{"id":68721,"date":"2007-04-17T00:00:00","date_gmt":"2007-04-17T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/04\/17\/paysages-de-campagne-la-france-vote-extrait-de-la-rubrique-de-defensa-volume-22-n14-du-10-avril-2007\/"},"modified":"2007-04-17T00:00:00","modified_gmt":"2007-04-17T00:00:00","slug":"paysages-de-campagne-la-france-vote-extrait-de-la-rubrique-de-defensa-volume-22-n14-du-10-avril-2007","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/04\/17\/paysages-de-campagne-la-france-vote-extrait-de-la-rubrique-de-defensa-volume-22-n14-du-10-avril-2007\/","title":{"rendered":"<strong><em>Paysages de campagne : \u201cla France vote\u201d \u2014 Extrait de la rubrique \u201cde defensa\u201d, Volume 22 n\u00b014 du 10 avril 2007<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h3>Paysages de campagne : la France vote<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPour c\u00e9l\u00e9brer dignement les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles en France, \u00e9v\u00e9nement certainement d&rsquo;une importance extr\u00eame, nous mettons en ligne, dans un premier temps, une partie importante de notre chronique <em>de defensa<\/em>, extrait de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em> (<em>dd&#038;e<\/em>), Volume 22 n\u00b014 du 10 avril 2007.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNos lecteurs retrouveront des r\u00e9f\u00e9rences implicites et dans l&rsquo;esprit de la chose \u00e0 des textes publi\u00e9s sur le site <em>dedefensa.org<\/em>. Mentionnons notamment nos <em>Faits &#038; Commentaires<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3825\" class=\"gen\">20 mars<\/a> (\u00ab<em>Le corps \u00e9lectoral fran\u00e7ais est-il nietzsch\u00e9en?<\/em>\u00bb), du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3861\" class=\"gen\">1er avril<\/a> (\u00ab<em>Neelie Kroes, agente \u00e9lectorale de Sarko avec le soutien du FT<\/em>\u00bb) et du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3869\" class=\"gen\">3 avril<\/a> (\u00ab<em>De la globalisation \u00e0 la nation, France la scandaleuse<\/em>\u00bb).<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">La France vote<\/h2>\n<h3>M\u00e9thode nietzsch\u00e9enne<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Retour sur le philosophe qui n&rsquo;en fut pas un mais qui philosopha \u00e0 grands coups de marteau<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;abord, proposons comme un exergue qui guidera notre appr\u00e9ciation de la situation du monde de notre civilisation au travers de la situation fran\u00e7aise g\u00e9n\u00e9rale, et cette appr\u00e9ciation servant en retour de fanal d&rsquo;\u00e9clairage pour comprendre la situation fran\u00e7aise sp\u00e9cifique,  cette phrase \u00e9videmment superbe de Chateaubriand (<em>M\u00e9moires d&rsquo;outre-tombe<\/em>), \u00e9crite en 1839, caract\u00e9risant la situation de sa chute du minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res au milieu des ann\u00e9es 1820. La phrase est \u00e9videmment superbe parce qu&rsquo;elle a le style de l&rsquo;homme, aussi parce qu&rsquo;elle refl\u00e8te la profondeur de son immense d\u00e9sespoir de la condition humaine: \u00ab<em>L&rsquo;homme sage et inconsol\u00e9 de ce si\u00e8cle sans conviction ne rencontre son mis\u00e9rable repos que dans l&rsquo;ath\u00e9isme politique.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne seule chose doit, \u00e0 notre sens, changer dans cette phrase, parce que les temps ont chang\u00e9. Le d\u00e9sespoir est aujourd&rsquo;hui bien plus grand et plus justifi\u00e9 que du temps de Chateaubriand, notre si\u00e8cle bien plus sans conviction,  \u00f4 combien!  et par cons\u00e9quent les \u00e2mes bien n\u00e9es ont d\u00e9pass\u00e9 l&rsquo;accablement et la mort (r\u00e9demptrice, certes) qui s&rsquo;ensuit pour la r\u00e9volte et la r\u00e9sistance hors de tout cadre impos\u00e9. Ainsi la mort prochaine, si elle est r\u00e9demptrice, n&rsquo;a m\u00eame plus besoin d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9par\u00e9e par l&rsquo;amertume du mis\u00e9rable repos,  l&rsquo;expression que nous voulons changer. Nous sommes bien au-del\u00e0 du mis\u00e9rable repos parce que nous n&rsquo;avons pas vraiment connu la profondeur de la d\u00e9ception de Chateaubriand dans les circonstances de son temps, parce que notre temps ne nous a jamais permis d&rsquo;entretenir la moindre esp\u00e9rance qui p\u00fbt \u00eatre d\u00e9\u00e7ue au bout du compte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ne sommes pas menac\u00e9s du nihilisme, comme l&rsquo;\u00e9tait Chateaubriand. Nous vivons en plein nihilisme, nous sommes n\u00e9s alors qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli sur le monde, nous avons v\u00e9cu \u00e0 son ombre, nous avons subi et d\u00e9jou\u00e9 ses tromperies,  nous l&rsquo;observons aujourd&rsquo;hui, tel qu&rsquo;il est, sans masque, sans remords, la panse secou\u00e9e du rire \u00e9norme et jouisseur du n\u00e9ant satisfait de lui-m\u00eame. Par cons\u00e9quent, cette expression fondamentale, l&rsquo;ath\u00e9isme politique, est, par contre, fondamentalement d&rsquo;actualit\u00e9. Elle est absolument notre affaire et rend compte du caract\u00e8re visionnaire de Chateaubriand. Face au nihilisme install\u00e9 et qui ne prend m\u00eame plus la peine de mettre un masque, face au nihilisme d\u00e9vorant la civilisation comme un incendie grondant, s&rsquo;impose la m\u00e9thode du contre-feu. C&rsquo;est l\u00e0 que s&rsquo;impose la m\u00e9thode nietzsch\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn rappelle ici notre interpr\u00e9tation de Nietzsche (voir notre <em>Analyse<\/em>, Volume 16, n\u00b001 du 10 septembre 2000, disponible sur <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=17\" class=\"gen\">ce site<\/a>). Nous jugions que l&rsquo;originalit\u00e9 du philosophe allemand, par ailleurs \u00e9vidente dans la forme autant que dans l&rsquo;esprit, se trouvait dans le fait tout aussi \u00e9vident qu&rsquo;il n&rsquo;est pas un philosophe. C&rsquo;est un exercice courant que de vouloir red\u00e9finir Nietzsche. Le n\u00f4tre nous conduit \u00e0 voir en lui un psychologue et un m\u00e9decin dont la cr\u00e9ation, dans le contexte o\u00f9 elle est faite, lui donne une position de d\u00e9molisseur (la philosophie au marteau), de critique radical et fondamental. C&rsquo;est sa m\u00e9thode que nous voulons utiliser comme clef d&rsquo;interpr\u00e9tation des \u00e9v\u00e9nements que nous avons commenc\u00e9s \u00e0 identifier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Nietzsche, l&rsquo;homme de notre temps  puisque, s&rsquo;il est un g\u00e9nie, c&rsquo;est un g\u00e9nie de la critique<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Le probl\u00e8me, c&rsquo;est que Nietzsche affirme plus qu&rsquo;il ne d\u00e9montre<\/em>\u00bb, \u00e9crivait en 1999 Roger-Pol Droit, d&rsquo;une plume d\u00e9sol\u00e9e qu&rsquo;on comprend bien parce que l&rsquo;intellectuel fran\u00e7ais moderniste ne trouve sa vertu que dans la raison institu\u00e9e sacr\u00e9e et morale universelle, comme l&rsquo;est un syst\u00e8me, donc il ne trouve la vertu dans ce cas que dans la n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9monstration. Nietzsche avait bien compris que la seule histoire qui vaille est l&rsquo;histoire proph\u00e9tique (l&rsquo;histoire d&rsquo;affirmation proph\u00e9tique) et que l&rsquo;histoire scientifique n&rsquo;est que le faux-nez permettant aux id\u00e9ologies de s&rsquo;affirmer en r\u00e9crivant le pass\u00e9, en affirmant la vertu d&rsquo;objectivit\u00e9 dont elles sont si friandes. (Voir nos deux rubriques <em>Analyse<\/em>, des 10 et 25 mars, diponibles sur <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3877\" class=\"gen\">ce site<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a aussi ces jugements de l&rsquo;ami de Nietzsche, Franz Overbeck, qui ne manquait pas de dire que Nietzsche \u00e9tait moins seul qu&rsquo;il ne se complaisait \u00e0 dire, mais qu&rsquo;il recherchait la solitude. D&rsquo;une part, dit Overbeck: \u00ab<em>Si l&rsquo;on regarde en arri\u00e8re ou si l&rsquo;on consid\u00e8re les choses sous un angle historique, aucune des pens\u00e9es qui sont apparues chez Nietzsche n&rsquo;est totalement nouvelle ni in\u00e9dite<\/em>\u00bb; d&rsquo;autre part: \u00ab<em>Nietzsche \u00e9tait un g\u00e9nie mais son g\u00e9nie r\u00e9sidait dans son talent de critique.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi avons-nous l&rsquo;homme qu&rsquo;il nous faut, dans ces temps troubl\u00e9s. Un homme qui se d\u00e9fiait de la raison \u00e9rig\u00e9e en syst\u00e8me et, bient\u00f4t, justifiant le syst\u00e8me (\u00ab<em>Descartes descendu dans la rue<\/em>\u00bb ou Descartes plus le fordisme, comme \u00e9crivaient Arnaud Dandieu et Robert Aron en 1931, d\u00e9crivant l&rsquo;am\u00e9ricanisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire le modernisme),  Nietzsche, un homme qui voyait la raison comme un outil pour d\u00e9crire la folie du monde, et non pas comme une sanctification d\u00e9guisant la folie du monde en syst\u00e8me satisfaisant. Donc, pas d&rsquo;id\u00e9es nouvelles,  tout a \u00e9t\u00e9 dit, et depuis longtemps; mais le verbe acerbe et destructeur, pour mettre en accusation et ridiculiser les effets terribles de l&rsquo;\u00e9quation humaine de la vanit\u00e9 ajout\u00e9e au conformisme, avec ce qu&rsquo;il faut de servilit\u00e9 volontaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;y a plus de Nietzsche aujourd&rsquo;hui, du moins dans les institutions du syst\u00e8me o\u00f9 seulement on peut acqu\u00e9rir une position semblable \u00e0 la sienne. (Nietzsche, comme Chateaubriand cit\u00e9 plus haut, \u00e9tait d&rsquo;un temps o\u00f9 le syst\u00e8me ne l&rsquo;\u00e9tait pas encore tout \u00e0 fait, o\u00f9 la bataille faisait rage pour savoir qui l&#8217;emporterait, o\u00f9 un critique du syst\u00e8me,  un <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1754\" class=\"gen\">antimoderne<\/a>, comme sont Nietzsche et Chateaubriand,  tenait encore sa place. Aujourd&rsquo;hui, cela n&rsquo;est plus possible.) Il n&rsquo;y a plus de Nietzsche mais son inspiration et sa n\u00e9cessit\u00e9 subsistent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;o\u00f9 cette proposition que nous faisons, que nous avons d\u00e9j\u00e0 faite \u00e0 plusieurs occasions (lors du r\u00e9f\u00e9rendum du 29 mai 2005, pour interpr\u00e9ter le non fran\u00e7ais, o\u00f9 nous faisions appel \u00e0 cet autre grand antimoderne qu&rsquo;est Joseph de Maistre), d&rsquo;interpr\u00e9ter les mouvements collectifs dont les acteurs sont inconscients d&rsquo;eux-m\u00eames, comme des mouvements conscients et identifiables. Il importe alors de prendre une approche collective du ph\u00e9nom\u00e8ne pour pouvoir l&rsquo;identifier. Nous sommes alors justifi\u00e9s de voir dans l&rsquo;\u00e9trange comportement de l&rsquo;\u00e9lectorat fran\u00e7ais,  \u00e0 la fois majoritairement int\u00e9ress\u00e9 par la campagne \u00e9lectorale et majoritairement d&rsquo;un m\u00e9pris complet pour les acteurs de cette campagne  un comportement absolument  nietzsch\u00e9en. C&rsquo;est l&rsquo;art de la critique port\u00e9 \u00e0 son sommet compl\u00e8tement destructeur et d\u00e9structurant, la critique \u00e0 coups de marteau.<\/p>\n<h3>Du bon usage du nihilisme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Contre l&rsquo;incendie, le contre feu, contre le nihilisme moderniste le nihilisme nietzsch\u00e9en&#8230;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQue se passe-t-il en France? La d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du fait politique est vertigineuse. Certes, elle ne l&rsquo;est pas plus que dans les autres contr\u00e9es de la soi-disant civilisation mais elle est plus tonitruante, plus visible, plus d\u00e9gradante pour ceux qui pr\u00e9tendraient conserver une marque de dignit\u00e9 et une certaine hauteur de vue. Elle est plus g\u00eanante, donc plus voyante, pour ceux qui pr\u00e9tendent faire preuve d&rsquo;intelligence ou affirment ne pas abdiquer leur intelligence,  et Dieu a g\u00e2t\u00e9 la France \u00e0 cet \u00e9gard, jusqu&rsquo;\u00e0 se faire s&rsquo;interroger les Allemands (<em>Dieu est-il fran\u00e7ais?<\/em> de Sieburg.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe besoin d&rsquo;intelligence du Fran\u00e7ais, qui n&rsquo;\u00e9pargne pas l&rsquo;homme politique, conduit ce m\u00eame homme politique \u00e0 vouloir figurer, malgr\u00e9 tout, avec les nuances de l&rsquo;intelligence. Il n&rsquo;est pas d&rsquo;un cynisme masochiste comme les politiciens britanniques qui peuvent toujours lancer un \u00ab<em>Right or Wrong&#8230;<\/em>\u00bb qui rassure tout le monde; ou d&rsquo;un cynisme de robot vertueux comme les politiciens am\u00e9ricanistes \u00e9grenant leur cat\u00e9chisme vertueux sans s&rsquo;attarder une seconde sur son fondement. Il n&rsquo;a pas la balourdise na\u00efve de l&rsquo;homme politique allemand qui s&rsquo;est d\u00e9couvert d\u00e9mocrate ou la jubilation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de l&rsquo;homme politique italien qui a parfois du mal \u00e0 supporter sa propre corruption. Non, l&rsquo;homme politique fran\u00e7ais pense et s&rsquo;inqui\u00e8te \u00e0 la fois. Mais il fait aussi partie int\u00e9grante du syst\u00e8me et la corruption psychologique qu&rsquo;impose ce syst\u00e8me est aussi forte chez lui que chez ses coll\u00e8gues de la civilisation occidentale. Sa d\u00e9cadence en est d&rsquo;autant plus \u00e9clatante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un sens, les <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3825\" class=\"gen\">65%-65%<\/a> signal\u00e9s plus haut de l&rsquo;\u00e9lectorat fran\u00e7ais devraient se retrouver sans doute chez les hommes politiques fran\u00e7ais, si l&rsquo;on posait les bonnes questions, les yeux dans les yeux. Eux aussi doivent faire voisiner un int\u00e9r\u00eat extr\u00eame pour la campagne \u00e9lectorale et un m\u00e9pris extr\u00eame pour les agitations des divers candidats, dont chacun d&rsquo;eux-m\u00eames dans ses moments de lucidit\u00e9 d\u00e9nonce la m\u00e9diocrit\u00e9. Il y a dans cette contradiction quelque chose d&rsquo;extr\u00eamement fran\u00e7ais, fatalisme et lucidit\u00e9 m\u00eal\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une certaine fa\u00e7on, cette attitude du monde politique fran\u00e7ais, m\u00eame si elle para\u00eet compl\u00e8tement contradictoire avec lui-m\u00eame et en apparence avec ses int\u00e9r\u00eats, nourrit la perception des Fran\u00e7ais. Les Fran\u00e7ais m\u00e9prisent compl\u00e8tement les candidats mais ils les \u00e9coutent en m\u00eame temps d\u00e9crire, par bribes, d&rsquo;une fa\u00e7on collective et sans coh\u00e9sion certes, d&rsquo;une fa\u00e7on d\u00e9structur\u00e9e au travers de leurs critiques des uns et des autres, l&rsquo;\u00e9tat path\u00e9tique et \u00e9pouvantable du syst\u00e8me politicien qui r\u00e8gne aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre hypoth\u00e8se est qu&rsquo;il y a, dans l&rsquo;\u00e9lectorat fran\u00e7ais pris comme nous l&rsquo;avons sugg\u00e9r\u00e9 comme une entit\u00e9 collective, une r\u00e9elle capacit\u00e9 de jugement collectif qui lui est fournie par les opportunit\u00e9s de la campagne. (Nous parlons de 2007. On pourrait d\u00e9j\u00e0 faire la m\u00eame hypoth\u00e8se pour 2002, avec la pr\u00e9sence de Le Pen au deuxi\u00e8me tour comme manipulation supr\u00eame, ou, comme nous l&rsquo;avons fait, pour le r\u00e9f\u00e9rendum de mai 2005.) Dans le sens de cette hypoth\u00e8se, les variations statistiques, les changements de l&rsquo;opinion collective, la perception qu&rsquo;on a d&rsquo;un comportement presque pervers comme dit <LIEN=http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3825>Lichfield>D>, d&rsquo;un comportement presque manipulateur, s&rsquo;inscrivent dans cette interpr\u00e9tation d&rsquo;un corps \u00e9lectoral agissant au nom d&rsquo;une unicit\u00e9 de perception et de jugement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Contre-feu pour aller contre l&rsquo;incendie: la recette du nihilisme nietzsch\u00e9en marche toujours<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce cas, l&rsquo;hypoth\u00e8se nietzsch\u00e9enne est compl\u00e8tement acceptable. Il s&rsquo;agit, pour retrouver la d\u00e9finition qu&rsquo;on donne de Nietzsche, d&rsquo;appr\u00e9cier le nihilisme du philosophe allemand comme un contre-feu qu&rsquo;il opposa au nihilisme moderniste dont il appr\u00e9hendait superbement \u00e0 la fois la perversion et la puissance m\u00e9caniste et syst\u00e9mique. Comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9, un Nietzsche dans la position du Nietzsche de la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle n&rsquo;est plus possible. Le syst\u00e8me, qui s&rsquo;est mis au service de l&rsquo;individu en proclamant l&rsquo;individualisme, l&rsquo;a fait naturellement pour mieux an\u00e9antir tout ce qu&rsquo;il peut y avoir de subversif pour le syst\u00e8me dans l&rsquo;individu. \u00c9masculation compl\u00e8te et, en fait de Nietzsche, un BHL ou un Eli Wiesel fera l&rsquo;affaire. Reste donc le corps collectif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes sondages que nous citons, et qui sont per\u00e7us avec une extr\u00eame puissance par le syst\u00e8me dont on conna\u00eet l&rsquo;inqui\u00e9tude permanente (son absence de l\u00e9gitimit\u00e9, l&rsquo;imposture qu&rsquo;il est ontologiquement nourrissent cette inqui\u00e9tude),  ces sondages sont donc la parole du corps \u00e9lectoral. Ils agissent effectivement comme un frein puissant, un avertissement constant, une menace permanente, dans le domaine de pr\u00e9dilection de la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;homme politique: le vote des \u00e9lecteurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQue disent ces sondages? Rien, justement. Ils ne disent rien de constructif, ils ne r\u00e9clament pas, ils ne revendiquent pas, ils ne contestent m\u00eame pas. Ils m\u00e9prisent, ricanent et haussent les \u00e9paules,  ou bien, ils disent: Bravo l&rsquo;artiste!, sans en dire plus,  ce qui est l&rsquo;humiliation supr\u00eame pour l&rsquo;homme politique fran\u00e7ais qui pense et s&rsquo;inqui\u00e8te \u00e0 la fois. Bref, le corps \u00e9lectoral, la voix collective, montre le plus complet nihilisme, et il le fait si \u00e0 propos qu&rsquo;on dirait qu&rsquo;il le fait \u00e0 dessein,  <em>Si non \u00e8 vero, \u00e8 ben trovato<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tContre-feu contre le feu, nihilisme contre le nihilisme&#8230; Contre ce qu&rsquo;il sent \u00eatre devenu chez les hommes politiques ce nihilisme complet de la corruption psychologique impos\u00e9e par le syst\u00e8me, le corps \u00e9lectoral r\u00e9pond par son propre nihilisme. C&rsquo;est la menace supr\u00eame. On sait bien que rien ne fait plus peur aux hommes politiques du syst\u00e8me que l&rsquo;abstention ou le vote blanc. (Les Belges, pionniers dans le d\u00e9pistage des risques que court le syst\u00e8me, ont instaur\u00e9 \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle le vote obligatoire. Il est bien plus difficile d&rsquo;y couper qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait difficile, <em>in illo tempore<\/em>, pour un jeune appel\u00e9 fran\u00e7ais disposant des bonnes relations familiales, de couper au service militaire devant le conseil de r\u00e9vision).  L&rsquo;abstentionnisme sous forme d&rsquo;un m\u00e9pris conscient du syst\u00e8me est bien plus dangereux pour le syst\u00e8me que tous les \u00e9pouvantails fascistes qu&rsquo;on nous agite p\u00e9riodiquement depuis un gros demi-si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme le Fran\u00e7ais reste un animal civique et qu&rsquo;il n&rsquo;est pas question qu&rsquo;il transforme en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un vote inexistant les \u00e9vocations de la possibilit\u00e9 d&rsquo;une vague d&rsquo;abstentionnisme, comme une vague d&rsquo;abstentionnisme perdrait de son cr\u00e9dit par sa r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame, parce que la r\u00e9alit\u00e9 est interpr\u00e9table et manipulable \u00e0 souhait, et qu&rsquo;on \u00e9carterait vite le diagnostic dangereux pour le syst\u00e8me, le corps \u00e9lectoral a appris \u00e0 jouer avec les instruments de pr\u00e9dilection du syst\u00e8me: la r\u00e9alit\u00e9 virtualiste de la communication et de la statistique. Nous y sommes, avec l&rsquo;interpr\u00e9tation que nous avons d\u00e9velopp\u00e9e. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNietzsche est toujours parmi nous.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9lectorat a parl\u00e9. Le plus \u00e9tonnant est qu&rsquo;il a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 entendu.<\/p>\n<h3>Une campagne path\u00e9tique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Ainsi la campagne \u00e9lectorale fran\u00e7aise fut-elle \u00e0 la fois sans int\u00e9r\u00eat et proche d&rsquo;\u00eatre tragique&#8230;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa campagne \u00e9lectorale fran\u00e7aise a jou\u00e9 son r\u00f4le, tout comme avait jou\u00e9 son r\u00f4le, en avril-mai 2005, la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire. La France s&rsquo;est referm\u00e9e sur elle-m\u00eame pour d\u00e9battre de son propre destin, avec des artifices habiles, parmi lesquels l&rsquo;intervention nietzsch\u00e9enne du corps \u00e9lectoral est la plus remarquable. Ce faisant et parce que, comme c&rsquo;est bien connu, la France est universelle, la campagne a exprim\u00e9 mezzo voce la grande crise du monde. L&rsquo;effacement et la banalisation (comme disent les journalistes) du cas Le Pen sont le signe le plus \u00e9vident de la chose. (Nous ne parlons pas ici en termes de pr\u00e9vision car peu nous importe la boule de cristal, et nous n&rsquo;avons aucune id\u00e9e du r\u00e9sultat de Le Pen. Nous parlons de la virtualit\u00e9 qui nous est impos\u00e9e comme r\u00e9alit\u00e9. Dans cette virtualit\u00e9, et pour quelque raison que ce soit, Le Pen a vu son r\u00f4le compl\u00e8tement modifi\u00e9.) On mesure aujourd&rsquo;hui l&rsquo;outrance extraordinaire et l&rsquo;enfermement de la r\u00e9flexion politique fran\u00e7aise dans une narrative absolument fabriqu\u00e9e qu&rsquo;a constitu\u00e9e, pendant un quart de si\u00e8cle, l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de la menace-Le Pen. Quoi qu&rsquo;il en soit, elle n&rsquo;est plus de saison et la saison est grave.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette campagne inconsistante et sans divertissement, qui a r\u00e9sonn\u00e9 d&rsquo;incantations plus ou moins passionn\u00e9es pour la France \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 les nations n&rsquo;existent plus (voyez plus loin la crise de nerfs berlinoise de la N\u00e9erlandaise Neelie Kroes), a donc marqu\u00e9 la gravit\u00e9 des temps ext\u00e9rieurs. Elle a mesur\u00e9, pour ceux qui ont l&rsquo;oreille fine, que la France se r\u00e9veille de son sommeil fantasmatique pour \u00e9couter le son grave du tocsin de la grande crise du monde. On dira: il \u00e9tait temps; on r\u00e9torquera: pour l&rsquo;heure, la France est la seule nation \u00e0 sentir au fond d&rsquo;elle-m\u00eame la profondeur de cette crise. Qu&rsquo;elle ne l&rsquo;explique pas, qu&rsquo;elle la comprenne mal, qu&rsquo;elle l&rsquo;interpr\u00e8te dans tous les sens et parfois de fa\u00e7on saugrenue n&rsquo;importe pas ici. Ce qui compte est la perception de la chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour cette raison, cette campagne fut path\u00e9tique, en m\u00e9langeant la cocasserie, le conformisme, l&rsquo;inconsistance, la mise en sc\u00e8ne,  et, d&rsquo;autre part, un sens sourd mais profond de la trag\u00e9die. Une sorte d&rsquo;unit\u00e9 nationale s&rsquo;est faite, qui n&rsquo;a aucune r\u00e9alit\u00e9 politique, qui n&rsquo;a aucunement valeur de programme ni de coh\u00e9sion, mais qui marque la profonde angoisse qui touche aujourd&rsquo;hui la civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est parfait car ce qui pouvait \u00eatre fait a \u00e9t\u00e9 fait. Rien n&rsquo;est r\u00e9solu et nous voyons d&rsquo;ailleurs bien mal comment quelque chose de fondamental pourrait \u00eatre r\u00e9solu avec un \u00e9v\u00e9nement qui reste dans les rets du syst\u00e8me. Les gens s\u00e9rieux et qui r\u00e9fl\u00e9chissent fronceront les sourcils \u00e0 la lecture de ces constats en forme d&rsquo;incantation,  mais qui rel\u00e8vent en v\u00e9rit\u00e9 de la conviction. Laissons les gens s\u00e9rieux parler de croissance et de la menace du terrorisme,  c&rsquo;est leur domaine. Ce sont des historiens scientifiques, qui mesurent la trag\u00e9die du monde au nombre de r\u00e9f\u00e9rences disponibles. L&rsquo;historien proph\u00e9tique, lui, doit \u00eatre capable de humer le sens tragique qui a soutenu discr\u00e8tement mais si fortement ces \u00e9tranges agitations convenues et sans but bien d\u00e9fini.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Viol communautaire<\/h2>\n<h3>La Commissaire s&rsquo;affole<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Sarko a-t-il r\u00e9ussi un coup de ma\u00eetre: engager comme agents \u00e9lectoraux le Financial Times et la Commissaire \u00e0 la concurrence Neelie Kroes?<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvec tous ces TGV, <em>Thalys<\/em> et <em>Eurostar <\/em>qui s&rsquo;entrecroisent, Lille c&rsquo;est la porte \u00e0 c\u00f4t\u00e9  de Bruxelles et, m\u00eame, de Londres. Le <em>Financial Times<\/em> a donc minutieusement couvert le discours de Sarkozy, le 28 mars au soir, \u00e0 Lille.  Il en est sorti sonn\u00e9, ses pires craintes confirm\u00e9es: le gentil petit n\u00e9o-lib\u00e9ral fran\u00e7ais transform\u00e9 en vilain ogre-nain n\u00e9o-protectionniste, dirigiste, chantant les louanges,  de qui? \u00ab<em>Mr Sarkozy said General Charles de Gaulle had developed French nuclear industry because he had a strategic vision for his country rather than because the market demanded it.<\/em>\u00bb P\u00eale-m\u00eale, le FT identifia en Sarko-de-Lille un n\u00e9o-protectionniste, un adepte de la politique industrielle, de la pr\u00e9f\u00e9rence communautaire. L&rsquo;horreur \u00e9conomique. Le quotidien rose saumon ne manqua pas, fort \u00e0 propos, de rappeler qu&rsquo;au temps o\u00f9 il \u00e9tait ministre de l&rsquo;Economie, en 2004, Sarko avait vol\u00e9 au secours d&rsquo;Alstom, emp\u00eachant les lois du march\u00e9 de jouer (absorption par Siemens) pour imposer un mariage franco-fran\u00e7ais conservant \u00e0 la France son champion \u00e9conomique en technologie ferroviaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe FT est la Bible de la Commission europ\u00e9enne. Lorsque les abonnements des fonctionnaires arrivent, le week-end o\u00f9 la distribution doit attendre le d\u00e9but de semaine, on peut voir des piles du quotidien londonien tra\u00eener dans la salle des pas perdus du Berlaymont. Le pactole du FT, en abonnements \u00e0 la Commission, est sans aucun doute un miracle \u00e9conomique. C&rsquo;est aussi un bon moyen de diffusion du cat\u00e9chisme lib\u00e9ral et d&rsquo;alignement des pens\u00e9es. \u00ab<em>La seule source ext\u00e9rieure que consultent les fonctionnaires de la Commission, c&rsquo;est le Financial Times<\/em>, nous confie une source. <em>Le reste de leur lecture, ce sont des wagons de notes et d&rsquo;analyses internes qu&rsquo;ils re\u00e7oivent chaque jour.<\/em>\u00bb Cela fait que madame la Commissaire \u00e0 la Concurence, la Hollandaise Neelie Kroes, est une lectrice acharn\u00e9e du FT.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRien d&rsquo;\u00e9tonnant. On la surnomme la Thatcher hollandaise. Elle est couverte de lauriers, de dipl\u00f4mes, de doctorats divers, d&rsquo;anciens postes minist\u00e9riels, d&rsquo;<em>Awards<\/em> vari\u00e9s,  et, pour terminer, cinq ann\u00e9es comme luxueuse consultante de quelques grands groupes qualifi\u00e9s, dans sa biographie officielle (on appr\u00e9ciera les parenth\u00e8ses) d'(inter)-nationaux. C&rsquo;est logique puisqu&rsquo;on trouve parmi eux Lockheed Martin, constructeur du F-16 et du JSF. La chose (la position de consultante de Kroes) occasionna quelques interrogations \u00e0 son sujet lors de sa prise de fonction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela renforce l&rsquo;id\u00e9e que Neelie Kroes est une lectrice r\u00e9guli\u00e8re du FT, ce qu&rsquo;elle ne cache absolument pas, ce qu&rsquo;elle proclame au contraire lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit pour elle de convaincre le public qu&rsquo;il est temps de sonner l&rsquo;alarme. Ainsi, le 29 mars au matin, \u00e0 Berlin o\u00f9 elle se trouvait, lecture faite et d\u00e9couverte horrifi\u00e9e de la trahison de Sarko-de-Lille, cette d\u00e9claration de la Commissaire lors d&rsquo;une conf\u00e9rence de presse, rapport\u00e9e scrupuleusement et sur le ton neutre qui importe (dans ses \u00e9ditions du 30 mars) par le quotidien cit\u00e9 lui-m\u00eame: \u00ab<em>The European Union&rsquo;s competition commissioner on Friday expressed her shock at the protectionist rhetoric of Nicolas Sarkozy&#8230;<\/em> [&#8230;] <em>I was really shocked when I read the Financial Times this morning&#8230;<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Le penchant des dirigeants des institutions europ\u00e9ennes sans l\u00e9gitimit\u00e9 d&rsquo;intervenir dans les affaires d&rsquo;autrui au nom de leur id\u00e9ologie<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQu&rsquo;est-ce qui a tant choqu\u00e9 la Commissaire \u00e0 la comp\u00e9tition? Voyons cela: \u00ab<em>&#8230;I was really shocked when I read the Financial Times this morning that one of the candidates was pleading for more national champions and more protectionist action.<\/em> [&#8230;]. <em>It is outdated to talk about national champions. It is outdated to talk about protectionism.<\/em>\u00bb On ne peut r\u00eaver intervention plus caricaturale. Si les Fran\u00e7ais avaient \u00e9t\u00e9 plus attentifs, ils tenaient l\u00e0 une seconde affaire Boelkenstein. Passons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans tous les cas, l&rsquo;incident remet \u00e0 jour et renforce une r\u00e9alit\u00e9 qui ne cesse de s&rsquo;affirmer, qui est l&rsquo;affrontement grandissant entre les autorit\u00e9s institutionnelles europ\u00e9ennes, et particuli\u00e8rement la Commission, et les \u00c9tats-membres. La caract\u00e9ristique de ces autorit\u00e9s est qu&rsquo;elles ont justement fort peu d&rsquo;autorit\u00e9 r\u00e9elle alors qu&rsquo;elles jugent disposer de pouvoirs importants. Il en r\u00e9sulte que, pour justifier ces pouvoirs affirm\u00e9s, elles appuient leur autorit\u00e9 inexistante dans la r\u00e9alit\u00e9 sur une affirmation id\u00e9ologique grandissante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;intervention de Kroes contre Sarkozy est significative \u00e0 cet \u00e9gard. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un rappel \u00e0 l&rsquo;ordre extr\u00eamement violent par rapport aux coutumes des rapports entre l&rsquo;institution qu&rsquo;elle repr\u00e9sente et la nation, l&rsquo;\u00c9tat-membre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur duquel \u00e9volue Sarkozy. Ce rappel \u00e0 l&rsquo;ordre est \u00e9videmment sans cons\u00e9quence (il a m\u00eame \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9, s&rsquo;il a seulement \u00e9t\u00e9 entendu) et ne fait qu&rsquo;illustrer l&rsquo;exacerbation des divergences entre les deux conceptions,  celle des institutions europ\u00e9ennes et celle des \u00c9tats-membres. Il est \u00e9videmment maladroit parce qu&rsquo;il ne fait qu&rsquo;accro\u00eetre la tension entre les deux partenaires jusqu&rsquo;\u00e0 faire d&rsquo;eux, de plus en plus, des adversaires. Il met en \u00e9vidence les diff\u00e9rences de conception et m\u00eame l&rsquo;accroissement de ces diff\u00e9rences. Il met en \u00e9vidence la question de la souverainet\u00e9 des \u00c9tats-membres, en la mettant en cause du point de vue des institutions europ\u00e9ennes, alors que l&rsquo;essentiel du d\u00e9bat politique des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles se fait en France autour du th\u00e8me de la r\u00e9affirmation de l&rsquo;identit\u00e9 nationale, donc de la souverainet\u00e9 nationale. (Le seul d\u00e9saccord dans ce d\u00e9bat est dans la fa\u00e7on dont les uns et les autres voient cette r\u00e9affirmation. Sur le fond de la question de la r\u00e9affirmation, l&rsquo;accord est \u00e9videmment complet.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPeu importe, l&rsquo;intervention de Neelie Kroes a l&rsquo;avantage de la mise au net par le biais d&rsquo;une affirmation pol\u00e9mique. Elle mesure la distance consid\u00e9rable qui existe d\u00e9sormais entre les positions, les conceptions, les \u00e9volutions m\u00eame, entre ces deux mondes diff\u00e9rents,  celui des institutions europ\u00e9ennes d&rsquo;une part, celui des \u00c9tats-membres d&rsquo;autre part. Nous irions m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 avancer que le peu d&rsquo;\u00e9chos rencontr\u00e9s par l&rsquo;intervention de Kroes mesure cette diff\u00e9rence qui confine d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence de l&rsquo;un pour l&rsquo;autre. Ce qui aurait fait probl\u00e8me et pol\u00e9mique lors de la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire de 2005 n&rsquo;en fait plus aujourd&rsquo;hui. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, nous dirions que le d\u00e9bat implicite poursuivi lors de cette campagne a \u00e9t\u00e9 tranch\u00e9 par le non (quelles que soient les positions des uns et des autres chez les Fran\u00e7ais). La question de la souverainet\u00e9 nationale en France (de l&rsquo;identit\u00e9) n&rsquo;est plus de l&rsquo;ordre du pourquoi? mais de l&rsquo;ordre du comment?: comment la r\u00e9affirmer, \u00e9tant entendu qu&rsquo;elle doit l&rsquo;\u00eatre et qu&rsquo;elle le sera,  si n\u00e9cessaire contre l&rsquo;attitude id\u00e9ologique des soi-disant autorit\u00e9s des institutions int\u00e9gr\u00e9es.<\/p>\n<h3>Sarko-de-Lille<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>La transformation du candidat de la majorit\u00e9 est un des \u00e9v\u00e9nements de la campagne<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl reste l&rsquo;essentiel, qui est le fond du d\u00e9bat sur l&rsquo;\u00e9volution de la campagne pr\u00e9sidentielle en France, bien illustr\u00e9 par cette s\u00e9quence du discours de Sarkozy, de la r\u00e9action du <em>Financial Times<\/em> et de celle de la Commissaire europ\u00e9enne \u00e0 la concurrence \u00e0 partir de la lecture du journal britannique. (On ne r\u00e9p\u00e9tera jamais assez combien cette occurrence est importante pour situer la couleur et les arcanes de la question d\u00e9battue: que tout cela soit pass\u00e9 par la lecture quotidienne du FT par la Commissaire europ\u00e9enne.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa coloration nationale de la campagne est le grand fait, le fait essentiel. M\u00eame une organisation comme la Quatri\u00e8me internationale trotskiste (site <em>WSWS.org<\/em>) s&rsquo;en \u00e9meut, en mettant en cause, le 2 avril, le candidat du PT, organisation dissidente de la Quatri\u00e8me Internationale depuis 1971: \u00ab[la rh\u00e9torique nationaliste] <em>n&rsquo;est pas seulement le cas de partis conservateurs et d&rsquo;extr\u00eame droite comme l&rsquo;UMP de Nicolas Sarkozy et le Front national (FN) de Jean-Marie Le Pen ou encore du Parti socialiste dont la candidate S\u00e9gol\u00e8ne Royal pr\u00e9conise que chaque Fran\u00e7ais ait chez lui un drapeau tricolore et termine ses meetings \u00e9lectoraux en chantant la Marseillaise. A l&rsquo;extr\u00eame gauche aussi il y a un parti, le Parti des travailleurs (PT) qui m\u00e8ne une campagne dont le contenu et le langage ont tr\u00e8s nettement pour objectif la d\u00e9fense de l&rsquo;Etat fran\u00e7ais et de la souverainet\u00e9 nationale.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce contexte, l&rsquo;\u00e9volution de Sarkozy n&rsquo;est pas une surprise. C&rsquo;est un \u00e9v\u00e9nement significatif, par sa forme et par ses perspectives, et aussi parce que, bien s\u00fbr, ce candidat reste le favori de l&rsquo;\u00e9lection. C&rsquo;est un \u00e9v\u00e9nement fondamental par la fa\u00e7on dont il rend compte de l&rsquo;\u00e9volution de la campagne, du climat de cette campagne, de son incurvation extraordinaire et subreptice \u00e0 partir du projet d&rsquo;une campagne pour la r\u00e9forme de la France en vue de son adaptation \u00e0 la globalisation \u00e0 une campagne g\u00e9n\u00e9rale, quasiment consensuelle de l&rsquo;extr\u00eame-droite \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame-gauche, d&rsquo;affirmation de l&rsquo;identit\u00e9 et de la souverainet\u00e9 fran\u00e7aises face \u00e0 la globalisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour Sarkozy, on sait que l&rsquo;\u00e9volution vient de loin (\u00e0 peu pr\u00e8s de son discours de N\u00eemes de mai 2006) et l&rsquo;on sait qu&rsquo;elle est accompagn\u00e9e, ou comment\u00e9e par les doutes les plus divers. L&rsquo;explication de la d\u00e9magogie, de la promesse de campagne va de soi, surtout en France o\u00f9 la suspicion critique, le scepticisme \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des hommes politiques sont une quasi-fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;esprit public; surtout en France aujourd&rsquo;hui, o\u00f9 l&rsquo;on voit que la m\u00e9fiance et le m\u00e9pris du public devenu corps \u00e9lectoral nietzsch\u00e9en \u00e0 l&rsquo;encontre de ces m\u00eames hommes politiques ont atteint l&rsquo;intensit\u00e9 qu&rsquo;on a d\u00e9crite. La m\u00eame suspicion \u00e0 l&rsquo;encontre de Sarkozy se retrouve \u00e0 l&rsquo;encontre de tel ou tel candidat, mais elle est n\u00e9cessairement plus forte pour ce candidat qui fut d&rsquo;abord identifi\u00e9 au courant n\u00e9o-lib\u00e9ral, \u00e0 un pro-am\u00e9ricanisme actif et de circonstance (Sarko l&rsquo;Am\u00e9ricain), \u00e0 une dialectique moderniste et globalisante et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ces constats et ces observations, nous nous d\u00e9battons dans les clich\u00e9s et les lieux communs \u00e0 tous \u00e9gards. Il est difficile de proposer par simple logique, sur ces seuls \u00e9l\u00e9ments, une appr\u00e9ciation nette. Que r\u00e9pondre \u00e0 celui qui observe que Sarkozy a pris un tournant nationaliste, interventionniste et protectionniste? Que r\u00e9pondre \u00e0 celui qui vous dit qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit que de pure d\u00e9magogie, que tout cela ne durera que ce que durent les promesses \u00e9lectorales?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>La conversion de Sarkozy ne peut s&rsquo;appr\u00e9cier qu&rsquo;en fonction d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments psychologiques: le caract\u00e8re de l&rsquo;homme et la psychologie nationale<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPuisqu&rsquo;il faut bien se prononcer pour n&rsquo;en pas rester \u00e0 ce constat des deux possibilit\u00e9s antagonistes, puisque par ailleurs nous affirmons l&rsquo;importance fondamentale de cette campagne fran\u00e7aise, il importe d&rsquo;appr\u00e9cier d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments qui d\u00e9termineront le comportement de ce que serait un pr\u00e9sident Sarkozy. (Le m\u00eame constat vaudrait, \u00e0 notre sens, pour une pr\u00e9sidente Royal ou un pr\u00e9sident Bayrou, mais \u00e0 un rythme diff\u00e9rent. Le ph\u00e9nom\u00e8ne sera plus rapide avec Sarko dans la mesure o\u00f9 le candidat doit s&rsquo;affirmer plus vite, parce que des ambigu\u00eft\u00e9s g\u00eanantes s&rsquo;attachent \u00e0 lui.) Ces \u00e9l\u00e9ments sont deux, et de l&rsquo;ordre du psychologique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Il y a le caract\u00e8re de l&rsquo;homme. Sarkozy n&rsquo;est pas un homme d&rsquo;une conviction puissante ni d&rsquo;une pens\u00e9e ample. C&rsquo;est un homme fait de dynamisme et de volont\u00e9. Son penchant est d&rsquo;exercer ce dynamisme et cette volont\u00e9 sur une mati\u00e8re d\u00e9j\u00e0 existante (une orientation politique) plus que de cr\u00e9er une nouvelle mati\u00e8re o\u00f9 d&rsquo;autres (son gouvernement) exerceraient dynamisme et volont\u00e9. S&rsquo;il est pr\u00e9sident, il sera plut\u00f4t pr\u00e9sident-Premier ministre. (Peu importe. La fonction se chargera de le transformer \u00e0 mesure. Son pr\u00e9d\u00e9cesseur, auquel une haine f\u00e9roce le lie plus qu&rsquo;on ne croit, termine ses mandats en pr\u00e9sident impopulaire mais sage et avis\u00e9 sur les grands probl\u00e8mes du monde, alors qu&rsquo;il avait commenc\u00e9 \u00e9galement comme pr\u00e9sident-Premier ministre, \u00e0 la pens\u00e9e courte et \u00e0 la volont\u00e9 et au dynamisme d\u00e9vastateurs. Chirac, ce grand dynamique, fut toujours d&rsquo;une pens\u00e9e politique nulle; il termine pourtant en grand sage national investi d&rsquo;une vision gaullienne. On ne r\u00e9siste pas \u00e0 ce r\u00f4le. S&rsquo;il est \u00e9lu, Sarkozy y succombera.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La psychologie nationale. On a vu abondamment le cr\u00e9dit qu&rsquo;on lui accorde. Elle ne s&rsquo;est jamais affirm\u00e9e aussi fortement, malgr\u00e9 l&rsquo;apparence de d\u00e9sordre et d&rsquo;incertitude. Elle est totalement la matrice de l&rsquo;incurvation impos\u00e9e \u00e0 la campagne, vers l&rsquo;affirmation de l&rsquo;identit\u00e9 nationale. C&rsquo;est une affirmation offensive, imp\u00e9rative, qui a d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9fier la soi-disant n\u00e9cessit\u00e9 de s&rsquo;adapter \u00e0 une globalisation qui, \u00e0 l&rsquo;image de son mentor US, est partout en crise. La psychologie nationale r\u00e9pond: plus que jamais l&rsquo;affirmation nationale, face \u00e0 un mod\u00e8le collectif mondial qui s&rsquo;av\u00e8re chaque jour plus catastrophique et plus nihiliste. Que r\u00e9pondre \u00e0 de telles \u00e9vidences, sinon accepter un poste de professeur dans une prestigieuse universit\u00e9 US comme font en g\u00e9n\u00e9ral les intellectuels fran\u00e7ais du domaine? (Par domaine, nous entendons: la critique syst\u00e9matique de la nation.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJamais les hommes politiques n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une aussi faible carrure intellectuelle pour une \u00e9nergie aussi grande, tant politique que dialectique. Sarko est le mod\u00e8le-turbo de cette sorte. On le voit mal r\u00e9sister \u00e0 la tentation de la dialectique puissante, structur\u00e9e, \u00e0 la fois extr\u00eamement populaire et extr\u00eamement substantielle de l&rsquo;affirmation nationale et identitaire, avec une \u00e9volution \u00e0 la Chirac \u00e0 la clef, dans une situation du monde qui le permet beaucoup plus (la globalisation triomphait lorsque Chirac fut \u00e9lu en 1995, elle est en crise profonde aujourd&rsquo;hui). Cela fera merveille dans les conseils europ\u00e9ens (on s&rsquo;en est d\u00e9j\u00e0 aper\u00e7u lorsque, ministre, il y participait: encore un lib\u00e9ral \u00e0 la fran\u00e7aise soupiraient de d\u00e9sespoir les fonctionnaires europ\u00e9ens). <\/p>\n<h3>Comme Talleyrand en 1814<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Pr\u00e9cision n\u00e9cessaire: une campagne identitaire et nullement une campagne nationaliste&#8230;<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa disparition de Le Pen en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne sp\u00e9cifique n&rsquo;est-elle pas caus\u00e9e par le fait que tout le monde fait du LePen, chacun \u00e0 sa fa\u00e7on? Cette question provocatrice ne l&rsquo;est que si l&rsquo;on s&rsquo;attache aux domaines secondaires qui ont nourri la pol\u00e9mique du fantasme Le Pen pendant un quart de si\u00e8cle. Elle est plus int\u00e9ressante si l&rsquo;on s&rsquo;attache \u00e0 la marque principale de Le Pen d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 le leader de ce qu&rsquo;on nomme la droite nationale,  autrement dit, les nationalistes. L&rsquo;analogie provocatrice s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe propos n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9, pendant la campagne, celui du nationalisme. Nous ne sommes pas revenus \u00e0 l&rsquo;affirmation de P\u00e9guy \u00e0 Maurras. Nous irions m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 avancer l&rsquo;id\u00e9e que la campagne a montr\u00e9 que le nationalisme, en tant qu&rsquo;inspiration d&rsquo;une politique qui serait du type la France seule, est une version d\u00e9pass\u00e9e d&rsquo;un courant qui conna\u00eet d\u00e9sormais une renaissance extraordinaire en France. Au contraire, le courant s&rsquo;est d\u00e9barrass\u00e9 de l&rsquo;oripeau nationaliste, qui ne se justifiait que dans une Europe secou\u00e9e de grands conflits arm\u00e9s successifs, pour prendre l&rsquo;habit flamboyant de l&rsquo;affirmation identitaire, qui se nourrit \u00e0 la source claire du souverainisme r\u00e9nov\u00e9 avec l&rsquo;\u00e9pisode de Gaulle. Cette affirmation nationale est la clef de la bataille. Elle s&rsquo;imposera en Europe, au coeur de l&rsquo;Europe, et les autres dossiers suivront dans le m\u00eame esprit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un sens, la France est dans la position de l&rsquo;expression la plus compl\u00e8te du g\u00e9nie de Talleyrand. C&rsquo;est lorsqu&rsquo;il vient, \u00e0 Vienne, en 1814, pour le Congr\u00e8s; lorsque, en sa personne, la France vaincue par la coalition militaire des princes europ\u00e9enne, comme elle l&rsquo;est aujourd&rsquo;hui par la coalition lib\u00e9rale des commissaires europ\u00e9ens, s&rsquo;installe au coeur du Congr\u00e8s et dit \u00e0 tous, comme le proclama le prince de B\u00e9n\u00e9vent au tzar Alexandre autant qu&rsquo;\u00e0 Metternich: en Europe, rien ne se fait sans la France et, d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre, selon l&rsquo;inspiration de la France. (Comment veut-on qu&rsquo;un Sarkozy r\u00e9siste \u00e0 la tentation de cette sorte de discours, ajoutant pour solde de tous comptes, et selon l&rsquo;interpr\u00e9tation de notre-Bible, le FT: \u00ab<em>Professing France&rsquo;s profound, sincere and indestructible friendship for the US, Mr Sarkozy said Europe must nonetheless be in a position to act independently of Washington and never be under submission.<\/em>\u00bb?)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa campagne pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise s&rsquo;est faite au son des trois couleurs du drapeau, ce qui est un exercice remarquable d&rsquo;originalit\u00e9, nullement pour affirmer la puissance nationaliste mais l&rsquo;\u00e9vidence identitaire. C&rsquo;est une France impuissante, son nationalisme guerrier vaincu, qui s&rsquo;affiche et l&#8217;emporte \u00e0 Vienne en 1814. Sa force n&rsquo;est pas sa puissance dispers\u00e9e mais l&rsquo;\u00e9vidence de son identit\u00e9 de nation, et de la Grande Nation encore plus que de cette nation-l\u00e0. Elle porte le principe de l&rsquo;identit\u00e9 nationale et non pas le nationalisme fran\u00e7ais. La campagne pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise, dans son brouhaha, son d\u00e9sordre et sa d\u00e9magogie, ses sondages et les manoeuvres nietzsch\u00e9ennes du corps \u00e9lectoral, se fait donc au nom des principes; et, disons, au nom d&rsquo;un principe essentiellement. M\u00eame les droitdel&rsquo;hommistes, les partisans de la politique humanitaire et globalis\u00e9e, les partisans de la fin de l&rsquo;Histoire et des <em>talk-shows<\/em> internationaux, m\u00eame ceux-l\u00e0 se sont inclin\u00e9s. Puisque l&rsquo;identit\u00e9 nationale est le dernier sujet \u00e0 la mode dont tout le monde parle dans les salons, ils signent des deux mains.  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>2007, c&rsquo;est 1995 avec les \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs \u00e0 fronts renvers\u00e9s, mais aussi la marque d&rsquo;une continuit\u00e9 historique  car nous sommes pass\u00e9s de la naissance \u00e0 la maturit\u00e9 de la grande crise<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons d\u00e9j\u00e0 rappel\u00e9 l&rsquo;\u00e9lection 1995. Il y a des analogies antagonistes avec 2007 qui sont troublantes, mais qui sont surtout r\u00e9v\u00e9latrices. En 1995, le courant souverainiste et identitaire sortait d&rsquo;une d\u00e9faite (le r\u00e9f\u00e9rendum de Maastricht) qui semblait par ailleurs in\u00e9vitable tant la globalisation triomphait (Am\u00e9rique de Clinton triomphante et d\u00e9vastation de la Russie d&rsquo;Eltsine) et la marche vers l&rsquo;Europe int\u00e9gr\u00e9e semblait irr\u00e9sistible. Cette fois, en 2007, la globalisation est en crise, comme l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame et au contraire de la Russie de Poutine qui retrouve sa puissance. Malgr\u00e9 toutes les Merkel du monde et le service minimum pro-europ\u00e9en des divers candidats, la France vient de r\u00e9gler son compte \u00e0 l&rsquo;Europe int\u00e9gr\u00e9e avec le non du r\u00e9f\u00e9rendum de mai 2005.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn 1995, Chirac avait pris, pour l&#8217;emporter \u00e0 contre-emploi (contre un Balladur lib\u00e9ral soutenu par Sarko,  comme \u00e7a se trouve!), une posture socialo-populiste (d\u00e9nonciation de la fracture sociale) qui fut bien vite abandonn\u00e9e (nomination de Jupp\u00e9 comme Premier ministre). La manoeuvre \u00e9lectoraliste s&rsquo;\u00e9tait heurt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;esprit du temps, celui du triomphe des th\u00e8ses lib\u00e9rales effectivement, avec une Am\u00e9rique qui \u00e9tait un mod\u00e8le. Cette fois, la posture nationale et identitaire, avec des interpr\u00e9tations diff\u00e9rentes, a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e aux diff\u00e9rents candidats qui partaient pourtant en r\u00e9citant le <em>credo<\/em> conformiste (lib\u00e9ralisme, Europe, etc.). Elle n&rsquo;est plus \u00e0 contre-courant ou, au mieux, pionni\u00e8re, mais compl\u00e8tement, comme on dirait, dans le sens de l&rsquo;Histoire. De ce point de vue, comme 1995 prolongeait en le confirmant le r\u00e9f\u00e9rendum sur Maastricht, 2007 prolonge en le confirmant le r\u00e9f\u00e9rendum de mai 2005.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA ce stade de l&rsquo;analyse, il nous appara\u00eet que l&rsquo;identit\u00e9 et le programme du futur \u00e9lu n&rsquo;ont qu&rsquo;une importance assez secondaire. Les courants qui se manifestent aujourd&rsquo;hui (crise de la globalisation et de l&rsquo;Am\u00e9rique, r\u00e9affirmation nationale et identitaire) sont si puissants que les classes politiques ne peuvent que suivre ou dispara\u00eetre. Sans aucune analogie de situation id\u00e9ologique ou de jugement sur les \u00e9v\u00e9nements et les hommes, nous sommes dans une dynamique politique qui est ainsi d\u00e9crite par Joseph de Maistre, \u00e0 propos de la R\u00e9volution fran\u00e7aise: \u00ab<em>On a remarqu\u00e9, avec grande raison, que la r\u00e9volution fran\u00e7aise m\u00e8ne les hommes plus que les hommes la m\u00e8nent. Cette observation est de la plus grande justesse&#8230;<\/em> [&#8230;] <em>Les sc\u00e9l\u00e9rats m\u00eames qui paraissent conduire la r\u00e9volution, n&rsquo;y entrent que comme de simples instruments; et d\u00e8s qu&rsquo;ils ont la pr\u00e9tention de la dominer, ils tombent ignoblement.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSans n\u00e9cessairement qualifier nos braves candidats de sc\u00e9l\u00e9rats, le fait est que le moindre signe de r\u00e9sistance \u00e0 cette pression collective pour l&rsquo;affirmation identitaire les balaierait instantan\u00e9ment du d\u00e9bat \u00e9lectoral. Quant \u00e0 singulariser la France \u00e0 cet \u00e9gard, comme s&#8217;emploient \u00e0 le faire les officines journalistiques anglo-saxonnes et la tr\u00e8s ch\u00e8re et co\u00fbteuse Neelie Kroes, il n&rsquo;est que de consid\u00e9rer les l\u00e9gislations protectionnistes en cours d&rsquo;\u00e9laboration au Congr\u00e8s US, les plus de 80% de soutien des Russes \u00e0 Poutine, l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;anti-am\u00e9ricanisme des opinions publiques de par le vaste monde et ainsi de suite&#8230; <\/p>\n<h3>Ouverture \u00e0 la fran\u00e7aise<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Derri\u00e8re l&rsquo;apparence d&rsquo;un d\u00e9bat int\u00e9rieur, la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une mesure de la crise du monde<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa conclusion de cette chronique va de soi, pour r\u00e9p\u00e9ter un fait qui appara\u00eet fondamental une fois qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9. Le d\u00e9bat \u00e9lectoral en France n&rsquo;est pas ferm\u00e9, il n&rsquo;est pas franco-fran\u00e7ais, il n&rsquo;est pas neurasth\u00e9nique. Il exprime au contraire d&rsquo;une fa\u00e7on extr\u00eamement puissante la seule grande crise de notre temps, parce que c&rsquo;est la crise fondamentale de notre civilisation: l&rsquo;attaque pr\u00e9datrice et automatique contre l&rsquo;identit\u00e9 (c&rsquo;est-\u00e0-dire contre l&rsquo;\u00eatre, contre l&rsquo;existence identifi\u00e9e) et la puissante r\u00e9action qui se d\u00e9veloppe. Une fois de plus, la France parvient \u00e0 exprimer, au travers de ses propres tourments, de ses propres contradictions, de ses propres d\u00e9chirements par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;essentiel de la crise g\u00e9n\u00e9rale qui secoue notre civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend alors qu&rsquo;il n&rsquo;y a l\u00e0, dans cette analyse qui fait une place importante \u00e0 l&rsquo;instinct fran\u00e7ais, aucun optimisme d&rsquo;appr\u00e9ciation, comme on nous en fait parfois le reproche. L&rsquo;analyse que nous faisons n&rsquo;est certainement pas optimiste \u00e0 son terme. Au contraire, le d\u00e9veloppement de cette r\u00e9action nous promet des affrontements tragiques et la mise en cause de notre civilisation (un peu comme, au niveau technique, la crise climatique est aussi la mise en cause de notre civilisation).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;est nullement assur\u00e9 non plus que les avatars et les diverses convulsions de la campagne pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise se concr\u00e9tiseront par une politique qui prendra en compte toutes les causes de d\u00e9sordre qui ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es. Il n&rsquo;est pas s\u00fbr, bien loin de l\u00e0, que na\u00eetra une qualit\u00e9 politique nouvelle; au contraire, la m\u00e9diocrit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crite a toutes les chances de se perp\u00e9tuer dans la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de dirigeants. Par contre, cette m\u00eame sc\u00e8ne de la campagne pr\u00e9sidentielle nous fait penser que les principes fondamentaux de la grande politique fran\u00e7aise ne seront pas touch\u00e9s, parce que leur permanence et leur n\u00e9cessit\u00e9 en sortiront \u00e9videmment renforc\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais le plus remarquable est sans doute la modernit\u00e9 dont fait preuve la France dans ce d\u00e9bat, m\u00eame si c&rsquo;est une modernit\u00e9 paradoxale, du type antimoderne. On sent que les divers d\u00e9bats, les diverses pol\u00e9miques, m\u00eame les plus excessives et les plus banales, ont le tronc commun de la question de l&rsquo;identit\u00e9, qui est le centre grondant de la crise de civilisation. <em>A contrario<\/em>, et comme dans une d\u00e9monstration paradoxale, il est particuli\u00e8rement remarquable de trouver r\u00e9unis dans une critique de cette caract\u00e9ristique nationale du d\u00e9bat fran\u00e7ais, aux c\u00f4t\u00e9s des trotskistes d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s, les repr\u00e9sentants de grands groupes industriels fran\u00e7ais. Les uns et les autres s&rsquo;appuient, fondamentalement, sur des arguments id\u00e9ologiques qui avaient une certaine vigueur au XX\u00e8me si\u00e8cle. Un Fran\u00e7ois Pinault d\u00e9nonce la \u00ab<em>culture sociale marxiste<\/em>\u00bb r\u00e9gnant en France, tandis que les trotskistes d\u00e9noncent la \u00ab<em>d\u00e9rive nationaliste<\/em>\u00bb et \u00ab<em>petite bourgeoise<\/em>\u00bb,  et les deux accusations se marient parfaitement dans une obsolescence commune. Disons qu&rsquo;elles auraient eu leur raison d&rsquo;\u00eatre dans les ann\u00e9es 1950. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, il y a \u00e9videmment le souci que les canons de la doctrine,  f\u00fbt-elle lib\u00e9rale ou trotskiste,  soient respect\u00e9s et rencontr\u00e9s. De l&rsquo;autre, il y a une prise en compte de la r\u00e9alit\u00e9 du monde. C&rsquo;est un choix \u00e0 faire.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paysages de campagne : la France vote Pour c\u00e9l\u00e9brer dignement les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles en France, \u00e9v\u00e9nement certainement d&rsquo;une importance extr\u00eame, nous mettons en ligne, dans un premier temps, une partie importante de notre chronique de defensa, extrait de notre Lettre d&rsquo;Analyse de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie (dd&#038;e), Volume 22 n\u00b014 du 10 avril 2007. 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