{"id":68692,"date":"2007-04-07T00:00:00","date_gmt":"2007-04-07T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/04\/07\/lalgerie-de-john-foster-dulles-histoire-dhistorien-rubriques-analyse-volume-22-n12-13-10-25-mars-2007\/"},"modified":"2007-04-07T00:00:00","modified_gmt":"2007-04-07T00:00:00","slug":"lalgerie-de-john-foster-dulles-histoire-dhistorien-rubriques-analyse-volume-22-n12-13-10-25-mars-2007","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/04\/07\/lalgerie-de-john-foster-dulles-histoire-dhistorien-rubriques-analyse-volume-22-n12-13-10-25-mars-2007\/","title":{"rendered":"<strong><em>L&rsquo;Alg\u00e9rie de John Foster Dulles &amp; Histoire d&rsquo;historien \u2014 Rubriques Analyse, Volume 22, n\u00b012 &amp; 13, 10 &amp; 25 mars 2007<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">L&rsquo;Alg\u00e9rie de John Foster Dulles<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Petite le\u00e7on d&rsquo;histoire bien actuelle malgr\u00e9 qu&rsquo;on y parle de l&rsquo;Alg\u00e9rie, de la IV\u00e8me R\u00e9publique et de De Gaulle, de Foster Dulles et de Ike. La psychologie am\u00e9ricaniste en sc\u00e8ne, comme argument central de l&rsquo;Histoire.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous nous attachons \u00e0 un livre de l&rsquo;historien am\u00e9ricain Irwin M. Wall, <em>Les \u00c9tats-Unis et la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie<\/em> (\u00e9ditions Soleb, septembre 2006 en traduction fran\u00e7aise avec un ajout exclusif de l&rsquo;auteur, version originale publi\u00e9e en 2000). Wall est un des sp\u00e9cialistes am\u00e9ricains de l&rsquo;histoire fran\u00e7aise, et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment des relations entre France et USA (sa p\u00e9riode de pr\u00e9dilection est la IV\u00e8me R\u00e9publique et les d\u00e9buts de la V\u00e8me). Il observe dans l&rsquo;ajout exclusif qu&rsquo;il a donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition fran\u00e7aise: \u00ab[L]<em>es Am\u00e9ricains \u00e9tudient la France plus que quiconque, peut-\u00eatre autant voire plus que les Fran\u00e7ais eux-m\u00eames.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avions lu, <em>in illo tempore<\/em>, un autre important travail de Wall: <em>L&rsquo;influence am\u00e9ricaine sur la politique fran\u00e7aise<\/em>, 1945-1954 (Balland, 1989). Ici ou l\u00e0, nous y ferons allusion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPourquoi ce livre (ces deux livres)? Manifestement, l&rsquo;\u00e9dition fran\u00e7aise, faite en 2006 pour un livre datant de 2000, se veut comme un clin d&rsquo;oeil. Il y a un parall\u00e8le \u00e0 faire entre l&rsquo;attitude fran\u00e7aise vis-\u00e0-vis des USA dans l&rsquo;affaire irakienne et l&rsquo;attitude des USA vis-\u00e0-vis de la France dans l&rsquo;affaire alg\u00e9rienne. Wall n&rsquo;en disconvient pas implicitement, r\u00e9duisant l&rsquo;analogie \u00e0 Irak-2003 <em>versus<\/em> Suez-1956.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe n&rsquo;est pas la voie qui nous int\u00e9resse. Selon nous, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;analogie possible, sinon sentimentale, entre deux situations o\u00f9 les partenaires auraient une position invers\u00e9e alors qu&rsquo;ils sont ces puissances si diff\u00e9rentes. Disons que l&rsquo;analogie est trompeuse et la faire c&rsquo;est faire une tromperie, volontairement ou pas. Ce n&rsquo;est pas un proc\u00e8s, c&rsquo;est un constat.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu contraire, il y a beaucoup \u00e0 apprendre de la politique US vis-\u00e0-vis de la crise alg\u00e9rienne et de la France plong\u00e9e dans la crise alg\u00e9rienne. Il y a aussi un enseignement consid\u00e9rable dans les visions r\u00e9ciproques (am\u00e9ricaine et fran\u00e7aise) des relations entre les deux pays, et dans leurs fa\u00e7ons de voir si diff\u00e9rentes. C&rsquo;est une appr\u00e9ciation historique que nous offrons, qui a incontestablement une grande actualit\u00e9 par le biais \u00e9vident de sa permanence. Toute v\u00e9ritable appr\u00e9ciation historique a cette dimension de permanence, ou bien son int\u00e9r\u00eat est temporaire et sporadique.<\/p>\n<h3>L&rsquo;activisme US dans la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie: l&rsquo;effet d&rsquo;une politique, d&rsquo;une conception du monde radicale et de ses certitudes<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tSans aucun doute, l&rsquo;un des grands apports du livre est l&rsquo;image qu&rsquo;il donne de la puissance, de la constance et de l&rsquo;insistance de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat US pour la crise alg\u00e9rienne. C&rsquo;est une d\u00e9couverte, tant on avait \u00e0 l&rsquo;esprit que la crise alg\u00e9rienne \u00e9tait d&rsquo;abord une crise fran\u00e7aise (pour la France) qui avait accessoirement et \u00e9pisodiquement int\u00e9ress\u00e9 l&rsquo;Am\u00e9rique. Ce n&rsquo;est pas le cas. L&rsquo;affaire alg\u00e9rienne fut aussit\u00f4t interpr\u00e9t\u00e9e par Washington comme une bataille essentielle dans la vision am\u00e9ricaniste du monde durant la Guerre froide; \u00e9galement, comme un \u00e9pisode essentiel dans ses rapports avec la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn des paradoxes de d\u00e9part est expos\u00e9 involontairement en une seule phrase de l&rsquo;introduction du livre (par le professeur Georges-Henri Soutou): \u00ab<em>Outre leur anticolonialisme traditionnel, et la conviction que le conflit en Alg\u00e9rie, \u00e0 la diff\u00e9rence de celui d&rsquo;Indochine, rel\u00e8ve d&rsquo;une autre cat\u00e9gorie que la guerre froide et donc ne justifie pas un soutien automatique \u00e0 la politique fran\u00e7aise, tout au long de leur crise leur politique est dict\u00e9e par la conviction que la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie compromet la participation effective de la France \u00e0 l&rsquo;Otan et risque de pousser l&rsquo;Afrique du Nord dans les bras de Moscou.<\/em>\u00bb La guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie n&rsquo;est pas vue comme un \u00e9v\u00e9nement de la Guerre froide et, pourtant, les deux effets n\u00e9gatifs qu&rsquo;on en craint ont \u00e0 voir directement avec la Guerre froide. Peut-\u00eatre est-ce leur anticolonialisme traditionnel qui explique ce qui est \u00e0 nos yeux une contradiction des USA interf\u00e9rant consid\u00e9rablement sur la perception du probl\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu contraire, l&rsquo;obsession de la guerre froide est constamment pr\u00e9sente, et c&rsquo;est l&rsquo;une des causes de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat US pour la crise. Foster Dulles, le secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat de Eisenhower, ne vit que dans l&rsquo;obsession de l&rsquo;\u00e9largissement du conflit, souvent dans une mesure bien irr\u00e9aliste et qui laisse r\u00eaveur. Lorsqu&rsquo;il explique l&rsquo;intervention US constante, Wall rapporte le \u00ab<em>sc\u00e9nario cauchemardesque<\/em>\u00bb qui semble constamment \u00e0 l&rsquo;esprit de Dulles: \u00ab[L]<em>a politique men\u00e9e par la France conduisait n\u00e9cessairement \u00e0 entra\u00eener dans un conflit sans issue les voisins de l&rsquo;Alg\u00e9rie, la Tunisie d&rsquo;abord et ensuite le Maroc et la Libye. La France allait bient\u00f4t se trouver en guerre avec l&rsquo;Afrique du Nord tout enti\u00e8re, soutenue par Nasser et d&rsquo;autres \u00c9tats arabes, lesquels seraient arm\u00e9s et financ\u00e9s par l&rsquo;URSS et le communisme international.<\/em>\u00bb Parall\u00e8lement, on nous explique, par exemple, que la Tunisie qui vient d&rsquo;avoir son ind\u00e9pendance, tente de trouver des armes pour \u00e9quiper son premier r\u00e9giment de 3.000 hommes et que l&rsquo;ALN alg\u00e9rienne r\u00e8gne dans le pays en absolue ma\u00eetresse. Cela invite \u00e0 se demander, pour ce cas qui \u00e9quivaut aux autres mentionn\u00e9s, comment les Fran\u00e7ais auraient pu d\u00e9clencher un conflit avec une Tunisie qui n&rsquo;avait aucune existence de puissance r\u00e9elle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette hyst\u00e9rie ne cessera pas. Wall nous rapporte, sans le moindre commentaire impliquant une appr\u00e9ciation un peu \u00e9tonn\u00e9e ou une observation critique, que, le 7 novembre 1960, le National Security Council du pr\u00e9sident Eisehower mentionne au cours d&rsquo;une r\u00e9union sa crainte d&rsquo;une implication de l&rsquo;OTAN en Alg\u00e9rie \u00ab<em>dans l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 d&rsquo;une intervention, dans le nord de l&rsquo;Alg\u00e9rie, d&rsquo;unit\u00e9s de forces arm\u00e9es sovi\u00e9tiques organis\u00e9es et identifiables<\/em>\u00bb. Cette obsession extraordinaire, relevant de la bande dessin\u00e9e de l&rsquo;\u00e9poque maccarthyste, marque effectivement l&rsquo;appr\u00e9ciation sans cesse exc\u00e9d\u00e9e des Am\u00e9ricains \u00e0 l&rsquo;encontre de la pr\u00e9tention fran\u00e7aise \u00e0 r\u00e9sister pour conserver un territoire dont on a peine \u00e0 se souvenir qu&rsquo;il fait alors partie int\u00e9grante du territoire fran\u00e7ais. Les Am\u00e9ricains pensent, d\u00e8s 1954, comme nous le rappelle Soutou, que \u00ab<em>la France ne peut gagner la guerre et<\/em> [que] <em>l&rsquo;Alg\u00e9rie deviendra t\u00f4t ou tard ind\u00e9pendante<\/em>\u00bb. Cette conviction est si grande qu&rsquo;on a bient\u00f4t l&rsquo;impression, de plus en plus confirm\u00e9e tout au long du livre, que les USA font effectivement tout pour que l&rsquo;Alg\u00e9rie devienne ind\u00e9pendante, que ce sont eux qui ont jou\u00e9 le r\u00f4le principal dans cette affaire o\u00f9 Moscou n&rsquo;a rien \u00e0 voir. Le soutien diplomatique de Washington au FLN, \u00e0 l&rsquo;ONU, au d\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat du r\u00e9publicain Dulles, au Congr\u00e8s o\u00f9 Kennedy fit un discours m\u00e9morable en 1957, dans les capitales \u00e9trang\u00e8res, fut constant et fondamental. Ainsi les USA peuvent assurer aux Fran\u00e7ais qu&rsquo;ils ne peuvent gagner la guerre, de science certaine puisqu&rsquo;ils sont les principaux soutiens diplomatiques et politiques du FLN. C&rsquo;est un autre enseignement pr\u00e9cieux du livre. Les USA ont, pour une part principale, assur\u00e9 les fondements de l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne grande explication est offerte. Face au danger sovi\u00e9tique que les Fran\u00e7ais ne comprennent pas, seul l&rsquo;anticolonialisme naturel de l&rsquo;Am\u00e9rique fait l&rsquo;affaire. Curieux argument, alors que les Fran\u00e7ais tentent de convaincre Washington que l&rsquo;Occident est en danger dans les djebels alg\u00e9riens. Seuls les Am\u00e9ricains savent distinguer le danger communiste et y r\u00e9pondre avec la finesse qui importe. Ce sera l&rsquo;obsession anticolonialiste. (En attendant, Wall passe en un mot tr\u00e8s rapide sur cette Alg\u00e9rie devenue ind\u00e9pendante en 1962 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;habilet\u00e9 de Washinton \u00e0 \u00e9carter la main-mise communiste, et se retrouvant en 1965, avec Boumedienne, socialiste, tiersmondiste et amie de Che Guevara, et amie de Moscou cela va sans dire.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe poids de la vertu anticolonialiste de l&rsquo;Am\u00e9rique est consid\u00e9rable dans la politique de Washington, jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre d\u00e9terminant. Ce n&rsquo;est pas sa puissance qui donne \u00e0 Washington le droit de chapitrer interminablement Paris, mais sa vertu anticolonialiste. C&rsquo;est elle qui permet aux Am\u00e9ricains de mieux comprendre la crise et d&rsquo;\u00eatre \u00e0 m\u00eame de lui donner l&rsquo;issue qui importe. (Curiosit\u00e9 historique: l&rsquo;Am\u00e9rique est, para\u00eet-il, la premi\u00e8re colonie \u00e0 s&rsquo;\u00eatre lib\u00e9r\u00e9e, donc avec un titre de propri\u00e9t\u00e9 de la vertu anticolonialiste. Voire. L&rsquo;analogie avec l&rsquo;Alg\u00e9rie est int\u00e9ressante. Les <em>insurgents<\/em> am\u00e9ricains de 1776 n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec les Arabes d&rsquo;Alg\u00e9rie: ce sont les pieds-noirs de l&rsquo;Am\u00e9rique qui se r\u00e9voltent contre la m\u00e8re-patrie. Les vrais Arabes de l&rsquo;Am\u00e9rique, ce sont les Indiens. C&rsquo;est avec le traitement global inflig\u00e9 par les Am\u00e9ricains immigrants aux Indiens compar\u00e9 au traitement inflig\u00e9 par les pieds-noirs aux Arabes qu&rsquo;on peut \u00e9tablir une analogie int\u00e9ressante. Les \u00e9volutions d\u00e9mographiques respectives des deux populations indig\u00e8nes sont peut-\u00eatre une indication plus int\u00e9ressante des vertus respectives que les discours \u00e0 ce propos. L\u00e0 devrait \u00eatre la source du brevet d&rsquo;anticolonialisme.)<\/p>\n<h3>Une intervention am\u00e9ricaniste marqu\u00e9e par une seule attitude: le refus de consid\u00e9rer l&rsquo;existence de la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tR\u00e9partissons bien les critiques. Le proc\u00e8s de la France colonialiste a \u00e9t\u00e9 fait, fait et refait <em>ad nauseam<\/em>. Les vilenies fran\u00e7aises sont expos\u00e9es en place publique, amplifi\u00e9es extraordinairement, d\u00e9monis\u00e9es dans une orgie de repentance bien dans l&rsquo;air du temps, au vu et au su de tout le monde, d&rsquo;ailleurs \u00e0 l&rsquo;initiative des intellectuels fran\u00e7ais, sans la moindre restriction. Ce n&rsquo;est certainement pas sur ce point que porte l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du livre, bien que les Am\u00e9ricains ne manquent pas de froncer les sourcils devant les comportements des Fran\u00e7ais. Il s&rsquo;agit ici de d\u00e9couvrir le fondement de l&rsquo;attitude am\u00e9ricaniste, du proc\u00e8s am\u00e9ricaniste fait contre la France dans cette affaire. Ce proc\u00e8s est permanent dans le r\u00e9cit historique de Wall, implicite et explicite \u00e0 la fois. Il est fond\u00e9 moins sur les faits, quels que soient ces faits, que sur une conviction fondamentale du juge,  et c&rsquo;est le point capital pour nous. Il s&rsquo;agit, comme on dit, d&rsquo;une question de principe,  et ce livre pr\u00e9tendument de science historique est fait pour juger et condamner, et certainement pas pour instruire et comprendre. (Et le juge qui incarne ces principes au nom desquels on condamne au bout du compte, ce sont les USA, sans le moindre doute.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tWall mentionne souvent la chose (la question des principes), en passant et comme allant de soi, sous diff\u00e9rentes formes. On comprend rapidement qu&rsquo;il accepte cette th\u00e8se implicite qu&rsquo;on d\u00e9crit ici comme \u00e9vidente, plus encore, qu&rsquo;il l&rsquo;accepte presque inconsciemment comme la description d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 indiscutable. Un passage sur la fin du livre, tr\u00e8s marquant parce qu&rsquo;il ne met pas de Fran\u00e7ais en sc\u00e8ne, \u00e9clairera notre argument et les effets immenses de cette situation psychologique par le biais d&rsquo;une description pr\u00e9cise du r\u00f4le des Am\u00e9ricains dans cette affaire. Wall rapporte une visite du chancelier Konrad Adenauer (tr\u00e8s proche de De Gaulle, contre les USA, dans l&rsquo;affaire alg\u00e9rienne), \u00e0 Washington le 12 avril 1961.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Quant \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;attitude des \u00c9tats-Unis \u00e0 l&rsquo;ONU qui, pour lui, \u00e9tait responsable de l&rsquo;\u00e9chec de la France dans ses relations avec ce pays<\/em> [l&rsquo;Alg\u00e9rie] <em>et,<\/em> [fit observer Adenauer]<em>, il<\/em> [Adenauer] <em>ne pouvait pas le leur pardonner. Deux ans plus t\u00f4t, les rebelles \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 signer un accord de paix et ils l&rsquo;auraient fait s&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas eu le soutien de Washington. A l&rsquo;\u00e9poque, il avait abord\u00e9 le sujet avec Eisenhower qui lui avait r\u00e9pondu qu&rsquo;autrefois les Am\u00e9ricains avaient \u00e9t\u00e9 aussi un peuple colonis\u00e9 et qu&rsquo;ils ne pouvaient pas se d\u00e9sint\u00e9resser de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Le chancelier ne pouvait comprendre cela ni suivre les Am\u00e9ricains l\u00e0-dessus.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous voyons aussit\u00f4t que le proc\u00e8s permanent est si tranch\u00e9 d&rsquo;avance qu&rsquo;on ne devrait m\u00eame pas parler de proc\u00e8s. Le juge a fait sa conviction, il est conviction lui-m\u00eame. Le cas politique n&rsquo;a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 \u00eatre d\u00e9battu, il s&rsquo;efface devant la nature de la chose. La conviction am\u00e9ricaniste, relay\u00e9e par la puissance de ce pays si habile \u00e0 transmuter la force en droit, est par avance que l&rsquo;Alg\u00e9rie existe souverainement d\u00e8s l&rsquo;origine, que cette existence est usurp\u00e9e par la France avec le crime atroce du colonialisme. La seule chose que peuvent faire les USA pour leur alli\u00e9 fran\u00e7ais qu&rsquo;ils aiment bien, qui est une bonne chose par essence puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit des USA, est d&rsquo;am\u00e9nager d&rsquo;une fa\u00e7on acceptable la marche in\u00e9luctable vers l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie. La souverainet\u00e9 fran\u00e7aise sur le territoire alg\u00e9rien est absolument ni\u00e9e. C&rsquo;est un artefact d&rsquo;une psychologie malade, la psychologie fran\u00e7aise qui est ici la principale cible (cible des am\u00e9ricanistes et des intellectuels fran\u00e7ais). Cette approche est int\u00e9ressante parce qu&rsquo;en menant le d\u00e9bat sur ce point (l&rsquo;Alg\u00e9rie avant 1954 et m\u00eame jusqu&rsquo;en 1962, souverainet\u00e9 fran\u00e7aise ou pas?), elle met en \u00e9vidence que la question principale de la crise alg\u00e9rienne est moins le colonialisme consid\u00e9r\u00e9 comme probl\u00e8me historique central que la question historique centrale de la souverainet\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode historique circonstanciel du colonialisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA cet \u00e9gard, un passage du c\u00f4t\u00e9 des intellectuels fran\u00e7ais fera l&rsquo;affaire, en nous confirmant qu&rsquo;il y a identit\u00e9 de vue entre les Am\u00e9ricains, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;\u00e9quipe Eisenhower-Dulles ou de l&rsquo;\u00e9quipe Kennedy-Rusk, et les intellectuels fran\u00e7ais, de la gauche marxiste au lib\u00e9ralisme am\u00e9ricaniste selon les \u00e9poques, qui m\u00e8nent la charge jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui. (Wall s&rsquo;y r\u00e9f\u00e8re quand il le faut, avec un enthousiasme qui en dit long.) Dans le livre r\u00e9f\u00e9rence de l&rsquo;\u00e9tude historique vertueuse de la question alg\u00e9rienne, <em>La Guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, 1954-2004 la fin de l&rsquo;amn\u00e9sie<\/em>, livre rassemblant une \u00e9quipe d&rsquo;historiens n\u00e9cessairement comp\u00e9tents sous la direction de Mohammed Harbi et Benjamin Stora, cette question de la nation alg\u00e9rienne,  ou du fait national alg\u00e9rien pour dire plus vertueusement et \u00e9viter l&rsquo;accusation incroyable de nationalisme,  est partout pr\u00e9sente comme une ombre. Effectivement, elle est \u00e9voqu\u00e9e par les deux auteurs dans des termes cat\u00e9goriques, puisqu&rsquo;elle suscite le seul interdit de cette somme lib\u00e9rale: \u00ab<em>Un souci de pluralisme anime ce volume, dont chaque contribution n&rsquo;engage, bien \u00e9videmment, que son auteur. Mais nous devons nous distancier du texte de Mohand Hamoumou et Abderhamen Moumen sur les harkis, dont l&rsquo;analyse se fonde sur la n\u00e9gation du fait national alg\u00e9rien.<\/em>\u00bb Pourtant les quelques remarques de Harbi sur l&rsquo;Alg\u00e9rie d&rsquo;avant 1954 ne sont pas encourageantes. En 1830 (lors du d\u00e9barquement fran\u00e7ais en Alg\u00e9rie), \u00ab<em>les notions de peuple, de souverainet\u00e9 du peuple, de nation et de culture nationale sont \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l&rsquo;esprit des populations.<\/em>\u00bb Cela rejoint le \u00ab<em>J&rsquo;ai visit\u00e9 les cimeti\u00e8res alg\u00e9riens, je n&rsquo;y ai trouv\u00e9 aucune trace d&rsquo;une nation alg\u00e9rienne<\/em>\u00bb de Ferhat Abbas en 1936.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe fait n&rsquo;est pas indiff\u00e9rent parce qu&rsquo;il fonde la l\u00e9gitimit\u00e9 historique, et la souverainet\u00e9. Au-del\u00e0, il justifie les violences de certains et autorise \u00e0 qualifier d&rsquo;exactions celles des autres. Le FLN ne fut pas moins avare que l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise des unes comme des autres. S&rsquo;il n&rsquo;est pas soutenu par la l\u00e9gitimit\u00e9 historique de la souverainet\u00e9? Les r\u00e9volutionnaires diront que la souverainet\u00e9 s&rsquo;acquiert dans la juste lutte. Tout au plus, elle se confirme, si l&rsquo;on retrouve la l\u00e9gitimit\u00e9 historique, sinon la lutte n&rsquo;a rien de juste par elle-m\u00eame. A cette lumi\u00e8re, par quoi est justifi\u00e9 le soutien constant des USA aux rebelles alg\u00e9riens? D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9 et toujours \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;histoire, ce soutien US entache la cause du combat des rebelles d&rsquo;ombres suspectes.<\/p>\n<h3>Un jugement sur de Gaulle appuy\u00e9 sur l&rsquo;incompr\u00e9hension de ses buts et de sa d\u00e9marche<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOr il s&rsquo;av\u00e8re que toute la croisade US faite au nom de la justice, et dont on comprend \u00e9videmment qu&rsquo;elle doit trouver sa justification dans la l\u00e9gitimit\u00e9 historique de la souverainet\u00e9 et de la nation (alg\u00e9riennes), pour que la justice soit r\u00e9elle et non une usurpation de la chose, se fait pour partie en face d&rsquo;un homme dont la qu\u00eate obsessionnelle est celle de la souverainet\u00e9. La confrontation est int\u00e9ressante et \u00e9clairante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;\u00e9clate l&rsquo;incompr\u00e9hension de Wall pour de Gaulle et pour le principe de souverainet\u00e9, ce qui ach\u00e8ve de mettre en cause la validit\u00e9 de ses conclusions g\u00e9n\u00e9rales puisqu&rsquo;en effet le soutien am\u00e9ricaniste \u00e0 l&rsquo;insurrection alg\u00e9rienne est fond\u00e9 sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de ce combat (la souverainet\u00e9 de la nation alg\u00e9rienne qui en est sortie). D&rsquo;ailleurs,  et l&rsquo;on gardera ce point \u00e0 l&rsquo;esprit pour une future r\u00e9flexion sur le travail de l&rsquo;historien,  la conception de Wall est naturellement, par nature doit-on insister, celle d&rsquo;un am\u00e9ricaniste et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, d&rsquo;un moderniste (voire d&rsquo;un postmoderniste). Elle d\u00e9finit la souverainet\u00e9 selon le r\u00e9sultat de la politique et \u00e0 la condition <em>sine qua non<\/em> que cette politique et son r\u00e9sultat soient moraux. Les tentations de distorsion de l&rsquo;Histoire sont par cons\u00e9quent infinies.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tWall, comme les am\u00e9ricanistes, ne comprend pas que la souverainet\u00e9 c&rsquo;est exister (librement,  pour ce cas, par la r\u00e9alisation d&rsquo;une politique libre, ind\u00e9pendante,  souveraine) et non obtenir certaines choses par le moyen d&rsquo;une politique qui force selon la morale. La souverainet\u00e9 concerne l&rsquo;identit\u00e9 de soi-m\u00eame et non la force qui, en affirmant une soi-disant identit\u00e9, contraint celle des autres. Ce livre nous montre une fois de plus qu&rsquo;en traitant ce probl\u00e8me de la souverainet\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on critique chez un autre, les am\u00e9ricanistes d\u00e9couvrent involontairement la r\u00e9alit\u00e9 du probl\u00e8me que cette d\u00e9finition leur pose \u00e0 eux-m\u00eames, et dont ils commencent \u00e0 peine \u00e0 mesurer la profondeur puisque leur force d\u00e9faillante ne peut plus masquer la chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tConstamment, Wall confond les moyens et les fins, dans une d\u00e9marche habituelle \u00e0 l&rsquo;esprit am\u00e9ricaniste. Il fait des r\u00e9sultats de la politique ind\u00e9pendante de De Gaulle l&rsquo;enjeu de l&rsquo;affirmation de la souverainet\u00e9, alors que c&rsquo;est cette politique elle-m\u00eame et son ind\u00e9pendance, quelles que soient ses variations tactiques, qui confortent l&rsquo;affirmation souverainet\u00e9. Bien peu \u00e0 son aise dans la compr\u00e9hension de son sujet et trop empress\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire ce sujet, Wall ne recule pas devant la contradiction formelle d&rsquo;une page \u00e0 l&rsquo;autre. On en donnera ici un exemple frappant, mais cette contradiction est partout pr\u00e9sente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Page 297, il \u00e9crit: \u00ab<em>Si 1962 est une ann\u00e9e d\u00e9cisive, c&rsquo;est qu&rsquo;elle consacre l&rsquo;\u00e9chec des grandes manoeuvres gaulliennes visant \u00e0 r\u00e9organiser le monde de mani\u00e8re que la France y occupe un nouveau rang, et qui supposaient, \u00e0 la base, une Alg\u00e9rie \u00e9troitement associ\u00e9e,  soumise, en fait,  \u00e0 la France dans une relation n\u00e9o-coloniale.<\/em>\u00bb Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un constat d&rsquo;\u00e9chec, puisque la th\u00e8se de Wall \u00e0 cet instant \u00e9tait que de Gaulle voulait garder l&rsquo;Alg\u00e9rie associ\u00e9e \u00e0 la France (soumise), et que cela servirait \u00e0 restaurer le rang de la France et, par cons\u00e9quent, sa souverainet\u00e9; et que cela n&rsquo;a pas r\u00e9ussi&#8230; Donc, la souverainet\u00e9 n&rsquo;est pas restaur\u00e9e?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Page 301, il \u00e9crit: \u00ab<em>Son objectif principal en revenant au pouvoir \u00e9tait de doter la France de nouvelles institutions. S&rsquo;il pouvait faire que l&rsquo;Alg\u00e9rie reste fran\u00e7aise, il le ferait; si elle devait \u00eatre un obstacle \u00e0 ses projets, alors il chercherait une autre solution.<\/em>\u00bb L\u00e0 (p.297), l&rsquo;abandon de l&rsquo;Alg\u00e9rie marque l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;une politique de restauration de la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise, ici (p.301) il est, selon les circonstances et dans ce cas au contraire du pr\u00e9c\u00e9dent, le n\u00e9cessaire sacrifice pour poursuivre par une autre voie l&rsquo;entreprise de restauration de la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais on le comprend. Pour la conception am\u00e9ricaniste, l&rsquo;identit\u00e9, la souverainet\u00e9, l&rsquo;ind\u00e9pendance sont les fruits d&rsquo;une politique, les fruits des circonstances. Elles sont une conqu\u00eate, par la force et par la morale, qui se fait au d\u00e9triment n\u00e9cessairement d&rsquo;un autre (nation, ethnie, etc.). Pour l&rsquo;esprit fran\u00e7ais, et de Gaulle en premier, la souverainet\u00e9 est un \u00e9tat d&rsquo;esprit, une psychologie tremp\u00e9e \u00e0 la transcendance de l&rsquo;identit\u00e9 de soi, et l&rsquo;ind\u00e9pendance en est le produit naturel qui va de soi. Cette m\u00e9sentente des conceptions \u00e9clate dans la question du directoire (participation de la France au directoire anglo-saxon USA-UK \u00e9tabli <em>de facto<\/em>, au sein et m\u00eame en-dehors de l&rsquo;OTAN, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec de Suez de 1956), dont Wall fait grand cas en tentant d&rsquo;en r\u00e9viser la signification. De Gaulle avait demand\u00e9 cette participation d\u00e8s septembre 1958 et il devait, en 1961, constater l&rsquo;\u00e9chec de sa d\u00e9marche. Wall critique cette exigence de De Gaulle, en remarquant: \u00ab<em>On a du mal \u00e0 voir en tout cela le mod\u00e8le de monde multipolaire que la plupart des auteurs portent g\u00e9n\u00e9ralement au cr\u00e9dit de De Gaulle. Il suffisait que les Am\u00e9ricains l&rsquo;acceptent comme membre du directoire des Occidentaux pour l&#8217;emp\u00eacher de prendre ses distances et pour que l&rsquo;Ouest reste intact dans ce qui devait toujours \u00eatre, du seul fait de la puissance am\u00e9ricaine, un monde bipolaire.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa premi\u00e8re r\u00e9action qu&rsquo;on a est \u00e9videmment celle-ci: mais pourquoi n&rsquo;ont-ils pas pris de Gaulle dans leur directoire puisque c&rsquo;\u00e9tait ainsi le neutraliser, selon Wall? La r\u00e9ponse tombe sous le sens. Au contraire de ce qu&rsquo;avance Wall, ce n&rsquo;\u00e9tait pas du tout le neutraliser. Le Fran\u00e7ais de Gaulle au sein du directoire aurait \u00e9t\u00e9 intenable, exigeant, autonome&#8230;  Il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 souverain, dans un directoire devenu bien s\u00fbr, du fait m\u00eame de sa seule pr\u00e9sence, multipolaire. Le contraire des Britanniques, soumis \u00e0 la baguette depuis l&rsquo;\u00e9chec de Suez.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa souverainet\u00e9 est une question d&rsquo;esprit et d&rsquo;identit\u00e9, pas de position politique, ni m\u00eame de force. La puissance am\u00e9ricaine n&rsquo;aurait en rien contraint de Gaulle \u00e0 suivre les consignes, comme elle n&rsquo;y \u00e9tait pas parvenue en 1942-45. (\u00ab<em>&#8230;De Gaulle ne demandait pas, il r\u00e9clamait, mieux il exigeait &#8230; Cette tactique, curieusement, avait \u00e9t\u00e9 payante pendant la Seconde guerre mondiale, o\u00f9 l&rsquo;agressivit\u00e9 de son comportement semblait \u00eatre inversement proportionnelle \u00e0 la puissance r\u00e9elle de la France<\/em>\u00bb. Le curieusement, qui est tellement de trop, mesure l&rsquo;incompr\u00e9hension de Wall.) Mais quelque chose de tout \u00e0 fait inconscient, ainsi que les craintes de leur vanit\u00e9, firent que les am\u00e9ricanistes se dout\u00e8rent de quelque chose, et c&rsquo;est pourquoi ils n&rsquo;ont pas pris de Gaulle dans leur directoire.<\/p>\n<h3>La question de la souverainet\u00e9 est la clef de la trag\u00e9die politique de notre temps, y compris du colonialisme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa critique de De Gaulle est la principale d\u00e9marche de ce livre plus que la critique du colonialisme (ou bien faut-il faire de De Gaulle un colonialiste? Sans doute, par opposition \u00e0 un Foster Dulles qui, lui, n&rsquo;est que vertueux). Elle rejoint curieusement (sic) la critique des ann\u00e9es 1960 des anti-gaullistes de droite, comme celle de Jacques Laurent,  mais avec infiniment plus de talent pour Laurent,  dans son <em>Mauriac sous de Gaulle<\/em>. C&rsquo;est dire qu&rsquo;elle date un peu et qu&rsquo;elle est absolument paradoxale puisque l&rsquo;anti-gaullisme de Laurent se faisait au nom de la d\u00e9fense de l&rsquo;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise. Cette critique consiste \u00e0 reprocher \u00e0 de Gaulle de n&rsquo;avoir pas accompli certaines des ambitions qui lui sont pr\u00eat\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire de n&rsquo;\u00eatre pas puissant et souverain selon les conceptions am\u00e9ricanistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette critique conduit \u00e0 la remarque plus g\u00e9n\u00e9rale, qui semble un enseignement important \u00e0 sortir de la lecture tr\u00e8s critique de ce livre, que la question de la souverainet\u00e9 d\u00e9passe tout, que la crise du colonialisme qui est soulev\u00e9e aussi pour ce cas de l&rsquo;Alg\u00e9rie est moins un drame moral sp\u00e9cifique qu&rsquo;une trag\u00e9die de la souverainet\u00e9. Si ce constat appara\u00eet si fortement \u00e0 ce propos, c&rsquo;est que les USA, dans leur action, posent pour eux-m\u00eames la question de la souverainet\u00e9 et que la France (puis de Gaulle) y r\u00e9pond d&rsquo;une fa\u00e7on toute diff\u00e9rente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa question de la souverainet\u00e9 est essentielle parce que c&rsquo;est la question de l&rsquo;existence. Dans ce cas, on la voit d\u00e9natur\u00e9e par la conception moraliste des USA, qui pr\u00e9f\u00e8re la cantonner sur une vision d\u00e9form\u00e9e et partisane du colonialisme. L&rsquo;Alg\u00e9rie garde des traces des erreurs trop faciles de ses premiers chefs. Aller chercher le soutien des USA, avec leur conception fauss\u00e9e de la souverainet\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait entacher au d\u00e9part ce concept. Ils auraient d\u00fb prendre exemple sur de Gaulle et s&rsquo;inspirer de la France. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Histoire d&rsquo;historien<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Toujours le livre d&rsquo;Irving M. Wall (Les Etats-Unis et la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie)  cette fois par rapport aux conceptions et au fonctionnement du m\u00e9tier d&rsquo;historien dans nos temps postmodernes<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe livre d&rsquo;Irving M. Wall (<em>Les Etats-Unis et la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie<\/em>), dont on a pr\u00e9sent\u00e9 dans notre pr\u00e9c\u00e9dent num\u00e9ro (<em>Analyse<\/em>, 10 mars 2007) une analyse (tr\u00e8s) critique du contenu, constitue une bonne base pour \u00e9tendre notre appr\u00e9ciation (tr\u00e8s) critique \u00e0 la m\u00e9thode du travail historique. Wall nous offre une d\u00e9marche historique caract\u00e9ristique de son \u00e9poque, accord\u00e9e aux conceptions actuelles de la m\u00e9thodologie scientifique. Le travail est minutieux, tr\u00e8s r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 et vari\u00e9, \u00e0 l&rsquo;image de la multitude de sources auxquelles le chercheur a acc\u00e8s. Par exemple, on laisse souvent,  ou l&rsquo;on semble laisser les opinions et analyses contradictoires les unes contre les autres, les unes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des les autres, sans souci d&rsquo;imposer d&rsquo;une fa\u00e7on arbitraire un ordre qui viendrait du jugement de l&rsquo;auteur. Le souci semble \u00eatre celui de la reconstruction de la r\u00e9alit\u00e9 telle qu&rsquo;elle fut,  ou telle qu&rsquo;on affirme implicitement qu&rsquo;elle fut.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit plus d&rsquo;un chercheur que d&rsquo;un historien au sens classique du terme, un savant de l&rsquo;histoire plus qu&rsquo;un artiste ou un po\u00e8te de l&rsquo;histoire. L&rsquo;approche se veut tr\u00e8s scientifique, tr\u00e8s rationnelle. L&rsquo;agr\u00e9ment de la lecture, voire l&rsquo;originalit\u00e9 de la forme, qui peut exister d&rsquo;une fa\u00e7on appuy\u00e9e et tr\u00e8s plaisante \u00e0 la lecture, est directement fonction de la vari\u00e9t\u00e9 des sources et nullement selon le go\u00fbt de l&rsquo;auteur. C&rsquo;est un territoire universitaire bien plus que litt\u00e9raire, et dans le sens o\u00f9 le territoire universitaire s&rsquo;oppose au territoire litt\u00e9raire. L&rsquo;intuition y a peu de place, \u00e0 moins qu&rsquo;elle ne soit au service de la recherche. Le sujet est born\u00e9 dans le temps et dans l&rsquo;espace jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre cloisonn\u00e9 pour le bien de la chose. Le commentaire s&rsquo;affirme structur\u00e9, lui aussi appuy\u00e9 sur des faits qu&rsquo;on estime d\u00e9montr\u00e9s ou, dans tous les cas, reconstitu\u00e9s avec la plus grande fid\u00e9lit\u00e9 possible.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tObjectivit\u00e9, enfin,  voil\u00e0 le ma\u00eetre-mot. Plus que d&rsquo;objectivit\u00e9, d&rsquo;ailleurs, on devrait parler d&rsquo;une objectivation de l&rsquo;Histoire. La reconstruction de l&rsquo;Histoire, si elle pr\u00e9tend retrouver la r\u00e9alit\u00e9 historique, ne manque pas d&rsquo;\u00eatre arrang\u00e9e de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&rsquo;un certain ordre r\u00e9ponde \u00e0 la raison qu&rsquo;on y cherche,  et qu&rsquo;on y retrouve. C&rsquo;est une m\u00e9thode tr\u00e8s moderniste, au sens id\u00e9ologique du mot. Ici appara\u00eet \u00e9videmment le sens (vraiment tr\u00e8s) critique de notre d\u00e9marche.<\/p>\n<h3>Le cloisonnement du sujet permet paradoxalement d&rsquo;imposer des affirmations g\u00e9n\u00e9rales extr\u00eamement partisanes<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe savant de l&rsquo;Histoire juge qu&rsquo;il \u00e9volue dans un cadre g\u00e9n\u00e9ral admis et qui va de soi. Il s&rsquo;y r\u00e9f\u00e8re en passant, par des allusions ou par l&#8217;emploi de st\u00e9r\u00e9otypes qui ne sont aucunement mis en question, mais au contraire tenus pour des \u00e9vidences par tous. C&rsquo;est l&rsquo;acte du conformisme g\u00e9n\u00e9ral port\u00e9 au niveau du fondement implicite de la d\u00e9marche. Le cadre g\u00e9n\u00e9ral ainsi \u00e9voqu\u00e9 allusivement semble accessoire; il se r\u00e9v\u00e8le en fait essentiel pour influencer implicitement tout le sens de l&rsquo;\u00e9tude sp\u00e9cifique. Le cloisonnement ainsi effectu\u00e9, qui semblerait \u00eatre un acte d&rsquo;objectivation, s&rsquo;av\u00e8re en r\u00e9alit\u00e9 \u00eatre une source constante d&rsquo;influence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVenons-en au sujet trait\u00e9 par Wall. Il ne s&rsquo;agit pas de l&rsquo;histoire de l&rsquo;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise devenant ind\u00e9pendante, avec ses divers \u00e9pisodes, ses drames, ses trag\u00e9dies, mais bien de l&rsquo;action des USA dans la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie. La question de l&rsquo;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise y est donc \u00e9voqu\u00e9e souvent mais accessoirement, sans tentative d&rsquo;analyse. Le jugement est donc regroup\u00e9 sous la forme de l&#8217;emploi d&rsquo;expressions, voire de mots. Insistons sur l&rsquo;exemple de l&#8217;emploi du mot colon pour d\u00e9signer les Fran\u00e7ais d&rsquo;Alg\u00e9rie. Le sens conceptuel de ce mot est bien connu. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un expatri\u00e9 ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la spoliation des indig\u00e8nes de leurs terres. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un agriculteur dont la fortune est b\u00e2tie sur une infamie originelle indiscutable et sans r\u00e9mission: \u00ab<em>En 1954 au d\u00e9but de la guerre, il y avait l\u00e0-bas environ un million de colons d&rsquo;origine europ\u00e9enne, minorit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e par rapport \u00e0 la masse des huit millions et demi de musulmans, en grande partie priv\u00e9s de terre et pauvres.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe terme revient syst\u00e9matiquement car les colons sont partout. Ce sont eux qui accueillent bruyamment Guy Mollet \u00e0 Alger le 6 f\u00e9vrier 1956: \u00ab<em>Mais Guy Mollet fut accueilli l\u00e0-bas \u00e0 coups de tomates et d&rsquo;oeufs pourris par des colons en \u00e9tat d&rsquo;\u00e9meute.<\/em>\u00bb Ce sont eux encore qui soutiennent le putsch d&rsquo;avril 1961: \u00ab<em>&#8230; la deuxi\u00e8me r\u00e9bellion contre de Gaulle qui \u00e9clata en Alg\u00e9rie le 20 avril<\/em> [1961]<em>, men\u00e9e cette fois par certains \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;arm\u00e9e auxquels les colons apport\u00e8rent leur soutien.<\/em>\u00bb Ce sont eux qui forment l&rsquo;OAS: \u00ab<em>&#8230;un retard qui permit aux colons de mettre en place l&rsquo;OAS et \u00e0 celle-ci de mener une campagne terroriste d&rsquo;une violence et d&rsquo;une f\u00e9rocit\u00e9 presque inou\u00efes.<\/em>\u00bb (Pourquoi presque? Ces monstres m\u00e9ritent inou\u00efe tout court, monsieur Wall.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela est-il s\u00e9rieux de parler de \u00a0\u00bbcolons\u00a0\u00bb dans un pays qui regroupait plus des deux tiers de sa population europ\u00e9enne dans des villes populeuses, o\u00f9 pr\u00e9dominaient des populations ouvri\u00e8res et artisanes? On sait que l&rsquo;activisme citadin de l&rsquo;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise, la manifestation de f\u00e9vrier 1956 autant que le <em>putsch<\/em> et l&rsquo;OAS, fut, du c\u00f4t\u00e9 civil, le fait des milieux populaires (y compris une OAS juive), ces jusqu&rsquo;au-boutistes qui n&rsquo;avaient rien \u00e0 perdre. Le st\u00e9r\u00e9otype mensonger de Wall est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 sans explication puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un th\u00e8me hors-sujet.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes termes renvoient \u00e0 la simple image propagandiste de l&rsquo;\u00e9poque telle qu&rsquo;elle s&rsquo;est fix\u00e9e dans l&rsquo;histoire racont\u00e9e \u00e0 partir des n\u00e9cessit\u00e9s id\u00e9ologiques. Ce type d&#8217;emploi, extr\u00eamement vieillot et contrastant avec la puissance et la nouveaut\u00e9 du mat\u00e9riel sorti des archives et formant le sujet principal, se retrouve dans des remarques parcellaires sur d&rsquo;autres sujets, aussi d\u00e9form\u00e9s et renvoyant \u00e0 la propagande de l&rsquo;\u00e9poque. Par exemple, lorsque Wall \u00e9crit que de Gaulle, en d\u00e9veloppant le nucl\u00e9aire, a sacrifi\u00e9 les capacit\u00e9s conventionnelles de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise comme on le voit aujourd&rsquo;hui. Monsieur Wall, les \u00e9v\u00e9nements actuels nous montrent  l&rsquo;inverse, point final.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn autre aspect de cette m\u00e9thode est la constante critique de l&rsquo;atomisation et du d\u00e9sordre r\u00e9gnant dans les gouvernements fran\u00e7ais successifs de la IV\u00e8me R\u00e9publique, et m\u00eame chez de Gaulle \u00e0 partir de 1958. Les commentaires abondent, dits \u00e9galement comme allant de soi, comme l&rsquo;on rel\u00e8ve un fait d&rsquo;\u00e9vidence. Par exemple celui-ci, p.94: \u00ab<em>L&rsquo;incapacit\u00e9 de Guy Mollet \u00e0 d\u00e9mentir ce qu&rsquo;il savait \u00eatre faux renfor\u00e7a \u00e0 Washington l&rsquo;image d&rsquo;un gouvernement fran\u00e7ais en pleine d\u00e9sorganisation, dont certains ministres, en l&rsquo;occurrence ceux qui \u00e9taient charg\u00e9s de la D\u00e9fense et de l&rsquo;Alg\u00e9rie, menaient leur propre politique, ind\u00e9pendamment d&rsquo;un Pr\u00e9sident du Conseil incapable de les en emp\u00eacher.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe propos n&rsquo;est pas ici de r\u00e9habiliter le fonctionnement des gouvernements de la IV\u00e8. Il nous importe plus d&rsquo;observer que cela est \u00e9crit d&rsquo;une mani\u00e8re magistrale, comme un ma\u00eetre (le gouvernement US, dont Wall devient naturellement le repr\u00e9sentant) fait la le\u00e7on \u00e0 un \u00e9l\u00e8ve (le gouvernement fran\u00e7ais) du haut de sa vertu \u00e9vidente,  manifest\u00e9e autant par la justesse de sa position que par sa coh\u00e9sion, son efficacit\u00e9, l&rsquo;illumination technique et morale de son action. Que vaut cette vertu?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa situation du gouvernement am\u00e9ricaniste dans les ann\u00e9es 1950 est bien connue. Elle est parcourue de tendances souvent f\u00e9rocement concurrentes et contradictoires. Wall ne nous le cache d&rsquo;ailleurs pas, d\u00e9signant des groupes pro- et anti-fran\u00e7ais, faisant un long portrait de Robert Murphy, cet anti-fran\u00e7ais acharn\u00e9 qui oriente la politique US selon ce qu&rsquo;il lui pla\u00eet et bien au-del\u00e0, sinon parfois contre les consignes. Les d\u00e9partements ont eux aussi des politiques diff\u00e9rentes. Les militaires ne sont pas en reste. On conna\u00eet l&rsquo;\u00e9pisode MacArthur de la guerre de Cor\u00e9e, qui nous conduisit au bord de la guerre nucl\u00e9aire. On conna\u00eet moins celui du g\u00e9n\u00e9ral LeMay, r\u00e9gnant en ma\u00eetre sur le Strategic Air Command et manigan\u00e7ant de son propre chef des provocations pour un affrontement nucl\u00e9aire avec l&rsquo;URSS, \u00e0 l&rsquo;insu du pouvoir politique. On se rappelle Eisenhower, humili\u00e9 par Krouchtchev \u00e0 la conf\u00e9rence de Paris en mai 1960, pour la destruction d&rsquo;un U-2 alors qu&rsquo;il ignorait que les vols d&rsquo;espionnage de la CIA au-dessus de l&rsquo;URSS se poursuivaient.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a une \u00e9vidence implicite dans le propos de Wall. Ici (le cas de la France), c&rsquo;est le d\u00e9sordre d&rsquo;un pouvoir politique faible et impuissant. L\u00e0 (les Etats-Unis), il va sans dire que c&rsquo;est la saine pluralit\u00e9 d&rsquo;un pouvoir d\u00e9mocratique assez vertueux pour se permettre de laisser s&rsquo;exprimer des tendances (de bonne taille parfois: une guerre nucl\u00e9aire par escroquerie!). Il va sans dire mais cela m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre dit: dans le cas am\u00e9ricaniste, l&rsquo;\u00e9vidence de la vertu \u00e9crase tout. L&rsquo;\u00e9vidence implicite ne laisse aucun choix au lecteur. Les faits importent moins que l&rsquo;\u00e9vidence de la vertu. Il s&rsquo;agit du cas fondamental et remarquable de l&rsquo;objectivation de la vertu am\u00e9ricaniste.<\/p>\n<h3>L&rsquo;essentiel de la m\u00e9thode: l&rsquo;objectivation du propos par l&rsquo;affirmation objective de la vertu<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi en arrive-t-on prestement \u00e0 la remarque \u00e9trange que, dans cette m\u00e9thodologie qui s&rsquo;affiche objective et scientifique, le cadre annexe est trait\u00e9 comme tel mais joue pourtant un r\u00f4le fondamental. Il est trait\u00e9 comme tel lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;expliciter; en r\u00e9alit\u00e9, on ne l&rsquo;explicite pas et il est laiss\u00e9 au niveau des on-dit. On d\u00e9duirait de cette pi\u00e8tre importance qui lui est assign\u00e9e que ce cadre annexe ne joue aucun r\u00f4le dans la d\u00e9monstration du sujet sp\u00e9cifique et cloisonn\u00e9 qui est trait\u00e9. Mais non, on d\u00e9couvre rapidement qu&rsquo;il tient un r\u00f4le d&rsquo;influence compl\u00e8tement fondamental. C&rsquo;est lui qui est le moteur de l&rsquo;objectivation qui constitue l&rsquo;ambition essentielle de la m\u00e9thode. A partir de l&rsquo;impression g\u00e9n\u00e9rale tr\u00e8s vague mais tr\u00e8s puissante qu&rsquo;il distille, l&rsquo;orientation, la compr\u00e9hension, la saveur m\u00eame de l&rsquo;\u00e9tude fouill\u00e9e du sujet fractionn\u00e9 sont compl\u00e8tement boulevers\u00e9es dans le sens qui, supposons-nous, doit importer au savant-historien,  et il s&rsquo;agit sans aucun doute d&rsquo;un sens id\u00e9ologique. Toute l&rsquo;orientation de l&rsquo;\u00e9tude d\u00e9pend d&rsquo;une perception absolument approximative, du niveau de la r\u00e9putation et rien de plus, comme si l&rsquo;on donnait comme axiome de base: Il va sans dire que l&rsquo;Am\u00e9rique est vertueuse, et son gouvernement <em>idem<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe cadre g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e9sente la vertu am\u00e9ricaniste comme une sorte de donn\u00e9e fondamentale du propos, indiscutable, \u00e9vidente. D&rsquo;une fa\u00e7on naturelle, objective dit-on aussit\u00f4t et justement, le r\u00e9cit est conduit \u00e0 vitup\u00e9rer avec constance le comportement du gouvernement fran\u00e7ais, d\u00e9crit comme un d\u00e9sordre indigne et lamentable. Au contraire, le comportement du gouvernement US, qui est \u00e0 peu pr\u00e8s similaire dans ses effets, est d\u00e9crit, sans commentaire n\u00e9cessaire tant l&rsquo;approbation se go\u00fbte dans le ton lui-m\u00eame que suscite l&rsquo;esquisse du cadre g\u00e9n\u00e9ral comme on l&rsquo;a vue, comme exemplaire, riche, plein d&rsquo;une pluralit\u00e9 n\u00e9cessaire, d\u00e9mocratique, s\u00e9rieuse et f\u00e9conde \u00e0 la fois.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertes, il n&rsquo;y a aucune vertu particuli\u00e8re \u00e0 trouver dans le comportement du gouvernement fran\u00e7ais dans cette p\u00e9riode et dans ces circonstances. Cela nous permet d&rsquo;ajouter qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas non plus lieu \u00e0 s&rsquo;\u00e9tendre dans la louange de l&rsquo;action du gouvernement am\u00e9ricaniste, qui s&rsquo;\u00e9bat dans l&rsquo;hypocrisie, dans le double langage, dans le mensonge et dans l&rsquo;ignorance de ses diverses politiques. Qu&rsquo;importe, on dirait que <strong>le ton est donn\u00e9<\/strong>, comme l&rsquo;on donne le la. L&rsquo;effet est verrouill\u00e9 et le lecteur press\u00e9 ou mal inform\u00e9 garde l&rsquo;impression g\u00e9n\u00e9rale, tr\u00e8s globalement positive (pour les USA) comme disait l&rsquo;autre, d&rsquo;une administration US se battant avec alacrit\u00e9, avec ardeur et sagesse, contre une organisation fran\u00e7aise (le gouvernement, les monstrueux colons, l&rsquo;arm\u00e9e indisciplin\u00e9e et f\u00e9lonne, etc.) stupide, fourbe, raciste, hyst\u00e9rique et priv\u00e9e de toute raison, d\u00e9testable et r\u00e9trograde. L&rsquo;impression n&rsquo;est pas donn\u00e9e par l&rsquo;argument, par le fait, par la plaidoirie ni par rien de cette sorte, mais par la m\u00e9thode d&rsquo;objectivation qu&rsquo;on a tent\u00e9e de d\u00e9crire. Elle est donn\u00e9e, pourrait-on dire, en toute vertu d&rsquo;objectivit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; Laquelle vertu (du gouvernement US et du reste), en r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;en est pas une selon le sens commun, comme le serait le produit d&rsquo;un jugement, d&rsquo;une inclination, d&rsquo;un parti-pris qui peut \u00eatre honorable et ainsi de suite. La dite vertu est, au contraire, un \u00e9l\u00e9ment objectif du r\u00e9cit. C&rsquo;est \u00e0 ce point qu&rsquo;il ne faut pas s&rsquo;en tenir \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation sarcastique ou vitup\u00e9rante. Au contraire, on touche \u00e0 l&rsquo;essentiel du propos et au fondement de la m\u00e9thode. Cette perception d&rsquo;une vertu objective de l&rsquo;acteur principal du r\u00e9cit est un point absolument fondamental, qui explique par ailleurs l&rsquo;esp\u00e8ce d&rsquo;innocence de la d\u00e9marche,  encore une fois ce caract\u00e8re de l&rsquo;allant de soi et du va sans dire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa complexit\u00e9 de la d\u00e9marche, son efficacit\u00e9 aussi, et \u00e9ventuellement sa fragilit\u00e9 lorsqu&rsquo;on en a mis \u00e0 jour le m\u00e9canisme, c&rsquo;est le r\u00f4le que tient cet argument de la vertu du gouvernement US, et de l&rsquo;am\u00e9ricanisme en g\u00e9n\u00e9ral. D&rsquo;ailleurs et justement, ce n&rsquo;est pas un argument. La vertu am\u00e9ricaniste est un facteur fondamental de l&rsquo;objectivation du r\u00e9cit, et non pas le contraire. Elle n&rsquo;est pas objectiv\u00e9e par le r\u00e9cit mais elle objective elle-m\u00eame le r\u00e9cit. C&rsquo;est dire si cette vertu va de soi et qu&rsquo;elle va objectivement de soi puisqu&rsquo;elle constitue la pierre angulaire de toute l&rsquo;objectivation du r\u00e9cit; au fait, elle est l&rsquo;un des constituants fondamentaux,  horreur, que disons-nous l\u00e0 en fait de restriction!  <strong>the<\/strong> constituant fondamental de la mati\u00e8re m\u00eame de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, comme le lait dans la constitution de la mati\u00e8re-fromage.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, en constatant comme nous le faisons la vertu du gouvernement US, nous ne faisons pas un compliment \u00e0 ce gouvernement, nous ne l&rsquo;applaudissons pas,  non, nous mentionnons un fait et rien de plus,  et rien de moins, non plus. Mettre cette structuration de la mati\u00e8re-am\u00e9ricaniste, voire de la mati\u00e8re-humanit\u00e9 en cause, c&rsquo;est d&rsquo;abord une obsc\u00e9nit\u00e9 de la pens\u00e9e qui va de soi. C&rsquo;est \u00e9galement, pour en revenir \u00e0 la m\u00e9thode, mettre tout le r\u00e9cit en cause au nom d&rsquo;un fait qui ne tiendrait dans ce m\u00eame r\u00e9cit qu&rsquo;une place qu&rsquo;on a vue en apparence accessoire (le cadre g\u00e9n\u00e9ral). Cela revient \u00e0 menacer absurdement de destruction une architecture solide, charpent\u00e9e, fond\u00e9e sur une multitude de sources parfaitement valables (vertueuses?), et qui s&rsquo;av\u00e8re exemplaire et indubitable, qui justifie la m\u00e9thode de l&rsquo;histoire comme mati\u00e8re scientifique. Qui le ferait s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas impliqu\u00e9 dans une enqu\u00eate dans le but pr\u00e9cis de d\u00e9monter les m\u00e9canismes de la d\u00e9marche? L&rsquo;absurdit\u00e9 de cette d\u00e9marche \u00e0 ceux qui n&rsquo;en comprennent pas l&rsquo;objet essentiel en fait justice. Nous ne mettons rien en cause du principal, cette remarquable \u00e9tude fond\u00e9e sur un travail minutieux et une multitude de sources in\u00e9dites, garantes d&rsquo;objectivit\u00e9, donc nous acquies\u00e7ons \u00e0 l&rsquo;objectivit\u00e9 du r\u00e9cit; dont la vertu objective de l&rsquo;am\u00e9ricanisation va de soi puisqu&rsquo;elle occupe la place de pierre angulaire qu&rsquo;on sait. La sacralisation objective du r\u00e9cit entra\u00eene n\u00e9cessairement celle de ses composants, et en premier \u00e9videmment, celle de sa pierre angulaire,  et, au-del\u00e0, le sacralisation objectiv\u00e9e de l&rsquo;am\u00e9ricanisme.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa vertu US, la juste morale am\u00e9ricaniste, est donc un facteur \u00e0 la fois primal et objectif. Puisqu&rsquo;on y est, et pour clore le propos sur ce point, on peut aussi bien parler de modernisme que d&rsquo;am\u00e9ricanisme, c&rsquo;est la m\u00eame chose. L&rsquo;histoire, si elle veut \u00eatre objective, c&rsquo;est-\u00e0-dire scientifique, ne peut \u00eatre qu&rsquo;am\u00e9ricaniste ou\/et moderniste.<\/p>\n<h3>Puisque l&rsquo;objectivation scientifique de l&rsquo;Histoire est une dissimulation de plus, autant revenir \u00e0 l&rsquo;Histoire proph\u00e9tique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tA la page 431 de <em>L&rsquo;influence am\u00e9ricaine sur la politique fran\u00e7aise  1945-1954<\/em> (son premier livre, de 1985, sur les relations France-USA), Irwin M. Wall \u00e9crit, \u00e0 propos du comportement du gouvernement US vis-\u00e0-vis des autres gouvernements: \u00ab<em>Comprenons qu&rsquo;aux yeux des Am\u00e9ricains un gouvernement n&rsquo;\u00e9tait \u00e9nergique et d\u00e9cid\u00e9 que lorsqu&rsquo;il prenait les d\u00e9cisions que Washington d\u00e9sirait.<\/em>\u00bb Voil\u00e0 qui est clair et qui nous \u00e9claire \u00e0 propos des condamnations du gouvernement fran\u00e7ais (signal\u00e9es plus haut) que Wall, bon messager, nous rapporte \u00e0 partir du jugement de Washington. Les gouvernements fran\u00e7ais \u00e9taient de toutes les fa\u00e7ons ex\u00e9crables parce qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas au garde-\u00e0-vous devant Washington.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIrwin M. Wall faisant \u00e9videmment un travail objectif d&rsquo;universitaire am\u00e9ricaniste, comment concilier cette approche partisane du comportement fran\u00e7ais, jusqu&rsquo;\u00e0 la reconna\u00eetre implicitement ici et l\u00e0 comme dans cette citation, avec la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;objectivit\u00e9 qui doit caract\u00e9riser son travail? Comment, sinon en proclamant le gouvernement US vertueux et en objectivant cette vertu? Comme on l&rsquo;a vu, voil\u00e0 qui est fait. Nous savons pourtant que cela ne suffit pas. Nous-m\u00eames, en contestant la vertu US et en d\u00e9montrant le bien-fond\u00e9 de cette contestation, nous ne d\u00e9truisons pas n\u00e9cessairement cette vertu mais, au moins, nous la relativisons. Est-ce \u00e0 dire que nous la privons de son objectivation? Non, semblent pourtant dire Wall et, avec lui, tant d&rsquo;autres auteurs US qui vous parlent de l&rsquo;exceptionnalit\u00e9 am\u00e9ricaniste, et d&rsquo;autres encore, non-US, fran\u00e7ais notamment, plus US que les US, plus am\u00e9ricanistes que les am\u00e9ricanistes&#8230; Que faire, alors, devant une telle contradiction?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn ne peut qu&rsquo;accepter cet \u00e9tat de chose, cette affirmation imp\u00e9rative de Wall et des autres, y compris d&rsquo;une objectivation selon leurs conceptions am\u00e9ricanistes, mais alors nous leur retirons l&rsquo;\u00e9tiquette de la caract\u00e9ristique d&rsquo;objectivit\u00e9 scientifique. Wall fait de l&rsquo;Histoire partisane et, s&rsquo;il l&rsquo;objective, c&rsquo;est alors qu&rsquo;il a invent\u00e9 une nouvelle cat\u00e9gorie de la pens\u00e9e: le parti-pris objectif ou l&rsquo;objectivation partisane. Rien de tout cela ne nous surprend vraiment car ces caract\u00e9ristiques, pour \u00eatre am\u00e9ricanistes, n&rsquo;en sont pas moins modernistes et retrouv\u00e9es chez tous nos grands intellectuels du domaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette approche nous conduit \u00e0 mettre en cause une m\u00e9thodologie et la m\u00e9thode qu&rsquo;elle pr\u00e9tend servir, notamment et express\u00e9ment dans ce cas pour l&rsquo;Histoire. Il ne s&rsquo;agit pas de science ni de science historique. Il s&rsquo;agit d&rsquo;histoire tout court, c&rsquo;est-\u00e0-dire une \u00e9tude du pass\u00e9 \u00e9tablie dans des bornes pr\u00e9cises et selon un point de vue non moins pr\u00e9cis. Ce point de vue peut pr\u00e9tendre \u00e0 l&rsquo;objectivit\u00e9, mais il reste un point de vue. C&rsquo;est alors que la t\u00e2che implicite mais principale du chercheur-savant le mal nomm\u00e9 revient \u00e0 montrer plut\u00f4t que d\u00e9montrer, \u00e0 imposer comme une \u00e9vidence allant de soi et ind\u00e9montrable parce qu&rsquo;il est inutile de d\u00e9montrer, que ce point de vue est une sorte d&rsquo;attitude objective tant il est puissant et appuy\u00e9 sur des \u00e9vidences historiques magnifiques et qui emportent l&rsquo;adh\u00e9sion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous acceptons ici, \u00e0 <em>de defensa<\/em>, la forme de cette d\u00e9marche qui r\u00e9duit l&rsquo;objectivation \u00e0 un outil au lieu de la sacralisation qu&rsquo;elle pr\u00e9tend \u00eatre. Relativisation pour relativisation, allons-y,  et alors, nous la revendiquons pour nous-m\u00eames, et que le meilleur gagne. Nous posons alors la question: \u00e0 quoi sert cette tentative de tromperie grossi\u00e8re, de tenter d&rsquo;habiller d&rsquo;apparat scientifique une d\u00e9marche qui ne l&rsquo;est manifestement pas? Mais la r\u00e9ponse est \u00e9vidente. Il n&rsquo;y a pas de recherche d&rsquo;utilit\u00e9 mais un combat qui, au travers du r\u00e9cit de l&rsquo;histoire, poursuit une bataille id\u00e9ologique en cours. Ainsi les choses sont-elles plus claires et nous lib\u00e9rons-nous de nos cha\u00eenes,  cette obsession de l&rsquo;objectivit\u00e9 scientifique qui n&rsquo;est plus \u00e0 cette lumi\u00e8re une vertu de l&rsquo;intelligence humaine mais le sommet ind\u00e9passable de la manipulation et de la dissimulation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJouons franc-jeu. A cette hypocrisie si caract\u00e9ristique du modernisme, de l&rsquo;am\u00e9ricanisme et des conceptions anglo- saxonnes, nous pr\u00e9f\u00e9rons l&rsquo;affirmation engag\u00e9e de ce que la tradition fran\u00e7aise d\u00e9signe en g\u00e9n\u00e9ral comme la veine de la philosophie de l&rsquo;Histoire et qui pourrait \u00eatre aussi nomm\u00e9e, et nous pr\u00e9f\u00e9rons infiniment cette expression,  l&rsquo;Histoire proph\u00e9tique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe moment est venu o\u00f9 nous pouvons envisager de telles sortes de ruptures. Nous vivons une \u00e9poque de rupture de la civilisation, voire de la forme mentale de l&rsquo;activit\u00e9 humaine. Voil\u00e0 une proposition relevant de l&rsquo;Histoire proph\u00e9tique, o\u00f9 la psychologie proph\u00e9tique de l&rsquo;historien joue un r\u00f4le essentiel. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est temps pour ceux qui en ont le go\u00fbt, de retrouver la veine de l&rsquo;Histoire proph\u00e9tique d&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise ou d&rsquo;inspiration fran\u00e7aise. Elle ne se caract\u00e9rise pas essentiellement par son sens politique particulier ou par l&rsquo;orientation id\u00e9ologique quelconque qu&rsquo;elle adopte (car elle a \u00e9videmment ceci ou cela). Elle se caract\u00e9rise par la force spirituelle qu&rsquo;elle met dans l&rsquo;appr\u00e9ciation de l&rsquo;Histoire. Elle concerne aussi bien Michelet, Joseph de Maistre que Chateaubriand. Pour mieux fixer notre propos, nous proposons une description de Chateaubriand, historien proph\u00e9tique et transcendantal, selon cette description qu&rsquo;en fait le philosophe Manuel de Di\u00e9guez (lettre personnelle \u00e0 l&rsquo;auteur, ao\u00fbt 2004  et cette citation faite pour illustrer de fa\u00e7on \u00e9loquente notre d\u00e9marche, mais n&rsquo;impliquant en rien que Di\u00e9guez endosse ou non notre propos,  il s&rsquo;agit d&rsquo;une citation compl\u00e8tement neutre \u00e0 cet \u00e9gard, dans un style magnifique \u00e9clairant le sens de  notre d\u00e9marche):<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Chateaubriand enseigne \u00e0 transfigurer l&rsquo;histoire et, dans la foul\u00e9e, de s&rsquo;y installer en d\u00e9miurge. Du coup, il en orchestre le rythme orphique ; du coup, il en reconstitue le cours sur le mode biblique ; du coup, il nous pose la question : Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un po\u00e8te ? Il s&rsquo;en explique: c&rsquo;est un cerveau de glace dans une \u00e2me de feu. Le cerveau de glace est celui qui donne la distance, qui fait le tri, qui \u00e9lague, qui distingue l&rsquo;essentiel de l&rsquo;anecdotique, mais avant tout celui qui sait que le mat\u00e9riau du biographe n&rsquo;est pas ce qui est arriv\u00e9, mais ce qui sort transfigur\u00e9 des cornues du po\u00e8te. Chateaubriand donne l&rsquo;illusion  de se poser en souverain de l&rsquo;histoire du monde. Dans sa Vie de Ranc\u00e9 il ira jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9crire : Je ne suis plus que le temps. Deux g\u00e9ants  paraissent se partager le destin des nations : Napol\u00e9on et lui-m\u00eame.<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>De la relativisation in\u00e9vitable de l&rsquo;histoire: de l&rsquo;\u00e9chec de la m\u00e9thode scientiste \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 du proph\u00e9tisme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tContrairement aux apparences dont on pourrait juger cette analyse farcie, nous n&rsquo;avons certainement pas voulu mettre Wall en cause d&rsquo;une fa\u00e7on personnelle. Il a fait son travail et l&rsquo;a bien fait. Cela signifie qu&rsquo;il l&rsquo;a fait conform\u00e9ment \u00e0 une M\u00e9thode (la majuscule s&rsquo;impose \u00e0 cause de l&rsquo;aspect syst\u00e9matique du travail, car les Wall sont aussi nombreux qu&rsquo;il y a de sujets parcellaires et cloisonn\u00e9s trait\u00e9s avec minutie dans le sens d\u00e9crit ici).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit de la M\u00e9thode de l&rsquo;am\u00e9ricanisme ou, plus largement dite, la M\u00e9thode moderniste. Elle use et,  peu \u00e0 peu \u00e0 mesure que cette M\u00e9thode a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e \u00e0 son extr\u00eame,  abuse de l&rsquo;usage de la plus grande hypocrisie qu&rsquo;ait con\u00e7ue l&rsquo;esprit lib\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;homme: transformer cette libert\u00e9 du jugement en une affirmation de vertu qui objective le produit de l&rsquo;esprit et rend ce produit sp\u00e9cifique invuln\u00e9rable \u00e0 toute critique. Pour rendre la critique efficace, c&rsquo;est la M\u00e9thode elle-m\u00eame qu&rsquo;il faut attaquer et d\u00e9noncer. C&rsquo;est ce que nous avons essay\u00e9 de faire et Wall nous a servi obligeamment d&rsquo;outil. Qu&rsquo;il en soit remerci\u00e9 et qu&rsquo;il pardonne la vigueur de certains propos qui ne le visaient \u00e9videmment pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tR\u00e9p\u00e9tons-le: l&rsquo;\u00e9poque de rupture que nous vivons permet d&rsquo;envisager de telles audaces. Elle permet de concevoir l&rsquo;audace de proposer d&rsquo;en (re)venir \u00e0 une conception proph\u00e9tique de l&rsquo;Histoire o\u00f9 l&rsquo;inspiration, l&rsquo;illumination de la psychologie joueraient un r\u00f4le important qui, \u00e0 certains moments-clefs de synth\u00e8se ou de compr\u00e9hension, deviendrait simplement essentiel. Face \u00e0 cela, l&rsquo;objectivation du monde n&rsquo;a plus \u00e0 nous opposer qu&rsquo;une filouterie, une tromperie, une entourloupette intellectuelle dont nous appr\u00e9cions chaque jour, en Irak, dans la coh\u00e9sion des soci\u00e9t\u00e9s, dans le sens moral et la dignit\u00e9 des ambitions des \u00eatres, dans la d\u00e9gradation de notre cadre de vie, dans la manipulation syst\u00e9matique de la r\u00e9alit\u00e9, les effets extraordinaires du nihilisme achev\u00e9 dans la civilisation occidentale,  d\u00e9cid\u00e9ment mortelle (la civilisation) comme disait Paul Val\u00e9ry.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Alg\u00e9rie de John Foster Dulles Petite le\u00e7on d&rsquo;histoire bien actuelle malgr\u00e9 qu&rsquo;on y parle de l&rsquo;Alg\u00e9rie, de la IV\u00e8me R\u00e9publique et de De Gaulle, de Foster Dulles et de Ike. La psychologie am\u00e9ricaniste en sc\u00e8ne, comme argument central de l&rsquo;Histoire. 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Wall, Les \u00c9tats-Unis et&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[2735,2631,2745,2685,3518,6569,2746,3132],"class_list":["post-68692","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-defensa","tag-algerie","tag-de","tag-dulles","tag-gaulle","tag-histoire","tag-prophetique","tag-souverainete","tag-wall"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68692","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=68692"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68692\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=68692"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=68692"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=68692"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}