{"id":68271,"date":"2006-12-04T00:00:00","date_gmt":"2006-12-04T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/12\/04\/linculpabilite-us-et-les-special-relationships\/"},"modified":"2006-12-04T00:00:00","modified_gmt":"2006-12-04T00:00:00","slug":"linculpabilite-us-et-les-special-relationships","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/12\/04\/linculpabilite-us-et-les-special-relationships\/","title":{"rendered":"L&rsquo;inculpabilit\u00e9 US et les \u201cspecial relationships\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">L&rsquo;inculpabilit\u00e9 US et les <em>special relationships<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t4 d\u00e9cembre 2006  Avouons-le : lisant ce titre assez ambigu de <em>The Independent<\/em> d&rsquo;<a href=\"http:\/\/news.independent.co.uk\/uk\/politics\/article2035172.ece\" class=\"gen\">hier<\/a> (\u00ab<em>US pressured Blair into arms bribery inquiry<\/em>\u00bb), nous pensions que les pressions US concernaient une action britannique pour stopper l&rsquo;enqu\u00eate sur <em>Yamamah<\/em>,  la grande affaire de scandale d&rsquo;armement, aujourd&rsquo;hui \u00e0 Londres. Quelle na\u00efvet\u00e9 est la n\u00f4tre. C&rsquo;est le contraire<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoici quelques extraits du texte de <em>The Independent<\/em> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>A bribery investigation threatening the future of 50,000 British jobs followed heavy pressure on Tony Blair from George Bush&rsquo;s administration, The Independent on Sunday can reveal.<\/em> []<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Now documents released under US freedom of information laws reveal how the probe followed arm-twisting by the Bush administration.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>They show how Britain&rsquo;s most senior defence civil servant was taken to task by the Pentagon over a longstanding, widespread pattern of bribery allegations involving BAE systems in July 2002.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Sir Kevin Tebbit, then the top civil servant at the Ministry of Defence, had an uncomfortable meeting with the US Assistant Secretary of State for Economic and Business Affairs, E Anthony Wayne.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Mr Wayne said that, though it had signed up to international anti-bribery agreements, the UK was slow to take action to correct perceived deficiencies.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>He also complained of the consistent pattern of alleged behaviour, over time and, in a clear accusation that the British government was aware of the problem, added that: Press accounts reinforce material from more sensitive sources.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>A memo, setting out his MUST DO items, declared: Ask what the British government has done to investigate allegations of bribery by BAE, not only in connection with recent projects, but in connection with older contracts for which bribe payments may still be ongoing &#8230; In the US, this volume of allegations would have triggered a Department of Justice Criminal Division investigation long ago.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut se rendre compte du contexte de ces exigences du d\u00e9partement d&rsquo;Etat. Le march\u00e9 <em>Yamamah<\/em>  sur lequel portaient les exigences d&rsquo;enqu\u00eate de la part du d\u00e9partement d&rsquo;Etat  avait \u00e9t\u00e9 pass\u00e9 en 1985 entre le Royaume-Uni et l&rsquo;Arabie saoudite (avions de combat <em>Tornado<\/em>) parce que les Saoudiens voulaient une deuxi\u00e8me source de fournisseurs en avions de combat (outre les avions am\u00e9ricains qu&rsquo;ils ach\u00e8tent). Les Am\u00e9ricains \u00e9taient intervenus avec insistance pour que les Britanniques soient choisis, interdisant <em>de facto<\/em> aux Saoudiens tout autre fournisseur  en l&rsquo;occurrence les Fran\u00e7ais (Marcel Dassault avait d\u00e9velopp\u00e9 sur fonds propres le <em>Mirage<\/em> 4000  un <em>Mirage<\/em> 2000 agrandi pour les missions \u00e0 plus longue distance, avec deux moteurs au lieu d&rsquo;un  qu&rsquo;il aurait pu notamment proposer aux Saoudiens).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn juillet 2002, lorsque les Am\u00e9ricains intervinrent comme on le lit, se profilait la possibilit\u00e9 d&rsquo;une nouvelle commande des Saoudiens qui avaient un besoin programm\u00e9 d&rsquo;\u00e9quipements. Il \u00e9tait alors \u00e9vident que les Britanniques feraient des offres (avec l&rsquo;Eurofighter <em>Typhoon<\/em>) reprenant le cadre du contrat <em>Yamamah<\/em> qui implique une vaste infrastructure d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 en place en Arabie. Ce fut d&rsquo;ailleurs le cas puisque le contrat <em>Typhoon<\/em> (72 avions) en n\u00e9gociations et d\u00e9sormais en danger est effectivement consid\u00e9r\u00e9 comme un contrat de type <em>Yamamah<\/em>. Par cons\u00e9quent, les Am\u00e9ricains devaient savoir qu&rsquo;en for\u00e7ant les Britanniques \u00e0 une enqu\u00eate sur le contrat de 1985, ils compromettaient celui qui \u00e9tait \u00e0 venir (les <em>Typhoon<\/em>) et favorisaient \u00e9ventuellement leurs v\u00e9ritables concurrents, les Fran\u00e7ais de Dassault avec le <em>Rafale<\/em>. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, c&rsquo;est ce qui se passe <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3412\" class=\"gen\">aujourd&rsquo;hui<\/a>, dans des conditions dramatiques de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3437\" class=\"gen\">pression<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComment expliquer le comportement am\u00e9ricaniste? Nous offrons trois hypoth\u00e8ses. Bien entendu, on peut faire son choix. Mais notre appr\u00e9ciation et la fa\u00e7on m\u00eame dont nous pr\u00e9sentons les hypoth\u00e8ses font que, pour nous, les trois sont valables, s&rsquo;ajoutent les unes aux autres et se renforcent les unes les autres.<\/p>\n<h3>L&rsquo;hypoth\u00e8se bureaucratique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCette hypoth\u00e8se s&rsquo;appuie sur les habitudes de cloisonnement et d&rsquo;int\u00e9r\u00eat particulier des bureaucraties. Il s&rsquo;agirait alors de consid\u00e9rer simplement que les services qui ont trait\u00e9 cette affaire (les services de l&rsquo;Assistant Secretary of State for Economic and Business Affairs) ne sont pas avis\u00e9s des possibilit\u00e9s de march\u00e9s d&rsquo;armement ou qu&rsquo;ils refusent d&rsquo;en tenir compte. Ils appr\u00e9cient l&rsquo;affaire pour ce qu&rsquo;elle est, sans aucune r\u00e9f\u00e9rence, y compris aucune r\u00e9f\u00e9rence aux pratiques et cas tr\u00e8s nombreux de corruption qui accompagnent les march\u00e9s d&rsquo;armement,  particuli\u00e8rement les march\u00e9s d&rsquo;armement US.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe toutes les fa\u00e7ons qu&rsquo;on le consid\u00e8re, le cas repr\u00e9sente une extraordinaire incursion US dans les affaires d&rsquo;un pays \u00e9tranger,  \u00e0 moins qu&rsquo;on ne consid\u00e8re pas le Royaume-Uni comme un pays \u00e9tranger mais comme une simple colonie. Cela (Royaume-Uni comme une colonie) semblerait finalement l&rsquo;hypoth\u00e8se \u00e0 retenir. Bureaucratiquement, les affaires du Royaume-Uni sont consid\u00e9r\u00e9es comme partie int\u00e9grante des mati\u00e8res int\u00e9ressant la bureaucratie US. On ne peut pas dire que les <em>special relationships<\/em> n&rsquo;existent pas.<\/p>\n<h3>L&rsquo;hypoth\u00e8se unilat\u00e9raliste<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCette hypoth\u00e8se dit simplement : les USA ont leurs int\u00e9r\u00eats et rien d&rsquo;autre. Il n&rsquo;est ni question d&rsquo;alli\u00e9, d&rsquo;arrangement, de <em>special relationships<\/em>. L\u00e0 o\u00f9 ils peuvent favoriser ces int\u00e9r\u00eats, ils le font.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn pressant les Britanniques dans cette enqu\u00eate, les Am\u00e9ricains handicapent un concurrent potentiel sur les march\u00e9s d&rsquo;armement, notamment face \u00e0 l&rsquo;Arabie, et m\u00eame si cela risque de favoriser un autre concurrent (le <em>Rafale<\/em>). C&rsquo;est un raisonnement au premier degr\u00e9 (cela exprim\u00e9 sans jugement de valeur), comme l&rsquo;est en g\u00e9n\u00e9ral tout raisonnement unilat\u00e9raliste,  puisqu&rsquo;il ne tient pas compte des subtilit\u00e9s du march\u00e9 saoudien. Mais il correspond \u00e0 un aspect de la psychologie US. <\/p>\n<\/p>\n<p><h3>L&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;inculpabilit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a dans l&rsquo;attitude US une extraordinaire le\u00e7on de morale faite aux Britanniques. C&rsquo;est le repr\u00e9sentant de l&rsquo;administration reconnue comme <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3436\" class=\"gen\">la plus corrompue<\/a> de l&rsquo;histoire US  ce qui est une r\u00e9f\u00e9rence  qui la donne. C&rsquo;est le repr\u00e9sentant d&rsquo;un pays dont les pratiques de corruption sont connues (mais bien prot\u00e9g\u00e9es par le gouvernement) qui l&rsquo;ass\u00e8ne. Dans ce cas, l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;inculpabilit\u00e9, que nous <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2679\" class=\"gen\">d\u00e9veloppons<\/a> par ailleurs sur ce site, nous para\u00eet bienvenue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA la lumi\u00e8re de cette hypoth\u00e8se, on voit l&rsquo;Assistant Secretary of State for Economic and Business Affairs E Anthony Wayne parler \u00e0 ses interlocuteurs britanniques comme s&rsquo;il parlait d&rsquo;une position objective, d\u00e9barrass\u00e9e de tout soup\u00e7on d&rsquo;un acte ou d&rsquo;une pens\u00e9e qui affaiblirait la justesse et la vigueur de son rappel \u00e0 l&rsquo;ordre. Cette objectivation par la vertu s&rsquo;appuie avec force sur la loi, puisque Wayne rappelle les Britanniques au respect de leur propre l\u00e9gislation, et le gouvernement britannique au devoir de ses conceptions de justice et d&rsquo;\u00e9quit\u00e9. Encore une fois, et en nous r\u00e9f\u00e9rant encore \u00e0 notre analyse sur l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2679\" class=\"gen\"> inculpabilit\u00e9<\/a>, nous avan\u00e7ons l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune duplicit\u00e9 dans le comportement am\u00e9ricaniste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl nous para\u00eet \u00e9vident qu&rsquo;il faut effectivement accepter ces trois hypoth\u00e8ses en les additionnant, sans qu&rsquo;aucune n&rsquo;interf\u00e8re sur l&rsquo;autre. L&rsquo;attitude d&rsquo;inculpabilit\u00e9 permet cela en cloisonnant d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9tanche la perception, et c&rsquo;est bien s\u00fbr cette derni\u00e8re hypoth\u00e8se qui domine le reste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette analyse sur une affaire remontant \u00e0 plusieurs ann\u00e9es (2002) a un \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;actualit\u00e9 \u00e9vident. Dans le tourbillon actuel autour de l&rsquo;affaire <em>Yamamah<\/em> et avec les menaces saoudiennes d&rsquo;abandon de la commande de 72 <em>Typhoon<\/em>, l&rsquo;attitude US peut jouer un r\u00f4le. Si le gouvernement britannique parvenait \u00e0 influencer le SFO (Special Fraud Office) qui m\u00e8ne l&rsquo;enqu\u00eate sur les accusations de corruption, les Am\u00e9ricains se jugeraient sans doute fond\u00e9s, voire oblig\u00e9s, en vertu de leur position objective de juge des comportements britanniques, d&rsquo;intervenir aupr\u00e8s du gouvernement Blair pour lui faire les remontrances qui importent, voire faire pression sur lui pour qu&rsquo;il revienne sur cette pratique coupable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe facteur ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme n\u00e9gligeable. L&rsquo;affaire <em>Yamamah<\/em> nous r\u00e9v\u00e8le de multiples facettes, toutes plus fascinantes les unes que les autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;inculpabilit\u00e9 US et les special relationships 4 d\u00e9cembre 2006 Avouons-le : lisant ce titre assez ambigu de The Independent d&rsquo;hier (\u00abUS pressured Blair into arms bribery inquiry\u00bb), nous pensions que les pressions US concernaient une action britannique pour stopper l&rsquo;enqu\u00eate sur Yamamah, la grande affaire de scandale d&rsquo;armement, aujourd&rsquo;hui \u00e0 Londres. 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