{"id":68175,"date":"2006-11-05T00:00:00","date_gmt":"2006-11-05T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/11\/05\/suez-et-la-metamorphose-de-macmillan\/"},"modified":"2006-11-05T00:00:00","modified_gmt":"2006-11-05T00:00:00","slug":"suez-et-la-metamorphose-de-macmillan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/11\/05\/suez-et-la-metamorphose-de-macmillan\/","title":{"rendered":"Suez et \u201cla m\u00e9tamorphose de MacMillan\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Suez et \u00ab\u00a0la m\u00e9tamorphose de MacMillan\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous annon\u00e7ons <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3337\">par ailleurs<\/a> la mise en place du site <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.edde.eu\/\">edde.eu<\/a>, avec <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.edde.eu\/publication.php?id_pub=3\">la pr\u00e9sentation et la vente en ligne<\/a> de <em>La Passion de Churchill &mdash; Histoire du fondement des special relationships<\/em> (adaptation fran\u00e7aise de Philippe Grasset du livre de John Charmley <em>Churchill&rsquo;s Grand alliance<\/em>, publi\u00e9 en 1995).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ci-dessous, nous donnons un extrait du chapitre 28 de ce livre, un des cinq chapitres traitant de la crise de Suez, en octobre-novembre 1956, &mdash; crise qui s&rsquo;est d\u00e9nou\u00e9e le 6 novembre 1956, il y a cinquante ans. On y voit, au travers d&rsquo;une description de la crise du 16 octobre au 6 novembre 1956, comment le Chancelier de l&rsquo;Echiquier britannique, au d\u00e9part l&rsquo;un des partisans les plus r\u00e9solus de l&rsquo;attaque, se transforma en adversaire de cette attaque. A la r\u00e9union cruciale du cabinet britannique du 6 novembre 1956, o&ugrave; fut d\u00e9cid\u00e9 le cessez-le-feu, Mac Millan &laquo; \u00e9tait devenu, selon le mot de Brendan Bracken, \u00ab\u00a0le leader des fuyards\u00a0\u00bb&raquo;. D\u00e8s lors, il s&rsquo;imposait comme candidat des Am\u00e9ricains pour remplacer le Premier ministre Anthony Eden, inaugurant la p\u00e9riode la plus achev\u00e9e des <em>special relationships<\/em> dont nous vivons la crise aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dde.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\">\u00ab\u00a0La m\u00e9tamorphose de MacMillan\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Aucune archive n&rsquo;existe de la r\u00e9union du Comit\u00e9 &Eacute;gypte du 16 octobre [1956], mais, selon Nutting qui \u00e9tait pr\u00e9sent, c&rsquo;est \u00e0 cette r\u00e9union qu&rsquo;Eden exposa la substance du plan fran\u00e7ais \u00e0 ses coll\u00e8gues pr\u00e9sents. [Le secr\u00e9taire au Foreign Office Selwyn] Lloyd ne quitta pas la r\u00e9union pour le d\u00e9jeuner, ayant \u00e9t\u00e9 averti par Nutting de ce qui se pr\u00e9parait ; malgr\u00e9 une hostilit\u00e9 initiale, il admit les arguments d&rsquo;Eden en faveur du plan fran\u00e7ais. Plus tard ce jour-l\u00e0, les deux hommes s&rsquo;envol\u00e8rent pour Paris, o&ugrave; les d\u00e9tails de la \u00ab\u00a0collusion\u00a0\u00bb furent discut\u00e9s avec les Fran\u00e7ais. La d\u00e9cision avait \u00e9t\u00e9 prise : la diplomatie, avec tout son potentiel pour faire tra&icirc;ner l&rsquo;affaire pendant des mois, \u00e9tait abandonn\u00e9e en faveur d&rsquo;un sch\u00e9ma anglo-fran\u00e7ais pour d\u00e9truire Nasser en se cachant derri\u00e8re les Isra\u00e9liens. Cette v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait peu connue dans le gouvernement britannique et elle fut cach\u00e9e aux Am\u00e9ricains. Eden avait d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;agir sans eux ; apr\u00e8s tout, rien ne le justifiait de croire qu&rsquo;ils s&rsquo;interposeraient activement pour le stopper.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour Dulles, qui avan\u00e7ait dans un brouillard d\u00e9concertant, la position britannique apparaissait d\u00e9sormais &laquo;\u00e9quivoque. Ils semblent \u00e0 certains moments chercher vraiment un arrangement n\u00e9goci\u00e9&hellip; \u00e0 d&rsquo;autres moments, ils semblent croire que tout arrangement n&rsquo;\u00e9liminera pas Nasser assez vite et qu&rsquo;ils ont un programme plus rapide&raquo;. Mais il ne pensait pas que les Britanniques en viendraient \u00e0 une action ouverte ou cach\u00e9e contre Nasser avant les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles. C&rsquo;\u00e9tait sous-estimer la frustration des Britanniques n\u00e9e des restrictions impos\u00e9es par les Am\u00e9ricains. M\u00eame les \u00ab\u00a0six points\u00a0\u00bb dont Lloyd esp\u00e9rait qu&rsquo;ils pourraient fournir la base pour un arrangement semblaient d\u00e9sormais d\u00e9pass\u00e9s, \u00e9tant donn\u00e9 l&rsquo;interpr\u00e9tation des Am\u00e9ricains selon lesquels la SCUA n&rsquo;\u00e9tait pas &laquo;un instrument de coercition&raquo;. Pendant une d\u00e9cennie et demi, les Britanniques avaient esp\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;ils seraient capables d&rsquo;utiliser la connexion am\u00e9ricaine pour renforcer leur position de grande puissance mais il semblait d\u00e9sormais que cette connexion \u00e9tait utilis\u00e9e par les Am\u00e9ricains pour freiner l&rsquo;action destin\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats britanniques. Une \u00ab\u00a0collusion\u00a0\u00bb avec les Fran\u00e7ais et les Isra\u00e9liens offrait \u00e0 Eden une voie vers l&rsquo;action ind\u00e9pendante, et il l&#8217;emprunta.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour que l&rsquo;action r\u00e9ussisse, il importait que l&rsquo;attaque soit rapide et d\u00e9cisive. Le protocole secret sign\u00e9 \u00e0 S\u00e8vres le 24 octobre, dans la maison des parents de l&rsquo;assassin de Darlan (les Bonnier de La Chapelle), procura le casus belli tant d\u00e9sir\u00e9. Le 29 octobre, Isra\u00ebl attaquerait l&rsquo;&Eacute;gypte ; le lendemain, Britanniques et Fran\u00e7ais lanceraient un appel au cessez-le-feu en demandant aux deux parties de se retirer \u00e0 15 kilom\u00e8tres des deux rives du Canal et d&rsquo;accepter l&rsquo;occupation de la zone par les Anglo-Fran\u00e7ais. Si l&rsquo;&Eacute;gypte rejetait l&rsquo;appel &mdash; qui \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 une invitation pour que les Isra\u00e9liens poursuivent leur avance jusqu&rsquo;\u00e0 125 kilom\u00e8tres du Canal &mdash; elle serait confront\u00e9e \u00e0 une op\u00e9ration militaire anglo-fran\u00e7aise au matin du 31 octobre. Le cabinet ne fut pas inform\u00e9 du protocole et Eden et Lloyd nieraient jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de leur vie qu&rsquo;il y ait eu \u00ab\u00a0collusion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il y avait divers probl\u00e8mes avec cette proc\u00e9dure. D&rsquo;abord, \u00e0 cause du secret et des raisons de convenance utilis\u00e9es, elle fut un choc consid\u00e9rable pour nombre de diplomates et de politiciens, ce qui rendit difficile d&rsquo;avoir aussit\u00f4t un soutien plein et entier pour l&rsquo;op\u00e9ration militaire ; ensuite, les militaires n&rsquo;ayant pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s de la collusion, ils ralentirent la mise en place de leurs plans ; en troisi\u00e8me lieu, l&rsquo;attaque isra\u00e9lienne appara&icirc;trait si compl\u00e8tement pour ce qu&rsquo;elle \u00e9tait, une excuse pour l&rsquo;intervention anglo-fran\u00e7aise, que le r\u00f4le de l&rsquo;Angleterre serait aussit\u00f4t mis en cause dans le monde arabe, et son prestige d&rsquo;autant entam\u00e9 ; enfin, elle assumait que les Am\u00e9ricains ne feraient rien pour emp\u00eacher l&rsquo;op\u00e9ration d&rsquo;avoir lieu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les deux derni\u00e8res objections furent fortement discut\u00e9es \u00e0 une r\u00e9union du cabinet du 25 octobre, quand Eden d\u00e9voila son plan &mdash; sans pourtant, dire \u00e0 quel point il \u00e9tait s&ucirc;r de l&rsquo;attaque isra\u00e9lienne. Des ministres argument\u00e8rent que cela &laquo;causerait des dommages aux relations anglo-am\u00e9ricaines&raquo; et que cela conduirait \u00e0 la d\u00e9nonciation du Royaume-Uni \u00e0 l&rsquo;ONU. Mais MacMillan n&rsquo;avait aucun doute quant au soutien d&rsquo;Eisenhower. Peu de temps avant cette r\u00e9union, MacMillan avait rappel\u00e9 avec force \u00e0 Lloyd que, bien que ce dernier se soit rendu \u00e0 Washington plus r\u00e9cemment que lui-m\u00eame, il n&rsquo;avait pas vu Eisenhower, et il n&rsquo;avait pas non plus la longue relation que MacMillan avait avec lui : &laquo;Je ne crois pas qu&rsquo;il y aura le moindre probl\u00e8me avec Ike. Lui et moi, nous nous comprenons. Il n&rsquo;ira pas nous causer d&rsquo;ennuis si nous faisons quelque chose de radical.&raquo; Une fois de plus, l&rsquo;opinion de MacMillan nous en dit plus sur sa confiance en lui que sur son jugement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Am\u00e9ricains furent totalement surpris par l&rsquo;invasion isra\u00e9lienne de l&rsquo;&Eacute;gypte. Ils avaient assum\u00e9 que la Jordanie \u00e9tait l&rsquo;objectif du renforcement militaire isra\u00e9lien que leur renseignement avait identifi\u00e9. D&rsquo;abord, Eisenhower ne put &laquo;croire que l&rsquo;Angleterre s&rsquo;\u00e9tait laiss\u00e9e entra&icirc;ner dans ce truc&raquo; et Dulles exprima la crainte que les Arabes imaginent que l&rsquo;Am\u00e9rique en avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement inform\u00e9e. Le 29 octobre, Eisenhower \u00e9tait encore si peu convaincu que les Britanniques \u00e9taient &laquo;dans le coup&raquo; qu&rsquo;il se demandait s&rsquo;il ne fallait pas les avertir que &laquo;les Fran\u00e7ais nous ont tromp\u00e9s&raquo;. Mais, contrairement \u00e0 son vieil ami MacMillan, Eisenhower avait correctement interpr\u00e9t\u00e9 la pens\u00e9e de son alli\u00e9. Il pensait que les Britanniques &laquo;estim[ai]ent que nous finir[i]ons par aller avec eux&raquo; mais il n&rsquo;avait pas l&rsquo;intention d&rsquo;agir de la sorte. Quels que soient les m\u00e9rites de la cause britannique, &laquo;rien ne les justifie de nous doubler&raquo;. L&rsquo;assistant au secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat Hoover parlait pour une majorit\u00e9 de dirigeants am\u00e9ricains lorsqu&rsquo;il affirmait que &laquo;si nous nous \u00e9tions mis du c\u00f4t\u00e9 anglo-fran\u00e7ais nous aurions trouv\u00e9 l&rsquo;URSS align\u00e9e avec les Arabes et, en fait, avec toute l&rsquo;Afrique&raquo;. Dulles, qui affirmait qu&rsquo;&laquo;il y avait eu une bataille entre les Fran\u00e7ais et nous-m\u00eames pour attirer \u00e0 soi les Britanniques dans la situation de crise du Moyen-Orient et d&rsquo;Afrique du Nord&raquo;, pensait que l&rsquo;Am\u00e9rique devait saisir &laquo;sa chance \u00e0 bras le corps&raquo; de &laquo;r\u00e9cup\u00e9rer&raquo; les Britanniques. Le charg\u00e9 d&rsquo;affaires britannique John Colson fut convoqu\u00e9 et vertement tanc\u00e9 \u00e0 propos du respect de la D\u00e9claration tripartite de 1950, faisant obligation au Royaume-Uni et aux USA de maintenir la stabilit\u00e9 au Moyen-Orient. Le pauvre Colson, qui ne se doutait pas de ce qui \u00e9tait en cours, promit son soutien pour soulever la question \u00e0 l&rsquo;ONU le lendemain matin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Durant la nuit, les Britanniques sembl\u00e8rent changer d&rsquo;avis \u00e0 propos de la forme de r\u00e9solution qu&rsquo;ils soutiendraient au Conseil de S\u00e9curit\u00e9. La cause en apparut clairement au matin du 30 octobre, avec les nouvelles du &laquo;d\u00e9barquement&raquo; anglo-fran\u00e7ais. Dulles &laquo;insista sur le danger d&rsquo;\u00eatre entra&icirc;n\u00e9s dans des hostilit\u00e9s comme nous le f&ucirc;mes dans les deux Guerres mondiales avec la diff\u00e9rence que, cette fois, les Britanniques et les Fran\u00e7ais seront consid\u00e9r\u00e9s comme les agresseurs engag\u00e9s dans une guerre anti-africaine et anti-asiatique&raquo;. Hoover se demandait si les Anglo-Fran\u00e7ais n&rsquo;\u00e9taient pas en train d&rsquo;essayer de forcer l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 choisir &laquo;entre eux-m\u00eames et les Arabes&raquo;. C&rsquo;\u00e9tait exactement le cas mais les Britanniques auraient eu leurs illusions churchilliennes rapidement dissip\u00e9es s&rsquo;ils avaient assist\u00e9 \u00e0 la r\u00e9union. Eisenhower, qui ne pensait pas que les Anglo-Fran\u00e7ais &laquo;avaient une cause acceptable pour une guerre&raquo;, se demandait &laquo;si la main de Churchill n&rsquo;\u00e9tait pas derri\u00e8re tout cela, \u00e0 voir le caract\u00e8re victorien de cette entreprise&raquo;. Les Am\u00e9ricains \u00e9taient d\u00e9sormais devant un choix et ils le firent. Eisenhower &laquo;dit qu&rsquo;il ne voyait aucun int\u00e9r\u00eat dans un alli\u00e9 si d\u00e9loyal et si inconstant et que la n\u00e9cessit\u00e9 de le soutenir \u00e9tait bien moins grande qu&rsquo;il ne croyait&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout d\u00e9pendait d\u00e9sormais de la vitesse d&rsquo;ex\u00e9cution de l&rsquo;op\u00e9ration anglo-fran\u00e7aise. Il n&rsquo;y avait aucun doute sur la position que prendraient les Am\u00e9ricains mais un certain temps pourrait s&rsquo;\u00e9couler avant qu&rsquo;elle ne soit rendue publique. On pouvait croire qu&rsquo;Eisenhower, assumant que les Britanniques \u00e9taient &laquo;all\u00e9s trop loin pour reculer&raquo; et que leur plan &laquo;pouvait marcher&raquo;, serait pr\u00eat \u00e0 accepter le fait accompli. Apr\u00e8s avoir re\u00e7u des explications d&rsquo;Eden, il pr\u00e9para une r\u00e9ponse qui, bien que froide dans le ton, finissait en affirmant &laquo;je pense vous comprendre et certainement sympathiser avec vous dans ce probl\u00e8me que vous devez r\u00e9soudre. Maintenant, nous devons prier pour que tout se termine justement et pacifiquement&raquo;. C&rsquo;\u00e9taient les sentiments les plus favorables qu&rsquo;il pouvait exprimer dans la circonstance, et il est significatif que, le 31 octobre, il ait remis l&rsquo;envoi du message. En fait, le message ne fut jamais envoy\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La raison de cette d\u00e9cision fut un durcissement de la position am\u00e9ricaine le 31 octobre, quand la profondeur de l&rsquo;engagement britannique apparut au grand jour. Le repr\u00e9sentant am\u00e9ricain \u00e0 l&rsquo;ONU, Cabot Lodge, rapporta que son coll\u00e8gue britannique, Sir Pierson Dixon, &laquo;normalement un interlocuteur sympathique&raquo;, l&rsquo;avait &laquo;virtuellement agress\u00e9&raquo; lorsqu&rsquo;il lui avait fait remarquer la n\u00e9cessit\u00e9 de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la D\u00e9claration Tripartite. C&rsquo;\u00e9tait, dit-il \u00e0 Dulles, &laquo;comme si un masque \u00e9tait tomb\u00e9, il \u00e9tait grima\u00e7ant et pas du tout souriant&raquo; ; quand Lodge avait \u00e9voqu\u00e9 le respect de la D\u00e9claration, Dixon avait aboy\u00e9 &laquo;Ne soyez pas stupide et moralisateur, nous devons \u00eatre pratiques&raquo;. Eisenhower n&rsquo;\u00e9tait pas du tout impressionn\u00e9 par les explications tardives et \u00e9videmment incompl\u00e8tes d&rsquo;Eden, disant \u00e0 Dulles dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi du 30 octobre que l&rsquo;Am\u00e9rique devrait adopter une politique d&rsquo;abstention. &laquo;Apr\u00e8s tout&raquo;, l&rsquo;Am\u00e9rique &laquo;ne va pas se battre contre eux&raquo; mais il ne voyait certainement aucune raison d&rsquo;en &laquo;appeler \u00e0 notre peuple pour r\u00e9unir de l&rsquo;argent et les aider \u00e0 sortir de ce gu\u00eapier&raquo;. Il consid\u00e9rait s\u00e9v\u00e8rement cette situation o&ugrave; &laquo;nos amis et alli\u00e9s&hellip; soudainement&hellip; nous mettent dans une orni\u00e8re et attendent de nous que nous les aidions&raquo;. Il voulait qu&rsquo;Eden &laquo;sache que nous avons notre honneur&raquo;. Il envoya un t\u00e9l\u00e9gramme tr\u00e8s formel \u00e0 Eden pour lui dire que leurs deux gouvernements &laquo;montraient une attitude quelque peu diff\u00e9rente vis-\u00e0-vis de la D\u00e9claration Tripartite de 1950&raquo; et que l&rsquo;Am\u00e9rique ne tenait pas \u00e0 &laquo;violer la parole donn\u00e9e&raquo;. &Eacute;cartant les objections britanniques, Lodge demanda au Conseil de S\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;envisager des mesures imm\u00e9diates pour la cessation des hostilit\u00e9s. Si l&rsquo;usage du veto pouvait permettre d&rsquo;\u00e9carter une action de l&rsquo;ONU, il ali\u00e9nerait encore plus l&rsquo;opinion am\u00e9ricaine et diviserait l&rsquo;opinion britannique. Seule une victoire rapide pouvait \u00e9carter un d\u00e9sastre. Shuckburgh nota dans son journal : &laquo;Si c&rsquo;est un succ\u00e8s, les dommages pour notre prestige et notre r\u00e9putation, et pour nos relations avec l&rsquo;Asie et les autres Arabes, quoique s\u00e9rieux, ne seront pas catastrophiques. Si nous n&rsquo;arrivons pas \u00e0 ce r\u00e9sultat dans les deux ou trois jours&hellip; Dieu nous aide.&raquo; On n&rsquo;y parvint pas et Dieu s&rsquo;abstint.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Eisenhower pensait que les Britanniques avaient fait &laquo;la plus grande erreur de notre \u00e9poque&raquo; et, bien qu&rsquo;il ne voul&ucirc;t pas les condamner &laquo;trop s\u00e9v\u00e8rement&raquo;, ce fut en fait ce qui arriva. Comme l&rsquo;expliqua Dulles \u00e0 la r\u00e9union du NSC le matin du 1er novembre, avec un veto anglo-fran\u00e7ais l&rsquo;affaire irait devant l&rsquo;Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale et &laquo;si nous ne sommes pas pr\u00eats \u00e0 exercer notre leadership&raquo;, les Sovi\u00e9tiques s&rsquo;en chargeront.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;Pendant de nombreuses ann\u00e9es, les Etats-Unis ont march\u00e9 sur le fil du rasoir entre leurs efforts pour maintenir leurs vieilles et pr\u00e9cieuses relations avec leurs alli\u00e9s britanniques et fran\u00e7ais d&rsquo;une part ; pour essayer d&rsquo;affirmer d&rsquo;autre part leur amiti\u00e9 et leur compr\u00e9hension pour les pays qui avaient \u00e9chapp\u00e9 au colonialisme.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dulles jugeait &laquo;qu&rsquo;en raison des pressions asiatiques et africaines consid\u00e9rables, nous ne pourrons plus marcher sur le fil du rasoir tr\u00e8s longtemps&raquo;. Son anticolonialisme visc\u00e9ral s&rsquo;affirmant une fois de plus, Dulles proclamait que, &laquo;en bref, les Etats-Unis survivront ou s&rsquo;abaisseront selon le sort du colonialisme, si les Etats-Unis suivent les Fran\u00e7ais et les Britanniques dans leur entreprise colonialiste. Vainqueurs ou pas, nous partagerons le sort de l&rsquo;Angleterre et de la France&raquo;. C&rsquo;\u00e9tait du Dulles standard et il exposait l&rsquo;erreur de ceux qui, en Angleterre, croyaient que l&rsquo;alliance am\u00e9ricaine sauverait la puissance britannique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les conceptions de Dulles sur le \u00ab\u00a0colonialisme\u00a0\u00bb \u00e9taient &laquo;largement partag\u00e9es par ses compatriotes&raquo;, comme ses vues sur les Sovi\u00e9tiques. Mais la crise de Suez n&rsquo;avait rien \u00e0 voir avec le \u00ab\u00a0colonialisme\u00a0\u00bb ni d&rsquo;ailleurs avec la Guerre froide, et ces appr\u00e9ciations ne rendaient compte que des obsessions am\u00e9ricaines. Le commentaire de Dulles, &laquo;Vainqueurs ou pas, nous partagerons le sort de l&rsquo;Angleterre et de la France&raquo;, se justifiait mutatis mutandis quoi que fasse l&rsquo;Am\u00e9rique parce que, comme Eden avait tent\u00e9 constamment de le faire comprendre aux Am\u00e9ricains but\u00e9s, ce qui \u00e9tait en jeu n&rsquo;\u00e9tait pas &laquo;le retour des vieux concepts d&rsquo;occupation coloniale&raquo; mais simplement une tentative de d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats occidentaux. Les Britanniques \u00e9taient bien inform\u00e9s sur l&rsquo;effet d\u00e9l\u00e9t\u00e8re sur les positions des alli\u00e9s des Britanniques \u00e0 Bagdad si l&rsquo;hostilit\u00e9 de Nasser \u00e0 l&rsquo;encontre des Britanniques et des Fran\u00e7ais \u00e9tait per\u00e7ue comme triomphante par l&rsquo;opinion publique. Les Am\u00e9ricains eux-m\u00eames avaient accept\u00e9 depuis longtemps l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une menace contre les int\u00e9r\u00eats occidentaux. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas une menace directe et vitale contre eux-m\u00eames ; ils avaient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas agir et avaient poursuivi une politique tendant \u00e0 emp\u00eacher leurs alli\u00e9s de l&rsquo;OTAN d&rsquo;agir eux-m\u00eames. Quant \u00e0 savoir quels int\u00e9r\u00eats am\u00e9ricains seraient servis par l&rsquo;effondrement des positions britanniques et fran\u00e7aises, &mdash; qui n&rsquo;\u00e9taient pas vraiment \u00ab\u00a0coloniales\u00a0\u00bb, &mdash; ni Dulles ni Eisenhower n&rsquo;en disaient mot. Qu&rsquo;importe, on n&rsquo;en ignorait rien puisqu&rsquo;ils agissaient depuis longtemps selon des lignes qui allaient constituer la \u00ab\u00a0doctrine Eisenhower\u00a0\u00bb de janvier 1957, selon lesquelles l&rsquo;Am\u00e9rique deviendrait la puissance occidentale dominante au Moyen-Orient &mdash; Coca Cola et chanteurs de charme pour les Arabes, p\u00e9trole pour les Am\u00e9ricains. On s&rsquo;\u00e9tait interrog\u00e9 pour savoir comment se ferait l&rsquo;op\u00e9ration, &mdash; Suez fournit la r\u00e9ponse. Ce n&rsquo;est pas dire pour autant que les Am\u00e9ricains complot\u00e8rent dans ce sens, pas plus qu&rsquo;ils ne complot\u00e8rent pour abattre Eden, mais quand les \u00e9v\u00e9nements en fournirent l&rsquo;occasion Eisenhower s&rsquo;en saisit. Cela n&rsquo;a rien \u00e0 voir ni avec l&rsquo;opportunisme ni avec la chance : simplement, depuis 1953, lui et Dulles avaient comme objectif de remplacer au Moyen-Orient la puissance britannique par la puissance am\u00e9ricaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais ces conceptions p\u00e9chaient par leur sch\u00e9matisme. La notion que les anciens peuples \u00ab\u00a0coloniaux\u00a0\u00bb attendaient que les Am\u00e9ricains apparaissent pour se ranger sous leur direction et leur en \u00eatre \u00e9ternellement reconnaissants relevait de l&rsquo;optimisme n\u00e9o-colonialiste. Les pays r\u00e9cemment ind\u00e9pendants voulaient renforcer cette ind\u00e9pendance et nullement des consignes de Washington, &mdash; car, comme le montrait l&rsquo;exemple britannique, accepter le leadership am\u00e9ricain signifiait l&rsquo;ob\u00e9issance totale, sans quoi Washington se chargeait de vous remettre dans la ligne. Cette conception de l&rsquo;ind\u00e9pendance \u00e9tait \u00e9trange et il est encore plus \u00e9trange d&rsquo;avoir pens\u00e9 qu&rsquo;elle aurait pu s\u00e9duire les nouvelles nations.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans leur zone, les Sovi\u00e9tiques faisaient les choses avec leur crudit\u00e9 habituelle et l&rsquo;une des pr\u00e9occupations d&rsquo;Eisenhower durant la crise fut l&rsquo;invasion sovi\u00e9tique de la Hongrie, que l&rsquo;Am\u00e9rique condamna rondement. L&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;avait pas besoin de tactiques si vulgaires pour faire rentrer les Britanniques dans le rang. Il existait un antidote \u00e0 l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme que l&rsquo;action am\u00e9ricaine suscitait, c&rsquo;\u00e9tait le mythe des special relationships. Il importait d&rsquo;abord de faire rentrer les Britanniques dans le rang.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le Royaume-Uni \u00e9tait vuln\u00e9rable \u00e0 plusieurs niveaux, l\u00e0 o&ugrave; h\u00e9las la faute des Britanniques \u00e9tait souvent patente. A la r\u00e9union du gouvernement du 30 octobre, le faucon MacMillan montra les premiers signes de sa m\u00e9tamorphose en colombe. Confiant dans l&rsquo;acquiescement au moins tacite des Am\u00e9ricains et attentif \u00e0 ne pas d\u00e9couvrir l&rsquo;\u00e9tendue de la \u00ab\u00a0collusion\u00a0\u00bb, il n&rsquo;avait pris aucune pr\u00e9caution \u00e9conomique avant l&rsquo;action militaire. L\u00e0 o&ugrave; les Fran\u00e7ais avaient obtenu une avance du FMI avant les op\u00e9rations, MacMillan n&rsquo;avait rien fait. Devant le cabinet, il avertit que &laquo;nos r\u00e9serves en or et en dollars continuent \u00e0 diminuer \u00e0 un rythme pr\u00e9occupant&raquo; et que, &laquo;dans la mesure o&ugrave; nous devrons solliciter une aide \u00e9conomique am\u00e9ricaine, nous devrons \u00e9viter de nous ali\u00e9ner le gouvernement am\u00e9ricain plus qu&rsquo;il n&rsquo;est n\u00e9cessaire&raquo;. En ne prenant aucune pr\u00e9caution, MacMillan laissait l&rsquo;Angleterre compl\u00e8tement vuln\u00e9rable non seulement \u00e0 la baisse de la livre, mais aussi aux pressions am\u00e9ricaines via le FMI. Dulles exprimait sa confiance que la France et l&rsquo;Angleterre seraient vite \u00e0 genoux parce qu&rsquo;&laquo;il y aura rapidement des pressions \u00e9conomiques sur les Britanniques et les Fran\u00e7ais, le probl\u00e8me du p\u00e9trole deviendra vital tr\u00e8s rapidement&raquo;. Au d\u00e9but novembre, la Banque d&rsquo;Angleterre perdit $50 millions et, apr\u00e8s les mesures n\u00e9cessaires de protection du taux de change, les r\u00e9serves en dollars se rapproch\u00e8rent dangereusement du niveau d&rsquo;alerte. Le sous-secr\u00e9taire d&rsquo;&Eacute;tat Hoover, qui prit en charge le d\u00e9partement d&rsquo;&Eacute;tat le 2 novembre apr\u00e8s l&rsquo;hospitalisation de Dulles, dit \u00e0 Eisenhower, ce jour-l\u00e0, qu&rsquo;il y avait &laquo;trois possibilit\u00e9s&raquo; pour faire pression sur les Anglo-Fran\u00e7ais : &laquo;des pressions \u00e9conomiques, des pressions militaires et des pressions morales&raquo;. Il \u00e9cartait les deux premi\u00e8res mais aucune action am\u00e9ricaine pr\u00e9cise n&rsquo;\u00e9tait n\u00e9cessaire pour que la position \u00e9conomique britannique se d\u00e9t\u00e9rior\u00e2t. La pression morale, appliqu\u00e9e par l&rsquo;interm\u00e9diaire de l&rsquo;ONU et combin\u00e9e aux nerfs fragiles de MacMillan, semblait devoir suffire pour faire rentrer les Britanniques dans le rang. Mais cela ne suffit pas et Hoover constata avec un certain agacement : &laquo;C&rsquo;est [l&rsquo;action d&rsquo;] un groupe, dans le gouvernement britannique, qui ne repr\u00e9sente pas le peuple britannique. Ce serait une bonne chose si nous pouvions nous en d\u00e9barrasser.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Eisenhower \u00e9tait tent\u00e9 de croire ceux qui disaient que &laquo;ce n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un homme, Eden, qui a essay\u00e9 de se faire plus grand qu&rsquo;il n&rsquo;est&raquo;. Son sentiment \u00e9tait qu&rsquo;&laquo;Eden et ses proches s&rsquo;\u00e9taient convaincus qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de la goutte d&rsquo;eau qui fait d\u00e9border le vase et l&rsquo;Angleterre devait r\u00e9agir d&rsquo;une mani\u00e8re victorienne&raquo;. Il se demandait si l&rsquo;on &laquo;devait rester en contact avec Eden&raquo;. Il fut d\u00e9cid\u00e9, finalement, de &laquo;mettre Eden et ses proches&raquo; en quarantaine diplomatique pour voir comment ils r\u00e9agiraient aux initiatives des Nations-Unies.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le 2 novembre, l&rsquo;ONU adopta une r\u00e9solution am\u00e9ricaine pour un cessez-le-feu g\u00e9n\u00e9ral dans la r\u00e9gion, un retrait des Anglo-Fran\u00e7ais et des Isra\u00e9liens et la r\u00e9ouverture du Canal. Naturellement, les &Eacute;gyptiens annonc\u00e8rent aussit\u00f4t leur accord. Soumis \u00e0 des pressions \u00e9normes, les Isra\u00e9liens accept\u00e8rent le 3 novembre. Dans le but de permettre aux Anglo-Fran\u00e7ais de sauver la face, le ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res canadien Lester Pearson proposa dans une nouvelle r\u00e9solution la cr\u00e9ation d&rsquo;une United Nations Emergency Force (UNEF) charg\u00e9e de contr\u00f4ler le cessez-le-feu. La &laquo;pression morale&raquo; sur les Britanniques \u00e9tait d\u00e9sormais aussi forte que les contraintes \u00e9conomiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il \u00e9tait difficile pour Eden, sous peine de para&icirc;tre hypocrite, de rejeter abruptement l&rsquo;UNEF, dont il avait \u00e9voqu\u00e9 le concept le 1er novembre aux Communes. D&rsquo;autre part, les Fran\u00e7ais insistaient, malgr\u00e9 ses propres doutes, pour lancer imm\u00e9diatement l&rsquo;op\u00e9ration de d\u00e9barquement a\u00e9roport\u00e9e et l&rsquo;acceptation de l&rsquo;UNEF aurait hypoth\u00e9qu\u00e9 cette op\u00e9ration. Il y eut une r\u00e9union houleuse du cabinet le 4 novembre. Eden avait d\u00e9cid\u00e9 que les op\u00e9rations seraient acc\u00e9l\u00e9r\u00e9es, comme les Fran\u00e7ais le d\u00e9siraient, mais des rumeurs de cessez-le-feu isra\u00e9lien provoqu\u00e8rent une r\u00e9volte chez certains ministres. Ce qui survint alors est toujours l&rsquo;objet d&rsquo;interpr\u00e9tations diverses. Rab Butler affirme avoir adopt\u00e9 &laquo;la position que, si les nouvelles se confirmaient, nous aurions pu \u00eatre oblig\u00e9s de stopper nos op\u00e9rations&raquo; ; en effet, si la raison officielle d&rsquo;une intervention pr\u00e9tendument lanc\u00e9e pour stopper les hostilit\u00e9s isra\u00e9lo-\u00e9gyptiennes disparaissait, comment justifier la poursuite des op\u00e9rations ? Selon Butler, cet argument &laquo;d\u00e9concerta&raquo; Eden, qui mena\u00e7a de &laquo;mettre en cause son mandat personnel&raquo;. Le biographe officiel d&rsquo;Eden, bien qu&rsquo;il soit en d\u00e9saccord avec cette version, en donne une qui n&rsquo;est pas vraiment diff\u00e9rente, sinon pour pr\u00e9ciser que cette menace fut faite en priv\u00e9 par Eden, \u00e0 Butler, MacMillan et Salisbury. Dans tous les cas, ce fut une r\u00e9union tendue, o&ugrave; Eden mena\u00e7a de s&rsquo;en aller si ses ministres principaux ne le soutenaient pas. La m\u00e9tamorphose de MacMillan s&rsquo;amplifia encore quand arriv\u00e8rent les nouvelles de New York selon lesquelles l&rsquo;ONU envisageait un embargo p\u00e9trolier. A cette nouvelle, qui arriva lors d&rsquo;une r\u00e9union du Comit\u00e9 &Eacute;gypte, le flegmatique MacMillan perdit son sang-froid, &laquo;leva les mains au ciel et s&rsquo;exclama, \u00ab\u00a0un embargo p\u00e9trolier ! Nous sommes foutus !\u00a0\u00bb&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La motion cr\u00e9ant l&rsquo;UNEF fut adopt\u00e9e le 4 novembre et, le lendemain, les troupes britanniques et fran\u00e7aises d\u00e9barquaient en &Eacute;gypte. Dans un effort pour d\u00e9samorcer la col\u00e8re am\u00e9ricaine qui se profilait, Eden \u00e9crivit le 5 novembre \u00e0 Eisenhower une longue lettre angoiss\u00e9e. Il y r\u00e9affirmait la position britannique, affirmant que &laquo;si nous avions laiss\u00e9 aller les choses, tout aurait \u00e9t\u00e9 de mal en pis&raquo;. Nasser serait devenu &laquo;une sorte de Mussolini musulman et nos amis en Irak, en Jordanie et en Arabie Saoudite auraient \u00e9t\u00e9 graduellement \u00e9limin\u00e9s&raquo;. Tout en partageant la profession de foi de rigueur sur l&rsquo;amiti\u00e9 anglo-am\u00e9ricaine que contenait la lettre d&rsquo;Eden, la principale pr\u00e9occupation d&rsquo;Eisenhower restait de &laquo;ramener celui-ci \u00e0 une posture raisonnable dans cette affaire&raquo;. Inform\u00e9 en priv\u00e9 par les Fran\u00e7ais de l&rsquo;\u00e9tendue de la &laquo;collusion&raquo;, il ne fut gu\u00e8re impressionn\u00e9 par les protestations d&rsquo;innocence d&rsquo;Eden. Ainsi qu&rsquo;il l&rsquo;avait averti dans une lettre qui ne fut pas envoy\u00e9e parce qu&rsquo;elle \u00e9tait d\u00e9pass\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements, &laquo;les probl\u00e8mes financiers de Harold vont devenir tr\u00e8s s\u00e9rieux et cela, je pense, obligera \u00e0 une politique d\u00e9pourvue de toute provocation&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Malgr\u00e9 le m\u00e9contentement des Am\u00e9ricains et la d\u00e9cision sovi\u00e9tique de s&rsquo;impliquer, les op\u00e9rations militaires progressaient avec un tr\u00e8s vif succ\u00e8s. Hoover avertit le pr\u00e9sident, le matin du 5, que &laquo;la position de Nasser [\u00e9tait] menac\u00e9e&raquo;. Le message des Sovi\u00e9tiques \u00e0 Eden parlait d&rsquo;&laquo;une d\u00e9termination compl\u00e8te d&rsquo;utiliser la force pour \u00e9craser les agresseurs et restaurer la paix \u00e0 l&rsquo;Est. Nous esp\u00e9rons que vous montrerez la prudence n\u00e9cessaire et en tirerez les conclusions appropri\u00e9es&raquo;. La pr\u00e9sence des chars sovi\u00e9tiques dans Budapest laissait peu de doutes sur le contenu des &laquo;conclusions appropri\u00e9es&raquo;. Eisenhower vit avec appr\u00e9hension dans ces circonstances l&rsquo;hypoth\u00e8se de ce qui pourrait \u00eatre une &laquo;folle aventure&raquo; des Sovi\u00e9tiques et le cabinet prit la menace au s\u00e9rieux lors de sa r\u00e9union du 6 novembre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La m\u00e9tamorphose de MacMillan trouva son point d&rsquo;orgue \u00e0 cette r\u00e9union. Les Am\u00e9ricains avaient refus\u00e9 de lever le petit doigt pour permettre l&rsquo;envoi de p\u00e9trole et le Secr\u00e9taire au Tr\u00e9sor George Humphrey avait dit \u00e0 MacMillan que &laquo;seul un cessez-le-feu pourrait garantir un soutien US&raquo; \u00e0 la demande britannique d&rsquo;un pr\u00eat du FMI. L&rsquo;effondrement des r\u00e9serves d&rsquo;or de la semaine pr\u00e9c\u00e9dente avait r\u00e9duit les avoirs britanniques d&rsquo;un huiti\u00e8me et MacMillan \u00e9tait persuad\u00e9 que toute cette campagne \u00e9tait orchestr\u00e9e par Washington. Bien qu&rsquo;il l&rsquo;ait ni\u00e9 ensuite, MacMillan mena\u00e7a, selon Lloyd, de d\u00e9missionner si l&rsquo;on ne d\u00e9cidait pas un cessez-le-feu. Il \u00e9tait devenu, selon le mot de Brendan Bracken, &laquo;le leader des fuyards&raquo;. Un cessez-le-feu fut d\u00e9cid\u00e9 pour minuit.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Suez et \u00ab\u00a0la m\u00e9tamorphose de MacMillan\u00a0\u00bb Nous annon\u00e7ons par ailleurs la mise en place du site edde.eu, avec la pr\u00e9sentation et la vente en ligne de La Passion de Churchill &mdash; Histoire du fondement des special relationships (adaptation fran\u00e7aise de Philippe Grasset du livre de John Charmley Churchill&rsquo;s Grand alliance, publi\u00e9 en 1995). 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