{"id":68614,"date":"2007-03-12T00:00:00","date_gmt":"2007-03-12T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/03\/12\/notre-devoir-dapocalypse\/"},"modified":"2007-03-12T00:00:00","modified_gmt":"2007-03-12T00:00:00","slug":"notre-devoir-dapocalypse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/03\/12\/notre-devoir-dapocalypse\/","title":{"rendered":"Notre devoir d&rsquo;apocalypse"},"content":{"rendered":"<p><h3>Avertissement<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCe texte est une reprise, avec quelques tr\u00e8s rares adaptations de forme, d&rsquo;une partie de notre rubrique <em>de defensa<\/em>, de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em> (Volume 22 n\u00b08 du 10 janvier 2007). Il tente de pr\u00e9senter un aspect essentiel de notre travail de commentateur dans un temps historique extraordinaire. <\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Notre devoir d&rsquo;apocalypse<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tA la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 2006, vous pouviez lire sur la couverture de l&rsquo;hebdomadaire que <em>Time<\/em> avait choisi comme <em>Person of the Year<\/em>, en pointant un doigt affectueusement accusateur sur son lecteur moyen: <em>You<\/em>. Suivait, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du journal, une studieuse dithyrambe pour expliquer ce choix par le constat que l&rsquo;usage des technologies de la communication permet aux citoyens du monde de cr\u00e9er un monde diff\u00e9rent,  \u00ab<em>Yes, you. You control the Information Age. Welcome to your world.<\/em>\u00bb Un peu plus loin, sur l&rsquo;\u00e9talage du kiosque \u00e0 journaux, vous trouviez <em>The Economist<\/em>, autre publication prestigieuse du domaine, avec ce titre: \u00ab<em>Happiness  Or How to Measure It.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;y a pas de complot. Il y a seulement, de la part des forces install\u00e9es \u00e0 la direction de la civilisation occidentale, des moments o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;avise qu&rsquo;il faut tenter de redonner espoir et confiance. Ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement une intention faussaire. Il n&rsquo;est pas utile de compliquer ou de noircir les d\u00e9marches des autres, m\u00eame ceux dont vous pouvez penser qu&rsquo;ils vous entra\u00eenent sur des voies dont la pente donne le vertige.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela n&#8217;emp\u00eache ni le constat ni l&rsquo;interrogation. Ces signes d&rsquo;optimisme raisonnable mais forcen\u00e9  \u00e9trange assemblage de qualificatifs, , apparus dans des m\u00e9dias qui repr\u00e9sentent sans le moindre doute les conceptions dominantes du monde, alors que s&rsquo;accumulent des nu\u00e9es extraordinaires et que se d\u00e9veloppent des angoisses apocalyptiques, nourrissent plus l&rsquo;inqui\u00e9tude qu&rsquo;ils ne suscitent le soulagement. Ils participent de l&rsquo;observation g\u00e9n\u00e9rale que le syst\u00e8me et la repr\u00e9sentation qu&rsquo;il se fait de lui-m\u00eame sont parvenus \u00e0 un stade d&rsquo;interrogation o\u00f9 l&rsquo;incantation tend \u00e0 remplacer l&rsquo;argument.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas de <em>Time<\/em>, avec sa trouvaille de <em>The Person of the Year<\/em>&lsquo;, montre par d\u00e9faut l&rsquo;absence compl\u00e8te, dans l&rsquo;<em>establishment<\/em> occidental que cet hebdomadaire repr\u00e9sente, de l&rsquo;une ou l&rsquo;autre individualit\u00e9 assez marquante ou vertueuse pour y figurer selon les r\u00e8gles habituelles. Se saisir du <em>Net<\/em> alors qu&rsquo;on repr\u00e9sente un <em>establishment<\/em> en si compl\u00e8te rupture avec la population qu&rsquo;il est cens\u00e9 repr\u00e9senter pour nous le pr\u00e9senter comme \u00ab<em>a massive social experiment,<\/em> [&#8230;] <em>an opportunity to build a new kind of international understanding, not politician to politician, great man to great man, but citizen to citizen, person to person<\/em>\u00bb  voil\u00e0 qui nous sugg\u00e8re une ironie plus grande, sans aucun doute, que les intentions qui furent mises dans cette d\u00e9marche. Il ne fait aucun doute que le r\u00e9seau permet de plus en plus aux citoyens de s&rsquo;exprimer. Mais il ne peut \u00e9chapper non plus \u00e0 ceux qui s&rsquo;en r\u00e9jouissent officiellement au nom de l&rsquo;<em>establishment<\/em> en croyant ainsi que s&rsquo;\u00e9labore un ordre social nouveau, que cet ordre social nouveau, s&rsquo;il a une orientation politique, a choisi depuis belle lurette celle de mettre directement en cause ce m\u00eame establishment. (Aujourd&rsquo;hui, ce qui ne peut \u00eatre cri\u00e9 par les urnes l&rsquo;est par le <em>Net<\/em>.) C&rsquo;est une bien \u00e9trange contradiction, et c&rsquo;est dans elle que nous devons voir un signe du d\u00e9sarroi dont nous parlons ici. Chanter cette rengaine optimiste et si douteuse alors que s&rsquo;effondre l&rsquo;Irak, que la guerre contre l&rsquo;Iran se pr\u00e9pare peut-\u00eatre, que la globalisation ravage le monde, que la crise climatique se pointe, voil\u00e0 qui nous para\u00eet effectivement significatif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>La solitude n&rsquo;est plus l&rsquo;isolement. Le citoyen ind\u00e9pendant a rencontr\u00e9 sa responsabilit\u00e9.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi s&rsquo;amorce la r\u00e9flexion de l&rsquo;esprit ind\u00e9pendant. Contrairement aux affirmations implicites et trompeuses d&rsquo;un syst\u00e8me conduit par un nihilisme qui est au-del\u00e0 de la compr\u00e9hension de l&rsquo;esprit, il ne peut plus faire aucun doute que l&rsquo;ind\u00e9pendance ne nous est donn\u00e9e, \u00e0 nous qui l&rsquo;avons, que pour rechercher une action collective contre la mar\u00e9e d\u00e9cha\u00een\u00e9e qui nous assaille,  et non pour c\u00e9l\u00e9brer une soi-disant vertu individualiste qui s&rsquo;av\u00e8re en fait le pendant, en aveuglement h\u00e9doniste, de l&rsquo;impasse que nous offre le syst\u00e8me. L&rsquo;ind\u00e9pendance n&rsquo;est plus aujourd&rsquo;hui l&rsquo;isolement, elle est souvent la solitude. Cette position est une des d\u00e9finitions de sa charge, qui implique les plus grandes responsabilit\u00e9s possibles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, l&rsquo;ind\u00e9pendance est une charge au sens noble de la fonction n\u00e9cessaire au fonctionnement de la Cit\u00e9, et c&rsquo;est sans nul doute la charge la plus noble de toutes. L&rsquo;expression la plus pr\u00e9cise et la plus pressante de cette ind\u00e9pendance se trouve dans le travail de l&rsquo;information et du commentaire, dans la mesure o\u00f9 ce travail utilise deux situations extr\u00eames:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t D&rsquo;une part, il dispose de voies et de moyens d&rsquo;une puissance inou\u00efe pour agir, sans n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;aucune puissance \u00e9conomique particuli\u00e8re. Comme l&rsquo;indique <em>Time<\/em>, mais pour de tous autres buts, \u00ab<em>You control the Information Age<\/em>\u00bb,  et ce <em>you<\/em> est bien l&rsquo;ind\u00e9pendant dont nous parlons. Ainsi s&rsquo;agit-il du premier pilier d&rsquo;une responsabilit\u00e9 fondamentale. Ce contr\u00f4le n&rsquo;est pas l\u00e0 pour que nous nous fabriquions notre monde, pour nous faire plaisir \u00e0 nous-m\u00eames, pour \u00e9tendre infiniment le domaine virtualiste de la re-cr\u00e9ation du monde et satisfaire nos caprices divers. Cette puissance inou\u00efe qui nous est confi\u00e9e, \u00e0 nous ind\u00e9pendants, existe pour que nous explorions, avec force et sang-froid, ce qu&rsquo;ils font de notre monde \u00e0 tous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t D&rsquo;autre part, le sujet de son exploration  notre monde \u00e0 tous et non pas un monde de jeu et de plaisir qu&rsquo;on se fabriquerait pour soi-m\u00eame  est entr\u00e9 dans une zone de temp\u00eates, de crises et de bouleversements consid\u00e9rables. La puissance inou\u00efe qui nous est confi\u00e9e, \u00e0 nous ind\u00e9pendants, est \u00e0 la mesure des crises inou\u00efes qu&rsquo;il nous est donn\u00e9 de d\u00e9busquer. Il s&rsquo;agit de crises apocalyptiques, dont certaines vont jusqu&rsquo;\u00e0 mettre en cause l&rsquo;esp\u00e8ce elle-m\u00eame. Apr\u00e8s avoir utilis\u00e9 l&rsquo;esprit de <em>Time<\/em> et du choix qu&rsquo;il fait de sa <em>Person of the Year<\/em>, utilisons celui de <em>The Economist<\/em>, en avan\u00e7ant cette analogie pour d\u00e9finir la t\u00e2che de l&rsquo;ind\u00e9pendant aujourd&rsquo;hui: <em>Apocalypse,  Or How to measure It<\/em>&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe n&rsquo;est pas une r\u00e9volte ni une r\u00e9volution (de la part de l&rsquo;ind\u00e9pendant). C&rsquo;est un destin in\u00e9luctable. C&rsquo;est une r\u00e9action fondamentale, absolument n\u00e9cessaire parce que vitale, au sens m\u00e9dical du terme comme on le comprend ais\u00e9ment, devant la d\u00e9mission extraordinaire qu&rsquo;illustre le sort de cette civilisation, o\u00f9 les \u00e9lites, ce qu&rsquo;ils nomment l&rsquo;<em>establishment<\/em>, ont abdiqu\u00e9 d\u00e9cid\u00e9ment toutes leurs responsabilit\u00e9s  pour s&rsquo;en remettre au monstre. Les derni\u00e8res ann\u00e9es, illustrant une acc\u00e9l\u00e9ration extraordinaire de la perversion du syst\u00e8me, ont conduit les \u00e9lites occidentales dans une zone jusqu&rsquo;alors inconnue de la perversion psychologique. Leur aveuglement passe toute description, ainsi que leur conformisme, au point o\u00f9 la critique n&rsquo;a plus vraiment sa place. Les ombres qui nous servent d&rsquo;\u00e9lites ne doivent plus \u00eatre soumises \u00e0 la critique. Leur sort path\u00e9tique, leur malheur profond les en dispensent. Nos \u00e9lites n&rsquo;ont plus de charges, elles sont plus l\u00e9g\u00e8res que l&rsquo;air.<\/p>\n<h3>Une r\u00e9flexion effrayante<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsque nous nous retournons sur les trente et quarante derni\u00e8res ann\u00e9es et mesurons le bouleversement formidable qui a transform\u00e9 le m\u00e9tier de l&rsquo;information, le m\u00e9tier de commentateur et d&rsquo;observateur de la marche du monde, alors nous sommes assur\u00e9s de dire une v\u00e9rit\u00e9 en parlant d&rsquo;ind\u00e9pendance et de responsabilit\u00e9. Notre m\u00e9tier a acquis des bottes de sept lieues. L&rsquo;ind\u00e9pendant, sans moyens, sans prestige, est devenu un g\u00e9ant de l&rsquo;information,  et, s&rsquo;il le m\u00e9rite, il est \u00e9cout\u00e9 et consult\u00e9 comme tel. Cela est bien, puisque le monde officiel, nos \u00e9lites, a abdiqu\u00e9 toute pr\u00e9tention \u00e0 la dignit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance du jugement. C&rsquo;est \u00e0 lui, \u00e0 cet ind\u00e9pendant charg\u00e9 d&rsquo;observer l&rsquo;\u00e9tat du monde et d&rsquo;en faire rapport, \u00e0 tenir ferme le r\u00f4le que nos \u00e9lites, du ministre \u00e0 l&rsquo;intellectuel officiel, de l&rsquo;expert \u00e0 l&rsquo;artiste consacr\u00e9, refusent d\u00e9sormais de tenir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe r\u00f4le n&rsquo;est pas simple. Il s&rsquo;agit du m\u00e9lange d&rsquo;une fonction de sentinelle, d&rsquo;un double regard qui s\u00e9pare l&rsquo;apparence de la substance, d&rsquo;une psychologie qui doit tenir bon malgr\u00e9 l&rsquo;impossible esp\u00e9rance que nous refusent les perspectives du monde, malgr\u00e9 la menace qui existe contre l&rsquo;\u00e9quilibre de l&rsquo;esprit. Il s&rsquo;agit de mesurer la trag\u00e9die du monde. Nous ne pouvons tenir, nous autres ind\u00e9pendants, qu&rsquo;en acceptant l&rsquo;inspiration. Nous devons \u00eatre n\u00e9cessairement inspir\u00e9s, ou bien nous ne servons \u00e0 rien et tout ce gigantesque outil, et ce n\u00e9cessaire remplacement des \u00e9lites d\u00e9missionnaires, n&rsquo;auront pas de raison d&rsquo;\u00eatre. C&rsquo;est une t\u00e2che ardue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous voulons parler, bien entendu, des crises gigantesques qui nous pressent, qui n&rsquo;ont plus rien \u00e0 voir, d\u00e9sormais, avec les classifications anciennes, les guerres, les r\u00e9volutions, les conqu\u00eates. Nous sommes entr\u00e9s dans le domaine de l&rsquo;inconnu paroxystique, que l&rsquo;on parle de la crise de l&rsquo;\u00e9nergie ou de la crise climatique, dans ce domaine o\u00f9 les \u00e9v\u00e9nements catastrophiques ont n\u00e9cessairement une r\u00e9sonance d&rsquo;apocalypse. Rien ne nous y pr\u00e9parait. Au contraire, la vanit\u00e9 et la l\u00e2chet\u00e9 de l&rsquo;esprit humain n&rsquo;ont cess\u00e9 de faire miroiter \u00e0 nos esprits et \u00e0 nos m\u00e9moires, par une voie ou par une autre, par de multiples voix charmeuses comme autant de sir\u00e8nes acharn\u00e9es \u00e0 tromper et \u00e0 encha\u00eener leur Ulysse, les lendemains qui chantent et le Progr\u00e8s globalisant du monde. Rien de cela ne s&rsquo;est produit. Si certains le savent, aucune voix ne s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, qui puisse marquer l&rsquo;\u00e9poque par sa lucidit\u00e9, pour d\u00e9noncer la tromperie \u00e0 laquelle il est demand\u00e9 une compl\u00e8te soumission, aucune voix qui puisse d\u00e9passer son destin individuel pour oser embrasser le destin collectif qui nous menace.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe d\u00e9fi le plus grand dans cette situation se d\u00e9finit par l&rsquo;audace de la pens\u00e9e qu&rsquo;il nous faut, le saut du jugement dans l&rsquo;inconnu de situations gigantesques que seuls quelques rares esprits, des ind\u00e9pendants certes, sont capables d&#8217;embrasser. Il est difficile de faire preuve d&rsquo;audace, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;alacrit\u00e9 et d&rsquo;allant, pour juger d&rsquo;une situation qui ne semble laisser aucun espoir. Il est difficile de continuer \u00e0 esp\u00e9rer en \u00e9tant, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, sans espoir. Il faut, \u00e0 la fois, une rage qui vous remue le corps et une inspiration \u00e9vidente qui vous entra\u00eene et vous \u00e9l\u00e8ve l&rsquo;\u00e2me. A ce compte, et \u00e0 ce compte seulement, le gladiateur se trouve pr\u00eat au combat.<\/p>\n<h3>Le choix des crises<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAu d\u00e9part, le commentateur,  celui qui s&rsquo;est choisi \u00e0 la fois comme chroniqueur de son temps et observateur des soubresauts de son temps,  le commentateur s&rsquo;appuie sur la raison et le bon sens, pour analyser la situation qui lui importe. Ensuite, dans sa plaidoirie, dans son argumentaire, la passion peut se montrer. La r\u00e8gle est connue, si elle est rarement respect\u00e9e. Il importe que cet emportement \u00e9ventuel de la passion ne soit pas trop emport\u00e9, qu&rsquo;il soit appuy\u00e9 sur ce cimier de rationalit\u00e9 \u00e9clair\u00e9e que nous avons signal\u00e9. Le cas est tout autre quand l&rsquo;analyse raisonnable d\u00e9couvre des perspectives si effrayantes qu&rsquo;il est difficile, m\u00eame \u00e0 ce stade de la r\u00e9flexion, d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la r\u00e9volte, au d\u00e9sespoir, \u00e0 la col\u00e8re,  tout cela, autant de manifestations de la passion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est la situation o\u00f9 l&rsquo;on se trouve aujourd&rsquo;hui. Les crises immenses qui apparaissent sont de cet ordre qui suscite, \u00e0 l&rsquo;analyse rationnelle, des manifestations de passion. Quand on entend un haut fonctionnaire vous parler \u00e0 mots couverts de la crise climatique comme d&rsquo;une crise qui \u00ab<em>menace l&rsquo;esp\u00e8ce<\/em>\u00bb  ce qui est objectivement le cas  et qu&rsquo;on r\u00e9alise \u00e9videmment que l&rsquo;analyse conduit \u00e0 mettre en accusation le syst\u00e8me de d\u00e9veloppement que nous avons \u00e9difi\u00e9 au coeur de notre civilisation pendant plusieurs si\u00e8cles, on se trouve \u00e9videmment dans le cas que nous d\u00e9crivons ici.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComment parler de ces crises? Il y a d&rsquo;abord la m\u00e9thode classique aujourd&rsquo;hui, qui est de n&rsquo;en pas parler en se perdant dans les d\u00e9tails de pr\u00e9cisions scientifiques qui permettent d&rsquo;\u00e9chapper aux effrayantes conclusions g\u00e9n\u00e9rales. Laissons cela, qui est \u00e9videmment le choix, inconscient ou conscient qu&rsquo;importe, du plus grand nombre. Il t\u00e9moigne d&rsquo;une belle l\u00e2chet\u00e9 et, dans tous les cas, il ne r\u00e9sout rien. Il ne r\u00e9pond pas \u00e0 la question, il l&rsquo;\u00e9vite, il l&rsquo;ignore.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tS&rsquo;il s&rsquo;av\u00e8re qu&rsquo;il faut \u00e9carter ce choix de l&rsquo;aveuglement volontaire et faire r\u00e9ellement son m\u00e9tier de chroniqueur sans se dissimuler les enseignements de la seule logique, effectivement le comment parler de ces crises? devient une question horriblement d\u00e9licate. Il est difficile de disserter avec au moins la plume l\u00e9g\u00e8re d&rsquo;une circonstance dont il semble finalement absurde de discuter,  parce que c&rsquo;est trop tard et que ce n&rsquo;est pas assez. Il y a l\u00e0 un d\u00e9fi pour l&rsquo;esprit, pour la sp\u00e9culation intellectuelle, qui ne semble gu\u00e8re avoir de pr\u00e9c\u00e9dent. On se per\u00e7oit \u00e0 la fois critique radical de ce processus qui a conduit \u00e0 la possibilit\u00e9 de crises aussi effrayantes, et solidaire tout de m\u00eame, puisque partie malgr\u00e9 tout de la soci\u00e9t\u00e9 des hommes. La contradiction est paralysante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi sommes-nous conduits \u00e0 en appeler \u00e0 des forces de cr\u00e9ation d&rsquo;habitude r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 l&rsquo;artiste, \u00e0 l&rsquo;inspiration, \u00e0 l&rsquo;intuition, pour pouvoir conduire un travail d&rsquo;habitude marqu\u00e9 par la seule raison. Mais est-ce bien s\u00fbr d&rsquo;ailleurs? N&rsquo;avons-nous pas d\u00e9form\u00e9 ce travail pour pouvoir mieux satisfaire aux ambitions humaines de ma\u00eetrise du monde par la seule raison? Nous sommes plac\u00e9s devant une n\u00e9cessit\u00e9 radicale de r\u00e9vision de notre m\u00e9thodologie d&rsquo;analyse de la situation du monde. C&rsquo;est une terrible r\u00e9vision intellectuelle, dans le contexte o\u00f9 elle se fait, mais paradoxalement enrichissante au bout du compte. <\/p>\n<h3>Le destin au fond des yeux<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAucune crise n&rsquo;est r\u00e9solue, comme chacun le sait. D&rsquo;autres, qu&rsquo;on distinguait d\u00e9j\u00e0, s&rsquo;imposent d\u00e9sormais. Ainsi s&rsquo;\u00e9difie une architecture de crises qui fait du monde un bouillonnement extraordinaire. En g\u00e9n\u00e9ral, nos autorit\u00e9s ne se confient pas trop l\u00e0-dessus, soit qu&rsquo;elles en ignorent tout, soit qu&rsquo;elles en ont peur. Le citoyen continue son petit bonhomme de chemin, conform\u00e9ment au programme de la marche progressiste vers le bonheur, parfois s&rsquo;interrogeant sur la raison qui fait que cette marche vers le bonheur semble passer de fa\u00e7on de plus en plus appuy\u00e9e par son contraire, et un contraire qui ne cesse de s&rsquo;approfondir, de s&rsquo;aggraver, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPourtant, les \u00e9v\u00e9nements nous pressent. Quelles crises (ou r\u00e9alisation, ou prise en compte de quelles crises d\u00e9j\u00e0 existantes) sont venues s&rsquo;ajouter \u00e0 notre architecture? Nous en distinguons deux, essentiellement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Depuis octobre-d\u00e9cembre 2006, la crise climatique est brutalement accept\u00e9e, avec ses perspectives les plus extr\u00eames. \u00ab<em>C&rsquo;est la crise de la survie de l&rsquo;esp\u00e8ce<\/em>\u00bb, remarque, avec quelle sobri\u00e9t\u00e9, un tr\u00e8s haut fonctionnaire international dans une organisation europ\u00e9enne de s\u00e9curit\u00e9. Du rapport Stern \u00e0 la mobilisation sur le th\u00e8me \u00e0 la Commission europ\u00e9enne, tout le confirme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t D\u00e9sormais, la crise am\u00e9ricaniste est prise tr\u00e8s au s\u00e9rieux par des cercles dirigeants europ\u00e9ens au point o\u00f9, selon une autre source europ\u00e9enne de haut niveau, \u00ab<em>certaines bureaucraties travaillent d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 sur la question: qu&rsquo;allons-nous faire dans l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un effondrement progressif, peut-\u00eatre rapide, du syst\u00e8me am\u00e9ricain?<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend ainsi, \u00e0 peine \u00e9voqu\u00e9es deux perspectives d&rsquo;apocalypse,  car que peut-on imaginer de pire que ces deux crises, aux niveaux de la nature du monde et de la politique du monde des hommes?  combien l&rsquo;\u00e9volution des choses s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re dans un <em>crescendo<\/em> tragique. La chose, pour ceux qui la connaissent et qui la mesurent, est d&rsquo;autant plus effrayante qu&rsquo;elle se d\u00e9roule dans une atmosph\u00e8re d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. Il faut bien du courage pour \u00eatre courageux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe fond g\u00e9n\u00e9ral sur lequel se met en place cette terrible prise de conscience des crises de la fin des temps est celui d&rsquo;un syst\u00e8me dont la raison de vivre n&rsquo;est plus qu&rsquo;une repr\u00e9sentation virtualiste et faussaire du monde, une repr\u00e9sentation forcen\u00e9e et hors de toute raison, sans parler de courage et de dignit\u00e9. Il faut en effet du courage (bis) pour explorer les conditions de ces crises terribles alors que triomphe une entreprise syst\u00e9matique de dissimulation des conditions de ces crises terribles; alors que r\u00e8gne une volont\u00e9 absolument et \u00e9videmment syst\u00e9mique, mais aussi inconsciente, robotis\u00e9e, de pr\u00f4ner une fa\u00e7on de vivre et une perception du monde qui bafouent chaque jour le bon sens et la r\u00e9alit\u00e9; alors que se manifeste un penchant irr\u00e9sistible et sans cesse acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 pour le nihilisme le plus complet, le plus insensible \u00e0 toute dignit\u00e9 et \u00e0 toute mesure. C&rsquo;est un temps o\u00f9 les \u00e2mes doivent se tremper si elles ne veulent pas mourir. C&rsquo;est un temps de fer et de feu.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avertissement Ce texte est une reprise, avec quelques tr\u00e8s rares adaptations de forme, d&rsquo;une partie de notre rubrique de defensa, de notre Lettre d&rsquo;Analyse de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie (Volume 22 n\u00b08 du 10 janvier 2007). Il tente de pr\u00e9senter un aspect essentiel de notre travail de commentateur dans un temps historique extraordinaire. 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