{"id":67751,"date":"2006-07-15T00:00:00","date_gmt":"2006-07-15T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/07\/15\/de-910-a-911-et-retour\/"},"modified":"2006-07-15T00:00:00","modified_gmt":"2006-07-15T00:00:00","slug":"de-910-a-911-et-retour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/07\/15\/de-910-a-911-et-retour\/","title":{"rendered":"De 9\/10 \u00e0 9\/11 et retour"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">De 9\/10 \u00e0 9\/11 et retour<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tNous poursuivons et d\u00e9veloppons ici, par une analyse plus cons\u00e9quente, l&rsquo;examen des th\u00e8ses \u00e9voqu\u00e9es par Andrew Bacevich \u00e0 partir du livre <em>Cobra II: The Inside Story of the Invasion and Occupation of Iraq<\/em>, par Michael Gordon et Bernard Trainor. Nous \u00e9crivons poursuivre en nous r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 notre  <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2792\" class=\"gen\">F&#038;C<\/a> du 10 juin (\u00ab <em>La bureaucratie victorieuse, ou le coup d&rsquo;\u00c9tat post-moderne<\/em> \u00bb), qui abordait ce sujet.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous nous attachons, pour \u00e9largir notre propos, \u00e0 un extrait en particulier du texte de Bacevich (on peut lire son article dans nos <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2899\" class=\"gen\">Notes de lecture<\/a>). Ce qui nous a arr\u00eat\u00e9s, c&rsquo;est la r\u00e9f\u00e9rence au <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=201\" class=\"gen\">discours<\/a> de Donald Rumsfeld du 10 septembre 2001. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce discours que nous tenons comme si important est suffisamment rare pour justifier cette attention.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(On sait qu&rsquo;on commence \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2895\" class=\"gen\">citer<\/a> ce discours, et que nous tenons ce fait comme r\u00e9v\u00e9lateur.)<\/p>\n<h3>Hommage \u00e0 9\/10<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tVoici le passage concern\u00e9, extrait de l&rsquo;article de Bacevich. Le passage sur le discours du 10 septembre 2001 est soulign\u00e9 en gras par nous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>None of this could be done, however, until certain domestic obstacles had been removed. This was the second front, in many respects more challenging than the first. As Bush&rsquo;s more bellicose lieutenants saw it, the principal constraints on the use of American power lay within the US government itself.<\/em> <strong><em>In a speech to Defense Department employees only a day before 9\/11, Rumsfeld had warned of an adversary that poses a threat, a serious threat, to the security of the United States of America. Who was this adversary? Some evil tyrant or murderous terrorist? No, Rumsfeld announced: The adversary&rsquo;s closer to home. It&rsquo;s the Pentagon bureaucracy.<\/em><\/strong> <em>But the internal threat was not confined to this single bureaucracy. It included Congress and the Supreme Court, each of which could circumscribe presidential freedom of action. It extended to the CIA and the State Department, which the hawks viewed as obstructive and hidebound. It even took in the senior leadership of the US military, especially the unimaginative and excessively risk-averse Joint Chiefs of Staff. All these were capable of impeding the greater assertiveness that Cheney, Rumsfeld and Wolfowitz had yearned for well before the events of 9\/11. Everyone had to be neutralised. In other words, unleashing American might abroad implied a radical reconfiguration of power relationships at home. On this score, 9\/11 came as a godsend. The hawks, citing the urgent imperatives of national security, set out to concentrate authority in their own hands. September 11 inaugurated what became in essence a rolling coup.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h3>9\/11 comme compl\u00e9ment de 9\/10<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCe texte est \u00e9tonnant pour nous car il int\u00e8gre le discours du 10 septembre 2001 (9\/10) \u00e0 l&rsquo;attaque du 11 septembre 2001 (9\/11). Dans notre appr\u00e9ciation de ce discours faite \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;attaque du lendemain, au contraire, nous avons tendance \u00e0 opposer 9\/10 \u00e0 9\/11,  dans le sens suivant : Avec 9\/10, Rumsfeld identifiait le v\u00e9ritable ennemi ; avec 9\/11, c&rsquo;est l&rsquo;intrusion du faux ennemi qui va emp\u00eacher Rumsfeld de d\u00e9velopper son affrontement avec le vrai.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNos auteurs (Gordon-Trainor et l&rsquo;interpr\u00e9tation de Bacevich) offrent le sch\u00e9ma d&rsquo;une double guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0Le volet ext\u00e9rieur en est connu : avec 9\/11 et apr\u00e8s 9\/11, l&rsquo;attaque g\u00e9n\u00e9rale, la transformation de la politique ext\u00e9rieure US en une politique syst\u00e9matiquement militariste, dont le point d&rsquo;appui sera l&rsquo;attaque contre l&rsquo;Irak et son investissement. (On sait d\u00e9sormais, par la diffusion de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2447\" class=\"gen\">documents internes<\/a> que, d\u00e8s l&rsquo;origine, d\u00e8s le jour m\u00eame de l&rsquo;attaque, Rumsfeld demande \u00e0 son \u00e9quipe de pr\u00e9parer le <em>corpus<\/em> virtualiste,  propagande, arguments \u00e0 mettre au point dans un cadre de pure cr\u00e9ation virtualiste, etc.  pour justifier l&rsquo;attaque de l&rsquo;Irak.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0La nouveaut\u00e9, selon notre point de vue, c&rsquo;est le volet int\u00e9rieur tel qu&rsquo;il est  pr\u00e9sent\u00e9 et explicit\u00e9 dans l&rsquo;extrait ci-dessus, avec la r\u00e9f\u00e9rence explicite \u00e0 9\/10. Bien entendu, cette affirmation nous offre aussit\u00f4t une implication \u00e9vidente, pr\u00e9cis\u00e9ment avec ce discours du 10 septembre : si 9\/10 fait partie du plan g\u00e9n\u00e9ral, dans sa phase int\u00e9rieure, c&rsquo;est qu&rsquo;on anticipe d\u00e9j\u00e0 9\/11; c&rsquo;est que 9\/11 est pr\u00e9vu ; c&rsquo;est que la th\u00e9orie du complot est justifi\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Au reste, on n&rsquo;est pas sans conna\u00eetre certaines attitudes \u00e9tranges de Rumsfeld. On se <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=279\" class=\"gen\">rappelle<\/a> notamment que le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Rumsfeld re\u00e7oit, le matin du 11 septembre 2001, une d\u00e9l\u00e9gation de parlementaires de la Chambre ; que \u00ab <em> Rumsfeld declared that a dramatic event was needed to drive home to the American public just how dangerous a world we live in<\/em> \u00bb Est-ce \u00e0 dire qu&rsquo;une heure avant, il leur annonce l&rsquo;attaque? \u00ab  <em>Congressman Robin Hayes (North Carolina) was at the meeting and recalls <\/em>[it Rumsfeld] <em>said that there would have to be some catastrophe or something to wake people up. And just an hour later, that plane hit the Pentagon. It was incredible<\/em> \u00bb)<\/p>\n<h3>Les myst\u00e8res de Donald Rumsfeld<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tRumsfeld est un personnage qui conserve nombre de facettes myst\u00e9rieuses. A cet \u00e9gard, il ne manque pas de richesse. Autour de lui ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es et d\u00e9velopp\u00e9es beaucoup de structures et d&rsquo;actions de publicit\u00e9 et de promotion. Dans un syst\u00e8me o\u00f9 le virtualisme r\u00e8gne en ma\u00eetre et alors que Rumsfeld est lui-m\u00eame un ma\u00eetre de la manipulation, c&rsquo;est bien assez pour brouiller les pistes et nous \u00e9loigner de la r\u00e9alit\u00e9 du personnage.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Nombre d&rsquo;\u00e9tudes approfondies sur Rumsfeld ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es. Nous recommandons par exemple celle de Jason Vest, qui <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=425\" class=\"gen\">figure<\/a> sur notre site. Elle nous donne des indices. Pour autant, elle ne nous dit pas toute la <strong>v\u00e9rit\u00e9<\/strong> du personnage. Nous ne pr\u00e9tendons nullement la d\u00e9terminer nous-m\u00eames ; d&rsquo;ailleurs, nous avons vari\u00e9 dans l&rsquo;appr\u00e9ciation que nous en avons. Ce qui nous importe est moins de mettre en \u00e9vidence la v\u00e9rit\u00e9 du personnage que sa <strong>complexit\u00e9<\/strong>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRumsfeld est un homme de la bureaucratie, si l&rsquo;on veut : <em>a bureaucratic warrior<\/em>. Il a aussi une carri\u00e8re politique et une carri\u00e8re dans les affaires. Il est d\u00e9crit comme un homme d&rsquo;une extr\u00eame duret\u00e9 mais cette duret\u00e9 s&rsquo;exprime plus dans les batailles internes (bureaucratiques) qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur pour la raison \u00e9vidente que la bataille interne est le champ d&rsquo;action n\u00e9cessaire et prioritaire de ses ambitions et de sa carri\u00e8re. Rumsfeld a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u, dans sa jeunesse, comme un homme extr\u00eamement affable et ouvert dans ses postes ext\u00e9rieurs, contrairement \u00e0 sa r\u00e9putation r\u00e9cente. Ce fut le cas en 1973, lorsqu&rsquo;il devint ambassadeur US \u00e0 l&rsquo;OTAN. A Bruxelles, des diplomates chenus se rappellent de lui comme d&rsquo;un jeune homme tr\u00e8s liant, modeste et cherchant \u00e0 apprendre,  tranchant, dans le meilleur sens possible, sur les attitudes cassantes habituelles des gens de l&rsquo;\u00e9quipe Nixon-Kissinger, voire sur les attitudes am\u00e9ricanistes habituelles \u00e0 l&rsquo;OTAN.<\/p>\n<h3>D\u00e9claration de guerre \u00e0 la bureaucratie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tRumsfeld n&rsquo;est pas un n\u00e9o-conservateur. C&rsquo;est un nationaliste radical. Ses buts de guerre, au moment de 9\/11, rencontrent ceux des <em>neocons<\/em> mais on a tout lieu de penser qu&rsquo;ils ne les rencontrent que momentan\u00e9ment. D&rsquo;ailleurs, les <em>neocons<\/em> ont pris leurs distances de Rumsfeld ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, jusqu&rsquo;\u00e0 demander <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1842\" class=\"gen\">sa d\u00e9mission<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe ce dernier point de vue, la th\u00e8se selon laquelle Rumsfeld est partie prenante de toutes les ambitions d\u00e9crites par Gordon-Trainor dans <em>Cobra-II<\/em> nous para\u00eetrait bien excessive. On se demande si Rumsfeld soutient vraiment les id\u00e9es d&rsquo;une conqu\u00eate imp\u00e9riale de type global telles qu&rsquo;elles sont d\u00e9velopp\u00e9es pour caract\u00e9riser l&rsquo;action des n\u00e9o-conservateurs. On a beaucoup d&rsquo;arguments pour en douter.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar contre, l&rsquo;insistance de Rumsfeld sur la planification de la guerre contre l&rsquo;Irak, ses interf\u00e9rences face aux g\u00e9n\u00e9raux, tout montre qu&rsquo;il entendit faire de l&rsquo;Irak un terrain d&rsquo;application de sa pouss\u00e9e r\u00e9formiste contre la bureaucratie. Cela correspond assez bien au blocage que Rumsfeld a rencontr\u00e9 dans les neuf premiers mois (avant 9\/11) de son premier mandat. Il annon\u00e7a des r\u00e9formes fondamentales et trouva tout de suite sur sa voie des oppositions farouches et d\u00e9termin\u00e9es. En septembre 2001, avant 9\/11 (et avant 9\/10), Rumsfeld \u00e9tait donn\u00e9 comme battu face \u00e0 la coalition qui s&rsquo;\u00e9tait form\u00e9e naturellement entre le Congr\u00e8s et la bureaucratie du Pentagone.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSon discours 9\/10 est une d\u00e9claration de guerre \u00e0 la bureaucratie. (Le ma\u00eetre de la manuvre bureaucratique part en guerre contre la bureaucratie.) Est-ce cette guerre qui \u00e9clate le lendemain, lors de l&rsquo;attaque 9\/11 ? Il s&rsquo;agit vraiment d&rsquo;une rencontre myst\u00e9rieuse.<\/p>\n<h3>9\/11 contre 9\/10 malgr\u00e9 tout ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tBacevich commence son texte par cette remarque<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab <em>The events of 11 September 2001 killed thousands, left many thousands more bereft, and horrified countless millions who merely bore witness. But for a few, 9\/11 suggested an opportunity. In the inner circles of the United States government men of ambition seized on that opportunity with alacrity. Far from fearing a global war on terror&rsquo;, they welcomed it, certain of their ability to bend war to their purposes. Although the ensuing conflict has not by any means run its course, we are now in a position to begin evaluating the results of their handiwork.<\/em> \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t9\/11 est-il bien une opportunit\u00e9 <strong>aussi<\/strong> pour le Rumsfeld qui fait son discours le 10 septembre 2001? Nous en revenons \u00e0 cette question de base, pour constater que, si elle est toujours sans r\u00e9ponse du point de vue de la chronologie et du lien entre les deux \u00e9v\u00e9nements, elle peut par contre \u00eatre examin\u00e9e du point de vue plus g\u00e9n\u00e9ral de la situation qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e ensuite. Au lieu de donner \u00e0 Rumsfeld un outil pour imposer sa loi et l&#8217;emporter sur la bureaucratie, 9\/11 a au contraire monstrueusement d\u00e9multipli\u00e9 la puissance de la bureaucratie, et monstrueusement amplifi\u00e9 ses travers et le blocage g\u00e9n\u00e9ral jusqu&rsquo;\u00e0 une situation qui est presque de crise totale (<em>a perfect storm<\/em>, comme on l&rsquo;annonce <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2895\" class=\"gen\">aujourd&rsquo;hui<\/a>). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPrenons l&rsquo;argument <em>a contrario<\/em>. Si 9\/11 avait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;opportunit\u00e9 que Rumsfeld attendait pour appliquer le plan de la bataille qu&rsquo;il annonce dans 9\/10 (et alors les deux sont li\u00e9s et l&rsquo;argument de l&rsquo;encha\u00eenement compl\u00e9mentaire des deux est irr\u00e9sistible), aurait-il laiss\u00e9 faire tout ce qu&rsquo;il a laiss\u00e9 faire depuis ? Dans le d\u00e9veloppement du Pentagone depuis 9\/11, on a l&rsquo;impression d&rsquo;un monstre absolument d\u00e9cha\u00een\u00e9 que Rumsfeld n&rsquo;a pas r\u00e9ussi une seule seconde \u00e0 dompter. Certes, Rumsfeld a d\u00e9velopp\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9 certaines initiatives. Il a impos\u00e9 partiellement sa forme de guerre (d&rsquo;ailleurs, avec l&rsquo;insucc\u00e8s qu&rsquo;on sait) ; il a d\u00e9velopp\u00e9 les structures des forces sp\u00e9ciales ; il a fait adopter et d\u00e9velopper des m\u00e9thodes \u00e9galement sp\u00e9ciales (d&rsquo;ailleurs, certaines extr\u00eamement contestables) ; et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA c\u00f4t\u00e9 de cela, les structures et les programmes h\u00e9rit\u00e9s de la Guerre froide ont poursuivi leur expansion, et cette fois \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9, servis par une manne budg\u00e9taire qui est ainsi devenue le premier incitatif au gaspillage et le premier moyen de la paralysie bureaucratique. La QDR-2005, qui <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1635\" class=\"gen\">devait \u00eatre<\/a> r\u00e9volutionnaire, s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e \u00eatre un \u00e9chec \u00e9norme absolument consid\u00e9rable. Comment est-il possible que ce secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense si puissant, si radicalement r\u00e9formiste, n&rsquo;ait pas r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9liminer ou \u00e0 r\u00e9duire radicalement (en volume budg\u00e9taire) <strong>au moins<\/strong> l&rsquo;un des trois programmes d&rsquo;avions tactiques (F-18E\/F, F-22, JSF) dont nul n&rsquo;ignore la redondance et l&rsquo;inutilit\u00e9 pour notre \u00e9poque de guerre de la quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration ?<\/p>\n<h3>La d\u00e9faite de Donald Rumsfeld<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCes constats \u00e9vidents, signes \u00e9pars mais indubitables de la d\u00e9faite de Rumsfeld face \u00e0 son principal ennemi (la bureaucratie du Pentagone), \u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;une bataille dont l&rsquo;enjeu est d\u00e8s le d\u00e9part parfaitement identifi\u00e9 (discours du 10 septembre 2001), conduisent \u00e0 \u00e9mettre quelques doutes sur la correspondance incontestable faite par Gordon-Trainor (et Bacevich) entre 9\/10 et 9\/11. Le cas nous para\u00eet plus ambigu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl semble que Rumsfeld n&rsquo;a pas r\u00e9agi d&rsquo;une fa\u00e7on coordonn\u00e9e et mesur\u00e9e \u00e0 la guerre contre la terreur apr\u00e8s avoir, la veille, d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 la bureaucratie. Plut\u00f4t qu&rsquo;un compl\u00e9ment de l&rsquo;une pour l&rsquo;autre, nous y verrions une substitution dans l&rsquo;instant dans l&rsquo;esprit de Rumsfeld, avant d&rsquo;en revenir \u00e0 une vision plus nuanc\u00e9e,  et, pour nous, au constat qu&rsquo;un clou ayant chass\u00e9 l&rsquo;autre, le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense s&rsquo;est tromp\u00e9 d&rsquo;adversaire aussit\u00f4t apr\u00e8s avoir identifi\u00e9 le bon (la bureaucratie, le 10 septembre 2001). Lorsqu&rsquo;il est revenu au premier et \u00e0 l&rsquo;essentiel, avec la QDR 2005, il \u00e9tait trop tard. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 battu. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;image g\u00e9n\u00e9rale que nous laisse cet \u00e9pisode,  et notre appr\u00e9ciation confront\u00e9e \u00e0 celle de Gordon-Trainor (Bacevich)  est d&rsquo;abord celle du d\u00e9sordre washingtonien, d\u00fb \u00e0 la concurrence f\u00e9roce de centres de pouvoir divers et dont rien n&rsquo;arrive \u00e0 entamer l&rsquo;autonomie. L&rsquo;absence de centralit\u00e9 du pouvoir est flagrante dans le cas Rumsfeld-bureaucratie, et aussi (et surtout) l&rsquo;absence d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 qui donne \u00e0 un pouvoir (le pouvoir politique) pr\u00e9\u00e9minence <strong>naturelle<\/strong> sur les autres. Dans une p\u00e9riode qu&rsquo;on d\u00e9crit facilement comme celle d&rsquo;un renforcement du pouvoir politique central aux USA, avec un secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense lui-m\u00eame d\u00e9crit comme l&rsquo;un des plus autoritaires avec tous les moyens que cela implique qu&rsquo;ait connu ce domaine, on constate que cette m\u00eame personnalit\u00e9 plac\u00e9e dans une position de force conjoncturelle exceptionnelle par la guerre contre la terreur n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9faire son ennemi int\u00e9rieur principal, ni m\u00eame \u00e0 entamer sa position,  au contraire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe centre de pouvoir que constitue la bureaucratie du Pentagone n&rsquo;a pas recul\u00e9 d&rsquo;un pouce. Au contraire, nous avancerions l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il s&rsquo;est sans cesse renforc\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 devenir bien plus qu&rsquo;inexpugnable comme il l&rsquo;\u00e9tait avant l&rsquo;arriv\u00e9e de Rumsfeld ; jusqu&rsquo;\u00e0 devenir irr\u00e9sistible, occupant une position de force comme il n&rsquo;a jamais connu jusqu&rsquo;ici, et cela dans la p\u00e9riode de temps relativement r\u00e9duite des quatre-cinq ann\u00e9es depuis 2001.<\/p>\n<h3>Conclusion pour le XXI\u00e8me si\u00e8cle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tRumsfeld avait-il raison le 10 septembre 2001 ? Nous n&rsquo;avons jamais cess\u00e9 de le croire. Il est vrai que le processus bureaucratique constitue le <strong>cancer<\/strong> structurel des temps modernistes. (Il n&rsquo;est pas s\u00fbr que Rumsfeld le d\u00e9non\u00e7a dans cet esprit et avec cette conscience mais la d\u00e9nonciation est l\u00e0.) Il repr\u00e9sente parfaitement ce que la d\u00e9marche moderniste offre en mati\u00e8re de perversion en organisant l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 puisqu&rsquo;il marie la puissance et l&rsquo;ill\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe processus bureaucratique impose une situation qui est une attaque directe contre la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir, par cons\u00e9quent une attaque contre la souverainet\u00e9 et contre l&rsquo;identit\u00e9. Derri\u00e8re son apparence structur\u00e9e, la bureaucratie est profond\u00e9ment d\u00e9structurante parce qu&rsquo;elle propose une \u00e9volution structurelle qui est une entropie du pouvoir par organisation syst\u00e9mique de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9. (D&rsquo;o\u00f9 la facilit\u00e9 avec laquelle des bureaucraties transnationales et supranationales se mettent en place : elles sont naturellement bien plac\u00e9es pour une situation qui est par essence un d\u00e9ni de souverainet\u00e9 et d&rsquo;identit\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;on consid\u00e8re qu&rsquo;il est un mal in\u00e9vitable (plus qu&rsquo;un mal n\u00e9cessaire) d\u00fb aux caract\u00e8res de nos soci\u00e9t\u00e9s, le processus bureaucratique ne peut \u00eatre efficacement combattu et contenu que par la l\u00e9gitimit\u00e9 du pouvoir politique,  lorsque ce pouvoir politique repr\u00e9sente la souverainet\u00e9 et l&rsquo;identit\u00e9 par un caract\u00e8re r\u00e9galien absolument n\u00e9cessaire, et \u00e0 cette condition <em>sine qua non<\/em>. Le syst\u00e8me am\u00e9ricaniste n&rsquo;a aucune de ces choses : il n&rsquo;est pas r\u00e9galien, il ne repr\u00e9sente aucune identit\u00e9 et n&rsquo;exerce aucune souverainet\u00e9 fondamentale, il n&rsquo;a pas de l\u00e9gitimit\u00e9 r\u00e9galienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuel que soit l&rsquo;homme, quels que soient ses fautes et ses vices, quelle que soit sa responsabilit\u00e9 dans les malheurs qui nous accablent depuis le 11 septembre 2001, il faut reconna\u00eetre que Rumsfeld avait identifi\u00e9 et d\u00e9nonc\u00e9 le grand, le v\u00e9ritable danger du XXI\u00e8me si\u00e8cle,  lequel, dans les conditions actuelles o\u00f9 ce danger est totalement laiss\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, pourrait \u00eatre un court XXI\u00e8me si\u00e8cle tant la prolif\u00e9ration bureaucratique pr\u00e9cipite la crise g\u00e9n\u00e9rale. Il faut \u00e9galement admettre qu&rsquo;il (Rumsfeld) avait partie perdue d&rsquo;avance.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De 9\/10 \u00e0 9\/11 et retour Nous poursuivons et d\u00e9veloppons ici, par une analyse plus cons\u00e9quente, l&rsquo;examen des th\u00e8ses \u00e9voqu\u00e9es par Andrew Bacevich \u00e0 partir du livre Cobra II: The Inside Story of the Invasion and Occupation of Iraq, par Michael Gordon et Bernard Trainor. 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