{"id":67698,"date":"2006-06-28T00:00:00","date_gmt":"2006-06-28T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/06\/28\/philanthropie-de-crise\/"},"modified":"2006-06-28T00:00:00","modified_gmt":"2006-06-28T00:00:00","slug":"philanthropie-de-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/06\/28\/philanthropie-de-crise\/","title":{"rendered":"<strong><em>Philanthropie de crise<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Philanthropie de crise<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t28 juin 2006  Au temps du Watergate, le cri des commentateurs occidentaux et z\u00e9l\u00e9s, en g\u00e9n\u00e9ral europ\u00e9ens, en g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais (on a l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme qu&rsquo;on peut),  ce cri fut unanime et unanimement z\u00e9lote : Il n&rsquo;y a qu&rsquo;en Am\u00e9rique que cela peut arriver. (Cela ? Que la Loi, \u00e9cartant tous les arguments du r\u00e9alisme et agissant au nom du rigorisme de la vertu du Droit, renvoie son pr\u00e9sident, ou le fasse partir, parce qu&rsquo;il a viol\u00e9 les lois.) Mais il y en eut fort peu pour dire : comment est-il possible qu&rsquo;un tel escroc soit parvenu \u00e0 la pr\u00e9sidence de la plus grande puissance du monde ? (Encore Nixon n&rsquo;\u00e9tait-il pas le pire puisque ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs firent comme lui et ne furent pas pris.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa vertu am\u00e9ricaniste existe, sans aucun doute ; mais ainsi est fait ce pays, \u00e0 l&rsquo;image des puritains originels et en l&rsquo;absence de r\u00e9elle puissance publique, que lorsque cette vertu se manifeste c&rsquo;est que le vice a pris ses aises et qu&rsquo;une menace mortelle presse l&rsquo;\u00e9difice. Avec les m\u00e9ga-donations de Bill Gates et de Warren Buffet ($60 milliards \u00e0 eux deux), nous y sommes. La vertu est incontestable et elle est belle, mais elle se manifeste parce que le vice est immense. Et si la vertu am\u00e9ricaniste se manifeste pour traiter les effets du vice globalis\u00e9, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a anguille sous roche ; c&rsquo;est que l&rsquo;am\u00e9ricanisme pourrait bien avoir senti que le vice globalis\u00e9 a des racines am\u00e9ricanistes<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn attendant, sur l&rsquo;acte de Gates-Buffet, nous avons choisi deux r\u00e9actions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCelle du <a href=\"http:\/\/www.telegraph.co.uk\/news\/main.jhtml?xml=\/news\/2006\/06\/27\/wrich27.xml&#038;sSheet=\/news\/2006\/06\/27\/ixnews.html\" class=\"gen\">Daily Telegraph<\/a>, \u00e9videmment \u00e0 la gloire de la grande et \u00e9ternelle Am\u00e9rique (\u00ab <em>latest chapter in America&rsquo;s great philanthropic tradition<\/em> \u00bb, bla bla bla), assortie des clins d&rsquo;yeux qui vont bien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The world&rsquo;s richest men, the computer magnate Bill Gates and the financier Warren Buffett, announced a $60 billion (\u00a332 billion) alliance yesterday to attack global poverty and disease. The decision by Mr Buffett to hand most of his vast personal fortune to a foundation run by Mr Gates and his wife Melinda is unprecedented both in scale and ambition.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>It marked the latest chapter in America&rsquo;s great philanthropic tradition which, for more than 150 years, has encouraged the country&rsquo;s extremely wealthy to give money to the poor.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>During a joint appearance in the grandiose New York Public Library, itself a monument to early 20th century philanthropy, Mr Gates said of the gift: It&rsquo;s almost scary. If I make a mistake with my own money it just doesn&rsquo;t feel the same as making a mistake with Warren&rsquo;s money.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Mr Buffett, known as the Sage of Omaha&rsquo; for his uncannily successful investment record, caused some laughter by promising not to assess Mr Gates&rsquo;s efforts more than once a day.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Looking at the Microsoft founder, he explained: You can do a better job of giving it away than I can.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCelle du New York <em>Times<\/em> de <a href=\"http:\/\/www.iht.com\/articles\/2006\/06\/27\/opinion\/edbuffett.php\" class=\"gen\">ce jour<\/a>. Le tr\u00e8s court texte a l&rsquo;avantage de mettre les points sur les i: le geste de Gates-Buffet n&rsquo;est en rien une attaque, m\u00eame indirecte, m\u00eame freudienne, contre le syst\u00e8me. C&rsquo;est un acte d&rsquo;individus qui se sont enrichis conform\u00e9ment au syst\u00e8me et qui soutiennent ce syst\u00e8me. Ils soutiennent notamment les aspects de ce syst\u00e8me qui encouragent les super-riches \u00e0 jouer un r\u00f4le philanthropique pour aider \u00e0 la d\u00e9fense des structures de ce m\u00eame syst\u00e8me parfois menac\u00e9es par ses propres outrances (suivez notre regard vers les pratiques excessives de la bande GW-Cheney, tant au niveau de la corruption que de la d\u00e9taxation des super-riches).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The news of this super-donation comes at a time when one of the biggest incentives to give to charity, the U.S. estate tax, is under assault by antigovernment ideologues who portray it as theft of the fruits of capitalist endeavor. Buffett himself has publicly dismissed that notion and supported the estate tax for its role in emphasizing merit over inheritance as the means for advancing in American society.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>The estate tax spurs giving because gifts to charity are exempt. Several studies, including one by Congress&rsquo;s own budget agency, have shown that repealing the tax  or drastically lowering the tax rate, as the bill now before Congress would do  would sharply curtail charitable contributions.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Philanthropists like Buffett and Gates are not up in arms over the estate tax because they voluntarily redistribute much of their wealth. But for the mega-rich who aren&rsquo;t so inclined, the estate tax is a useful tool to make sure that from those to whom much has been given, something is required.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h3>La philanthropie comme r\u00e9ponse \u00e0 la crise<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLaissons les concerts de louanges puisque d&rsquo;autres s&rsquo;en chargent. La question de la philanthropie US est int\u00e9ressante. L&rsquo;acte de Gates-Buffet fait partie de ce qu&rsquo;on nomme la philanthropie moderne, inaugur\u00e9e par John D. Rockefeller et Andrew Carnegie \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelques explications int\u00e9ressantes, extraites des r\u00e9cents <em>M\u00e9moires<\/em> (chez de Fallois) de David Rockefeller, petit-fils du premier et grand John D :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>En s&rsquo;adonnant \u00e0 la philanthropie, Grand-p\u00e8re se pliait \u00e0 l&rsquo;injonction religieuse de la d\u00eeme qui consiste \u00e0 donner un dixi\u00e8me de ses revenus \u00e0 l&rsquo;Eglise et \u00e0 d&rsquo;autres causes louables. Ses dons augmentaient en proportion de ses gains et atteignaient habituellement la d\u00eeme qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 verser. Vers le milieu des ann\u00e9es 1880, Grand-p\u00e8re trouva difficile de s&rsquo;occuper lui-m\u00eame de ces dons qui \u00e9taient devenus une des principales sources de sa tension nerveuse. Car il se sentait oblig\u00e9 non seulement de donner, mais de donner<\/em> <strong><em>judicieusement<\/em><\/strong>, <em>ce qui est beaucoup plus difficile. Il est facile de faire du mal en donnant de l&rsquo;argent, \u00e9crivit-il. Ses revenus annuels d\u00e9passaient alors le million de dollars et se d\u00e9barrasser de ne serait-ce que 10 pour cent de cette somme accaparait tout son temps. Il finit par faire appel au r\u00e9v\u00e9rend Frederick T. Gates, un pasteur baptiste \u00e0 qui il confia la mission de mettre au point une m\u00e9thode d&rsquo;\u00e9valuation plus r\u00e9fl\u00e9chie et plus syst\u00e9matique, afin de faire le tri parmi les particuliers et les organisations qui sollicitaient des fonds. Par bonheur, Gates \u00e9tait un homme instruit et d&rsquo;une tr\u00e8s grande perspicacit\u00e9. Au cours des d\u00e9cennies suivantes, de concert avec Grand-p\u00e8re, il organisa la distribution de plus de la moiti\u00e9 de la fortune ; le plus gros de ce qui restait revint \u00e0 P\u00e8re, qui consacra sa vie \u00e0 poursuivre et \u00e0 \u00e9tendre leur uvre.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Certains ont dit que Grand-p\u00e8re et P\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 avec Andrew Carnegie les inventeurs de la philanthropie moderne. C&rsquo;est peut-\u00eatre vrai, mais c&rsquo;est peut-\u00eatre aussi trop revendiquer. Ils ont tous deux mis l&rsquo;accent sur le fait que la philanthropie ne pouvait pas se contenter de traiter les sympt\u00f4mes des probl\u00e8mes sociaux, mais devait en comprendre les causes et les \u00e9liminer. Cela les amena \u00e0 adopter une approche scientifique et \u00e0 soutenir le travail d&rsquo;experts dans de nombreux domaines.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Le premier grand projet philanthropique de Grand-p\u00e8re fut la cr\u00e9ation de l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago dans les ann\u00e9es 1890. Ce n&rsquo;est cependant qu&rsquo;au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle que Grand-p\u00e8re quitta les affaires et se consacra essentiellement \u00e0 la philanthropie. Une de ses premi\u00e8res initiatives fut l&rsquo;Institut Rockefeller pour la recherche m\u00e9dicale, fond\u00e9 en 1901.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>En concertation \u00e9troite avec Gates, mon P\u00e8re et le premier directeur de l&rsquo;institut, le Dr Simon Flexner, Grand-p\u00e8re eut l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9tablir un centre de recherches sur le mod\u00e8le des Instituts Pasteur et Koch en Europe. Pour ce faire, il suivit les principes qu&rsquo;il avait appliqu\u00e9s \u00e0 la Standard Oil : il engagea des hommes comp\u00e9tents et leur laissa carte blanche. Bien que tr\u00e8s engag\u00e9 dans le projet \u00e0 ses d\u00e9buts, Grand-p\u00e8re mit un point d&rsquo;honneur \u00e0 ne pas trop se m\u00ealer de la gestion de l&rsquo;institut, une fois celui-ci sur pied. Il jugea bon d&rsquo;en confier les r\u00eanes aux enseignants et scientifiques qui \u00e9taient des sp\u00e9cialistes dans leur domaine.  P\u00e8re devint pr\u00e9sident du conseil d&rsquo;administration pour veiller au maintien d&rsquo;une politique de recherche scientifique strictement ind\u00e9pendante.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe texte et le contexte qu&rsquo;on veut proposer ici suscitent plusieurs remarques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; C&rsquo;est effectivement la notion de philanthropie moderne qui importe, avec l&rsquo;esprit d&rsquo;organisation sociale qui l&rsquo;accompagne,  envisag\u00e9e au-del\u00e0 des racines religieuses qui sont incontestables,  de la m\u00eame fa\u00e7on que toute chose a, aux USA, des racines religieuses. Nous pourrions aussi bien lui donner le nom de philanthropie de crise, qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 ou non con\u00e7ue dans ce sens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Lorsque Carnegie et John D. d\u00e9veloppent leur n\u00e9o-philanthropie, \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle, l&rsquo;Am\u00e9rique conna\u00eet des temps d\u00e9licats. Il y a eu, depuis 1865 et la liquidation du Sud comme derni\u00e8re barri\u00e8re au d\u00e9veloppement du capitalisme de force, 25 ans de capitalisme  sauvage d&rsquo;une puissance pr\u00e9datrice inou\u00efe, avec ses ill\u00e9galit\u00e9s consid\u00e9rables et le d\u00e9veloppement de la pauvret\u00e9 qui va avec, avec sa mise \u00e0 sac des territoires nouveaux, avec l&rsquo;affirmation du pouvoir de ces puissances priv\u00e9es que sont les grandes fortunes faites en quelques ann\u00e9es (Carnegie et John D. en sont les exemples), avec cette action dite de la destruction cr\u00e9atrice avant la vogue de l&rsquo;expression. A partir de 1890-91, une r\u00e9action populiste tr\u00e8s puissante se d\u00e9veloppe, au point o\u00f9 l&rsquo;on put envisager que le parti populiste rempla\u00e7\u00e2t les d\u00e9mocrates comme deuxi\u00e8me parti ; qui plus est, en 1893 s&rsquo;installe une situation de d\u00e9pression \u00e9conomique. C&rsquo;est une de ces p\u00e9riodes o\u00f9 le syst\u00e8me peut se juger menac\u00e9.  C&rsquo;est alors qu&rsquo;appara\u00eet notre philanthropie de crise, dont on voit qu&rsquo;elle est ainsi justement nomm\u00e9e. On peut alors donner une autre signification \u00e0 la phrase : \u00ab [Carnegie et John D.] <em>ont tous deux mis l&rsquo;accent sur le fait que la philanthropie ne pouvait pas se contenter de traiter les sympt\u00f4mes des probl\u00e8mes sociaux, mais devait en comprendre les causes et les \u00e9liminer.<\/em> \u00bb On comprend qu&rsquo;il s&rsquo;agit de mesures d&rsquo;urgence pour renforcer la structure sociale, \u00e0 la fois pour mieux encadrer la population et lui donner de meilleures opportunit\u00e9s, deux mesures n\u00e9cessaires pour <strong>prot\u00e9ger<\/strong> le syst\u00e8me. On avait alors le sens de la responsabilit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; De ce point de vue, l&rsquo;initiative Gates-Buffet est aussi une philanthropie de crise. Le terrain d&rsquo;action du capitalisme am\u00e9ricain est \u00e9videmment la plan\u00e8te, dans le cadre de la globalisation qui est le faux-nez de l&rsquo;am\u00e9ricanisation du monde. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;aider les pauvres, c&rsquo;est-\u00e0-dire de faire en sorte de contenir et de r\u00e9duire les tensions qui menacent le syst\u00e8me global de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. (On peut proposer l&rsquo;inverse : r\u00e9duire les tensions qui menacent le syst\u00e8me, c&rsquo;est-\u00e0-dire aider les pauvres.) De toutes les fa\u00e7ons, comme le montrent de fa\u00e7on lumineuse les <em>M\u00e9moires<\/em> de David Rockefeller, les super-riches am\u00e9ricains qui ne sont pas encore tomb\u00e9s dans la d\u00e9cadence absolue style-Enron (et style-Forgeard en Europe) cultivent \u00e0 la fois la vertu de l&rsquo;amas de gain jusqu&rsquo;\u00e0 des sommets himalayesques et la vertu de consid\u00e9rer leur activit\u00e9 comme investie d&rsquo;une dimension morale qu&rsquo;il importe r\u00e9guli\u00e8rement de rencontrer, en esp\u00e8ces sonnantes et tr\u00e9buchantes. En d&rsquo;autres mots, l&rsquo;initiative Gates-Buffet nous montre que le super-capitalisme US conserve, dans ses t\u00eates les plus lucides, assez de nettet\u00e9 de jugement pour reconna\u00eetre d&rsquo;une part que la destruction cr\u00e9atrice qui secoue la plan\u00e8te est une responsabilit\u00e9 am\u00e9ricaniste, d&rsquo;autre part qu&rsquo;on a atteint de ce point de vue la limite critique de la crise mena\u00e7ante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; La question est bien de savoir si Gates-Buffet auront autant d&rsquo;effets que John D.-Carnegie au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle. Les seconds travaill\u00e8rent sur la substance sociale am\u00e9ricaniste, facile \u00e0 modeler et \u00e0 influencer ; les premiers ont le vaste monde devant eux, avec la politique absurde de GW pour corser le tout. On verra, mais ce n&rsquo;est pas gagn\u00e9 d&rsquo;avance.<\/p>\n<h3>L&rsquo;individualisme comme clef de la philanthropie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tMais l&rsquo;essentiel est ailleurs et au-del\u00e0 : c&rsquo;est la question du sens de cette situation. Pourquoi et comment est-il <strong>n\u00e9cessaire<\/strong> que des fortunes priv\u00e9es se donnent en partie \u00e0 des t\u00e2ches de structuration ou de restructuration sociale qui sont des n\u00e9cessit\u00e9s de d\u00e9fense du syst\u00e8me? La r\u00e9ponse est simplement que nul ne le fera si elles ne le font pas. S&rsquo;il le faut et puisqu&rsquo;il le faut, les fortunes se substituent \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat qui n&rsquo;existe pas fondamentalement. (David Rockefeller note que son grand-p\u00e8re a fond\u00e9 un institut \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;Institut Pasteur ou de l&rsquo;Institut Koch : le priv\u00e9 am\u00e9ricain prend en charge ce qu&rsquo;assument les pouvoirs publics en Europe.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Am\u00e9rique est fond\u00e9e sur un individualisme absolu et sans limites. Cela implique l&rsquo;absence d&rsquo;une puissance collective transcendantale, un \u00c9tat r\u00e9galien ayant pour t\u00e2che fondamentale de cr\u00e9er, d&rsquo;entretenir et d&rsquo;utiliser le bien public ou bien commun. Dans le syst\u00e8me am\u00e9ricaniste, il n&rsquo;y a rien qui doive exister en commun. Tout est en th\u00e9orie privatisable, c&rsquo;est-\u00e0-dire soumis au verdict de l&rsquo;argent. Tout est mouvement, affaire de compromis, de rachat, d&rsquo;\u00e9change. Le partage se fait avec des ententes, des r\u00e8gles, des vertus, etc., qui tiennent entre leurs bornes ce processus dynamique dont le but ultime est de permettre et de favoriser l&rsquo;action individualiste, et principalement l&rsquo;enrichissement de l&rsquo;individu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ses <em>Carnets<\/em> sur son voyage en Am\u00e9rique, \u00e0 la date du 1er juin 1831, Tocqueville note : \u00ab <em>Les hommes qui vivent sous ses lois sont encore anglais, fran\u00e7ais, allemands, hollandais. Ils n&rsquo;ont ni religion, ni murs, ni id\u00e9es communes ; jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent on ne peut dire qu&rsquo;il y ait un caract\u00e8re am\u00e9ricain \u00e0 moins que ce soit celui de n&rsquo;en point avoir. Il n&rsquo;existe point ici de souvenirs communs, d&rsquo;attachements nationaux. Quel peut donc \u00eatre le seul lien qui unisse les diff\u00e9rentes parties de ce vaste corps ?<\/em> <strong><em>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat.<\/em><\/strong> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un sens, rien n&rsquo;a vraiment chang\u00e9. Le communautarisme et le multiculturalisme sont les expressions modernes et sophistiqu\u00e9es de la diversit\u00e9 jamais r\u00e9duite de l&rsquo;Am\u00e9rique. Si certains Am\u00e9ricains s&rsquo;en \u00e9meuvent comme on le voit aujourd&rsquo;hui, notamment devant l&rsquo;invasion <em>latino<\/em>, c&rsquo;est bien que le syst\u00e8me est en crise. Les artefacts culturels et politiques propos\u00e9s depuis 150 ans en guise d&rsquo;apparente unification sont des produits de la communication et non de l&rsquo;histoire. Ils ne sont pas faits par les \u00e9v\u00e9nements de l&rsquo;histoire du monde mais par les relations publiques et la publicit\u00e9 (d&rsquo;abord nomm\u00e9e r\u00e9clame), la presse, le cin\u00e9ma, la t\u00e9l\u00e9vision, etc. Tout cela tient gr\u00e2ce au conformisme qui fait r\u00e9gner une discipline de fer pour la forme de la pens\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn profondeur, l&rsquo;Am\u00e9rique est rest\u00e9 ce pays privatis\u00e9, \u00e9tranger \u00e0 toute transcendance commune, que d\u00e9couvrait Tocqueville. Ce pays est fort prompt \u00e0 revenir vers cette tendance d\u00e8s qu&rsquo;une d\u00e9rive possible appara\u00eet (r\u00e9action anti-FDR et son esquisse de politique sociale, amorc\u00e9e d\u00e8s 1945 et achev\u00e9e \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, notamment au travers d&rsquo;initiatives telles que le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=353\" class=\"gen\">manifeste Powell<\/a>). Cela n&rsquo;interdit pas \u00e0 certaines belles \u00e2mes,  il en existe, bien entendu,  d&rsquo;envisager l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;elles ont une responsabilit\u00e9 vis-\u00e0-vis du syst\u00e8me qui leur a permis de faire et de d\u00e9velopper leurs fortunes, et que cette responsabilit\u00e9 est pressante en temps de crise. L&rsquo;id\u00e9e de la philanthropie moderne exprime cette responsabilit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes choses l&rsquo;une dans l&rsquo;autre, la  philanthropie moderne  n&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 ni un exemple vertueux de l&rsquo;am\u00e9ricanisme ni une gloire de l&rsquo;Am\u00e9rique, c&rsquo;est une fonctionnalit\u00e9 utilitaire. Tout le reste est color\u00e9, de fa\u00e7on suspecte et tr\u00e8s am\u00e9ricaniste, d&rsquo;un sentimentalisme de midinette.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Philanthropie de crise 28 juin 2006 Au temps du Watergate, le cri des commentateurs occidentaux et z\u00e9l\u00e9s, en g\u00e9n\u00e9ral europ\u00e9ens, en g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais (on a l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme qu&rsquo;on peut), ce cri fut unanime et unanimement z\u00e9lote : Il n&rsquo;y a qu&rsquo;en Am\u00e9rique que cela peut arriver. (Cela ? Que la Loi, \u00e9cartant tous les arguments du&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[3253,5556,3984,3879,5558,5557],"class_list":["post-67698","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-americanisme","tag-buffet","tag-gates","tag-individualisme","tag-philanthropie","tag-rockefeller"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67698","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=67698"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67698\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=67698"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=67698"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=67698"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}