{"id":67298,"date":"2006-02-23T00:00:00","date_gmt":"2006-02-23T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/02\/23\/le-mois-des-fous-et-lenchainement-psychologique\/"},"modified":"2006-02-23T00:00:00","modified_gmt":"2006-02-23T00:00:00","slug":"le-mois-des-fous-et-lenchainement-psychologique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/02\/23\/le-mois-des-fous-et-lenchainement-psychologique\/","title":{"rendered":"Le mois des fous et l&rsquo;encha\u00eenement psychologique"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Le mois des fous et l&rsquo;encha\u00eenement psychologique<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t23 f\u00e9vrier 2006  Un lecteur (ils sont beaucoup \u00e0 l&rsquo;honneur ces derniers temps) nous signale, sur le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/forum.php?art_id=2438\" class=\"gen\">Forum<\/a> correspondant (en date du 21 f\u00e9vrier), que le texte sur <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2438\" class=\"gen\">la fin de l&rsquo;Occident<\/a> est un \u00ab <em>mauvais plagiat<\/em> \u00bb. Ce m\u00eame lecteur, nous renvoie ensuite sur un <a href=\"http:\/\/213.251.140.17\/article.php3?id_article=7187&#038;id_forum=22500&#038;var_mode=recalcul#forum\" class=\"gen\">Forum de discussion<\/a> du m\u00eame texte publi\u00e9 par ailleurs, o\u00f9 nous devons lire une ex\u00e9cution en r\u00e8gle de la th\u00e8se. Nous d\u00e9couvrons, effectivement, une attaque en r\u00e8gle. Il s&rsquo;agit en gros d&rsquo;une chanson de geste \u00e0 la gloire des vertus \u00e9conomiques des Etats-Unis, celles-ci assurant en fin de compte la p\u00e9rennit\u00e9 du dollar pour les ann\u00e9es et les d\u00e9cennies \u00e0 venir, et notamment sa solidit\u00e9 sans crainte contre les attaques pr\u00e9vues pour le mois de mars.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est int\u00e9ressant mais de peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour le cas. Que la th\u00e8se soit ou non un plagiat n&rsquo;est qu&rsquo;une question marginale, du moment que la th\u00e8se existe et participe d&rsquo;un courant g\u00e9n\u00e9ral des \u00e9v\u00e9nements, du moment qu&rsquo;elle s&rsquo;inscrit dans une humeur psychologique caract\u00e9ristique. Le plagiat est une notion qui se discute et qui n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement d\u00e9pourvue de vertus (nombre de grandes pi\u00e8ces du r\u00e9pertoire classique pourraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es <em>stricto sensu<\/em> comme des plagiats des trag\u00e9dies antiques. Il s&rsquo;agit de variations sur un m\u00eame th\u00e8me, d&rsquo;ailleurs reconnues sans la moindre arri\u00e8re-pens\u00e9e. L&rsquo;apport se fait au niveau de la variation). La vanit\u00e9 d&rsquo;auteur est mauvaise conseill\u00e8re, c&rsquo;est un trait moderniste fond\u00e9 sur l&rsquo;individualisme \u00e9rig\u00e9 en vertu supr\u00eame. Ce n&rsquo;est pas notre cas dans l&rsquo;appr\u00e9ciation que nous avons. Il y a des uvres collectives \u00e0 faire et la fa\u00e7on dont nous concevons notre travail s&rsquo;inscrit dans cette perspective. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;int\u00e9r\u00eat de toutes ces choses, notamment de la th\u00e8se sur la fin de l&rsquo;Occident mais aussi du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2443\" class=\"gen\">discours<\/a> du 15 f\u00e9vrier de Ron Paul, est effectivement de s&rsquo;inscrire dans le grand courant d&rsquo;une tension que l&rsquo;on per\u00e7oit montante et bouillonnante, et nullement dans leur exclusivit\u00e9 ni dans l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement \u00e9conomique qu&rsquo;elles pr\u00e9tendent d\u00e9crire. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat est, justement, de voir grandir une grande tendance psychologique, anim\u00e9e par la perception d&rsquo;une trag\u00e9die possible, extr\u00eamement diverse et qui n&rsquo;est pas sous contr\u00f4le d&rsquo;une seule puissance (comme l&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;attaque de l&rsquo;Irak) ; et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat est encore plus d&rsquo;identifier cette tendance, d&rsquo;en d\u00e9couvrir les chatoiements et les potentialit\u00e9s. Cette diversit\u00e9 du drame possible, la diversit\u00e9 des th\u00e8mes qui l&rsquo;animent (p\u00e9trole, nucl\u00e9aire, dollar, USA, Europe, sans oublier les nouvelles sur Internet), voil\u00e0 les facteurs qui d\u00e9terminent cette mont\u00e9e de la tendance psychologique et aident \u00e0 l&rsquo;identifier. C&rsquo;est l\u00e0 que se trouve le nud inexplicable,  qu&rsquo;on ne peut ni deviner par avance ni expliquer par la seule analyse rationnelle apr\u00e8s,  de cette sorte de trag\u00e9die en train de se nouer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui caract\u00e9rise notre \u00e9poque est que nous pouvons, par contre, deviner la <strong>possibilit\u00e9<\/strong> de la trag\u00e9die qui vient. La cause en est essentiellement le courant \u00e9norme d&rsquo;informations et de communication qui annonce l&rsquo;apparition du climat psychologique et qui contribue puissamment \u00e0 le d\u00e9velopper. Parfois, mais assez rarement dans le climat d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 et d&rsquo;illusion qui domine, cela conduit certains \u00e0 prendre des pr\u00e9cautions suppl\u00e9mentaires (en g\u00e9n\u00e9ral \u00e9conomiques pour le cas qui nous occupe, et dont l&rsquo;int\u00e9r\u00eat est limit\u00e9 \u00e0 ce domaine, et l&rsquo;efficacit\u00e9 <em>idem<\/em>). De fa\u00e7on tr\u00e8s diff\u00e9rente parce qu&rsquo;op\u00e9rant dans le domaine psychologique, cela conduit \u00e0 des r\u00e9actions tr\u00e8s diverses et radicales ; cela renforce les pr\u00e9jug\u00e9s virtualistes (ceux des am\u00e9ricanistes), dont la caract\u00e9ristique est de tout interpr\u00e9ter \u00e0 l&rsquo;aune de la vanit\u00e9 qui les caract\u00e9rise ; chez les autres, cela ouvre l&rsquo;esprit \u00e0 la possibilit\u00e9 de surprises et \u00e0 l&rsquo;inattendu. En cela, notre \u00e9poque est unique. Elle est ouverte aux \u00e9v\u00e9nements impr\u00e9vus et, par ses r\u00e9actions, et sans rien conna\u00eetre de ces \u00e9v\u00e9nements, elle favorise leur \u00e9closion. Elle est, par rapport aux normes historiques, doublement, triplement impr\u00e9visible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour ce qui concerne la crise d&rsquo;un peu apr\u00e8s les Ides de mars, si crise il y a, on a beaucoup cit\u00e9 comme r\u00e9f\u00e9rence ou comme mod\u00e8le ces derniers jours, dans tel ou tel texte, tel ou tel commentaire, jusqu&rsquo;aux <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2444\" class=\"gen\">observations anecdotiques<\/a>, la Grande D\u00e9pression et son \u00e9poque. Il y a en effet des similitudes et il y a aussi des diff\u00e9rences. Mais il y a une constante : la psychologie. Nos grands \u00e9conomistes sont certainement attentifs au fait que, si la science \u00e9conomique a analys\u00e9 les m\u00e9canismes de la Grande D\u00e9pression, elle n&rsquo;en a toujours pas compris les fondements et la cause fondamentale. La Grande D\u00e9pression suit le <em>crash<\/em> d&rsquo;octobre 1929 mais n&rsquo;en est pas, logiquement et \u00e9conomiquement parlant, la cons\u00e9quence,  notamment et essentiellement d&rsquo;un point de vue chronologique, parce que l&rsquo;Am\u00e9rique avait, au printemps 1930, presque compl\u00e8tement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 du <em>crash<\/em> boursier d&rsquo;octobre 29,  mais du seul point de vue financier, certes. Nous nous permettrons donc d&rsquo;avancer dans le champ de notre hypoth\u00e8se, qui est d&rsquo;ailleurs sans gloire puisque d\u00e9j\u00e0 largement explor\u00e9 (un plagiat, quoi) : c&rsquo;est la psychologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous pensons qu&rsquo;une interpr\u00e9tation de la Grande D\u00e9pression constitue un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9flexion utile dans ces temps troubl\u00e9s. Encore une fois, ce ne sont pas les \u00e9v\u00e9nements \u00e9conomiques et sociaux qui sont en cause, et encore moins sugg\u00e9r\u00e9s comme analogiques, mais bien l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;\u00e9volution psychologique. Nous proposons \u00e0 nos lecteurs, ci-dessous, un extrait d&rsquo;un livre de Philippe Grasset en cours de r\u00e9daction, que <em>dedefensa.org<\/em> a pour projet de mettre en vente en ligne lorsqu&rsquo;il sera achev\u00e9. (Nous tiendrons nos lecteurs au courant du projet.) L&rsquo;extrait concerne la crise de 1929 et la suite. On verra, comme sugg\u00e9r\u00e9 plus haut, que ce texte a son int\u00e9r\u00eat pour le processus psychologique qu&rsquo;il tente de d\u00e9crire,  mais certainement pas pour la description qu&rsquo;il ferait (et qu&rsquo;il ne fait pas) de la crise \u00e9conomique, Grand Dieu non.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Quant au sc\u00e9nario de la fin mars : nous ne sommes nullement convaincus qu&rsquo;il se passera comme il est pr\u00e9vu qu&rsquo;il se passe, ni du contraire d&rsquo;ailleurs. Cela n&rsquo;a aucune importance et nous ne nous posons pas la question. Que l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement ait lieu ou pas, la tension psychologique qu&rsquo;il suscite d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 laissera des effets. Ce qui compte dans tous les cas, c&rsquo;est l&rsquo;uvre de d\u00e9stabilisation qui est en cours avec ses effets psychologiques, contre un syst\u00e8me qui d\u00e9structure les valeurs de la civilisation au nom d&rsquo;une id\u00e9ologie \u00e0 pr\u00e9tention consensuelle, \u00e9conomiste, voire au nom d&rsquo;une \u00ab <em>doctrine of provisional catastrophe<\/em> \u00bb d&rsquo;inspiration \u00e9videmment marxiste (on parle de l&rsquo;ultra-lib\u00e9ralisme, oui oui), comme l&rsquo;\u00e9crit <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2433\" class=\"gen\">William Pfaff<\/a>. C&rsquo;est un travail de contre-feu : feu contre feu, pour arr\u00eater l&rsquo;incendie. C&rsquo;est du secourisme, rien d&rsquo;autre.)<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Extrait de La parenth\u00e8se monstrueuse<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em> Ce texte de Philippe Grasset est extrait du Chapitre 2 de la Premi\u00e8re Partie (Le soleil noir de la Beat Generation), chapitre ainsi pr\u00e9sent\u00e9: D&rsquo;une crise l&rsquo;autre, comme \u00e9crirait C\u00e9line. * La Beat Generation au milieu du si\u00e8cle, comme un pont entre la Grande D\u00e9pression et les ann\u00e9es 1960, jusqu&rsquo;\u00e0 ne plus faire qu&rsquo;un.  * Importance ontologique de la Grande D\u00e9pression.<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour la portion d&rsquo;Histoire, le temps historique ainsi d\u00e9termin\u00e9 dans sa r\u00e9alit\u00e9 dissimul\u00e9e, on mesure d&rsquo;abord la pr\u00e9sence formidable de la Grande D\u00e9pression comme borne de d\u00e9part et comme influence souterraine d\u00e9cisive. La Grande D\u00e9pression est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui n&rsquo;a pas de pareil dans son domaine et, pour l&rsquo;Histoire des USA, elle ne se compare en intensit\u00e9 et en importance qu&rsquo;avec la seule Guerre Civile. C&rsquo;est bien plus qu&rsquo;une crise \u00e9conomique, qu&rsquo;une crise sociale, voire qu&rsquo;une crise politique ou m\u00eame qu&rsquo;\u00eatre la grande crise du capitalisme am\u00e9ricaniste. C&rsquo;est la crise fondamentale de la psychologie am\u00e9ricaine soudain mise en face de l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 des promesses d\u00e9cha\u00een\u00e9es qui ont jusqu&rsquo;ici port\u00e9 le projet am\u00e9ricaniste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa Grande D\u00e9pression est d&rsquo;abord une chute vertigineuse. Cela suppose qu&rsquo;on vient de haut. Les <em>Roaring Twenties<\/em>, qui sont les ann\u00e9es folles chez nous (on reviendra sur cette diff\u00e9rence dans le <em>nickname<\/em> de la p\u00e9riode), sont caract\u00e9ris\u00e9es d&rsquo;abord, dans l&rsquo;appr\u00e9ciation que j&rsquo;en ai qui se nourrit autant de l&rsquo;intuition que des remarques venues des t\u00e9moins et d\u00e9crivant le climat de la p\u00e9riode, par l&rsquo;<strong>ivresse<\/strong> d&rsquo;un pays qui est un continent, qui est un monde <strong>\u00e0 lui seul<\/strong>. Il y a comme un engourdissement de l&rsquo;esprit dans un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9bahissement et de fi\u00e8vre irr\u00e9sistible, suscit\u00e9 par le rythme des choses, la vitesse, l&rsquo;envol\u00e9e, la fortune, l&rsquo;argent qui circule, le cr\u00e9dit qui marche, le commentaire m\u00eame de toute cette activit\u00e9 ; la description \u00e9conomique et technologique du ph\u00e9nom\u00e8ne est trompeuse ; c&rsquo;est de l&rsquo;esprit, donc de la psychologie qu&rsquo;il faut parler. Les gens semblent croire que plus rien des habituelles lois humaines, pour ne rien dire des lois historiques, n&rsquo;arr\u00eatera l&rsquo;<strong>ascension<\/strong> vers le Paradis de la chose devenue soudain collective. Nous sommes dans le langage de la mystique et de la magie. A l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1929, cet \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me \u00e9tait proche de l&rsquo;extase et l&rsquo;astrologue Evangeline Adams, interrog\u00e9e par WJZ Radio sur les perspectives de la bourse, avait pr\u00e9dit aux Am\u00e9ricains : \u00ab <em>The Dow Jones could climb to Heaven.<\/em> \u00bb L&rsquo;inauguration du pr\u00e9sident Hoover (en mars 1929), avait \u00e9t\u00e9 une c\u00e9r\u00e9monie d\u00e9crite par l&rsquo;\u00e9crivain Anne O&rsquo;Hare McCormick, de cette fa\u00e7on : \u00ab <em>We were in a mood for magicthe whole country was a vast, expectant gallery, its eyes focused on Washington. We had summoned a grat engineer to solve our problem for us ; now we sat back confortably and confidently to watch the problems being solved..<\/em> \u00bb Hoover annon\u00e7a, lors de son discours, rien de moins que la fin de la pauvret\u00e9 du monde: \u00ab <em>We in america today are nearer to the final triumph over poverty thane ver before in the history of any land&#8230; We shall soon with the help of God be in sight of the day when poverty will be banished from this earth.<\/em> \u00bb Ce que nous devons admettre d\u00e9finitivement \u00e0 ce point, \u00e0 quoi je crois absolument, c&rsquo;est que cet homme, Hoover, qui sera ha\u00ef dans trois ans jusqu&rsquo;\u00e0 se faire voler son nom pour d\u00e9crire les bidonvilles des pauvres qui cr\u00e8vent de faim par millions (les <em>Hoovervilles<\/em>),  Hoover dit absolument ce qu&rsquo;il pense, absolument sinc\u00e8re, et exprimant en plus un sentiment proche de l&rsquo;unanimit\u00e9 extatique. Mesure-t-on la profondeur effrayante de la chute dans l&rsquo;<strong>Enfer<\/strong> de la D\u00e9pression? La Grande D\u00e9pression est un chapitre noir comme de l&rsquo;encre sorti de <em>La Divine Com\u00e9die<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe myst\u00e8re \u00e9conomique de la Grande D\u00e9pression est que l&rsquo;effondrement de Wall Street en octobre 1929 n&rsquo;en fut pas la cause \u00e9conomique directe. Apr\u00e8s lui, la bourse remonta (74% entre d\u00e9cembre 1929 et mars 1930), l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique repartit jusqu&rsquo;\u00e0 retrouver au printemps 1930 les chiffres de fin 1928, en plein <em>boom<\/em>. L&rsquo;observation de Hoover (mars 1930), objet depuis de sarcasmes sans fin d\u00e9crivant l&rsquo;homme sans esprit et sans coeur, est dans cette perspective compl\u00e8tement justifi\u00e9e : \u00ab <em>Prosperity is around the corner.<\/em> \u00bb C&rsquo;est ce que l&rsquo;historienne de la Grande D\u00e9pression Maury Klein, dans <em>Rainbow&rsquo;s End<\/em>, d\u00e9finit sous le titre : \u00ab <em>The Crash as Historical Problem<\/em> \u00bb. Pour mon compte, cela signifie que le <em>crash<\/em> de 1929, et la Grande D\u00e9pression apr\u00e8s lui mais apr\u00e8s cette extraordinaire reprise de fin-1929-1930, ne sont pas un probl\u00e8me \u00e9conomique mais effectivement un probl\u00e8me historique que nous ne pouvons r\u00e9soudre qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aide de la psychologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn octobre 1929, quelque chose s&rsquo;est bris\u00e9e au cur le plus intime de chaque Am\u00e9ricain. Cette f\u00ealure mettra le temps qu&rsquo;il faut pour se manifester, principalement dans la prudence retrouv\u00e9e, dans la pusillanimit\u00e9, dans la peur du lendemain, dans l&rsquo;angoisse des temps difficiles. Cette d\u00e9pression du caract\u00e8re collectif pr\u00e9c\u00e8de et pr\u00e9pare la Grande D\u00e9pression. L&rsquo;\u00e9conomie, apr\u00e8s le r\u00e9flexe m\u00e9canique de la reprise \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, suit, prisonni\u00e8re de ce qui lui avait donn\u00e9 des ailes, et qui p\u00e8se d\u00e9sormais comme du plomb qui l&rsquo;entra\u00eene vers le fond. L&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaniste est bas\u00e9e sur la fiction de l&rsquo;optimisme sans frein impos\u00e9 \u00e0 la psychologie humaine ; elle \u00e9volue au rythme de l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration constante, de la vitesse, elle est  rythme elle-m\u00eame, pulsation de l&rsquo;Am\u00e9rique, et cela jusqu&rsquo;au bout, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame,  c&rsquo;est-\u00e0-dire jusqu&rsquo;au Paradis (discours de Hoover),  et si Dieu n&rsquo;est pas au rendez-vous, jusqu&rsquo;\u00e0 la rupture et l&rsquo;effondrement. La crise am\u00e9ricaine est par essence la crise du paroxysme interrompu. La chute ram\u00e8ne les r\u00e9flexes du refus de la consommation, condamnant l&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 la spirale n\u00e9gative de l&rsquo;inactivit\u00e9. La crise de 1929-33 (et m\u00eame 1929-39, et m\u00eame 1929 jusqu&rsquo;au-del\u00e0, jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours) est la plus profonde de l&rsquo;histoire de l&rsquo;am\u00e9ricanisme parce que le sommet d&rsquo;o\u00f9 vient l&rsquo;Am\u00e9rique de 1929 est le plus haut du paroxysme de l&rsquo;ivresse psychologique qui ait jamais \u00e9t\u00e9 atteint. Le r\u00e9sultat sera un changement ontologique du caract\u00e8re national, une rupture de la psychologie qui divise l&rsquo;histoire de l&rsquo;am\u00e9ricanisme en deux. La Grande D\u00e9pression en est le plus grand \u00e9v\u00e9nement. Le reste est une course contre l&rsquo;\u00e9gr\u00e8nement de l&rsquo;horloge de la trag\u00e9die.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe professeur am\u00e9ricain Albert Gu\u00e9rard nous dit, en 1945 : \u00ab <em>Je doute <\/em>[que] <em>beaucoup d&rsquo;Europ\u00e9ens <\/em>[aient] <em>pleinement r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;\u00e9tendue du d\u00e9sastre, et \u00e0 quel point le pays \u00e9tait proche de sa ruine absolue, au moment o\u00f9 Roosevelt prit le pouvoir.<\/em> \u00bb En septembre 1933, le Fran\u00e7ais Andr\u00e9 Maurois, retour d&rsquo;un s\u00e9jour l\u00e0-bas, rapportait ces remarques dans ses <em>Chantiers am\u00e9ricains<\/em>: \u00ab <em>Si vous aviez fait le voyage vers la fin de l&rsquo;hiver (1932-33), vous auriez trouv\u00e9 un peuple compl\u00e8tement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Pendant quelques semaines, l&rsquo;Am\u00e9rique a cru que la fin d&rsquo;un syst\u00e8me, d&rsquo;une civilisation, \u00e9tait tout proche.<\/em> \u00bb Il y avait la tension \u00e9puisante, l&rsquo;image d&rsquo;une mar\u00e9e qui monte et qui engloutit, la certitude de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement in\u00e9luctable qui emporte tout, cette impression d&rsquo;\u00eatre pris au pi\u00e8ge, jusqu&rsquo;\u00e0 penser que des \u00ab <em>milliers de familles pourraient \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 la famine<\/em> \u00bb (Maurois). Pendant la c\u00e9r\u00e9monie d&rsquo;investiture de FDR, le 4 mars 1933, on passait des d\u00e9p\u00eaches urgentes au nouveau secr\u00e9taire au tr\u00e9sor pr\u00e8s du nouveau Pr\u00e9sident et il devait aussit\u00f4t quitter les lieux pour son bureau, pour y prendre des mesures n\u00e9cessaires dans l&rsquo;instant. Seconde apr\u00e8s seconde, l&rsquo;Am\u00e9rique s&rsquo;effondrait, se dissolvait litt\u00e9ralement. \u00ab <em>On voyait arriver le moment o\u00f9 les autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales n&rsquo;auraient plus le ph\u00e9nom\u00e8ne du ch\u00f4mage en mains, et o\u00f9 des millions de gens seraient accul\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9meute.<\/em> \u00bb (Maurois encore) Dans les souvenirs du ministre du Travail, Frances Perkins, voici ce qui se passa d&rsquo;exceptionnel en ce jour d&rsquo;inauguration du nouveau pr\u00e9sident, et ce ne fut point l&rsquo;inauguration elle-m\u00eame mais un \u00e9v\u00e9nement tenu secret longtemps : \u00ab <em>Nous \u00e9tions dans une situation terrifiante. Les banques fermaient. La vie \u00e9conomique du pays \u00e9tait pratiquement paralys\u00e9e. Roosevelt devait prendre en main le gouvernement des \u00c9tats-Unis. Si un homme avait jamais voulu prier, ce devait \u00eatre en ce jour-l\u00e0. Il voulait vraiment prier, et il tenait \u00e0 ce que chacun vint prier avec lui. <\/em>[&#8230;] <em>Ce fut impressionnant. Chacun priait, alors que le Docteur Peabody lisait l&rsquo;action de gr\u00e2ce pour Ton Serviteur, Franklin, qui est sur le point de devenir Pr\u00e9sident de ces Etats-Unis. Nous \u00e9tions l\u00e0, Catholiques, Protestants, Juifs, mais je doute que l&rsquo;un d&rsquo;entre nous ait pens\u00e9 \u00e0 une diff\u00e9rence \u00e0 cet instant. A chaque anniversaire de cet Inauguration Day, chaque ann\u00e9e, il ne manqua jamais de se rendre \u00e0 St. John pour r\u00e9p\u00e9ter les pri\u00e8res et le service de ce jour-l\u00e0.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe discours, entendu au hasard d&rsquo;un documentaire t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e sur la p\u00e9riode et qui n&rsquo;est pas rest\u00e9 dans l&rsquo;Histoire officielle, est rest\u00e9 grav\u00e9 dans ma m\u00e9moire,  quelque part au printemps ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1933, FDR film\u00e9, qui s&rsquo;exclame devant une foule interdite : \u00ab <em>Faites quelque chose! Et si \u00e7a ne marche pas, faites autre chose!<\/em> \u00bb ; comme s&rsquo;il parlait \u00e0 des \u00eatres paralys\u00e9s, incapables de la moindre initiative, assomm\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements ; comme s&rsquo;il avait essay\u00e9 d&rsquo;animer une ombre, de r\u00e9veiller un mort. FDR fut un magicien, ou, si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re, un saltimbanque, un type qui monte un spectacle litt\u00e9ralement \u00e0 r\u00e9veiller les morts ; un Elmer Gantry, le pr\u00e9dicateur-bidon du livre de Sinclair Lewis, qui termine sur cette r\u00e9plique avec le sourire \u00e9clatant de Burt Lancaster (dans le film du m\u00eame nom) : \u00ab <em>See you in hell, brother !<\/em>  \u00bb FDR eut une activit\u00e9 de communication, comme on dit aujourd&rsquo;hui, sans \u00e9quivalent jusqu&rsquo;alors (et peut-\u00eatre depuis, apr\u00e8s tout). Dans ce domaine, le brio, voire le g\u00e9nie de FDR ne peut \u00eatre contest\u00e9. L&rsquo;effet sur la population am\u00e9ricaine fut \u00e9norme, un ph\u00e9nom\u00e8ne majeur de ce qu&rsquo;on nomme la communication de masse&rsquo;. Mais au-del\u00e0 du diagnostic froid, le constat concerne l&rsquo;humanit\u00e9 et sa trag\u00e9die. Le peuple am\u00e9ricain fut sauv\u00e9 alors qu&rsquo;il se trouvait au bord de l&rsquo;ab\u00eeme. L&rsquo;\u00e9crivain Saul Bellow rapporte ses souvenirs des douces fins d&rsquo;apr\u00e8s-midi du printemps 1933, dans la campagne de Chicago, lorsque les voitures s&rsquo;alignaient sous les rang\u00e9es d&rsquo;arbres, o\u00f9 les conducteurs, les familles, les jeunes gens, se calaient confortablement sur les banquettes pour \u00e9couter \u00e0 la radio un discours de FDR qui demandait au peuple am\u00e9ricain de se reprendre, de retrouver son \u00e9lan, son ardeur, sa puissance. Tous les t\u00e9moignages rapportent ce d\u00e9sarroi, puis cette communion, cette communaut\u00e9 retrouv\u00e9e dans le malheur gr\u00e2ce \u00e0 la voix chaude du pr\u00e9sident. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;\u00e9conomie mais du plus profond de la psychologie humaine. S&rsquo;il y quelque grandeur du h\u00e9ros historique chez FDR, on la trouve dans ce moment o\u00f9 il retient l&rsquo;Am\u00e9rique au bord du gouffre.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Philippe Grasset<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mois des fous et l&rsquo;encha\u00eenement psychologique 23 f\u00e9vrier 2006 Un lecteur (ils sont beaucoup \u00e0 l&rsquo;honneur ces derniers temps) nous signale, sur le Forum correspondant (en date du 21 f\u00e9vrier), que le texte sur la fin de l&rsquo;Occident est un \u00ab mauvais plagiat \u00bb. Ce m\u00eame lecteur, nous renvoie ensuite sur un Forum de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[5118,3083,2891,5116,5120,5119],"class_list":["post-67298","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-crash","tag-depression","tag-grande","tag-iob","tag-monstrueuse","tag-parenthese"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67298","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=67298"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67298\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=67298"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=67298"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=67298"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}