{"id":68430,"date":"2007-01-19T00:00:00","date_gmt":"2007-01-19T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/01\/19\/saga-yamamah\/"},"modified":"2007-01-19T00:00:00","modified_gmt":"2007-01-19T00:00:00","slug":"saga-yamamah","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/01\/19\/saga-yamamah\/","title":{"rendered":"Saga \u201c<em>Yamamah<\/em>\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Saga \u00ab\u00a0<em>Yamamah<\/em>\u00ab\u00a0<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le titre de l&rsquo;article de Paul Reynolds, sur BBC.News le 15 d\u00e9cembre 2006, r\u00e9sumait assez bien un sentiment ironique : &laquo;<em>Very British solution to Saudi problem&hellip;<\/em>&raquo; Puis vint l&rsquo;explication de texte :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>There will be a few wry smiles in foreign ministries around the world, particularly perhaps at the Quai D&rsquo;Orsay in Paris and the state department in Washington, at news that the corruption investigation into a huge British defence contract with Saudi Arabia has been suddenly ended.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Foreign competitors will see another performance by &lsquo;perfidious Albion&rsquo;, as the British government holds its hand on its heart and promises that commercial interests have played no part.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>British lectures on the &lsquo;rule of law&rsquo; will lose some of their force.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce jour-l\u00e0, Reynolds commentait la d\u00e9cision prise par l&rsquo;Attorney General, Lord Goldsmith, et annonc\u00e9e par lui devant la House of Lords le 14 d\u00e9cembre : l&rsquo;abandon de l&rsquo;enqu\u00eate ouverte par le SFO (Serious Fraud Office) sur des faits \u00e9ventuels de corruption commis par une partie britannique vers des citoyens non-britanniques (saoudiens). Goldsmith eut cette phrase compl\u00e8tement sid\u00e9rante quand on sait l&rsquo;attention religieuse que professent le gouvernement de Londres et tout l&rsquo;<em>establishment<\/em> pour l&rsquo;Etat de Droit et \u00ab\u00a0the rule of the law\u00a0\u00bb : &laquo;<em>It has been necessary to balance the need to maintain the rule of law against the wider public interest.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi \u00e9tait men\u00e9 \u00e0 son terme, peut-\u00eatre temporaire avant un \u00e9ventuel nouvel \u00e9pisode, le dernier chapitre en date de la \u00ab\u00a0saga <em>Yamamah<\/em>\u00ab\u00a0. En jeu, on trouve une commande de 72 chasseurs Eurofighter <em>Typhoon<\/em>, un contrat initial de &pound;6 milliards avec d&rsquo;\u00e9normes perspectives et la stabilit\u00e9 pour des milliers d&#8217;emplois britanniques (certains ont avanc\u00e9 le chiffre de 50.000).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans la soir\u00e9e du 15 d\u00e9cembre, le Premier ministre Tony Blair assumait toute la responsabilit\u00e9 de cette d\u00e9cision. Il expliqua que la poursuite de l&rsquo;enqu\u00eate risquait de compromettre pour des ann\u00e9es les relations du Royaume-Uni avec l&rsquo;Arabie Saoudite. &laquo;<em>I&rsquo;m afraid, in the end, my role as Prime Minister, is to advise on what&rsquo;s in the best interests of our country. I have absolutely no doubt at all that the right decision was taken in this regard and I take full responsibility.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Bons baisers de Thatcher<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>En arabe, \u00ab\u00a0<em>Al Yamamah<\/em>\u00a0\u00bb signifie \u00ab\u00a0la colombe\u00a0\u00bb. C&rsquo;est le nom qui fut donn\u00e9 \u00e0 ce gigantesque contrat (en fait s\u00e9rie de contrats) entre le Royaume-Uni et l&rsquo;Arabie Saoudite, en 1985, portant sur 72 avions de p\u00e9n\u00e9tration <em>Tornado<\/em> et 50 Hawk d&rsquo;entra&icirc;nement. L&rsquo;\u00e9normit\u00e9 de l&rsquo;accord, prolong\u00e9 par une seconde commande de <em>Tornado<\/em> en 1993 (<em>Yamamah<\/em>-I et <em>Yamamah<\/em>-II), est mesur\u00e9e par son volume total depuis 1985 : &pound;43 milliards ont \u00e9t\u00e9 officiellement vers\u00e9s aux Britanniques, avec les investissements en bases, gestion de mat\u00e9riels, encadrement du personnel, etc., dont ils furent charg\u00e9s en Arabie Saoudite. &laquo;<em>Pendant au moins dix ans, BAE a v\u00e9cu uniquement gr\u00e2ce \u00e0 Yamamah,<\/em> observe (avec un ton d&rsquo;envie dans la voix) une source industrielle fran\u00e7aise. <em>Les effets se font sentir jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Britanniques emport\u00e8rent le march\u00e9 en 1985 contre les Fran\u00e7ais (le <em>Mirage<\/em>, dans une version 4000 sp\u00e9cialement d\u00e9velopp\u00e9e pour l&rsquo;Arabie) et les Am\u00e9ricains avec leur F-15E. En r\u00e9alit\u00e9, les Am\u00e9ricains (l&rsquo;administration Reagan) n&rsquo;esp\u00e9raient pas l&#8217;emporter parce qu&rsquo;ils savaient que le \u00ab\u00a0lobby sioniste\u00a0\u00bb lancerait une guerre acharn\u00e9e au Congr\u00e8s contre une telle commande. Ils manoeuvr\u00e8rent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pour permettre aux Britanniques de l&#8217;emporter, pour emp\u00eacher \u00e0 tout prix les Fran\u00e7ais de Dassault, leur vrai rival, de conqu\u00e9rir le march\u00e9 saoudien. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une op\u00e9ration industrielle et politique consid\u00e9rable, \u00e0 la fois triangulaire (USA-UK-Arabie Saoudite) et deux fois bilat\u00e9rale (UK-Arabie et UK-USA). On peut dire que les march\u00e9s <em>Yamamah<\/em> constituent, indirectement, une \u00e9tape majeure de plus des <em>special relationships<\/em>, notamment au travers du r\u00f4le et de l&rsquo;\u00e9volution de BAE depuis.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Emprise de BAE sur l&rsquo;<em>establishment<\/em> <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;occasion de ces contrats multiples, insaisissables et incontr\u00f4lables, et dont la premi\u00e8re tranche fut compl\u00e8tement finalis\u00e9e en 1988, des relations \u00e9tranges et inhabituelles furent \u00e9tablies entre les Britanniques et les Saoudiens. Le Premier ministre d&rsquo;alors, Margaret Thatcher, y joua un r\u00f4le fondamental, &mdash; ainsi que son fils Mark, si l&rsquo;on veut, puisqu&rsquo;il fut impliqu\u00e9 dans une des multiples ramifications de corruption et l&rsquo;objet d&rsquo;une inculpation. Le <em>Guardian<\/em> \u00e9crit le 16 d\u00e9cembre : \u00ab\u00a0<em>In the end Britain triumphed<\/em> [against U.S. F-15E and French Mirages], <em>due, in large part, to the intervention of Margaret Thatcher. She assiduously cultivated Sultan on his private visits to London and developed a close relationship with King Fahd, whose opinion of the British prime minister verged on infatuation.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les aspects extraordinairement complexes des march\u00e9s <em>Yamamah<\/em> permirent l&rsquo;\u00e9tablissement de nombreux canaux de commissions parall\u00e8les vers des Saoudiens, que la presse britannique \u00e9value \u00e0 &pound;100 millions pour des comptes dans des banques en Suisse et \u00e0 Panama. C&rsquo;est vers ces comptes que le SFO enqu\u00eatait, et \u00e9tait semble-t-il sur le point d&rsquo;aboutir, lorsque Tony Blair est intervenu pour stopper l&rsquo;enqu\u00eate. Il semble que les pressions de BAE aient \u00e9t\u00e9 essentielles pour parvenir \u00e0 ce r\u00e9sultat, ce qui met en \u00e9vidence l&rsquo;influence consid\u00e9rable de ce consortium sur le monde politique et l&rsquo;<em>establishment<\/em> britanniques depuis 1985 et les contrats <em>Yamamah<\/em>. Le m\u00eame <em>Guardian<\/em> \u00e9crit encore le 15 d\u00e9cembre :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>It is two decades since Margaret Thatcher secured the first of the big Al-Yamamah arms deals with Saudi Arabia, and arms sales have coloured relations with Saudi ever since. The sway BAE Systems holds over the top of the British establishment is extraordinary.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">L&rsquo;ombre de BAE<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On se rappelle de l&rsquo;exclamation du ministre de la d\u00e9fense Geoffrey Hoon, le 16 janvier 2003 : &laquo;<em>BAE is no longer British.<\/em>&raquo; Le ministre r\u00e9pondait \u00e0 des observations concernant une querelle entre le MoD et BAE, en faisant allusion autant \u00e0 l&rsquo;actionnariat de BAE qu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9partition de ses march\u00e9s. Depuis 2003, la situation s&rsquo;est encore plus marqu\u00e9e : effectivement, \u00ab\u00a0<em>BAE is no longer British<\/em>\u00a0\u00bb et l&rsquo;on peut m\u00eame dire qu&rsquo;il est quasiment am\u00e9ricain. BAE est sans aucun doute une soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricanis\u00e9e \u00e0 cause de sa \u00ab\u00a0client\u00e8le\u00a0\u00bb (le Pentagone p\u00e8se de plus en plus lourd dans ses carnets de commande et d\u00e9passe les 50% de son chiffre d&rsquo;affaires), de ses investissements (rachat de soci\u00e9t\u00e9s US de tr\u00e8s hautes technologies, liant \u00e9galement BAE au DoD par les contraintes de confidentialit\u00e9), et de son actionnariat.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est en ce sens que nous proposons 1985 avec les premiers contrats <em>Yamamah<\/em> comme une date-clef des <em>special relationships<\/em> :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; D&rsquo;une part, BAE s&rsquo;engageait sur la voie d&rsquo;une relation fondamentale avec l&rsquo;Arabie, obtenue notamment gr\u00e2ce aux USA, et gr\u00e2ce \u00e0 laquelle il allait assurer un contr\u00f4le d&rsquo;influence \u00e9galement fondamental sur l&rsquo;<em>establishment<\/em> britannique ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; d&rsquo;autre part, le m\u00eame BAE allait commencer, autour de 1995-2000, sa marche vers l&rsquo;am\u00e9ricanisation, cette \u00e9volution faisant passer dans des mains proches des centres d&rsquo;influence US un formidable outil d&rsquo;influence de l&rsquo;<em>establishment<\/em> britannique ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; ainsi peut-on dire aujourd&rsquo;hui que BAE fonctionne \u00ab\u00a0objectivement\u00a0\u00bb comme un outil d&rsquo;influence directe des USA sur l&rsquo;<em>establishment<\/em> britannique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est en ce sens qu&rsquo;on peut parler du r\u00f4le fondamental de BAE dans le cadre d&rsquo;une part des <em>special relationships<\/em>, d&rsquo;autre part des contrats <em>Yamamah<\/em>. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un bouleversement politique souterrain qui a affect\u00e9 le Royaume-Uni depuis 1985 et l&rsquo;\u00e9tablissement de ces autres <em>special relationships<\/em>, &mdash; cette fois entre Londres et Riyad. C&rsquo;est \u00e0 cette mesure qu&rsquo;il faut appr\u00e9cier l&rsquo;importance des derniers \u00e9v\u00e9nements, d&rsquo;octobre \u00e0 d\u00e9cembre 2006, en marge de l&rsquo;enqu\u00eate du SFO.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Lorsque Blair d\u00e9clare le 15 d\u00e9cembre, expliquant son intervention pour stopper l&rsquo;enqu\u00eate du SFO : &laquo;<em>Our relationship with Saudi Arabia is vitally important for our country in terms of counter-terrorism, in terms of the broader Middle East and in terms of helping in respect of Israel-Palestine &mdash; and that strategic interest comes first<\/em>&raquo;, &mdash; prenez les premiers mots de la phrase (\u00ab\u00a0<em>Our relationship with Saudi Arabia is vitally important&hellip;<\/em>\u00ab\u00a0), et vous avez l&rsquo;essentiel, la clef du drame.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">La vertu par pression<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>En juin 2006, Mike Turner, directeur g\u00e9n\u00e9ral de BAE, expliqua \u00e0 quelques journalistes et amis lors du Salon du Bourget, \u00e0 propos des contrats en n\u00e9gociations avec les Saoudiens pour le <em>Typhoon<\/em>, contrats regroup\u00e9s dans la phase <em>Al Yamamah-3<\/em>: &laquo;<em>The objective is to get Typhoon in Saudi Arabia. We have GBP 43 billion from Al-Yamamah over the past 20 years and there could be GBP 40 billion more&#8230;<\/em>&raquo; Le calcul retenu alors \u00e9tait de &pound;5.5 milliards pour la vente elle-m\u00eame, avec plus de &pound;25 milliards \u00ab\u00a0pour la logistique\u00a0\u00bb au moins jusqu&rsquo;en 2030. On mesure l&rsquo;enjeu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais il n&rsquo;est d\u00e9sormais plus assur\u00e9 que cette route puisse \u00eatre tenue ferme. A l&rsquo;heure m\u00eame o&ugrave; Turner parlait, un engrenage pr\u00e9occupant venait d&rsquo;\u00eatre d\u00e9clench\u00e9, notamment avec la publication, par inadvertance, de quelques documents <em>classified<\/em> sur le site du Department of Trade &#038; Industry, le 8 mai 2006. Il s&rsquo;agit pourtant d&rsquo;une m\u00e9canique bien huil\u00e9e, <em>Yamamah<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Entre <em>Yamamah-1<\/em> (1985-88) et <em>Yamamah-2<\/em> (1993, pour une tranche suppl\u00e9mentaire de 48 <em>Tornado<\/em>), une premi\u00e8re enqu\u00eate sur ces pratiques avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 men\u00e9e, et \u00e0 son terme celle-ci, par le National Audit Office (NAO), en 1992 ; mais nul n&rsquo;en sait les conclusions puisque c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui le <strong>seul<\/strong> rapport du NAO qui n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 rendu public. Le 18 d\u00e9cembre 2006, Sir Menzies Campbell, le chef des lib\u00e9raux britanniques, en a demand\u00e9 la publicit\u00e9 : &laquo;<em>Parliament is entitled to see any report commissioned in its name. There is no reason why this report should be treated any differently.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les travaillistes arriv\u00e8rent au pouvoir en 1997 et d\u00e9clar\u00e8rent, notamment, leur vertueuse intention de \u00ab\u00a0moraliser\u00a0\u00bb le commerce de l&rsquo;armement. Ils en rest\u00e8rent l\u00e0 pendant plusieurs ann\u00e9es et en seraient rest\u00e9s l\u00e0 peut-\u00eatre si, semble-t-il, les Am\u00e9ricains n&rsquo;avaient us\u00e9 de leur influence qui est grande. La l\u00e9gislation de 2002 qui autorise et incite le SFO \u00e0 enqu\u00eater sur les cas de corruption de citoyens non-britanniques, qui sont \u00e9videmment les cas les plus flagrants et les plus r\u00e9v\u00e9lateurs dans les ventes d&rsquo;armes \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, doit beaucoup dit-on aux pressions tr\u00e8s appuy\u00e9es du State Department. En 2002, avec le choix de \u00ab\u00a0suivisme\u00a0\u00bb des USA qu&rsquo;il a fait, Blair ne peut que c\u00e9der aux pressions de Washington.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Que cherchent les Am\u00e9ricains ? Les hypoth\u00e8ses peuvent \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 deux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Il y a l&rsquo;hypoth\u00e8se de la mise en ordre classique, m\u00e2tin\u00e9e d&rsquo;une attitude vertueuse \u00e9galement classique chez les Am\u00e9ricains, surtout lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de la r\u00e9clamer aux autres. Les Am\u00e9ricains estiment que leurs alli\u00e9s britanniques ont un peu trop les coud\u00e9es franches dans la chasse aux march\u00e9s ext\u00e9rieurs d&rsquo;armement. <em>Yamamah<\/em> est un exemple \u00e9vident.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Il y a l&rsquo;hypoth\u00e8se un peu plus machiav\u00e9lique. Les Britanniques viennent d&rsquo;entrer dans le programme JSF (janvier 2001). Les Am\u00e9ricains entendent qu&rsquo;ils y restent, comme un pilier de la coop\u00e9ration internationale dans ce programme. Obtenir une telle l\u00e9gislation chez les Britanniques, alors que les Am\u00e9ricains en savent eux-m\u00eames beaucoup sur le dossier <em>Yamamah<\/em>, est un \u00e9ventuel bon moyen de pression si les Britanniques venaient \u00e0 rechigner pour leur engagement dans le JSF. Apr\u00e8s tout, la l\u00e9gislation entre en vigueur la m\u00eame ann\u00e9e o&ugrave; les autres partenaires \u00e9trangers du JSF sont rassembl\u00e9s dans le programme. On peut envisager que les Am\u00e9ricains ont fait la pression maximale sur les Britanniques \u00e0 ce moment, pour garantir la pr\u00e9sence de leur principal coop\u00e9rant, celui dont la pr\u00e9sence dans le programme rassure les autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Un grain de sable&hellip;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le 8 mai 2006, sur le site du Department of Trade &#038; Industry (DT&#038;I), furent mis en ligne plusieurs documents. L&rsquo;un d&rsquo;eux a \u00e9t\u00e9 connu depuis sous le sobriquet de \u00ab\u00a0<em>the Chandler&rsquo;s Telegram<\/em>\u00ab\u00a0, du nom de Sir Colin Chandler, alors chef de l&rsquo;unit\u00e9 de vente d&rsquo;armements au MoD. Sir Colin l&rsquo;envoya de Riyad, en Arabie Saoudite, en janvier 1986. Il d\u00e9taillait les conditions que r\u00e9clamaient les Saoudiens et les dispositions des prix de vente qui devraient \u00eatre prises en cons\u00e9quence. Par exemple, il \u00e9tait propos\u00e9, &mdash; ce qui fut accept\u00e9 &mdash; que les prix des <em>Tornado<\/em> destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Arabie fussent arbitrairement augment\u00e9s de 32%, de &pound;16.3 millions \u00e0 &pound;21.5 millions l&rsquo;exemplaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mr Gilby, un chercheur de l&rsquo;association activiste Campaign Against the Arms Trade (CAAT) qui a d\u00e9couvert par hasard les documents sur le site du DT&#038;I, remarqua le 26 octobre: &laquo;<em>I was astonished when I saw the Chandler telegram. This information has been withheld by every single British government department, including the National Audit Office, for more than two decades.<\/em>&raquo; Son \u00e9tonnement est compr\u00e9hensible, tout comme le fut la g\u00eane du MoD britannique qui crut d&rsquo;abord \u00e0 une \u00ab\u00a0fuite\u00a0\u00bb et r\u00e9agit abruptement (&laquo;<em>We never comment on leaks<\/em>&raquo;) puis qui, devant les explications embarrass\u00e9es du DT&#038;I (&laquo;<em>The files were placed in the National Archive by mistake<\/em>&raquo;), dut trouver une explication sp\u00e9cieuse et embarrass\u00e9e (&laquo;<em>We regret the fact that this material has been made public. We attach great importance to the confidentiality of the government to government Al Yamamah agreement with Saudi Arabia, and in order to protect that confidentiality we are not commenting on these papers<\/em>&raquo;).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est une \u00e9trange circonstance, renvoyant aux confusions et aux traits caract\u00e9ristiques d&rsquo;inertie de la bureaucratie. Il ne fait aucun doute que les documents ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s en ligne par erreur. Quoi qu&rsquo;il en soit, l&rsquo;affaire <em>Yamamah<\/em> devenait un scandale public tandis que le SFO, qui disposait d&rsquo;indications capitales, orientait d\u00e9cisivement son enqu\u00eate vers des comptes bancaires en Suisse et au Panama atteignant un total estim\u00e9 \u00e0 &pound;60 millions et concernant des noms parmi les plus prestigieux de la famille royale saoudienne. Le <em>Sunday Times<\/em> du 11 novembre \u00e9crivit : &laquo;<em>The Saudis learnt of this development only when they were contacted by the Swiss banks in the late summer. \u00ab\u00a0They hit the roof,\u00a0\u00bb said a source close to the investigation.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les n\u00e9gociations concernant les <em>Typhoon<\/em> furent interrompues, une protestation saoudienne officielle fut d\u00e9livr\u00e9e sous la forme d&rsquo;une lettre de l&rsquo;ambassadeur saoudien \u00e0 Londres (selon une source proche de l&rsquo;enqu\u00eate : &laquo;<em>The Saudis are claiming in this letter that the British government has broken its undertaking to keep details of the Al-Yamamah deal confidential<\/em>&raquo;). Les Saoudiens menac\u00e8rent de commander l&rsquo;avion fran\u00e7ais <em>Rafale<\/em> \u00e0 la place du <em>Typhoon<\/em>. La crise atteignit son paroxysme le 1er d\u00e9cembre, lorsque, dit-on, les Saoudiens pos\u00e8rent un v\u00e9ritable ultimatum demandant l&rsquo;abandon de l&rsquo;enqu\u00eate. Ils furent entendus&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Une crise de notre temps<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le 11 d\u00e9cembre, Tony Blair avait pris sa d\u00e9cision. Le 14 d\u00e9cembre, Lord Goldsmith annon\u00e7ait la d\u00e9cision d&rsquo;arr\u00eat de l&rsquo;enqu\u00eate du SFO. Le 15 d\u00e9cembre, Tony Blair assurait qu&rsquo;il prenait la pleine et enti\u00e8re responsabilit\u00e9 de cette d\u00e9cision.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Certaines sources t\u00e9moignent de deux choses : Tony Blair a pris cette d\u00e9cision seul d&rsquo;une part et l&rsquo;a prise dans l&rsquo;urgence extr\u00eame d&rsquo;autre part. Les princes saoudiens \u00e9taient certes furieux mais cette fureur pouvait, pourrait-on dire, \u00eatre \u00ab\u00a0n\u00e9goci\u00e9e\u00a0\u00bb&hellip; Le 2 d\u00e9cembre, le <em>Daily Mail<\/em> observait, \u00e0 partir de sources au MoD : &laquo;<em>And they say that despite posturing on both sides, the Typhoon contract is too valuable to both British and Saudi interests to be cancelled.<\/em>&raquo; Parall\u00e8lement, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis\u00e9ment (d\u00e9but d\u00e9cembre), Downing Street faisait dire qu&rsquo;un arrangement \u00e9tait possible si les Saoudiens laissaient quelques mois aux Britanniques ; il y avait du temps pour, comme on dit, \u00ab\u00a0noyer le poisson\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces supputations discr\u00e8tes correspondent mieux au caract\u00e8re discret des n\u00e9gociations, aux avantages r\u00e9ciproques des contrats <em>Yamamah<\/em>, aux habitudes diplomatiques autant des Saoudiens que des Britanniques. En d&rsquo;autres mots : pourquoi n&rsquo;a-t-on pas conclu un arrangement permettant d&rsquo;\u00e9taler sur le temps et de diluer l&rsquo;in\u00e9vitable intervention gouvernementale? Tout le monde avait \u00e0 perdre, &mdash; et tout le monde perdra, &mdash; dans l&rsquo;intervention brutale du 14 d\u00e9cembre. Blair pouvait temporairement geler l&rsquo;enqu\u00eate du SFO, et ainsi pr\u00e9parer un d\u00e9gagement plus convenable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pourquoi n&rsquo;en fut-il rien? La r\u00e9ponse se trouve-t-elle dans trois lettres qui nous sont famili\u00e8res : JSF?<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Pourquoi si vite le JSF?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>On a suivi la saga des Britanniques et du JSF depuis l&rsquo;automne 2005. D\u00e9but d\u00e9cembre 2006, la question du contr\u00f4le souverain de l&rsquo;avion (\u00ab\u00a0<em>operational sovereignty<\/em>\u00ab\u00a0) n&rsquo;est pas r\u00e9gl\u00e9e. Le 8 d\u00e9cembre, les Communes rendent public un rapport o&ugrave; on pr\u00e9conise un gel de l&rsquo;engagement (pas de signature du MoU). Le 11 d\u00e9cembre, Lord Grayson, Secretary d&rsquo;Etat au MoD charg\u00e9 des acquisitions, qui est devenu le h\u00e9ros de la bataille UK-USA du JSF en f\u00e9vrier dernier, arrive \u00e0 Washington. On annonce au moins une semaine de rudes n\u00e9gociations \u00e0 l&rsquo;issue incertaine. Drayson d&icirc;ne le soir au Pentagone avec Ken Krieg, le sous-secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense pour l&rsquo;acquisition, la technologie et la logistique. Surprise : le MoU est sign\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les Britanniques affirment avoir obtenu tout ce qu&rsquo;ils voulaient, absolument tout. &laquo;<em>We have 100 percent of what we want to be able to sign the MoU<\/em>&raquo; proclame Lord Drayson dans une interview t\u00e9l\u00e9phonique \u00e0 <em>Defense News<\/em>. Pour l&rsquo;instant, les d\u00e9tails de l&rsquo;accord ne sont pas connus et il semble assez probable qu&rsquo;ils ne le seront pas dans leur int\u00e9gralit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour s&rsquo;assurer du contenu du MoU, on s&rsquo;en tiendra donc aux affirmations de Lord Drayson et au silence du Pentagone. C&rsquo;est un peu court pour emp\u00eacher d&rsquo;autres interpr\u00e9tations de faire surface. L&rsquo;une d&rsquo;entre elles est donn\u00e9e par une source britannique au Parlement europ\u00e9en, avec le commentaire que, dans cette affaire, &laquo;<em>failure was definitely not an option for Tony Blair<\/em>&raquo;. Dans l&#8217;embarras maximal o&ugrave; il se trouvait, sous la pression de BAE qui voyait ses actions s&rsquo;effondrer avec l&rsquo;affaire <em>Yamamah<\/em> et ne pouvait envisager un \u00e9chec dans le programme JSF qui aurait acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 cette chute, Blair a c\u00e9d\u00e9 sur la question de la \u00ab\u00a0<em>national sovereignty<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 deux conditions de la part des USA:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Laisser les Britanniques proclamer qu&rsquo;ils avaient obtenu 100% de ce qu&rsquo;ils demandaient ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Laisser faire l&rsquo;\u00e9touffement de l&rsquo;enqu\u00eate sur <em>Yamamah<\/em> sans intervenir ni soulever la moindre objection.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce cas, Blair aurait sign\u00e9 un march\u00e9 JSF dont les conditions finiront tout de m\u00eame par \u00eatre rendues publiques , et provoqueront un toll\u00e9 au Royaume-Uni. Mais il aura alors quitt\u00e9 son poste de Premier ministre, &mdash; \u00ab\u00a0Apr\u00e8s nous le d\u00e9luge\u00a0\u00bb&hellip;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Saga \u00ab\u00a0Yamamah\u00ab\u00a0 Le titre de l&rsquo;article de Paul Reynolds, sur BBC.News le 15 d\u00e9cembre 2006, r\u00e9sumait assez bien un sentiment ironique : &laquo;Very British solution to Saudi problem&hellip;&raquo; Puis vint l&rsquo;explication de texte : &laquo;There will be a few wry smiles in foreign ministries around the world, particularly perhaps at the Quai D&rsquo;Orsay in Paris&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[3792,6255,3204,6256,3858,4640,6254,6257,3367,3050,4364],"class_list":["post-68430","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-bae","tag-caat","tag-context","tag-corner","tag-corruption","tag-house","tag-justice","tag-menzies","tag-ocde","tag-the","tag-yamamah"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68430","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=68430"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68430\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=68430"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=68430"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=68430"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}