{"id":67499,"date":"2006-04-27T00:00:00","date_gmt":"2006-04-27T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/04\/27\/chronique-dun-printemps-francais-rubrique-de-defensa-extraits-volume-21-n13-du-25-mars-2006-et-du-10-avril-2006\/"},"modified":"2006-04-27T00:00:00","modified_gmt":"2006-04-27T00:00:00","slug":"chronique-dun-printemps-francais-rubrique-de-defensa-extraits-volume-21-n13-du-25-mars-2006-et-du-10-avril-2006","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/04\/27\/chronique-dun-printemps-francais-rubrique-de-defensa-extraits-volume-21-n13-du-25-mars-2006-et-du-10-avril-2006\/","title":{"rendered":"<strong><em>Chronique d&rsquo;un printemps fran\u00e7ais \u2014 Rubrique de defensa (extraits), Volume 21 n\u00b013 du 25 mars 2006 et du 10 avril 2006.<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h3>Chronique d&rsquo;un printemps fran\u00e7ais<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous publions ci-dessous, contrairement \u00e0 l&rsquo;habitude de pr\u00e9senter une seule rubrique de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa<\/em>-papier, deux extraits de deux chroniques <em>de defensa<\/em> successives, du 25 mars et 10 avril. Il s&rsquo;agit de deux r\u00e9flexions sur la France, d&rsquo;abord le ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9cliniste en France (chronique du 25 mars), ensuite la crise du CPE (chronique du 10 avril).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl nous a paru int\u00e9ressant de rapprocher ces deux extraits dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;on met ensemble deux analyses critiques de deux aspects d&rsquo;une m\u00eame crise, la sempiternelle crise fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autre part, on peut consulter un texte <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2650\" class=\"gen\">F&#038;C<\/a>, ce m\u00eame jour de publication sur notre site, qui donne des indications nouvelles sur la crise du CPE en France.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">L&rsquo;exceptionnel banal<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tTalleyrand disait que \u00ab <em>les vrais int\u00e9r\u00eats de la France ne sont jamais en opposition avec les int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;Europe<\/em> \u00bb. Nous encha\u00eenons sur cette id\u00e9e en observant qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, malgr\u00e9 tout le tintamarre fait dans le sens contraire, la France est parfaitement accord\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Europe. Cette remarque sacrifie, malheureusement, \u00e0 une forte dose d&rsquo;ironie. Il y a dans l&rsquo;actuel courant de communication (parlons de cela plut\u00f4t que courant d&rsquo;opinion) qui exprime, en France, que la France est r\u00e9trograde, battue, irr\u00e9formable, etc., quelque chose du sentiment europ\u00e9en face aux grandes forces soi-disant irr\u00e9sistibles et soi-disant modernistes. L&rsquo;ironie est \u00e0 ce degr\u00e9 mais elle est aussi pr\u00e9sente \u00e0 un autre degr\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme l&rsquo;Europe en g\u00e9n\u00e9ral (malgr\u00e9 les d\u00e9clarations officielles), comme on l&rsquo;a vu dans les rues europ\u00e9ennes au d\u00e9but de 2003, la France s&rsquo;est oppos\u00e9e \u00e0 la guerre en Irak qui est le moteur des grands courants d\u00e9stabilisateurs de la p\u00e9riode. Les pr\u00e9visions de ces opposants, les Fran\u00e7ais en premier, se sont compl\u00e8tement r\u00e9alis\u00e9es, avec l&rsquo;enlisement am\u00e9ricain en Irak,  la transformation de l&rsquo;Irak en nid de terroristes, la d\u00e9stabilisation mise au coeur du Moyen-Orient. S&rsquo;il n&rsquo;y a pas de raison de se r\u00e9jouir de tout cela, il y a bien assez pour dire, avec la plus extr\u00eame gravit\u00e9 du monde: nous vous l&rsquo;avions bien dit; et, \u00e0 partir de cette base qui rend compte d&rsquo;une certaine lucidit\u00e9, offrir une critique constructive du syst\u00e8me qui conduit \u00e0 cette sorte d&rsquo;errements.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est le contraire qui s&rsquo;est produit, notamment du c\u00f4t\u00e9 des cercles officiels. Rien n&rsquo;a paru plus press\u00e9 que de r\u00e9int\u00e9grer un courant g\u00e9n\u00e9ral de complaisance et de dissimulation des r\u00e9alit\u00e9s explosives qui nous font aller de crise en crise. La France qui avait raison se retrouve donc en France perdante. On dira: la r\u00e9alit\u00e9 de la situation fran\u00e7aise y invite. Voire. D&rsquo;abord, les situations nationales un peu partout ne sont pas tellement plus brillantes que la fran\u00e7aise; ensuite et surtout, il y a, dans l&rsquo;inspiration et l&rsquo;\u00e9lan qui auraient pu \u00eatre utilis\u00e9s \u00e0 partir de cette position des ann\u00e9es 2002-2003, bien des arguments pour faire penser que la France aurait pu \u00e9voluer de fa\u00e7on bien diff\u00e9rente, tant les situations politiques et \u00e9conomiques d\u00e9pendent des psychologies collectives.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais l\u00e0 encore, la France est parfaitement europ\u00e9enne et elle ne fait que traduire \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame et \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s, \u00e0 la fran\u00e7aise dirait-on en pensant au panache bien fran\u00e7ais, une d\u00e9marche europ\u00e9enne. Les Europ\u00e9ens s&rsquo;int\u00e9ressent moins aux r\u00e9alit\u00e9s du monde qu&rsquo;aux th\u00e8ses sur l&rsquo;apparente r\u00e9alit\u00e9 du monde qu&rsquo;ils suivent aveugl\u00e9ment. Il s&rsquo;agit sans aucun doute d&rsquo;un mal europ\u00e9en, cette fa\u00e7on qu&rsquo;a l&rsquo;Europe de vouloir \u00eatre elle-m\u00eame en se conformant \u00e0 des mod\u00e8les et \u00e0 des th\u00e9ories qui ne sont pas elle. Cette illusion l&rsquo;entra\u00eene et l&rsquo;encha\u00eene. C&rsquo;est la version europ\u00e9enne du mal de civilisation dont souffre l&rsquo;Occident dans son enti\u00e8ret\u00e9. La chose est malheureusement sans surprise. Nous n&rsquo;avons pas besoin des Barbares pour nous soumettre puisque nous sommes nos propres Barbares.<\/p>\n<h3>Les d\u00e9lices du d\u00e9clin<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEn 1963, l&rsquo;historien C.J. Gignoux, de l&rsquo;Institut, \u00e9crivait (dans son livre \u00e9ponyme sur Joseph de Maistre): \u00ab <em>Il est tout aussi plausible de se demander si notre pays n&rsquo;est pas malade de scepticisme et empoisonn\u00e9 par l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie, en sorte que, par r\u00e9action, la cure d&rsquo;absolu devient tentante, m\u00eame si la consid\u00e9ration de l&rsquo;almanach invite \u00e0 l&rsquo;adapter \u00e0 notre \u00e9tat.<\/em> \u00bb Cette remarque venait d&rsquo;un catholique affirm\u00e9 et traditionaliste et renvoyait \u00e9videmment au sens religieux. Elle pourrait \u00eatre reprise dans un sens plus g\u00e9n\u00e9ral, la\u00efc pourrait-on dire, pour la France aujourd&rsquo;hui. Elle illustre autant l&rsquo;\u00e9tat de la psychologie fran\u00e7aise que la crise de sacr\u00e9, ou crise du sens, que chacun s&#8217;emploie \u00e0 diagnostiquer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette remarque valait donc en 1963, comme elle vaut, sur le fond, pour 1934-36, pour 1919, au temps du constat fameux de Valery (\u00ab <em>Nous, civilisations&#8230;<\/em> \u00bb), pour 1870-71 et ainsi de suite. C&rsquo;est \u00e9videmment une constante fran\u00e7aise que cette maladie du scepticisme conduisant \u00e0 l&rsquo;auto-flagellation. Le mot souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9 de J.E.C. Bodley (voir notre Analyse, 10 f\u00e9vrier 2006), qui date de 1900, reste valable pour 2006: \u00ab <em>Je me permets de dire que ces journalistes<\/em> [fran\u00e7ais] <em>m\u00e9contents formulent leur m\u00e9contentement en des termes qui d\u00e9peignent la maladie de leur \u00e9poque plut\u00f4t que l&rsquo;\u00e9tat exact de leur pays.<\/em> \u00bb L&rsquo;absence de conscience des \u00e9v\u00e9nements du monde dans le chef des intellectuels fran\u00e7ais (mot postmoderne pour le journaliste de Bodley), lorsqu&rsquo;ils formulent des jugements catastrophiques sur l&rsquo;\u00e9tat de leur pays, est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui ne cesse de surprendre dans ce pays o\u00f9 la culture et le sentiment de l&rsquo;universalit\u00e9 sont rois.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl existe aujourd&rsquo;hui une \u00e9trange situation \u00e0 cause de la profondeur devenue extr\u00eame de la rupture entre le public fran\u00e7ais et ses \u00e9lites. La bataille en cours ne porte pas sur une \u00e9ventuelle adaptation de la France aux conditions de son \u00e9poque,  dans l&rsquo;hypoth\u00e8se o\u00f9 cela serait n\u00e9cessaire,  mais sur cette opposition. Le r\u00e9sultat est que l&rsquo;analyse de la situation du monde qui sert d&rsquo;argument a de moins en moins \u00e0 voir avec les r\u00e9alit\u00e9s de la situation du monde, et de plus en plus \u00e0 voir avec cet antagonisme. Pour les \u00e9lites fran\u00e7aises, le lib\u00e9ralisme ne cesse d&rsquo;\u00eatre charg\u00e9 de vertus nouvelles parce que l&rsquo;opinion publique ne cesse de s&rsquo;y opposer. C&rsquo;est tout juste si l&rsquo;on jette un coup d&rsquo;oeil sur l&rsquo;\u00e9tat du monde pour voir quel est l&rsquo;\u00e9tat de ce lib\u00e9ralisme, et encore ce coup d&rsquo;oeil est-il \u00e9videmment jet\u00e9 au travers de verres \u00e9videmment d\u00e9formants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe paradoxe qui r\u00e9sulte de cette \u00e9volution est que ces \u00e9lites fran\u00e7aises semblent de plus en plus singuli\u00e8rement d\u00e9connect\u00e9es de l&rsquo;\u00e9tat du monde. Elles plaident la n\u00e9cessit\u00e9 pour la France de cesser de se distinguer par go\u00fbt du pass\u00e9, par son conservatisme, par son ringardisme, pour s&rsquo;adapter aux conditions nouvelles,  pour s&rsquo;adapter, puisqu&rsquo;il le faut, \u00e0 la globalisation. Le discours pr\u00e9suppose n\u00e9cessairement que la globalisation est l&rsquo;unique voie \u00e0 suivre, et que c&rsquo;est une voie \u00e0 la fois irr\u00e9sistible, triomphante et bonne. On sait bien que l&rsquo;\u00e9vidence dit exactement le contraire: la globalisation est de moins en moins l&rsquo;unique voie \u00e0 suivre, elle n&rsquo;est plus du tout irr\u00e9sistible, elle ne cesse d&rsquo;essuyer des revers, elle s&rsquo;av\u00e8re de plus en plus perverse. Nous n&rsquo;en sommes plus \u00e0 nous interroger sur le fait de savoir si ces mises en question sont judicieuses mais sur le constat que ces mises en question sont d\u00e9sormais des faits puissants et pas loin d&rsquo;\u00eatre irr\u00e9sistibles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Sym\u00e9trie contradictoire des \u00e9lites fran\u00e7aises et am\u00e9ricaines<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tObservant l&rsquo;Am\u00e9rique, Tocqueville avait conclu que le grand danger qu&rsquo;elle courait serait de se retrouver prisonni\u00e8re de sa majorit\u00e9. Il semble bien que nous y soyons. Commentant la situation aux USA apr\u00e8s l&rsquo;abandon de la gestion des ports US par la soci\u00e9t\u00e9 de Douba\u00ef DPW, Edward Luce, du <em>Financial Times<\/em>, observait le 10 mars que, dans ce cas, le Congr\u00e8s avait compl\u00e8tement ignor\u00e9 le pr\u00e9sident jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;humiliation, tandis que dans un autre, presque parall\u00e8lement, il se soumettait \u00e0 lui en abandonnant l&rsquo;enqu\u00eate sur l&rsquo;espionnage ill\u00e9gal des citoyens am\u00e9ricains. Luce poursuit: \u00ab <MI>How to reconcile these two developments? The answer is public opinion. One clear lesson from the Dubai PW controversy is that Democrats and Republicans alike chose to follow rather than to shape public opinion.<MI> \u00bb (Sur les \u00e9coutes ill\u00e9gales, au contraire, le public est majoritairement favorable.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa faiblesse extraordinaire du pouvoir politique aux USA se mesure effectivement \u00e0 cette sorte de situation. Malgr\u00e9 la mise en condition, le virtualisme, les montages, etc., notamment sur les questions de terrorisme et sur l&rsquo;Irak, le pouvoir politique se retrouve de plus en plus avec comme seule r\u00e9f\u00e9rence l&rsquo;opinion de la majorit\u00e9. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un d\u00e9veloppement remarquable post-9\/11, o\u00f9 l&rsquo;on avait cru d&rsquo;abord que le pouvoir politique prenait en main, presque d&rsquo;une fa\u00e7on arbitraire (certains d\u00e9noncent aux USA un processus de fascisation), la direction du pays, imposant sa volont\u00e9, ses conceptions, sa politique. On d\u00e9couvre aujourd&rsquo;hui, apr\u00e8s les \u00e9checs divers, dont l&rsquo;Irak en premier, que l&rsquo;autorit\u00e9 artificiellement renforc\u00e9e de ce pouvoir s&rsquo;est compl\u00e8tement d\u00e9lit\u00e9e. Le pouvoir politique et les \u00e9lites washingtoniennes courent derri\u00e8re l&rsquo;opinion publique. (Le paradoxe absurde est que, dans certains cas, cette opinion a \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9e et est manipul\u00e9e par ce pouvoir, ce qui conduit \u00e0 des blocages ou \u00e0 des incoh\u00e9rences extraordinaires o\u00f9 le pouvoir politique est indirectement prisonnier de ses propres manipulations&#8230;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa situation en France est inverse,  mais elle est finalement de m\u00eame substance. Les \u00e9lites (le pouvoir politique en g\u00e9n\u00e9ral inclus, mais d&rsquo;une fa\u00e7on plus ambigu\u00eb \u00e0 cause des n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9lectorales) sont prisonni\u00e8res. Leur prison, c&rsquo;est leur hostilit\u00e9 aux opinions de la majorit\u00e9 de l&rsquo;opinion publique. Une opinion g\u00e9n\u00e9rale va de pair avec cet emprisonnement, qui est le m\u00e9pris, ou la faible consid\u00e9ration pour cette opinion publique,  en g\u00e9n\u00e9ral jug\u00e9e tout juste bonne \u00e0 \u00eatre \u00e9duqu\u00e9e in extremis (on parle alors de p\u00e9dagogie) pour voter comme il convient. Ainsi ces \u00e9lites lancent-elles des aventures qui paraissent \u00e0 leur raison gagn\u00e9es d&rsquo;avance et qui se terminent en catastrophe (le r\u00e9f\u00e9rendum de mai 2005).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe sentiment des \u00e9lites fran\u00e7aises est r\u00e9solument d\u00e9cliniste, comme il l&rsquo;est \u00e0 peu pr\u00e8s depuis le si\u00e8cle de Louis XIV, ou bien depuis Jeanne d&rsquo;Arc qui fut victime de leur hostilit\u00e9. Elles jugent avoir raison parce qu&rsquo;elles disent la modernit\u00e9 mais constatent que l&rsquo;obscurantisme du peuple fran\u00e7ais interdit \u00e0 cette v\u00e9rit\u00e9 de se manifester. Ces \u00e9lites prennent le reste du monde \u00e0 t\u00e9moin de cet obscurantisme et de la difficult\u00e9 de leur propre destin: \u00eatre les \u00e9lites les plus intelligentes du monde (c&rsquo;est connu) d&rsquo;une population aussi born\u00e9e. Mais le t\u00e9moin (le reste du monde) a d&rsquo;autres pr\u00e9occupations que d&rsquo;\u00e9couter les geignements des \u00e9lites fran\u00e7aises.<\/p>\n<h3>Amertume du d\u00e9clinologue<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tTout l&rsquo;argument d\u00e9cliniste tient dans la faiblesse de la France, voire son ringardisme, \u00e9conomique, technologique, conceptuel, pays-lambeau \u00e0 la tra\u00eene des autres, bient\u00f4t oubli\u00e9. La France ne compte plus, n&rsquo;a plus aucune capacit\u00e9 d&rsquo;influence, etc. C&rsquo;est fort simple, la France est tellement faible &#8230; qu&rsquo;elle fait basculer l&rsquo;Europe! Ce paradoxe orwellien (plus je suis faible, plus je suis fort) tient tout entier dans la plume de Nicolas Baverez lorsqu&rsquo;il \u00e9crit (Les \u00c9chos du 8 mars),   o\u00f9 l&rsquo;on voit le fameux homme malade, d&rsquo;une pichenette villepinesque, r\u00e9ussir ce que le brillant Tony Blair n&rsquo;avait pas r\u00e9ussi dans l&rsquo;autre sens,  faire basculer l&rsquo;Europe! \u00ab <em>La nouveaut\u00e9 tient au fait que, non contente d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;homme malade des d\u00e9mocraties d\u00e9velopp\u00e9es, la France a entrepris de contaminer l&rsquo;Europe en exportant la bouff\u00e9e nationaliste et protectionniste qui l&rsquo;a saisie, au risque de faire basculer l&rsquo;Union de la panne \u00e0 la d\u00e9sint\u00e9gration. Apr\u00e8s avoir ruin\u00e9 l&rsquo;Europe politique avec l&rsquo;\u00e9chec du r\u00e9f\u00e9rendum sur le projet de Constitution, la France menace aujourd&rsquo;hui directement le grand march\u00e9 et la monnaie unique par son acc\u00e8s de protectionnisme, qui fait des \u00e9mules en Italie, en Espagne, voire en Allemagne.<\/em> \u00bb &#8230; Peut-\u00eatre l&rsquo;homme malade fera-t-il bient\u00f4t basculer le reste du monde, y compris GW? (Voir plus loin&#8230;) Quelle puissance, en v\u00e9rit\u00e9,  et quelle amertume rageuse dans la plume du th\u00e9oricien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe paradoxe du raisonnement qui cherche \u00e0 trop d\u00e9montrer la valeur d&rsquo;une th\u00e8se par l&rsquo;absurde, par l&rsquo;affirmation ironique de son contraire, est le produit d&rsquo;une \u00e9vidence de situation parce qu&rsquo;il rencontre une situation r\u00e9elle. La pens\u00e9e le c\u00e8de au constat d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 pressante, qui agit sous nos yeux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est vrai que le mouvement de protection de l&rsquo;\u00e9conomie est aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une prodigieuse puissance, qu&rsquo;il \u00e9clate comme la cons\u00e9quence,  ph\u00e9nom\u00e8ne des explosions en cha\u00eene,  d&rsquo;une crise parvenue \u00e0 la maturit\u00e9 de son explosion. Contre cela, le dogme lib\u00e9ral est simplement submerg\u00e9, emport\u00e9 par la mar\u00e9e galopante de la r\u00e9alit\u00e9. Il tente quelques actions de r\u00e9sistance mais elles sont \u00e0 peine retardatrices. Une source, \u00e0 la Commission europ\u00e9enne, remarque qu&rsquo;\u00ab <em>aujourd&rsquo;hui nous viennent de partout, de nombre de pays et d&rsquo;autorit\u00e9s, des d\u00e9cisions, des mesures, des restructurations tendant, \u00e0 tr\u00e8s grande vitesse, \u00e0 mettre en place des syst\u00e8mes de protection de l&rsquo;\u00e9conomie. Il n&rsquo;est plus temps de discuter. On sent qu&rsquo;il y a partout cette attitude: Maintenant, il faut prot\u00e9ger notre \u00e9conomie, notre puissance, face aux pouss\u00e9es pr\u00e9datrices.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas de la Commission europ\u00e9enne est \u00e9videmment exemplaire. Cette institution s&rsquo;est, depuis la pr\u00e9sidence Delors, r\u00e9guli\u00e8rement discr\u00e9dit\u00e9e par son dogmatisme, ses tendances conformistes qui semblent multiplier les conformismes nationaux, son \u00e9conomisme,  cette tendance \u00e0 r\u00e9duire tous les probl\u00e8mes \u00e0 leur aspect \u00e9conomique, avec le refus de prendre en compte les dimensions r\u00e9ellement politique et strat\u00e9gique. Elle laisse ainsi les peuples europ\u00e9ens dans l&rsquo;impression d&rsquo;un organisme acharn\u00e9 \u00e0 imposer des r\u00e8gles internes qui paraissent attentatoires \u00e0 leurs souverainet\u00e9s, et singuli\u00e8rement inactif dans le domaine de la promotion ou de la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats europ\u00e9ens, pris dans leur sens le plus large. Toutes les recommandations de la Commission sont per\u00e7ues avec suspicion, et c&rsquo;est le cas de sa lutte contre le n\u00e9o-protectionnisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Qui influe sur qui? L&rsquo;Am\u00e9rique de GW Bush est-elle f\u00e2cheusement influenc\u00e9e par la France?<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRevenons-en aux vitup\u00e9rations de Nicolas Baverez, \u00e0 son constat furieux de voir l&rsquo;Europe conduite dans le domaine mal\u00e9fique du n\u00e9o-protectionnisme par la France. Ne devrait-il pas ajouter l&rsquo;Am\u00e9rique comme on le sugg\u00e9rait d&rsquo;abord en guise d&rsquo;ironie provocatrice? L&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;affaire des ports am\u00e9ricains avec l&rsquo;abandon (le 9 mars) de leur gestion par la Duba\u00ef Port World (DPW), repr\u00e9sente un de ces \u00e9v\u00e9nements marquants dont on peut dire qu&rsquo;il a \u00e9videmment une dimension politique consid\u00e9rable,  m\u00eame s&rsquo;il pr\u00e9tend n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;\u00e9conomique. Interrog\u00e9 par la t\u00e9l\u00e9vision CNBC, le secr\u00e9taire au tr\u00e9sor Snow a fait ces remarques,  o\u00f9 l&rsquo;on comprend bien que les d\u00e9n\u00e9gations du ministre r\u00e9pondent \u00e0 autant de pr\u00e9occupations qui sont d\u00e9sormais dans nombre d&rsquo;esprits: \u00ab <em>I don&rsquo;t view this as anything but an isolated incident. We don&rsquo;t want to be isolationist. We don&rsquo;t want to turn our backs on the rest of the world.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est remarquable que Snow parle de l&rsquo;isolationnisme,  pour d\u00e9nier qu&rsquo;il y en a,  alors qu&rsquo;il aurait pu, qu&rsquo;il aurait d\u00fb ne parler que de protectionnisme. Mais la mati\u00e8re est politique parce qu&rsquo;elle est fondamentale. C&rsquo;est ce que nous indique Irwin Stelzer, directeur des \u00e9tudes de politique \u00e9conomique au Hudson Institute, lorsqu&rsquo;il d\u00e9finit de la sorte l&rsquo;issue de cette affaire telle qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9e par le Congr\u00e8s des \u00c9tats-Unis: \u00ab <em>This might be one of those turning points in economic and political affairs. In economics, we might be seeing the end of the era of free trade. In politics, we might be witnessing the reemergence of nationalism and its close cousin, protectionism.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu fait, que va dire Baverez de ce cas? Que \u00ab <em>l&rsquo;homme malade des d\u00e9mocraties d\u00e9velopp\u00e9es<\/em> \u00bb a non seulement infect\u00e9 l&rsquo;Europe, mais la Grande R\u00e9publique elle-m\u00eame? Nous allons de surprise en surprise quant \u00e0 la puissance d&rsquo;influence de ce pauvre pays d\u00e9charn\u00e9 et \u00e0 la d\u00e9rive, comme nous le d\u00e9crivent nos d\u00e9clinistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRedevenons s\u00e9rieux, bien s\u00fbr. Dans cette occurrence, la France n&rsquo;est en rien le moteur de quoi que ce soit, ni en Europe, ni vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Am\u00e9rique, dans un domaine o\u00f9 les choses se d\u00e9veloppent d&rsquo;elles-m\u00eames avec tant de puissance. (Il y a un extraordinaire paradoxe, r\u00e9v\u00e9lateur d&rsquo;attitudes inconscientes significatives quant \u00e0 l&rsquo;estime qu&rsquo;ils ont de la r\u00e9alit\u00e9 du rapport des forces, et de la puissance de leur propre pays, de voir ces d\u00e9clinistes ainsi parer la France de tant de poids d&rsquo;influence,  m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;influence n\u00e9gative, le poids est bien l\u00e0.) L&rsquo;attitude de la France s&rsquo;inscrit \u00e9videmment dans un courant g\u00e9n\u00e9ral,  peut-\u00eatre le dit-elle plus haut que les autres, avec son imprudence habituelle de ne pas assez dissimuler, ou bien peut-\u00eatre le dit-elle fort mal. Le cas am\u00e9ricain, par sa limpidit\u00e9, a l&rsquo;avantage d&rsquo;exposer clairement le dilemme qui frappe les d\u00e9mocraties d\u00e9velopp\u00e9es. Le cas fran\u00e7ais a la particularit\u00e9 de nous \u00e9clairer, <em>volens nolens<\/em>, sur la r\u00e9alit\u00e9 profonde du mouvement en cours, sur sa signification, sur la puissance et la force de la bataille en cours. L&rsquo;expression patriotisme \u00e9conomique contient effectivement toutes ces donn\u00e9es, pour ceux qui veulent y songer plut\u00f4t que s&rsquo;enfuir aussit\u00f4t dans un mouvement de d\u00e9go\u00fbt. Dans ce cas, comme dans bien d&rsquo;autres, la puissance intrins\u00e8que du langage, sa substance m\u00eame suppl\u00e9ent \u00e0 la faiblesse et \u00e0 l&rsquo;impuissance de ceux qui en usent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(<strong><em>Extrait de de defensa, Volume 21 n\u00b013 du 25 mars 2006<\/em><\/strong>)<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Le syst\u00e8me marche<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tPlaisante-t-il, Ambrose Evans-Pritchard le bien nomm\u00e9, lorsqu&rsquo;il \u00e9crit dans The Telegraph du 28 mars: \u00ab <em>In the long-run, France will out-perform, perhaps reclaiming its 18th-Century title as the Continent&rsquo;s hegemon, as it alone has avoided a collapse in birth rates. But it may have to look into the abyss first.<\/em> \u00bb Evans-Pritchard parlait de la situation de la crise-CPE et m\u00eame Richard North s&rsquo;y est tromp\u00e9,  ou bien a-t-il eu raison?  et a pris la remarque au s\u00e9rieux, en protestant bien entendu&#8230; Mais peut-\u00eatre, tout simplement, ironique ou pas, a-t-il raison? La France est la Grande Nation, habitu\u00e9e des abysses et habitu\u00e9e d&rsquo;en revenir. Qui n&rsquo;aurait pens\u00e9 \u00e0 la fin de la Grande Nation le 21 juin 1940? Qui aurait cru qu&rsquo;un homme croyant le contraire et l&rsquo;affirmant trois jours plus t\u00f4t avait raison, que la France serait \u00e0 la table des vainqueurs en 1945, qu&rsquo;elle serait ind\u00e9pendante et ma\u00eetresse de sa puissance nucl\u00e9aire un quart de si\u00e8cle plus tard?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes contestataires du CPE, c&rsquo;est entendu, sont int\u00e9ressants dans la mesure o\u00f9 ils d\u00e9passent si largement le cas du CPE qu&rsquo;on en oublierait le motif un peu d\u00e9risoire de cette grande explosion par ailleurs assez bien contr\u00f4l\u00e9e (l&rsquo;habitude et, peut-\u00eatre, une certaine complicit\u00e9 cach\u00e9e entre les soi-disant adversaires?). La p\u00e9riode actuelle peut \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e comme une explosion de plus d&rsquo;une crise g\u00e9n\u00e9rale qui s&rsquo;exprime diversement mais qui montre une continuit\u00e9 chronologique remarquable (en remontant le temps: crise des banlieues de l&rsquo;automne 2005, r\u00e9f\u00e9rendum europ\u00e9en n\u00e9gatif de mai 2005, pr\u00e9sidentielles de 2002 avec Le Pen au deuxi\u00e8me tour, etc.). La remarque annexe est que les choses s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8rent tout en \u00e9tant contr\u00f4l\u00e9es. Il n&rsquo;est pas s\u00fbr que ce soit une classe contre une autre, la rue contre le pouvoir, etc. On peut consid\u00e9rer comme ne manquant pas d&rsquo;int\u00e9r\u00eat l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une machinerie complexe exprimant avec les moyens du bord mais d&rsquo;une fa\u00e7on sophistiqu\u00e9e une attitude fondamentale. Le message est important.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe jugement essentiel \u00e0 ajouter, qui effleure bien peu de commentateurs fran\u00e7ais enferm\u00e9s dans leur raisonnement hexagonal au nom de belles th\u00e8ses d&rsquo;ouverture europ\u00e9enne ou de la globalisation, est qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une sp\u00e9cificit\u00e9 isolant la France comme une pestif\u00e9r\u00e9e du reste du monde. Il s&rsquo;agit du contraire, exactement. Lorsqu&rsquo;il commente (le 29 mars) le mouvement en France, William Pfaff prend bien soin de le qualifier d&rsquo;europ\u00e9en et de le mesurer comme en avance du reste (les Fran\u00e7ais europ\u00e9ens et \u00e0 la pointe du progr\u00e8s: de quoi se plaignent les commentateurs asserment\u00e9s du syst\u00e8me?): \u00ab <em>It seems to me that this European unrest signals a serious gap in political and corporate understanding of the human consequences of a capitalist model that considers labor a commodity and extends price competition for that commodity to the entire world. In the longer term, there may be more serious political implications in this than even France&rsquo;s politicized students suspect. What seems the reactionary or even Luddite position might prove prophetic.<\/em> \u00bb Il est n\u00e9cessaire d&rsquo;observer la crise fran\u00e7aise comme un \u00e9v\u00e9nement europ\u00e9en, sinon un \u00e9v\u00e9nement de la globalisation, et nullement un \u00e9v\u00e9nement sp\u00e9cifiquement fran\u00e7ais.<\/p>\n<h3>Crise et contre-emploi<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa France est-elle paralys\u00e9e? On pourrait l&rsquo;avancer,  comme d&rsquo;habitude, dira-t-on, tant cette crise fran\u00e7aise nous semble continuellement recommenc\u00e9e depuis mai 68. Mais cela serait peut-\u00eatre trop s&rsquo;avancer. La particularit\u00e9 qu&rsquo;illustre cette \u00e9dition de la crise, confirmant d&rsquo;ailleurs une tendance qui s&rsquo;est affirm\u00e9e ces derni\u00e8res 10 ou 15 ann\u00e9es, c&rsquo;est que cette sorte de crise spasmodique aussit\u00f4t interpr\u00e9t\u00e9e \u00e9galement comme un signal de plus de notre crise g\u00e9n\u00e9rale de civilisation, semble pouvoir se faire sans que le d\u00e9sordre g\u00e9n\u00e9ral s&rsquo;installe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais plus encore,  cette crise-l\u00e0 est franchement curieuse, une sorte de com\u00e9die dramatique o\u00f9 tout le monde porte des faux-nez et des postiches. Tout le monde y joue \u00e0 contre-emploi et chacun semble jouer comme s&rsquo;il jouait le jeu de l&rsquo;autre. Rarement les commentateurs fran\u00e7ais n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 aussi indiff\u00e9rents aux circonstances ext\u00e9rieures, \u00e9levant la vision dite franco-fran\u00e7aise au niveau du grand art, alors que ces circonstances ext\u00e9rieures \u00e9clairent \u00e9videmment le sens profond de la crise et procurent une vision encore plus int\u00e9ressante de la complexit\u00e9 et du paradoxe qui la caract\u00e9risent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;on veut sch\u00e9matiser mais en s&rsquo;appliquant \u00e0 le faire en fonction de la perception, qui est l&rsquo;essentiel aujourd&rsquo;hui de la substance des analyses politiques, on comprend que le CPE est un instrument de la globalisation; qu&rsquo;il est consid\u00e9r\u00e9 par la pens\u00e9e conformiste comme une mesure progressiste n\u00e9cessaire et qu&rsquo;il est contest\u00e9 par un courant qui aime se v\u00eatir des atours progressistes et r\u00e9volutionnaires; que cette mesure progressiste en faveur de la globalisation est voulue par un homme qui passe pour \u00eatre un adversaire de la globalisation et du soi-disant progressisme qui va avec; que celui qui, au sein du gouvernement fran\u00e7ais, est cens\u00e9 \u00eatre partisan de la globalisation et de son progressisme est per\u00e7u in fine comme pas loin d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;adversaire de ce m\u00eame CPE&#8230; On dira que tout s&rsquo;explique par les concurrences et les affrontements politiques?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00c9largissons notre champ d&rsquo;investigation. Partout la globalisation est l&rsquo;objet d&rsquo;attaques (de contre-attaques plut\u00f4t) puissantes, jusque dans le pays qui en est la matrice (les USA et l&rsquo;affaire DPW\/ports am\u00e9ricains). La globalisation malade est donc de facto d\u00e9fendue en France par un gouvernement qui se targue par ailleurs d&rsquo;\u00eatre un des critiques les plus violents et les plus profonds de cette globalisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;extr\u00e9misme des d\u00e9fenseurs orthodoxes de la globalisation fr\u00f4le la perte du contr\u00f4le de leurs nerfs, comme on voit ces jours-ci dans l&rsquo;activisme et les interventions diverses des Commissaires europ\u00e9ens. (Oui, si jamais il devait rester une citadelle de la globalisation hyper-lib\u00e9rale debout, ce serait celle-l\u00e0: la Commission europ\u00e9enne.) Quelle est la cible privil\u00e9gi\u00e9e de cette fureur sans frein? La France,  non pas les manifestations anti-CPE mais le gouvernement  qui a promulgu\u00e9 le CPE et qui le d\u00e9fend,  ce gouvernement accus\u00e9 de la tare du patriotisme \u00e9conomique. Autres accus\u00e9s notamment, aux c\u00f4t\u00e9s de la France: l&rsquo;impeccable et prosp\u00e8re pro-europ\u00e9en Luxembourg et le fleuron de la New Europe, pro-am\u00e9ricaine et anti-fran\u00e7aise, la Pologne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais l&rsquo;on s&rsquo;en doute. Il n&rsquo;y a aucune raison de s&rsquo;exclamer ni de se frotter les yeux devant tant de contradictions. Cette complexit\u00e9 et ce paradoxe g\u00e9n\u00e9ral sont choses normales et d\u00e9finissent autant la situation du monde que celle de la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Qui comprendra ce qui se passe en France? Le sarcasme anglo-saxon ne suffit d\u00e9cid\u00e9ment plus<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPr\u00e9sentant le 26 mars la th\u00e8se selon laquelle France et Allemagne sont en train de s&rsquo;\u00e9loigner l&rsquo;une de l&rsquo;autre, le magazine Business de Londres rapporte certaines craintes qu&rsquo;on recueille \u00e0 Berlin. Bien s\u00fbr, il est question des tendances (n\u00e9o) protectionnistes fran\u00e7aises. Et pour l&rsquo;avenir, pour 2007 et ses pr\u00e9sidentielles? \u00ab <em>The fear in Berlin is that the coming French presidential election will accentuate these tendencies. The idea floated by France&rsquo;s leading right-wing candidate, Nicolas Sarkozy, for an inner group of big European countries to take the lead runs counter to the view in Berlin, which sees itself as developing close ties with smaller member states in east and central Europe.<\/em> \u00bb&#8230; Envol\u00e9e, l&rsquo;image idyllique d&rsquo;un Sarko aux c\u00f4t\u00e9s de Merkel, dans une conf\u00e9rence de presse parisienne qui semblait comme l&rsquo;annonce d&rsquo;une nouvelle p\u00e9riode de l&rsquo;Europe et du monde. Tout cela n&rsquo;a dur\u00e9 qu&rsquo;un seul \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous vivons une \u00e9poque \u00e9trange. Rythm\u00e9e par les incantations \u00e9conomiques, caract\u00e9ris\u00e9e par des hommes politiques dont la condition de l&rsquo;accession \u00e0 leur position est d&rsquo;abandonner tout projet politique qui ne sacrifi\u00e2t l&rsquo;essentiel \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie, donc d&rsquo;abandonner toute l\u00e9gitimit\u00e9 s\u00e9rieuse, elle exige pourtant de ces hommes politiques arriv\u00e9s au pouvoir qu&rsquo;ils r\u00e9duisent les grandes tendances populaires qui marquent l&rsquo;identit\u00e9 des nations lorsqu&rsquo;elles s&rsquo;opposent au bulldozer \u00e9conomique. Mais les hommes politiques, pour se maintenir dans un syst\u00e8me qui insiste pour le maintien du m\u00e9canisme d\u00e9mocratique qui le favorise, sont oblig\u00e9s de s&rsquo;appuyer sur les courants populaires. Ils n&rsquo;ont plus la force d&rsquo;imposer leurs propres visions; d&rsquo;ailleurs ils n&rsquo;en ont pas,  ni force, ni vision. Leur habilet\u00e9 se mesure \u00e0 cette capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9pouser ces courants populaires identitaires en donnant l&rsquo;impression que c&rsquo;est l&rsquo;expression de leur conviction et la colonne vert\u00e9brale de leur vision. Ainsi acqui\u00e8rent-ils ce qu&rsquo;ils esp\u00e8rent \u00eatre une l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa France est, dans notre \u00e9poque de m\u00e9pris de la vision politique, le pays le plus conforme \u00e0 ce mod\u00e8le, avec ses mouvements populaires identitaires tr\u00e8s affirm\u00e9s. La confusion d\u00e9crite plus haut se termine n\u00e9cessairement par une situation o\u00f9 des hommes politiques d\u00e9chir\u00e9s finissent par se rapprocher des courants populaires. Plus ils paraissent fermes et d\u00e9cid\u00e9s, comme l&rsquo;est Sarkozy, plus vite ils r\u00e9aliseront l&rsquo;op\u00e9ration d\u00e9crite ci-dessus d&rsquo;exprimer leur r\u00e9solution en \u00e9pousant les grands courants populaires identitaires. L&rsquo;analyse berlinoise rapport\u00e9e par Business est probablement juste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe n&rsquo;est pas qu&rsquo;on d\u00e9taille ici, sans le dire, des arguments \u00e9lectoraux (en faveur de Sarko). On ne fait que d\u00e9crire une situation qui a la forme d&rsquo;une fatalit\u00e9. L&rsquo;extraordinaire puissance du mouvement \u00e9conomique (la globalisation), en pulv\u00e9risant l&rsquo;homme politique en tant que cat\u00e9gorie humaine sp\u00e9cifique, l&rsquo;a mis \u00e0 merci, non de sa propre puissance de globalisation mais de la volont\u00e9 populaire et de ses pressions obligeamment r\u00e9percut\u00e9es par les moyens de la communication (autre trouvaille&#8230;). Ce n&rsquo;est pas pour rien que Washington subit, aujourd&rsquo;hui, la terrible tyrannie de la majorit\u00e9 dont Tocqueville craignait l&rsquo;av\u00e8nement,  crainte non exempte d&rsquo;ironie, car cette tyrannie signifie l&rsquo;\u00e9chec de la d\u00e9mocratie que Tocqueville n&rsquo;aimait assur\u00e9ment pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui se passe en France est donc \u00e9crit, sinon une fatalit\u00e9 \u00e0 laquelle il faudra se soumettre. L&rsquo;alternative, le d\u00e9cret sur la dissolution du peuple cher \u00e0 Bertold Brecht, ne marche pas.    <\/p>\n<h3>La Nation retorse<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tChaque crise est une occasion de mettre la chose en \u00e9vidence,  le paradoxe fran\u00e7ais. Les exemples abondent, qui montrent ce pays ennemi acharn\u00e9 de la globalisation, d\u00e9fenseur des souverainet\u00e9s et des identit\u00e9s bafou\u00e9es, par cons\u00e9quent d\u00e9nonc\u00e9 comme frileux, referm\u00e9 sur lui-m\u00eame, archa\u00efque,  ce pays pourtant avec tous les signes du contraire&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux exemples tr\u00e8s r\u00e9cents, au coeur de la crise, d&rsquo;ailleurs expos\u00e9s pour \u00e9clairer le paradoxe de la crise, deux exemples parmi une foultitude d&rsquo;autres. D&rsquo;abord, le m\u00eame Ambrose Evans Pritchard, dans son m\u00eame article du 28 mars: \u00ab <em>The <\/em>[French] <em>body-language is more hostile than the reality. Some 42pc of shares in the CAC40 blue-chip listings of the Paris bourse are foreign-owned, compared with 33pc for the London&rsquo;s FTSE 100.<\/em> \u00bb. Autre exemple, le constat de l&rsquo;OCDE, extrait de son Factbook 2006 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Bruxelles le 28 mars \u00e9galement,  une OCDE pourtant pas tendre pour la France: \u00ab <em>La section sp\u00e9ciale du Factbook 2006 consacr\u00e9e \u00e0 la globalisation \u00e9conomique est d&rsquo;ailleurs instructive puisqu&rsquo;elle d\u00e9montre que la France figure parmi les pays les plus engag\u00e9s dans ce processus, en d\u00e9pit des craintes exprim\u00e9es par ses habitants dans les sondages. Quatri\u00e8me exportateur mondial de services, la France est \u00e9galement bien plac\u00e9e sur les biens de moyenne et haute technologie. Elle arrive au 4\u00e8me rang comme pays d&rsquo;accueil mais aussi d&rsquo;origine des investissements directs \u00e9trangers.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTous ces constats conduisent nos commentateurs \u00e0 s&rsquo;interroger: pourquoi la France, si performante, n&rsquo;adh\u00e8re-t-elle pas au courant globalisant? Nos commentateurs voient un peu court. La France n&rsquo;a pas attendu l&rsquo;engouement actuel pour la globalisation pour \u00eatre novatrice et inventive. Sa position dans le flux mondial du progr\u00e8s est donc naturelle, sinon historique. C&rsquo;est avec cet arri\u00e8re-plan \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;on pourrait nuancer d\u00e9cisivement la question ci-dessus: pourquoi la France, si performante, si mondialis\u00e9e en un sens, rejette-t-elle la globalisation? La r\u00e9ponse tient alors de l&rsquo;\u00e9vidence et tout s&rsquo;explique. Si bien plac\u00e9e dans le courant de l&rsquo;innovation par tradition historique, et par cons\u00e9quent naturellement bien plac\u00e9e dans la globalisation, la France sait de quoi il retourne. Plac\u00e9e comme elle l&rsquo;est, elle peut regarder le monstre au fond des yeux. Pour cette raison de l&rsquo;exp\u00e9rience directe, elle est inqui\u00e8te, elle le d\u00e9nonce et le rejette. Des performances \u00e9conomique, la France peut faire; mais elle sait, de vieille m\u00e9moire historique, que cela ne suffit pas pour faire tenir une civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe jugement \u00e0 cet \u00e9gard est une question de point de vue. Si l&rsquo;on se soumet \u00e0 la tyrannie du conformisme, on \u00e9coute une \u00e9lite fran\u00e7aise d\u00e9cadente et psychologiquement corrompue, qui peint un tableau \u00e9videmment comptable de ce conformisme. Nul besoin de la presse anglo-saxonne pour cela, la fran\u00e7aise suffit amplement. Mais l&rsquo;enjeu ne peut \u00eatre mesur\u00e9 qu&rsquo;en se d\u00e9barrassant de cette tyrannie. A ce point, dans un monde en ruine o\u00f9 chacun entretient sa version nationale de notre crise de civilisation, la France, avec sa propre crise, dispose des outils qui permettent une position intuitivement et justement critique, et justement critique parce qu&rsquo;intuitivement tremp\u00e9e dans la perspective de l&rsquo;Histoire. Cela n&rsquo;est pas pour affirmer que la France actuelle est vertueuse, parce qu&rsquo;elle l&rsquo;est encore moins que les autres, mais pour constater qu&rsquo;elle est la seule de son genre \u00e0 pouvoir sonner l&rsquo;alarme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>La France au coeur du syst\u00e8me occidental et  son plus ardent critique: pays du dedans et pays du dehors \u00e0 la fois<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette position singuli\u00e8re de la France caract\u00e9rise ce pays comme \u00e9tant, par rapport au syst\u00e8me, \u00e0 la fois du dedans et du dehors (comme la Russie peut \u00eatre jug\u00e9e en-dedans et en-dehors par rapport \u00e0 l&rsquo;Europe, selon l&rsquo;appr\u00e9ciation qu&rsquo;on en a). La France est un pays sans aucun doute \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du syst\u00e8me, et qui en applique les r\u00e8gles pour son activit\u00e9 avec un brio qui la distingue de nombreux autres et la place parmi les plus cr\u00e9atifs dans cette activit\u00e9; en m\u00eame temps, elle est le pays le plus fondamentalement critique du syst\u00e8me. Ce n&rsquo;est pas un pays du-dehors, exclu par l&rsquo;histoire ou par la g\u00e9ographie, et qui, pour une raison ou l&rsquo;autre, par un moyen ou l&rsquo;autre, se r\u00e9volte et met en question l&rsquo;ordre existant; ce n&rsquo;est ni un Venezuela ni une Russie. Les critiques furieuses contre la France, pour son inadaptation au syst\u00e8me, sont d\u00e9menties par les faits et par les chiffres. La France refuse moins de s&rsquo;adapter au monde moderne, ce qu&rsquo;elle a fait et fait beaucoup plus et beaucoup mieux que bien d&rsquo;autres, parfois en position d&rsquo;inspiratrice \u00e0 cet \u00e9gard,  elle refuse moins de s&rsquo;adapter au monde moderne que de s&rsquo;adapter \u00e0 ce qu&rsquo;elle per\u00e7oit, dans le monde moderne, comme une tendance affirm\u00e9e vers ce qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un suicide collectif. L\u00e0 aussi, son refus est justifi\u00e9 par les faits et par les chiffres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Fran\u00e7ais, et surtout la majorit\u00e9 des membres de l&rsquo;\u00e9lite fran\u00e7aise, ne sont pas les meilleurs juges de la position de leur pays, encore moins les avocats de la course qu&rsquo;il suit. En g\u00e9n\u00e9ral, ils \u00e9pousent avec un z\u00e8le \u00e9trange la position du procureur, s&#8217;empressant de s&rsquo;affilier au parti de l&rsquo;\u00e9tranger toujours refond\u00e9. Cela brouille les apparences et conduit \u00e0 des jugements infond\u00e9s. On estimera cette occurrence assez n\u00e9gligeable, par rapport \u00e0 l&rsquo;enjeu que la position naturelle unique de la France permet de mettre \u00e0 jour.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous n&rsquo;observons pas tout cela pour couronner la France ou lui tresser des lauriers glorieux mais, au contraire, pour mettre en \u00e9vidence la responsabilit\u00e9 particuli\u00e8re qui \u00e9choit \u00e0 ce pays. Le moins qu&rsquo;on puisse observer et d\u00e9compter aujourd&rsquo;hui est que bien peu de ses dirigeants et de ses intellectuels sont conscients de cette responsabilit\u00e9. A l&rsquo;occasion, quand ils ne la critiquent pas comme il est fait couramment \u00e0 Paris, ils se servent de cette singularit\u00e9 fran\u00e7aise pour une gloriole momentan\u00e9e ou pour une \u00e9lection pressante, sans distinguer les devoirs auxquels ils sont soumis. Ils ne distinguent pas combien la singularit\u00e9 fran\u00e7aise enjoint \u00e0 ce pays de poser des jugements qui se lib\u00e8rent des cha\u00eenes du conformisme g\u00e9n\u00e9ral et de promouvoir des politiques qui sont n\u00e9cessairement impopulaires dans les cercles dirigeants occidentaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa p\u00e9riode actuelle montre, en France, une confusion consid\u00e9rable \u00e0 cet \u00e9gard. Il est dit, \u00e0 propos du r\u00f4le de la France, bien des sornettes et nombre de contradictions. L&rsquo;actuelle crise fran\u00e7aise a ses racines dans la tension entre cette confusion et l&rsquo;\u00e9vidence du r\u00f4le que doit tenir ce pays. Ce n&rsquo;est pas pour rien si la France connut, durant la crise irakienne et son d\u00e9veloppement \u00e0 l&rsquo;ONU (2002-2003) une p\u00e9riode d&rsquo;apaisement int\u00e9rieur et de quasi-unanimit\u00e9 nationale. Sa politique \u00e9tait en accord, non seulement avec ses principes mais avec sa nature m\u00eame. Les circonstances, encore plus que les hommes, \u00e9taient la cause de cette convergence; qu&rsquo;importe, le r\u00e9sultat \u00e9tait l\u00e0. La situation est aujourd&rsquo;hui dans une perspective diff\u00e9rente.<\/p>\n<h3>L&rsquo;enjeu du nouveau monde<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9trange r\u00e9alit\u00e9 est que c&rsquo;est sa propre crise, par ce qu&rsquo;elle r\u00e9v\u00e8le des r\u00e9alit\u00e9s et par la fa\u00e7on dont elle les \u00e9claire, qui instrumente la France, qui lui donne sa place dans le monde moderne, qui lui donne toute son existence. (Sans la crise, la France n&rsquo;existerait pas en tant que nation importante.) La crise doit \u00eatre per\u00e7ue dans toutes ses dimensions (c&rsquo;est autant la crise du CPE que son r\u00e9pondant ext\u00e9rieur, la crise du patriotisme \u00e9conomique dont la France est une des promotrices en Europe); elle impose des responsabilit\u00e9s particuli\u00e8res \u00e0 la France par rapport aux autres. Il n&rsquo;est assur\u00e9 en aucune fa\u00e7on que la France r\u00e9alise cette id\u00e9e en apparence saugrenue ni qu&rsquo;elle accepte cette perspective, ni, encore moins, qu&rsquo;elle comprenne la signification de cette responsabilit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPourtant, cette id\u00e9e devrait \u00eatre compr\u00e9hensible et acceptable. La crise, comme on l&rsquo;a vu, est quelque chose de long qui s&rsquo;exprime par des explosions sporadiques, et l&rsquo;une de ces explosions est le r\u00e9sultat n\u00e9gatif du r\u00e9f\u00e9rendum du 29 mai 2005. Cet \u00e9pisode \u00e9claire tout le reste, y compris ce qui se passe aujourd&rsquo;hui, sur la substance de la crise fran\u00e7aise en tant que manifestation sp\u00e9cifique d&rsquo;une crise g\u00e9n\u00e9rale. Elle signifie \u00e0 la France sa responsabilit\u00e9 et lui en donne sa mesure, qui est au moins europ\u00e9enne si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la g\u00e9ographie, qui est \u00e9videmment globale si l&rsquo;on se r\u00e9f\u00e8re aux significations id\u00e9ologiques qu&rsquo;on veut donner aux \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette responsabilit\u00e9 de la France doit s&rsquo;exercer principalement par sa position dans le concert europ\u00e9en et dans l&rsquo;\u00e9volution qui y est en court. La France et sa crise se trouvent au coeur d&rsquo;une situation europ\u00e9enne sans aucun doute caract\u00e9ris\u00e9e par la confusion. La crise fran\u00e7aise a la caract\u00e9ristique d&rsquo;\u00e9tablir un lien entre la situation int\u00e9rieure (la crise du CPE) et la situation ext\u00e9rieure (patriotisme \u00e9conomique contre les pressions centrales [Commission] pour tenter de sauvegarder le carcan lib\u00e9ral qu&rsquo;impose la politique \u00e9conomique des institutions europ\u00e9ennes). La France se trouve devant la t\u00e2che de chercher un nouvel alignement politique au travers de la recherche de nouvelles combinaisons d&rsquo;alliances.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn se rappelle du Britannique Richard North, cet eurosceptique acharn\u00e9 auteur d&rsquo;un rapport sur la d\u00e9fense europ\u00e9enne qu&rsquo;on a signal\u00e9 dans notre rubrique Journal du 10 novembre 2005. North d\u00e9veloppe le 27 mars (sur son site <em>EURefendum<\/em>) une th\u00e9orie selon laquelle l&rsquo;Allemagne s&rsquo;\u00e9loigne de la France, conduisant la France \u00e0 mettre en cause le cadre europ\u00e9en et \u00e0 rechercher effectivement de nouvelles combinaisons. North: \u00ab <em>This time round, though, Germany is unlikely to back down, leaving the possibility that France will end up seeking to form new alliances, effectively leading to a break-up of the European Union.<\/em> \u00bb M\u00eame si les pr\u00e9misses et les fondements de l&rsquo;analyse de Richard North peuvent \u00eatre discut\u00e9s, les cons\u00e9quences sont int\u00e9ressantes. Elles impliquent une rupture du cadre europ\u00e9en. Il est manifeste que North \u00e9nonce d&rsquo;abord le souhait d&rsquo;une situation qu&rsquo;il appelle de ses voeux (une rupture du cadre europ\u00e9en par la France sauverait, selon lui, le Royaume-Uni de la tentation de l&rsquo;int\u00e9gration). Il est possible,  et c&rsquo;est notre hypoth\u00e8se,  qu&rsquo;il ne fasse \u00e9galement que d\u00e9crire une situation en cours d&rsquo;\u00e9volution.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>La question int\u00e9ressante est de savoir par quels moyens politiques la France va ent\u00e9riner une \u00e9volution fondamentale et irr\u00e9sistible<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous sommes entr\u00e9s dans une p\u00e9riode importante qui rec\u00e8le une situation de rupture fondamentale qui est compl\u00e8tement irr\u00e9sistible. Elle implique la situation du monde et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la situation europ\u00e9enne qui est absolument mise en question dans sa forme actuelle. C&rsquo;est l&rsquo;architecture europ\u00e9enne actuelle avec l&rsquo;esprit qui l&rsquo;anime qui est effectivement en cause. La question est de savoir comment la France, g\u00e9n\u00e9ralement reconnue comme le principal \u00c9tat fondateur de cette architecture, va proc\u00e9der pour en \u00eatre le principal d\u00e9molisseur. Il ne faut certainement pas compter, pour y parvenir, sur le jugement ou la stature de ses hommes politiques actuels,  ils manquent singuli\u00e8rement de l&rsquo;un ou de l&rsquo;autre. Il faut plut\u00f4t attendre l&rsquo;essentiel d&rsquo;une combinaison de l&rsquo;activisme des tendances historiques fran\u00e7aises et de la r\u00e9sultante des rapports de force entre les dirigeants politiques et l&rsquo;opinion publique fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDu point de vue d&rsquo;une g\u00e9opolitique globale, la France doit \u00eatre conduite \u00e0 des choix que lui impose sa position particuli\u00e8re d&rsquo;\u00eatre une nation qui est \u00e0 la fois au coeur du syst\u00e8me et contestatrice du syst\u00e8me,  une Nation du dedans et une Nation du dehors. Pour cela, il manque \u00e0 la France une alliance ext\u00e9rieure. L&rsquo;option russe est \u00e9vidente, renouvelant en cela la tactique fran\u00e7aise habituelle lorsque la France est enferm\u00e9e dans un imbroglio europ\u00e9en occidental o\u00f9 elle ne trouve plus son \u00e9quilibre. (Ainsi eut-elle la tentation de jouer avec Alexandre III au d\u00e9but du XIX\u00e8me si\u00e8cle, avec la Russie en tant que puissance de revers \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle). Cette fois, il s&rsquo;agit plus d&rsquo;une g\u00e9opolitique globale d\u00e9passant largement la g\u00e9opolitique stricto sensu que d&rsquo;une g\u00e9opolitique europ\u00e9enne; il s&rsquo;agit moins de r\u00e9tablir une situation europ\u00e9enne que de donner \u00e0 l&rsquo;Europe, au travers du bouleversement impliqu\u00e9, la dimension globale que ce soi-disant rassemblement continental (l&rsquo;UE) pr\u00e9tend avoir aujourd&rsquo;hui et que la situation actuelle r\u00e9v\u00e8le qu&rsquo;il n&rsquo;a pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit essentiellement, on devrait le comprendre, de quitter une politique accessoire et une politique virtuelle et d&rsquo;apparence, qui est celle d&rsquo;une construction europ\u00e9enne d&rsquo;un autre temps, pour parvenir \u00e0 saisir le grand courant souterrain de notre Histoire. Si la France parvient \u00e0 sortir du carcan o\u00f9 elle s&rsquo;est enferm\u00e9e, en proposant des sch\u00e9mas de substitution, elle suscite effectivement la mise \u00e0 jour de ce grand courant historique souterrain qui n&rsquo;est rien moins que la contestation de la pouss\u00e9e globalisante actuelle \u00e0 partir du coeur m\u00eame de la forteresse occidentale de la globalisation. Il ne s&rsquo;agit rien moins que d&rsquo;un Moment maistrien de l&rsquo;Histoire, avec la possibilit\u00e9 qu&rsquo;on puisse passer de l&rsquo;accessoire et de la tromperie \u00e0 l&rsquo;essentiel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais ne parlons pas de possibilit\u00e9. Ce passage qui est une v\u00e9ritable transmutation nous semble \u00e9videmment in\u00e9luctable tant les tensions sont grandes aujourd&rsquo;hui. La possibilit\u00e9 concerne le r\u00f4le que peut y tenir la France. Le paradoxe est que la faiblesse des dirigeants politiques fran\u00e7ais est un atout. S&rsquo;ils \u00e9taient forts, ils travailleraient pour d\u00e9fendre l&rsquo;ordre ancien. Affaiblis et m\u00e9diocres, ils ne peuvent que succomber \u00e0 la pression de la nature de cette Nation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(<strong><em>Extrait de de defensa, Volume 21 n\u00b014 du 10 avril 2006<\/em><\/strong>)<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chronique d&rsquo;un printemps fran\u00e7ais Nous publions ci-dessous, contrairement \u00e0 l&rsquo;habitude de pr\u00e9senter une seule rubrique de la Lettre d&rsquo;Analyse de defensa-papier, deux extraits de deux chroniques de defensa successives, du 25 mars et 10 avril. 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