rsquo;est l&rsquo;affaire du moteur F136, qui ne la concerne pas directement, qui a provoqu\u00e9 en Australie une brutale mont\u00e9e de l&rsquo;inqui\u00e9tude \u00e0 propos du JSF. Le ministre de la d\u00e9fense Robert Hill (d\u00e9missionnaire depuis) a d&rsquo;abord r\u00e9affirm\u00e9 qu&rsquo;il comptait sur un exemplaire du JSF au co\u00fbt de $45 millions \u00e0 l&rsquo;achat (<em>fly-away cost<\/em>) et de $80 millions sur sa dur\u00e9e de vie op\u00e9rationnelle. Cela rencontre la programmation de $9 milliards ($1 milliard en participation R&#038;D \u00e9tant inclus dans ce total). Des sources ont aussit\u00f4t rench\u00e9ri en affirmant que si l&rsquo;on voulait acqu\u00e9rir 100 exemplaires, c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 $12 milliards qu&rsquo;il fallait programmer, ce qui a conduit \u00e0 la mise au point du MoD envisageant de r\u00e9duire la commande de 100 \u00e0 50 avions. Le MoD a accompagn\u00e9 cette annonce de commentaires rassurants, affirmant que 50 JSF valaient bien, en capacit\u00e9s op\u00e9rationnelles augment\u00e9es gr\u00e2ce aux progr\u00e8s technologiques, les 71 F\/A-18 et les 26 F-111 qu&rsquo;ils doivent remplacer. Cela conduisit aussit\u00f4t \u00e0 cette question \u00e9vidente, qui fut r\u00e9percut\u00e9e au travers de plusieurs articles : si 50 JSF font l&rsquo;affaire apr\u00e8s tout, pourquoi avoir fix\u00e9 \u00e0 100 l&rsquo;intention de commande initiale ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela d\u00e9note une soudaine pr\u00e9cipitation. M\u00eame si Robert Hill a voulu att\u00e9nuer l&rsquo;aspect pessimiste du propos sur la r\u00e9duction de commande par des commentaires l\u00e9nifiants et d&rsquo;un optimisme de commande, il est manifeste que l&rsquo;opinion officielle sur le JSF a \u00e9volu\u00e9 de fa\u00e7on dramatique, en un tr\u00e8s court laps de temps. Les rumeurs d&rsquo;abandon du F136 apparaissent comme la premi\u00e8re mesure probable de r\u00e9duction budg\u00e9taire, et il se fait qu&rsquo;elle porte sur un programme que les coop\u00e9rants anglo-saxons non-US jugeaient intouchables parce que d&rsquo;origine britannique. Un analyste ind\u00e9pendant australien a \u00e9crit que l&rsquo;estimation que le programme co\u00fbterait $12 milliards \u00e0 l&rsquo;Australie (si la commande de 100 exemplaires \u00e9tait ent\u00e9rin\u00e9e), largement proclam\u00e9e par l&rsquo;opposition et les adversaires du JSF, serait en fait une estimation du gouvernement jusqu&rsquo;alors gard\u00e9e secr\u00e8te.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Australiens avaient tendance \u00e0 croire qu&rsquo;ils pouvaient se consid\u00e9rer comme privil\u00e9gi\u00e9s par rapport au programme JSF, un peu comme les Britanniques eux-m\u00eames le pensent. Le m\u00eame analyste ind\u00e9pendant affirme que cette certitude se fondait sur des garanties orales pr\u00e9cises que le pr\u00e9sident GW Bush avait donn\u00e9 au Premier ministre Howard lors des discussions pour engager les forces australiennes en Irak, au c\u00f4t\u00e9 des Am\u00e9ricains. On pourrait dire qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une sorte de solidarit\u00e9 anglo-saxonne partag\u00e9e, un engagement moral et politique. Cet engagement de type anglo-saxon concernait les Britanniques \u00e9galement, selon l&rsquo;appr\u00e9ciation des Australiens. Les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es jusqu&rsquo;ici \u00e9taient du type qu&rsquo;on pouvait encore consid\u00e9rer comme normal pour des n\u00e9gociations bureaucratiques,  dans tous les cas jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e 2005. Les rumeurs tr\u00e8s pr\u00e9cises d&rsquo;abandon du F136 constituent dans ce cas la premi\u00e8re indication quasiment tangible que le march\u00e9 moral qui a \u00e9t\u00e9 pass\u00e9 pourrait fort bien ne pas \u00eatre respect\u00e9 par les Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3><strong><em>It&rsquo;s time to call George<\/em><\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas britannique est, bien entendu, encore plus remarquable que le cas australien. Il s&rsquo;est manifest\u00e9 par une lettre personnelle de Tony Blair \u00e0 GW Bush juste avant la No\u00ebl 2005, par une intervention t\u00e9l\u00e9phonique puis par une vid\u00e9o-conf\u00e9rence dans la premi\u00e8re d\u00e9cade de janvier. Le sujet pour ces deux interventions au plus haut niveau fut effectivement le sort du moteur Rolls\/GE F136. Compte tenu de ce qu&rsquo;on sait de l&#8217;emploi du temps de ces dirigeants et de l&rsquo;importance des probl\u00e8mes qui les occupent habituellement, ces interventions constituent un \u00e9v\u00e9nement extraordinaire,  dans tous les cas, des interventions qui mesurent l&rsquo;extraordinaire importance que les Britanniques accordent au cas du JSF.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM\u00eame le <em>Financial Times<\/em> (FT), qui suit pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;affaire et qui se montre favorable \u00e0 toute initiative de n\u00e9gociation entre Britanniques et Am\u00e9ricains, en eut litt\u00e9ralement le souffle coup\u00e9 et jugea que le temps accord\u00e9 \u00e0 la question du F136 \u00e9tait disproportionn\u00e9 par rapport au probl\u00e8me essentiel entre Britanniques et Am\u00e9ricains,  qui est le transfert de technologies : \u00ab <em>Tony Blair, prime minister, has been pleading with President George W. Bush to reverse the Pentagon decision <\/em>[to kill the F136] <em>but he is wasting his breath. <\/em>[] <em>It would be far better for the prime minister to spend the political capital he ought to have as Mr Bush&rsquo;s best ally on resolving the technology transfer problems that appear to plague the entire JSF programme, whose military and industrial importance to the UK goes far beyond the Rolls-Royce contract.<\/em>  \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCet \u00e9ditorial du 13 janvier 2006 du FT est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit de l&rsquo;<em>establishment<\/em> britannique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;affaire JSF et de la politique personnelle de Tony Blair plus pr\u00e9cis\u00e9ment. Il y a une dramatisation \u00e9vidente, mais aussi une mesure r\u00e9elle du probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral pos\u00e9 entre les Am\u00e9ricains et les Britanniques lorsque le probl\u00e8me sp\u00e9cifique du F136 est justement \u00e9cart\u00e9 (\u00ab <em>It was always something of a luxury for the US to order a second engine for the JSF as a back-up to the primary engine order placed with Pratt &#038; Whitney.<\/em>  \u00bb), pour aller \u00e0 l&rsquo;essentiel dans cette affaire entre les deux pays. C&rsquo;est alors que le FT remarque : \u00ab <em>These problems arise because of US reluctance to give advance assurances about know-how sharing. These are needed by an ally such as Britain that has decided, for the first time in its military aviation history, to rely essentially on another country for its principal future weapon.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Le dossier du JSF: une nouvelle affaire<\/strong> <strong><em>Skybolt<\/em><\/strong><strong>?<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn aura effectivement une id\u00e9e de ce qu&rsquo;est devenu le probl\u00e8me du JSF pour les Britanniques lorsqu&rsquo;on constate que l&rsquo;\u00e9ditorial du FT est tout entier plac\u00e9 sous la r\u00e9f\u00e9rence de l&rsquo;affaire du <em>Skybolt<\/em> en 1961. (\u00ab <em>Just as George Bernard Shaw noted that a common language can divide the US and Britain, so common defence projects can separate these two allies. It happened in the early 1960s when Britain cancelled its own missile projects and decided to rely on the US Skybolt missile programme that Washington then promptly cancelled.<\/em>  \u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa r\u00e9f\u00e9rence est particuli\u00e8rement effrayante dans la m\u00e9moire britannique. Le <em>Skybolt<\/em> de Boeing \u00e9tait un missile air-sol \u00e0 t\u00eate nucl\u00e9aire \u00e0 moyenne\/longue port\u00e9e que les Am\u00e9ricains d\u00e9veloppaient \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950 pour leurs B-52 du Strategic Air Command. Ils avaient convaincu les Britanniques d&rsquo;abandonner leurs propres programmes de missiles air-sol comme compl\u00e9ments offensifs de leurs bombardiers V (<em>Valiant<\/em>, <em>Victor<\/em>, <em>Vulcan<\/em>) au profit du <em>Skybolt<\/em>. Mais l&rsquo;administration Kennedy d\u00e9cida en 1961 l&rsquo;abandon du <em>Skybolt<\/em>. Du coup, la force de frappe britannique \u00e9tait priv\u00e9e de son arme offensive ultime, et les bombardiers V rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 des missions secondaires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour suppl\u00e9er \u00e0 cette situation dramatique que leur propre d\u00e9cision avait provoqu\u00e9e, les Am\u00e9ricains propos\u00e8rent aux Britanniques des sous-marins SSBN (Submarine Ship Ballistic Nuclear) \u00e9quip\u00e9s de missiles SLBM <em>Polaris<\/em>. Au contraire de la combinaison V\/<em>Skybolt<\/em>, la combinaison SSBN\/<em>Polaris<\/em> \u00e9tait compl\u00e8tement sous contr\u00f4le US. L&rsquo;op\u00e9ration avait co\u00fbt\u00e9 aux Britanniques l&rsquo;abandon de ce qui leur restait de souverainet\u00e9 nationale en mati\u00e8re strat\u00e9gique nucl\u00e9aire. Certains jug\u00e8rent qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait agi d&rsquo;un traquenard, et qu&rsquo;il avait bien march\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe simple rappel mesure ce que le parall\u00e8le offert par le FT pour l&rsquo;affaire JSF signifie pour les Britanniques.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h3>Crise dans l&rsquo;<strong><em>Anglosph\u00e8re<\/em><\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCe n&rsquo;est pas un hasard si nous mettons en parall\u00e8le, dans cette affaire JSF, l&rsquo;Australie et le Royaume-Uni. Certes, il y a, comme on l&rsquo;a vu, les circonstances imm\u00e9diates, d&rsquo;ailleurs renforc\u00e9es par le fait que l&rsquo;Australie est, comme le Royaume-Uni, tr\u00e8s pr\u00e9occup\u00e9e de ne rien recevoir de ce qu&rsquo;elle demande aux USA en fait de transfert de technologies sensibles. Mais il y a aussi une sensibilit\u00e9 anglo-saxonne commune engag\u00e9e dans cette affaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Australie et le Royaume-Uni sont, avec les USA bien s\u00fbr, les principaux pays de l&rsquo;accord UKUSA de 1947 (les deux autres pays de UKUSA sont le Canada et la Nouvelle Z\u00e9lande) organisant la coop\u00e9ration en mati\u00e8re de renseignement et de surveillance \u00e9lectronique entre les cinq pays anglophones. Le r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9coutes \u00e9lectronique mondial <em>\u00c9chelon<\/em> est l&rsquo;un des principaux effets de la coop\u00e9ration UKUSA. L&rsquo;Australie et le Royaume-Uni sont des utilisateurs extensifs des mat\u00e9riels militaires am\u00e9ricains, et ce sont les deux seuls pays non-US \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9s dans le programme F-111 (commande britannique finalement abandonn\u00e9e en 1967, commande australienne r\u00e9alis\u00e9e, avec 27 F-111 encore en service). Enfin, l&rsquo;Australie et le Royaume Uni sont les deux principaux alli\u00e9s des USA dans la coalition actuellement d\u00e9ploy\u00e9e en Irak. Il y a entre ces trois pays l&rsquo;existence d&rsquo;un lien de solidarit\u00e9 culturelle, linguistique, voire ethnique ou  racial, avec une dimension spirituelle incontestable, que d&rsquo;aucuns d\u00e9signent sous le nom de <em>Anglosphere<\/em>. ( Ce n\u00e9ologisme est employ\u00e9 pour la premi\u00e8re fois dans le roman <em>The Diamond&rsquo;s Age<\/em> de Neil Stephenson, publi\u00e9 en 1995. Sa signification, \u00e9vidente, implique sans aucun doute une notion de monde ferm\u00e9 sur les pays anglo-saxons. On parla \u00e9galement, en d&rsquo;autres \u00e9poques, notamment au d\u00e9but du XXi\u00e8me si\u00e8cle puis pour d\u00e9finir les conceptions de Churchill, d&rsquo;anglo-saxonisme.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe sens de la solidarit\u00e9 anglophone a \u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9 par la fin de la Guerre froide. L&rsquo;unit\u00e9 des pays occidentaux (les pays anglo-saxons et d&rsquo;autres pays, europ\u00e9ens et autres, rassembl\u00e9s autour d&rsquo;eux contre les communistes) n&rsquo;\u00e9tait plus assur\u00e9e par l&rsquo;hostilit\u00e9 au communisme. Les identit\u00e9s propres des pays et groupes de pays concern\u00e9s jou\u00e8rent \u00e0 nouveau un r\u00f4le essentiel,  du moins les dirigeants britanniques (surtout Tony Blair) et australiens (beaucoup moins les N\u00e9o-Z\u00e9landais et les Canadiens) le per\u00e7urent-ils ainsi, et plus encore, de fa\u00e7on exacerb\u00e9e avec le 11 septembre 2001. Dans ce cadre conceptuel fortement spiritualis\u00e9e selon les normes postmodernes (m\u00e9diatisme, virtualisme), le programme JSF, tr\u00e8s important au d\u00e9part, est devenu aujourd&rsquo;hui essentiel, d\u00e9passant tr\u00e8s largement les dimensions op\u00e9rationnelle, technologique et industrielle. Cela se comprend par rapport aux difficult\u00e9s g\u00e9n\u00e9rales qu&rsquo;on conna\u00eet aujourd&rsquo;hui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution tr\u00e8s unilat\u00e9ralistes (y compris avec l&rsquo;<em>Anglosphere<\/em>) de l&rsquo;Am\u00e9rique, aux multiples heurts qui se sont manifest\u00e9s m\u00eame entre pays anglophones depuis le 11 Septembre du fait des Am\u00e9ricains (malgr\u00e9 l&rsquo;attitude extr\u00eamement conciliante des autres pays anglo-saxons).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn ce d\u00e9but 2006, le d\u00e9bat est en train de se contracter, de se concentrer en une un dossier concret, en une question qui risque d&#8217;empoisonner les rapports entre pays anglophones : ces pays anglophones (Australie et Royaume-Uni) qui ont soutenu les USA en Irak et dans la guerre contre la terreur vont-ils \u00eatre trait\u00e9s justement dans le cadre du programme JSF? Aujourd&rsquo;hui, le programme JSF est devenu l&rsquo;enjeu essentiel des relations entre pays anglophones, car il devient de plus en plus probable qu&rsquo;une rupture impliquerait des cons\u00e9quences politiques absolument consid\u00e9rables. (Certains analystes jugent que le sort politique de Tony Blair est li\u00e9 au sort de la coop\u00e9ration anglo-am\u00e9ricaine dans le programme JSF : le parall\u00e8le fait par le FT entre l&rsquo;affaire JSF et l&rsquo;affaire <em>Skybolt<\/em> de 1961 autorise cette sorte de sp\u00e9culations.) Selon ce qu&rsquo;en feront les Am\u00e9ricains, le programme JSF pourrait r\u00e9gler le sort de l&rsquo;<em>Anglosphere<\/em> en ouvrant une crise intra-occidentale majeure.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ann\u00e9e JSF, c&rsquo;est aussi le JSF versus l&rsquo;Anglosph\u00e8re Pour compl\u00e9ter les textes r\u00e9cents sur le dossier JSF (notre Analyse du 5 d\u00e9cembre 2005, nos Faits &#038; Commentaires du 5 janvier 2005 et du 16 janvier 2006 notamment), voici un d\u00e9veloppement d&rsquo;un aspect particulier de cette question. Par sa taille et son ambition, le JSF repr\u00e9sente&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[4115,5020,705,3204,2851,250,2852],"class_list":["post-67211","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-anglosphere","tag-ausralie","tag-blair","tag-context","tag-financial","tag-jsf","tag-times"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67211","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=67211"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67211\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=67211"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=67211"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=67211"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}