{"id":67725,"date":"2006-07-08T00:00:00","date_gmt":"2006-07-08T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/07\/08\/notre-methode-face-a-la-discorde-europeenne-rubrique-de-defensa-volume-21-n15-du-25-avril-2006\/"},"modified":"2006-07-08T00:00:00","modified_gmt":"2006-07-08T00:00:00","slug":"notre-methode-face-a-la-discorde-europeenne-rubrique-de-defensa-volume-21-n15-du-25-avril-2006","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/07\/08\/notre-methode-face-a-la-discorde-europeenne-rubrique-de-defensa-volume-21-n15-du-25-avril-2006\/","title":{"rendered":"<strong><em>\u201cNotre M\u00e9thode\u201d face \u00e0 la discorde europ\u00e9enne \u2014 Rubrique de defensa, Volume 21 n\u00b015 du 25 avril 2006<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Le discours de Notre M\u00e9thode (suite)<\/h2>\n<h3>Le devoir de comprendre<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>L&rsquo;\u00e9poque postmoderne se caract\u00e9rise par un d\u00e9fi m\u00e9thodologique sur la voie de la connaissance<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous voil\u00e0, une fois de plus semble-t-il, conduits \u00e0 commencer une chronique d&rsquo;analyse politique par un expos\u00e9 sur la m\u00e9thode de cette analyse. C&rsquo;est un devoir de notre temps historique, o\u00f9 la connaissance est devenue plus d\u00e9pendante de l&rsquo;interpr\u00e9tation des informations que de l&rsquo;acc\u00e8s aux informations. Notre outil principal est d\u00e9sormais la m\u00e9thode du traitement, plus que le moyen de l&rsquo;acquisition; le d\u00e9fi qui nous est lanc\u00e9 est la distinction, pour appr\u00e9cier une information, entre l&rsquo;essentiel et l&rsquo;accessoire, entre la dissimulation par syst\u00e8me (y compris \u00e0 soi-m\u00eame, de la part du syst\u00e8me) et la lib\u00e9ration syst\u00e9matique des pressions du syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons, face \u00e0 nous,  et en disant nous, nous d\u00e9signons l&rsquo;esprit ind\u00e9pendant,  des autorit\u00e9s politiques qui ont perdu leur l\u00e9gitimit\u00e9. Elles ont \u00e9t\u00e9 conduites \u00e0 emprunter la voie de l&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;information pour survivre en tant qu&rsquo;autorit\u00e9s. Ce n&rsquo;est pas accuser ces autorit\u00e9s politiques de mensonges,  disons: plus qu&rsquo;\u00e0 leur tour. Nous avons dit maintes fois, en progressant dans la d\u00e9finition de notre virtualisme (de notre id\u00e9e du syst\u00e8me bas\u00e9 sur ce que nous d\u00e9signons comme le virtualisme), que ce concept se caract\u00e9risait par la croyance en sa v\u00e9racit\u00e9 de celui qui en use. Pour d\u00e9signer un des aspects du virtualisme, les Am\u00e9ricains emploient les expressions de <em>group-think<\/em> et <em>group-thinking<\/em>, dont ils tendent d\u00e9sormais \u00e0 faire un seul mot (<em>groupthink<\/em> et <em>groupthinking<\/em>). Ils signifient par l\u00e0 que le conformisme d\u00e9termine la pens\u00e9e d\u00e9sormais, et non plus le jugement direct des choses; que la pens\u00e9e se r\u00e9f\u00e8re au conformisme pour se former avant d&rsquo;en venir aux faits. Cela, c&rsquo;est une m\u00e9thode plus qu&rsquo;un mensonge. Dans le chef de celui qui s&rsquo;y soumet, conformisme ne signifie pas mensonge, m\u00eame si l&rsquo;on peut consid\u00e9rer que c&rsquo;est le cas. Nous vivons dans une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e de mensonge n&rsquo;est plus centrale \u00e0 la tromperie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette id\u00e9e s\u00e9mantique lib\u00e8re l&rsquo;esprit ind\u00e9pendant de tout devoir de respect de l&rsquo;autorit\u00e9 politique. Ce qui est encore d\u00e9sign\u00e9 comme l&rsquo;autorit\u00e9 par pure convenance s\u00e9mantique est devenu un acteur comme un autre de l&rsquo;exercice fondamental de la compr\u00e9hension historique de notre temps. Cette r\u00e9volution de la classification faite, on comprendra aussit\u00f4t que nous jugeons que cet acteur-l\u00e0 est l&rsquo;un des moins honorables pour ce qui concerne la v\u00e9racit\u00e9 qui nous importe. Litt\u00e9ralement, c&rsquo;est celui que nous jugeons comme l&rsquo;un des moins cr\u00e9dibles, voire le moins cr\u00e9dible,  nullement par vice mais par syst\u00e8me, ce qui est bien plus grave.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre devoir de comprendre, \u00e0 nous, esprits ind\u00e9pendants, exige cette lib\u00e9ration des conventions faisant d&rsquo;une source officielle quelque chose \u00e0 laquelle il faut faire un peu plus cr\u00e9dit qu&rsquo;au reste,  puisque c&rsquo;est un peu moins qu&rsquo;il faut dire. Dans ce cadre absolument r\u00e9volutionnaire de la position de l&rsquo;analyste, l&rsquo;expos\u00e9 de la M\u00e9thode de cette analyse est un devoir de loyaut\u00e9. C&rsquo;est aussi une des clefs permettant de mieux comprendre le destin et le contenu de son analyse.<\/p>\n<h3>M\u00e9thode et substance<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>Expos\u00e9 de notre M\u00e9thode et des liens entre elle et le jugement qu&rsquo;elle d\u00e9termine: cas de l&rsquo;Europe<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe territoire est d\u00e9sormais dangereux. La fin de l&rsquo;autorit\u00e9 par la mort de sa l\u00e9gitimit\u00e9, parall\u00e8lement,  et ceci acc\u00e9l\u00e8re cela,  \u00e0 la disposition universelle de l&rsquo;information nous lib\u00e8re d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence qui est devenue une imposture. Sans cette lib\u00e9ration, nous serions entr\u00e9s dans le cr\u00e9puscule de la dictature de l&rsquo;esprit. Cela signifie \u00e9galement qu&rsquo;il n&rsquo;existe plus aucune certitude, que l&rsquo;exercice de la compr\u00e9hension historique du monde est devenu compl\u00e8tement contingent. (Cela ne signifie pas que l&rsquo;Histoire est devenue contingente: la m\u00e9thode pour en juger, oui.) En \u00e9cartant le risque de la dictature dans ces conditions, nous avons fait na\u00eetre celui de l&rsquo;anarchie. L\u00e0 est le danger. Il faut le savoir avant de s&rsquo;en effrayer, et s&rsquo;en garder plut\u00f4t que de s&rsquo;en effrayer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;analyste, pour survivre, doit se transmuter en historien. L&rsquo;universalit\u00e9 de l&rsquo;information lui en donne le moyen en lui offrant ce paradoxe: l&rsquo;exercice de survivance lui offre les moyens d&rsquo;une transmutation, c&rsquo;est-\u00e0-dire de quelque chose au-del\u00e0 de soi et plus grand que soi. Ce n&rsquo;est pas lui-m\u00eame qui survit parce qu&rsquo;il devient n\u00e9cessairement plus grand en survivant (ou bien il a \u00e9chou\u00e9 et il est effectivement mort en tant qu&rsquo;esprit ind\u00e9pendant). Reste sa m\u00e9thode pour r\u00e9ussir la transmutation. La description de sa m\u00e9thode est en soi un premier pas, et peut-\u00eatre un pas essentiel, de son analyse historique. Subrepticement, en exposant une m\u00e9thodologie on pose les fondations de la substance, puis de l&rsquo;objet de cette m\u00e9thodologie, puis on d\u00e9couvre chemin faisant qu&rsquo;on est effectivement pass\u00e9 \u00e0 la substance et \u00e0 l&rsquo;objet de cette m\u00e9thodologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre M\u00e9thode suppose une certaine complicit\u00e9 de notre lecteur, voire son aide en \u00e9tant notre complice. Il nous faut une certaine communaut\u00e9 d&rsquo;esprit pour que, en m\u00eame temps que nous parvenons \u00e0 un jugement, le lecteur parvienne lui-m\u00eame au sien, comme s&rsquo;il progressait ind\u00e9pendamment de son c\u00f4t\u00e9. Nous nous permettons de nous citer pour bien nous faire comprendre. Notre plus grande r\u00e9ussite est d&rsquo;entendre un lecteur nous dire, plut\u00f4t que: vous nous informez bien ou vous nous apprenez beaucoup,  ceci, que nous avons d\u00e9j\u00e0 entendu: \u00ab <em>Vous nous obligez \u00e0 penser au-del\u00e0 de l&rsquo;habituel, \u00e0 pousser notre pens\u00e9e hors de ses bornes.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette complicit\u00e9, qui est une confiance sans aveuglement, conduit \u00e0 accepter notre proposition que notre principale t\u00e2che est de l&rsquo;ordre de la s\u00e9lection. Il s&rsquo;agit de briser l&rsquo;ordre impos\u00e9 par la forme qui est donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;information pour lui imposer notre propre ordre. Ce n&rsquo;est pas une technique, c&rsquo;est une inspiration. Le traitement de l&rsquo;information passe n\u00e9cessairement par la disposition d&rsquo;une certaine intuition. A la contingence qui nous est impos\u00e9e par le d\u00e9sordre de l&rsquo;interpr\u00e9tation du monde et la d\u00e9mission des autorit\u00e9s perdues dans l&rsquo;ill\u00e9gitimit\u00e9, r\u00e9pond notre propre contingence de notre intuition r\u00e9alisant la transmutation sacr\u00e9e du d\u00e9sordre impos\u00e9 en un ordre,  toujours selon la m\u00eame image du contre-feu, incendie allum\u00e9 en avant de l&rsquo;incendie pour priver l&rsquo;incendie d&rsquo;aliment et provoquer son extinction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;est aujourd&rsquo;hui pas de territoire plus propice pour Notre M\u00e9thode, \u00e0 nous Europ\u00e9ens, que la compr\u00e9hension de l&rsquo;Europe. Depuis un an, l&rsquo;Europe sombre dans le d\u00e9sordre. Le virtualisme a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9 comme jamais, dans l&rsquo;urgence on s&rsquo;en doute, pour colmater la br\u00e8che g\u00e9ante. A nous d&rsquo;agir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>La seule subversion aujourd&rsquo;hui est de retrouver la r\u00e9alit\u00e9. L&rsquo;Europe est un bon terrain de manuvre<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn effet, l&rsquo;Europe sombre dans le d\u00e9sordre alors qu&rsquo;elle \u00e9tait promise, depuis cinquante ans, \u00e0 devenir l&rsquo;exemple d&rsquo;organisation sociale et politique \u00e0 offrir au monde. M\u00eame certains Britanniques y croyaient jusqu&rsquo;\u00e0 en faire un exemple pour l&rsquo;avenir. Il n&rsquo;est besoin que de rappeler le cas de Robert Cooper, actuellement au secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral de Javier Solana, qui exposait au printemps 2002 dans un essai dans <em>The Observer<\/em> promis \u00e0 devenir un livre ses conceptions sur la postmodernit\u00e9: \u00ab <em>The EU is the most developed example of a postmodern system. It represents security through transparency, and transparency through interdependence. The EU is more a transnational than a supra-national system, a voluntary association of states rather than the subordination of states to a central power.<\/em> \u00bb  (Un compl\u00e9ment assez peu not\u00e9 de l&rsquo;analyse de Cooper \u00e9tait que le mod\u00e8le am\u00e9ricain n&rsquo;en \u00e9tait plus un, plus du tout. Au contraire, il s&rsquo;agissait d&rsquo;une forme de gouvernement d\u00e9pass\u00e9e. Il est bon de pr\u00e9ciser que Cooper avait toute la confiance de Tony Blair et qu&rsquo;il exprimait les vues du Premier ministre sur ce point.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous donnons cet exemple pour fixer \u00e0 quelle hauteur les esprits mettaient le mod\u00e8le europ\u00e9en. Il y avait l&rsquo;id\u00e9e que la construction europ\u00e9enne mat\u00e9rialisait toutes les ambitions de l&rsquo;esprit postmoderne de construire une cit\u00e9 id\u00e9ale, mariage r\u00e9ussi et harmonieux de notre h\u00e9ritage grec, de la technologie et du lib\u00e9ralisme moderniste, des valeurs morales et humanitaristes. Dans ce champ de l&rsquo;utopie politique,  le mot a ici sa place,  m\u00eame les sordides calculs et les faiblesses psychologiques de la vassalit\u00e9 pro-am\u00e9ricaniste n&rsquo;avaient pas leur place. M\u00eame un Tony Blair ou tel haut fonctionnaire de la Commission s&rsquo;affichait europ\u00e9aniste et exprimait quelque condescendance pour la v\u00e9tust\u00e9 de l&rsquo;organisation am\u00e9ricaniste, avec ses r\u00e9f\u00e9rences nationalistes et la brutalit\u00e9 de la promotion de ses int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa force de ce sentiment est l&rsquo;un des plus grands ph\u00e9nom\u00e8nes politiques de la p\u00e9riode triomphante de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide. C&rsquo;est la grande Utopie de notre temps. En quelques ann\u00e9es, sous la pression extr\u00eame des communications et la force du conformisme que ces moyens de diffusion de la connaissance ont r\u00e9pandu, cette Utopie est devenue notre religion. Elle s&rsquo;est install\u00e9e au coeur de notre pens\u00e9e et a gouvern\u00e9 d&rsquo;une main de fer notre intelligence. Elle a install\u00e9 dans notre perception du monde un filtre intellectuel qui a transform\u00e9 notre regard sur le monde. M\u00eame si l&rsquo;on peut observer avec justesse les tendances \u00e0 la soumission de ces partisans-l\u00e0 de l&rsquo;Europe \u00e0 une vassalit\u00e9 constante par rapport aux \u00c9tats-Unis,  m\u00eame cette vassalit\u00e9 a acquis une existence qu&rsquo;on pourrait juger autonome. La promotion de l&rsquo;hyper-lib\u00e9ralisme \u00e9conomiste, un des articles de la Foi de cette Utopie, par les institutions europ\u00e9ennes est quelque chose qui ne peut \u00eatre d\u00e9finie par la seule explication de la vassalit\u00e9. Le suzerain am\u00e9ricaniste est d\u00e9pass\u00e9, il est m\u00eame durement critiqu\u00e9, en <em>a-parte<\/em>, lorsqu&rsquo;il est pris en flagrant d\u00e9lit de manquement \u00e0 la doctrine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe domaine europ\u00e9en est devenu, en quelques ann\u00e9es, le terrain favori de la repr\u00e9sentation utopique du monde du postmodernisme. Le virtualisme, \u00e0 la fois outil et inspirateur de ces ph\u00e9nom\u00e8nes, y r\u00e8gne en ma\u00eetre. Pour s&rsquo;y reconna\u00eetre, pour tenter de distinguer le r\u00e9el de la repr\u00e9sentation, il faut d\u00e9ployer une m\u00e9thode et en user sans vergogne. Nous avons la n\u00f4tre.<\/p>\n<h3>Mortelle blessure<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>La violence extraordinaire du d\u00e9bat pr\u00e9- et post-r\u00e9f\u00e9rendaire, en France et alentour, est celle de l&rsquo;Utopie contest\u00e9e mortellement<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est manifeste que la violence, aujourd&rsquo;hui, des attaques, en France, contre le soi-disant d\u00e9clin de la France, et des attaques europ\u00e9ennes (de la Commission) contre la France,  cette violence est une r\u00e9action de survie de l&rsquo;Utopie mortellement contest\u00e9e. Il est \u00e9galement manifeste que cette violence est n\u00e9e durant la campagne du r\u00e9f\u00e9rendum du 29 mai 2005 et qu&rsquo;elle n&rsquo;a plus cess\u00e9 depuis. Au contraire, elle s&rsquo;est exacerb\u00e9e. C&rsquo;est bien plus que l&rsquo;Europe (leur id\u00e9e de l&rsquo;Europe) qui est en cause. C&rsquo;est la modernit\u00e9 elle-m\u00eame qui est en cause. Les circonstances autant que la force des sentiments en jeu en ont d\u00e9cid\u00e9 ainsi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas mal trouv\u00e9. Au travers d&rsquo;une situation o\u00f9 le d\u00e9bat fran\u00e7ais et le d\u00e9bat europ\u00e9en ne font plus qu&rsquo;un malgr\u00e9 les contradictions apparentes, on voit se concr\u00e9tiser irr\u00e9futablement l&rsquo;id\u00e9e centrale, sugg\u00e9r\u00e9e depuis longtemps par l&rsquo;intuition, que l&rsquo;enjeu fran\u00e7ais et l&rsquo;enjeu europ\u00e9en ne font qu&rsquo;un, et qu&rsquo;ils dissimulent \u00e0 peine l&rsquo;enjeu de la modernit\u00e9 qui est le coeur br\u00fblant de notre crise de civilisation. Si la France est ici et l\u00e0 d\u00e9nonc\u00e9e comme le pays qui emp\u00eache l&rsquo;Europe de se faire selon les pr\u00e9ceptes de l&rsquo;Utopie, c&rsquo;est parce que la France est, en Europe, le seul pays qui peut faire ou d\u00e9faire cette Europe comptable de la modernit\u00e9 dans ses esp\u00e9rances les plus d\u00e9cisives.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit d&rsquo;une intuition puissante, qui gouverne depuis des ann\u00e9es notre analyse. Elle place la France au centre du jeu parce que ce pays est le seul pays \u00e0 \u00eatre, d&rsquo;une fa\u00e7on absolument substantielle, \u00e0 la fois en-dedans du syst\u00e8me et en-dehors du syst\u00e8me. La France est diversement double (\u00ab <em>On a l&rsquo;impression qu&rsquo;il y a deux France<\/em> \u00bb, dit Chris Patten, dans une interview \u00e0 laquelle nous nous r\u00e9f\u00e9rerons dans cette chronique.) Elle est double parce qu&rsquo;il y a la France et qu&rsquo;il y a les Fran\u00e7ais, et que ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose; double avec ses \u00e9lites et son opinion publique (l&rsquo;une et l&rsquo;autre se d\u00e9chirent comme des ennemis h\u00e9r\u00e9ditaires); avec sa direction politique et la politique de la France (la politique de la France est souvent \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de ce qu&rsquo;on peut attendre de sa direction politique d\u00e9cadente et corrompue); avec l&rsquo;en-dedans et l&rsquo;au-dehors&#8230;  La France est importante non parce qu&rsquo;elle est puissante ou influente, m\u00eame si elle est l&rsquo;une ou l&rsquo;autre, mais parce qu&rsquo;elle synth\u00e9tise comme nul autre pays et nulle autre situation la grande crise de notre civilisation, la crise ultime de notre temps historique. La France n&rsquo;est pas l\u00e0 pour \u00e9clairer notre lanterne, elle est notre lanterne pour nous y retrouver dans ce chaos. Ce n&rsquo;est pas une situation confortable (pour la France).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre \u00e9poque est habitu\u00e9e \u00e0 tenir la puissance et l&rsquo;influence comme les seuls facteurs d&rsquo;importance de la politique du monde, et \u00e0 condition que cette puissance et cette influence soient comptabilis\u00e9es en chiffres, en poids, en quincaillerie et en graphiques \u00e9conomiques, et salu\u00e9es par l&#8217;emphase pompeuse du discours virtualiste du syst\u00e8me de la communication. C&rsquo;est dire combien il ne faut attendre que tromperie de ce syst\u00e8me et qu&rsquo;il nous faut progresser selon les seules lumi\u00e8res de l&rsquo;analyse intuitive.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Discorde europ\u00e9enne<\/h2>\n<h3>L&rsquo;id\u00e9e d\u00e9senchant\u00e9e<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>Un \u00e9v\u00e9nement extraordinaire est en train de se produire: l&rsquo;agonie de l&rsquo;id\u00e9e europ\u00e9enne<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tR\u00e9pondant \u00e0 une question du <em>Monde<\/em> (le 7 avril) sur l&rsquo;existence ou pas, aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;une vision europ\u00e9enne de la France, le m\u00eame Chris Patten observe: \u00ab <em>Pour la premi\u00e8re fois, depuis que je suis en politique, je pense que cette vision fran\u00e7aise n&rsquo;existe plus. C&rsquo;est extraordinaire. C&rsquo;est d\u00fb \u00e0 ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 chez vous. C&rsquo;est aussi d\u00fb en partie au fait que l&rsquo;Allemagne ne consid\u00e8re plus que les int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais doivent toujours pr\u00e9valoir afin de pr\u00e9server la r\u00e9conciliation entre les deux pays.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLaissons l&rsquo;explication du constat, sur laquelle nous reviendrons plus loin, et attachons-nous au seul constat. Nous trouvons une confirmation de ce constat en introduisant une autre explication que celles que propose Patten, une explication compl\u00e9mentaire si l&rsquo;on veut. Il s&rsquo;agit du climat g\u00e9n\u00e9ral cr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;arriv\u00e9e des dix nouveaux pays de l&rsquo;Est. Ces pays apportent un esprit de chicane, d&rsquo;exigence et de revendication, souvent d\u00e9crit de mani\u00e8re d\u00e9favorable par des sentiments d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 et d&rsquo;arrogance. Ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement un blocage mais un encrassement d&rsquo;une machine d\u00e9j\u00e0 extr\u00eamement lourde, qui conduit \u00e0 des situations effectivement proches d&rsquo;un blocage. Cela est d&rsquo;autant plus pesant que ces pays n&rsquo;apportent que peu de choses. La situation dans le domaine de la d\u00e9fense est tr\u00e8s significative, selon une source qui est impliqu\u00e9e dans ces questions: \u00ab <em>Les nouveaux pays interviennent beaucoup, surtout sur des points de d\u00e9tails, ils ne bloquent rien mais ils freinent le processus sans n\u00e9cessairement le vouloir, par leur seul comportement. En \u00e9change de cela, ils n&rsquo;apportent quasiment aucun moyen suppl\u00e9mentaire.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn rencontre depuis quelques temps beaucoup de d\u00e9senchantement, \u00e9galement de ce point de vue technique, sur le terrain comme on dit, de la part de sources qui, il y a un ou deux ans, se montraient encore enthousiastes des progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s. Le cas du processus de d\u00e9fense europ\u00e9enne est symptomatique. Cette situation renvoie, pour revenir au cas fran\u00e7ais (la France tient un r\u00f4le fondamental dans ce domaine de la d\u00e9fense), \u00e0 un arri\u00e8re-plan parisien, du c\u00f4t\u00e9 des organismes de direction nationaux, qui a compl\u00e8tement chang\u00e9. Une source fran\u00e7aise \u00e0 Bruxelles observe qu&rsquo; \u00ab <em>\u00e0 Paris, depuis un an, tous les tabous sont tomb\u00e9s. On n&rsquo;h\u00e9site plus \u00e0 observer d&rsquo;un oeil extr\u00eamement critique tout le processus europ\u00e9en, et on le dit<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est bon d&rsquo;admettre \u00e0 ce point que la critique n&rsquo;est plus tant d&rsquo;ordre politique (orientation de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre pays, de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre groupe de pays) que du point de vue tr\u00e8s concret du fonctionnement op\u00e9rationnel des choses. Le champ europ\u00e9en n&rsquo;\u00e9tait pas consid\u00e9r\u00e9 comme particuli\u00e8rement souple et efficace avant l&rsquo;\u00e9largissement. Mais des habitudes, des proc\u00e9dures implicites, des arrangements prot\u00e9geaient une certaine efficacit\u00e9. Cette situation a \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9e par l&rsquo;arriv\u00e9e massive de dix nouveaux membres, sans exp\u00e9rience, sans moyens et avec beaucoup de pr\u00e9tentions et d&rsquo;id\u00e9es toutes faites. En temps normal, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement e\u00fbt montr\u00e9 une grande force de d\u00e9stabilisation. Mais les temps ne sont pas normaux. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement se produit au moment du choc du 29 mai 2005, au moment des tensions renouvel\u00e9es sur des questions essentielles comme la politique \u00e9conomique. Il ajoute une crise \u00e0 une crise pour cr\u00e9er les conditions terribles d&rsquo;une possibilit\u00e9 de rupture.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>La r\u00e9f\u00e9rence du 29 mai partout dans les esprits: elle a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 la psychologie fran\u00e7aise, qu&rsquo;on ait \u00e9t\u00e9 partisan ou adversaire de la Constitution<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une \u00e9volution psychologique extr\u00eamement importante. Le choix du 29 mai 2005 comme r\u00e9f\u00e9rence \u00e9v\u00e9nementielle de cette \u00e9volution est compl\u00e8tement justifi\u00e9. Il y a l\u00e0 une conjonction d&rsquo;une force extr\u00eame, qui explique suffisamment et justifie l&rsquo;\u00e9volution psychologique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsque nous parlons d&rsquo;\u00e9volution psychologique, nous parlons bien d&rsquo;une \u00e9volution qui, pour ce cas, ne concerne pas encore le raisonnement et le jugement. Elle affecte aussi bien les partisans que les adversaires de la Constitution et concerne aussi bien la perception que l&rsquo;humeur. Bien entendu, ces remarques valent essentiellement pour les Fran\u00e7ais, \u00e0 cause du r\u00f4le central qu&rsquo;ils tiennent dans cette crise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl ne s&rsquo;agit rien moins que d&rsquo;un processus qui affecte profond\u00e9ment la perception et les convictions qu&rsquo;on en tire, ou qu&rsquo;on abandonne. On pourrait le d\u00e9crire comme un d\u00e9senchantement. Il est question d&rsquo;une rupture des liens subtils et myst\u00e9rieux, des liens litt\u00e9ralement enchanteurs qu&rsquo;on entretenait avec une id\u00e9e, qui est dans ce cas la toute-puissante id\u00e9e europ\u00e9enne. Cette id\u00e9e ne pouvait signifier qu&rsquo;une seule chose pour la France: puisque la nation n&rsquo;est plus assez forte, substituons-lui l&rsquo;Europe, ce regroupement de nations qui d\u00e9fendra et affirmera en un seul corps toutes les nations qu&rsquo;elle absorbera en son sein. M\u00eame si des divergences profondes existent sur ce qu&rsquo;est une nation, une approche assez similaire de la vertu fondamentale de l&rsquo;Europe existait chez tous. C&rsquo;est ce qui a maintenu vivace, chez les Fran\u00e7ais, l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;Europe. M\u00eame les adversaires fran\u00e7ais de l&rsquo;Europe subissaient cet enchantement: leur opposition s&rsquo;appuyait sur l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;Europe existait ou existerait mais que ce ne serait en aucun cas celle qu&rsquo;ils d\u00e9siraient. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(C&rsquo;est, au contraire, ce qui a emp\u00each\u00e9 les Britanniques de subir ce m\u00eame enchantement. Les Britanniques n&rsquo;ont jamais cru que l&rsquo;Europe pourrait se substituer \u00e0 leur propre nation parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais cru que l&rsquo;Europe pourrait exister en tant qu&rsquo;entit\u00e9 substantielle. Ils ont cru, \u00e0 l&rsquo;inverse, g\u00e9ographiquement s&rsquo;entend, que leur nation serait sauv\u00e9e par la substitution am\u00e9ricaniste: l&rsquo;alliance anglo-saxonne, derri\u00e8re la puissance am\u00e9ricaniste, sauvegarderait la nation britannique et la renforcerait. Du c\u00f4t\u00e9 britannique aussi, c&rsquo;est le d\u00e9senchantement&#8230; On y reviendra, bien s\u00fbr.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous insistons bien entendu, comme nous en avons l&rsquo;habitude, mais encore plus qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;habitude, sur cette dimension psychologique. Elle est essentielle parce qu&rsquo;elle pr\u00e9pare les esprits \u00e0 des jugements, puis \u00e0 des d\u00e9cisions qui seraient impensables, qui sont, aujourd&rsquo;hui encore, impensables. Ses effets se manifesteront \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre \u00e9v\u00e9nement en apparence fortuit, et qui ne doit pas n\u00e9cessairement porter sur la question europ\u00e9enne mais qui conduira \u00e0 l&rsquo;aborder d&rsquo;une fa\u00e7on substantielle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe ph\u00e9nom\u00e8ne le plus remarquable, \u00e0 notre sens, est que ce d\u00e9senchantement psychologique provoqu\u00e9 par le 29 mai agissant comme un catalyseur, voire comme un exorcisme, touche partisans et adversaires de ce qui \u00e9tait propos\u00e9 \u00e0 ce r\u00e9f\u00e9rendum. C&rsquo;est dire s&rsquo;il met \u00e0 nu une forte pression qui existait d\u00e9j\u00e0. C&rsquo;est dire si nous pensons que ce d\u00e9senchantement n&rsquo;est pas un accident ni une cause mais un aboutissement.<\/p>\n<h3>Diagnostic de rupture<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>Bon juges en la mati\u00e8re, des Britanniques observent le changement fran\u00e7ais<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRevenons au jugement de Patten pour nous attacher cette fois \u00e0 l&rsquo;explication du constat qu&rsquo;il fait. Constatant ce fait \u00ab <em>extraordinaire<\/em> \u00bb de la disparition d&rsquo;une vision europ\u00e9enne de la France, il avance comme explication ce qui se passe en France, ce qui va de soi, et aussi le \u00ab <em>fait que l&rsquo;Allemagne ne consid\u00e8re plus que les int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais doivent toujours pr\u00e9valoir afin de pr\u00e9server la r\u00e9conciliation entre les deux pays.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;id\u00e9e vient aussi sous la plume d&rsquo;un autre Britannique, d&rsquo;un sentiment contraire \u00e0 celui de Patten puisqu&rsquo;il est eurosceptique convaincu, l&rsquo;analyste Robert North d\u00e9j\u00e0 souvent cit\u00e9 dans ces colonnes. On a d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 ce jugement de North dans notre pr\u00e9c\u00e9dente livraison, mais nous allons l&rsquo;utiliser d&rsquo;une autre fa\u00e7on. North \u00e9crivait le 27 mars: \u00ab <em>This time round, though, Germany is unlikely to back down, leaving the possibility that France will end up seeking to form new alliances, effectively leading to a break-up of the European Union.<\/em> \u00bb North impliquait un affaiblissement de la France par un \u00e9loignement de l&rsquo;Allemagne de son alliance avec la France, amenant la France \u00e0 retrouver une certaine autonomie la conduisant \u00e0 se lib\u00e9rer du cadre europ\u00e9en, entra\u00eenant la rupture de ce cadre. Comme on a pu d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;observer \u00e0 d&rsquo;autres propos, c&rsquo;est proposer <em>in fine<\/em> une situation paradoxale. On tire du constat de l&rsquo;affaiblissement de la France une \u00e9volution de la France qui repr\u00e9sente <em>de facto<\/em> un renforcement de cette nation par une sorte de lib\u00e9ration; et tout cela conduit,  autre constat paradoxal,  \u00e0 une rupture du cadre europ\u00e9en, impliquant \u00e9galement que la France est une puissance d&rsquo;un bien grand poids pour entra\u00eener une telle cons\u00e9quence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous proposons un autre constat, \u00e0 partir d&rsquo;une autre analyse provenant d&rsquo;un t\u00e9moignage de la source fran\u00e7aise d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e. Cette source d\u00e9crit les efforts de la France pour convaincre (forcer n&rsquo;est-il pas un verbe plus appropri\u00e9?) l&rsquo;Allemagne \u00e0 prendre en charge une op\u00e9ration \u00e9ventuelle de l&rsquo;UE au Congo, selon que l&rsquo;ONU fera ou non appel \u00e0 l&rsquo;UE. Il y a de la lassitude dans ce constat, devant ce partenaire privil\u00e9gi\u00e9 qui rechigne \u00e0 jouer le r\u00f4le de puissance europ\u00e9enne directrice dans l&rsquo;\u00e9volution de la d\u00e9fense europ\u00e9enne, \u00e9tant habitu\u00e9 \u00e0 laisser ce r\u00f4le co\u00fbteux et parfois ingrat \u00e0 la France. Il y a dans cette description une observation implicite qui rel\u00e8ve du d\u00e9senchantement europ\u00e9en d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9: tous ces efforts fran\u00e7ais pour animer la d\u00e9fense europ\u00e9enne valent-ils ce qu&rsquo;on y met si l&rsquo;on a perdu la foi dans le bien-fond\u00e9, l&rsquo;efficacit\u00e9 et la f\u00e9condit\u00e9 du processus europ\u00e9en? Notre source a alors cette remarque \u00e9tonnante: \u00ab <em>Parfois, on pourrait penser que notre alliance sacr\u00e9e avec l&rsquo;Allemagne est un fardeau, un peu comme l&rsquo;alliance am\u00e9ricaine de l&rsquo;Angleterre est un fardeau pour les Anglais.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBrusquement, les constats \u00e9nonc\u00e9s plus haut, qui rel\u00e8vent du classique jugement que l&rsquo;Allemagne voudrait secouer la tutelle de la France, renversent leur sens sans \u00eatre d\u00e9mentis sur le fond. Et si cette soi-disant tutelle de la France sur l&rsquo;Allemagne (qui reste si largement \u00e0 d\u00e9montrer que nous pourrions montrer qu&rsquo;elle a eu bien souvent plus de d\u00e9savantages que d&rsquo;avantages pour la France, sous forme de contraintes que la France s&rsquo;est impos\u00e9e),  si cette soi-disant tutelle co\u00fbtait plus \u00e0 la France qu&rsquo;elle ne lui rapporte? On comprend combien cette sorte de question est une marque du d\u00e9senchantement signal\u00e9 plus haut. Les Anglais cit\u00e9s n&rsquo;ont pas tort sur le fait mais ils n&rsquo;auraient pas raison sur le sens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Une \u00e9volution similaire chez les Britanniques? Ce qui se fait en France vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Allemagne se faisant au Royaume-Uni vis-\u00e0-vis des USA<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu fait, cette \u00e9volution fran\u00e7aise vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Allemagne n&rsquo;aurait-elle pas une correspondance dans l&rsquo;\u00e9volution britannique vis-\u00e0-vis des USA? Le 10 avril, <em>Time Magazine<\/em> rapportait cet avis d&rsquo;un officiel britannique vis-\u00e0-vis de la pol\u00e9mique UK-USA sur le JSF, dont on sait l&rsquo;importance substantielle que nous lui accordons pour les relations USA-UK. Cet officiel confiait, dans le cadre des tensions anglo-am\u00e9ricaines qui est rappell\u00e9 ici: \u00ab <em>It&rsquo;s unclear how far London might be willing to go to show its displeasure. Blair has yet to complain to Bush in their weekly videoconferences. But a British official says, We&rsquo;re just about fed up.<\/em> \u00bb M\u00eame sentiment de lassitude, de fatigue psychologique, de perte de ce qui reste de conviction dans les efforts \u00e9puisants et souvent humiliants accomplis jusqu&rsquo;ici.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM\u00eame sentiment \u00e0 propos des r\u00e9actions de Jack Straw (que l&rsquo;on dit en d\u00e9saccord avec Tony Blair) apr\u00e8s la publication de l&rsquo;article de Seymour Hersh sur les plans d&rsquo;attaque US de l&rsquo;Iran. L&rsquo;option de l&rsquo;attaque nucl\u00e9aire qui semble bien \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e par le Pentagone sur ordre de la Maison-Blanche est \u00ab <em>completely nuts<\/em> \u00bb; Straw qualifie l&rsquo;option d&rsquo;une attaque contre l&rsquo;Iran comme \u00ab <em>inconceivable<\/em> \u00bb. M\u00eame si sa d\u00e9marche est une attaque indirecte contre les th\u00e8ses de Tony Blair, c&rsquo;est d&rsquo;abord une attaque, directe celle-l\u00e0 et fort peu diplomatique, contre les USA et leurs lubies militaires anti-iraniennes. Si le registre est plut\u00f4t ici celui de la col\u00e8re due \u00e0 l&rsquo;exasp\u00e9ration, on retrouve le sentiment g\u00e9n\u00e9ral de lassitude des Britanniques vis-\u00e0-vis du comportement erratique, cavalier et m\u00e9prisant pour eux des Am\u00e9ricains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas britannique vis-\u00e0-vis des liens entre les USA et le Royaume-Uni a \u00e9t\u00e9 encore plus acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 par une intervention d&rsquo;une grande importance et d&rsquo;une grande pertinence du professeur Trevor Taylor, le 30 mars, \u00e0 une conf\u00e9rence du RUSI \u00e0 Londres sur la question des acquisitions d&rsquo;armement. Taylor parlait de la nouvelle strat\u00e9gie industrielle britannique, contenue dans le document d\u00e9nomm\u00e9 DIS (Defense Industrial Strategy) adopt\u00e9 \u00e0 la fin 2005. La publication Jane&rsquo;s note: \u00ab <em>An eminent UK academic has said the expectations and aspirations of the Defence Industrial Strategy (DIS) are incompatible with US policy and practice on military equipment sales. Professor Trevor Taylor said that the DIS only makes sense in enhanced co-operation with Europeans as a result of US policy.<\/em> \u00bb Ce jugement, compl\u00e9t\u00e9 par d&rsquo;autres remarques du m\u00eame genre, est lourd d&rsquo;implications pour ce qui concerne le domaine sacro-saint de la coop\u00e9ration des armements avec les USA. Bien entendu, le JSF est une application concr\u00e8te des remarques que fait le professeur Taylor.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn ne dit pas qu&rsquo;il y a quelque chose de nouveau, de fondamentalement nouveau sur le fond. Tout ce qui est dit ici n&rsquo;est une surprise pour personne, chez ceux qui ont l&rsquo;habitude d&rsquo;observer d&rsquo;un oeil critique la r\u00e9alit\u00e9 des relations entre les USA et le Royaume-Uni. C&rsquo;est le ton qui nous arr\u00eate, en v\u00e9rit\u00e9 cette lassitude profonde, bien r\u00e9sum\u00e9e par cette expression qui refl\u00e8te l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit qu&rsquo;on veut d\u00e9finir: <em>fed up<\/em>. Lassitude et d\u00e9senchantement, et sensation de l&rsquo;inutilit\u00e9 de poursuivre ces tentatives de changer ce qui est solide comme un roc, qui ne bouge pas et ne bougera pas, et qui devient, dans cette perspective, insupportable aux Britanniques&#8230; <\/p>\n<h3>Psychologies encha\u00een\u00e9es<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>Fran\u00e7ais et Britanniques sont-ils dans des alliances o\u00f9 ils se contraignent eux-m\u00eames?<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans le domaine des faits, il para\u00eet bien improbable et peu justifi\u00e9 de faire un parall\u00e8le entre l&rsquo;alliance anglo-am\u00e9ricaine et l&rsquo;alliance franco-allemande. On observera pourtant qu&rsquo;elles ont toutes les deux leurs sources dans la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale et fonctionnent toutes les deux pour des objectifs indirects et paradoxaux. Les Britanniques sont originellement dans l&rsquo;alliance am\u00e9ricaine pour tenter de r\u00e9cup\u00e9rer \u00e0 leur avantage propre, par une tactique habile, un peu de la puissance US, et limiter leur propre perte de puissance (l&rsquo;Empire, la livre, etc.) d\u00fbe essentiellement \u00e0 une politique sp\u00e9cifique des USA. Les Fran\u00e7ais ont initialement con\u00e7u l&rsquo;alliance allemande pour contr\u00f4ler l&rsquo;Allemagne et emp\u00eacher un retour aux situations de 1914 et 1939.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;est jamais sain pour une alliance de s&rsquo;\u00e9tablir non selon des buts ext\u00e9rieurs, mais pour permettre \u00e0 l&rsquo;un des deux alli\u00e9s d&rsquo;obtenir par la ruse et par la douceur ce qu&rsquo;il n&rsquo;obtient pas vis-\u00e0-vis de cet alli\u00e9 par sa propre puissance. Cette situation cr\u00e9e une contrainte psychologique que les hommes de l&rsquo;art nomment frustration. Elle encha\u00eene les psychologies plut\u00f4t que les lib\u00e9rer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBien s\u00fbr, les deux pays consid\u00e9r\u00e9s ont des situations tr\u00e8s diff\u00e9rentes. La France a su se forger une ind\u00e9pendance tr\u00e8s forte gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9novation de sa souverainet\u00e9, tandis que les Britanniques suivaient un chemin inverse. La d\u00e9pendance des Britanniques par rapport aux Am\u00e9ricains dans les domaines essentiels (domaine de la s\u00e9curit\u00e9) ne peut \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard \u00e0 la situation de la France par rapport \u00e0 l&rsquo;Allemagne, presque jusqu&rsquo;\u00e0 une situation inverse. Nous ne plaidons pas la similitude des situations structurelles et politiques mais la similitude des \u00e9tats psychologiques. La contrainte concerne les attitudes, les jugements en profondeur, les r\u00e9actions indirectes, toutes ces choses d\u00e9pendantes de la psychologie. Sur le terme, l&rsquo;effet sur le jugement puis sur les d\u00e9cisions politiques est certainement d&rsquo;une grande importance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes alliances-encha\u00eenement p\u00e8sent \u00e9videmment sur les politiques europ\u00e9ennes des deux pays, qui se trouvent par ailleurs \u00eatre les deux principales puissances et les deux principales nations en Europe. Elles contraignent leurs jugements, l&rsquo;influence d&rsquo;une mani\u00e8re disproportionn\u00e9e et infond\u00e9e. Qui, en France, peut \u00e9carter l&rsquo;hypoth\u00e8se que le dessein europ\u00e9en de la France a \u00e9t\u00e9 fortement, d\u00e9cisivement influenc\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir l&rsquo;alliance avec l&rsquo;Allemagne? Ainsi pourrait-on avancer l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il n&rsquo;y a jamais eu de v\u00e9ritable dessein europ\u00e9en chez les Fran\u00e7ais , de v\u00e9ritable politique europ\u00e9enne appr\u00e9ci\u00e9e <em>per se<\/em>. (De m\u00eame du c\u00f4t\u00e9 britannique: l&rsquo;hostilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Europe n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e sans le poids consid\u00e9rable de la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse de l&rsquo;alliance am\u00e9ricaine.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans les deux cas, bien entendu, l&rsquo;\u00e9volution plus \u00e9quilibr\u00e9e et plus apais\u00e9e de la perception g\u00e9n\u00e9rale d\u00e9pend d&rsquo;une lib\u00e9ration psychologique. Pour la France, le d\u00e9senchantement europ\u00e9en a une valeur en soi, une justification intrins\u00e8que, correspondant \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements bien identifiables. Il ne doit pas masquer pour autant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une \u00e9volution psychologique lib\u00e9ratrice,  c&rsquo;est-\u00e0-dire, dans ce cas, une appr\u00e9ciation dans des termes diff\u00e9rents de l&rsquo;alliance allemande, et les \u00e9ventuels d\u00e9veloppements qui correspondent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Tout cela passe par une seule voie: le retour \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rence et au r\u00f4le de la nation<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe m\u00eame Chris Patten se trouvait confront\u00e9, dans l&rsquo;interview d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, \u00e0 cette question sur l&rsquo;Europe (\u00ab <em>Comment l&rsquo;Europe peut-elle trouver un second souffle? \u00bb). Il conclut sa courte r\u00e9ponse par ces mots tranchants: \u00ab L&rsquo;essentiel de la r\u00e9ponse appartient aux Etats-nations. A Bruxelles, aujourd&rsquo;hui, le grand projet, c&rsquo;est simplement de g\u00e9rer les affaires avec comp\u00e9tence.<\/em> \u00bb Comme on avait beaucoup parl\u00e9 de la France, il est plus que probable que ce jugement de Patten s&rsquo;adressait prioritairement \u00e0 la France,  mais aussi au Royaume-Uni, car un Anglais ne peut pas ne pas avoir son pays \u00e0 l&rsquo;esprit dans une telle r\u00e9ponse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une certaine fa\u00e7on, on peut interpr\u00e9ter dans ce m\u00eame sens un avis du professeur Taylor d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9. Certes, il parle de l&rsquo;industrie et des technologies de l&rsquo;armement, mais on sait que c&rsquo;est un domaine central de la souverainet\u00e9. Sa protection souveraine, celle que pr\u00e9conise le rapport DIS britannique, s&rsquo;exprime compl\u00e8tement dans la r\u00e9affirmation de la souverainet\u00e9 de la nation. Lorsqu&rsquo;il interpr\u00e8te le langage et le contenu du rapport DIS, Taylor dit ceci,  toujours selon le compte-rendu de <em>Jane&rsquo;s<\/em>: \u00ab <em>He suggested that the terminology used in the DIS white paper was the language of France in that it sought to safeguard UK defence industrial autonomy. He said the term &lsquo;appropriate sovereignty&rsquo;  often used in the Joint Strike Fighter technology transfer issue  was the another word for autonomy.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes diff\u00e9rentes interventions, qui paraissent \u00e0 premi\u00e8re vue concerner des domaines s\u00e9par\u00e9s, renvoient toutes aux m\u00eames probl\u00e8mes absolument centraux. On peut les r\u00e9sumer par le constat de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9affirmation des souverainet\u00e9s nationales, et de la situation exemplaire du mod\u00e8le fran\u00e7ais \u00e0 cet \u00e9gard. Ce n&rsquo;est un paradoxe que pour les seuls id\u00e9ologues d&rsquo;ajouter que cette r\u00e9affirmation est la cl\u00e9 d&rsquo;une relance de l&rsquo;Europe, de ce second souffle qu&rsquo;il faudrait donner au dessein europ\u00e9en, et qui devrait passer par la prise en consid\u00e9ration de toutes les formules possibles (y compris des accords bilat\u00e9raux ou la recherche de la constitution d&rsquo;une Europe r\u00e9duite \u00e0 son noyau dur).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn voit que le d\u00e9senchantement et la logique de rupture qu&rsquo;il implique, qu&rsquo;on d\u00e9crit ici, concernent moins l&rsquo;Europe en soi que l&rsquo;Europe id\u00e9ologique qu&rsquo;on s&rsquo;est acharn\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir pendant un demi-si\u00e8cle, selon un esprit de complet antagonisme avec la nation (l&rsquo;\u00c9tat-nation) et sa souverainet\u00e9. Le d\u00e9senchantement et la rupture europ\u00e9ennes portent en eux-m\u00eames une logique de reconstruction, ou de renaissance si l&rsquo;on veut un terme plus solennel. \u00c9crivant cela, nous n&rsquo;annon\u00e7ons aucun \u00e9v\u00e9nement pr\u00e9cis, dans tous les cas aucun \u00e9v\u00e9nement politique arrang\u00e9 ou entrevu par les directions politiques. Comme l&rsquo;on sait, ces directions sont \u00e9clat\u00e9es, impuissantes, psychologiquement corrompues, prisonni\u00e8res d&rsquo; un conformisme d\u00e9vastateur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; Nous d\u00e9crivons plut\u00f4t une \u00e9volution qui nous para\u00eet irr\u00e9sistible, qui se fait en d\u00e9pit et au-del\u00e0 des tentatives de contr\u00f4le des directions politiques. Il y a un grand \u00e9branlement en cours, en Europe comme on le d\u00e9crit ici, et \u00e9galement dans les autres domaines de la crise g\u00e9n\u00e9rale de la civilisation occidentale. Ce grand \u00e9branlement, qui se r\u00e9alise en l&rsquo;absence de toute volont\u00e9 humaine et de toute capacit\u00e9 humaine, dans le chef des \u00e9lites occidentales, \u00e0 le comprendre et \u00e0 en tirer avantage, favorise \u00e9videmment un reclassement selon les grands courants et les constantes historiques,  et la notion de souverainet\u00e9 est certainement l&rsquo;une des plus essentielles.<\/p>\n<h3>Les crises \u00e9lectives<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>L&rsquo;observation objective de la situation europ\u00e9enne place la France et le Royaume-Uni c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te,  so what?<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLaissons discours et habillages de circonstance de c\u00f4t\u00e9,  non pour pr\u00e9voir telle ou telle \u00e9volution, mais pour observer la r\u00e9alit\u00e9 des situations. Deux n\u00e9cessit\u00e9s objectives rapprochent les destins fran\u00e7ais et britannique: le d\u00e9senchantement europ\u00e9en de la France, qui rapproche la France de la position britannique; le besoin, voire la recherche de sa souverainet\u00e9 nationale par le Royaume-Uni, qui rapproche ce pays du mod\u00e8le fran\u00e7ais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ne disons pas une seconde que ces deux n\u00e9cessit\u00e9s vont se traduire en politiques pouvant conduire \u00e0 une convergence franco-britannique. Les personnels politiques en place sont \u00e0 l&rsquo;image de cette \u00e9poque \u00e9trange o\u00f9 une bataille f\u00e9roce et sans merci est livr\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et aux enseignements de l&rsquo;histoire et du bon sens, comme si l&rsquo;id\u00e9e de bien public leur faisait horreur. Les dirigeants politiques actuels semblent \u00eatre l\u00e0 pour poursuivre des politiques respectivement contraintes pour les deux pays, tournant r\u00e9solument le dos \u00e0 ces deux n\u00e9cessit\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQu&rsquo;importe, les deux n\u00e9cessit\u00e9s subsistent et, comme l&rsquo;on s&rsquo;en doute, elles sont d&rsquo;une puissance exceptionnelle. Cela signifie,  par contre, sur ce point nous risquerions bien une pr\u00e9vision,  que les crises perdureront et finiront par forcer \u00e0 l&rsquo;infl\u00e9chissement naturel des politiques. Les \u00e9v\u00e9nements sont l\u00e0, qui pressent les hommes et conduisent aux prises de conscience. C&rsquo;est le Times de Londres qui constatait, le 9 avril, en rapportant ce commentaire sur la vente de ses parts dans Airbus par BAE, l&rsquo;absence du r\u00e9flexe de souverainet\u00e9 nationale du gouvernement britannique qui ne prot\u00e8ge pas les fondements de cette souverainet\u00e9: \u00ab <em>The frustration we have is that Britain seems to be unique in not taking a direct interest in the future of such an important industry, said Ian Waddell, national aerospace officer at the Amicus trade union. You cannot imagine America allowing the sale of Boeing, but the British government is content to allow market forces to rule.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn observera combien ces diverses crises nationales, ces malaises, ces remous, tendent \u00e0 nous s\u00e9parer des habituelles \u00e9troitesses qui caract\u00e9risent le jugement national en temps de crise g\u00e9n\u00e9rale. L&rsquo;\u00e9volution de la France et du Royaume-Uni conduit \u00e0 la prise de conscience que l&rsquo;enjeu essentiel de la crise n&rsquo;est pas \u00e9conomique ni institutionnel,  en d&rsquo;autres mots, que l&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas sectoriel et technique. L&rsquo;enjeu central renvoie \u00e0 la crise globale qu&rsquo;a fait na\u00eetre la globalisation. Il s&rsquo;agit de la crise de la souverainet\u00e9 nationale, donc la crise de l&rsquo;identit\u00e9 (de la substance m\u00eame de l&rsquo;existence). Les th\u00e9oriciens ont beaucoup glos\u00e9 autour de cette question mais c&rsquo;est la premi\u00e8re fois que des \u00e9v\u00e9nements majeurs peuvent directement \u00eatre li\u00e9s \u00e0 ce d\u00e9bat, lui donnant ainsi une actualit\u00e9 pressante. C&rsquo;est le cas du r\u00e9f\u00e9rendum du 29 mai 2005 pour la France, ou des questions comme la DIS et l&rsquo;affaire du JSF pour le Royaume-Uni (ou de l&rsquo;affaire de la vente de ses parts dans Airbus par BAE).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce temps historique caract\u00e9ris\u00e9 par le virtualisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire la dissimulation id\u00e9ologique et syst\u00e9mique de la r\u00e9alit\u00e9, la seule r\u00e9alisation concr\u00e8te de l&rsquo;enjeu r\u00e9el de la crise est un progr\u00e8s consid\u00e9rable. L&rsquo;enjeu impressionne les psychologies et fait \u00e9voluer le jugement. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le discours de Notre M\u00e9thode (suite) Le devoir de comprendre L&rsquo;\u00e9poque postmoderne se caract\u00e9rise par un d\u00e9fi m\u00e9thodologique sur la voie de la connaissance Nous voil\u00e0, une fois de plus semble-t-il, conduits \u00e0 commencer une chronique d&rsquo;analyse politique par un expos\u00e9 sur la m\u00e9thode de cette analyse. 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