{"id":67332,"date":"2006-03-07T00:00:00","date_gmt":"2006-03-07T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/03\/07\/laffaire-jsf-est-elle-trop-importante-pour-etre-laissee-aux-generaux\/"},"modified":"2006-03-07T00:00:00","modified_gmt":"2006-03-07T00:00:00","slug":"laffaire-jsf-est-elle-trop-importante-pour-etre-laissee-aux-generaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/03\/07\/laffaire-jsf-est-elle-trop-importante-pour-etre-laissee-aux-generaux\/","title":{"rendered":"<strong><em>L&rsquo;\u201caffaire JSF\u201d est-elle trop importante pour \u00eatre laiss\u00e9e aux g\u00e9n\u00e9raux ?<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">L&rsquo;affaire JSF est-elle trop importante pour \u00eatre laiss\u00e9e aux g\u00e9n\u00e9raux ?<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t7 mars 2006  Nous extrayons quelques lignes d&rsquo;un texte de <em>Jane&rsquo;s Defence Industry<\/em> dat\u00e9 du 1er avril 2006. Le texte reproduit des d\u00e9clarations du secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat \u00e0 la d\u00e9fense de Norv\u00e8ge Espen Barth Eide. La Norv\u00e8ge a une position tr\u00e8s dure \u00e0 propos de son engagement dans le JSF et se trouve actuellement dans <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2464\" class=\"gen\">un processus<\/a> d&rsquo;\u00e9valuation de sa participation dans le programme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoici ces quelques lignes, auxquelles nous nous attachons parce qu&rsquo;elles sont v\u00e9ritablement r\u00e9volutionnaires :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>If you ask our air force, you know exactly which answer you will get: they want the JSF. Given their long history of buying US aircraft and of training and operating closely alongside the US Air Force, that is perfectly understandable. But this programme is of such magnitude that the decision really should not be left to the generals alone, Barth Eide stressed.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;homme politique d\u00e9signe avec cette phrase un point central, non seulement de l&rsquo;affaire JSF mais, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, de la situation d&rsquo;all\u00e9geance europ\u00e9enne vis-\u00e0-vis des USA dans le domaine des structures et des conceptions militaires. Il d\u00e9crit ce qui pourrait n&rsquo;\u00eatre d\u00e9sign\u00e9 que comme un  \u00e9tat d&rsquo;esprit ; l&rsquo;expression ne doit pourtant pas dissimuler l&rsquo;importance du ph\u00e9nom\u00e8ne et l&rsquo;importance consid\u00e9rable de ses effets. Cette attitude des g\u00e9n\u00e9raux norv\u00e9giens, qu&rsquo;on retrouve dans la plupart des pays secondaires de l&rsquo;OTAN (au Danemark, aux Pays-Bas, au Portugal, en Italie, etc.), perdure depuis les origines de l&rsquo;alliance occidentale. Elle a soumis la strat\u00e9gie de ces pays avec ce qui en d\u00e9coule,  les choix de mat\u00e9riels (am\u00e9ricains), les structures militaires, les choix strat\u00e9giques et, au bout du compte, les choix politiques,  \u00e0 la ligne g\u00e9n\u00e9rale des Etats-Unis. Pendant des d\u00e9cennies, elle a \u00e9t\u00e9 indiscutablement justifi\u00e9e aux yeux des mondes politiques correspondants, par la puissance,  vraie ou suppos\u00e9e,  de l&rsquo;adversaire communiste, par la description apocalyptique des effets de toute politique n&rsquo;impliquant pas une opposition sans la moindre h\u00e9sitation ni concession \u00e0 cet adversaire. Ce dernier point plaida massivement, on le comprend, en faveur des liens politiques et militaires serr\u00e9s avec les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa dur\u00e9e et la puissance de ces positions implicites mais constantes des militaires sont d&rsquo;autant plus grandes que la structure militaire reste en place et pr\u00e9sente en g\u00e9n\u00e9ral une grande continuit\u00e9 conformiste, n\u00e9cessairement pro-am\u00e9ricaniste, de sa position politique. Le monde politique est soumis aux al\u00e9as des \u00e9lections et des changements d&rsquo;orientations qui en d\u00e9coulent, \u00e0 son absence de capacit\u00e9s techniques. Il n&rsquo;a d&rsquo;autre issue que de s&rsquo;en remettre \u00e0 la stabilit\u00e9 de son <em>establishment<\/em> militaire pour \u00e9noncer sa politique de s\u00e9curit\u00e9, dont il approuve d&rsquo;ailleurs l&rsquo;orientation g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 une influence <em>de facto<\/em> tr\u00e8s forte de la position des militaires lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;essentielle politique de s\u00e9curit\u00e9. Jusqu&rsquo;en 1988, toutes les d\u00e9clarations d&rsquo;investiture (dite de politique g\u00e9n\u00e9rale) de n&rsquo;importe quel gouvernement belge commen\u00e7ait, sur le chapitre de la s\u00e9curit\u00e9, par la phrase d\u00e9finissant sa politique de s\u00e9curit\u00e9 avec ces quelques mots : la Belgique respectera ses engagements de membre de l&rsquo;OTAN. Jusqu&rsquo;\u00e0 cette p\u00e9riode commen\u00e7ant en 1988, on aurait pu r\u00e9duire le chapitre de la politique de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 cette seule phrase.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Dans les d\u00e9clarations d&rsquo;investiture des gouvernements belges, l&rsquo;Europe \u00e9tait mentionn\u00e9e en seconde position \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 ; depuis 1988, l&rsquo;Europe a pris la premi\u00e8re position. Mais la Belgique est un cas \u00e0 part dans ces pays secondaires, comme on a pu le voir en 2003 lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;est retrouv\u00e9e aux c\u00f4t\u00e9s de la France et de l&rsquo;Allemagne contre la guerre en Irak. Elle a parfois subi l&rsquo;influence de la France. Pour les autres pays secondaires, auxquels il faut ajouter les pays de l&rsquo;Est, l&rsquo;OTAN est rest\u00e9e plus longtemps en premi\u00e8re place. Aujourd&rsquo;hui, il y a du flottement.) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMis \u00e0 part les grands pays europ\u00e9ens (essentiellement la France et le Royaume-Uni,  l&rsquo;Allemagne \u00e9tant un cas ambigu, avec une partie importante de sa politique de s\u00e9curit\u00e9 qui suit la m\u00eame tendance que les pays secondaires), les pays secondaires ont la particularit\u00e9 d&rsquo;une tr\u00e8s faible souverainet\u00e9 nationale. Leurs choix de politique sont plut\u00f4t des choix sous la force de l&rsquo;influence. (Dans le cas du Royaume-Uni, m\u00eame si les engagements sont pro-am\u00e9ricains \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, le processus est diff\u00e9rent. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une politique nationale \u00e9labor\u00e9e, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e et tr\u00e8s consciente. Qu&rsquo;on go\u00fbte le paradoxe d&rsquo;une politique nationale aboutissant le plus souvent \u00e0 la n\u00e9gation de la souverainet\u00e9, comme dans le cas du JSF justement, n&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;admettre que cette politique est effectivement un acte national et politique et nullement la r\u00e9sultante d&rsquo;influences diverses.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour cette raison de la pr\u00e9pond\u00e9rance de l&rsquo;influence et de l&rsquo;absence de souverainet\u00e9, les dirigeants militaires ont eu le poids qu&rsquo;on rel\u00e8ve ici parce que leur stabilit\u00e9 et leur r\u00e9putation d&rsquo;expertise nourrissent une tr\u00e8s forte influence. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un corps social tr\u00e8s internationaliste, avec des liens suivis, institutionnels et personnels, avec les autres <em>establishment<\/em> militaires des pays de l&rsquo;OTAN, et principalement avec les Am\u00e9ricains. Cette r\u00e9f\u00e9rence quasiment patriotique (\u00e0 l&rsquo;OTAN) rend ces milieux au moins aussi proches de leurs r\u00e9seaux atlantistes, et surtout am\u00e9ricains, que de leur fid\u00e9lit\u00e9 nationale. Chez beaucoup, il n&rsquo;y a d&rsquo;ailleurs aucune contradiction : il suffit de faire s&rsquo;\u00e9quivaloir le patriotisme national avec le patriotisme otanien, op\u00e9ration relativement ais\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes liens d&rsquo;influence entra\u00eenaient et entra\u00eenent des choix de mat\u00e9riels, avec les liens socio-professionnels qui vont avec et le renouvellement d&rsquo;influence qui en d\u00e9coule (la chose fonctionne comme un syst\u00e8me de vases communicants, en se renfor\u00e7ant elle-m\u00eame). Il s&rsquo;agit de situations concr\u00e9tis\u00e9es par des faits bien r\u00e9els, entretenant leur vigueur et leur f\u00e9condit\u00e9 : visites, rencontres, r\u00e9unions, aides personnelles pour des reclassements professionnels, etc. Tout cela va \u00e9videmment, et comme naturellement, dans le sens am\u00e9ricain et des int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains. On ne mesurera jamais assez le poids formidable de cette situation dans les choix politiques de ces pays secondaires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;on a tendance \u00e0 \u00e9crire un peu sur le mode du pass\u00e9, c&rsquo;est que cette situation, si elle existe encore, est en pleine crise. C&rsquo;est dans ce contexte qu&rsquo;on mesure la port\u00e9e de la phrase qui sert de pr\u00e9texte et d&rsquo;introduction \u00e0 cette r\u00e9flexion. La mise en cause du poids des militaires dans une affaire comme celle du JSF, dans un pays comme la Norv\u00e8ge, est un acte r\u00e9volutionnaire, pas moins. Non pas n\u00e9cessairement (on l&rsquo;ignore) que Espen Barth Eide soit un fou r\u00e9volutionnaire, mais parce que la situation pousse \u00e0 une telle prise de position. On mesure \u00e0 cette sorte de circonstances les avantages extraordinaires que les Am\u00e9ricains sont en train de perdre \u00e0 cause de leur politique, car c&rsquo;est bien leur politique depuis le 11 septembre 2001 qui est la cause essentielle de cette \u00e9volution.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit d&rsquo;un autre aspect qui fait du JSF une affaire si importante. C&rsquo;est \u00e0 son propos et \u00e0 cette occasion que cette situation de r\u00e9seaux et d&rsquo;influence peut essuyer un coup majeur de d\u00e9stabilisation pouvant mener \u00e0 sa propre d\u00e9structuration. La derni\u00e8re phrase de Espen Barth Eide est vraiment \u00e0 double sens, dans l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;on en peut faire, mais aussi, peut-\u00eatre, dans l&rsquo;esprit m\u00eame de celui qui l&rsquo;a dite : \u00ab <em>But this programme is of such magnitude that the decision really should not be left to the generals alone.<\/em> \u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe JSF est une affaire trop importante pour \u00eatre laiss\u00e9e aux seuls g\u00e9n\u00e9raux ? Un tel jugement, avec la charge explosive \u00e9vidente de son ambigu\u00eft\u00e9 selon qu&rsquo;on l&rsquo;interpr\u00e8te du point de vue militaro-budg\u00e9taire ou du point de vue politique, n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e il y a six ans, avant le 11 septembre et avant les cons\u00e9quences profondes du 11 septembre. Les engagements des Europ\u00e9ens dans la premi\u00e8re phase (d\u00e9veloppement) du JSF, en 2001 et au printemps 2002 se firent sans r\u00e9el d\u00e9bat, comme une lettre \u00e0 la poste. C&rsquo;\u00e9tait bien l&rsquo;affaire des g\u00e9n\u00e9raux. Manifestement, ce temps-l\u00e0 est en train de passer et cette situation en place depuis un demi-si\u00e8cle est directement contest\u00e9e. C&rsquo;est encore un signe de l&rsquo;importance r\u00e9volutionnaire et de l&rsquo;importance politique fondamentale du programme JSF et du d\u00e9bat qu&rsquo;il suscite.   <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;affaire JSF est-elle trop importante pour \u00eatre laiss\u00e9e aux g\u00e9n\u00e9raux ? 7 mars 2006 Nous extrayons quelques lignes d&rsquo;un texte de Jane&rsquo;s Defence Industry dat\u00e9 du 1er avril 2006. Le texte reproduit des d\u00e9clarations du secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat \u00e0 la d\u00e9fense de Norv\u00e8ge Espen Barth Eide. 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