{"id":67716,"date":"2006-07-04T00:00:00","date_gmt":"2006-07-04T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/07\/04\/tony-blair-est-il-linvolontaire-jefferson-britannique\/"},"modified":"2006-07-04T00:00:00","modified_gmt":"2006-07-04T00:00:00","slug":"tony-blair-est-il-linvolontaire-jefferson-britannique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/07\/04\/tony-blair-est-il-linvolontaire-jefferson-britannique\/","title":{"rendered":"<strong><em>Tony Blair est-il l&rsquo;involontaire Jefferson britannique?<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Tony Blair est-il l&rsquo;involontaire Jefferson britannique?<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t4 juillet 2006  Quelle mouche a piqu\u00e9 le <em>Daily Telegraph<\/em> de commander un sondage sur le sentiment des Britanniques pour leurs cousins d&rsquo;Am\u00e9rique ? Sacr\u00e9 anniversaire (les USA f\u00eatent aujourd&rsquo;hui, comme chaque 4 juillet, leur <em>Independence Day<\/em>). Selon le digne professeur King, qui <a href=\"http:\/\/www.telegraph.co.uk\/news\/main.jhtml?xml=\/news\/2006\/07\/03\/nyank103.xml\" class=\"gen\">commente<\/a> le sondage, voici la situation 230 ans apr\u00e8s la fondation des Etats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique : \u00ab <em>There has probably never been a time when America was held in such low esteem on this side of the Atlantic. <\/em>[&#8230;] <em>Opinion polls rarely produce figures quite as negative as these .<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe sondage a eu un retentissement certain. Outre le <em>Telegraph<\/em>, le New York <em>Times<\/em> en a publi\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.iht.com\/articles\/2006\/07\/03\/europe\/web0723britain.php\" class=\"gen\">les r\u00e9sultats<\/a> sur un ton que l&rsquo;on devine volontairement d\u00e9tach\u00e9 (objectif, en langage journalistique). Le pauvre Robert North a <a href=\"http:\/\/eureferendum.blogspot.com\/2006\/07\/words-glass-houses-and-stones-spring.html\" class=\"gen\">tent\u00e9<\/a> de d\u00e9montrer que les Britanniques n&rsquo;\u00e9taient pas moins vulgaires que les Am\u00e9ricains qu&rsquo;ils d\u00e9testent \u00e0 cause de leur vulgarit\u00e9. (Ce n&rsquo;est pas si mal vu,  on parle ici du sentiment des Britanniques. Il y a sans aucun doute un tr\u00e8s fort aspect culturel de style de vie,  ce qui est aller au cur de la chose,  dans la d\u00e9testation britannique de l&#8217;empire am\u00e9ricain. Quand on pr\u00e9tend \u00eatre un Empire, jugent les Britanniques, il faut en avoir l&rsquo;allure et la classe. L&rsquo;une et l&rsquo;autre, ils connaissent.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelques mots de pr\u00e9sentation du sondage par le professeur King pour fixer les id\u00e9es :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The figures in the section of the chart headed America, Bush and the world paint an even bleaker picture. Many Americans like to think of the US as a beacon to the world  as its last, best hope. That view is not shared in this country. Only one in nine Britons, 11 per cent, accepts that view. A massive 77 per cent appear positively startled by the idea that the US may currently be setting the rest of the world a good example.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>As the figures in the chart also show, confidence in America&rsquo;s ability to handle problems outside its own borders has plummeted over the past three decades. The Gallup Poll in 1975 found that roughly a quarter of Britons, 27 per cent, had considerable confidence in American leadership. That figure has now fallen by more than half to a mere 12 per cent.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>President Bush&rsquo;s personal ratings in this country are horrendous. Almost no one holds him in high regard as a world leader. Fully 34 per cent think he is a pretty poor leader and even more, 43 per cent, reckon he is terrible in that role.<\/em> (&#8230;) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb <em>Opinion polls rarely produce figures quite as negative as these. Moreover, a majority of Britons regard the US President as not only incompetent but also as a complete hypocrite. As the findings in the chart indicate, 72 per cent of YouGov&rsquo;s respondents reckon Mr Bush cares little for democracy and is merely using his pro-democracy rhetoric as a pretext for pursuing selfish American interests.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt ainsi de suite&#8230; Avec, comme cerise sur le g\u00e2teau, cette question : \u00ab <em>If you could, would you like to go and live in the United States?<\/em> \u00bb, et 67% de Britanniques r\u00e9pondant par la n\u00e9gative (\u00e0 comparer avec l&rsquo;exode massif des Britanniques vers la France).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe professeur King tire cet enseignement qui r\u00e9sonne comme le d\u00e9fi politique le plus \u00e9vident de la vie politique britannique \u00e0 la lumi\u00e8re de ce sondage : \u00ab <em>The so-called special relationship may still thrive in Downing Street and at Camp David but it has obviously atrophied among the British public.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h3>Un coup de tonnerre pour le 4 juillet<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCe sondage est un coup de tonnerre dont on mesure l&rsquo;ampleur aux jugements d\u00e9finitifs qu&rsquo;il sollicite (\u00ab <em>There has probably never been a time when America was held in such low esteem on this side of the Atlantic. <\/em>[&#8230;] <em>Opinion polls rarely produce figures quite as negative as these<\/em> \u00bb). Il est difficile de trouver un signe plus flagrant, apr\u00e8s tous les \u00e9pisodes que nous avons v\u00e9cus, du malaise profond qui affecte aujourd&rsquo;hui l&rsquo;axe central de l&rsquo;entreprise anglo-saxonne lanc\u00e9e il y a 65 ans et relanc\u00e9e il y a 5 ans \u00e0 l&rsquo;occasion du 11 septembre 2001. Il est assur\u00e9 qu&rsquo;on gardera ce 4 juillet-l\u00e0 en m\u00e9moire, par la fa\u00e7on dont ce sondage d&rsquo;opinion l\u00e9gitime en quelque sorte la crise des <em>special relationships<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes dirigeants britanniques sont plac\u00e9s devant un d\u00e9licat probl\u00e8me. On a beau faire sa gloire d&rsquo;\u00eatre impopulaire dans son propre pays, comme Tony Blair avec le cas de la guerre en Irak, l&rsquo;argument paradoxal a ses limites. Il les a d&rsquo;autant plus nettes que cette h\u00e9ro\u00efque posture ne re\u00e7oit gu\u00e8re de r\u00e9compenses de la part de celui \u00e0 qui l&rsquo;on sacrifie tout : du traitement des militaires UK par leurs coll\u00e8gues am\u00e9ricanistes \u00e0 l&rsquo;affaire du JSF, Washington et l&rsquo;esprit vulgaire de l&rsquo;am\u00e9ricanisme ne se pr\u00e9occupent gu\u00e8re de venir en aide au gouvernement britannique pour justifier son choix pro-am\u00e9ricaniste. L&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme commence \u00e0 ressembler \u00e0 un m\u00e9lange d&rsquo;aveuglement et de stupidit\u00e9, pour ne pas parler des soup\u00e7ons plus d\u00e9gradants encore.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa crise USA-UK est officialis\u00e9e par cette adh\u00e9sion populaire aux jugements anti-am\u00e9ricanistes les plus abrupts. On ne voit aucune perspective qui pourrait en modifier de fa\u00e7on notable les donn\u00e9es. Les arguments des pro-am\u00e9ricanistes britanniques atteignent aujourd&rsquo;hui la situation d&rsquo;irrationalit\u00e9 courante dans nos \u00e9lites occidentalo-am\u00e9ricanis\u00e9es lorsqu&rsquo;elles sont \u00e0 court d&rsquo;arguments. C&rsquo;est le cas lorsque cet argument est expos\u00e9 par l&rsquo;\u00e9ditorial du <em>Telegraph<\/em> selon lequel \u00ab <em>To hate America is too hate mankind<\/em> \u00bb,  argument \u00e0 \u00e9gale distance entre une lapalissade type-Bouvard &#038; P\u00e9cuchet et la terreur intellectualo-moraliste accompagnant cette sorte de slogan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Notons qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un cas assez \u00e9tonnant, pour un grand quotidien, d&rsquo;une critique directe d&rsquo;une opinion publique,  la sienne, au reste,  apparaissant finalement comme la mise en cause de la substance m\u00eame d&rsquo;un peuple entier. En cons\u00e9quence, l&rsquo;on ne voit plus gu\u00e8re comme solution que la dissolution du peuple, selon la formule grin\u00e7ante de Bertold Brecht.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn ne peut plus qu&rsquo;attendre de prochaines d\u00e9t\u00e9riorations que la pression des \u00e9v\u00e9nements (les situations en Irak et surtout en <a href=\"http:\/\/www.spacewar.com\/reports\/Britains_Afghan_Mess_999.html\" class=\"gen\">Afghanistan<\/a> pour les Britanniques, l&rsquo;affaire du JSF) va \u00e9videmment alimenter. Cette perspective forme un cadre \u00e9trange pour l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 la t\u00eate du gouvernement de Gordon Brown, qui va se trouver confront\u00e9 \u00e0 ce probl\u00e8me inattendu et d&rsquo;une vastitude sans pr\u00e9c\u00e9dent de la crise des relations avec les USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00c9trange f\u00eate du 4 juillet pour les relations transatlantiques, voire pour les Etats-Unis eux-m\u00eames. Dans une analyse tr\u00e8s critique mais assez ais\u00e9ment fond\u00e9e, Bill Van Auken, du site <a href=\"http:\/\/www.wsws.org\/articles\/2006\/jul2006\/july-j04.shtml\" class=\"gen\">WSWS.org<\/a>, montre combien les principes jeffersoniens de 1776 pourraient \u00eatre aujourd&rsquo;hui retourn\u00e9s pour attaquer, d\u00e9noncer et finalement condamner l&rsquo;actuel r\u00e9gime en place \u00e0 Washington. Le r\u00e9gime am\u00e9ricaniste a transform\u00e9 l&rsquo;Am\u00e9rique en cette Angleterre de Georges III contre laquelle les r\u00e9volutionnaires am\u00e9ricains prirent les armes en 1776. L&rsquo;ironie de l&rsquo;Histoire des relations anglo-saxonnes est qu&rsquo;il y a comme un renversement des situations. Si l&rsquo;on compare la politique britannique et le sentiment des Britanniques \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Washington on pourrait penser que Washington est devenu une sorte de Georges III postmoderne pour les Britanniques, que Londres a urgemment besoin d&rsquo;un Jefferson et d&rsquo;une D\u00e9claration d&rsquo;Ind\u00e9pendance pour se sortir des fers qu&rsquo;il s&rsquo;est lui-m\u00eame pass\u00e9s il y a 65 ans.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe sondage du <em>Telegraph<\/em> est un \u00e9v\u00e9nement non officiel qui prend une grande signification. La puissance significative de ses r\u00e9sultats force le respect. Il va devenir quasiment impossible \u00e0 la direction britannique de poursuivre la m\u00eame politique avec cette pression psychologique d&rsquo;un sentiment populaire si affirm\u00e9. Le pauvre Tony Blair,  dont la politique si excessive et si trompeuse a accentu\u00e9 tout cela jusqu&rsquo;\u00e0 la situation de crise actuelle,  pourrait bien rester dans l&rsquo;histoire comme l&rsquo;architecte involontaire de la grande rupture anglo-saxonne. Peut-\u00eatre est-ce lui, le Jefferson anglais.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tony Blair est-il l&rsquo;involontaire Jefferson britannique? 4 juillet 2006 Quelle mouche a piqu\u00e9 le Daily Telegraph de commander un sondage sur le sentiment des Britanniques pour leurs cousins d&rsquo;Am\u00e9rique ? Sacr\u00e9 anniversaire (les USA f\u00eatent aujourd&rsquo;hui, comme chaque 4 juillet, leur Independence Day). 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