{"id":68574,"date":"2007-02-27T00:00:00","date_gmt":"2007-02-27T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/02\/27\/une-enigme-saoudienne\/"},"modified":"2007-02-27T00:00:00","modified_gmt":"2007-02-27T00:00:00","slug":"une-enigme-saoudienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/02\/27\/une-enigme-saoudienne\/","title":{"rendered":"Une \u00e9nigme saoudienne?"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Une \u00e9nigme saoudienne?<\/h2>\n<h3>Une \u00e9trange perspective pour <strong><em>Yamamah<\/em><\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tVoici un encha\u00eenement inattendu sur notre pr\u00e9c\u00e9dente <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3610\" class=\"gen\">Analyse<\/a> consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;affaire <em>Yamamah<\/em> impliquant le Royaume-Uni et l&rsquo;Arabie Saoudite. On trouve cette appr\u00e9ciation de la d\u00e9cision du 14 d\u00e9cembre de Tony Blair d&rsquo;interrompre l&rsquo;enqu\u00eate du Serious Fraud Office (SFO) sous la plume d&rsquo;Anatol Kaletsky, dans <em>The Times<\/em> de Londres, le 4 janvier:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Consider the ominous events that occurred in the Middle East and Washington over the holiday season, while most people were paying more attention to their turkeys and Christmas stockings. The first in this sequence of events was Tony Blair&rsquo;s abrupt announcement that members of the Saudi Royal Family accused of taking bribes from British defence contractors would be exempted from the application of British law. To risk a confrontation with the Saudi Royal Family, Mr Blair asserted, would have jeopardised Britain&rsquo;s security interests in Iraq and in the war against terrorism, as well as dashing hopes of progress towards peace between Israel and the Palestinians. This embarrassing announcement by Mr Blair was quickly followed by his Dubai speech, in which he called for an arc of moderation&rsquo; to pin back&rsquo; Iran&rsquo;s advances in the Middle East.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tKaletsky encha\u00eene cette explication de l&rsquo;interruption de l&rsquo;enqu\u00eate du SFO sur une explication du d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 de Washington, de l&rsquo;ambassadeur de l&rsquo;Arabie, Prince Turki al-Fay\u00e7al, le 15 d\u00e9cembre 2006. Turki est l&rsquo;un des chefs de la fraction mod\u00e9r\u00e9e de la famille royale, qui recommande une approche de compromis avec le pouvoir chiite qui s&rsquo;est install\u00e9 en Irak. Turki \u00e9tait un chaud partisan du plan Baker, recommandant d&rsquo;\u00e9tablir des contacts avec la Syrie et l&rsquo;Iran pour participer \u00e0 une tentative de stabilisation en Irak. (Turki est \u00e9galement proche de la fraction mod\u00e9r\u00e9e de l&rsquo;<em>establishment<\/em> washingtonien, notamment de la fili\u00e8re Baker-Bush-p\u00e8re.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tKaletsky est un personnage int\u00e9ressant. Influent \u00e0 Londres, il passe pour refl\u00e9ter souvent les appr\u00e9ciations de l&rsquo;<em>establishment<\/em> britannique. Un homme s\u00e9rieux, pourrait-on dire.<\/p>\n<h3>The kernel of evil<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tExaminons la perspective propos\u00e9e par Kaletsky en observant que, pour <em>Yamamah<\/em>, elle n&rsquo;est nullement contradictoire de notre pr\u00e9c\u00e9dente analyse que nous avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9e, qu&rsquo;elle peut \u00eatre au contraire parfaitement compl\u00e9mentaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tKaletsky envisage ce qu&rsquo;il juge \u00eatre un projet catastrophique du pr\u00e9sident GW Bush, appuy\u00e9 sur une \u00e9trange alliance avec Isra\u00ebl et l&rsquo;Arabie. (Et, bien entendu, Tony Blair inclus dans l&rsquo;\u00e9quipe. On parle de Blair plus que du gouvernement britannique tant le Premier ministre joue aujourd&rsquo;hui solo, tandis que son concurrent et potentiel successeur, Gordon Brown, tente de prendre de plus en plus ses distances de la politique de Blair.) Ce curieux rassemblement, pr\u00e9cise Kaletsky, a pour but de d\u00e9velopper une politique de fuite en avant passant principalement par une attaque de l&rsquo;Iran.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour l&rsquo;Arabie, quel changement! Il y a quatre ans et demi, en ao\u00fbt 2002, \u00e9tait rendue publique (un article du Washington <em>Post<\/em>) une \u00e9trange r\u00e9union faite un mois plus t\u00f4t au Pentagone, dans le cadre du Defense Policy Board (DPB), organisme informel rassemblant des personnalit\u00e9s ext\u00e9rieures, install\u00e9 au Pentagone par Rumsfeld et mis sous la pr\u00e9sidence du fameux n\u00e9o-conservateur Richard Perle. En juillet 2002, un expert fran\u00e7ais acquis aux n\u00e9o-conservateurs et officiellement plac\u00e9 \u00e0 la Rand Corporation, Laurent Muriawiec, avait pr\u00e9sent\u00e9 une analyse strat\u00e9gique et prospective de la situation au Moyen-Orient.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Egypte d\u00e9crit comme un foyer islamiste potentiel, deux pays \u00e9taient mentionn\u00e9s comme des cibles n\u00e9cessaires dans la lutte contre la terreur au Moyen-Orient: l&rsquo;Irak et l&rsquo;Arabie Saoudite. Le <em>Post<\/em> \u00e9crivit: \u00ab<em>A briefing given last month to a top Pentagon advisory board described Saudi Arabia as an enemy of the United States, and recommended that U.S. officials give it an ultimatum to stop backing terrorism or face seizure of its oil fields and its financial assets invested in the United States.<\/em>\u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMurawiec pr\u00e9cisa: \u00ab<em>The Saudis are active at every level of the terror chain, from planners to financiers, from cadre to foot-soldier, from ideologist to cheerleader, Saudi Arabia supports our enemies and attacks our allies.<\/em>\u00bb Une note accompagnait le 24\u00e8me et dernier slide illustrant la pr\u00e9sentation tr\u00e8s structur\u00e9e de Muriawec. L&rsquo;Arabie y \u00e9tait d\u00e9crite comme \u00ab<em>the kernel of evil, the prime mover, the most dangerous opponent<\/em>\u00bb (des USA) au Moyen-Orient. Le Diable en personne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA l&rsquo;\u00e9poque, cette r\u00e9union fut per\u00e7ue comme un signe annonciateur in\u00e9luctable. Les n\u00e9o-conservateurs tenaient le haut du pav\u00e9 \u00e0 Washington et rien ne semblait devoir les ralentir. Ils avaient le soutien inconditionnel du pr\u00e9sident et leur proximit\u00e9 de la droite dure isra\u00e9lienne (Likoud) \u00e9tait connue. Le sort de l&rsquo;Arabie semblait scell\u00e9, une fois l&rsquo;Irak (rapidement et ais\u00e9ment) liquid\u00e9. En attendant, et pour \u00e9carter ces foudres qu&rsquo;ils sentaient mena\u00e7antes, les princes saoudiens se confondaient en promesses de d\u00e9mocratisation. (On dit que cette r\u00e9union du DPB, opportun\u00e9ment rendue publique par le soin de proches des n\u00e9o-conservateurs, et que GW Bush ne voulut pas condamner, fut l&rsquo;un des premiers sujets de grave dispute entre Bush-p\u00e8re et son fils, l&rsquo;ancien pr\u00e9sident agissant en avocat et protecteur de ses tr\u00e8s nombreux amis saoudiens. James Baker fut \u00e9galement l&rsquo;un de ceux qui n&rsquo;appr\u00e9ci\u00e8rent gu\u00e8re la r\u00e9union du DPB et le briefing de Murawiec.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tToutes ces attaques venaient apr\u00e8s des bruits divers autour de la participation d&rsquo;une \u00e9crasante majorit\u00e9 de Saoudiens dans l&rsquo;\u00e9quipe de 19 terroristes qui effectua l&rsquo;attaque du 11 septembre 2001. L&rsquo;\u00e9loignement des USA de son alli\u00e9 traditionnel saoudien s&rsquo;\u00e9tait concr\u00e9tis\u00e9, au printemps 2002, par le retrait des forces US d\u00e9ploy\u00e9es encore en Arabie \u00e0 cette date.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa th\u00e8se \u00e9tait alors simple et droite, et brutale \u00e9galement, \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;euphorie et de l&rsquo;ivresse de puissance qui caract\u00e9risaient alors l&rsquo;analyse US. La guerre en Irak ne faisait plus de doute, et la victoire ultra-rapide non plus. Cela signifiait l&rsquo;installation tout aussi rapide d&rsquo;un important complexe militaire (bases) et d&rsquo;exploitation \u00e9conomique du p\u00e9trole irakien. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique de l&rsquo;Arabie p\u00e2lissait en regard de cette inestimable prise de guerre.<\/p>\n<h3>Que faire ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tFace \u00e0 cette soudaine offensive d&rsquo;hostilit\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e et tr\u00e8s unilat\u00e9raliste, tr\u00e8s dans la mani\u00e8re n\u00e9o-conservatrice, l&rsquo;Arabie ignorait quelle politique choisir, quel choix faire. Ce pays n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 habitu\u00e9 aux choix. Longtemps, ses tendances les plus radicalement oppos\u00e9es avaient cohabit\u00e9 sans susciter de difficult\u00e9s. L&rsquo;Arabie \u00e9tait \u00e0 la fois l&rsquo;alli\u00e9 le plus proche des USA dans la r\u00e9gion ; un pays au conservatisme int\u00e9rieur proche de l&rsquo;archa\u00efsme ; un r\u00e9gime caract\u00e9ris\u00e9 \u00e0 la fois par la corruption et un autoritarisme sans dissimuler ; un soutien constant et fondamental des groupes dissidents et clandestins, voire terroristes, de l&rsquo;islamisme le plus radical.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;alliance US \u00e9tait tenue par un ciment d&rsquo;une force sans \u00e9gale : un anti-communisme constant et sans faille. Les Saoudiens jou\u00e8rent, avec le directeur de la CIA Bill Casey, un r\u00f4le essentiel dans le soutien, l&rsquo;organisation et la coordination de la gu\u00e9rilla islamiste anti-sovi\u00e9tique en Afghanistan, dans les ann\u00e9es 1980. La CIA faisait son miel de cette coop\u00e9ration.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis 1945 et la fameuse rencontre entre Franklin Delano Roosevelt et Ibn Saoud, \u00e0 Alexandrie, o\u00f9 fut scell\u00e9e la grande alliance USA-Arabie, les Saoudiens pouvaient croire avoir rempli sans un rat\u00e9 leur part du contrat. Ils n&rsquo;avaient pas vraiment boug\u00e9 ni vari\u00e9, malgr\u00e9 leur politique contrast\u00e9e. Ils ajoutaient quelques fleurons suppl\u00e9mentaires en \u00e9tant un \u00e9norme consommateur d&rsquo;armements anglo-saxons (US et UK). Les Saoudiens pouvaient se juger conformes au mod\u00e8le anglo-saxon et juger avec d&rsquo;excellentes raisons qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient rien \u00e0 changer, que rien ne devait les justifier de bouger.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn fait, ce sont les Am\u00e9ricains qui bougent dans cette sorte de rapports. Les Saoudiens qui croient les conna\u00eetre (comme Prince Sultan, qui fut ambassadeur \u00e0 Washington) se trompent souvent.<\/p>\n<h3>Face \u00e0 l&rsquo;imbroglio chiite<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOn reste encore \u00e9tourdi de la strat\u00e9gie (car il y en avait une) qui pr\u00e9sida \u00e0 l&rsquo;invasion de l&rsquo;Irak. L&rsquo;intention \u00e9tait bien de tout briser des structures existantes sous le coup de l&rsquo;offensive <em>shock &#038; awe<\/em> (au propre et au figur\u00e9, d\u00e9signant la forme d&rsquo;attaque choisie par l&rsquo;USAF autant que l&rsquo;esprit m\u00eame de la conqu\u00eate de l&rsquo;Irak). L&rsquo;effet devait \u00eatre l&rsquo;installation, comme par g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e sortie du tumulte de l&rsquo;attaque, d&rsquo;une d\u00e9mocratie jeffersonienne, \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine. Les analyses faites sur les intentions de ceux qui inspir\u00e8rent l&rsquo;attaque, notamment les n\u00e9o-conservateurs du Pentagone mais avec un soutien affirm\u00e9 de la bureaucratie de ce d\u00e9partement, mentionnent explicitement l&rsquo;objectif affirm\u00e9 de \u00ab<em> breaking the existing structures of the Baath Party and of Iraq&rsquo;s Army, to enable democracy to take hold more readily and more rapidly.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes m\u00eames sources qui d\u00e9taillent cette feuille de route US lors de l&rsquo;attaque, pr\u00e9cisent notamment: \u00ab<em>There was no question of getting bogged down in archaic and arcane niceties such as the distinction between the Sunni and the Shia.  The rules of democracy (the majority rules&rsquo;) would take care of all that.<\/em>\u00bb Contrairement au reproche fait aujourd&rsquo;hui, la d\u00e9cision de dissoudre l&rsquo;arm\u00e9e et les structures du parti Baas, prise par Paul Bremer en 2003, ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une erreur. Elle fut prise en toute connaissance de cause et s&rsquo;accordait \u00e0 la vision g\u00e9n\u00e9rale du probl\u00e8me. Elle devait constituer un facteur d\u00e9cisif facilitant l&rsquo;installation de la d\u00e9mocratie en Irak.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes ann\u00e9es 2003-2005 furent les plus noires pour les Saoudiens. Non seulement ils voyaient leurs rapports avec Washington au plus bas, jusqu&rsquo;\u00e0 craindre dans certains cas des menaces d&rsquo;invasion, mais en plus ils observaient avec d\u00e9sespoir la mise en place en Irak d&rsquo;un pouvoir chiite puissant, notamment (quoique discr\u00e8tement) appuy\u00e9 sur des liens puissants avec l&rsquo;Iran.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPuis cette crainte a insensiblement \u00e9volu\u00e9. Au plus le temps passait, au plus certes s&rsquo;installait ce pouvoir chiite; mais, en m\u00eame temps, au plus s&rsquo;\u00e9rodait la puissance US et au plus les USA s&rsquo;inqui\u00e9taient de voir s&rsquo;affirmer le pouvoir chiite. La situation s&rsquo;est donc peu \u00e0 peu invers\u00e9e. Aujourd&rsquo;hui, les Saoudiens ne craignent certainement plus une menace de leurs alli\u00e9s am\u00e9ricanistes; ils en attendraient plut\u00f4t, \u00e9ventuellement, un appel \u00e0 l&rsquo;aide. L&rsquo;analyse saoudienne de la situation en Irak est particuli\u00e8rement pessimiste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuand les Am\u00e9ricains s&rsquo;interrogent pour savoir s&rsquo;ils ont bien fait de soutenir un pouvoir chiite, et que l&rsquo;un ou l&rsquo;autre strat\u00e8ge US envisage de redonner du pouvoir aux Sunnites, les Saoudiens hochent la t\u00eate d&rsquo;un air entendu. Pour eux, les Am\u00e9ricains n&rsquo;ont plus la puissance et l&rsquo;influence n\u00e9cessaires pour influer d&rsquo;une fa\u00e7on d\u00e9cisive sur la composition ethnique et l&rsquo;orientation du pouvoir irakien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa situation est inattendue \u00e0 cet \u00e9gard. Les Am\u00e9ricains ont certes install\u00e9 une marionnette au d\u00e9part, un pouvoir \u00e0 leur solde et manipulable \u00e0 souhait&#8230; Mais leur situation strat\u00e9gique s&rsquo;est si compl\u00e8tement \u00e9rod\u00e9e, et l&rsquo;activit\u00e9 iranienne a \u00e9t\u00e9 si habile et si efficace, qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui ce pouvoir-marionnette est devenu un vrai pouvoir, repr\u00e9sentant effectivement une tendance (pro-iranienne, bien entendu) que les Am\u00e9ricains ne sont plus en mesure de manipuler efficacement. Les explications embarrass\u00e9es donn\u00e9es par les Am\u00e9ricains peu apr\u00e8s l&rsquo;ex\u00e9cution de Saddam, selon lesquelles ils ne contr\u00f4laient pas le processus ont \u00e9t\u00e9 souvent accueillies comme de la pure d\u00e9sinformation. Les Saoudiens sont persuad\u00e9s au contraire que ces analyses refl\u00e8tent une r\u00e9alit\u00e9 s\u00e9rieuse et extr\u00eamement significative. Les Am\u00e9ricains ne sont plus ma\u00eetres chez ceux qu&rsquo;ils ont conquis et occup\u00e9s \u00e0 grands frais et grand fracas, en annon\u00e7ant qu&rsquo;ils commen\u00e7aient ainsi \u00e0 changer le monde.<\/p>\n<h3>Le choc de juillet-ao\u00fbt 2006<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, en 2006-2007, les Am\u00e9ricains et les Saoudiens se retrouvent-ils dans la m\u00eame position, dans la m\u00eame gal\u00e8re dirait-on. Le raccourci est saisissant. Il a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 d&rsquo;un trait plus fort par un autre facteur important, qui a renforc\u00e9 et pr\u00e9cipit\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution des positions des uns et des autres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa d\u00e9faite (l&rsquo;absence de victoire) des Isra\u00e9liens face au Hezbollah en juillet-ao\u00fbt 2006 a \u00e9t\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement terrible pour l&rsquo;Arabie Saoudite \u00e9galement. Les Saoudiens y ont vu une effrayante affirmation de l&rsquo;efficacit\u00e9 de la puissance chiite et iranienne (d&rsquo;une fa\u00e7on indirecte, par Hezbollah interpos\u00e9), qui parvenait ainsi \u00e0 mettre en \u00e9chec la plus grande puissance militaire de la r\u00e9gion. Le paradoxe ici est \u00e0 nouveau complet de voir les Saoudiens, d&rsquo;habitude per\u00e7us comme des ennemis classiques d&rsquo;Isra\u00ebl, se retrouver du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui d\u00e9plorent am\u00e8rement la r\u00e9duction du statut de puissance d&rsquo;Isra\u00ebl. On est loin du briefing du Murawiec et des positions des n\u00e9o-conservateurs de 2002. Au contraire, les Saoudiens se retrouvent objectivement, \u00e0 ce point d&rsquo;une situation si changeante, aux c\u00f4t\u00e9s de ces m\u00eames n\u00e9o-conservateurs, pour souhaiter toutes les mesures possibles pour tenter de r\u00e9duire l&rsquo;amoindrissement de la puissance isra\u00e9lienne, voire de restaurer cette puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans tous les cas, la bataille entre Isra\u00ebl et le Hezbollah a constitu\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement central. Elle a contribu\u00e9 \u00e0 faire sortir d&rsquo;une fa\u00e7on d\u00e9cisive l&rsquo;extr\u00eame complication et la constante contradiction de la situation irakienne des fronti\u00e8res du seul Irak. On a compris que la situation irakienne, avec les positions radicalement changeantes selon les pouss\u00e9es des uns et des autres (chiites et sunnites), n&rsquo;\u00e9tait pas une sp\u00e9cificit\u00e9 du seul Irak mais une illustration dramatique et radicale de conflits g\u00e9n\u00e9raux touchant toute la r\u00e9gion strat\u00e9gique du Moyen-Orient. Les renversements d&rsquo;alliance sont \u00e0 l&rsquo;ordre du jour.<\/p>\n<h3>Un <strong><em>War Party<\/em><\/strong> saoudien <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tA cette lumi\u00e8re qui \u00e9claire une \u00e9volution tr\u00e8s possible, sinon probable, des appr\u00e9ciations secr\u00e8tes des uns et des autres, la th\u00e8se de Kaletsky trouve \u00e9videmment un terrain fertile. A l&rsquo;occasion de le pendaison de Saddam, d&rsquo;autres sources ont effectivement pes\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une distance de plus en plus grande entre les chiites irakiens et le gouvernement de Bagdad d&rsquo;une part, les Am\u00e9ricains d&rsquo;autre part, de plus en plus int\u00e9ress\u00e9s par un rapprochement avec les sunnites. Dans <em>The Independent<\/em>, le 4 janvier, Patrick Cockburn va encore plus loin puisqu&rsquo;il attribue la cause de la pendaison pr\u00e9cipit\u00e9e de Saddam \u00e0 cet antagonisme entre chiites et Am\u00e9ricains,  antagonisme nouveau ou bien latent et qui devait appara\u00eetre lorsque les circonstances s&rsquo;y pr\u00eateraient.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>There is also a fear among Shia leaders that the US might suddenly change sides. This is not as outlandish as it might at first appear. The US has been cultivating the Sunni in Iraq for the past 18 months. It has sought talks with the insurgents. It has tried to reverse the de-Baathification campaign. US commentators and politicians blithely talk about eliminating the anti-American Shia cleric Muqtada al-Sadr and fighting his militia, the Mehdi Army. No wonder Shias feel that it is better to get Saddam under the ground just as quickly as possible. Americans may have forgotten that they were once allied to him but Iraqis have not.<\/em>\u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autre part, voici le commentaire de Trita Parsi, qui pr\u00e9side le Conseil National Iranien-Am\u00e9ricain, organisation en exil install\u00e9e \u00e0 Washington, et qui offre un autre \u00e9clairage contribuant,  l\u00e0 aussi, objectivement  \u00e0 conforter l&rsquo;un des \u00e9l\u00e9ments de la th\u00e8se de Kaletsky,  celui qui nous int\u00e9resse le plus; l&rsquo;activisme saoudien. Dans le <em>Financial Times<\/em> du 3 janvier, Parsi \u00e9crit: \u00ab<em>Iraq is not on the verge of a civil war; it is already in a civil war, and it may now slide into a regional war unless Washington grants all regional states a stake in the process of stabilising the country. Unfortunately, elements in Saudi Arabia seem to prefer war to an Iraqi democracy with Shiites at its helm. According to Iraqi officials, Saudi Arabia is one of the main financial sources for the Sunni insurgents who have sought to throw Iraq into a sectarian civil war.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;expression: <em>elements in Saudi Arabia<\/em>, sugg\u00e8re qu&rsquo;il y a quelque chose qui pourrait \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 comme un parti de la guerre dans la structure tr\u00e8s complexe du pouvoir en Arabie, donc qu&rsquo;il y a un affrontement en cours au coeur du pouvoir saoudien entre ce parti et les partisans d&rsquo;une approche plus mod\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa suggestion rejoint l&rsquo;interpr\u00e9tation que donne Kaletsky du limogeage de l&rsquo;ambassadeur d&rsquo;Arabie Saoudite \u00e0 Washington. Elle rejoint \u00e9galement des rumeurs sur une bataille de succession en cours actuellement \u00e0 Riyad. L&rsquo;affaire inqui\u00e8te tant Washington que Bush a confi\u00e9 unilat\u00e9ralement (sans que le sujet ait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ordre du jour) l&rsquo;inqui\u00e9tude de l&rsquo;administration US \u00e0 ce propos \u00e0 deux de ses r\u00e9cents visiteurs europ\u00e9ens, en janvier, le pr\u00e9sident de la Commission Barroso et la chanceli\u00e8re allemande Merkel. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ces indications ne font que compliquer encore l&rsquo;appr\u00e9ciation qu&rsquo;on peut avoir de la situation; d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, au contraire, elles permettent de se trouver plus \u00e0 l&rsquo;aise pour \u00e9voquer le coup d&rsquo;audace des Saoudiens entrant dans l&rsquo;alliance qu&rsquo;\u00e9voque Kaletsky, dans la mesure o\u00f9 elles offrent une image de l&rsquo;Arabie plong\u00e9e dans une circonstance exceptionnelle o\u00f9 certaines d\u00e9cisions inhabituelles sont possibles.<\/p>\n<h3>Objectif : Iran ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCurieusement, il existe un \u00e9l\u00e9ment paradoxal qui rapproche les trois acteurs possibles (quatre, si l&rsquo;on ajoute Blair): ils sont tous trois, d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre, dans une position d\u00e9licate, voire en position de vaincu potentiel dans des affrontements strat\u00e9giques exceptionnels, sinon vitaux pour eux. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, cela nourrit la th\u00e8se de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une action. Peu ou prou, ces acteurs,  essentiellement Isra\u00ebl, l&rsquo;Arabie et les USA (GW Bush)  sont le dos au mur. C&rsquo;est dans ces circonstances que des d\u00e9cisions brutales peuvent \u00eatre prises, que des rapprochements in\u00e9dits et consid\u00e9r\u00e9s en temps normal comme impossibles peuvent \u00eatre envisag\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est certain que le dernier \u00e9v\u00e9nement en date dans la r\u00e9gion a accru les possibilit\u00e9s d&rsquo;affrontement dans le sens que nous envisageons, avec l&rsquo;Arabie comme partie prenante. La d\u00e9cision de renforcement des forces US en Irak, annonc\u00e9e le 10 janvier par Bush, est surtout importante comme on le sait par le champ qu&rsquo;elle a ouvert avec l&rsquo;une des conditions nouvelles qui l&rsquo;accompagne: l&rsquo;annonce par Bush que les forces US frapperont des objectifs iraniens (et syriens) consid\u00e9r\u00e9s comme un soutien objectif de la r\u00e9sistance en Irak. Bien entendu, l&rsquo;essentiel de la pol\u00e9mique r\u00e9side dans l&rsquo;interpr\u00e9tation: des objectifs iraniens seulement en Irak ou en Iran? En m\u00eame temps, Bush annonce que ses porte-avions sont l\u00e0 et qu&rsquo;il va livrer des missiles sol-air aux amis de la r\u00e9gion du Golfe, donc \u00e0 l&rsquo;Arabie. Le propos s&rsquo;\u00e9largit, et la perspective avec lui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus que jamais existe la possibilit\u00e9 d&rsquo;un conflit avec l&rsquo;Iran et s&rsquo;y ajoute d\u00e9sormais la possibilit\u00e9 d&rsquo;une dimension terrestre directement connect\u00e9e \u00e0 la situation irakienne. G\u00e9ographiquement et op\u00e9rationnellement, cela rend encore plus acceptable l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une implication saoudienne. Et l&rsquo;appel \u00e0 l&rsquo;aide que Bush lance pour l&rsquo;occasion aux pays arabes mod\u00e9r\u00e9s de la r\u00e9gion,  dont l&rsquo;Arabie, bien s\u00fbr,  conforte la perspective.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRien dans les plus r\u00e9cents d\u00e9veloppements ne vient contredire la th\u00e8se de Kaletsky et tout la renforce. Cela ne signifie pas qu&rsquo;on annonce que l&rsquo;hypoth\u00e8se de Kaletsky se r\u00e9alisera. Cela signifie que tous les facteurs en \u00e9volution vont dans le sens de conforter la possibilit\u00e9 d&rsquo;un engagement actif de l&rsquo;Arabie, tandis que la d\u00e9gradation constante de la situation en Irak conduit \u00e0 renouveler et \u00e0 renforcer les accusations US lanc\u00e9es contre l&rsquo;Iran, \u00e0 renforcer l&rsquo;antagonisme du parti rassembl\u00e9 autour des USA contre l&rsquo;Iran, parti dont l&rsquo;Arabie est naturellement un des nouveaux membres les plus \u00e9minents et les plus \u00e9vidents.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertains experts sont encore plus pr\u00e9cis; John Pike, de <em>GlobalSecurity.com<\/em>, \u00e9crivait le 8 janvier: \u00ab<em>I think the month of February is certainly a time of heightened probability. <\/em>[&#8230;F]<em>or sometime now we&rsquo;ve been saying that 2007 is probably the time, if there&rsquo;s going to be military action, it&rsquo;s probably going to come this year. Possible as soon as next month. Probably no later that August of this year.<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>L&rsquo;audace de la d\u00e9cadence<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tMais laissons les sp\u00e9culations trop pr\u00e9cises. Ce qui distingue puissamment la situation au Moyen-Orient est bien son caract\u00e8re insaisissable et sa tr\u00e8s grande fluidit\u00e9 o\u00f9 plus rien ne peut \u00eatre tenu pour acquis. Il n&#8217;emp\u00eache que ces divers \u00e9l\u00e9ments insaisissables qui nourrissent une r\u00e9elle confusion ne nous emp\u00eachent nullement d&rsquo;observer une circonstance in\u00e9dite. Il existe effectivement des pressions puissantes qui poussent l&rsquo;Arabie \u00e0 se d\u00e9partir de sa prudence et de sa passivit\u00e9 habituelles avec comme seules actions r\u00e9elles le financement secret de groupes et de pays choisis, pour un r\u00f4le plus actif et affirm\u00e9 d&rsquo;acteur strat\u00e9gique central dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe paradoxe de cette situation est que cette possible audace nouvelle est le fruit d&rsquo;une situation de d\u00e9cadence, de d\u00e9cr\u00e9pitude d&rsquo;un syst\u00e8me qui ne cesse de subir des chocs et d&rsquo;\u00eatre expos\u00e9 \u00e0 des pressions tr\u00e8s contraignantes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est bien la caract\u00e9ristique de la situation politique et strat\u00e9gique actuelle. L&rsquo;offensive affich\u00e9e n&rsquo;est plus le lot des ambitions habituelles, imp\u00e9rialistes et conqu\u00e9rantes, mais le fait du ph\u00e9nom\u00e8ne de fuite en avant. Il s&rsquo;agit de ce ph\u00e9nom\u00e8ne strat\u00e9gique qui fait que des puissances affirm\u00e9es qui se sont heurt\u00e9es \u00e0 des obstacles inattendus et tr\u00e8s dangereux, qui ont essuy\u00e9 des revers ou qui vivent sous la menace, ne trouvent plus d&rsquo;autres tactiques pour briser ce carcan de pressions que d&rsquo;envisager des actions offensives.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est \u00e9vident qu&rsquo;on ne peut se d\u00e9partir de la forte impression que ces possibilit\u00e9s caract\u00e9risent surtout un syst\u00e8me \u00e0 bout de souffle, une architecture g\u00e9opolitique dont les jours sont compt\u00e9s. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs l&rsquo;affirmation implicite de Kaletsky lorsque, pr\u00e9sentant son hypoth\u00e8se, il la caract\u00e9rise en s&rsquo;adressant \u00e0 ceux qui croient que l&rsquo;invasion de l&rsquo;Irak est la pire catastrophe qu&rsquo;ait d\u00e9clench\u00e9e Bush (avec Blair en sautoir):  \u00ab<em>They should think again. With the dawning of a new year, the Bush-Blair partnership is working on an even more horrendous foreign policy disaster.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une \u00e9nigme saoudienne? Une \u00e9trange perspective pour Yamamah Voici un encha\u00eenement inattendu sur notre pr\u00e9c\u00e9dente Analyse consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;affaire Yamamah impliquant le Royaume-Uni et l&rsquo;Arabie Saoudite. 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