{"id":68305,"date":"2006-12-14T00:00:00","date_gmt":"2006-12-14T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/12\/14\/tambours-de-guerre-rubrique-de-defensa-volume-22-n04-du-25-octobre-2006\/"},"modified":"2006-12-14T00:00:00","modified_gmt":"2006-12-14T00:00:00","slug":"tambours-de-guerre-rubrique-de-defensa-volume-22-n04-du-25-octobre-2006","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2006\/12\/14\/tambours-de-guerre-rubrique-de-defensa-volume-22-n04-du-25-octobre-2006\/","title":{"rendered":"<strong><em>Tambours de guerre \u2014 Rubrique de defensa, Volume 22 n\u00b004 du 25 octobre 2006<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Tambours de guerre<\/h2>\n<h3>Iran, <strong><em>business as usual<\/em><\/strong>?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>L&rsquo;Iran n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 nulle part dans la campagne qui s&rsquo;ach\u00e8ve aux USA  parce qu&rsquo;il est partout?<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa campagne \u00e9lectorale dite du <em>mid-term<\/em> \u00e0 Washington a \u00e9t\u00e9 brutale, violente, acharn\u00e9e, une campagne f\u00e9roce comme on n&rsquo;a pas d&rsquo;exemple \u00e0 Washington avec un tel contexte international de crise(s) permanente(s). On dirait que le sort de l&rsquo;administration, le sort du r\u00e9gime si cette id\u00e9e \u00e9tait concevable aux USA, est en jeu avec ces \u00e9lections. On se dirait alors qu&rsquo;il y a des choix fondamentaux et essentiels de politique qui sont en jeu. Ce n&rsquo;est pas le cas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSoyons alors plus pr\u00e9cis en allant un pas plus loin. On se dirait que le sujet d&rsquo;une attaque militaire majeure projet\u00e9e de la part des \u00c9tats-Unis contre un pays-cl\u00e9 d&rsquo;une zone strat\u00e9gique essentielle, attaque \u00e0 propos de laquelle on a beaucoup parl\u00e9, pr\u00e9par\u00e9 des plans, envisag\u00e9 officiellement toutes les options,  on se dirait que ce sujet, justement, tiendrait le centre du d\u00e9bat et serait la cause de la f\u00e9rocit\u00e9 de la campagne. Rien de semblable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQui a, pendant cette campagne, parl\u00e9 d&rsquo;une \u00e9ventuelle attaque contre l&rsquo;Iran? Silence complet. Plus encore: tout se passe, selon l&rsquo;expression consacr\u00e9e, comme si la crise iranienne \u00e9tait compl\u00e8tement marginalis\u00e9e, accessoiris\u00e9e, oubli\u00e9e. Le prix du p\u00e9trole a chut\u00e9, accentuant le climat \u00e0 cet \u00e9gard (on dit que la crise p\u00e9troli\u00e8re suivant une attaque US enverrait le baril \u00e0 $200; le voir baisser fait oublier la perspective). Tout le monde rit \u00e0 Washington en s&rsquo;\u00e9changeant la confidence que si le baril a baiss\u00e9, c&rsquo;est parce que l&rsquo;Arabie, sous l&rsquo;amicale pression de l&rsquo;ami Bush, pompe d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment des quantit\u00e9s inhabituelles de son or noir et fait chuter le prix \u00e0 mesure, r\u00e9duisant d&rsquo;autant le prix de l&rsquo;essence \u00e0 la pompe,  ce qui \u00e9tait (le prix de l&rsquo;essence \u00e0 la pompe) l&rsquo;une des questions strat\u00e9giques majeures de la campagne \u00e9lectorale. C&rsquo;est sans doute de cette seule fa\u00e7on, indirecte, tordue et bien pitoyable, que l&rsquo;ombre de la crise iranienne fit \u00e0 peine de l&rsquo;ombre \u00e0 la campagne \u00e9lectorale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas iranien a disparu de toute la rh\u00e9torique \u00e9lectorale mais, parfois, comme une bulle crevant la surface, il repara\u00eet. Il nous est aussit\u00f4t rappel\u00e9 que nous risquons le pire. Par exemple, le 3 octobre, dans une analyse de l&rsquo;excellent sp\u00e9cialiste britannique des questions moyennes-orientales David Seale: \u00ab<em>There are persistent reports out of Washingtonpicked up and amplified in the American pressthat the United States is preparing to attack Iran to destroy its nuclear facilities. In normal circumstances, such naked aggression would be hardly credible. It would be an act of insanity which would set the whole region on fire. But we are not living in normal times. There is such paranoia in the United States and Israel about Iran&rsquo;s nuclear program that anything is possible, even the unthinkable. In any event, the U.S. is being permanently blackmailed by the threat that if it does not attack Iran, Israel will do so.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; Puis nous passons \u00e0 autre chose. D&rsquo;ailleurs, personne ne s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se de David Seale. Elle fait partie d&rsquo;un \u00e9trange bruit de fond agitant les menaces les plus terribles, puisqu&rsquo;il est parfois question de l&rsquo;utilisation du nucl\u00e9aire, mais auquel personne ne s&rsquo;attache vraiment. L&rsquo;attaque contre l&rsquo;Iran? Oui, pourquoi pas? Oui, \u00e9ventuellement&#8230; Oui car, selon le mot fameux de GW Bush de f\u00e9vrier 2005 \u00e0 Bruxelles, \u00abToutes les options sont sur la table\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Une alarme paroxystique \u00e0 Washington qui dure depuis 20 mois et \u00e0 propos de laquelle tout le monde est d&rsquo;accord&#8230; Du jamais vu<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn effet, on a du mal \u00e0 s&rsquo;en souvenir mais l&rsquo;hypoth\u00e8se concr\u00e8te, document\u00e9e, discut\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on ouverte dans la presse et ailleurs d&rsquo;une attaque US contre l&rsquo;Iran a d\u00e9j\u00e0 vingt mois, depuis cette escale bruxelloise de GW Bush. C&rsquo;est une situation sans pr\u00e9c\u00e9dent pour la psychologie, qui n&rsquo;a aucune similitude avant la situation pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;attaque contre l&rsquo;Irak. Le colonel (\u00e0 la retraite) Gardiner, qui a \u00e9t\u00e9 sacr\u00e9 principale courroie de transmission entre les milieux planifiant soi-disant cette attaque et le public affirme qu&rsquo;il y a effectivement une diff\u00e9rence entre les deux cas, que \u00ab<em>the Iran buildup will not be a major CNN event<\/em>\u00bb. Gardiner signifie par l\u00e0 que la pr\u00e9paration de l&rsquo;attaque se ferait discr\u00e8tement, contrairement \u00e0 ce qui se passa avant l&rsquo;op\u00e9ration contre l&rsquo;Irak.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPourquoi l&#8217;emploi du futur pour caract\u00e9riser les soi-disant pr\u00e9paratifs de l&rsquo;attaque? Le <em>Iran build-up<\/em> n&rsquo;aurait-il pas d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 depuis vingt mois, apr\u00e8s tout? Seymour Hersh nous l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 en avril dernier&#8230; En v\u00e9rit\u00e9, toutes ces sp\u00e9culations autour de l&rsquo;armement terrible qu&rsquo;on s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 d\u00e9ployer contre l&rsquo;Iran, ou qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9ploy\u00e9 contre l&rsquo;Iran, nous paraissent bien superflues pour expliquer la grande diff\u00e9rence avec l&rsquo;attaque contre l&rsquo;Irak.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous la situons sur un plan compl\u00e8tement diff\u00e9rent: le consensus politique. Dans le cas irakien, et cela jusqu&rsquo;au bout, le d\u00e9bat s&rsquo;est poursuivi pour savoir si ce pays \u00e9tait une v\u00e9ritable menace, s&rsquo;il convenait d&rsquo;attaquer. En ao\u00fbt 2002, par exemple, toute la presse US \u00e9tait pleine d&rsquo;une pol\u00e9mique virulente \u00e0 cet \u00e9gard, avec des gens comme James Baker ou le g\u00e9n\u00e9ral Scowcroft recommandant de ne pas attaquer, niant que l&rsquo;Irak f\u00fbt une menace majeure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu contraire, avec l&rsquo;Iran, le consensus existe d\u00e8s le d\u00e9part. L&rsquo;Iran est une menace majeure, d&rsquo;ailleurs ce pays d\u00e9veloppe du nucl\u00e9aire et pr\u00e9pare sa bombe; non, on ne peut laisser se d\u00e9velopper cette menace et, si l&rsquo;Iran ne c\u00e8de pas, il faudra bien frapper militairement. La tr\u00e8s forte majorit\u00e9 des \u00e9lites et une majorit\u00e9 confortable du public sont en faveur d&rsquo;une attaque si n\u00e9cessaire, \u00e0 peu pr\u00e8s comme ils \u00e9taient en faveur d&rsquo;une attaque contre l&rsquo;Afghanistan  mais bien s\u00fbr, dans des conditions, et m\u00eame pour des motifs compl\u00e8tement diff\u00e9rents. Cette unit\u00e9 dans le jugement sur la menace iranienne est r\u00e9sum\u00e9e par la formule \u00e0 l&#8217;emporte-pi\u00e8ce du s\u00e9nateur McCain: \u00ab<em>Il n&rsquo;y a rien de pire qu&rsquo;une frappe militaire contre l&rsquo;Iran si ce n&rsquo;est un Iran devenant puissance nucl\u00e9aire.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn dira alors: mais c&rsquo;est bien s\u00fbr, la raison est l\u00e0; on ne parle pas de l&rsquo;Iran parce que tout le monde est \u00e0 peu pr\u00e8s d&rsquo;accord sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;attaquer si ce pays n&rsquo;abandonne pas ses ambitions nucl\u00e9aires, et que tout le monde est \u00e0 peu pr\u00e8s convaincu que ce pays n&rsquo;abandonnera pas ses ambitions nucl\u00e9aires. En un sens, c&rsquo;est bien cela: l&rsquo;attaque contre l&rsquo;Iran n&rsquo;est pas un sujet de pol\u00e9mique et la campagne \u00e9lectorale du <em>mid-term<\/em> n&rsquo;en a que faire puisqu&rsquo;elle ne se nourrit que de pol\u00e9miques. Mais c&rsquo;est un peu court. Tout le monde est d&rsquo;accord pour une attaque \u00e9ventuelle et tout le monde consid\u00e8re alors le probl\u00e8me comme r\u00e9gl\u00e9? Personne ne juge n\u00e9cessaire, malgr\u00e9 l&rsquo;extraordinaire pr\u00e9c\u00e9dent irakien, d&rsquo;entamer le d\u00e9bat sur la question: tr\u00e8s bien, nous attaquons; et apr\u00e8s, que se passe-t-il? Que faisons-nous?<\/p>\n<h3>Gulliver parle d&rsquo;autre chose<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>Bien s\u00fbr, l&rsquo;explication est simple: qui songerait \u00e0  faire du sujet de l&rsquo;effondrement de la puissance am\u00e9ricaniste un d\u00e9bat \u00e9lectoral?<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEffectivement, l&rsquo;explication est simple. L&rsquo;attaque contre l&rsquo;Iran  la frappe a\u00e9rienne massive promise  peut se faire sans r\u00e9el probl\u00e8me. Le colonel Gardiner nous d\u00e9taille le nombre de B-2 qui y participeraient, tout juste s&rsquo;il ne nous donne pas les num\u00e9ros d&rsquo;identification des appareils (il y en 21 en tout, ce n&rsquo;est pas sorcier). Et apr\u00e8s? Apr\u00e8s, plus rien. Cette fois, si personne ne discute des effets de la frappe et de la strat\u00e9gie \u00e0 appliquer alors, des mesures pour contenir l&rsquo;\u00e9ventuelle riposte iranienne, des mesures pour exploiter les succ\u00e8s \u00e9ventuels de l&rsquo;attaque, ce n&rsquo;est pas pour cause du syndrome irakien (refus de consid\u00e9rer l&rsquo;apr\u00e8s-premi\u00e8re frappe). C&rsquo;est parce qu&rsquo;il n&rsquo;existe aucun moyen s\u00e9rieux pour cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM\u00eame, on craint le pire. Rumsfeld, l&rsquo;homme p\u00e9tulant devenu soudain discret et dont certains discutent le d\u00e9part, remue avec angoisse la possibilit\u00e9 d&rsquo;une riposte iranienne directe et indirecte qui mettrait en danger mortel le corps exp\u00e9ditionnaire de 140.000 hommes en Irak  occupants assi\u00e9g\u00e9s dans un chaos absolument incontr\u00f4lable, o\u00f9 les r\u00e9seaux iraniens (chiites) sont comme chez eux. La perspective est si effrayante que certains rappellent que l&rsquo;option de l&rsquo;attaque nucl\u00e9aire est, elle aussi, toujours sur la table (Jorge Hirsh, professeur de physique \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Californie de San Diego, le 16 octobre sur <em>Antiwar.com<\/em>), s&rsquo;il s&rsquo;av\u00e8re que c&rsquo;est la seule possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9viter un d\u00e9sastre en Irak. (Mais qui d\u00e9ciderait \u00e0 cet \u00e9gard? Et pourquoi? Sur base de quoi? Et ainsi de suite.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend que plus on avance dans l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une attaque contre l&rsquo;Iran et qu&rsquo;il faut envisager la suite, plus le champ de la r\u00e9flexion devient chaotique et affreusement assombri par cette terrible question du d\u00e9clin strat\u00e9gique dramatique de la puissance US. Comprend-on alors pourquoi personne ne parle s\u00e9rieusement de l&rsquo;Iran durant la campagne \u00e9lectorale alors qu&rsquo;il s&rsquo;agit indiscutablement de l&rsquo;affaire la plus chaude qui concerne aujourd&rsquo;hui l&rsquo;Am\u00e9rique? Parce que tout le monde est d&rsquo;accord pour ne pas \u00e9voquer cette catastrophe qui, si elle a \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e directement par l&rsquo;administration Bush, concerne l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame jusque dans sa substance, telle qu&rsquo;elle est devenue. Il s&rsquo;agit de la r\u00e9duction dramatique de la puissance am\u00e9ricaniste, sa r\u00e9duction \u00e0 mesure de sa capacit\u00e9 d&rsquo;action, de son influence, de sa capacit\u00e9 de pression, tout cela illustr\u00e9 par la situation en Irak. Ce n&rsquo;est pas une mati\u00e8re facile \u00e0 manier dans une campagne \u00e9lectorale, car il s&rsquo;agit d&rsquo;une question qui engage toute la gestion du syst\u00e8me, par toutes les forces politiques en pr\u00e9sence. Pour tous, il s&rsquo;agit d&rsquo;une responsabilit\u00e9 collective, et plaider autour d&rsquo;un tel constat d&rsquo;\u00e9chec collectif m\u00eame si c&rsquo;est pour en accuser l&rsquo;autre est une mati\u00e8re \u00e9minemment d\u00e9licate.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a l\u00e0 une \u00e9trange dichotomie de la r\u00e9alit\u00e9, la crise iranienne \u00e9tant \u00e0 part, hors du d\u00e9bat, le reste \u00e9tant d\u00e9battu avec vigueur, rage et fureur. Il s&rsquo;agit de comprendre qu&rsquo;avec cette crise, le monde virtualiste washingtonien se trouve, s&rsquo;il en parlait, soudainement confront\u00e9 avec l&rsquo;horreur de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 venir alors qu&rsquo;il se d\u00e9bat d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment pour se sortir du bourbier sanglant de l&rsquo;horreur de la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente (l&rsquo;Irak).<\/p>\n<h3>Le ma\u00eetre des lieux<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>L&rsquo;\u00e9trange tactique am\u00e9ricaniste est en train de transformer l&rsquo;Iran en puissance, comme elle a fait de la Cor\u00e9e du Nord un pays qui compte<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTactique \u00e9trange certes que celle de l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;Iran puisqu&rsquo;\u00e0 mesure que s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e la crise iranienne, depuis 20 mois d\u00e9j\u00e0, et qu&rsquo;elle continue \u00e0 se d\u00e9velopper, l&rsquo;effet principal a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9riger l&rsquo;Iran en puissance principale au Moyen-Orient. Tant\u00f4t menace avec laquelle on ne peut transiger, tant\u00f4t adversaire devenant interlocuteur avec lequel on peut traiter (m\u00eame si par l&rsquo;interm\u00e9diaire des Europ\u00e9ens), tant\u00f4t partenaire qu&rsquo;on appelle \u00e0 la rescousse pour stabiliser l&rsquo;Irak (le plan Baker sorti d&rsquo;une commission bipartisane qui est l&rsquo;effort ultime de l&rsquo;<em>establishment<\/em> pour \u00e9viter une catastrophe en Irak),  \u00e0 ce jeu convulsif de la politique am\u00e9ricaniste, effectivement, l&rsquo;Iran ne cesse de grandir et d&rsquo;appara\u00eetre comme l&rsquo;acteur central de la zone. Certains observent qu&rsquo;objectivement consid\u00e9r\u00e9e, la situation au Moyen-Orient, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec assourdissant d&rsquo;Isra\u00ebl contre le Hezbollah, est en train de se transformer au point que le vassal strat\u00e9gique sera bient\u00f4t remplac\u00e9, dans l&rsquo;ordre des priorit\u00e9s washingtoniennes, par le partenaire strat\u00e9gique que deviendrait l&rsquo;Iran, le bient\u00f4t d\u00e9sormais indispensable <em>alter ego<\/em> des \u00c9tats-Unis dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tContradiction, dira-t-on, songeant en m\u00eame temps aux plans d&rsquo;attaque de l&rsquo;Iran par les USA, soutenus fi\u00e9vreusement para\u00eet-il par Isra\u00ebl? Il n&rsquo;en manque pas, des contradictions, d\u00e8s lors qu&rsquo;on prend conscience que nous sommes tenus par une situation psychologique (celle de la <em>psyche<\/em> am\u00e9ricaniste) et non par une coh\u00e9rence strat\u00e9gique. Il reste que cet amoncellement de contradictions a des effets strat\u00e9giques dans la r\u00e9alit\u00e9, comme chaque fois que le virtualisme rencontre la r\u00e9alit\u00e9. Ces effets strat\u00e9giques sont en train de prendre forme en une situation o\u00f9 l&rsquo;Iran occuperait la place centrale. Cette situation serait le legs de la politique am\u00e9ricaniste de cette administration, mais celle-ci nullement comme une rupture folle, plut\u00f4t comme l&rsquo;ach\u00e8vement brutal d&rsquo;une continuit\u00e9 d&rsquo;une politique am\u00e9ricaniste qui n&rsquo;a jamais consid\u00e9r\u00e9 la coh\u00e9rence d&rsquo;une r\u00e9gion strat\u00e9gique mais la division de cette r\u00e9gion. C&rsquo;est ce que fit cette politique en attaquant l&rsquo;Irak apr\u00e8s l&rsquo;avoir soutenu (ann\u00e9es 1980), par cons\u00e9quent en r\u00e9duisant le principal adversaire de l&rsquo;Iran. Le r\u00e9sultat est l&rsquo;installation d&rsquo;une puissance r\u00e9gionale, l&rsquo;Iran. Le processus est en train d&rsquo;arriver \u00e0 son terme, comme il arrive \u00e0 son terme en faisant de la Cor\u00e9e du Nord, ce pays inconcevable, un acteur s\u00e9rieux de la r\u00e9gion strat\u00e9gique asiatique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce cas, cette suite sans fin de contradictions pourrait m\u00eame faire admettre aux esprits courts qu&rsquo;il y a une certaine logique,  la logique interne du processus illogique de cette politique am\u00e9ricaniste. La frappe contre l&rsquo;Iran pourrait appara\u00eetre comme une attaque contre la principale puissance de la zone, plut\u00f4t qu&rsquo;une intervention au nom du principe de la non-prolif\u00e9ration dont on sait pourtant ce qu&rsquo;il vaut en r\u00e9alit\u00e9 (Pakistan, Isra\u00ebl). Simplement, entre-temps, il y a eu l&rsquo;Irak et ses cons\u00e9quences catastrophiques; il y a eu la d\u00e9gradation de la puissance US et ses cons\u00e9quences  nous sommes au noeud de l&rsquo;affaire  aux USA m\u00eames&#8230;<\/p>\n<h3>Une pente t\u00e9n\u00e9breuse&#8230;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong><em>Y a-t-il une fatalit\u00e9 transcendantale dans l&rsquo;attaque US contre l&rsquo;Iran? On le croirait&#8230;<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn pourrait voir une ironie proche d&rsquo;\u00eatre incompr\u00e9hensible dans le fait d&rsquo;une commission Baker sur l&rsquo;Irak dont on annonce (le Los Angeles <em>Times<\/em> du 16 octobre) qu&rsquo;elle proposerait que les forces US soient remplac\u00e9es, dans leur t\u00e2che de stabilisation de l&rsquo;Irak, par la Syrie&#8230; et l&rsquo;Iran; alors que, par ailleurs, la menace d&rsquo;une attaque US de l&rsquo;Iran est plus que jamais dans les cartons du pouvoir \u00e0 Washington? La r\u00e9ponse est que cette ironie est mal \u00e0 propos.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa commission Baker n&rsquo;agit pas vraiment pour r\u00e9tablir la situation en Irak en proposant d&rsquo;appeler \u00e0 l&rsquo;aide la Syrie et l&rsquo;Iran. Son but est tout autre. Il s&rsquo;agit de la situation aux USA. Dans le num\u00e9ro de septembre du Washington <em>Monthly<\/em>, le journaliste Robert Dreyfuss observe, \u00e0 partir de bonnes sources dans l&rsquo;entourage de Baker: \u00ab<em>Baker is primarily motivated by his desire to avoid a war at homethat things will fall apart not on the battlefield but at home. So he wants a ceasefire in American politics.<\/em>\u00bb Il est vrai que, si l&rsquo;on ne parle pas de l&rsquo;Iran durant cette campagne pr\u00e9-\u00e9lectorale, c&rsquo;est aussi parce qu&rsquo;un bruit assourdissant est en train de couvrir tout le d\u00e9bat, contre lequel les hommes politiques en campagne ne peuvent rien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn ph\u00e9nom\u00e8ne a commenc\u00e9 \u00e0 se faire jour au d\u00e9but octobre, incontr\u00f4lable parce qu&rsquo;\u00e9chappant \u00e0 la machinerie des partis. Les sondages ont commenc\u00e9 \u00e0 le refl\u00e9ter dans le cours du mois. Il s&rsquo;agit de la col\u00e8re du public \u00e0 propos de la situation en Irak, qui peut tr\u00e8s bien provoquer un bouleversement politique \u00e0 Washington, mais un bouleversement qui ne r\u00e9soudrait rien car cette col\u00e8re va au-del\u00e0 et tient justement le syst\u00e8me bipartisan (d\u00e9mocrates et r\u00e9publicains ayant soutenu la guerre en Irak) comme responsable de la catastrophe. Les sp\u00e9cialistes de l&rsquo;opinion publique l&rsquo;ont bien senti. L&rsquo;analyste politique Charlie Cook notait le 10 octobre: \u00ab<em>If the spotlight is on Iraq for much of the final stage of the campaign, the Republicans could well lose both chambers.<\/em>\u00bb Cette analyse conduit \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;\u00e9lection mid term devient un r\u00e9f\u00e9rendum sur la guerre, avec des cons\u00e9quences de politique int\u00e9rieure compl\u00e8tement incontr\u00f4lables. Voici comment le sp\u00e9cialiste des sondages Dick Bennett traduit la chose: \u00ab<em>I&rsquo;ve never seen anything like it<\/em> [&#8230;] <em>such a combination of anger and uncertainty among the public.<\/em> [&#8230;] <em>What people want is some hope for the future. Who will make this better? They aren&rsquo;t hearing much of that. Aside from gasoline prices, nothing is getting better for Republicans.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est cette situation qui pr\u00e9occupe Baker, et nullement les souffrances des Irakiens. Pour un tel enjeu, on est pr\u00eat \u00e0 aller \u00e0 Canossa, si aller \u00e0 Canossa signifie demander aux Iraniens de venir en Irak imposer la stabilit\u00e9 que les Am\u00e9ricains sont incapables d&rsquo;imposer. Mais les Am\u00e9ricains n&rsquo;ont pas l&rsquo;habitude de fr\u00e9quenter Canossa. Il n&rsquo;est pas assur\u00e9 qu&rsquo;ils veuillent finalement y aller (que Baker convainque l&rsquo;administration Bush avec toutes ses certitudes) ni m\u00eame, qu&rsquo;en y allant, ils r\u00e9alisent qu&rsquo;ils sont all\u00e9s \u00e0 Canossa.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est vrai que le mouvement qu&rsquo;on sent se lever, \u00e0 l&rsquo;occasion de ces \u00e9lections o\u00f9 les candidats r\u00e9publicains prennent bien soin de ne jamais se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 GW Bush dans leur campagne, a pris tout le monde par surprise. Il est vrai que ce mouvement nous r\u00e9serve n\u00e9cessairement d&rsquo;autres surprises puisque, de toutes les fa\u00e7ons, les \u00e9lections ne serviront \u00e0 rien puisque, pour le public, d\u00e9mocrates et r\u00e9publicains c&rsquo;est bonnet blanc et blanc bonnet.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>La dramatisation de la situation aux USA signifie la dramatisation au Moyen-Orient et vice-versa  et cet \u00e9trange m\u00e9lange des complexit\u00e9s diverses renforc\u00e9 par l&rsquo;obsession iranienne<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend que la situation au Moyen-Orient est, pour les USA, d&rsquo;une complexit\u00e9 inou\u00efe, d&rsquo;une complexit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent. Diverses pressions dramatiques s&rsquo;exercent dans des sens antagonistes. Le climat est \u00e9videmment tr\u00e8s favorable \u00e0 une surench\u00e8re de la dramatisation qui ne cesse de se renforcer \u00e0 partir de cette situation. L&rsquo;issue d&rsquo;un apaisement rapide, en prenant l&rsquo;hypoth\u00e8se utopiquement optimiste d&rsquo;un effet rapide en Irak de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre aspect du plan de l&rsquo;ISG, \u00e0 la condition pas loin d&rsquo;\u00eatre utopique \u00e9galement que l&rsquo;administration accepte ces plans, m\u00eame cette issue est loin, tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00eatre assur\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa situation en Irak et ses effets aux USA sont intimement li\u00e9s \u00e0 la situation de l&rsquo;Iran, au point o\u00f9 l&rsquo;on commence \u00e0 distinguer un lien tr\u00e8s fort, dans l&rsquo;analyse de l&rsquo;administration, entre la situation en Irak et les relations avec l&rsquo;Iran; et il ne s&rsquo;agirait pas alors de l&rsquo;influence iranienne suppos\u00e9e en Irak mais bien de l&rsquo;attaque US contre l&rsquo;Iran o\u00f9 l&rsquo;argument irakien tendrait \u00e0 remplacer l&rsquo;argument nucl\u00e9aire, par rapport \u00e0 la situation aux USA. C&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une <em>October surprise<\/em> qui serait g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, hors des limites de date contenues dans l&rsquo;expression, pour devenir une d\u00e9marche de politique d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Une attaque contre l&rsquo;Iran, par son effet mobilisateur suppos\u00e9, serait la seule fa\u00e7on de contrecarrer le sentiment populaire hostile \u00e0 l&rsquo;administration \u00e0 cause de l&rsquo;Irak, voire de provoquer en Irak un choc permettant de r\u00e9tablir la situation. Il s&rsquo;agit bien s\u00fbr de propositions d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es mais il faut admettre qu&rsquo;il y a, dans la situation irakienne des USA, des aspects effectivement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, dans le contexte o\u00f9 ils sont envisag\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa logique de cette hypoth\u00e8se est renforc\u00e9e bien entendu par l&rsquo;aspect obsessionnel qu&rsquo;on a pu distinguer, depuis 20 mois, dans les projets am\u00e9ricanistes contre l&rsquo;Iran, ind\u00e9pendamment de leur justification possible ou potentielle. Cela renforce le climat d&rsquo;irrationalit\u00e9 o\u00f9 baigne aujourd&rsquo;hui la politique washingtonienne \u00e0 cause des pressions terribles qui s&rsquo;exercent contre elle. Dans ce climat, les \u00e9lections et les circonstances qui l&rsquo;entourent prennent l&rsquo;allure d&rsquo;une crise jamais vue par sa complexit\u00e9, ses aspects insaisissables, l&rsquo;abondance et la force des facteurs irrationnels, la possibilit\u00e9 qu&rsquo;effectivement la population \u00e9chappe au contr\u00f4le du syst\u00e8me et emprunte une voie qui lui soit propre gr\u00e2ce aux moyens de communication modernes dont elle dispose d\u00e9sormais. Il ne peut m\u00eame plus \u00eatre question de mettre en accusation GW Bush, comme cela pourrait appara\u00eetre \u00e9vident \u00e0 certains. Les parlementaires, r\u00e9publicains mais aussi d\u00e9mocrates, sont \u00e9galement tenus responsables de la situation en Irak, de m\u00eame que la communaut\u00e9 enti\u00e8re des experts et des analystes de s\u00e9curit\u00e9 nationale qui soutint effectivement la campagne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend \u00e9videmment que, dans un tel tableau, la possibilit\u00e9 d&rsquo;une attaque contre l&rsquo;Iran, o\u00f9 la nettet\u00e9 de la situation semble appara\u00eetre comme l&rsquo;argument d\u00e9cisif qui dissimule l&rsquo;aspect obsessionnel, puisse avoir, \u00e0 un moment ou l&rsquo;autre, les allures soudain rassurantes d&rsquo;un acte qui serait lib\u00e9rateur parce qu&rsquo;il serait un acte cathartique.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tambours de guerre Iran, business as usual? L&rsquo;Iran n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 nulle part dans la campagne qui s&rsquo;ach\u00e8ve aux USA parce qu&rsquo;il est partout? La campagne \u00e9lectorale dite du mid-term \u00e0 Washington a \u00e9t\u00e9 brutale, violente, acharn\u00e9e, une campagne f\u00e9roce comme on n&rsquo;a pas d&rsquo;exemple \u00e0 Washington avec un tel contexte international de crise(s) permanente(s). 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