{"id":67572,"date":"2006-05-19T00:00:00","date_gmt":"2006-05-19T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/05\/19\/la-russie-regeneree-premier-evenement-important-du-xxieme-siecle\/"},"modified":"2006-05-19T00:00:00","modified_gmt":"2006-05-19T00:00:00","slug":"la-russie-regeneree-premier-evenement-important-du-xxieme-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/05\/19\/la-russie-regeneree-premier-evenement-important-du-xxieme-siecle\/","title":{"rendered":"La Russie r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e, premier \u00e9v\u00e9nement important du XXI\u00e8me si\u00e8cle?"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">La Russie r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e, premier \u00e9v\u00e9nement important du XXI\u00e8me si\u00e8cle?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tOn a d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9 certaines modifications importantes de la Russie ces derni\u00e8res ann\u00e9es, avec une acc\u00e9l\u00e9ration ces derniers mois, particuli\u00e8rement depuis <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2533\" class=\"gen\">le d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e<\/a>  et m\u00eame, jusqu&rsquo;\u00e0 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2703\" class=\"gen\">ces derniers jours<\/a>. Le facteur essentiel est l&rsquo;affirmation d&rsquo;une puissance politique que donne \u00e0 la Russie la puissance financi\u00e8re nouvelle de son \u00c9tat et ses capacit\u00e9s consid\u00e9rables d&rsquo;exportateur d&rsquo;\u00e9nergie. Les \u00e9v\u00e9nements sollicitent une analyse un peu plus synth\u00e9tique et un peu plus en profondeur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous proposons cette hypoth\u00e8se au d\u00e9part de notre analyse, qui est pour nous si probable qu&rsquo;elle en est presque un constat : les changements en cours en Russie sont fondamentaux et organisent un grand \u00e9v\u00e9nement, peut-\u00eatre le premier \u00e9v\u00e9nement important du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Nous justifions ce jugement par le fait que l&rsquo;\u00e9mergence de la Russie en puissance r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e est un des \u00e9v\u00e9nements importants du processus en cours vers une transformation des relations internationales en une v\u00e9ritable multipolarit\u00e9, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9pisode de l&rsquo;unipolarit\u00e9 factice des USA, tentative avort\u00e9e de transformer \u00e0 leur profit la soi-disant bipolarit\u00e9 de la Guerre froide. Nous le justifions \u00e9galement par la logique qui sous-tend cette r\u00e9\u00e9mergence, qui est l&rsquo;identit\u00e9 et la souverainet\u00e9 nationales engendrant \u00e9videmment l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale, et nullement l&rsquo;affirmation d&rsquo;une volont\u00e9 de puissance h\u00e9g\u00e9moniste (identit\u00e9 et souverainet\u00e9 nationales \u00e9tant une tendance oppos\u00e9e \u00e0 celle de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie, qui est par essence destructrice d&rsquo;identit\u00e9s [celle des autres, mais le principe en est touch\u00e9 parfois mortellement]).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a de la logique dans l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale : la bipolarit\u00e9 de la Guerre froide n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un faux masque dissimulant l&rsquo;unipolarit\u00e9 US r\u00e9gnant sur le monde, mais alors beaucoup plus habile puisque pr\u00e9sent\u00e9e comme si elle avait \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9e par le reste du monde. La tentative de transformation de l&rsquo;unipolarit\u00e9 sophistiqu\u00e9e (USA pendant la Guerre froide) en une unipolarit\u00e9 brutale, \u00e0 l&rsquo;occasion du 11 septembre 2001, s&rsquo;est sold\u00e9e par un \u00e9chec piteux. Le 11 septembre 2001 semblerait donc organiser le paroxysme am\u00e9ricaniste qui va marquer la fin de l&rsquo;<em>American Century<\/em> officiellement commenc\u00e9 le 7 d\u00e9cembre 1941 (attaque de Pearl Harbor) et annonc\u00e9 quelques mois plus t\u00f4t par le fameux article de Henry Luce dans <em>Life<\/em> (\u00ab <em>The American Century<\/em> \u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous en revenons donc \u00e0 la Russie.<\/p>\n<h3>Les Russes disent : chiche<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e9sormais, les Russes nous parlent droit,  non, plut\u00f4t que nous, ils parlent droit aux Am\u00e9ricains et \u00e0 leurs consignes am\u00e9ricanistes. La maladresse et l&rsquo;affligeante pauvret\u00e9 du discours Cheney \u00e0 Vilnius le 4 mai ont servi de d\u00e9tonateur. (A moins que Cheney ait jou\u00e9 le provocateur pour compromettre la recherche d&rsquo;un compromis avec l&rsquo;Iran en tentant d&rsquo;\u00e9loigner la Russie de l&rsquo;Occident. Mais le \u00e0 moins que ne s&rsquo;impose pas vraiment : on remplacera simplement maladresse par parano\u00efa, ce qui revient au m\u00eame en pire, tout en gardant pr\u00e9cieusement la pauvret\u00e9 d&rsquo;esprit.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNombre de commentateurs russes appellent d\u00e9sormais un chat un chat et ne prennent plus de gants pour dire leurs faits aux Occidentaux, et particuli\u00e8rement aux am\u00e9ricanistes. Parfois, c&rsquo;est tr\u00e8s poli, parfois ce n&rsquo;est pas loin de la col\u00e8re pure et simple, parfois c&rsquo;est le bras d&rsquo;honneur. C&rsquo;est la nouvelle r\u00e9alit\u00e9 russe, c&rsquo;est Poutine approuv\u00e9 par un Soljenitsyne et soutenu par son peuple d&rsquo;une fa\u00e7on que les g\u00e9rontes (intellectuellement parlant) de Washington sont \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8res d&rsquo;imaginer puisque eux-m\u00eames ne l&rsquo;ont jamais exp\u00e9riment\u00e9 (sauf Roosevelt en 1936).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn texte int\u00e9ressant sur cet \u00e9tat d&rsquo;esprit nouveau de la Russie est celui de Piotr Romanov, de Novosti, paru le <a href=\"http:\/\/fr.rian.ru\/analysis\/20060511\/48008079.html\" class=\"gen\">11 mai<\/a> et que nous reprenons dans Nos choix comment\u00e9s. Deux extraits, ci-apr\u00e8s, nous paraissent en livrer l&rsquo;essence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tParlant d&rsquo;abord des diagnostics de n\u00e9o-Guerre froide aussit\u00f4t port\u00e9s sur la situation apr\u00e8s le discours de Cheney et avec les r\u00e9actions russes, Romanov commente : \u00ab <em>A mon avis, ils ont tous tort. Cheney n&rsquo;est pas Churchill, il n&rsquo;est pas \u00e0 m\u00eame de changer le cours de l&rsquo;histoire. Qui plus est, la Russie est dirig\u00e9e aujourd&rsquo;hui non pas par Staline, mais par Poutine. Et la Russie de Poutine n&rsquo;a pas l&rsquo;intention d&rsquo;\u00e9riger un nouveau mur de Berlin, au contraire, elle s&rsquo;ouvre de plus en plus au monde occidental aussi bien sur le plan \u00e9conomique, ce dont t\u00e9moignent les projets \u00e9nerg\u00e9tiques russes, que sur le plan politique: la Russie ne partage pas toujours, loin s&rsquo;en faut, l&rsquo;avis de l&rsquo;Occident, mais elle est pr\u00eate \u00e0 discuter sur n&rsquo;importe quel sujet et \u00e0 rechercher des compromis. Pour une bagarre, il faut au moins deux opposants. Autrement, il s&rsquo;agit d&rsquo;un combat contre une ombre.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais que se passe-t-il donc ? \u00c9voquant l&rsquo;habituelle tactique brutale et primaire des am\u00e9ricanistes, consistant \u00e0 imposer une pression pour forcer \u00e0 des concessions, et cela durant cette p\u00e9riode parce qu&rsquo;elle pr\u00e9c\u00e8de le sommet du G-8, Romanov commente : \u00ab <em>Ces propos montrent on ne peut mieux que l&rsquo;\u00e9lite politique des Etats-Unis a rat\u00e9 un moment tr\u00e8s important: apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre trouv\u00e9e pendant pr\u00e8s de vingt ans sur l&rsquo;orbite de l&rsquo;Occident, la Russie a partiellement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 ses forces et a retrouv\u00e9 enfin, \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;une plan\u00e8te, sa propre trajectoire. Puisqu&rsquo;il en est ainsi, l&rsquo;Occident, et les Etats-Unis en particulier, doivent revoir s\u00e9rieusement leur ton protecteur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Moscou et leur mani\u00e8re de parler. Cela \u00e9tait surtout \u00e9vident apr\u00e8s les r\u00e9cents sermons prononc\u00e9s par Condoleezza Rice et Dick Cheney qui ont essay\u00e9, pour une \u00e9ni\u00e8me fois, d&rsquo;apprendre aux Russes \u00e0 devenir de v\u00e9ritables d\u00e9mocrates. Ils \u00e9taient un peu ridicules, comme quelqu&rsquo;un qui crierait en direction d&rsquo;un train qui s&rsquo;\u00e9loigne.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFort bien. Puisque nous avons l&rsquo;appr\u00e9ciation sur ce qui se passe en Russie, voyons maintenant comment et pourquoi, et dans quel sens.<\/p>\n<h3>Poutine est-il d\u00e9mocrate?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tRevenons d&rsquo;abord sur un point d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, qui est le soutien du peuple russe \u00e0 Vladimir Poutine. L&rsquo;accusation d&rsquo;anti-d\u00e9mocratisme port\u00e9e contre Poutine rend compte de la d\u00e9sormais habituelle hypocrisie occidentale qui s&rsquo;agrippe \u00e0 la lettre de la chose comme \u00e0 une ultime bou\u00e9e de sauvetage, pour ne pas sombrer avec l&rsquo;esprit de la chose qui est, dans ce cas, le concept utopique de la d\u00e9mocratie \u00e0 l&rsquo;occidentale. Cette hypocrisie est l&rsquo;habituel truc des \u00e9lus par raccroc et fraudes diverses (voir les USA), soutenus par la propagande, qui \u00e9voluent \u00e0 des 25%-30% de satisfaction des \u00e9lecteurs, qui sont ha\u00efs par leurs peuples, qui dispensent des le\u00e7ons de d\u00e9mocratie. Passons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur le point de l&rsquo;esprit d\u00e9mocratique de Poutine, c&rsquo;est-\u00e0-dire le soutien par son peuple, voyez le texte de Nikolas K. Gvosdev (Am\u00e9ricain d&rsquo;origine russe, pr\u00e9cision utile, et \u00e9diteur de <em>The National Interest<\/em>), paru dans <a href=\"http:\/\/www.latimes.com\/news\/opinion\/commentary\/la-oe-gvosdev12may12,0,5631828.story?coll=la-news-comment-opinions\" class=\"gen\">The Los Angeles Times<\/a>. (Texte si int\u00e9ressant : nous l&rsquo;avons repris dans <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/choix.php?link_id=6555&#038;comm=1\" class=\"gen\">Nos choix comment\u00e9s<\/a>.) Il fait justice de la fable du Poutine anti-d\u00e9mocrate pour l&rsquo;essentiel, qui est l&rsquo;esprit de la chose,  dans ce cas , que Poutine s&rsquo;oppose aux USA parce qu&rsquo;il est anti-d\u00e9mocrate et s&rsquo;oppose ainsi \u00e0 la volont\u00e9 \u00e9videmment pro-am\u00e9ricaniste du peuple russe : \u00ab <em>And would a more democratic Russia be more amenable to U.S. interests? Opinion polls suggest that more than 60% of Russians see the United States as having a negative influence in the world; more than half believe that the U.S. is unfriendly to Russia. And although many Americans comfort themselves with the illusion that these figures must be weighted in favor of the elderly with Cold War hang-ups, the reality is that it is the young, college-educated elites in Moscow and St. Petersburg  Russia&rsquo;s wealthiest and most liberal cities  who are the bastion of anti-U.S. sentiment in the country.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe texte de Romanov (\u00e9galement dans <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/choix.php?link_id=6555&#038;comm=1\" class=\"gen\">Nos choix comment\u00e9s<\/a>) est \u00e9galement int\u00e9ressant parce qu&rsquo;il ne fait pas qu&rsquo;exposer une d\u00e9fense. Il pr\u00e9sente des \u00e9l\u00e9ments clairs de la conception qu&rsquo;ont les Russes de leur syst\u00e8me, de leur fa\u00e7on d&rsquo;appliquer leur notion de la d\u00e9mocratie. Ce n&rsquo;est pas sans int\u00e9r\u00eat pour nos d\u00e9mocraties en perdition.<\/p>\n<h3>Une pseudo-d\u00e9mocratie, sans aucun doute <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe syst\u00e8me russe peut effectivement \u00eatre d\u00e9crit comme une pseudo-d\u00e9mocratie si l&rsquo;on veut en juger selon des principes id\u00e9ologiques qui font l&rsquo;objet chez nous d&rsquo;une ex\u00e9g\u00e8se pompeuse et qui para\u00eet s&rsquo;ab\u00eemer dans les d\u00e9lices d&rsquo;une rh\u00e9torique sans fin pour retarder aussi loin que possible le passage \u00e0 l&rsquo;acte. Historiquement, ce syst\u00e8me russe qui constitue manifestement une \u00e9volution du syst\u00e8me communiste finissant pr\u00e9sente des singularit\u00e9s int\u00e9ressantes. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette m\u00e9thode de continuit\u00e9 <em>de facto<\/em> entre le r\u00e9gime communiste finissant et l&rsquo;actuel a contribu\u00e9, d&rsquo;une fa\u00e7on extraordinaire et profond\u00e9ment myst\u00e9rieuse, \u00e0 d\u00e9bloquer des situations pour le bien objectif de la Russie,  malgr\u00e9 les \u00e9preuves impos\u00e9es par les transitions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0En mars 1985, c&rsquo;est la g\u00e9rontocratie totalement paralys\u00e9e du PolitBuro qui d\u00e9signe Gorbatchev comme secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral pour remplacer Tchernenko. C&rsquo;est Gorbatchev qui va liquider le syst\u00e8me, accomplissant ainsi exactement le contraire de ce que d\u00e9siraient ses mandants du PolitBuro, et lib\u00e9rant l&rsquo;URSS et l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est du communisme. Qu&rsquo;il ait voulu explicitement ou pas cette lib\u00e9ration et cette rupture du syst\u00e8me n&rsquo;est qu&rsquo;un dossier de plus pour alimenter les proc\u00e8s d&rsquo;intention dont nous sommes si friands \u00e0 d\u00e9faut de juger des faits. L&rsquo;Histoire tranchera en faveur de ce qui fut accompli par Gorbatchev, qui est un \u00e9v\u00e9nement historique consid\u00e9rable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0La transition\/\u00e9lection d&rsquo;Eltsine de 1990-91 est un cas trop exceptionnel pour \u00eatre pris en compte. Il n&#8217;emp\u00eache : Eltsine vient au pouvoir contre son pr\u00e9d\u00e9cesseur, ce qui est une rupture de la continuit\u00e9. Le r\u00e9sultat est un r\u00e9gime corrompu, totalement acquis \u00e0 la catastrophique p\u00e9n\u00e9tration du capitalisme sauvage de l&rsquo;Occident. Eltsine r\u00e9ussit la performance de faire regretter \u00e0 un nombre substantiel de Russes le r\u00e9gime communiste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Myst\u00e8re des grands courants historiques et reprise de la m\u00e9thode qui nous avait donn\u00e9 Gorbatchev. Eltsine coopte un dauphin sorti de l&rsquo;ombre, l&rsquo;ex-officier du KGB Vladimir Poutine. R\u00e9sultat : un grand restaurateur de la puissance russe, qui va compl\u00e8tement renverser le courant catastrophique de d\u00e9sint\u00e9gration de la puissance et de la souverainet\u00e9 nationale sous Eltsine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Derni\u00e8re remarque : l&rsquo;importance du KGB dans ces divers \u00e9v\u00e9nements : Gorbatchev, homme de Iouri Andropov, pr\u00e9sident du KGB devenu secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PCUS en 1982 ; Poutine, ancien officier du KGB En g\u00e9n\u00e9ral, en Am\u00e9rique, \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame-droite anticommuniste, et en Europe (en France) chez les anti-antiam\u00e9ricains qui ne trouvent de meilleur argument pour vanter le r\u00e9gime am\u00e9ricaniste que de ressasser des le\u00e7ons d&rsquo;histoire en version maximaliste sur le r\u00e9gime communiste (cela s&rsquo;explique par le nombre d&rsquo;anciens pro-communistes ou marxistes chez ces anti-antiam\u00e9ricanistes, qui ont beaucoup \u00e0 se faire pardonner), on agite cette mention du KGB (auparavant Tch\u00e9ka, OGPU, GPU, NKVD et MGB) pour faire peur aux petits enfants le soir, s&rsquo;ils refusent de dormir. La r\u00e9alit\u00e9 est que le KGB fut toujours (un peu \u00e0 l&rsquo;image de la CIA) un service tr\u00e8s ambivalent ; d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, une branche r\u00e9pressive d&rsquo;une f\u00e9rocit\u00e9 inou\u00efe, essentiellement pendant la p\u00e9riode l\u00e9nino-stalinienne (<em>Goulag<\/em>, d\u00e9placements de populations, liquidations massives, avec des psychopathes sophistiqu\u00e9s comme Dzerjinski [pr\u00e9sident de la Tch\u00e9ka, 1918-24] ou des psychopathes primaires comme I\u00e9jov [pr\u00e9sident du NKVD pendant la grande terreur, ou <em>Iejovtchina<\/em>, de 1936 \u00e0 39]); d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9 une branche r\u00e9formiste, de laquelle on rapproche des hommes comme B\u00e9ria dans sa seconde p\u00e9riode et Andropov, et qui fut \u00e0 la base des initiatives r\u00e9formistes en URSS. L&rsquo;histoire du KGB, surtout \u00e0 partir des ann\u00e9es 1950, est un balancement entre les deux tendances : le KGB fut l&rsquo;initiateur de la chasse aux dissidents dans les ann\u00e9es 1960-70 mais il fut aussi oppos\u00e9 (sans succ\u00e8s) \u00e0 l&rsquo;invasion de l&rsquo;Afghanistan en 1979 et il emp\u00eacha l&rsquo;invasion de la Pologne en 1980-81.<\/p>\n<h3>Mais aussi, une n\u00e9o-d\u00e9mocratie?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLes critiques id\u00e9ologues de Poutine, qui marient l&rsquo;hyst\u00e9rie courante aujourd&rsquo;hui \u00e0 une grande obsolescence historique (spectre de la Guerre froide, du communisme, du KGB pour effrayer les petits enfants), devraient se garder de la marche des \u00e9v\u00e9nements. L&rsquo;attaque contre le manque de d\u00e9mocratie en Russie commence \u00e0 approcher du stade dangereux du ridicule d\u00e8s lors qu&rsquo;elle s&rsquo;appuie, en r\u00e9f\u00e9rence, sur un mod\u00e8le d\u00e9mocratique occidental en lambeaux, \u00e0 la fois d\u00e9cadence, imposture et caricature path\u00e9tique de l&rsquo;esprit de la chose. Le citoyen occidental, impossible \u00e0 dissoudre par d\u00e9cret pour l&rsquo;instant, l&rsquo;a bien compris, qui fait fonctionner son propre syst\u00e8me par <em>ukases<\/em>, que ce soient les sondages ou les votes n\u00e9gatifs \u00e0 tel et tel r\u00e9f\u00e9rendum.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe fonctionnement du syst\u00e8me russe, tel qu&rsquo;il se dessine, pourrait bien offrir une formule de sauvegarde, alternative au syst\u00e8me occidental fracass\u00e9. Ce que Poutine a \u00e9t\u00e9 capable de faire en sept ans est au moins autant une reconnaissance de la validit\u00e9 du syst\u00e8me et des moyens que ce syst\u00e8me donne aux hommes, qu&rsquo;un tribut pour les qualit\u00e9s de l&rsquo;homme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe syst\u00e8me russe en formation offre d&rsquo;une part une p\u00e9rennit\u00e9 remarquable de la politique, d&rsquo;autre part il combat efficacement les influences ext\u00e9rieures d\u00e9structurantes en r\u00e9duisant au <em>minimum minimorum<\/em> le syst\u00e8me de la particratie (syst\u00e8me des parties). C&rsquo;est un bon moyen pour tenter de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie du politique sur l&rsquo;\u00e9conomie, dans une \u00e9poque asphyxi\u00e9e par le nihilisme \u00e9conomiste. Les sept ann\u00e9es de Poutine ne montrent d&rsquo;ailleurs rien d&rsquo;autre. La re-nationalisation, ou la nationalisation quand c&rsquo;est la premi\u00e8re fois, des mati\u00e8res premi\u00e8res strat\u00e9giques va \u00e9videmment dans ce sens de la r\u00e9habilitation du politique. (La mati\u00e8re strat\u00e9gique d\u00e9finie au niveau de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat national, si l&rsquo;on comprend la signification du qualificatif, ne peut \u00eatre soumise \u00e0 la logique \u00e9conomiste du march\u00e9. Ce n&rsquo;est pas une mati\u00e8re destin\u00e9e \u00e0 la rentabilit\u00e9 d&rsquo;elle-m\u00eame mais destin\u00e9e au renforcement de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat national.) La remarque vaut pour le gaz russe ou le gaz bolivien, et le reste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe syst\u00e8me russe n&rsquo;est pas une d\u00e9mocratie. C&rsquo;est un syst\u00e8me pr\u00e9sidentiel contr\u00f4l\u00e9. Par ailleurs, certaines situations, en Occident, pr\u00e9sentent des similitudes. Le syst\u00e8me pr\u00e9sidentiel gaulliste, s&rsquo;il marchait bien, irait dans ce sens. Malgr\u00e9 les derniers avatars dus \u00e0 mai 1968, Pompidou \u00e9tait le dauphin coopt\u00e9 par de Gaulle (c&rsquo;est en ces termes entendus mi-figue mi-raison qu&rsquo;il fut remerci\u00e9 en juin 1968 par le G\u00e9n\u00e9ral) et c&rsquo;est lui qui a succ\u00e9d\u00e9 au premier Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique au nom de l&rsquo;h\u00e9ritage. Au Royaume-Uni, la situation actuelle pr\u00e9sente quelques similitudes, avec une cooptation Blair-Brown en cours,  mais, l\u00e0 aussi, avec beaucoup de difficult\u00e9s qui ont moins \u00e0 voir avec la rigueur d\u00e9mocratique qu&rsquo;avec les ambitions et les vanit\u00e9s des uns et des autres.<\/p>\n<h3>La Russie r\u00e9arme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAutre point \u00e0 noter : la Russie r\u00e9arme, et sans complexe. Elle le clame haut et fort. La maladresse occidentale,  si l&rsquo;on suppose que l&rsquo;Occident (les USA, bien s\u00fbr) ne voulait pas de ce r\u00e9armement,  reste un grand myst\u00e8re de notre \u00e9poque, dans sa pouss\u00e9e constante pour r\u00e9veiller ceux que les Am\u00e9ricains consid\u00e8rent comme leurs adversaires effectifs ou potentiels,  et les Russes en font \u00e9videmment partie. Ce sont les sp\u00e9culations des experts US sur <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2551\" class=\"gen\">la sup\u00e9riorit\u00e9 nucl\u00e9aire<\/a> que devraient affirmer les USA qui ont constitu\u00e9, ces derni\u00e8res semaines, un incitatif majeur pour confirmer et acc\u00e9l\u00e9rer le r\u00e9armement russe. Le discours de Cheney a encore acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la tendance, bien entendu. La provocation, si c&rsquo;en est une, est une r\u00e9ussite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPoutine a donn\u00e9 des pr\u00e9cisions sur ce r\u00e9armement, le 10 mai dernier, devant la Douma. Voici quelques notes de <a href=\"http:\/\/fr.rian.ru\/russia\/20060510\/47941143.html\" class=\"gen\">Novosti<\/a>, qui montrent l&rsquo;accent jusqu&rsquo;au d\u00e9tail mis sur les forces strat\u00e9giques nucl\u00e9aires : \u00ab <em>Nous devons avoir des forces arm\u00e9es capables de combattre en m\u00eame temps dans un conflit global, r\u00e9gional et, si n\u00e9cessaire, dans plusieurs conflits locaux\u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Vladimir Poutine.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>L&rsquo;\u00e9quipement de nos forces nucl\u00e9aires strat\u00e9giques doit \u00eatre augment\u00e9 substantiellement dans les cinq prochaines ann\u00e9es. En 2006, la Russie mettra en service deux sous-marins atomiques strat\u00e9giques dot\u00e9s de syst\u00e8mes de missiles ultra-modernes Boulava, a annonc\u00e9 le pr\u00e9sident. Cinq r\u00e9giments des Forces de missiles strat\u00e9giques sont d\u00e9j\u00e0 dot\u00e9s de nouveaux missiles Topol-M stationn\u00e9s en silos, a-t-il dit. En 2006, ces missiles \u00e0 stationnement mobile viendront \u00e9quiper nos forces arm\u00e9es, a ajout\u00e9 le pr\u00e9sident.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Parlant du budget du minist\u00e8re de la D\u00e9fense, le chef de l&rsquo;Etat a fait remarquer que les d\u00e9penses militaires de la Russie devaient \u00eatre comparables \u00e0 celles des autres puissances nucl\u00e9aires, mais pas au pr\u00e9judice de l&rsquo;\u00e9conomie nationale. Nos d\u00e9penses de d\u00e9fense par rapport au PIB sont analogues \u00e0 celles des autres puissances nucl\u00e9aires, par exemple, de la France ou de la Grande-Bretagne, a indiqu\u00e9 Vladimir Poutine. Ces indices ne sont pas comparables \u00e0 ceux des Etats-Unis o\u00f9 le budget militaire d\u00e9passe de 25 fois le budget militaire de la Russie en chiffres absolus.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Conscients de toute l&rsquo;importance de ce probl\u00e8me, nous ne devons pas r\u00e9p\u00e9ter les erreurs commises par l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la guerre froide&rsquo; en mati\u00e8re de politique et de strat\u00e9gie d\u00e9fensive, a soulign\u00e9 le pr\u00e9sident.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Occidentaux, essentiellement les USA, vont \u00e9ventuellement tirer l&rsquo;alarme devant ce r\u00e9armement. Mais la critique a peu de prise sur le fond, avec la r\u00e9f\u00e9rence \u00e9vidente \u00e0 la souverainet\u00e9 nationale (Poutine n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 reprendre les discours l\u00e0-dessus, de De Gaulle \u00e0 Chirac, pour justifier sa politique). Au reste, la rh\u00e9torique n\u00e9o-Guerre froide peut \u00eatre ais\u00e9ment r\u00e9duite \u00e0 rien par la rh\u00e9torique anti-terreur. Dans ce cas, les Russes arguent qu&rsquo;ils font ce que les Am\u00e9ricains demandent \u00e0 tous les pays civilis\u00e9s : s&rsquo;armer le plus et le plus vite possible. Les Russes se servent de cette dualit\u00e9 \u00e0 leur profit, puisque l&rsquo;ancien ennemi de la Guerre froide peut aussi bien pr\u00e9tendre \u00eatre un alli\u00e9 dans la guerre contre la terreur.<\/p>\n<h3>Les faiblesses russes<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tMalgr\u00e9 ce r\u00e9armement, l&rsquo;arm\u00e9e reste un \u00e9norme point noir pour la Russie actuelle. Son incoh\u00e9sion, son inefficacit\u00e9, la corruption et la brutalit\u00e9 qui y r\u00e8gnent, etc., la mettent dans une position de grande fragilit\u00e9 et appellent des r\u00e9formes fondamentales. C&rsquo;est un chantier essentiel pour les dirigeants \u00e0 venir. La Russie doit absolument se d\u00e9barrasser des structures scl\u00e9ros\u00e9es et corruptrices qui ont marqu\u00e9 l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960. Cette t\u00e2che fait partie de la restauration n\u00e9cessaire de la souverainet\u00e9 nationale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;autre faiblesse c&rsquo;est la d\u00e9mographie, qui est une trag\u00e9die nationale de premi\u00e8re dimension. Ce n&rsquo;est pas pour rien que Poutine l&rsquo;a d\u00e9sign\u00e9e comme la premi\u00e8re priorit\u00e9 de son action en proposant un programme nataliste de grande ampleur (primes tr\u00e8s importantes pour les naissances).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette politique est un autre \u00e9l\u00e9ment qui rapproche le r\u00e9gime russe actuel du r\u00e9gime gaulliste des origines de la V\u00e8me R\u00e9publique, qui avait lui aussi institu\u00e9 une politique nataliste tr\u00e8s volontariste. La ressemblance est d&rsquo;autant plus judicieuse que la politique nataliste de Poutine se r\u00e9f\u00e8re directement \u00e0 la r\u00e9affirmation de la s\u00e9curit\u00e9 nationale.<\/p>\n<h3>L&rsquo;Europe face \u00e0 la nouvelle Russie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa politique de l&rsquo;Europe (au niveau institutionnel de la Commission) face \u00e0 la Russie repr\u00e9sente  une surprenante addition d&rsquo;erreurs et d&rsquo;aveuglement dans l&rsquo;analyse, \u00e9ventuellement avec l&rsquo;hypocrisie qui va avec. Il y a surtout une obsolescence r\u00e9v\u00e9latrice du jugement. Il est surprenant de voir ces arm\u00e9es d&rsquo;experts et de sp\u00e9cialistes continuer \u00e0 parler de l&rsquo;irr\u00e9sistible super-puissance am\u00e9ricaniste au moment o\u00f9 cette puissance r\u00e9v\u00e8le de toutes parts ses faiblesses et sa scl\u00e9rose, et par contraste consid\u00e9rer avec m\u00e9pris la puissance de la Russie. C&rsquo;est le produit d&rsquo;une culture limit\u00e9e aux \u00e9ditoriaux du <em>Financial Times<\/em> et \u00e0 la lecture studieuse et quotidienne (sauf le week-end) de l&rsquo;International <em>Herald Tribune<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa scl\u00e9rose de ce jugement g\u00e9n\u00e9ral des structures europ\u00e9ennes, de cette inculture des v\u00e9ritables \u00e9v\u00e9nements techniques, de cette incompr\u00e9hension des strat\u00e9gies, de cette ignorance des fondements des v\u00e9ritables enjeux de notre crise g\u00e9n\u00e9rale, est l&rsquo;autre \u00e9v\u00e9nement qui le dispute \u00e0 la r\u00e9\u00e9mergence de la puissance russe pour le titre de grand \u00e9v\u00e9nement du d\u00e9but du si\u00e8cle. L&rsquo;inculture politique des actuels dirigeants europ\u00e9ens est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui a l&rsquo;allure sociologique des grandes tendances m\u00e9canistes, et presque un aspect pathologique dans l&rsquo;ent\u00eatement des jugements.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est le surprenant Barroso qui a convaincu Poutine d&rsquo;aller de l&rsquo;avant dans sa prospective de gros contrats gaziers <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2526\" class=\"gen\">avec la Chine<\/a>. Le pr\u00e9sident russe avait eu, avant cette d\u00e9cision, une rencontre avec le Pr\u00e9sident de la Commission. Suivant aveugl\u00e9ment ses <em>talking points<\/em>, Barroso avait chapitr\u00e9 Poutine sur les droits de l&rsquo;homme et la d\u00e9mocratie, et aussi, et encore plus finement, sur les imp\u00e9ratifs du march\u00e9 libre. Poutine en \u00e9tait sorti convaincu que rien de s\u00e9rieux ne pouvait \u00eatre fait avec des gens de cette sorte, avec un syst\u00e8me qui place de tels hommes \u00e0 ce niveau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour les dirigeants europ\u00e9ens, la Russie, comme le reste d&rsquo;ailleurs, ne peut \u00eatre jug\u00e9e que de deux points de vue : du point de vue \u00e9conomique de l&rsquo;orthodoxie lib\u00e9rale et du point de vue du moralisme s\u00e9culariste occidental. La Russie ne passe aucun de ces deux tests selon les crit\u00e8res virtualistes et les r\u00e9unions internes de la Commission. Elle doit donc \u00eatre trait\u00e9e comme une partie inf\u00e9rieure qu&rsquo;il faut au mieux \u00e9duquer, au pire isoler et condamner aux t\u00e9n\u00e8bres ext\u00e9rieures. Barroso a obtenu ce r\u00e9sultat d&rsquo;une habilet\u00e9 rare de faire se tourner la Russie vers la Chine et les fonctionnaires de la Commission ont pris l&rsquo;habitude de menacer, dans les m\u00eames r\u00e9unions internes et en petit comit\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;on roule des m\u00e9caniques, la Russie de leurs foudres. Tout cela fait partie de l&rsquo;\u00e9cume de l&rsquo;\u00e9poque. Passons outre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes vrais rapports de la Russie avec l&rsquo;Europe sont au niveau des nations. On l&rsquo;a vu avec <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2663\" class=\"gen\">l&rsquo;Allemagne<\/a>. Esp\u00e9rons que la France songera un instant \u00e0 \u00e9carter <em>Clearwater<\/em> pour s&rsquo;int\u00e9resser aux Russes. Cette orientation est au reste assez normale et suit le processus de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de la souverainet\u00e9 nationale d&rsquo;une part, le processus de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de l&rsquo;ensemble europ\u00e9en au profit des souverainet\u00e9s nationales d&rsquo;autre part. La Russie trouvera sa place en Europe avec des nations, pas avec des institutions supranationales.<\/p>\n<h3>L&rsquo;argument de l&rsquo;identit\u00e9 et de la souverainet\u00e9 nationales<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOn conclut qu&rsquo;il est inutile de regretter cette m\u00e9sentente entre la Russie et l&rsquo;Europe institutionnelle et d&rsquo;esprit \u00e9conomiste et supranationale, compens\u00e9e selon les opportunit\u00e9s par une entente entre la Russie et certaines nations ouest-europ\u00e9ennes. La d\u00e9marche russe est politique et nationale, elle s&rsquo;appuie sur l&rsquo;affirmation de l&rsquo;identit\u00e9 et de la souverainet\u00e9 nationales. L&rsquo;entente profonde ne peut \u00eatre trouv\u00e9e qu&rsquo;avec des entit\u00e9s nationales fortes, c&rsquo;est-\u00e0-dire les nations.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;int\u00e9r\u00eat du processus russe ne doit pas \u00eatre principalement mesur\u00e9 en termes de puissance, comme font les comptables anglo-saxons, au Pentagone ou \u00e0 la <em>City<\/em>. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat est qu&rsquo;il s&rsquo;appuie sur le renforcement de la souverainet\u00e9 et de l&rsquo;identit\u00e9, qu&rsquo;il conforte le principe essentiel des forces structurantes face \u00e0 la pouss\u00e9e d\u00e9structurante globale. En cela, il est b\u00e9n\u00e9fique, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, au mouvement de r\u00e9sistance \u00e0 la d\u00e9structuration globalisante lanc\u00e9e contre la civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme on l&rsquo;a vu, l&rsquo;absence de la France est notable dans ce tableau, comme partenaire naturel de la Russie, encore plus au niveau des principes structurants que du point de vue de la g\u00e9opolitique (m\u00eame l&rsquo;un n&rsquo;exclut pas l&rsquo;autre). Cette absence est circonstancielle. Une autre circonstance, en sens inverse, doit faire revenir la France dans le circuit des liens avec la Russie. Fondamentalement, la France ne peut trouver qu&rsquo;avantage \u00e0 une proximit\u00e9 russe, dans l&rsquo;\u00e9tat pr\u00e9sent du processus russe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe reste, les chicaneries g\u00e9missantes et mena\u00e7antes sur le degr\u00e9 de d\u00e9mocratie venues de forces fondamentalement perverses n&rsquo;a qu&rsquo;une importance secondaire. Elles comptaient du temps d&rsquo;Eltsine, lorsque la Russie \u00e9tait \u00e0 genoux, car c&rsquo;est dans cette position que les bonnes \u00e2mes tapent sur leurs cibles avec le plus de courage et de force. On peut \u00eatre assur\u00e9 que la Russie, avec sa nouvelle puissance, trouvera de plus en plus de ces bonnes \u00e2mes humanitaires pour modifier leurs jugements \u00e0 son propos, et \u00e0 son avantage. La force renouvel\u00e9e inspire le r\u00e9visionnisme positif aux bonnes \u00e2mes humanitaires (le r\u00e9visionnisme devient alors une vertu). C&rsquo;est une habitude apprise dans la fr\u00e9quentation assidue du Pentagone. Cela ne change en rien la probl\u00e9matique russe et l&rsquo;aspect positif de son d\u00e9veloppement actuel. Cela en donne <em>a contrario<\/em> une bonne mesure : la l\u00e2chet\u00e9 intellectuelle occidentale est d\u00e9sormais une valeur de r\u00e9f\u00e9rence <em>a contrario<\/em> pour les autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Russie r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e, premier \u00e9v\u00e9nement important du XXI\u00e8me si\u00e8cle? On a d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9 certaines modifications importantes de la Russie ces derni\u00e8res ann\u00e9es, avec une acc\u00e9l\u00e9ration ces derniers mois, particuli\u00e8rement depuis le d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e et m\u00eame, jusqu&rsquo;\u00e0 ces derniers jours. Le facteur essentiel est l&rsquo;affirmation d&rsquo;une puissance politique que donne \u00e0 la Russie la puissance&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[3],"tags":[5212,4522,3579,3483,3551,2937,916,2730,2746],"class_list":["post-67572","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-eltsine","tag-energie","tag-gaullisme","tag-gorbatchev","tag-kgb","tag-nationale","tag-poutine","tag-russie","tag-souverainete"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67572","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=67572"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67572\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=67572"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=67572"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=67572"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}