{"id":67335,"date":"2006-03-07T00:00:00","date_gmt":"2006-03-07T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/03\/07\/lamer-anniversaire-de-gorbatchev\/"},"modified":"2006-03-07T00:00:00","modified_gmt":"2006-03-07T00:00:00","slug":"lamer-anniversaire-de-gorbatchev","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/03\/07\/lamer-anniversaire-de-gorbatchev\/","title":{"rendered":"L&rsquo;amer anniversaire de Gorbatchev"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">L&rsquo;amer anniversaire de Gorbatchev<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t7 mars 2006  Le 2 mars, Mikha\u00efl Sergue\u00efevitch Gorbatchev f\u00eatait ses 75 ans. Il s&rsquo;est manifest\u00e9 par quelques consid\u00e9rations sur l&rsquo;exp\u00e9rience qu&rsquo;il a recueillie alors qu&rsquo;il conduisait l&rsquo;URSS, de mars 1985 \u00e0 d\u00e9cembre 1991.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPoutine a salu\u00e9 Gorbatchev sous le titre ambigu et incertain de p\u00e8re de la d\u00e9mocratie russe. En m\u00eame temps (le 1er mars), Vaclav Havel avait plac\u00e9 une de ses offensives anti-russes dont les Am\u00e9ricains ont le secret, impliquant curieusement Gorbatchev : l&rsquo;ancien pr\u00e9sident tch\u00e8que a publi\u00e9 le 1er mars une lettre collective (\u00e0 l&rsquo;occasion de la visite de Poutine en Tch\u00e9quie) d\u00e9non\u00e7ant le retour de l&rsquo;autocratie en Russie et la guerre de Tch\u00e9tch\u00e9nie (\u00ab <em>La guerre dissimule la nouvelle installation d&rsquo;un pouvoir centralis\u00e9 et sans limite<\/em> \u00bb). Il \u00e9tait annonc\u00e9 que Gorbatchev \u00e9tait un des signataires de cette lettre. Le 5 mars, \u00e0 la TV russe, Gorbatchev d\u00e9mentait avoir sign\u00e9 cette lettre. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 reste un des traits d\u00e9crivant le plus souvent Gorbatchev et le gouvernement de Gorbatchev entre 1985 et 1991. Selon son ancien porte-parole, Andre\u00ef Gratchev, auteur du <em>Myst\u00e8re Gorbatchev<\/em> (2002), \u00ab <em>Gorbatchev a voulu r\u00e9former le syst\u00e8me pour le sauver mais a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9, en fin de compte, de sacrifier le syst\u00e8me pour sauver l&rsquo;\u00c9tat<\/em> \u00bb. Cette appr\u00e9ciation est discutable dans la mesure o\u00f9 il est av\u00e9r\u00e9 que le syst\u00e8me c&rsquo;\u00e9tait le Parti (PC de l&rsquo;URSS), et que le Parti c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00c9tat. En suivant l&rsquo;id\u00e9e de Gratchev, nous dirions plut\u00f4t que Gorbatchev a certes voulu sauver le syst\u00e8me mais qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9, en fin de compte, de sacrifier le syst\u00e8me pour sauver la nation russe. L&rsquo;Histoire pourrait bien reconna\u00eetre que Poutine lui donne raison quinze ans apr\u00e8s, car c&rsquo;est bien gr\u00e2ce \u00e0 la sauvegarde de l&rsquo;id\u00e9e de nation russe que la Russie peut pr\u00e9tendre \u00e0 nouveau jouer un r\u00f4le aujourd&rsquo;hui, avec les moyens du bord.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, il n&rsquo;est pas s\u00fbr que l&rsquo;uvre int\u00e9rieure de Gorbatchev soit l&rsquo;aspect le plus remarquable de son action. Gratchev parle du chaos cr\u00e9ateur pour caract\u00e9riser la politique de Gorbatchev en URSS. On appliquerait plut\u00f4t ce terme lui-m\u00eame ambigu et soumis \u00e0 un nombre honorable d&rsquo;interpr\u00e9tations contradictoires au traitement qu&rsquo;appliqua Gorbatchev aux relations est-ouest. Le r\u00e9sultat essentiel est r\u00e9sum\u00e9 par la phrase de Gregoryi Arbatov (alors directeur de l&rsquo;Institut des Etats-Unis et du Canada de Moscou) \u00e0 un journaliste de <em>Newsweek<\/em>, en mai 1988 : \u00ab <em>Nous allons vous faire quelque chose de terrible, nous allons vous priver d&rsquo;ennemi.<\/em> \u00bb A notre sens, il faut aller bien plus loin. Arbatov aurait pu poursuivre en s&rsquo;adressant cette fois aux Occidentaux en g\u00e9n\u00e9ral : Nous allons vous faire quelque chose de terrible, nous allons vous r\u00e9v\u00e9ler le vrai visage des Etats-Unis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, on peut constater une tr\u00e8s grande amertume chez l&rsquo;ancien secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PC de l&rsquo;URSS. Cette amertume colore les jugements qu&rsquo;il porte, essentiellement, sur l&rsquo;attitude politique des Occidentaux ; elle n&#8217;emp\u00eache certainement pas la lucidit\u00e9, qui reste un des traits qu&rsquo;on retrouve dans le jugement sur la politique internationale de Gorbatchev. L&rsquo;amertume de Gorbatchev est un commentaire d&rsquo;humeur de Gorbatchev pour caract\u00e9riser la situation politique que sa lucidit\u00e9 mesure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoici certaines de ses r\u00e9actions autour de ses 75 ans.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; \u00ab <em> Certains en Occident voudraient que la Russie soit \u00e0 moiti\u00e9 \u00e9touff\u00e9e,<\/em> constate-t-il. <em>La Russie avec son \u00e9norme potentiel intellectuel et militaire, et propri\u00e9taire de 42 % des r\u00e9serves naturelles mondiales, fait peur \u00e0 l&rsquo;Occident, et m\u00eame nos amis craignent aujourd&rsquo;hui une renaissance de l&rsquo;Empire russe.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Gorbatchev d\u00e9nonce \u00ab <em>un complexe de sup\u00e9riorit\u00e9 des Etats-Unis. Cela r\u00e9pond aux int\u00e9r\u00eats de nous tous que cet immense pays d&rsquo;Am\u00e9rique sorte de cette maladie<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Gorbatchev consid\u00e8re comme une erreur la publication au Danemark et dans d&rsquo;autres pays europ\u00e9ens des caricatures de Mahomet. Son commentaire situe le niveau de la chose et va peut-\u00eatre assez loin dans la d\u00e9rision et la futilit\u00e9 pour en situer l&rsquo;esprit : \u00ab <em>Visiblement la vie des Danois est trop tranquille et ils en avaient assez de s&rsquo;ennuyer.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; L&rsquo;historien russe Anatoli Outkine a fait quelques commentaires sur l&rsquo;amertume de Gorbatchev, pour AFP. \u00ab <em>Gorbatchev est profond\u00e9ment d\u00e9\u00e7u par l&rsquo;Occident et surtout par Washington qui n&rsquo;a presque rien r\u00e9alis\u00e9 de leurs promesses apr\u00e8s toutes ses concessions<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Outkine avance deux des principales causes de l&rsquo;amertume de Gorbatchev : \u00ab <em>Gorbatchev se rappelle bien que Washington lui avait alors promis de ne plus avancer vers l&rsquo;Est la fronti\u00e8re de l&rsquo;OTAN<\/em> \u00bb (il s&rsquo;agissait, pr\u00e9cise Outkine, de \u00ab <em>promesses verbales<\/em> \u00bb). Gorbatchev \u00ab <em>voit \u00e9galement que l&rsquo;Occident n&rsquo;a pas tenu ses engagements officiels, dont celui pr\u00e9vu par l&rsquo;accord sign\u00e9 \u00e0 Vienne en octobre 1990 sur la cr\u00e9ation d&rsquo;une Europe sans alliances: le Pacte de Varsovie a bien disparu, mais pas l&rsquo;OTAN.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela, notamment les pr\u00e9cisions de Outkine concernant les promesses verbales et \u00e9crites \u00e0 propos de l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e0 respecter en Europe, est parfaitement exact. Cette politique occidentale \u00e9tait bien connue \u00e0 l&rsquo;OTAN dans les ann\u00e9es 1989-91. Le ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res Chevardnadze avait trouv\u00e9 en avril 1990 le terme Sinatra Doctrine se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la chanson <em>My Way<\/em> du chanteur am\u00e9ricain, pour signifier que chacun, en Europe, d\u00e9sormais, suivrait sa propre voie. C&rsquo;\u00e9tait une conception lib\u00e9ratrice du sortir de Yalta. Rien ne s&rsquo;est pass\u00e9 de la sorte : le syst\u00e8me am\u00e9ricano-atlantiste s&rsquo;est engouffr\u00e9 dans la br\u00e8che pour pousser jusqu&rsquo;aux fronti\u00e8res de la Russie, suivi en cela, toujours avec l&rsquo;aveuglement habituel, par l&rsquo;Union Europ\u00e9enne. Ce faisant, on suivait, tout aussi aveugl\u00e9ment, une politique de revanche qui interdit tout \u00e9quilibre et toute harmonie en Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est le contraire des conceptions classiques et p\u00e9rennes de la diplomatie, dont l&rsquo;exemple arch\u00e9typique est le Congr\u00e8s de Vienne de 1814, d\u00e9cidant que la France vaincue garderait pourtant l&rsquo;essentiel de son poids g\u00e9ographique et strat\u00e9gique en Europe. Pourtant, les ambitions ne manquaient pas, notamment du c\u00f4t\u00e9 du tsar Alexandre qui dominait la coalition avec le r\u00f4le essentiel qu&rsquo;il avait jou\u00e9 dans l&rsquo;affaiblissement d\u00e9cisif de Napol\u00e9on.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;esprit de Talleyrand triomphait, esprit ennemi des conqu\u00eates et ennemi de l&rsquo;ing\u00e9rence. \u00ab <em>La v\u00e9ritable primaut\u00e9, la seule utile et raisonnable, la seule qui convienne \u00e0 des hommes libres et \u00e9clair\u00e9s, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre ma\u00eetre chez soi et de n&rsquo;avoir jamais la ridicule pr\u00e9tention de l&rsquo;\u00eatre chez les autres<\/em> \u00bb (1792). Sur les questions soulev\u00e9es par la libert\u00e9, qu&rsquo;on respect ou qu&rsquo;on impose, Talleyrand pouvait \u00e9crire ceci en 1807 : \u00ab <em>Je persiste dans l&rsquo;opinion qu&rsquo;il est de la nature d&rsquo;un \u00c9tat libre de d\u00e9sirer que les autres peuples soient appel\u00e9s \u00e0 la jouissance d&rsquo;un bien qui, une fois r\u00e9pandu, promet \u00e0 l&rsquo;Europe, au monde, l&rsquo;extinction d&rsquo;une grande part des querelles qui le ravagent<\/em> \u00bb Bien entendu, il s&rsquo;agit de s&rsquo;entendre, car ce qui importe est la dynamique et la forme d&rsquo;acquisition de la libert\u00e9, et non la libert\u00e9 elle-m\u00eame ; ce qui s&rsquo;\u00e9nonce comme ceci, qui pourrait servir d&rsquo;\u00e9pitaphe \u00e0 l&rsquo;aventure irakienne : \u00ab <em>Le syst\u00e8me qui tend \u00e0 porter la libert\u00e9 \u00e0 portes ouvertes chez les nations soumises est le plus propre \u00e0 la faire ha\u00efr et \u00e0 emp\u00eacher son triomphe.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBien entendu, nous sommes bien loin d&rsquo;une telle sagesse et Gorbatchev a \u00e9t\u00e9 bien fou d&rsquo;y croire un tant soit peu. Le syst\u00e8me am\u00e9ricaniste n&rsquo;a pas montr\u00e9 plus de sagesse que le syst\u00e8me communiste, avec bien moins de raisons pour l&rsquo;en excuser. Son destin en Europe, en apparence triomphant, est d&rsquo;y faire perdurer les tensions et les antagonismes,  ce qu&rsquo;on croit, curieusement, \u00eatre une habile manuvre de division des adversaires,  et l\u00e0, tout est dit, en effet, puisque la manuvre n&rsquo;est habile que si les Europ\u00e9ens sont consid\u00e9r\u00e9s comme adversaires par les am\u00e9ricanistes, ce qui implique un d\u00e9sastre strat\u00e9gique pour les seconds. Au bout du compte, cette tension permanente finira par \u00e9puiser les am\u00e9ricanistes eux-m\u00eames, qui perdront tout l\u00e0 o\u00f9 ils auraient pu conserver beaucoup avec un peu de sagesse \u00e0-la-Talleyrand.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;amer anniversaire de Gorbatchev 7 mars 2006 Le 2 mars, Mikha\u00efl Sergue\u00efevitch Gorbatchev f\u00eatait ses 75 ans. Il s&rsquo;est manifest\u00e9 par quelques consid\u00e9rations sur l&rsquo;exp\u00e9rience qu&rsquo;il a recueillie alors qu&rsquo;il conduisait l&rsquo;URSS, de mars 1985 \u00e0 d\u00e9cembre 1991. Poutine a salu\u00e9 Gorbatchev sous le titre ambigu et incertain de p\u00e8re de la d\u00e9mocratie russe. 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