{"id":67257,"date":"2006-02-08T00:00:00","date_gmt":"2006-02-08T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/02\/08\/savonnettes-et-nostalgie-de-911-avec-la-guerre-suite-et-fin\/"},"modified":"2006-02-08T00:00:00","modified_gmt":"2006-02-08T00:00:00","slug":"savonnettes-et-nostalgie-de-911-avec-la-guerre-suite-et-fin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/02\/08\/savonnettes-et-nostalgie-de-911-avec-la-guerre-suite-et-fin\/","title":{"rendered":"<strong><em>Savonnettes et nostalgie  de 9\/11, \u2014 avec \u201cla guerre, suite et fin\u201d<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Savonnettes et nostalgie  de 9\/11<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tOn a vu <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2401\" class=\"gen\">l&rsquo;actuelle pouss\u00e9e<\/a> \u00e0 Washington pour retrouver les conditions d&rsquo;une Grande Guerre contre le terrorisme (<M>the Long War<D>). On voit m\u00eame que la QDR 2005 (qui utilise le terme) a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e dans ce sens, ce qui implique un complet d\u00e9tournement de la signification et du but de ce document,  r\u00e9ellement \u00e0 des fins publicitaires, puisqu&rsquo;on a lanc\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de la \u00ab <em>Long War<\/em> \u00bb exactement comme on lance une nouvelle marque de savonnette.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre interpr\u00e9tation de la situation actuelle est que la bureaucratie de s\u00e9curit\u00e9 nationale tente de relancer le mythe d&rsquo;une Grande Guerre, d&rsquo;une <em>Long War<\/em>, etc., essentiellement pour sortir du gu\u00eapier irakien et d\u00e9montrer qu&rsquo;un tel engagement ne correspond pas \u00e0 la guerre g\u00e9n\u00e9rale (donc, plus de nouvel Irak), et \u00e9tablir de vastes plans d&rsquo;influence et de restructuration de ses engagements g\u00e9n\u00e9raux. Cela ne fait que retrouver, <em>stricto sensu<\/em>, la situation imm\u00e9diatement post-9\/11. On identifiait alors une pouss\u00e9e m\u00e9diatique et virtualiste pour installer le mythe d&rsquo;un tel conflit aux dimensions plan\u00e9taires et quasiment infinies du point de vue de la dur\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl nous a paru int\u00e9ressant de mettre en ligne une partie de la rubrique <em>de defensa<\/em> du num\u00e9ro du 25 octobre 2001 (Volume 17 n\u00b003) de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>dd&#038;e<\/em>. On verra qu&rsquo;on y traite de cette m\u00eame question, qui peut para\u00eetre surr\u00e9aliste mais qui est une partie, aujourd&rsquo;hui, de la r\u00e9alit\u00e9 (?) strat\u00e9gique am\u00e9ricaine,  la question de savoir quelle guerre va \u00eatre men\u00e9e, sur quelle longueur, de quelle forme, etc. On voit bien que cette situation d\u00e9ment, par exemple, les remarques de Simon Tisdall, dans <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/Columnists\/Column\/0,,1703990,00.html\" class=\"gen\">The Guardian<\/a> du 7 f\u00e9vrier :  \u00ab <em>The Bush administration&rsquo;s re-characterisation of its global war on terror as the long war <\/em>[&#8230;]<em>reflects a significant upgrading of the generational threat posed by worldwide Islamist militancy which it believes to have been seriously underestimated.<\/em> [&#8230;] <em>Gone is the talk of swift victories that preceded the 2003 Iraq invasion. This will be a war of attrition, it says, fought on many fronts.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn r\u00e9alit\u00e9, rien de bien nouveau mais, au contraire, retour \u00e0 la case d\u00e9part, \u00e0 l&rsquo;imm\u00e9diat post-9\/11, lorsqu&rsquo;on parlait d&rsquo;une nouvelle Guerre froide ou, pendant qu&rsquo;on y est, d&rsquo;une nouvelle Guerre de Cent Ans, ou, puisqu&rsquo;on y est et que c&rsquo;est Colin Powell qui le disait le 22 septembre 2001,  d&rsquo;une \u00ab <em>guerre de l&rsquo;Am\u00e9rique contre le terrorisme<\/em> [qui] <em>r\u00e9ussira mais <\/em>[] <em>pourrait ne jamais finir.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn le voit, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces emportements le concept de \u00ab <em>Long War<\/em> \u00bb est une savonnette raisonnable \u00e0 lancer sur le march\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">La guerre, suite sans fin<\/h2>\n<\/p>\n<p><h3>La guerre, dans quel but ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Le probl\u00e8me du conflit qui a d\u00e9but\u00e9 le 11 septembre, avec confirmation le 7 octobre, c&rsquo;est de savoir le but qu&rsquo;il poursuit. D\u00e9truire le terrorisme ? Non, il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00eatre s\u00e9rieux.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPuisque les puissants du jour  les Am\u00e9ricains,  le veulent, qu&rsquo;il en soit ainsi : nous sommes en guerre. Les Am\u00e9ricains, qui ont la g\u00e2chette sensible mais l&rsquo;esprit mal dispos\u00e9 \u00e0 la sp\u00e9culation \u00e0 terme, ne se doutent pas des probl\u00e8mes qu&rsquo;ils ont ainsi cr\u00e9\u00e9s et install\u00e9s, par cette simple affirmation : \u00ab <em>America is at war<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa guerre contre qui ? C&rsquo;est tout trouv\u00e9 : contre le terrorisme. D&rsquo;aucuns remarquent : mais on ne peut \u00eatre en guerre contre un mode de violence, une tactique, une attitude. On les fait taire, ceux-l\u00e0. On a tort, car ils soul\u00e8vent l&rsquo;int\u00e9ressant probl\u00e8me de la confusion de la forme et du fond : dans ce cas, le motif de l&rsquo;acte le c\u00e8de \u00e0 la forme de l&rsquo;action. D&rsquo;autre part, on comprend bien la cause de cette confusion. Qualifier cette guerre par les motifs de ceux qui ont commis l&rsquo;acte du 11 septembre, c&rsquo;est faire la guerre au fondamentalisme islamique, et, tr\u00e8s vite, par simple assimilation de crise, on se trouve sur la pente que tout le monde repousse avec horreur, qui est la pente du choc des civilisations du professeur Huntington (l&#8217;emprunt serait abusif mais nous sommes en guerre et l&rsquo;exc\u00e8s domine),  la guerre de l&rsquo;Occident chr\u00e9tien contre le monde musulman. Pour \u00e9viter le pire, nous en sommes r\u00e9duits \u00e0 cette horreur s\u00e9mantique d&rsquo;une guerre contre une m\u00e9thode, contre un comportement, contre une fa\u00e7on d&rsquo;agir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAyant accept\u00e9 cela, si l&rsquo;on consid\u00e8re l&rsquo;action du 11 septembre dans son contexte et non r\u00e9duite \u00e0 la brutalit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 de l&rsquo;acte, on convient que le probl\u00e8me devient plus complexe. Beaucoup ont d\u00e9j\u00e0 r\u00e9fl\u00e9chi sur les responsabilit\u00e9s multiples et diverses qui conduisent \u00e0 la situation actuelle ; d&rsquo;une part le constat des rapports directs de cause \u00e0 effet (notamment la responsabilit\u00e9 am\u00e9ricaine, dans l&rsquo;activation de l&rsquo;action clandestine islamiste, alors qualifi\u00e9e de r\u00e9sistance, d\u00e8s juillet 1979 en Afghanistan) ; d&rsquo;autre part le constat des rapports indirects, encore plus vaste (politique occidentale vis-\u00e0-vis des pays arabes et li\u00e9e \u00e0 la question du p\u00e9trole, d&rsquo;abord essentiellement britannique, ensuite, \u00e0 partir de 1945, essentiellement am\u00e9ricaine) ; enfin, le constat des rapports g\u00e9n\u00e9raux de civilisation (les politiques occidentales de colonisation puis de d\u00e9colonisation, avec les concurrences, souvent fondamentales, entre ces diverses politiques). Le probl\u00e8me se complique horriblement. Il devient quasiment un probl\u00e8me de civilisation, et non seulement un probl\u00e8me de civilisation li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque actuelle mais li\u00e9 \u00e0 pr\u00e8s de deux si\u00e8cles d&rsquo;activit\u00e9 des relations internationales o\u00f9 les sch\u00e9mas de concurrence, d&rsquo;affrontement et de coop\u00e9ration ne peuvent \u00eatre r\u00e9duits \u00e0 une vision sch\u00e9matique (Nord-Sud, chr\u00e9tiens-musulmans, etc). Autrement dit, en maintenant cette caract\u00e9risation de la guerre par la guerre contre une forme  d&rsquo;activit\u00e9, une fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre dont beaucoup soup\u00e7onnent qu&rsquo;elle est la cons\u00e9quence plus ou moins directe de deux si\u00e8cles de politiques diverses et le plus souvent occidentales, et non contre un choix intellectuel, une id\u00e9ologie ou une religion, on \u00e9vite effectivement la sch\u00e9matisation abusive du choc des civilisations mais on d\u00e9bouche sur une probl\u00e9matique beaucoup plus complexe, beaucoup plus grave. Cela n&rsquo;est pas dit, puisqu&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re en rester \u00e0 la guerre contre le terrorisme, sans plus et sans trop s&rsquo;interroger, mais cela p\u00e8se de tout son poids et ne cessera de peser plus. C&rsquo;est une fatalit\u00e9 d&rsquo;autant plus forte que la faible intensit\u00e9 de la guerre du point de vue technique permet cette sorte de r\u00e9flexion, voulue ou subie, sur sa v\u00e9ritable substance, ses causes, ses racines.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu fur et \u00e0 mesure que cette guerre se poursuivra, s&rsquo;accentueront les diff\u00e9rences de conception et d&rsquo;appr\u00e9ciation. Cela se marquera dans la question des buts de la guerre. Avec un poil de r\u00e9alisme, l&rsquo;on comprend d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 que la proposition : d\u00e9truire le terrorisme, n&rsquo;est pas vraiment s\u00e9rieuse. Elle rel\u00e8ve du slogan. On ne l&rsquo;ignorait pas vraiment, si l&rsquo;on parle droit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Du choc des civilisations au d\u00e9bat sur notre civilisation<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQui vont \u00eatre les acteurs de cette guerre, du c\u00f4t\u00e9 conceptuel qui verra la floraison des conceptions et des appr\u00e9ciations diff\u00e9rentes, voire contraires ? Pas les terroristes, puisqu&rsquo;on a vu qu&rsquo;ils ne repr\u00e9sentent qu&rsquo;une fa\u00e7on d&rsquo;agir et qu&rsquo;on se refuse \u00e0 leur donner acte d&rsquo;une conception ou d&rsquo;une id\u00e9ologie qui risquerait de nous entra\u00eener dans le choc des civilisations. Alors, ce seront les parties de la coalition. Quelles parties ? Les Arabes sont entre deux chaises, entre deux mondes et deux ill\u00e9gitimit\u00e9s (celle de l&rsquo;Occident et celle des fondamentalistes), c&rsquo;est-\u00e0-dire entre deux craintes ; ils sont hors de notre choix, parce qu&rsquo;ils s&rsquo;interdisent de sp\u00e9culer, et on les comprend. Les Asiatiques ? Ils sont \u00e9nigmatiques et \u00e9trangement absents, y compris les Chinois (ou bien trop impliqu\u00e9s, comme Pakistanais et Indiens). Ils soutiennent sans s&rsquo;impliquer ni y croire vraiment, ou pour sauver les meubles, et finalement parce qu&rsquo;ils sont, bien plus que les Arabes, dans un autre monde o\u00f9 la perception du monde compte plus que la religion, o\u00f9 la perception du monde enfante la religion (pas le contraire). Les Africains, eux, sont de ce continent dont tout le monde sait qu&rsquo;il n&rsquo;est plus dans notre \u00e9poque depuis que les colonisateurs l&rsquo;ont abandonn\u00e9. Restent nos larrons habituels : les Europ\u00e9ens et les Am\u00e9ricains, avec ceux qui sont autour (Russes notamment). Du choc des civilisations, nous passons au d\u00e9bat sur la civilisation, ce qui est une chose autrement s\u00e9rieuse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJustement,  d\u00e8s qu&rsquo;on a r\u00e9duit notre analyse \u00e0 ces deux partenaires-concurrents, il suffit d&rsquo;aborder cette question des buts qui ouvre notre chronique pour \u00eatre au coeur de notre sujet. Sch\u00e9matiquement, nous proposons ces deux hypoth\u00e8ses pour caract\u00e9riser les buts des uns et des autres, avec certaines humeurs et habilet\u00e9s (celles des Britannique) qui placent \u00e0 part ceux qui les expriment et les subissent, dans une zone plus indistincte, un entre-deux qui para\u00eet (Tony Blair le croit) une vertu mais qui pourrait \u00eatre un calvaire :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Pour l&rsquo;Am\u00e9rique, la guerre actuelle prend de plus en plus une justification en soi : son \u00eatre est en soi un but, pourvu qu&rsquo;il prenne une certaine forme. Cette guerre a donc pour but de se transformer, de s&rsquo;installer en une nouvelle guerre froide, la Guerre froide-II.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t &bull; Pour les Europ\u00e9ens, la guerre actuelle devrait de plus en plus devenir une opportunit\u00e9 pour quelque chose d&rsquo;autre, c&rsquo;est-\u00e0-dire une guerre contre le d\u00e9sordre mondial, la <em>Coming Anarchy<\/em> dont parlait l&rsquo;historien Robert Kaplan dans un article d&rsquo;<em>Atlantic Monthly<\/em>, de f\u00e9vrier 1994.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre hypoth\u00e8se sur cette diff\u00e9rence de buts est renforc\u00e9e par le constat d&rsquo;une diff\u00e9rence d&rsquo;attitudes (toujours avec les Britanniques \u00e0 part) : l&rsquo;\u00e9lan conceptuel (on n&rsquo;ose dire enthousiaste mais on y pense) des Am\u00e9ricains pour la guerre, \u00e0 peine contenu par des consid\u00e9rations diplomatiques, n&rsquo;a d&rsquo;\u00e9gales que la prudence et la r\u00e9ticence europ\u00e9enne, et cela d\u00e8s le premier jour. Parce que l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e9tait touch\u00e9e, et pas l&rsquo;Europe ? Cette explication sous-estime gravement l&rsquo;affection fascin\u00e9e des dirigeants europ\u00e9ens pour l&rsquo;Am\u00e9rique (nous affirmons ici, quasi-solennellement, que le \u00ab <em>nous sommes tous Am\u00e9ricains<\/em> \u00bb des premiers jours, chez certains \u00e9ditorialistes, correspondait \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 de leur coeur,  donc nous \u00e9tions frapp\u00e9s comme les Am\u00e9ricains eux-m\u00eames). Elle est contredite par le pr\u00e9c\u00e9dent du Kosovo : l\u00e0 aussi, \u00e9lan am\u00e9ricain, prudence et r\u00e9ticence europ\u00e9ennes. Pourtant, cela se passait en Europe.<\/p>\n<h3>La strat\u00e9gie de la nostalgie <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t <strong>L&rsquo;Am\u00e9rique est sur le sentier de la guerre (froide). En m\u00eame temps elle voudrait bien revenir \u00e0 la normale. En m\u00eame temps, elle s&rsquo;affole devant l&rsquo;attaque suivante de Ben Laden. Confirmation : c&rsquo;est en Am\u00e9rique qu&rsquo;est l&rsquo;\u00e9picentre de la crise.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoyons donc le cas am\u00e9ricain. L&rsquo;offensive est lanc\u00e9e, et rondement, pour faire de la guerre qui s&rsquo;ouvre une deuxi\u00e8me guerre froide (Guerre froide-II). On a entendu Rumsfeld \u00e0 ce propos (voir notre \u00e9dition du 10 octobre). Walter A. McDougall, dans <em>Orbis<\/em>, dont il est l&rsquo;\u00e9diteur, traite du m\u00eame sujet, sous le titre r\u00e9v\u00e9lateur : \u00ab <em>America Needs You, Harry Truman.<\/em> \u00bb En r\u00e9alit\u00e9, nous croyons qu&rsquo;il y a dans cette interpr\u00e9tation am\u00e9ricaine, non pas un constat ni une pr\u00e9vision raisonnable mais un voeu formidable, port\u00e9 par une angoisse comme ce tr\u00e8s grand pays n&rsquo;a jamais connue, une angoisse \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de sa grandeur autant que de la grandeur que son interpr\u00e9tation a donn\u00e9 au drame du 11 septembre. Cette angoisse extraordinaire se manifeste \u00e9galement dans cet \u00e9lan conceptuel pour faire de cette guerre la Guerre froide-II, essentiellement avec les caract\u00e9ristiques de dur\u00e9e et de stabilit\u00e9 propres \u00e0 la guerre froide en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;appr\u00e9ciation du premier mois d&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;administration GW Bush en guerre est en g\u00e9n\u00e9ral pleine de louanges. Aux d\u00e9bordements f\u00e2cheux des premiers jours (croisade, Osana <em>dead or alive<\/em> et ainsi de suite) aurait succ\u00e9d\u00e9 une p\u00e9riode studieuse, du type-<em>according to the rules<\/em>, de  confection d&rsquo;une coalition cousu-main, de consultations mesur\u00e9es, de conviction calmement transmise aux h\u00e9sitants (les Pakistanais en t\u00eate) avec l&rsquo;activit\u00e9 d&rsquo;un Powell tr\u00e8s main de fer dans un gant de velours. Un rapport d&rsquo;officiels europ\u00e9ens \u00e0 Washington d\u00e9finit la d\u00e9cision d&rsquo;attaque du 7 octobre comme \u00ab <em>une d\u00e9cision froidement mesur\u00e9e, calcul\u00e9e, tr\u00e8s rationnelle<\/em> \u00bb (comme l&rsquo;\u00e9taient, par exemple et sans rire, les d\u00e9cisions d&rsquo;engagement au Viet-n\u00e2m, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960). Bref, nous enrobons l&rsquo;administration GW et l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame d&rsquo;un manteau superbe de rationalit\u00e9. C&rsquo;est une divine surprise, apr\u00e8s les ann\u00e9es d&rsquo;errance et de manifestations d\u00e9sordonn\u00e9es de puissance m\u00e2tin\u00e9e d&rsquo;<em>hubris<\/em>, apr\u00e8s les tristes pantalonnades de l&rsquo;\u00e9lection de GW. Nous croyons qu&rsquo;il y a dans cette interpr\u00e9tation (essentiellement europ\u00e9enne ou d&rsquo;esprit europ\u00e9en) une sorte de soulagement sollicit\u00e9 et d&rsquo;une puissance extraordinaire, apr\u00e8s la peur-panique qui f\u00fbt n\u00f4tre, de voir Washington nucl\u00e9ariser, sous la fureur qu&rsquo;avait fait na\u00eetre l&rsquo;attaque, quelques <em>rogue states<\/em> de circonstance. A l&rsquo;angoisse am\u00e9ricaine que nous sugg\u00e9rons plus haut correspond notre angoisse que les Am\u00e9ricains ne soient pas conformes \u00e0 l&rsquo;image, si possible d&rsquo;Epinal, que nous nous sommes forg\u00e9e d&rsquo;eux. Il est vrai que cette image tient lieu de justification centrale \u00e0 toute notre politique des rapports transatlantiques et ce qui en d\u00e9coule, et qui est, selon ces m\u00eames illusions qui conduisent notre interpr\u00e9tation, l&rsquo;esp\u00e9rance d&rsquo;une situation de stabilit\u00e9 et de prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre analyse est au contraire, et malheureusement, que l&rsquo;administration GW est, depuis le 11 septembre et cette journ\u00e9e hom\u00e9rique de folie o\u00f9 le pouvoir central de cette grande puissance a err\u00e9 de base recul\u00e9e en base recul\u00e9e, compl\u00e8tement affol\u00e9e et incapable de parvenir \u00e0 la moindre compr\u00e9hension de la situation. Et, bien s\u00fbr, et comme nous-m\u00eames r\u00e9p\u00e9tons notre conviction, ce ne sont pas Ben Laden ni les Talibans qui importent \u00e0 l&rsquo;administration GW affol\u00e9e, mais la situation am\u00e9ricaine, son \u00e9tat pr\u00e9sent, son avenir. Il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de trouver des signes d&rsquo;agitation dans le comportement am\u00e9ricain pour \u00eatre confort\u00e9 dans cette analyse, mais de bien comprendre ce que recouvre le calme am\u00e9ricain du dernier mois. La r\u00e9action de l&rsquo;administration est du pur classique am\u00e9ricain, avec l&rsquo;apaisement de l&rsquo;esprit et des sens qui l&rsquo;accompagne : \u00e9carter radicalement le probl\u00e8me strat\u00e9gique en le consid\u00e9rant comme r\u00e9solu et passer \u00e0 l&rsquo;application tactique de cette soi-disant strat\u00e9gie. C&rsquo;est le choix de l&rsquo;attaque de l&rsquo;Afghanistan consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00e9vidence (question strat\u00e9gique r\u00e9solue), et le calme s&rsquo;installe pour la nouvelle mission qui s&rsquo;impose alors : comment attaquer l&rsquo;Afghanistan ? C&rsquo;est l&rsquo;heure de Powell (cela, tr\u00e8s conforme au personnage de ce g\u00e9n\u00e9ral, dont chacun sait qu&rsquo;il est un remarquable ex\u00e9cutant et un excellent tacticien sans aucune vision strat\u00e9gique). Il est de plus en plus possible que l&rsquo;attaque de l&rsquo;Afghanistan d\u00e9bouche sur un bourbier type-Viet-n\u00e2m (c&rsquo;est la th\u00e8se de l&rsquo;institut d&rsquo;analyse Stratfor). Nul ne s&rsquo;en \u00e9tonnera et, pour un peu, on en serait m\u00eame rassur\u00e9 : n&rsquo;est-ce pas, le Viet-n\u00e2m, une situation typique de la Guerre froide ? [L&rsquo;on aurait, l\u00e0 encore, confirmation de cette absence compl\u00e8te de strat\u00e9gie, de ce refus de la strat\u00e9gie au profit de la tactique : selon  Stratfor, l&rsquo;Afghanistan menace de devenir un nouveau Viet-n\u00e2m parce que les USA n&rsquo;ont rien pr\u00e9vu de stable pour l&rsquo;apr\u00e8s-Taliban.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>A la recherche d&rsquo;une structure de guerre<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa direction am\u00e9ricaine veut une structure de guerre, qui implique Ennemi et mobilisation, parce que le probl\u00e8me pos\u00e9 par 9\/11 l&rsquo;a compl\u00e8tement affol\u00e9e, et qu&rsquo;une structure de guerre est en soi, pour elle, le probl\u00e8me r\u00e9solu avant m\u00eame d&rsquo;\u00eatre pos\u00e9, simplement en \u00e9tant \u00e9cart\u00e9, \u00e9ventuellement avec brutalit\u00e9 (ou mieux, comme disait un g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain \u00e0 son coll\u00e8gue belge Briquemont : \u00ab <em>En Am\u00e9rique, on ne r\u00e9sout pas les probl\u00e8mes, on les \u00e9crase<\/em> \u00bb). Et, encore mieux certes, une structure de guerre froide, une Guerre froide-II, presque par incantation magique,  parce que la Guerre froide, cette p\u00e9riode si pleine de nostalgie pour les experts de l&rsquo;establishment, c&rsquo;est \u00e0 la fois la mobilisation, la dur\u00e9e et la stabilit\u00e9. La nostalgie tient lieu, aujourd&rsquo;hui, de strat\u00e9gie am\u00e9ricaine. L&rsquo;administration encourage (ou implore ?) ses concitoyens : <em>Go back to normal<\/em> (la vie normale, comme si 9\/11 n&rsquo;avait pas eu lieu), et en m\u00eame temps elle nous joue \u00ab <em>Go back to the past<\/em> \u00bb (retour \u00e0 la Guerre froide). Sur tous les fronts, c&rsquo;est la strat\u00e9gie de la nostalgie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCar tout cela, certes, a bien de la peine \u00e0 dissimuler l&rsquo;angoisse. D&rsquo;abord, sur la tactique elle-m\u00eame, celle qui est cens\u00e9e r\u00e9soudre le probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral en l&rsquo;\u00e9cartant (en l&rsquo;\u00e9crasant). Le journaliste David Corn rapporte cette confidence d&rsquo;un officiel am\u00e9ricain, de l&rsquo;entourage de Paul Wolfowitz, l&rsquo;archi-hawk du Pentagone : \u00ab <em>Il est difficile d&rsquo;imaginer \u00e0 quel point nous ne savons pas <\/em>[comment mener une guerre contre le terrorisme]. \u00bb (Ou bien, cette autre confidence, conserv\u00e9e en anglo-am\u00e9ricain, d&rsquo;un officiel du Pentagone au correspondant au Pentagone de la NBC Jim Miklaszewski : cela sera une \u00ab <em>come as you are war. We&rsquo;re making it up as we go along.<\/em> \u00bb) Et puis le reste, l&rsquo;angoisse qui domine tout le reste, devant ce pays frapp\u00e9 comme par la foudre par la barbarie des Terres Ext\u00e9rieures, et qui ne sait comment retrouver son \u00e9quilibre. (Tactique absurde, marque de l&rsquo;affolement, mais par ailleurs tactique in\u00e9vitable puisqu&rsquo;elle concerne deux termes antagonistes, et tous les deux aussi n\u00e9cessaires l&rsquo;un que l&rsquo;autre : exhorter le citoyen \u00e0 revenir \u00e0 une vie normale, et, en m\u00eame temps, d\u00e9crire dans les termes les plus alarmistes les menaces de nouvelles attaques terroristes [\u00ab <em>Il y a 100% de chances qu&rsquo;une nouvelle attaque aura lieu<\/em> \u00bb dans une p\u00e9riode tr\u00e8s rapproch\u00e9e, dit un officier du FBI lors d&rsquo;une audition devant une Commission s\u00e9natoriale le 5 octobre]. Absurde seulement en apparence : le citoyen doit revenir \u00e0 la normalit\u00e9 qui sera la normalit\u00e9 de la Guerre froide-II, comme la premi\u00e8re guerre froide fut la normalit\u00e9 ; en m\u00eame temps, l&rsquo;installation de cette Guerre froide-II passe par la prise en compte de la r\u00e9alit\u00e9 de la Menace, et aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est le Terrorisme [majuscule comprise] comme hier c&rsquo;\u00e9tait le Rouge, et cela suppose l&rsquo;alarme g\u00e9n\u00e9rale. Les Am\u00e9ricains ont connu ce type de situation contradictoire \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du maccarthysme, et l&rsquo;\u00e9poque qui commence pourrait lui ressembler, mais dans des conditions bien plus durables car, en m\u00eame temps, s&rsquo;installe un  nouveau cadre l\u00e9gislatif et judiciaire totalement tourn\u00e9 vers la surveillance, la suspicion, la r\u00e9pression, tandis que les garanties des libert\u00e9s individuelles subissent des pressions de r\u00e9duction sans pr\u00e9c\u00e9dent.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend combien la guerre et le but de la guerre ont pour Washington un lien extraordinairement puissant, combien l&rsquo;\u00e9picentre de la crise, le lieu m\u00eame de la crise, c&rsquo;est l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame. Pour mieux appr\u00e9cier l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la crise actuelle, tous les calculs et toutes les supputations sur la guerre devraient \u00eatre faits en fonction de la situation int\u00e9rieure am\u00e9ricaine. Ce que recherche l&rsquo;actuelle direction, r\u00e9pondant en cela \u00e0 la pesanteur naturelle du syst\u00e8me qui cherche la stabilit\u00e9 tout en conservant ses caract\u00e8res militaro-industriels, c&rsquo;est une structure de guerre permanente. C&rsquo;est pourquoi, apr\u00e8s le cafouillage initial qui a effectivement abouti \u00e0 une cat\u00e9gorisation du conflit radicalement diff\u00e9rente en Europe (c&rsquo;est un acte de terrorisme global) et aux USA (c&rsquo;est une guerre), le syst\u00e8me a aussit\u00f4t capitalis\u00e9 sur cette r\u00e9action initiale pour officialiser l&rsquo;\u00e9tat de guerre. En quelque sorte, l&rsquo;occasion (l&rsquo;\u00e9tat de guerre d\u00e9clar\u00e9e dans le chaos initial du premier jour) fait le larron. Reste maintenant \u00e0 installer des structures p\u00e9rennisant cet \u00e9tat.<\/p>\n<h3>La guerre? Quelle guerre?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Pour faire la guerre il faut \u00eatre deux. Les Am\u00e9ricains ne sont pas s\u00fbrs que ceux d&rsquo;en face (Ben Laden ? Talibans ? Terroristes ?) soient des partenaires tr\u00e8s s\u00e9rieux. De ceux qui jouent le jeu. Angoisse suppl\u00e9mentaire.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a aujourd&rsquo;hui un bras de fer,  entre les Am\u00e9ricains et les autres (qui? Les terroristes? Les Talibans et Ben Laden? Pas de vraie r\u00e9ponse). L&rsquo;Am\u00e9rique est engag\u00e9e dans une phase de pression maximale pour imposer sa conception de la guerre. Cela appara\u00eetra comme un spectacle fascinant, quand on pourra l&rsquo;observer \u00e0 bonne distance, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 distance historique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe paradoxe extraordinaire est que l&rsquo;Am\u00e9rique a subi une attaque dont les effets ont \u00e9t\u00e9 effroyables parce que ceux qui l&rsquo;ont imagin\u00e9e et conduite \u00e0 son terme ont utilis\u00e9 une conception totalement nouvelle de la guerre, dans tous les cas par rapport aux normes am\u00e9ricanistes de la guerre qui tiennent le haut du pav\u00e9 et font la norme g\u00e9n\u00e9rale. Les Am\u00e9ricains ont impos\u00e9 depuis un demi-si\u00e8cle une conception de la guerre fond\u00e9e sur le d\u00e9veloppement exponentiel de la technologie, avec comme corollaire n\u00e9cessaire la cr\u00e9ation d&rsquo;un univers sp\u00e9cifique pour servir de cadre \u00e0 cette guerre (d\u00e9marche dite de virtualisme, selon notre classification). Les adversaires de l&rsquo;Am\u00e9rique ont refus\u00e9 ce terrain (d&rsquo;ailleurs parce qu&rsquo;ils ne peuvent faire autrement) et, autant que faire se peut, ils ont retourn\u00e9 la puissance am\u00e9ricaine contre l&rsquo;Am\u00e9rique. Ils ont innov\u00e9 dans ce domaine qu&rsquo;on nomme guerre asym\u00e9trique, mais d&rsquo;une fa\u00e7on inattendue (pour les Am\u00e9ricains), en abaissant brutalement et radicalement le niveau technologique de l&rsquo;intervention, en refusant l&rsquo;univers virtualiste cr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;Am\u00e9rique, au contraire en mettant \u00e0 nu cet univers. (L&rsquo;impr\u00e9paration am\u00e9ricaine face \u00e0 l&rsquo;attaque du 11 septembre  n&rsquo;est pas due \u00e0 l&rsquo;absence de renseignements, \u00e0 l&rsquo;absence de vigilance, etc., mais au refus psychologique de cette attaque. Les Am\u00e9ricains se pr\u00e9parent depuis longtemps \u00e0 la cyber-guerre, l&rsquo;attaque de leurs syst\u00e8mes informatiques, \u00e0 leur niveau technologique : c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0, selon eux, que les terroristes devaient attaquer, c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0, selon eux qu&rsquo;allait se d\u00e9velopper la guerre asym\u00e9trique,  un seul cyber-terroriste manipulant un virus pour infecter les circuits du Pentagone et ceux de Wall Street. Il paraissait impensable que l&rsquo;adversaire ne se hauss\u00e2t pas, c&rsquo;est si tentant, au niveau technologique de l&rsquo;Am\u00e9rique.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe paradoxe extraordinaire devient aussi ce paradoxe affreux : la nouvelle guerre, la guerre moderniste, et l&rsquo;on dirait plut\u00f4t post-moderniste (parce qu&rsquo;elle s&rsquo;inscrit dans notre modernit\u00e9 et, \u00e0 la fois, propose un futur de guerre qui est l&rsquo;antith\u00e8se de notre modernit\u00e9), consiste en l&rsquo;abaissement radical du niveau technologique de l&rsquo;action, en la n\u00e9gation obsc\u00e8ne de l&rsquo;outil moderniste par excellence. Ce bras de fer sur la forme de guerre implique un bras de fer sur la conception du monde, parce qu&rsquo;effectivement la conception du monde de l&rsquo;<em>establishment<\/em>,  h\u00e9ritage de l&rsquo;Age d&rsquo;Or qu&rsquo;est la Guerre froide  se r\u00e9sume \u00e0 sa conception de la guerre. L&rsquo;enjeu est d&rsquo;une importance inou\u00efe, il s&rsquo;agit de l&rsquo;orientation de la modernit\u00e9 ; la menace pesant sur l&rsquo;Am\u00e9rique revient \u00e0 ce que sa conception du monde, son orientation (la haute technologie et le reste), ne soient plus la marque de la modernit\u00e9 mais, au contraire, devenue soudain la marque de l&rsquo;archa\u00efsme. L&rsquo;Am\u00e9rique ne r\u00e9sisterait pas \u00e0 une telle volte-face de l&rsquo;histoire, qui ne serait rien moins qu&rsquo;une trahison. C&rsquo;est pour cette raison que les frappes en Afghanistan ont une r\u00e9elle importance conceptuelle (peu importe leur effet op\u00e9rationnel ici, et l&rsquo;on se demande m\u00eame si cet aspect des choses est pris en compte), puisqu&rsquo;elles sont faites pour imposer la forme de guerre am\u00e9ricaine aux Talibans, ou, mieux encore, pour implorer les Talibans d&rsquo;accepter cette forme de guerre am\u00e9ricaine. (Le malheur est que, m\u00eame s&rsquo;ils le voulaient, les Talibans ne pourraient r\u00e9pondre \u00e0 cette attente. Ils ne savent pas. On ne parle pas la m\u00eame langue.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Sortir de la sph\u00e8re virtualiste<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAlors qu&rsquo;elle est isol\u00e9e et enferm\u00e9e dans son monde virtuel pour tout le reste, sur ce point de la forme de la guerre et des structures de guerre permanente \u00e0 \u00e9tablir, l&rsquo;Am\u00e9rique, ou, plut\u00f4t, son <em>establishment<\/em>, va \u00eatre contraint, et est d\u00e9j\u00e0 contraint \u00e0 chercher \u00e0 tout prix \u00e0 d\u00e9fendre, et m\u00eame \u00e0 vendre cette conception de la guerre et ce qui va avec aupr\u00e8s du reste du monde (<em>Rest Of the World<\/em>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;attaque du 11 septembre a compl\u00e8tement renvers\u00e9 la situation d&rsquo;avant. Jusqu&rsquo;alors, l&rsquo;Am\u00e9rique dictait sa conception de la guerre (hautes technologies) au reste du monde. Elle n&rsquo;avait aucun besoin de s&rsquo;aventurer dans le monde pour cela, elle \u00e9tait \u00e0 la fois l&rsquo;exemple et la r\u00e9f\u00e9rence et le reste du monde n&rsquo;avait comme seule possibilit\u00e9 que de s&rsquo;\u00e9puiser \u00e0 tenter d&rsquo;\u00e9voluer vers le niveau am\u00e9ricain, proclam\u00e9 par d\u00e9finition irrattrapable. L&rsquo;attaque du 11 septembre, qui est ainsi une tra\u00eetrise inimaginable du point de vue am\u00e9ricain, change tout cela ; elle oblige l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 sortir de son univers  virtualiste, au risque de le perdre, pour emp\u00eacher le reste du monde d&rsquo;accepter les conceptions nouvelles (post-modernes !) de la guerre telles qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es et impos\u00e9es le 11 septembre. Comment pourrait r\u00e9agir l&rsquo;Am\u00e9rique, sinon en affirmant sa propre conception de la guerre avec tout son poids, toute sa puissance, en opposant cette conception \u00e0 celle que le 11 septembre voudrait lui imposer, en d\u00e9cidant \u00e0 tout prix de tenter d&rsquo;y convertir le monde, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 cette r\u00e9f\u00e9rence supr\u00eame dans son histoire psychologique qu&rsquo;est la Guerre froide, sa vastitude, son universalit\u00e9, sa stabilit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0 le d\u00e9fi o\u00f9 s&rsquo;est engag\u00e9e l&rsquo;Am\u00e9rique en acceptant dans le d\u00e9sordre et, \u00e0 notre sens, bien imprudemment, d\u00e8s le premier jour, d\u00e8s le 11 septembre, l&rsquo;id\u00e9e que c&rsquo;est une guerre,   et peut-\u00eatre, l&rsquo;avenir le dira, cette acceptation c&rsquo;est tomber dans le pi\u00e8ge qui lui \u00e9tait tendu, car si l&rsquo;Am\u00e9rique ne parvient pas \u00e0 imposer sa conception de la guerre, et par cons\u00e9quent sa conception guerri\u00e8re des relations internationales, elle sera plong\u00e9e dans un trouble immense. (Mais, certes, et il faut le rappeler r\u00e9guli\u00e8rement, et, dans ce cas, pour faire mesurer l&rsquo;exacte dimension et la force de l&rsquo;enjeu,  quand on dit Am\u00e9rique dans ce cas, on parle du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Ce syst\u00e8me peut se retrouver dans certains cas en opposition violente avec la population am\u00e9ricaine, c&rsquo;est sa crainte constante depuis la Grande D\u00e9pression. C&rsquo;est la cause de sa pr\u00e9occupation constante et centrale pour l&rsquo;\u00e9quilibre du caract\u00e8re am\u00e9ricain, de la n\u00e9cessit\u00e9 o\u00f9 il se juge \u00eatre d&rsquo;entretenir la mobilisation qui rassemble et appelle \u00e0 l&rsquo;union, de rechercher des structures de guerre qui soient des structures mobilisatrices.)<\/p>\n<h3>Il n&rsquo;y a plus d&rsquo;apr\u00e8s<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Le syst\u00e8me veut \u00e0 nouveau imposer une structure de guerre pour imposer l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une situation exceptionnelle. Cette structure doit \u00eatre mondiale. Elle doit retrouver la structure du temps pass\u00e9, de la Guerre froide.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;attaque du 11 septembre a provoqu\u00e9 un \u00e9trange ph\u00e9nom\u00e8ne. Unanimement pr\u00e9sent\u00e9e comme l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qui cl\u00f4t (enfin) la Guerre froide et l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide, qui va (enfin) obliger \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 une \u00e9poque nouvelle, la chose fondamentale qui fait que rien ne sera plus jamais comme avant, elle est d\u00e9sormais per\u00e7ue, confus\u00e9ment mais on y viendra de plus en plus du c\u00f4t\u00e9 du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, comme l&rsquo;occasion exactement du contraire. Elle est per\u00e7ue comme l&rsquo;occasion du retour \u00e0 l&rsquo;Age d&rsquo;Or que fut la Guerre froide. Peu importe l&rsquo;Ennemi, les syst\u00e8mes d&rsquo;arme, les tactiques, la seule chose qui importe est la vision d&rsquo;une stabilit\u00e9 retrouv\u00e9e et r\u00e9install\u00e9e pour des d\u00e9cennies.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe syst\u00e8me veut voir r\u00e9tablie une structure de guerre ; bien s\u00fbr, il ne l&rsquo;a jamais compl\u00e8tement abandonn\u00e9e dans les faits (voir le Pentagone) mais il veut la voir r\u00e9tablie dans sa l\u00e9gitimit\u00e9. Il veut voir r\u00e9tablie la structure d&rsquo;une situation exceptionnelle (la guerre est la situation exceptionnelle par excellence) qui corresponde \u00e0 l&rsquo;exceptionnalit\u00e9 de la nation qu&rsquo;est l&rsquo;Am\u00e9rique. D&rsquo;o\u00f9 le refus \u00e9videmment de consid\u00e9rer le terrorisme comme firent et font les Europ\u00e9ens, qui font avec depuis des d\u00e9cennies, luttent contre lui selon les moyens classiques,  directement avec la patience, le  renseignement, la p\u00e9n\u00e9tration des r\u00e9seaux, le d\u00e9mant\u00e8lement des r\u00e9seaux sans trop de spectaculaire ; indirectement, parfois, avec des r\u00e9formes, des changements qui modifient les situations \u00e0 la base du terrorisme. (M\u00eame lorsque les Am\u00e9ricains vont dans le sens des m\u00e9thodes europ\u00e9ennes, ils en refusent l&rsquo;esprit, implicitement mais r\u00e9solument : lorsqu&rsquo;ils font pression sur Sharon et prennent leurs distances d&rsquo;avec les Isra\u00e9liens au profit des Palestiniens, comme ils ont fait ces derni\u00e8res semaines, c&rsquo;est bien plus parce qu&rsquo;ils veulent m\u00e9nager leurs partenaires arabes de la coalition que parce qu&rsquo;ils voudraient r\u00e9duire les causes fondamentales \u00e9ventuelles du terrorisme. Sharon, plus fine mouche qu&rsquo;on croit, ne s&rsquo;y trompe pas lorsqu&rsquo;il accuse les Am\u00e9ricains d&rsquo;\u00eatre des Munichois [Munich, 1938] : il accuse les gens de l&rsquo;administration Bush de capituler devant leurs alli\u00e9s arabes, Saoudiens en t\u00eate, et c&rsquo;est exactement ce qu&rsquo;ils font.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;y a donc plus d&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide, mais il y a Guerre froide recommenc\u00e9e, Guerre froide-II, si n\u00e9cessaire avec une pinc\u00e9e qui peut \u00eatre grosse de n\u00e9o-maccarthysme pour la situation int\u00e9rieure, pour ajouter encore \u00e0 la coh\u00e9sion. On en profite puisqu&rsquo;il y a quasi-unanimit\u00e9, et c&rsquo;est exactement la recette du maccarthysme (le soutien populaire, et non-populaire d&rsquo;ailleurs, \u00e9tait substantiel dans les ann\u00e9es 47-54 pour la chasse aux sorci\u00e8res). Mais il y a une autre n\u00e9cessit\u00e9 : une guerre froide, comme toute guerre froide qui se respecte, doit \u00eatre globale, <em>world-wide<\/em> si l&rsquo;on veut. On ne fait pas ici dans la sp\u00e9culation \u00e9cul\u00e9e internationalisme-<em>versus<\/em>-isolationnisme, mais bien dans la question de l&rsquo;\u00e9largissement des structures de guerre, de la nation am\u00e9ricaine aux dimensions globales. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;utilit\u00e9 de la coalition.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvec ce mot, coalition, nous revenons au r\u00e9el. Consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re du r\u00e9el qui affecte le reste du monde, que veulent faire les artisans du syst\u00e8me en installant une Guerre froide-II ? Ils veulent installer un autre monde virtualiste, un nouveau-monde virtualiste, apr\u00e8s que l&rsquo;attaque du 11 septembre ait pulv\u00e9ris\u00e9 ce qui restait de celui qui \u00e9tait en place (souvenir encore s\u00e9rieux de la Guerre froide). Ainsi leur proposition de Guerre froide-II, implicitement offerte \u00e0 la coalition, revient \u00e0 proposer au reste du monde d&rsquo;entrer dans ce nouveau-monde virtuel. C&rsquo;est une \u00e9trange interpr\u00e9tation, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;on a compris que la Guerre froide-II est une course contre le temps, une volont\u00e9 de retour au pass\u00e9 et \u00e0 sa stabilit\u00e9, \u00e0 une sorte de Paradis perdu : cela revient \u00e0 proposer au reste du monde, non plus seulement d&rsquo;accepter un futur am\u00e9ricanis\u00e9 comme c&rsquo;\u00e9tait le cas jusqu&rsquo;alors, mais de refaire le pass\u00e9 pour en faire \u00e9galement un pass\u00e9 am\u00e9ricanis\u00e9. C&rsquo;est plus ardu. En d&rsquo;autres mots ? L&rsquo;Am\u00e9rique est lanc\u00e9e, au travers de ses projets de structuration belliciste et du contr\u00f4le de l&rsquo;outil coalis\u00e9 qu&rsquo;elle a constitu\u00e9, dans sa \u00e9ni\u00e8me entreprise de domination mondiale (sans doute n&rsquo;a-t-elle pas remarqu\u00e9 qu&rsquo;elle domine le monde depuis 1945-48), mais cette fois, vraiment, dans un but tr\u00e8s \u00e9trange : le retour \u00e0 la Guerre froide, \u00e0 la mobilisation, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de guerre permanent, mais dans des conditions tr\u00e8s particuli\u00e8res, sans blocs antagonistes, sans v\u00e9ritable Ennemi sinon des ennemis d&rsquo;occasion qui  entretiennent l&rsquo;activit\u00e9, au fond, au bout du compte, sans rien qu&rsquo;une structure de guerre froide. <em>For the fun<\/em>, comme on dit en langage branch\u00e9 ? Nous ne sommes malheureusement plus au temps o\u00f9 l&rsquo;on pourrait comprendre les buts fondamentaux car il n&rsquo;y en a plus, sinon celui de la survie d&rsquo;une bureaucratie qui a pris le pouvoir et fait marcher le syst\u00e8me, en aveugle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Une<\/strong> <strong><em>nouvelle Guerre de Cent Ans<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour autant, et avant d&rsquo;en venir au monde ext\u00e9rieur pour mesurer les obstacles \u00e0 cette entreprise am\u00e9ricaine de la Guerre froide-II, il faut consid\u00e9rer comme une annexe qui n&rsquo;est pas sans int\u00e9r\u00eat un dernier aspect de la situation washingtonienne. Certes, la consigne est g\u00e9n\u00e9rale (pour chercher \u00e0 reconstituer la stabilit\u00e9 structurelle d&rsquo;une Guerre froide-II) mais elle n&rsquo;est qu&rsquo;implicite et certains peuvent s&rsquo;y tromper. Les \u00e9v\u00e9nements peuvent y aider, surtout s&rsquo;ils sont interpr\u00e9t\u00e9s, avec l&rsquo;aide des m\u00e9dias et dans le cadre des querelles intra-bureaucratiques, entre agences et services concurrents, dans le sens qui va (par exemple, lorsque l&rsquo;hypoth\u00e9tique offensive biologique [anthrax] est attribu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Irak). Lorsqu&rsquo;un officiel du Pentagone, d\u00e9crit comme proche des super-hawks du groupe Wolfowitz-Perle, explique \u00e0 l&rsquo;<MI>Observer que \u00ab [n]<em>ous voyons cette guerre comme une guerre contre le virus du terrorisme. Si vous avez un cancer des os, il n&rsquo;est pas suffisant de couper le pied du patient. Vous devez faire le traitement entier de chimioth\u00e9rapie. Et si cela signifie qu&rsquo;il faut s&#8217;embarquer dans une nouvelle Guerre de Cent Ans, eh bien c&rsquo;est ce que nous ferons.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut tenir compte de ce climat, de l&rsquo;importance des postes d\u00e9tenus par Wolfowitz (n\u00b02 au Pentagone) et Perle (pr\u00e9sident du Defense Policy Advisory Board, qui conseille le pr\u00e9sident), de la rapidit\u00e9, si les circonstances s&rsquo;y pr\u00eatent, de l&rsquo;extension de leur influence dans l&rsquo;atmosph\u00e8re super-volatile de Washington, et quasi-exclusivement tourn\u00e9e vers le maximalisme. Les super-<em>hawks<\/em> sont un peu trop agit\u00e9s pour une Guerre froide-II, un peu trop partisans de la guerre chaude un peu partout, et avec eux la mobilisation c&rsquo;est la guerre plus que la stabilit\u00e9. Tout le sch\u00e9ma qu&rsquo;on a d\u00e9crit ci-dessus doit d&rsquo;abord compter avec leur action, leur poids, leur influence. C&rsquo;est une premi\u00e8re difficult\u00e9 de taille pour que ce sch\u00e9ma de la Guerre froide-II se r\u00e9alise, car ils sont porteurs de d\u00e9stabilisation dans un projet dont la logique m\u00eame est le contraire.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Savonnettes et nostalgie de 9\/11 On a vu l&rsquo;actuelle pouss\u00e9e \u00e0 Washington pour retrouver les conditions d&rsquo;une Grande Guerre contre le terrorisme (the Long War). On voit m\u00eame que la QDR 2005 (qui utilise le terme) a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e dans ce sens, ce qui implique un complet d\u00e9tournement de la signification et du but de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-67257","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notre-bibliotheque"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67257","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=67257"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67257\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=67257"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=67257"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=67257"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}